Vendanges en Reuilly: un bon millesime

Chaque année , le parcours du raisin de la fleur à la récolte est différent . En Centre Loire, le mois de mai a apporté de la grêle violente. La vendange de Menetou-Salon, à l’ouest de Vierzon s’annonce quasi nulle.

jean-quincy.1254127427.jpg Mais chez Jean, notre ami viticulteur , qui suit au jour le jour l’évolution des grappes, la nature a repris le dessus avec un beau début d’été, ce qui lui permet de nous écrire, trois semaines avant la vendange : « Quand à Reuilly c’est joli : des raisins sains, vu le beau mois d’aout  ( touchons du bois avant les orages annoncés cette semaine !). Le pinot noir est assez opulent : toutefois la véraison des grains est irrégulière : on trouve des grains bien noirs et d’autres qui restent verts sur la même grappe. »

C’est décidé , le début des vendanges est fixé au 18 septembre.

filo.1254124171.jpg Nous n’avons rejoint l’équipe de vendangeurs que samedi, car Danièle n’était pas disponible le vendredi, mais nous sommes arrivés avec un renfort inusité : Andréas, mon fils, Mona son épouse et Filo leur fiston – 4 mois-.

J’ai d’ailleurs l’impression que ces vendanges entre amis baby boomers devenus au fil du temps papy boomers trouvent un relais auprès des plus jeunes, descendants ou copains. Le mélange – des nationalités, des milieux professionnels, et des générations – est un ingrédient indispensable à la convivialité de ces moments.

Ce samedi matin s’annonce meilleur que la veille, plongée dans la grisaille :  temps sec, frais et clair, l’idéal pour les vendangeurs. Une fois les équipes installées dans les rangs, Jean fait son briefing : attention cette année aux verjus et aux grappes non mûres qui doivent être rejetés, attention au botrytis ( la pourriture grise) qui touche quelques grappes – peu nombreuses cette année.

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eric-porteur.1254128867.jpg A part quelques uns , nous ne sommes pas des saisonniers agricoles professionnels. A défaut d’efficacité, nous avons le nombre et la bonne volonté : les caisses se remplissent vite, les porteurs les centralisent auprès des camionettes qui font l’aller-retour en direction de la cave où les grappes du pinot noir sont traitées.

Les grappes sont déversées des caisses et tout d’abord triées sur une table vibrante. C’est que la vinification du Reuilly rouge commence par une macération de trois semaines qui permet la diffusion des aromes, de la couleur et des tannins contenus dans la peau du raisin et dans les pépins.cave-vendanges.1254129761.jpg

Pas question d’y laisser des grappes vertes ou de la pourriture grise qui donneraient au moût de mauvais goûts. Jean apporte une attention particulière à ce contrôle à la cave.

Il revient ensuite au Fouloir-égrappoir de séparer  les raisins de leur rafles (les tiges qui constituent la charpente de la grappe, qui sont rejetées) et les fouler légèrement pour libérer le jus.  Ce mélange hétérogène de jus , de peaux et de pépins est envoyé ensuite dans des cuves où commencera la macération à l’abri de l’air. Afin d’éviter un départ violent de la fermentation et une élévation de la température, Jean veille à contrôler la température grace à une installation de réfrigération.

Dans la vigne la journée avance , la pause s’impose. Avant la reprise, Christian prend son appareil photo, escalade la camionette et saisit le traditionnel cliché des vendanges qui viendra rejoindre la collection constituée année après année par Jean.

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C’est peu de temps avant la nuit que les derniers ceps sont ramassés. Alors, finalement, il ne sera pas nécessaire de revenir Dimanche. Place au réconfort du repas et de la soirée.

repas-vendanges.1254152990.jpg Les tables sont dressées dans les deux salles du caveau, sous les toiles d’Elise, la fille artiste de Chantal et Jean. Une expo qui a tapé dans l’oeil de Mona et Andréas qui sont finalement partis avec un tableau, tout émus de recevoir en cadeau des parents leur première oeuvre d’art.

Le beau temps du lendemain laissera libre cours à la flanerie. Le repas du midi se prépare tranquillement. Fabien et Joseph sortent les guitares et reprennent quelques vieux standards accompagnés par Kader aux percussions.

Andréas et Mona sont ravis de leur week-end.  Cette plongée dans la france rurale est une première pour Mona, elle qui est avant tout une citadine, habituée à l’animation de Beyrouth, sa ville nattale et des métropoles occidentales. Chaque fois que nous traversions Vierzon ou les rues désertes d’une de ces petites bourgades, elle nous interpellait bruyamment : « Il y a vraiment des habitants ici ? Où sont-ils ? Ils se cachent ? Il n’y a pas un chat dans les rues ! »

Heureusement , comme dit Joseph, un Vierzonnais de souche, exilé pour ses études à Tours   » Y a des gens qui se bougent ! » et un tissu associatif très dynamique. Et puis la culture est bien représentée. Le cinéma Lumière a même acquis une réputation mondiale  depuis que THX Fuck a choisi vierzon pour base d’opération de piratage internet des productions hollywoodiennes.

Alors, Mona, tu as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon.  Mais t’auras du mal à faire les vendanges à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs.

Et tu reviendras sans doute à Brinay.

– Pour revisiter les vendanges de 2007: Vendangeurs d’un jour , amis toujours

– Pour en savoir plus sur l’histoire du vin et sa géographie mondiale : « Le désir du vin à la conquète du monde  » de Jean-Robert Pitte chez Fayard .

-La vidéo des vendanges  2009

 

Rapaces migrateurs au Col du Baracuchet

Le col du Baracuchet est un très joli endroit au-dessus de Montbrison, juste en face du Mont Blanc. Ce col du Forez marque la limite entre la Loire et le Puy de Dôme.

baracuchet-ter.1251742078.jpg De l’autre côté on descend sur Ambert et en suivant la ligne de crêtes on va vers les hautes chaumes et leurs jasseries où s’élaborent les fourmes d’Ambert et de Montbrison.

Les oiseaux migrateurs passent par là aussi, en route vers l’Afrique via l’Espagne et leurs vols sont faciles à observer en contrebas du col où le panorama est très large.

A partir du 15 août, les rapaces sont les plus nombreux et les observateurs compteurs de la Ligue pour la Protection des Oiseaux ( LPO) sont  sur place du matin au soir tous les jours dans le cadre du programme migraction (www.migraction.net).

milan_noir-bis.1251741132.jpg Ce sont les milans noirs qui ouvrent la danse ; ils sont reconnaissables à leur queue échancrée qui les distingue aisément des autres rapaces. Si le majestueux milan royal se raréfie de plus en plus en Rhône-Alpes, le milan noir plus petit et plus sombre que son illustre ainé est bien plus présent. En dehors des petits rongeurs et autres batraciens ils se nourrit surtout des animaux morts qu’il trouve de long des cours d’eau; il ne néglige pas non plus les décharges.

La bondrée apivore le suit à partir de la fin août. C’est un rapace de taille moyenne qui se nourrit principalement de guêpes et de larves d’hyménoptères – bourdons, guêpes – dont elle recherche le nid qu’elle déterre en creusant profondément le sol. La couleur du plumage est variable, mais il est principalement brun-roux. La bondrée apivore est un rapace migrateur, qui hiverne en Afrique Tropicale.

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Pour qui aime observer les oiseaux, quoi de plus agréable que de voir un connaisseur vous expliquer que le petit point noir que vous avez peine à repérer avec vos jumelles est une bondrée et non une buse, encore moins un milan noir ? La largeur des ailes, la forme du vol, la forme et la taille de la queue forment une évidence avec la taille et la couleur (que bien sûr vous ne voyez pas à cette distance et à contre jour encore. C’est comme ça que l’on apprend à force de regarder et de vérifier (dans le Svenson ou le Peterson).

baracuchet-016bis.1251741683.jpg Nous avons dormi dans un petit bois de pins près de l’abri des compteurs pour être discrets et à pied d’œuvre. Antonio était très intéressé et impressionné par ces passionnés armés d’instruments d’observation.

Mais voilà , au rythme de quelques buses locales se chamaillant dans le ciel et de bondrées isolées passant le col, on se lasse vite que l’on ait 2 ans ou 62 ans. Et  le zoom de l’appareil photo se révèle impuissant à les rapprocher (merci à Olivier Laporte pour ses clichés qui alimentent un site très complet de digiscopie)

baracuchet-myrtilles.1251742396.jpg Nous avons rejoint les hautes chaumes, leurs cyclistes, leur rassemblement de motos (très intéressé Tonio par la migration des motos, beaucoup plus observable que celle des oiseaux « patout moto, patout moto ! »), les cueilleurs de myrtilles et de framboises, les épilobes et les bruyères en fleurs, et les sorbiers.

Une très belle journée ensoleillée comme seule la fin du mois d’août en offre.


La flore des Pyrénées

Juillet sur les sommets en altitude, c’est l’exubérance florale dans les pelouses, au coin des rochers, sur les vires, entre deux falaises, pour des plantes qui passent le reste de l’année à résister au froid, à  la neige, au vent.

Ainsi, le Rhododendron, commun dans nos jardins, se fait rampant et discret  sur les hauteurs;  il se rattrape par la profusion éclatante de ses fleurs.

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Les fleurs d’altitude sont le plus souvent dotées de couleur vives, ce qui constitue un atout majeur dans un milieu où elles sont parfois très espacées.

flore-aconit.1252309580.jpg C’est que la concurrence est rude dans un milieu où toutes les plantes ou presque doivent se reproduire sur un même laps de temps très court. Il s’agit d’attirer les abeilles, les bourdons, les mouches, les papillons pour la pollinisation.

Le bleu est sans doute la couleur la plus remarquable en altitude comme cet aconit  (magnifique mais la plus toxique des plantes dans les alpages) qui dresse sa grappe de corolles d’un bleu intense, à la limite du violet . Les anthocyanes , ces pigments végétaux qui donnent les couleurs du rouge au violet se développent d’autant plus que le rayonnement ultra-violet est intense, ce qui est le cas des zones d’altitude.

Certaines fleurs ne se trouvent que dans les pyrénées .

flore-04p7160071.1252329837.jpgSur les plateaux d’altitude, le genêt hérisson, Echinospartum horridum, s’installe sur les zones exposées au soleil et à la sécheresse. Son développement horizontal en coussinets  plus ou moins bombés, hérissés de pointes acérées, est caractéristique. Il peut ainsi couvrir d’immenses étendues fleuries de juin à août.

flore-05p7220066.1252331593.jpg On l’appelle à tort colchique des pyrénées ou safran des pyrénées. Cette discrète fleur rose, solitaire , acaule (sans tige) est  une mérendera pyrenaica (faux bulbocodium). Les feuilles sorties en rosette au printemps disparaissent avant la floraison au début de l’été.

Mais la vedette des prairies pyrénéennes c’est sans conteste l’iris des pyrénées.

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Des prairies ponctués de ces riches corolles teintées de bleu, jusqu’au jaune d’or en son centre, nous en avons trouvées surtout du coté espagnol, sous le Monte Perdido. Acclimaté dans nos jardins comme plante ornementale, il ne pousse à l’état sauvage que dans les pyrénées. C’est là qu’il prend tout son éclat ! 

Le ciel des pyrénées

Nous sommes convertis, depuis trois étés, à la pratique de l’altitude au plus fort de l’été, seul moyen de trouver la fraîcheur du soir. On se lève avec le soleil, on part en rando dans l’atmosphère légère du matin, on revient avant les heures chaudes de l’après-midi. Les vallées d’altitude (Bious-Artigues), les stations de ski ( Piau-Engaly) , les cols ( tourmalet, Aubisque), les cirques ( Gavarnie, la Pineta) nous ont accueillis pour des bivouacs dans des nuits douces, loin des petites canicules qui ont touché en juillet et en août de cette année 2009 les vallées torrides du Sud-Ouest.

Le ciel, à ces altitudes, a une transparence incomparable, le bleu vire à l’outremer , surtout quand il se réflète dans les eaux froides du Lac de Badet au dessus de Piau-Engaly à 2080m.

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Mais le ciel en montagne, c’est surtout les nuages et leur manège incessant.

En montant au-dessus de Luchon , nous nous sommes enfoncés dans une masse cotonneuse qui arrêtait la vision à quelques mètres, dans une obscurité de crépuscule. Au bout de la route, dans la station de Super-Bagnères, les hôtels vieillots prenaient des allures de fantômes. Danièle se disait perdue dans le brouillard, mais c’est plutôt dans le cœur des nuages que l’on se trouvait. L’épicière du Vival qui n’ouvrait plus qu’à mi-temps, nous expliquait que le phénomène peut durer des jours entiers, faisant ainsi fuir sans hésitation tous les touristes.

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Quelque fois , on voit monter le brouillard, rampant ainsi le long des pentes et se renforçant à mesure qu’il grimpe. C’est le brouillard « orographique » : par soulèvement de l’air le long d’une pente grâce aux vents, l’air se refroidit spontanément lorsque la pression baisse et forme ainsi du brouillard. Ici Danièle au col du Tourmalet avant que nous ne disparaissions dans les nues.

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Il suffit souvent de grimper plus haut pour se retrouver au-dessus d’une mer de nuages. Le Pic du Midi de Bigorre accueille depuis 130 ans un observatoire qui profite d’un ciel exceptionnellement dégagé ( 2188h d’ensoleillement annuel – contre 1849h pour Pau quelques dizaines de km plus loin dans la vallée).

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Mais le plus fréquent dans les pyrénées,  c’est un ciel dynamique où les nuages courent sur un fond bleu d’un bord de l’horizon à l’autre, parfois échevelés, parfois moutonnant, parfois menaçant, toujours changeant – comme ici au-dessus du pic du Midi d’Ossau.

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Rien d’étonnant dans cette abondance de nuages, l’atlantique n’est pas loin avec ses ciels chargés et ses vents humides. Et quand le vent vient de l’est, c’est de la méditerranée que viennent les pluies. Sur ces sommets des pyrénées centrales, c’est près de 2 m d’eau qui tombent. L’été les orages viennent rafraîchir les fins d’après-midi lourdes. Comme ici au col de Marie-Blanque, cet orage qui s’évacue au crépuscule au dessus de la vallée d’Aspe.

 

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Résultat l’eau est partout dans les vallées, elle façonne le paysage par ses cascades innombrables, ses gaves , ses nestes, ses verts , ses nives – autant de mots différents selon le terroir , le relief … et la végétation en profite.