Manger

Respirer, Boire, Manger, Bouger . Voilà bien les fonctions essentielles pour tous les organismes animaux, dont nous faisons partie.

On y pense quelquefois , on oublie souvent. Heureusement ! Cette évidence, cette insouciance, voilà bien le privilège de la bonne santé.

Et rien de tel qu’un épisode pathologique pour en retrouver la conscience. Une semaine d’une gastro-entérite sévère, prolongée, avec une vraie incertitude sur le diagnostic – en attente de longues analyses – et donc sur les perspectives de guérison . Finalement le coupable s’appelle Campylobacter.

Manger n’est plus alors une nécessité naturelle, une envie à satisfaire,un plaisir à partager . Manger devient un problème ! Un gros problème.

  • Tout d’abord la faim qui disparaît. Cette petite tension qu’on ressent à l’intérieur quand l’heure du repas approche, quand on commence à s’agiter dans la cuisine, que les bonnes odeurs se signalent à notre odorat. Tous ces prémisses disparaissent. Rien !
  • Et puis si jamais on insiste (tu es sûr que tu ne veux rien manger?), si jamais on se met à table , le dégoût n’est pas loin. Le regard se détourne du rôti de veau Orloff préparé par Nora pour sa petite fête, l’idée même d’y goûter est repoussée vigoureusement.roti_de_veau_orloff
  • De toute façon manger, sortir de cette diète imposée, est vécu comme une prise de risque. La peur de manger impose sa loi.Toute nouvelle ingestion s’annonce comme le prélude à une nuit blanche, le ventre douloureux, rythmé par les passages aux toilettes. Alors mieux vaut s’abstenir !

Finalement on ne pense plus à se nourrir. On s’en passe plutôt bien. On peut ainsi passer plusieurs jours sans manger, à condition de faire bien attention à s’hydrater. Quelques kilos en moins sur la balance, personne ne s’en plaindra.

Et puis un jour ça s’arrête !

Une bonne nuit , un petit déjeuner qui passe bien, on est prêt à reprendre ses activités habituelles. Et dans mes activités habituelles, l’approvisionnement de la maisonnée et la cuisine figurent en bonne place.

Direction le super-marché. On dit souvent : ne pas faire ses courses quand on a faim. On risque d’avoir les yeux plus gros que le ventre et de faire des achats irraisonnés. A l’inverse, comment faire des courses si l’on est dégoûté, déserté par ses envies  ? Je m’aperçois vite que j’ai heureusement oublié le ventre douloureux des jours précédents et retrouvé ma curiosité alimentaire. AvocatCes crevettes sauvages me font de l’oeil au rayon marée, j’imagine déjà les avocats dans leur garniture d’oeufs de Lumpe et je craque pour une pâtisserie au chocolat habituellement blacklistée de mon régime. Au rayon fromage je m’organise un match entre Beaufort d’été et Beaufort standard, les deux se retrouvent dans mon Caddie. Plus loin, c’est la pleine saison des tomates bien rouges aux cotés de généreux chous d’un vert intense, les champignons de Paris, si pâles, jouent le contraste au rayon Légumes. bis-4501

Retour à la maison où je rajoute à mon menu (avocat aux œufs de Lumpe, escalope de dinde grillée, gâteau au chocolat) les haricots verts frais d’hier ainsi qu’un peu de pollenta. Me voilà à table devant un verre de rosé de Provence de la Sainte-Victoire. Un vrai bonheur !verre rosé

Bienvenue pour ce retour dans la communauté des humains en état de manger, en état de conjuguer ses envies avec sa sensibilité diététique et culinaire, en état de calmer une faim salutaire.