Salut les reconfinés -2-

À la Une

COVID : Quelles perspectives ?

Vous avez bien vu, lu, entendu ces derniers jours dans tous les médias : La grande affaire c’est l’ouverture des commerces. A tous les sujets d’actualité, sur toutes les antennes, difficile d’échapper au reportage sur la mercerie de Romorantin, le magasin de jouets de Vierzon, où la boutique de fringues de Chauvigny. Les enseignes commerciales ont accepté du bout des lèvres de différer le légendaire Black Friday. Tous les responsables économiques et politiques se préparaient à scruter les courbes d’affluence et de chiffre d’affaires, à espérer le boum attendu dans les boutiques, pendant que les responsables sanitaires craignaient la cohue qui favoriserait un nouveau pic de contagion.

Un petit retour dans les commerces

Finalement, rien de cela ne s’est passé.  Une petite affluence de fin Novembre (20 % en moins parait-il, à part les jouets). Explication : beaucoup d’achats de Noël ont été anticipés (sur internet ? on ne sait pas encore). Les prudents (dont je fais partie) sont restés chez eux. Et les soucis de l’évolution de la pandémie ont peut-être mis au second plan la frénésie supposée de consommation.

C’est que les fameuses (et stupides) attestations sont toujours là au moins jusqu’au 15 décembre. Ou peut-être plus longtemps, même si les fêtes de fin d’année échapperont sans doute à la vigilance des forces de l’ordre, on pourra sans doute aller saluer Papy et mammy (et « les laisser manger seuls dans la cuisine » comme le conseille le professeur Rémi Salomon…).

Mais toutes les autorités insistent à juste titre sur la persistance du danger et annoncent des actions sur les tests et sur le fameux vaccin.

Les tests de masse.

L’idée c’est de tester tout le monde ou au moins tous les volontaires avec un accès facile. On pense d’abord à une échelle locale, la métropole de Lille, par exemple. Mais aussi de toute une région. Ainsi Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes annonce une opération globale entre le 16 et le 22 décembre avec des moyens considérables. Ces campagnes massives de test ont deux intérêts : avoir une connaissance fine de la situation de l’épidémie au niveau d’un territoire et alerter les individus testés positifs, surtout lorsqu’ils sont asymptomatiques, sur la nécessité de s’isoler, en particulier à l’approche des fêtes de Noël. De quoi rassurer les familles à quelques jours des rassemblements autour des sapins.

Mais un autre objectif majeur de la démarche n’est pas assuré : L’isolement des positifs. Le président Macron a ouvert la porte à un débat (bien français) : doit-on utiliser la contrainte ? Faut-il prévoir de fortes amendes ?  Il faudrait plutôt commencer par examiner précisément ce qui se fait actuellement. On commence à connaître quelques cas autour de nous : cas contact ou testés positifs. Quel a été le suivi pour chacun ? : en général un SMS avec quelques recommandations et puis … et puis …c’est tout.
Alors on pourrait déjà améliorer l’information sur les modalités de l’isolement qui apparaît sans doute problématique à bien des cas positifs. Mais on peut regarder aussi ce qui se fait à l’étranger.
Les pays qui réussissent le mieux le traçage mettent le paquet : isolement dans des hôtels pour les plus précautionneux, et pour ceux qui restent chez eux : visite chaque matin d’un professionnel de santé qui examine avec le patient les modalités de l’isolement et le soutien à apporter. Cela demande des moyens humains considérables, mais toujours moins coûteux qu’un nouveau reconfinement.

Le vaccin

Il arrive, nous dit-on, mais on est encore dans le grand flou. J’ai vu un reportage d’Arte sur l’Allemagne. La campagne y démarre précisément le 15 décembre, la logistique des doses de vaccins, leur conservation (à -70° pour certains dans des congélateurs spéciaux), les centres de vaccination installés dans des centres de congrès ou des gymnases, le personnel recruté, tout est prêt.

En France on s’interroge encore sur les modalités (chacun chez son généraliste ou dans des centres dédiés ?) ; sur les publics prioritaires ; sur la stratégie vaccinale (précisée lundi 30 novembre par la Haute Autorité de santé) ; sur le calendrier (un premier déploiement des doses pourrait avoir lieu en janvier…).
Tout le monde a en tête le fiasco du vaccin contre la grippe, vivement conseillé par les autorités, mais en rupture dans les pharmacies trois jours après le début de la campagne.

Alors, on prend les paris : A quel moment serons-nous appelés, Danièle et moi, qui faisons partie des publics prioritaires pour avoir la fameuse injection ? A mon avis pas avant le printemps dans le meilleur des cas, plus sûrement au début de l’été !
Et on s’étonne que dans ce grand flou, les français ne sont que 40 % à se déclarer favorables personnellement à la protection vaccinale.  Le jour où les autorités seront en mesure donner une information fiable et complète, ils seront manifestement bien plus nombreux.

Alors en attendant RESTEZ PRUDENTS !

Salut les re-confinés -1 –

À la Une

Alors ? Ce qu’on craignait ces derniers jours s’est finalement réalisé. Sans attendre le résultats des mesures des derniers jours (couvre-feu,  etc.), le gouvernement (ou Macron tout seul ?…) a tranché. Sans doute que les chiffres de l’épidémie qui flambent n’ont pas laissé le temps de l’examen sérieux de la situation.

A ce moment de retour en force de l’épidémie la Chaîne Parlementaire diffusait samedi en fin de soirée (à voir : d’autres diffusions cette semaine à venir) un documentaire instructif : Grippe de Hong Kong, la pandémie oubliée

La grippe de Hong Kong

C’était entre l’hiver 1968 et l’hiver 1969, une épidémie qui était passée inaperçue, j’en suis témoin, moi qui en fus contemporain. Aujourd’hui je n’en ai aucun souvenir direct ou indirect. Après mai 1968, j’avais, comme beaucoup de ma génération, d’autres préoccupations. L’hiver 1968 c’est l’Asie et les USA (50 000 morts en trois mois) qui sont sévèrement touchés.  A l’été 1968, les spécialistes estiment l’épidémie terminée. En France les autorités sont rassurantes : pas de seconde vague, pas de danger !

Mais l’hiver arrive et le virus flambe : En France, tous les milieux sont touchés : dans les entreprises, les écoles, les administrations l’absentéisme varie entre 30 à 50% des effectifs. On estime a postériori que 25 % de la population a été infectée par le virus en quelques semaines. Mais la population, les médias, les responsables politiques ne prennent pas le fléau au sérieux et les commentaires légers, voire humoristiques ne sont pas rares. Evidemment aucune mesure de distanciation, aucune restriction  n’est évoquée

Pourtant cette grippe tue, les services hospitaliers n’ont aucune thérapie efficace (pas d’intubation, pas de respirateur…) pour les formes graves. Le documentaire fait la place au témoignage d’un médecin alors externe à Nice : « On n’avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d’hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s’est calmé. Et étrangement, on a oublié »

A l’époque on s’est peu soucié peu de compter les morts. Après une analyse rétrospective les épidémiologistes estiment maintenant que l’épidémie fut responsable de 40 000 morts en France. Au niveau mondial ce fut un million de morts.

Ce qui frappe au cours de l’émission, c’est l’insouciance générale de la population et des autorités qui tranche tellement avec l’inquiétude qui nous a saisi, cinquante ans plus tard, avec la Covid 19. Et si nous avions aujourd’hui adopté la même insouciance – ou la même priorité à nos activités, nos libertés- combien compterions-nous de morts maintenant ?

Le re-confinement

Emmanuel Macron a trouvé des arguments à la télé mercredi pour justifier le reconfinement . Des arguments par défaut, en rejetant des solutions plus ciblées sur les publics vulnérables, en exposant les conséquences dramatiques de formules plus libérales (si on laisse faire, ce sont 400 000 (?) morts à venir).

« Tout le monde a été surpris par la force de cette seconde vague. » a t-il souligné. Tout le monde sauf le conseil scientifique qui depuis juin alerte sur les scenarii les plus noirs.

Mais Macron préférait sans doute faire une visite le 10 avril au professeur Raoult qui annonçait une moindre virulence du Sars-covid2 et les résultats exceptionnels de son traitement à la chloroquine, aujourd’hui démentis. On dit même que le marseillais avait encore récemment l’oreille du président qui se souciait en priorité de l’activité économique.

Alors les réalités de l’épidémie ont douché les espoirs infondés de tous les « rassuristes » et ramené -sans doute un peu tard- le président à la raison. Terminés l’approche territoriale et le ciblage par zone (le vert, l’orange, le rouge, l’écarlate), terminé le traçage (tester, suivre, isoler, qui n’a  jamais vraiment été mis en œuvre efficacement), terminé Stop-Covid qui n’a jamais vraiment marché, terminé le couvre-feu…

Retour aux bonnes vieilles attestations de déplacement, à la recherche des quelques dérogations autorisées. Et aux contrôles policiers.

Mais l’inertie de l’épidémie qui continue sur sa lancée est telle qu’avant de décélérer sous l’action du confinement, le nombre des décès restera encore élevé. On observe un délai de 30 jours entre une contamination et le décès ; c’est parmi les positifs de cette fin octobre, qu’on comptera les morts de fin novembre. Pour la durée du confinement Thierry Crouzet, fin statisticien, estime la mortalité sur la période à 10 000, soit un mort toutes les 5 mn.

Les boomers coincés dans la bulle

Si Macron l’avait un moment évoqué, personne n’a osé mettre en avant un confinement spécifique des personnes vulnérables, âgées en particulier qui pourrait alléger les restrictions imposées aux plus jeunes. Personne n’a osé, pour diverses raisons.

  • Pour des raisons d’égalité citoyenne qui nous interdirait de soumettre une population particulière à un traitement discriminatoire, presque vexatoire.
  • Pour des raisons pratiques, car on voit mal comment isoler efficacement les séniors du reste de la population, du reste de leur famille.  

Or c’est quand même de ce côté qu’on peut espérer réduire les hospitalisations à venir. 85 % des hospitalisés ont plus de 60 ans L’âge médian des décès du Covid 19 s’établit à 84 ans. 

Alors on peut peut-être s’attacher à faire la promotion de pratiques efficaces pour tenir les plus âgés à l’écart des contaminations sans pour autant stigmatiser ces populations. C’est le sens d’une tribune de plusieurs universitaires parue dans Libération le 26 octobre dernier :

« Il est parfaitement possible, en effet, de donner les moyens effectifs aux personnes vulnérables, sur une base volontaire mais fortement recommandée :

• de rester chez elles grâce à des distributions à domicile de tout le nécessaire ;

• d’être relogées temporairement si elles vivent avec d’autres générations susceptibles de les contaminer ;

• si elles sont économiquement actives, de se mettre en télétravail ou en chômage partiel ;

• de circuler dans les espaces publics grâce à des mesures de prophylaxie généralisées et adéquates (distanciation, port du masque en intérieur ou en cas de forte densité…) et grâce à l’augmentation de l’offre des transports en commun, pour qu’une véritable distanciation soit possible ;

• de se retrouver en famille et entre amis de préférence en extérieur et munies des protections adéquates ;

• de bénéficier, en Ehpad comme à l’hôpital, d’un service optimal grâce à l’embauche massive et permanente d’un personnel suffisant et convenablement équipé, au lieu du sous-effectif structurel installé depuis des décennies dans ces secteurs. »

Je dois dire qu’avec Danièle, nous pratiquons déjà une forme d’auto-confinement. Nous avons cessé les activités -sportives, culturelles- collectives. Nous continuons à voir nos enfants et petits-enfants, nos amis, mais à petite dose et avec les distances recommandées.

Nous pratiquons en petit comité un qi-qong qui se veut quotidien et nous promenons le chien deux fois par jour. Nous avons la chance d’avoir un jardin et les soins du potager nous occupent aux beaux jours. Et nous passons beaucoup de temps devant notre ordinateur.

Le plus difficile c’est d’échapper à la morosité générale. Beaucoup parmi les plus jeunes enragent de ne plus faire la fête (même si les transgressions ne sont pas rares).
Les plus anciens font le compte du temps à vivre devant eux : combien de mois gâchés par cette épidémie, combien de projets annulés, reportés, combien d’énergie dispensée pour la seule préservation ?

Mais c’est le prix à payer pour notre survie, pour espérer voir grandir nos petits-enfants, pour pouvoir encore témoigner de notre expérience, pour découvrir encore tout ce que nous ignorons.

Salut les déconfinés – 9 –

À la Une

La seconde vague est en marche

 Avec 122 000 nouveaux cas par semaine, l’épidémie rejoint une croissance exponentielle et double ses effectifs en moins d’un mois. On est encore loin des pires semaines de mars où ça doublait en 3-4 jours, avec beaucoup de cas symptomatiques (puisqu’on ne testait que ceux-là).  La montée est plus lente, avec encore beaucoup d’asymptomatiques mais personne ne sait comment la situation va évoluer.

Du coup les coronasceptiques, les « rassuristes » comme on les a nommés, se font plus discrets.

Laurent Toubiana

Que dit maintenant le professeur Toubiana, persuadé de l’existence d’une immunité sous-jacente qui nous protégerait d’une hypothétique seconde vague ?
Que dit Jean-François Toussaint qui jugeait les chiffres de nouveaux cas faibles, voire en déclin, et surtout un nombre de malades négligeable ? : «Le nombre de décès quotidiens, on le voyait diminuer à partir du 7 avril, et donc on pouvait rendre l’espérance aux Français pour se dire, tiens, c’est en train de refluer, et nous sommes toujours dans cette phase de reflux, entre 20 et 40 décès par jour» déclarait-il le 11 septembre.

Didier Raoult

Et du coté de Marseille, c’est la mutation du virus qui le rendrait moins dangereux : Dans une vidéo datée du 22 septembre, le Pr Raoult résumait les choses ainsi : «Il existe différents mutants, actuellement, qui sont corrélés avec l’existence de formes qui sont moins graves, en termes d’hospitalisation, de réanimation et de mortalité. […] La sévérité de l’infection, la réponse inflammatoire, diminue de manière très significative dans cet épisode.» 

Mais le 6 octobre, devant l’évolution de la situation, sur CNews, le professeur marseillais se ravisait totalement : « là on a un nouveau variant dont les données préliminaires – on a analysé pour l’instant 70 cas -, semblent montrer qu’il est différent dans les manifestations cliniques du variant 1 qui paraissait vraiment banal. »
Sur sa dangerosité, le professeur répond « oui » mais il ajoute : « Je suis plus prudent que ça : les éléments qu’on a nous font penser qu’il n’est pas aussi banal ni bénin que ce que nous avons eu en juillet-août. » … on admire l’art du retournement.

De son coté le Docteur Nicole Delépine ne s’embarrassait pas de précaution dans une tribune en août : « Une épidémie terminée en France selon toutes les analyses des chiffres officiels de Santé Publique France : il n’y a presque plus de décès liés au covid (inférieurs à 20 par jour alors que les cancers en tuent 500 quotidiennement.
L’arrivée de la fameuse deuxième vague attendue comme l’arlésienne depuis 3 mois est compromise car le virus semble avoir muté et être devenu très peu virulent. Il donnera au mieux de bons rhumes comme les autres coronavirus (qu’on retrouve dans les tests aussi bien que l’actuel, ils sont cousins germains).

Jean-Dominique Michel qui s’était fait une jolie réputation sur Internet en incarnant un coronascepticisme souriant mais radical, est un peu embarrassé le 19 octobre :
« Nous vivons une période d’incertitude avec une sorte d’emballement. Certains chiffres s’envolent, d’autres progressent, avec certaines données et variables qui posent question.
Ce qui est sûr, c’est qu’il ne s’agit pas d’une deuxième vague. Si deuxième vague il y avait dû y avoir, elle se serait produite au déconfinement de mai, quand aucune des mesures imposées depuis n’était en vigueur.
Nous sommes face à un regain de diffusion du virus, certainement saisonnier, mais encore peu lisible… »

Gageons que les coronasceptiques qui ont enflammé les réseaux sociaux, laisseront peu de traces dans l’histoire sanitaire. L’important est maintenant de discerner l’évolution actuelle de l’épidémie.  

La différence principale avec la première vague, c’est l’existence massive de mesures de dépistages et de précautions qui sont déclinés maintenant dans tous les pays de la planète. Et chaque gouvernement hésite sur le point où poser le curseur. D’où des projections assez disparates. Le schéma ci-dessous (un peu ancien mais toujours d’actualité) l’illustre parfaitement.

Tout le monde a compris que les limites de tolérance de nos sociétés se situent aux limites de tolérance de notre système de santé, du nombre de places en réanimation particulièrement.
Le nombre de malades du Covid-19 actuellement en réanimation a dépassé ce lundi 19 octobre les 2000 personnes, un seuil qui n’avait pas été atteint depuis mai, selon les chiffres officiels, qui font en outre état de 146 morts en 24 heures. 
Au pic de l’épidémie, en avril, plus de 7000 malades étaient hospitalisés en réa, un nombre qui a fortement chuté jusqu’à fin juillet, avant de remonter progressivement.

Or il faut bien constater que la situation ne s’est pas améliorée en France depuis le mois d’avril. Malgré les engagements, il n’y a pas plus de lit en réanimation qu’au début de l’épidémie :

« On sent que le président a compris la gravité de la crise, mais il ne prend pas la mesure de la crise hospitalière. Et on doit paralyser le pays parce que les hôpitaux manquent de lits« , a réagi le 14 octobre Patrick Pelloux (Président de l’association des médecins urgentistes) auprès de l’Agence France-Presse suite à l’annonce du couvre-feu.

 Pas assez de lits, c’est surtout pas assez d’infirmières et ce ne sont pas les augmentations du Ségur de la Santé (90 € au 1er septembre,  puis au 1er mars 2021 avancé à la fin de l’année finalement)  qui attireront de nouveaux candidats. Trop peu, trop étalé dans le temps.  

Et puis le virus est partout sur le territoire. Pas question de déshabiller une région pour regarnir une autre.

Et puis une stratégie de dépistage chaotique qui ne permet plus de remonter la chaîne des contaminations.  Les « clusters » identifiés ne représentent plus qu’un quart des cas positifs. Les trois quarts sont diffus dans la population.

Alors dans ce cas, on comprend que les autorités n’ont pas eu d’autre choix qu’adopter les mesures les plus sévères (couvre-feu…) avant le confinement général. Vingt millions de Français condamnés au triptyque Métro/boulot/dodo !

Les seniors à la retraite comme moi et nos proches ne s‘en plaignent pas trop. Mais quel gâchis pour la société dans son ensemble !

  • Il n’y a pas que le Covid dans la vie, suivez nos aventures en Camping-Car dans le midi et nos mésaventures face au promoteur qui démolit notre quartier : Les mots justes , le blog de Danièle

Salut les déconfinés – 8 –

À la Une

On dirait le sud !

On nous dit qu’avec le changement climatique, il faut s’attendre à une modification de nos paysages, qu’un jour les alentours de Lyon ressembleront à ceux de Madrid aujourd’hui.
Cette semaine passée à Chabeuil, à une heure de chez nous, au milieu de cette petite canicule de septembre, m’a donné comme un avant-goût de ce glissement vers le sud. En parcourant ces espaces péri-urbains, à distance de la vieille ville sur son piton, ces bâtisses anciennes à l’allure quasiment coloniale, ces jardins grillés me rappelaient le midi de mon enfance et peut-être plus loin vers le sud, l’Andalousie, les quartiers européens du Maghreb…

Les palmiers sont courants et même cet agave mexicain au coin d’une terrasse:

Les clôtures occultantes protègent de la vue mais aussi de la chaleur qu’elle reflètent grâce à leur blancheur agressive.

Mais toutes les villas ne sont pas pimpantes. Le temps, l’absence d’entretien ont fait leur oeuvre :

Sans compter ces espaces délaissés où s’entreposent toutes sortes de matériaux à l’abandon :

C’est dans le camping où nous logeons, à deux pas du centre ville. Une bonne part des emplacements sont occupés à l’année par des familles qui y ont installé leur domicile, grâce aux commodités modernes : électricité, eau courante, eaux usées, à l’ombre de platanes centenaires;

Credit photo Danièle Godard-Livet

Chabeuil ne cesse de s’étendre, de construire de nouveaux lotissements pour des exilés de la ville voisine Valence qui se dépeuple. Les champs, les terrains vagues, les bâtiments agricoles sont promis à l’oeuvre des promoteurs.

Cette vieille grange, située rue des Alexandrins va rejoindre les constructions disparues de ce « clos des Poètes ».

Le dernier en date des lotissements. Un bel ensemble encore en peine croissance . Des maisons individuelles et des petits immeubles collectifs au bord de la Véore, qui serpente à coté, encore en eau malgré la sécheresse.
Qui a dit que les petites villes n’avaient plus d’avenir ?

Salut les déconfinés -7-

À la Une

Etrange épidémie !

Non contente de semer la panique d’un bout à l’autre de la planète, d’envoyer au cimetière 800 000 terriens à ce jour, cette épidémie excite les esprits et transforme les plus placides en passionaria (ou -o) d’un camp ou d’un autre.

J’en sais quelque chose, vu que je suis placé entre deux types de combattants opposés, de quoi craindre les balles perdues. Tous les deux sont retraités et ont passé depuis plus ou moins longtemps les soixante ans.
 Commençons par Philippe, qui habite Venise depuis toujours (enfin presque, je l’ai connu aussi dans sa vie française). Au moment où tout le monde parlait de « grippette » en France, c’est grâce à lui que l’épidémie a pris, à nos yeux, un peu de consistance, une vraie réalité jusqu’à ce que nous annulions début Mars notre voyage vers la Sérénissime.

Philippe a survécu dans une Vénétie confinée parmi les premières régions d’Europe.  Pendant toutes ces semaines, il a tenu sur Tweeter une chronique régulière des chiffres italiens présenté par la protection civile. Dans un appel adressé à ses amis français, il s’inquiétait de l’insouciance qui régnait encore chez nous où l’épidémie observait un retard de 8 jours par rapport à l’Italie du Nord 

RESTEZ A LA MAISON !!! tel était le message qu’il martelait sur son blog, sur les réseaux sociaux.

Au moment du déconfinement, Philippe n’a pas quitté son attitude inquiète face à l’épidémie. A chaque relâchement programmé des mesures de protection, il s’insurgeait devant cette hâte coupable des autorités.  Il a ainsi refusé cet été de rejoindre son épouse en France, vu les mauvais signes de reprise de l’épidémie de ce côté des Alpes.

Jean se trouve à l’opposé. Cet ami de quarante ans est viticulteur, on se voit aux vendanges et puis sur Facebook.

Comme beaucoup d’agriculteurs qui ont pu continuer à se déplacer, à travailler leurs champs, il n’a pas été personnellement gêné par le confinement. Mais il s’inquiétait des restrictions qui pesaient sur son activité : annulation des foires au vin, fermeture des bars et restaurant, exportation en berne du fait des taxes imposées par Trump sur les vins français. Il n’a pas tardé à se rapprocher des coronasceptiques contre la « dictature sanitaire » et au nom des libertés fondamentales, partageant sur Facebook les publications de Jean-Dominique Michel puis celle du Professeur Raoult, recommandant la lecture de son livre. Le point commun : l’épidémie n’est pas si grave, elle est appelée à disparaître, les autorités en profitent pour restreindre les libertés, le système politico-médico-médiatique s’acharne à discréditer le seul traitement efficace : la Chloroquine !

Entre les deux, nous observons les jeunes dans notre entourage, qui se soucient fort peu des querelles académiques. Vaille que vaille, ils se sont soumis avec difficulté aux restrictions du confinement. Maintenant, ils attendent impatiemment de pouvoir reprendre leur liberté, bouger, voir leurs amis, faire la fête ….

Alors c’est vrai que cette épidémie (et surtout la reprise actuelle en Europe) ne fait rien pour clarifier nos débats :


 Des contaminations en hausse rapide, qui contrastent avec des hospitalisations stables voire en légère augmentation. Des jeunes, asymptomatiques (la moitié des cas) sont détectés grâce à des tests enfin nombreux, ils ont peu de risque de développer des formes graves. Rien à voir avec la situation de février-mars !

La situation donne un avantage aux tenants de la thèse de la disparition de l’épidémie. Même si leurs arguments n’en sont pas plus convaincants. Peu importe qu’on évoque la saisonnalité, l’immunité collective, les mutations d’atténuation ou l’adoption d’un traitement miracle, aucune de ces hypothèses n’a, à ce jour, bénéficié de preuve recevable, voire définitive.

Du coté des autorités, on craint le pire pour la suite, les cas positifs donneront inévitablement les hospitalisations de demain et les décès d’après-demain. Taxés de cécité et d’impréparation en Mars, ils ne voudraient pas se laisser surprendre par une reprise incontrôlée de l’épidémie et multiplient les mesures parfois excessives.

Ce resserrement des restrictions peut apparaitre décalé par rapport à une situation où les menaces sont encore vécues comme abstraites.

Les querelles n’ont pas fini de prospérer… l’avenir seul les départagera à condition que chacun s’astreigne à juger des faits et non à rechercher à tout prix confirmation de ses opinions.

Salut les déconfinés -6-

À la Une

Certaines théories scientifiques sont invoquées par les coronasceptiques.

Le corona-scepticisme est une opinion. Elle s’appuie parfois sur l’une ou l’autre des interrogations scientifiques sur le virus et le développement de l’épidémie.
A un moment où le conseil scientifique s’inquiète d’une probable seconde vague dans les semaines à venir, diverses thèses viennent alimenter le doute ou la révolte des anti-mesures sanitaires , au-delà des critiques légitimes de la gestion politique de l’épidémie.

L’épidémie est en train de disparaître : Le professeur Raoult ne disait pas autre chose dès le 14 avril. Maintenant, après 30 000 décès, il n’est plus aussi affirmatif !

D’autres médecins mettent en avant la baisse des cas positifs (et encore il pourrait s’y cacher beaucoup de faux positifs) et surtout la baisse, voire la disparition des cas mortels. Le docteur Nicole Delépine, dans une tribune parue le 31 juillet  dans le Parisien  y voit le signe d’une disparition de l’épidémie.

et le règne de « la propagande de la peur ». Comment le virus est -il amené à sa fin, selon quels mécanismes biologiques ? Mystère !

Alors, comme la prédiction n’est pas fondée sur des éléments explicatifs, il n’y aura qu’un juge de paix pour la réfuter : les chiffres des jours suivants qui pourraient annoncer le rebond de l’épidémie.

Le virus est saisonnier

Le virus pourrait disparaître avec le retour des beaux jours mais pourrait revivre avec l’hiver.

La diffusion du virus sous toutes les latitudes permet maintenant de mettre en doute cette théorie : le virus flambe simultanément dans l’hémisphère nord en plein été (cf les USA) ainsi que dans l’hémisphère sud en plein hiver (cf le Brésil). Difficile d’espérer une disparition estivale même si la diffusion du virus a considérablement ralenti.

L’immunité collective

 Pour l’instant le nombre d’individus ayant contracté le virus et ayant acquis sans doute une immunité est estimé aujourd’hui en France à 10% par le conseil scientifique.
 Tout le monde s’accorde à dire qu’un jour, la proportion de personnes ayant contacté le virus, et ayant développé une immunité, sera suffisante pour stopper sa diffusion. Les épidémiologistes de l’Impérial College de Londres l’avaient fixé à 70%. Mais que se passe-t-il, si l’on ne prend aucune mesure sanitaire, avant d’atteindre ce seuil ? Eh bien pas mal de morts : 250 à 500 000 morts annoncés au Royaume uni qui, finalement, a changé de doctrine.

Une autre thèse met en avant le fait -incontestable- que parmi les individus infectés, certains ne donnent lieu à aucun nouveau cas par contagion, alors que d’autres sont des « superspreaders » des supercontamineurs qui contaminent des dizaines de personnes, sans doute du fait d’une particularité biologique ou d’une pratique sociale très extravertie. Il est donc difficile de parler d’un R0 (« le taux de reproduction ») homogène. Ce R0 effectif peut aussi évoluer selon le stade l’épidémie. Le seuil d’immunité peut donc se situer plus bas que les 70 %, peut-être autour de 25 %. Même avec cette hypothèse, on est loin actuellement en France de s’en approcher.

C’est néanmoins le pari qu’a adopté la Suède, sous l’impulsion de l’épidémiologiste en chef, Anders Tegnell, en renonçant à la perspective de mesures sanitaires fortes. Les lieux publics sont restés ouverts, la population libre de ses mouvements et sans masques.

Les parcs publics à Stockholm en mai

Résultat : beaucoup de morts (560 par million d’habitants), mais moins que la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne et un peu plus que la France (450 par million), avec une baisse plus tardive comparée aux autres pays européens ayant confiné.

Les mutations du virus

Certains commentateurs ont pu espérer qu’au fil des mutations le virus pourrait devenir moins agressif. C’est ce qu’on avait dit au sujet de la grippe H1N1 dite grippe porcine qui s’était révélée moins virulente que prévu. Et c’est ce que prédisaient certains optimistes pour l’épidémie COVID 19.

Hélas ! Pour le coronavirus Sars-CoV-2, c’est une autre affaire. On sait qu’il mute sans cesse, mais pas pour s’atténuer. La mutation D614G, est pointée par le laboratoire national de Los Alamos : mieux adaptée, plus contagieuse, mais pas plus mortelle, elle serait apparue en Europe dès Février.

Un recul improbable de l’épidémie

Nous avons vu que les théories sous-jacentes aux pronostics optimistes ne permettent pas de les valider. Elles sont l’occasion pour de nombreux commentateurs de dénoncer une soi-disant dictature sanitaire et de refuser les mesures de distanciation sociale et les gestes barrière.

N’écoutons pas ces faux prophètes qui affaiblissent nos défenses face à une deuxième vague hélas bien probable.

Personnellement, mon choix est fait : Faisant partie de la population à risque, je maintiens mes distances vis-à-vis de ceux, plus jeunes, qui ne craignent pas de s’exposer et je garde mes protections.

*Spécial Beyrouth : Les libanais ont tout eu : la crise économique, le COVID et maintenant cet accident format XXXL. On a vérifié la situation de nos amis là-bas, de notre famille : Ils vont bien !
Place maintenant à la solidarité : Fondation de France Solidarité Liban

Un seul cadeau qu’on ne peut leur amener à leur place : Une démocratie débarrassée des clans et des confessions et une bonne gouvernance !

Salut les déconfinés – 5-

À la Une

Face à l’épidémie, on est loin du consensus !

Au-delà de l’insouciance des vacances, désirée pour beaucoup, redoutée pour les autres qui craignent l’envolée des contaminations, tout le monde s’interroge sur les semaines qui nous attendent. Et nous avons peu d’éléments pour imaginer la suite, à moins de consulter des voyantes. Alors écoutons « les spécialistes, les scientifiques, plus généralement les penseurs » qui vont nous montrer le chemin.

Hélas ! Si les scénarios de prudence l’emportent dans les milieux scientifiques et sont respectés majoritairement dans l’opinion publique, il ne manque pas de voix dissonantes. Les corona-sceptiques sont nombreux.  Essayons d’en faire l’inventaire : Rappelons-nous, début mars : l’épidémie commence à flamber en Italie qui confine des régions au Nord puis dans tout le pays ? Le 17 mars, le confinement est décrété en France.

Dans le même temps le professeur Raoult annonce la fin de partie pour le virus. Sans oublier de vanter les mérites de son traitement, le célèbre infectiologue annonce la fin de l’épidémie :
“Pour nous, l’épidémie est en train de disparaître progressivement.” Voilà comment débute la vidéo du 14 avril publiée par le directeur de l’IHU Méditerranée, à Marseille, au sujet de la propagation du coronavirus dans la ville. 
“Il est possible que d’ici quelques semaines, il n’y ait plus de cas”, poursuit le docteur controversé, dont le président de la République Emmanuel Macron a vanté les mérites le mercredi 15 avril. “C’est assez banal”, ajoute-t-il évoquant la perspective de la disparition de l’épidémie au printemps, ce qui arrive avec certains virus.



Une autre voix le rejoint de Suisse cette fois : Jean-Dominique Michel et son blog qui est repris abondamment sur les réseaux sociaux, Il n’est pas épidémiologiste, infectiologue ou virologue, ni même médecin ou universitaire. Il se présente comme anthropologue de la santé, en fait il est juste titulaire d’un “diplôme d’études supérieures” en provenance d’une certaine “Psycho-Physics Academy” de Londres, complété par d’autres formations (bio-généalogie, coaching, théologie). Il ne dispose pas de position institutionnelle centrale mais gravite depuis longtemps dans le monde de la santé.
Jean-Dominique Michel est par ailleurs secrétaire général de l’association Pro Mente Sana, fondateur d’un institut de neuro-coaching et auteur d’un livre sur les médecines alternatives, auxquelles il dit s’être converti à la suite d’une expérience personnelle auprès d’un chamane philippin. Il a monté sur ces bases un prospère business de caoching.
Selon l’auteur l’épidémie a été surestimée, les autorités sanitaires en ont profité pour imposer des mesures liberticides. Il évoque une « hallucination collective »
Un site d’information suisse a bien résumé ses positions.

Certains penseurs ont pris position contre la « dictature sanitaire ».

Bernard Henri Levi parcourt les plateaux télévision en serrant ostensiblement les mains en dépit des recommandations.« Une vague de crétinisme et d’ignorance a déferlé sur le monde» . C’est ainsi qu’il analyse la réaction de nos sociétés face à ce « virus qui rend fou ».

Henri Comte-Sponville s’insurge contre le « tout Covid ».

Pour le philosophe, « il faut d’abord se rappeler que l’énorme majorité d’entre nous ne mourra pas du coronavirus. J’ai été très frappé par cette espèce d’affolement collectif qui a saisi les médias d’abord, mais aussi la population, comme si tout d’un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n’est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après ». « La tendance existe depuis déjà longtemps à faire de la santé la valeur suprême et non plus de la liberté, de la justice, de l’amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes. » 

Et puis c’est du côté des politiques qu’on trouve les meilleurs corona-sceptiques.

Trump pendant des mois n’a cessé de relativiser l’épidémie, organisant des grands rassemblements sans aucune précaution. Mais devant la croissance incontrôlable du nombre de mort dans son pays, s’est finalement rangé du côté des précautionneux en recommandant le port du masque.
De son côté, Bolsonaro, malgré sa contamination, n’a pas cessé de défier les règles de distanciation sociale et de combattre les mesures de santé publique.

Une partie de la population, surtout aux USA, refuse les mesures de santé publique pour des raisons idéologiques ou politiques.

Une manifestation anti-confinement dans le Michigan avec des armes : photo

Le corona-scepticisme est une opinion. Elle s’appuie parfois sur l’une ou l’autre des interrogations scientifiques sur le virus et le développement de l’épidémie. Dans un prochain post nous tenterons de faire le tour des diverses approches.

Salut les déconfinés -4-

À la Une

Le tour du Sancy en quatre jours et en camping-car

Depuis le déconfinement, nous avions dans l’idée de respirer l’air des sommets auvergnats, mais de nombreux travaux à la maison et sur notre camping-car, nous avaient fait différer notre projet.

Mercredi 15 juillet nous prenons la route par temps gris pour joindre Aydat et son aire de camping-car superbement aménagée en limite de zone humide au bord du lac propice à l’observation des oiseaux et autres éléments de la biodiversité. Nous y avions fait un séjour agréable en octobre 2014.   Après une difficile traversée d’Aubière pour cause de fermeture de la jonction A89-A75 nous arrivons à destination. L’aire (payante) est plus chargée qu’en automne, mais il reste des places. Pas un seul oiseau, hormis les canards cols-verts qui se moquent du mauvais temps.

Jeudi 16 juillet il fait toujours très gris et frais. Après l’invite d’un animateur d’exploration de la zone humide et un rapide (demi) tour du lac, nouvelle petite incursion en zone humide où je vois un ragondin (petit).

La zone est bien aménagée avec des cheminements de planches au-dessus de l’eau et de la végétation aquatique . Et de nombreux postes d’observation, peu utiles en cette période , les migrateurs sont déjà passés. J’avais repéré le héron et je peux indiquer son emplacement à l’animateur qui termine sa promenade avec le groupe de 20 personnes, dont de nombreux enfants… qui se moquent de voir le héron. En début d’après-midi nous décidons de lever le camp et d’aller voir plus loin et plus haut.

En route donc pour la vallée de Chaudefour, réserve naturelle, haut lieu des botanistes clermontois et promenade appréciée depuis le XIXe siècle comme en témoigne le tableau d’un peintre russe exposé au musée de St Petersbourg.

Il y a tant de voitures garées dans le modeste parking que nous renonçons et nous garons un peu plus loin au milieu des prés et des vaches. Une grand-mère et ses deux petits enfants (8 et 10 ans) tous munis de jumelles observent un milan royal (ci-dessous) posé dans une prairie fauchée.

Le rapace n’est pas pressé; j’ai même le temps de régler le zoom et de le saisir dans son envol. Les enfants nous montrent aussi des bruants jaunes et des torcols ! Repérés grâce à leur jumelles de qualité mais aussi à l’acuité de leurs yeux tout jeunes. Jamais je n’ai vu des enfants aussi calés en ornitho qui font la différence entre le bruant jaune et le bruant zizi et vérifient dans le guide !

Il fait toujours très gris et on ne voit pas grand-chose de la vallée de Chaudefour. Les nuées s’accrochent dans les hauteurs. Parfois, sur les sommets,  la Dent de la Rancune apparaît à travers le brouillard qui la cache très vite à nouveau.

Vendredi 17 juillet. Il fait toujours gris. Nous partons très tôt à l’assaut du circuit de la vallée de Chaudefour. Quelques camping-caristes ont dormi sur le parking vidé par la nuit. Très vite nous sommes rejoints par de nombreux randonneurs. Le chemin est bien aménagé, la hêtraie et la sapinière d’épicéas splendide. Arrivés à la source ferrugineuse, il est évident que le temps ne se lèvera pas et qu’il y aura bientôt un monde fou. Il est temps de lever le camp.

Direction Super-Besse pour prendre de la hauteur. Un arrêt à Besse, et une visite du centre-ville moyenâgeux nous fait découvrir une vieille cité commerçante sans doute très prospère qui se préparer à une foire touristique de grande ampleur pour le week-end.

Les parkings pour camping-car ne manquent pas à Super-Besse ! Le village manque de charme malgré son grand lac.

Urbanisme de station à la mode des années 70, certaines constructions comme cette tour de 15 étages au bord des pistes ont de quoi choquer. Beaucoup de logement gardent leur volets fermés. Mais l’affluence des familles , souvent venues pour la journée, est le signe d’un tourisme d’été qui va bon train. Différentes activités de glisse sont proposées autour des quelques remontées mécaniques qui fonctionnent : nous n’empruntons pas la Tyrolienne, pas plus que nous ne louons un kart ou un VTT pour descendre les pentes. Ça a l’air réservé aux enfants d’ailleurs.
La grisaille et le froid persistent. Cela fait trois jours que Norbert m’annonce en vain le retour du beau temps. Aujourd’hui il est frigorifié et se réfugie à l’intérieur du camping-car.  Je suis plus couverte que lui et je vais par les prés jusqu’à la chapelle de Vassivière. C’est plein de fleurs.

Samedi 18 juillet. De premiers signes de ciel bleu apparaissent dès le lever du soleil.

Nous partons pour le lac Chauvet par le col de Geneste. Planèzes en fleurs splendides et une maison isolée sur une butte. A 1400m d’altitude, sur une butte soumise aux vents d’hiver, au gel, à la neige, cette construction du siècle dernier qui n’a rien d’une bergerie d’estive, ne manque pas d’attirer notre curiosité.

Plus bas, le lac Chauvet est charmant, à fleur de terre, très bleu, encadré par les molles ondulations des prairies d’élevage.

Les nuages courent dans le ciel. Un papa initie son fils à la pause longue avec pied et filtres… pour saisir un filé sur les nuages ? Mais le lac est propriété privée et le propriétaire de l’unique maison surveille les promeneurs. Pas question de s’installer.

À Picherande, petites courses. Nous nous mettons en quête de Saint-Nectaire après avoir vu un panonceau annonçant la vente à la ferme du précieux fromage. Un brave homme occupé dans son potager à qui nous demandons notre chemin nous prévient : il y a pénurie de Saint-Nectaire, ce qu’il m’explique par « trois causes combinées » :

– la sècheresse de l’an dernier dont les vaches ont souffert

– le printemps très précoce qui a rendu l’herbe rapidement trop dure et la covid 19 qui a contraint les producteurs à trouver d’autres modes de commercialisation puisque plus personne ne venait à la ferme

– l’afflux des touristes au moment du déconfinement.

Effectivement, il n’y a plus aucun Saint-Nectaire dans les fermes. Nous ferons deux tentatives avant d’abandonner. A chaque fois nous croisons des touristes à la recherche du stock caché. Du jamais vu pour une production fromagère qui a su maintenir et développer les exploitations laitières et amener un peu de prospérité dans ces territoires difficiles grâce à une bonne gestion de l’appellation protégée.

Nous terminons la journée au bord du plan d’eau de La Tour d’Auvergne et une petite promenade par un chemin creux et ombragé à la vieille église de St Pardoux, classée monument historique et en pleine rénovation.

Dimanche 19 juillet retour par l’A89 et l’A 71. Nous quittons la très verte Auvergne pour retrouver les prairies desséchées des Monts du Forez et des monts du Lyonnais.

En prenant de l’essence chez Leclerc, nous rencontrons nos amis Jean François et Colette qui partent manger chez Marcon (une table réputée) à Sauzet le froid. Décidément l’Auvergne a la côte cette année.

Salut les déconfinés -3-

À la Une

L’épidémie sous contrôle ? Ou pas ?

Après deux mois de confinement, un déconfinement très prudent, tout le monde se détend désormais. Où passer ses vacances ? Où trouver une plage ? Où faire la fête ?

Même de modestes fêtes de famille sont l’occasion d’embrassades, de bises qui claquent. Sauf une bonne partie de ceux qui, comme moi, ont dépassé les 65 ans qui se retrouvent un peu à contre-courant, cherchant à éviter les rapprochements excessifs. Ils savent -on leur répète dans tous les médias – que 90% des décès concernaient les plus de 65 ans (85% des cas mortels pour les plus de 70 ans). Les plus jeunes peuvent donc logiquement se permettre l’insouciance après les lourds sacrifices du confinement.

Et pourtant les autorités rappellent que le virus est toujours présent et que les gestes barrière sont toujours indispensables.
Nos gouvernants sont-ils vraiment exemplaires ?
Si quelques masques apparaissent à l’assemblée nationale : ici JM Blanquer et Jean Castex.

En revanche, finies les précautions, lorsqu’il s’agit de se rapprocher, montrer son affection, ses émotions vraies ou feintes, lors de la passation de pouvoirs du nouveau gouvernement.

L’exemple ne viendra pas de nos dirigeants. Alors écoutons les scientifiques :

 Le conseil scientifique ne cache pas son inquiétude, teintée d’une pointe d’exaspération. «On est frappé de la dissociation entre la connaissance des Français que le virus continue de circuler et le relâchement profond sur les mesures de distanciation sociale», déplore son président, Jean-François Delfraissy. Lors d’un «point d’étape» mercredi, alors que prend fin le 10 juillet en métropole l’état d’urgence sanitaire, plusieurs membres du conseil mis en place pour éclairer l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire ont tenu à marteler l’importance des gestes barrières.

En Mayenne l’épidémie connaît une progression inquiétante. Une vaste campagne de dépistage est mise en oeuvre. La Bretagne, PACA repassent dans le rouge.

L’alarme a été entendue par nos dirigeants : E. Macron annonce le port du masque obligatoire le 1er août. Pourquoi le 1er Août si c’est une mesure adaptée à une situation qui devient urgente ? Quelques jours plus tard, le premier ministre Castex rectifie le tir : ce sera finalement à partir du 20 juillet. Alors n’oublions pas les masques dans les endroits confinés (commerces, services publics, réunions) , mais aussi à l’extérieur quand les distances ne peuvent être respectées.

Mais au-delà de la perspective à court terme, on s’interroge : devra-t-on reconfiner d’ici quelques semaines comme dans la région de Barcelone, dans la région de Lisbonne ou dans un canton en Allemagne ?
Aux USA, pourtant confrontée à un redémarrage violent des décès, Donald Trump annonce inlassablement la fin proche de l’épidémie. Que se passera-t-il d’ici l’hiver ? Dans un prochain post nous ferons le tour des différentes thèses en présence

Salut les déconfinés – 2-

À la Une

Déconfinement en Haute Azergues

Retrouver d’un seul coup sa liberté de mouvement (même dans la limite des 100km) peut s’avérer déstabilisant pour certains. Ainsi en Espagne, les médias ont identifié des troubles mentaux qui touchent certains déconfinés devant une difficulté à sortir, une angoisse dans les lieux ouverts, une hésitation à rencontrer leurs proches. Ils ont baptisé cette situation du joli nom de « syndrome de la cabane », en référence à l’aspect protecteur qu’on peut trouver à son logis habituel.
Après deux mois de confinement, nous avons trouvé la transition idéale pour échapper au traumatisme de la liberté : notre « cabane » s’est transférée sur les 4 roues de notre Camping-car.
Et où trouver un dépaysement suffisant dans les 100km autour de chez nous ?

Privés par deux fois ( une grève, puis la Covid19) du voyage en train Lozanne-Paray-le-Monial, en remontant la vallée d’Azergues où nous habitons, nous avons ainsi décidé de le faire en Camping-Car dès l’annonce du déconfinement pour approcher les ouvrages d’art de la ligne et explorer les multiples vallées, vallons, versants, croupes et cols de cette Haute Azergues.

Première étape : Chambost-Allières, nous nous posons au premier parking au dessus de la vallée, juste à côté du village de Chambost. C’est ensoleillé et très venté. Les agriculteurs font les foins : fauchent, andainent , enroulent, transportent, enrubannent.

Des milliers de fleurs couvrent les bords de chemin.

Danièle ramasse un énorme bouquet qu’elle porte religieusement jusqu’à la fin de notre périple.

Deuxième étape : l’autre versant de la vallée, de Grandris à Cublize, ce ne sont que bois de douglas serrés et routes tortueuses. Ici la forêt assombrit tous les versants. C’est une forêt exploitée, les coupes sont nombreuses.

Le lac des sapins est bien décevant et interdit (à cause de la Covid19) de toute façon. Nous rejoignons la vallée d’Azergues par Ronno, charmant vallon agricole, et faisons étape pour la nuit au col de la Croix de l’Orme. Chants des grenouilles des étangs en contrebas, vol de hérons, terre préparée pour le maïs. la route croise une piste de trail : cyclistes, marcheurs, motards équipés pour l’aventure extrême.

La voie ferrée n’est pas très intéressante dans cette portion et nous ne la rejoignons qu’à Lamure d’Azergues (qui offre aussi l’avantage d’une très belle station de vidange pour camping-car proche de la gare). Cap sur St Nizier d’Azergues et Claveisolles, site de la fameuse boucle de Claveisolles. Un tunnel au tracé hélicoïdal qui lui permet de gagner 43 m sur la pente.

Repas à la gare de Claveisolles, pimpante mais désaffectée. Pas de train non plus, le service est encore assuré par car dans cette période de déconfinement.

Troisième étape : nous repassons de l’autre côté de la vallée d’Azergues pour gagner Ranchal, au milieu des bois. Halte pour la nuit à Notre Dame de la Rochette, immense sanctuaire à la vierge. Entre forêt épaisse et coupe à blanc, on observe les traces du travail des débardeurs, et on se félicite de ne pas rencontrer de camions grumiers sur la route étroite.

L’exploration ne serait pas complète sans un arrêt à Poule-les Echarmeaux où la voie s’enfonce dans un très long tunnel (4153 m, le plus long de toute la ligne) pour ressortir côté Bourgogne. De quoi éviter les fortes déclivités du col des Echarmeaux (712 m) , dernier obstacle avant de redescendre vers la Saône-et-Loire et Chaufailles.
Il nous faut bien longtemps pour trouver la gare, les deux hôtels de la gare (désaffectés) et l’entrée du tunnel. Un sculpteur a élu domicile en face d’un des hôtels, près de l’autre un immeuble de logements, au milieu de nulle part, mais avec de très beaux potagers bien entretenus.

Quatrième étape : allons-nous jusqu’à Monsols ou rejoignons-nous le beaujolais viticole ? C’est un peu tôt et une erreur d’orientation nous conduit à nouveau au-dessus de Claveisolles. C’est l’occasion de voir l’ancien immense couvent qui eut de beaux jours au XIXeme siècle mais est désormais repris par l’Opac et promis à un autre avenir.

C’est au col de la Casse froide que nous trouvons abri sous un tilleul majestueux pour le repas. Un paysan épand son fumier et le vent nous apporte l’odeur que nous jugeons moins dangereuse que celle des épandages phytosanitaires. On devine le Mont-Blanc mais le temps n’est pas assez clair.

Nous partons pour Monsols, mais nouvelle erreur d’orientation et c’est sur la route du Vernay que nous nous retrouvons, à flanc de côteau. Face au Mont-Blanc (toujours aussi peu visible) le village expérimente la route solaire !

Cette fois nous redescendons côté vignes, mais pas trop vite, à flanc de côteaux entre vignes et forêts (de feuillus) en passant par les cols de la croix de Marchampt et celui de la Croix Rozier. C’est étroit, tortueux et sans véritable découverte à l’exception d’un étrange dépôt de camions abandonnés au col de la Croix Rozier. Les vignes montent à l’assaut des collines vertes .

On descend et ce ne sont que vignes et vignerons traitant leurs vignes jusqu’à atteindre Denicé où nous mangeons chez Mathias (le bar du village fait des pizzas à emporter).