Vassivière : un lac entre îles et presqu’îles

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A La fin d’un été sédentaire, à fuir la chaleur au bord de la piscine ou sur notre chantier de climatisation, nous voici partis pour Vassivière, un lac artificiel entre Creuse et Limousin, à la réputation établie de fraîcheur et de plaisirs aquatiques. Nous avons d’abord fait halte sur le plateau de millevaches où il y a plus de forêt et d’étangs que de vaches.

A st Merd les Oussines, après un tour à l’étang (ci-dessus) nous avons découvert les vestiges d’une villa et d’un sanctuaire gallo-romain. Les bourgeois gallo-romains s’étaient construit une belle villa, avec piscine, eau chaude et grande cuve, avec vue sur un plan d’eau, et sur la Vienne naissante. Etonnant, dans cette région reculée, loin des grandes routes de l’antiquité.

A Tarnac nous avons fait nos courses au Magasin Général, l’épicerie-restaurant alternative, toujours tenue -pour la plupart-par les historiques du « groupe de Tarnac. Un lieu d’approvisionnement et de rencontre dans ce village important qui avait failli perdre son seul commerce d’alimentation.

On trouve tout ce qu’il nous faut pour remplir nos soutes et notre frigo. Comme chaque matin, de vieilles estivantes se donnent rendez-vous devant un café avec leurs petits-enfants.

Deux belles aires de camping car (gratuite à St Merd) Payante à Tarnac. L’employé municipal est charmant et parle simplement de l’affaire de Tarnac qui a divisé le village dont le châtelain est le patron de l’hebdomadaire – très à droite- Valeurs Actuelles. Un grand écart pour cette commune qui a élu une maire Front de Gauche !

Le lac de Vassivière est immense et accessible en quatre points seulement Auphelle et Pierrefite (commercial et bruyant), Broussas (où nous nous sommes installés) et Mas Grangeas (reculé).

Des bâteaux navettes permettent de rejoindre les différentes presqu’iles. l’île est accessible par un pont à partir de Pierrefite.

Calme de fin de saison, eaux basses pour maintenir les cours d’eau en aval et…alimenter le refroidissement de la centrale nucléaire de Civeaux ! Danièle s’éprend de ses paysages à la tombée de la nuit

Coucher de soleil en face de la presqu’île de Broussas

Passereaux dans les arbres, baignade en eau trouble sur des plages d’arène granitique.

Petite déception sur l’île où nous avons du mal à comprendre les démarches des artistes du Centre International d’Art et du Paysage. Parcours à la recherche des sculptures dans la forêt et au bord de l’eau.

le Centre International d’Art et du Paysage et son « phare »

Masgrangeas et son village-vacances en partie abandonné vendu à la découpe.

Les vestiges d’un gigantesque village-vacance qui accueillait un grand camping , des locaux communs (à gauche les restes du restaurant), des commerces (demeure aujourd’hui un bistro, boutique multi-services) et une centaine de logements de vacances vendus alors à des particuliers Des maisons à vendre, d’autres à louer et des propriétaires qui s’accrochent après avoir passé deux ans à tout remettre en état (34 m2 par logement) . Le camping sous les arbres au bord d’une plage de sable fin est à vendre depuis 15 ans

Mais nous devons faire le plein, le plein d’eau, de gaz, de vivres. Rien de cela aux abords immédiats du lac. Il faut pousser six kilomètres dans les terres au Nord : Royère de Vassivière, petit bourg animé et alternatif, Vival, le boucher, le café du coin, l’atelier. La bâtisse centrale sur la place a été reprise par des jeunes tendance alternatifs : L’Atelier : café, restaurant, boutique, lieu d’expos , de concerts. Un vrai lieu de vie pour ce petit village !

Un peu plus loin, le lac de La Vaud-Gélade alimente en amont celui de Vassivière. Une aire naturelle au détour de la route nous amène dans un bois clair tout au bord d’une presqu’île

Nous sommes seuls avec les pêcheurs, il pleut, l’employée municipale passe néanmoins collecter son dû. Le matin ramène le soleil qui peine à disperser les nappes de brumes sur l’étendue d’eau.

Sur le chemin du retour , nous faisons un crochet par la vallée de la Sioule, profonde et encaissée, sur ce plateau des Combrailles, à l’ouest de Clermont-Ferrand . Un snack bar à vendre, un village vacances immense et peu fréquenté, des terrains de tennis à l’abandon comme la piscine, un camping vide et des pêcheurs. Un spectacle de fin de saison ! Il est temps de rentrer

histoire de climatisation

Ça a commencé l’été dernier en 2018, dans ce petit village du Poitou où mon fils Andréas et son épouse Dorine ont acheté une maison ancienne, propriété de M . Roblin, alors décédé.

Le père Roblin était assez bricoleur, à sa manière : roi de la prise électrique dans tous les coins, y compris au fond de son jardin, adepte du fil de fer dont il entortillait le moindre arbuste, spécialiste des WC broyeurs, indispensables à ses yeux, en l’absence de tout à l’égout et accro aux plaques de polystyrène expansé, sous toutes ses formes, motifs et reliefs, du sol au plafond.

Et question installations thermiques, c’était quasiment un collectionneur : Deux cheminées à bois dont un insert fermé, un chauffage central au fuel avec des radiateurs dans chaque pièce et … une pompe à chaleur (Froid/chaud) avec une unité également dans chaque pièce. Bref, un record pour une maison qui n’est pas très grande.

Lequel de ces trois modes de chauffage allait conserver Andréas dans son futur aménagement ? Les cheminées à bois (le combustible ne manque pas dans ce territoire fortement rural), le chauffage central (à condition de remplacer la vieille chaudière au fuel par une plus récente consommant des granulés de bois), la pompe à chaleur (qui n’a pas à rougir de son bilan énergétique et qui en plus du chauffage l’hiver produit de la fraîcheur l’été) ?

Un choix radical : le poêle de masse

Eh bien ! Ni les uns ni les autres. Il avait choisi (avant même d’examiner la situation, il en rêvait depuis longtemps) : Ce sera le poêle de masse !

Apparemment, ça ne vous dit rien…. Si vous n’êtes pas abonné à La maison écologique, Il vous faut quelques explications. Jadis, on trouvait ce genre de chauffage dans les contrées du Nord-Est et aussi en Allemagne, ces grandes installations, souvent carrelées de faïence, avec des bancs pour se réchauffer le dos. Nos constructeurs écolos l’ont remis au gout du jour.

On fait une grande flambée au début de la journée (pas question de le faire tourner au ralenti) et la chaleur se diffuse tout au long de la journée. Ses partisans mettent en avant le rendement de la combustion qui peut utiliser toute sorte de bois, la faible émission de particules et le confort thermique.  Ils oublient les inconvénients : se lever à cinq heures du matin pour espérer avoir une maison chaude pour le petit déjeuner, ne pas trop s’éloigner de l’unique source de chaleur de la maison, accepter un encombrement réel de l’espace à vivre pour caser l’installation (de 1 à 4 tonnes de matériaux accumulateurs). Et finalement un coût d’installation élevé, même en auto- construction. Bref la formule s’applique surtout aux convaincus. Et Andréas l’était pour deux malgré beaucoup d’avis négatifs autour de lui.   

Il aurait pu garder un mode de chauffage complémentaire, surtout pour les pièces distantes du poêle. Mais cette idée lui déplaisait. Ses convictions lui interdisaient une solution mixte : non au compromis ! 

La clim à la casse !

Alors les radiateurs du chauffage central sont partis à la casse, de même que la chaudière. Pour la pompe à chaleur c’était plus compliqué.

Le groupe extérieur est relié aux unités intérieures (les splits) par un réseau de tubulures qui distribue le fluide frigorifique (liquide à l’aller, gazeux pour le retour).  Un fluide toxique pour l’environnement et très actif dans le réchauffement climatique : 2087 fois plus réchauffant que le CO2 ! Les 3,3 kg de gaz de l’installation « pèsent » autant que 7 tonnes de CO2, soit 40000 km en voiture moyenne, un peu plus que le tour de la terre ! Alors avant de démonter, il faut récupérer le gaz. De toute façon, c’est la loi !

Mais s’il est facile de trouver un installateur, peu d’entre eux acceptent le rôle de désinstallateur, d’autant plus que la manipulation des gaz réclame une formation spécifique et une attestation. En insistant Andréas a pu trouver le professionnel adéquat. Mais il lui fallait encore se débarrasser du matériel. C’est là que moi, son père, j’interviens.

Depuis la canicule de 2003, il devenait évident que ce genre d’épisodes se renouvellerait et s’amplifierait. On l’avait vu ensuite en 2006, en 2015, et ce n’étaient pas les dernières. Personnellement J’ai du mal à supporter ce genre de situation et l’avancée en âge n’arrangeait rien.

Lorsque ces étés torrides nous surprenaient pendant les vacances en Camping-Car, pas d’hésitation, nous grimpions en altitude. Nous avons ainsi de bons souvenirs de bivouacs au Tourmalet, au Galibier et autre Izoard.

Lorsque nous étions à la maison, pas d’autre solution que fermer les volets, calfeutrer les ouvertures, en attente du léger rafraîchissement de la nuit et du petit matin pour faire des grands courants d’air. Mais on a le sentiment que ça n’est plus à hauteur des difficultés.

Face aux canicules à venir, les bonnes pratiques d’aération et d’isolation des bâtiments ne suffisent plus. Nous avons beaucoup investi dans notre maison pour isoler le toit, changer les fenêtres et les volets, installer une ventilation double flux. On en voit les effets sur la facture de chauffage l’hiver, mais lorsque, au cœur de l’été, le thermomètre est bloqué autour des 40°, rien n’y fait.

Alors en 2015, j’ai installé une petite climatisation dans notre chambre, créant ainsi un point frais dans une maison surchauffée. De quoi éloigner la perspective d’insomnies dans des nuits torrides.

Et quand j’ai su qu’Andréas voulait se débarrasser de son matériel de climatisation j’ai saisi l’occasion.

Récupérer le matériel

Alors il m’a ramené du matériel, je suis passé en prendre. Sans que nous sachions exactement de quoi nous aurions besoin. L’inventaire nous donnait une unité extérieure (pompe à chaleur) puissante (8kw en froid avec 4 sorties vers l’intérieur), et deux unités intérieures (splits de 2,5 kw chacun). Largement suffisant pour rafraîchir le bureau et le séjour. D’autant plus que Danièle, plutôt frileuse, craignait que je transforme notre logement en pôle Nord.

Première étape : trouver un installateur !

Il ne me fallut que quelques coups de fil pour conclure qu’aucun installateur n’était candidat à réinstaller du matériel en réemploi. Pour de bonnes et sans doute de mauvaises raisons :

  • Les bonnes : avec du matériel usagé on ne peut pas assurer une garantie de l’installation, même si vous nous signez une décharge.
  • Les mauvaises, donc les non-dîtes : Le bénéfice de leur chantier, ils le trouvent dans leur commission sur le matériel (ils peuvent doubler le prix des fournitures)

J’étais désespéré ; tant d’effort pour récupérer le matériel d’Andréas, tout ça pour rien !

L’installateur, c’est moi !

Quand Clara, ma fille cadette, qui travaille dans la construction, m’a éclairé sur un point déterminant. On peut installer une clim soi-même à la condition de procéder à la mise en service grâce à l’intervention d’un spécialiste gaz (qui, en général, n’assure pas lui-même l’installation). Alors fini l’idée de laisser l’installation à une entreprise, c’est à moi de m’y coller ; je ne peux compter que sur mes compétences, bien maigres dans ce domaine. Mais pas de raison de ne pas y arriver !

Avec l’aide de quelques tutos sur YouTube, notamment celui de D.J Plomberie

Le plus difficile : réaliser des raccords frigorifiques (qui doivent supporter une pression de 30 bar), le dudgeon :

Ça y est je me lance : et d’abord les fournitures. Bitubes cuivre isolés, goulottes, raccords. Avec les outils indispensables – dudgeonnière  etc., c’est déjà un budget non  négligeable.

Et maintenant le chantier démarre. Je craignais de me retrouver seul pour des travaux quelquefois difficiles : ouvrir un passage à travers le mur extérieur, percer deux fois à travers la dalle entre le RDC et l’étage, déployer et former des tubes semi-rigides de plus de 5 m…  Je comptais peu sur l’aide de Danièle, plutôt hostile à la clim.  Entre la chaleur et la fraîcheur, Danièle choisit sans hésitation : un 23° en clim lui paraît « froid » et elle proteste d’emblée. Mais elle reconnaît aussi mon inconfort dans la canicule et, en bonne camarade, a décidé de m’aider.

Après plusieurs jours de travaux lourds (les percements, l’installation de goulottes) et d’autres plus minutieux (les raccords « dudgeons », les branchements électriques), l’installation est prête à l’épreuve du démarrage.

Le jour dit, les techniciens du gaz débarquent avec leur matériel. Leurs doutes devant une installation effectuée par un amateur sont vite dissipés : le test de l’Azote à la pression de 30 atmosphères démontre l’étanchéité du circuit : zéro fuite ! Il s’agit ensuite de mettre au vide les tubulures afin d’éliminer totalement l’air et l’humidité, avant de libérer dans le circuit le gaz emprisonné jusqu’ici dans l’unité extérieure.

C’est ensuite le moment décisif du démarrage des unités intérieures reliées électriquement à l’unité extérieure. Suspense ! Les voyants passent au vert… mais au bout de quelques minutes se mettent à clignoter et le groupe extérieur n’a pas démarré. Echec !

Rien ne marche !

Le technicien est perplexe ; il entrevoit une explication : le groupe extérieur est prévu pour quatre unités intérieures ; il peut démarrer avec trois, mais pas avec deux. Confirmation du SAV du fabricant. Il faut donc un troisième split !

Pas d’autre solution que d’en commander un supplémentaire, neuf sur internet. Au bout de quelques jours le matériel est livré, nous pouvons commencer les travaux pour installer une troisième unité.

Heureusement, j’avais prévu un troisième départ dans le passage du mur extérieur, mais reste à tirer les tubes et traverser une nouvelle fois la dalle séparant le RDC de l’étage, avec une belle destruction de la paroi de la cage d’escalier.

Au bout de quelques jours, tout est en place pour la visite du technicien. Même procédure, même contrôle d’étanchéité. On démarre l’installation. Nouveau suspense … Et ça recommence : les voyants passent finalement au clignotement.

Défaut de communication : l’unité dernière génération ne communique pas avec le groupe ancienne génération. Alors c’est mort ! Tous ces efforts pour rien ! Je suis effondré.

Andréas avait encore deux unités intérieures, des consoles posées sur le sol, ç’aurait pu convenir. Mais lorsque je le contacte, il m’apprend que c’est trop tard, il vient de les brader sur le bon coin. Impossible de retrouver l’acheteur.

Alors, que faire ?

– rééquiper toute l’installation en neuf. Plus de 2000€ supplémentaire et envoyer l’ancien matériel à la casse.

– ou bien retrouver un split ancienne génération. Le technicien appelle quelques contacts : mission impossible !

A la recherche d’un troisième split

Par acquis de conscience je fais un tour sur Le Bon Coin. Rien ! En élargissant avec une requête plus vague et France entière. Bingo ! je tombe sur l’oiseau rare. Un artisan du coté de Nantes liquide un vieux stock dont un split ancienne génération jamais servi ! L’affaire est vite conclue, le vendeur s’occupe du transport avec Relais Colis et j’envoie mon chèque de 120€.

L’espoir de terminer avec succès ce chantier renaît. J’attends avec impatience l’arrivée du colis. Trois jours de délai. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Colis mal identifié, disparu,retrouvé, réexpédié : au bout de 23 jours et pas mal de doutes et d’inquiétudes, le colis est arrivé à destination. Je le réceptionne. Il correspond exactement à ce que j’attendais.

RDV est pris avec le technicien. Avec les congés du mois d’août il faudra attendre 3 semaines. Trois semaines pour savoir enfin si l’installation peut fonctionner avec ce troisième split.

Le jour arrive. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : il faut vider la canalisation avant de pouvoir remplacer le split, le matériel requis n’a pas été anticipé par le technicien.

RDV une semaine plus tard, le technicien arrive avec le matériel nécessaire On essaie …Bingo, ça marche !!!

Il ne reste plus qu’à débrancher le split inadapté et rebrancher l’unité compatible.

Finalement tout marche. Au bout de trois mois de chantier avec ses avancées, ses pauses imposées, ses attentes … L’installation est vraiment puissante. Trop puissante au goût de Danièle. Rassure-toi, Danièle, on n’y aura recours qu’en cas de grosse canicule !

L’Italie sur les traces de Napoléon – Nos Pâques véronaises.

Partir quinze jours en camping-car, même avec un itinéraire longuement discuté et des amis italianisants, offre toujours des surprises et des découvertes. L’imprévu étant un des attraits de l’aventure, nous en avons pleinement profité.

 

Vercelli : Première étape après le franchissement des Alpes par le tunnel de Fréjus. Le hasard nous amène à rechercher un coin tranquille au bord de la rivière Sesia et dès la sortie d’autoroute, c’est la découverte des rizières et de hameaux agricoles aux fermes autrefois prospères largement abandonnées pour certaines.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

De l’eau, beaucoup d’eau, des canaux, des pompes, des outils agricoles inhabituels et des Ibis noirs qui se régalent dans les rizières, la ville d’Arborio, nous sommes au coeur du berceau du riz spécial rizotto. Vercelli fut autrefois le chef-lieu d’un département français sous le nom de Verceil; c’est notre première rencontre avec la campagne d’Italie de Napoléon.

 

Le lac de garde Sirmione : Une halte pour remplir le réservoir, une aire surchargée et le retour difficile sur l’autoroute A4 coupée par un accident nous font sortir près du lac de garde.OLYMPUS DIGITAL CAMERA Nous découvrons Sirmione, une halte au bord du lac très occupée par des camping-cars allemands et l’étrange péninsule qui s’avance sur le lac. Villa romaine, château médiéval, hôtels luxueux (ci-dessous la villa Cortine à l’entrée monumentale) , bien d’autres avant nous ont découvert les agréments de Sirmione : Maria Callas qui y a habité et Michel Déon qui en a fait le décor de plusieurs romans. Le tourisme de masse dont nous faisons partie a remplacé les fortunes de ce monde, la piste cyclable est reine.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 Vérone : Une panne d’alternateur nous retient à Sirmione. Notre assurance nous loge à Vérone le temps de la réparation pendant que nous abandonnons nos amis au bord du lac. Transport et hôtel acceptant les chiens rapidement trouvés par un service très efficace, nous logeons au coeur de Vérone à pied d’oeuvre pour une découverte de la ville et de ses jardins délicieux construits sur les anciennes fortifications autrichiennes.

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 Monte baldo : Lumini, San Zeno, Spiazzi, Ferrara

Nos amis aiment marcher et c’est la découverte de la rive orientale du lac de garde, les flancs du Monte Baldo, la vallée intérieure de la Novezza. Des falaises calcaires et dolomitiques abruptes, une flore abondante, des malga (bergeries) et des vues d’abord douces sur le lac de garde puis vertigineuses sur la vallée de l’Adige. Sur les crêtes orientales, des restes des tranchées de la première guerre mondiale, de ce qui fut l’extrémité la plus occidentale du front italien contre les autrichiens, creusées dans la roche au marteau piqueur. Après une heure de montée dans les sapins nous retrouvons nos amis déjà arrivés au sommet. La borne matérialise la frontière de la république de Venise et de la Lombardie.IMG-20190421-WA0000

 Rivoli Veronese : Je veux voir la vallée de l’Adige; c’est à Rivoli Veronese que nous la retrouvons. Le plateau domine la vallée et il nous faut une longue promenade pour manger au bord du fleuve entre les falaises qui servent de spot d’escalade.

C’est là que nous retrouvons Napoléon, vainqueur de la bataille décisive de Rivoli contre les autrichiens, qui conduira au traité de Campo Formio. Quelques recherches historiques après : l’impressionnant fort autrichien – le WohlGemut- qui domine la vallée, le petit musé Bonaparte de Rivoli et la locanda Napoléon (140 € la nuit) nous permettent de comprendre mieux les sentiments partagés des italiens envers Napoléon.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Campo Formio mit fin à 800 ans d’indépendance de la République de Venise, Napoléon pilla Venise et l’obligea à des réformes considérables de son système de gouvernance avant de la donner aux autrichiens. On peut y voir une revanche contre les Pâques véronaises, épisode de massacre des forces françaises pendant le siège de Mantoue largement organisé par les vénitiens.

En revanche, ce Napoléon encore porteur des idéaux de la révolution initia la transformation de l’Italie  et fut bien accueilli par les populations les plus privées de droits (les juifs de Venise). Cet épisode napoléonien fut le coup d’envoi d’un mouvement qui aboutit à l’unification et à l’indépendance de l’Italie  – le risorgimento-

Le temps des poires

Dans notre périphérie de la métropole lyonnaise, plus beaucoup d’agriculture: elle se réduit souvent à des pâtures à destination des chevaux ou des bovins à l’embouche. Mais il reste une activité encore vivace : l’arboriculture fruitière, et particulièrement la culture de la poire. Chasselay, la commune voisine se revendique Capitale de la Poire et  célèbre ce fruit de caractère tous les 3èmes dimanche d’octobre.OLYMPUS DIGITAL CAMERATout le monde connaît la Williams, la Guyot, l’Abate qu’on trouve facilement dans les grandes surfaces ou les commerces spécialisés. Ce sont des poires d’été qu’on consomme rapidement. Moins connues sont les poires d’hiver, récoltées plus tard et à conserver quelques semaines avant consommation. C’est tout un monde de saveurs, de textures qu’on découvre, chez quelques producteurs experts- on citera autour de nous Michel Pinet à Lissieu et Franck Décrenisse à Chasselay. Danièle a tenté de faire l’inventaire – et le portrait photographique – de ces merveilles conservées au fil des générations, et décrites dans des documents fort anciens.  Vers 1700, La Quintinie, jardinier du Roy recensait 500 variétés de poires qu’il classait en bonnes, médiocres et mauvaises.Birnensorten_Lucas50 ans plus tard Charles Baltet, horticulteur à Troyes décrit 100 poires. Ce sont ses descriptions que nous avons retenues… avant d’y apporter notre propre appréciation (♥), après les avoir goutées. Nous allons les passer en revue :

Alexandrine Douillard

Fruit assez gros, pyramidal, élargi vers l’oeil, côtelé; vert d’eau passant au jaune coing, parfois éclairé de rose lilacé, chair demi-fine,ni fondante, ni cassante, douce et sucrée.OLYMPUS DIGITAL CAMERA♥♥ Alexandrine ou Alexandrine Douillard du nom de l’épouse de l’inventeur, rouge et jaune, plutôt petite, elle a une peau si fine qu’elle marque facilement , comme celle de sa marraine sans doute, mais elle est toute douceur et finesse.

Duchesse Bérerd

Grosse poire un peu bosselée à épiderme bronze, obtenue vers 1890, chair fine sucrée, juteuse, parfumée, serait peu sensible à la tavelure, maturité fin octobre-début décembre.OLYMPUS DIGITAL CAMERA♥ Duchesse Bérerd à peau grumeleuse et rousse, la chair est pierreuse et grenue mais délicatement acidulée; sa forme n’est pas très belle, elle ressemblerait à une pomme de terre sans la queue.

Doyenné du Comice

Fruit assez gros, parfois vraiment gros, déprimé, côtelé; vert pâle devenant blond éclairé de carmin léger, avec mouchetures fauves; chair fine fondante, juteuse, enrichie d’une saveur délicate, exquise.  OLYMPUS DIGITAL CAMERA♥♥♥ Poire d’hiver, plutôt ronde, verte à forte queue, fondante et sucrée, très juteuse , un délice ; mais elle déja plus qu’à maturité fin janvier, il faut la manger vite. C’est, à mon goût une des meilleures poires.

Pakam’s Triumph

Fruit bosselé jaune à maturité, chair fine, fondante, acidulée, juteuse, de bonne qualité gustative. OLYMPUS DIGITAL CAMERA♥♥ La première  à gauche dans cette coupe; on ne voit qu’elle au milieu des autres. Solide, brillante, jaune et résistante, très jolie forme piroïde sans un cou trop allongé. Séduisante, elle a du caractère mais personnellement j’ai un peu de mal avec sa chair ferme et astringeante. Cuite peut-être ? Mais quelle belle poire dans la corbeille à fruits et pour longtemps ! Elle se conserve bien.

Epine du Mas (ou Duc de Bordeaux)

Fruit de taille moyenne, jaune vert légèrement rosé coté soleil , fondante,bien juteuses, parfum agréable, productif, maturité novembre-mi décembre

♥♥♥ Une jolie petite poire que l’on dirait presque sauvage et qu’on aimerait bien trouver dans la forêt si l’on redevenait chasseur-cueilleur, car elle est douce, sucrée et parfumée.

La Bergamote Esperen

Fruit moyen, rond et plat comme un oignon; peau épaisse, vert jaune truité (tacheté) gris sépia; chair ferme, teintée, très fine, fondante, aromatisée, excellente.  OLYMPUS DIGITAL CAMERA♥♥♥♥ Délicieuse poire juteuse, fondante, sucrée et parfumée sous de dehors peu engageants (peau verte, granuleuse, épaisse). Elle est très rare, ne la manquez pas si vous  la trouvez !

Madame Ballet

Fruit gros, ovoïde ou turbiné, ventru,renflé au milieu, un peu bosselé en son pourtour. Pédicelle moyen, droit ou arqué, renflé au point d’attache. Chair blanche, jaunâtre, fine, juteuse, sucrée, parfumée. Qualité : très bonne.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

♥♥♥♥ Petite poire plutôt verte, avec un peu de rouge. Fine, tendre, juteuse et sucrée. Ressemble assez par le goût à la Bergamote et comme elle, c’est un délice !

Passe-Crassane

Fruit assez gros, rond et presque plat; vert bronzé roux; chair assez fine, fondante, juteuse, sucrée, relevée d’un goût acidulé, excellente La maturité s’annonce par un changement de nuance, attendre pour la dégustation la parfaite souplesse de la chair.

♥♥ En France il est désormais interdit de multiplier et de planter la Passe-Crassane, trop sensible au feu bactérien qui peut dévaster un verger. N’est bonne que très mûre, mais elle est alors excellente.

La Doyenné d’hiver

Fruit gros, ovale, renflé au centre, tronqué aux deux bouts; vert uni souvent jaune herbacé, fouettée rougeâtre; Chair assez fine et fondante, avec une eau relevée d’un aigrelet agréable. Le fruit jaunit en murissant. 

♥♥ Entre la Passe-Crassane et la Doyenné du Comice pour la forme, la couleur et le goût.

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maquereau carré web

Les poires aiment être associées à des goûts plus forts. Le roquefort et la poire, le chocolat et la poire, il faut essayer ces mariages qui ne vous décevront pas. Et pourquoi pas avec un poisson fort en goût, ou en compote avec du gingembre.

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Notre ami photographe Michelangelo a bien voulu troquer ses modèles en chair et en os pour les belles formes de ces fruits de caractère. Avec les procédés numériques modernes ( Canon EOS 5D Mark III  f:5 1/80s Iso 100):michelangeloMais aussi avec des procédés anciens, ceux des pionniers de la photographie.poire collodion- Ici avec le procédé du Collodion humide, dont il est un des rares spécialistes.  La pose est de 40 secondes après avoir préparé en direct la surface sensible, le cliché est pris en studio avec un puissant éclairage fluo. L’image est révélée sur la surface du verre, le verso est ensuite teinté en noir pour faire apparaître l’image en positif.

En photographie, la modernité nous apporte bien des facilités, mais en matière de poires, elle risque de nous priver de saveurs subtiles et précieuses.

La poire est vraiment photogénique. Admirez-la avant de la déguster

*Cet article est tiré d’un mini-livre photo que Danièle a publié chez Matisseo. on peut le consulter et se le procurer ICI.

Un été chaud : entre Alpes et Apennins

En tant que retraités, sans obligation dans le calendrier, nous évitons les déplacements pendant le sommet de l’été, les journées chaudes et la grosse fréquentation touristique.  Cet été 2018, à un moment où la canicule a connu son meilleur millésime, nous avons fait le contraire.

34° à Die:

Danièle ne voulait pas rater le stage d’AÏkido du 21 au 25 juillet organisé à Die par la sympathique équipe du Club de Die. Nous logeons au Camping le Riou Merle, les arbres nous protègent du soleil. Le matin sur le tatami pour Danièle, ou en promenade avec le chien pour moi, l’après-midi sieste et lecture à l’ombre. Et le soir nous retrouve sur les petits chemins, le long du canal d’irrigation dominé par cette belle demeure ancienne aperçue derrière ses hauts murs. Au fil des jours le thermomètre monte. La canicule s’installe sur la France mais aussi sur l’Italie qui est notre destination suivante.

Heureusement notre trajet passe nécessairement par les cols des Alpes . Ce sera  Montgenèvre (1860m) au-dessus de Briançon. La soirée est fraîche, mais les promenades butent rapidement sur le golf qui mange l’essentiel de l’espace du col. Nous ne nous attardons pas.

35° sur la plaine du Pô :

Nous savons que la traversée de cette grande vallée centrale de l’Italie du Nord dans notre camping-car non climatisé sera une épreuve. Aux alentours de midi, nous sommes dans les environs de Piacenza. En cherchant sur la carte une halte pour se rafraichir, Danièle choisit le petit village d’Arena Po qui suggère un bord de fleuve accessible. Une pancarte annonçant un restaurant attire notre attention :po-114020 « Il Avamposto sul Grande Fiume » ! Nous imaginons déjà un repas sur une  terrasse au-dessus de l’eau. Nous manquons de nous perdre à plusieurs reprises, et nous voilà finalement arrivés dans ce petit paradis.

Hélas ! Le restaurant est fermé jusqu’au premier août. Mais nous découvrons un peu plus loin tout un hameau basé sur la même structure : de vastes barges échouées sur la rive, aménagées en habitation légère, autant de petits Sam’suffit bricolés par les voisins astucieux des villages alentours.

Nous sommes en zone inondable, les crues du Pô sont redoutables. A cette occasion, ces maisons retrouvent leur vocation première. Elles se soulèvent avec le flot, bien amarrées grâce à des systèmes ingénieux de câbles, de bras et de passerelles mobiles.

19° dans la forêt de Casentino.

En descendant vers le Sud, après Bologne, Ravenne, on rencontre forcément la dorsale des Apennins (en empruntant la route SS3bis, dans un état lamentable, à déconseiller). Les hauteurs de la Toscane sont maintenant à notre portée.

Le camping de Badia Prataglia est à 1000m d’altitude dans la forêt créée, voici quelques siècle par les moines de l’abbaye voisine de Camaldoli. On y trouve de magnifique hêtresabies mais aussi des sapins blancs (abies alba) , qui doivent leur nom à la blancheur curieuse de leurs fructifications. C’est l’arbre européen le plus haut,  des troncs élevés (jusqu’à 80m) d’une rectitude verticale parfaite.  Il vit jusqu’à 500 ans et le diamètre de son tronc peut atteindre 2 mètres.

Juste au-dessus du camping on emprunte le sentier botanique qui nous donne tous les points de vue et les explications sur la réalité de cette forêt magnifique.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Cette étape nous fait un bien fou : deux jours de flânerie et de randonnées à l’ombre de ces géants.

Mais c’est plus loin et plus bas, en Ombrie , que nous sommes attendus.

28° dans l’eau du lac de Trasimène:

Ce grand lac situé dans une vaste cuvette au centre de l’Italie, est d’une faible profondeur : il faut parcourir quelques centaines de mètres pour dépasser le niveau de la taille. Cela explique la vitesse à laquelle l’eau se met à chauffer en période de canicule. Trop chaud pour se rafraîchir, mais les 28° sont un délice quand il fait 36° à l’extérieur. Je passe une bonne partie de l’après-midi à traînasser, les pieds sur le fond boueux, à bonne distance du rivage.

Le soir arrive, il faut reprendre la route. Nos amis sont à quelques km plus au Sud.

36° au col de San Paolo

« I casalli di Colle de San Paolo » , c’est l’adresse que nous avons rentrée dans le GPS. Nous voilà partis dans les collines plantées de vigne et d’oliviers, sur des chemins gravillonnés qui nous éloignent du bitume. Nous ne savons pas vraiment où nous nous dirigeons. Heureusement une voiture nous croise.

 » vous êtes bien Norbert ? me demande le conducteur dans un français impeccable, suivez-moi! Je suis Sandro. »

Nous voici chez Paola et Sandro. J’avais fait la connaissance de Paola en vacance à Stromboli en 1975… En préparant mon autobiographie, je l’avais retrouvé sur Internet quelques mois auparavant et c’était là nos retrouvailles IRL, 43 ans après.

Paola est mariée depuis 40 ans avec Sandro, tous deux professeurs à l’Université de Naples, puis de Rome. Leur maison de campagne est belle, grande, les plafonds sont hauts avec de grandes fenêtres. Sandro nous raconte l’histoire du lieu. A l’origine un rêve de son père: trouver un domaine, dans la nature, où chacun des enfants – ils étaient cinq garçons – pourrait avoir sa maison. Cette quête avait bercé leurs étés, parcourant en tout sens les campagnes italiennes, jusqu’au décès du père, emporté avant de toucher au but. Mais, trois mois après, le rêve prends corps, suite à la proposition d’un intermédiaire. Les fils n’hésitent pas longtemps pour donner suite au projet paternel. Depuis quelques décennies, ce havre de paix, perdu au milieu des oliviers, réunit les familles dispersées du grand père fondateur. Les bâtisses sont restaurées, modernisées et proposées à la location .

Le domaine avait à l’origine une vocation agricole. L’exploitation des oliviers y est encore vivace. Paola nous conduit sur cette allée encadrée d’oliviers qui nous amène vers Poderaccio, une des maisons du domaine.Pari réussi pour cette rencontre improbable à quarante ans de distance. Nous nous sommes trouvés, tous les quatre, beaucoup de centres d’intérêt en commun.

Mais il nous faut reprendre la route . Nous passerons cette fois-ci autour de Florence par l’A1, cette autoroute spectaculaire qui franchit les sommets escarpés des Apennins toscans, en faisant une pause nocturne à Pian de Voglio. Nous sommes pressés de retrouver les grands cols des alpes.

14° le matin au Col du Mont Cenis

Le Mont Cenis c’est le paradis monceniso 1des Camping-cars. De vastes étendues ouvertes à la circulation, des points de vue dégagés, la communauté des « Campers » – comme on dit en Italie- y est à son aise. Et le mot canicule y est inconnu. Danièle enfile son pull le matin quand s’affiche un petit 14°, bien frisquet à son goût.

Alors nous restons finalement trois jours. Nous avons le choix:

-La randonnée– ou l’observation de la vie animale. Danièle peut passer des heures à traquer dans son objectif les courses des marmottes ou les mouvements de troupeaux de moutons: Mais il nous faut rentrer pour nous occuper du petit fils entre deux séquences de vacances.

38° à la maison

Piscine avec le petit-fils et lecture dans l’unique pièce climatisée de la maison. La fin annoncée de la canicule se fait attendre.

Comment organiserons-nous les vacances d’été avec le changement climatique qui nous promet encore plus de canicules, encore plus fortes ? Ce n’est cependant qu’une question secondaire par rapport aux menaces qui guettent une bonne partie de l’humanité.

Port Saint-Louis : une décroissance heureuse ?

J’ai accompagné Danièle pour un stage de photo * organisé par les rencontres d’Arles. Le « terrain » se situait à Port Saint-Louis, au sud d’Arles, entre l’embouchure du Rhône  et le Port de Marseille-Fos. Bien qu’à peine centenaire (fondée en 1904) , cette commune a connu un parcours inégal avec un grand succès commercial et industriel jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Dès les années 1960, la perte de l’empire colonial français en Afrique et en Indochine, la chute du trafic fluvial sur le Rhône, la construction de pipe-line  comme alternative au transport du pétrole sur l’eau vers le Nord, l’essor du transport en conteneurs et la création du Port de Fos ont ruiné l’activité industrielle de Port Saint-Louis, laissant la place à des activités nouvelles relevant du tourisme, notamment la navigation de plaisance. Mais les port-saint-louisiens ont de la ressource, ils ont su s’adapter à la nouvelle situation. Et la vie y est douce entre Rhône et Canal. Danièle  a confié au Clairon son carnet de photographe.

C’est au bassin de la Gloria qu’il faut aller pour voir les porte-containers ; juste à côté du port de Fos, là où ils ont directement accès à la mer.Au port de Port-Saint-Louis-du-Rhône, il ne reste que des bateaux de plaisance et quelques barges qui empruntent le canal et l’écluse pour accéder au grand Rhône.  C’est maintenant un port sans grues, sans silos, sans filets, même les bateaux de pêche et ceux des conchyliculteurs de l’anse Carteau ont été installés ailleurs avec la sardinerie. Les hangars ont laissé la place à des résidences lumineuses pour estivants ; il en reste quatre, classés à l’inventaire du patrimoine, abandonnés, en attente sans doute d’un investisseur culturel. Le changement de gabarit et l’abandon du projet de liaison Rhin-Rhône ont rendu obsolètes les installations centenaires.

La forêt de mats des ports secs gagne du terrain sur les anciennes zones industrielles. Déjà trois ports à sec et bientôt quatre, pour satisfaire tous les propriétaires de voiliers en mal d’anneaux. Et puis les pêcheurs et leur plus modeste taillis de cannes ; cinq, six ou plus chacun, avec des alarmes électriques pour ne pas rater la touche de la daurade qu’on appâte au ver, au crabe ou à la moule. Sans oublier les camping-car qui ont leur parc de cent places au bord du canal. OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le long du canal des pontons rouillent, des voies ferrées ne mènent plus nulle part, des cathédrales de béton et des carcasses métalliques attendent la déconstruction et la décontamination dans les terrains vagues laissés aux herbes folles.

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Enseignes effacées d’entreprises disparues qui parlent d’un passé colonial enfui : compagnie franco-indochinoise des riz, société française des bois africains, commerce des produits d’Afrique.

Périmètres sécurisés et citernes abandonnées de la Frahuile, de la société des essences de l’armée, du port pétrolier de Givors, ont-ils été délocalisés depuis l’incendie d’ ESSO en 1967 ?OLYMPUS DIGITAL CAMERA

J’ai parcouru la ville, ses résidences collectives aux architectures datées, ses faubourgs modestes et bas, ses lotissements nouveaux aux maisons individuelles alignées. « La carte et le territoire » de Houellebecq me venait constamment à l’esprit et me rendait mélancolique. La désindustrialisation condamnerait les territoires à devenir des enclaves touristiques, doucement moribondes la plus grande partie de l’année (un bateau de plaisance ne sort pas en moyenne plus d’une semaine par an), des décors pour artistes en mal d’inspiration.

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C’est alors que j’ai rencontré Mandi, vingt-deux ans, qui porte le prénom de la dernière reine d’Arles. Mandi est fille de docker et a toujours vécu à Port-Saint-Louis-du-Rhône, elle y a fait toutes ses études de la maternelle au baccalauréat avant de faire un BTS de tourisme à  Arles. Mandi n’a jamais connu les entreprises du canal en activité et doute même que son père les ait connues, mais elle a joué dans leurs friches et s’est baignée dans le canal. « C’était interdit mais on le faisait quand même et les barrières mal fermées ne nous arrêtaient pas. C’est beau, il faut monter sur le toit de la SOFBA, c’est solide. Avant il y avait un tag beaucoup plus beau : c’était un requin avec plein de petits poissons. J’ai un CDD jusqu’à la fin de l’année à l’office du tourisme; je ne m’inquiète pas, il y a des choses bien plus graves. »

J’ai rencontré Matteo, vingt-cinq ans, gardien du gymnase. Son vieux gymnase va être détruit et ça le rassure car il était inquiet pour les enfants. Les pilotis de la passerelle étaient dangereux et les boiseries de la charpente laissaient passer l’eau. Bientôt ils seront dans la plaine des sports.

J’ai rencontré Michel, propriétaire des galeries Lafayette. C’ est son père qui a acheté dans les années 80. Le magasin est centenaire, d’abord implanté rue Lafayette (qui lui a donné son nom), puis au faubourg Hardon et maintenant avenue du port. « Port-Saint-Louis-du-Rhône est devenu une ville dortoir et c’est bien plus dur aujourd’hui que dans les années 80 », au moment où pourtant s’est amorcé le grand déclin de la population.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

J’ai rencontré Gérard et Aline, retraités et pêcheurs. Ils ont découvert Port-Saint-Louis-du-Rhône par hasard et l’on pris en affection (Salins-de-Giraud, c’est triste). Lui était à la SNCF à Bourges, sur les voies, à la maintenance. Il a un vélo et sa femme voudrait qu’il en fasse plus. Ils aiment la retraite et la pêche et habitent maintenant dans les résidences nouvelles du port ; ils ont un petit appartement. Ils pêchent comme on le leur a appris, en gardant la moule dans sa coquille, la daurade en est friande.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’ai rencontré Dominique qui vient pêcher le crabe avec ses fils. Ils sont en cuissardes mais lui va dans l’eau en bermuda. Il suffit de passer le crible dans les herbes pour trouver les crabes mais il faut que l’eau soit assez chaude. « Il n’y en a pas aujourd’hui, on va aller à Martigues. Il y a des moustiques et pourtant ils ont traité cette semaine, deux fois au moins. C’est bien et c’est pas bien ; des oiseaux, il n’y en a plus, on n’entend plus un chant d’oiseaux ».

J’ai rencontré José, historien de la ville, à travers sa biographie du docteur Simon Colonna (De Naploéon III au clocher de la paix, 101 ans de passion). Il écrit désormais l’histoire des dockers de Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Port-Saint-Louis-du-Rhône n’est pas Detroit ; je ne suis qu’une modeste apprentie désireuse de faire le portrait de ce qui devait être la ville-champignon de la future Californie française ! J’ai trouvé tant de joie et de confiance dans ses habitants qu’ils m’ont enlevé toute ma tristesse et m’ont fait penser que la décroissance pouvait être heureuse

Port Saint-Louis du Rhône – Danièle Godard-Livet

*Workshop animé par Claudine Doury dans le cadre des rencontres photographiques d’Arles du 16 au 20 Avril 2018 : « Dans les bras du Delta, un roadtrip photographique »

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L’hiver dans le Berry : vignes et truffes

Il n’y a pas que des  grandes cultures dans la campagne berrichonne. Jean, notre ami viticulteur sur l’appellation de Quincy, nous avait concocté un programme de travail dans les vignes, mais aussi de découvertes du terroir. Nous, c’est à dire les sociétaires du Groupement Foncier Viticole (GFV)  détenteurs de parts dans le vignoble qui se réunissent après la Saint Vincent, patron des vignerons, et les autres habitués du domaine.

Travail le matin dans les vignes à « tirer les bois ». C’est l’époque de la taille sur les ceps qui réclame des as du sécateurs qui connaissent bien le développement de la plante et les exigences associées au type de taille : ici le double guyot. Pas à notre niveau , nous tous qui sommes des amateurs et bénévoles. Alors on nous laisse une tâche indispensable mais peu qualifiée: le tirage des bois à savoir : détacher les liens et vrilles qui s’accrochent, trop solidement à notre goût,  à la quadruple rangée de fil de fer, sortir les sarments et les mettre en tas.

La matinée avance et les groupes dans les rangs, arrivent au bout des lignes. C’est l’heure de passer à autre chose. Les sexagénaires -la plupart d’entre nous- se sont pas fâchés de reposer leur dos et de regagner le repas préparé au gîte.

Jean nous a annoncé une visite, un peu mystérieuse, chez des paysans qui produisent des truffes.

Nous arrivons chez les Borello sous un ciel gris, quelques gouttes de pluie, pas de quoi nous arrêter. Stéphanie, qui s’occupe aussi des gites à la Fontenille , nous présente son activité et son chien Alfi,  un Border Collie trouvé à la SPA, qu’elle a dressé patiemment à faire le job : repérer au pied des arbres le précieux champignon

Eh oui ! Il n’y a pas que dans le Périgord que l’on trouve le diamant noir : la très réputée Tuber Melanosporum, on en récolte aussi dans le Berry !

Une fois dans la truffière, des chênes pubescents et des chênes verts d’une quinzaine d’années, Alfi flashe sur le premier arbre. Il tourne autour pour préciser la localisation et Bing ! un coup de patte discret sans tenter de creuser et le voilà qui attend patiemment la trouvaille … et sa récompense : un bout de saucisse.La truffe se trouve entre 5 cm et 20cm de la surface. Il faut la sortir avec délicatesse pour ne pas l’endommager.

IMG_20180219_153713_553 Les truffes se plaisent dans ce sol léger, peu profond, installé sur des tables calcaires. Les chênes sont plantés mycorhizés, c’est à dire que les racines sont imprégnées des spores du champignon qui se développe tout autour de l’arbrisseau. Le mycélium colonise ainsi un périmètre où rien ne pousse : on l’appelle « le brulé », signe d’un bon développement du champignon.

A peine sortie de la terre, la truffe exhale son parfum typé, sensible à 2-3 m, et tellement fort lorsqu’on la porte sous le nez. C’est bientôt la fin de la saison (cette année elle a commencé dès fin novembre), c’est une période où on a plus de chances de trouver des truffes très parfumées qu’au tout début de l’hiver.

Le précieux champignon se retrouve dans le panier, encore entouré de sa gangue de terre. Jean est très fier d’exhiber ce panier rempli au bout de deux heures de recherches. 27973732_10155504975567545_441964501784863854_nDe retour au gîte , nos hôtes nettoient les précieuses truffes en les brossant délicatement sous un filet d’eau, mais leur parcours n’est pas encore terminé. Il faudra les trier , les contrôler en les « canifiant », c’est à dire en s’assurant d’un coup de canif qu’il s’agit de la bonne espèce et qu’elle n’a pas été corrompue par quelque parasite.

20180219_171749Devant ces merveilles, Max reste bouche bée.

Chacun pourra ensuite repartir avec sa truffe proposée à un bon prix. A déguster comme un produit frais , pas plus d’une semaine au frigo, ou congelée (elle peut se garder plusieurs mois c’est le meilleur moyen de conservation). Nous, nous l’avons introduite 48 h avec les oeufs de nos poules au frais dans une boîte hermétique. A la coque, le parfum se retrouve très intense dans le jeune d’oeuf. Si intense qu’il ne plaît pas à tout le monde, notamment aux enfants. Puis nous l’avons râpée en vue d’un beurre de truffe.

Cet hiver dans le Berry se termine par un bon coup de froid, inhabituel pour une fin-février.

Et pourtant sur le chemin du retour, nous trouvons un signe annonciateur des beaux jours. Les grues cendrées envahissent le ciel, des escadrilles ordonnées en chemin vers les terres du Nord qui font halte dans les champs labourés.grues