Agriculture : à Paris et dans le Berry : Quel avenir ?

On ne  parle plus beaucoup de la paysannerie. En France elle représente moins de 3% de la population active avec 450 000 exploitations. C’est désormais moins que le nombre de petites entreprises artisanales (<20 salarés) du bâtiment.  Chaque jour  260 exploitations disparaissent mais chaque mois le nombre des exploitations moyennes et grandes augmente (au-dessus de 61 ha en 2013).SALON-AGRICULTURE-MARS-2017

Alors qu’on ne mentionne le Salon Mondial du bâtiment nulle part ailleurs que dans les revues professionnelles, chaque année on parle de l’agriculture au moins pendant deux semaines à cheval entre février et mars avec le salon International de l’Agriculture de Paris, qui attire plus de 600 000 visiteurs.

Quelles sont  les raisons de cet intérêt  persistant ?

-La plupart des français ont un grand-père , un arrière-grand-père (ou plus loin encore) agriculteur dans un pays qui est resté agricole  plus longtemps que ses voisins européens.

-Chaque jour les produits agricoles se rappellent à notre souvenir dans nos assiettes  dont le contenu devient chaque jour un sujet de préoccupation grandissant. L’agriculture industrielle est de plus en  plus mise en cause.

– La place des appellations, des labels, des indications géographiques constitue une exception française sur la planète. «  Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre ! » disait le Général de de Gaulle. En fait on en recense 1200.

-L’agriculture est concernée au premier chef par l’usage et l’entretien de l’espace rural qui occupe 70% de l’espace national  contre 57% en moyenne européenne. C’est l’avenir de nos paysages, nos champs, nos forêts, nos montagnes, nos chemins, nos étangs qui est en jeu.-L’agriculture française avec  75 milliard d’€ est la première puissance agricole dans l’Union Européenne. Cependant cette domination s’amenuise chaque année notamment au niveau des exportations agricoles.  De premier exportateur, elle est passée en troisième place derrière les Pays-Bas et l’Allemagne. L’Union Européenne est de moins en moins un dispositif de protection et de régulation. Ce qui introduit des notions de concurrence internationale (dans les marchés mondiaux et même à l’intérieur de l’Union Européenne) et des notions de compétitivité.

– Si l’agriculture se porte plutôt bien, beaucoup d’agriculteurs rencontrent des difficultés au niveau du revenu, avec de fortes variations selon les années, selon la météo, selon les productions, selon le type d’exploitation.

La Commission des comptes de l’agriculture nationale a dévoilé ce jeudi 14 décembre ses prévisions pour l’année 2017. Elles indiquent une hausse du revenu agricole de + 22,2 %. Cette augmentation intervient après une année 2016 catastrophique (- 29 % de baisse du revenu) et n’est pas encore suffisante pour rattraper le niveau précédent. Les secteurs gravement touchés par la crise de 2016 reprennent pied : la production de céréales est en hausse mais pas les prix ; en revanche ceux du lait augmentent. Quant à la viticulture, elle connaît une baisse des récoltes. Enfin, le prix des pommes de terre s’effondre.(ex  Terre.netMedia 14 déc. 2017.

Alors tout le monde s’interroge sur l’avenir de l’agriculture  et des agriculteurs.

Dans le Berry

Je reviens d’un séjour dans les grandes cultures du Cher. Ce n’est pourtant pas la Beauce, championne de la grande culture,  mais ça s’en rapproche : 115 ha en moyenne par exploitation (contre 55 au niveau national). On voit encore des bosquets, des haies mais ils deviennent de plus en plus espacés autour de parcelles qui comptent des dizaines, voire des centaines  d’ha.  ferme ruineLes fermes grandissent au fur et à mesure des départs, des abandons des fermes voisines qui sont vite rachetés par un  plus gros. Les terres sont regroupées, mais les bâtiments, désormais inutiles, restent  abandonnés (photo ci-dessus), voire rasés pour installer des éoliennes. Les bourgs ruraux ont du mal à maintenir leur population, leurs commerces et leurs  services, sauf ceux qui ne sont pas trop loin des métropoles.

On perçoit bien dans cette région que cette désertification est liée à la transformation de l’agriculture. Et cette évolution n’est pas près de s’éteindre.  Les grandes cultures de nos campagnes sont maintenant en compétition avec les grandes plaines de l’Argentine ou celles de l’Ukraine. L’agriculture intensive française (et sans doute européenne) a des rendements bien supérieurs mais elle est coûteuse en foncier et en intrants. Elle ne peut concurrencer les pays tiers qu’en poursuivant sa course folle aux économies d’échelle.  En céréales on parle de viabilité économique autour de 500 ha. En élevage les projets de fermes aux 1000 vaches se multiplient, après l’exemple de l’Allemagne qui est beaucoup plus avancée.

A côté des grandes cultures, on peut néanmoins observer la montée de productions plus artisanales, voire même de niches, souvent  liées au tourisme, qui ont plus d’atouts aux yeux de la jeune génération.

Ainsi jean, qui cultive 500ha en grande culture, a deux filles Cécile et Stéphanie. Lorsqu’il s’agit de prévoir la succession, Stéphanie n’est pas tentée de s’investir totalement dans la gestion de cette grande exploitation. A l’inverse de Cécile,  elle choisit de donner la priorité aux activités périphériques : la location de gîtes et  l’exploitation de truffières avec l’aide de son chien Alfi dressé à cet effet, avec beaucoup de vente directe.

Un autre Jean, un de mes amis de quarante ans, a développé, à coté de grandes productions de céréales, un vignoble qui bénéficie d’appellations (Quincy et Reuilly). vendanges 024Maroussia , la seule de ses trois filles intéressée par l’agriculture, n’a pas pour projet de reprendre la grande culture mais juste le vignoble. Une grande partie de la production est écoulée en vente directe ou sur les salons spécialisés. Une manière de mieux maîtriser ses débouchés.

Ainsi dans ce département très agricole,  à côté des grandes cultures omniprésentes, montent des activités agricoles qui s’appuie sur des appellations : Sancerre, Quincy, Reuilly, crottins de Chavignol, moutons  berrichon du Cher, souvent en lien avec la gastronomie locale. Des activités qui séduisent de jeunes professionnels.

On peut y voir  les prémisses de l’évolution de l’agriculture en France.

Vers deux agricultures ?

  • Les grandes cultures, en compétition avec les grandes agricultures des pays tiers, ne peuvent évoluer que vers plus de surfaces, plus de mécanisation. Les petites surfaces sortent du jeu, les moyennes sont en sursis. Une certaine forme d’élevage industriel, à la recherche de rentabilité et d’économie d’échelle, a sans doute de beaux jours devant elle, malgré la mauvaise publicité auprès des consommateurs français. Mais le beurre, la poudre de lait français des futures fermes des mille vaches peuvent (s’ils ne ruinent pas leur image comme Lactalys) séduire les consommateurs chinois.
  • Une deuxième agriculture rassemblera des activités qui sont plus proches du consommateur intérieur : cultures bio, appellations, vente directe, AMAP. La qualité ce n’est pas seulement le respect de quelques normes d’hygiène et de composition. Elle est de plus en plus perçue comme un rapport particulier du consommateur avec le produit et le producteur.appelations berry

Ces deux agricultures n’ont pas grand’chose en commun, à part le foncier sur lequel pèse la pression des grandes fermes et leur soif inextinguible d’agrandissement. Pour la seconde agriculture, le prix du foncier agricole est trop élevé, il pèse à l’excès sur son développement. Quant à la grande culture, son salut n’est pas forcément dans l’intensification des pratiques (toujours plus d’engrais, de pesticides) qui est très coûteuse pour l’exploitant et pour l’environnement.

La divergence de ces deux agricultures ne peut que s’approfondir. Il est de plus en plus difficile d’unifier socialement et politiquement ces deux mondes.

Alors, faut-il  encore souhaiter longue vie au Salon de l’Agriculture ?

Mariage en pays huguenot

Nous étions invités samedi 14 octobre 2017 à la mairie de Crupies (Département de la Drôme) à un improbable mariage civil qui unissait un Alain Marcel, descendant des Marcel de la Combe de Crupies à une Hanna Koch, fille d’un pasteur allemand, originaire de Lübekke (par ailleurs ex-épouse de Norbert et mère des quatre enfants).

Lorsqu’on remonte le fil de l’histoire dans ces terres protestantes, ce mariage, même si les deux mariés, de culture protestante, sont assez éloignés de la religion, apparaît comme une conclusion logique à plus de trois siècles d’histoire, particulièrement en cette année de célébration des 500 ans de la publication des thèses luthériennes qui rencontrèrent rapidement un succès dans de nombreuses régions françaises.

Lorsqu’en 1685, le roi Louis XIV révoque l’Edit de Nantes, un climat de persécution s’installe en France.

Les places fortes de la Rochelle , de Privas sont assiégées et démantelées, les villes de Montpellier et de Nîmes se convertissent devant la menace.

itineraireAilleurs les protestants passent dans la clandestinité, les offices sont célébrés « au désert » dans ces pays isolés, sans routes, au bout de sentiers improbables. Dans les Cévennes, ils prennent les armes (révolte des camisards).

Les autres,  200 000 « Huguenots », cherchent refuge sur des terres protestantes en Europe et dans le monde. Depuis le Dauphiné (dont faisait partie le pays de Bourdeaux), où la réforme est très présente, les départs sont nombreux vers Genève, puis vers l’Allemagne où ils sont accueillis et peuvent fonder des colonies. Les Vaudois des vallées du Piémont, qui adhèrent à la Réforme, s’exilent et suivent les mêmes chemins.

Les Marcel de Crupies (d’après l’étude généalogique d’un village de Drôme provençale -Crupies 1695-1792 – Garaud et Troost)

Ce n’est pas le chemin du départ qu’ont suivi les Marcel de Crupies, ancêtres d’Alain. Ils ont  choisi celui de la résistance et du désert dans cette paroisse qui ne comptait pas plus de 200 âmes réparties dans une dizaine de hameaux au début du 18eme siècle.

Le premier ancêtre connu, Gaspard Marcel, est mort en 1705, enterré dans son champ, interdit de cimetière paroissial pour avoir refusé d’embrasser la religion catholique. On retrouve plus de détails dans les registres d’état civil.

crupies-6« Le 28ème juin mille sept cent et cinq environ la minuit est décédé Gaspard Marcel habitant à la combe de Crupies. Le dit Gaspard est mort subitement puisque le même jour qu’il est décédé il était en réunion publique de ce lieu convoqué par ordre du Sr Chatelain à la réquisition des consuls de cette paroisse… »  Garaud et Troost commentent :  Un consul – délégué élu par l’assemblée des chefs de famille- devait être désigné et le Chatelain avait invité les électeurs à une réunion pour l’élection du consul, le personnage le plus important du village. L’ambiance fut sans doute chaude, la passion politique  débouchant sur la mort d’un participant !

Peut-être le Jean Marcel et le Zacharie Marcel condamnés aux galères en 1687 et tous deux morts à la peine, sont-ils les frères -ou les cousins- de Gaspard ? On retrouve leurs noms au musée du désert au Mas Soubeyran Mialet à Anduze:

En 1719 , la maison du fils de Gaspard,  Antoine à la Combe est détruite par une dragonnade (expédition punitive organisée par les pouvoirs pour « inciter » les protestants à la conversion) . Zacharie, autre  fils de Gaspard et frère d’Antoine s’installe à La Vialle, le hameau isolé perché en haut d’un promontoire vertigineux, longtemps abandonné (photo ci-dessous). La famille semble rester à Crupies ou dans les environs et vivre de la terre.Un siècle plus tard l’édit de tolérance de Louis XVI (1787) et la révolution ont mis fin aux persécutions.

Jean Etienne Marcel  (1814-1861) est instituteur et il épousera à Dieulefit successivement deux des filles Vignal (en 1842 et 1851), filles d’Etienne Vignal fabricant potier originaire d’Ardèche installé à Dieulefit. Il aura un garçon Etienne Leopold, l’arrière-grand-père d’Alain. Ainsi, à  Crupies, à la fin du 19 eme siècle il n’y a plus de Marcel; c’est à Dieulefit que se perpétue la lignée.

Alain a voulu retrouver ce fil en choisissant la mairie de Crupies pour célébrer les noces

Les Koch d’Allemagne (d’après le livre « Sollen wir W.K  weiterbeobachten ? » traduction à paraître prochainement)

Le livre du pasteur Werner Koch, père d’Hanna, ne parle pas de généalogie mais de résistance au nazisme cette fois. Werner fut une des figures de « l’église confessante », (die bekennende Kirche), une tendance dans l’église protestante qui s’opposa rapidement à Hitler, contrairement à l’église officielle noyautée peu à peu par le pouvoir nazi. Tout le monde connaît la citation suivante :

«  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »

Il s’agit d’un discours du pasteur Martin Niemöller, finalement arrêté en 1937. Il restera dans les camps de concentration jusqu’en 1945.

Werner fut son compagnon de lutte, il fut à l’origine de l’appel des pasteurs en 1933 contre les mesures anti-juives. Il connut aussi les camps de 1936 à 1938. Après la guerre il a poursuivi sa carrière de pasteur à Berlin, puis dans un village en Rhénanie du Nord puis en Basse-Saxe. Hanna (ci-dessus avec son père) y a grandi avec ses quatre sœurs et son frère, avant de s’installer à Paris à l’âge de vingt ans.

Après ce détour historique sur trois siècles, cet improbable mariage en pays huguenot paraît tout à fait naturel et un juste retour des choses 330 ans après la révocation de l’édit de Nantes.

Dans ces paysages qui inspirent la paix (ici le temple de Tonils qui desservait tous les hameaux de Crupies), comment s’imaginer que de telles passions meurtrières ont pu dévaster cette paisible société rurale ?

 

 

Les parcs de Montréal pour le meilleur … et pour le pire.

L’île de Montréal possède une multitude de parcs, des grands parcs dont certains sont des espaces quasi sauvages et des  parcs urbains petits ou moyens. Ils se comptent par centaines (200-300?) et je ne les connais pas tous, loin de là.

Près de chez Claire à Outremont, j’aime particulièrement le parc Outremont. Un jet d’eau sur une vaste pièce d’eau, voilà qui donne le caractère apaisant du lieu.  parc outremon Les montréalais profitent vraiment des parcs . Sans doute l’hiver rigoureux, interminable leur donne ainsi, les beaux jours retrouvés, cette fringale de verdure et de tranquillité. on y flâne, on y lit, on s’y promène avec ou sans son chien (en laisse),Le week-end, on y pratique le taï chi chuan, autour d’un maître ou quelquefois dans des groupes improvisés, en tenue appropriée ou en jogging. On peut même y méditer sans déranger personne ni être dérangé.Les familles apportent leur glacières, sortent les bouteilles et s’installent sur les tables à disposition. Les associations de quartier, les clubs sportifs, les écoles n’hésitent pas à occuper l’espace avec des repas, des spectacles très organisés.  Les arbres sont centenaires, il n’y a ni porte ni clôture, on a le droit de marcher sur les pelouses, il y des bancs et de l’eau.

Juste à côté nous avons longé sans le voir le parc Lhasa de Sela Lhasa-De-Selarebaptisé en 2014 en l’honneur de la chanteuse Lhasa morte en 2010. Elle a vécu à Montreal, où elle était venu pour rendre visite à ses sœurs qui étudiaient à l’École nationale de cirque. Elle se fixe finalement dans cette ville. Elle travaille comme serveuse à la Maison de la culture mondiale du boulevard Saint-Laurent et se produit sur scène le soir, vit de petits boulots avant de connaître le succès de la scène. Elle habitait tout près. Son studio d’enregistrement donnait sur le parc.

Plus loin d’Outremont, le parc Lafontaine ou celui du Mont Royal encore accessibles à pied depuis Outremont pour des petits marcheurs. Il est partout interdit de nourrir les animaux mais certains rares habitués le font pour le plus grand plaisir des enfants.Plus loin encore les parcs immenses du jardin botanique (entrée payante) ou celui des rapides de Lachine le long du fleuve (avec des pécheurs et beaucoup de Bernaches résidentes).Tous ces parcs ont une histoire et des dates d’aménagement différentes ; tous témoignent d’une volonté des élus de conserver aux montréalais un lien avec la nature en faisant l’acquisition d’anciens domaines agricoles au fur et à mesure de l’expansion de la ville.

Volonté qui cohabitait avec la vocation industrielle d’une ville toujours plus grande établie sur une île, truffée de carrières de calcaires (pour la pierre de construction) ou d’argile (pour la fabrication des briques) qui ont servi après leur fermeture de dépôts d’ordure (ménagers et industriels). La ville répertorie 114 carrières et 62 dépotoirs dont la localisation est plus ou moins précise.

Certains parcs ont été aménagés sur ces anciennes carrières ou anciens dépôts d’ordure (Baldwin, Laurier, père Marquette (carrière Martineau), jardin botanique, Villeray, Maisonneuve, Felix Leclerc, Rosemont, etc.).

Plus tard c’est entre deux parcs , le parc Laurier et le parc Père Marquette, en pleine zone urbaine qu’on implante un incinérateur. Construit en 1927 pour répondre à l’accumulation des ordures, l’incinérateur Des Carrières a la capacité de se « débarrasser » de 300 tonnes de déchets par jour ; la qualité de l’air devient alors épouvantable et les mauvaises odeurs se répandent dans le quartier. En 1971, on inaugure donc un nouvel incinérateur, présenté comme étant le plus moderne d’Amérique du Nord, mais l’air autour reste pourtant neuf fois plus toxique qu’ailleurs, et la ville cesse les opérations en 1993. Abandonnées depuis, les deux tours sont devenues iconiques dans le paysage montréalais.

Après une enquête de Radio-Canada en 2015, la ville a rendu public un rapport de 1994 sur les émissions de biogazs dans ces endroits problématiques. Depuis 2016 le portail de Montréal dans sa section environnement contient toutes les informations publiques (cartes et rapports), conduit des études (méthane 2016) dans tous les sites connus ou signalés par des particuliers. La ville continue ses aménagements – la carrière Miron qui a servi de 1968 à 2000 de gigantesque dépôt d’ordures ménagères et industrielles est en train d’être transformée en parc-

Le passé industriel de la ville a laissé, en plus des carrières ayant servi de dépotoirs, de nombreux terrains contaminés (plus de 600 à Montréal) par les industries (pour beaucoup disparues aujourd’hui)  qui étaient encastrées dans le tissu urbain  La ville surveille les teneurs en plomb et en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) des légumes (rapport 2010), en a fermé plusieurs ou demandé que les cultures se fasse en caisses sur de la terre saine. On réhabilite aussi (chantier de la Pointe St Charles ou du futur site de l’université de Montréal -ci-dessous- à Outremont).

Et pour écrire l’histoire industrielle du Québec il n’est pas inutile de consulter le site du ministère de l’environnement qui informe par site de la liste des polluants recensés.

Alors, amis montréalais, faîtes attention quand vous mangez des légumes d’un jardin communautaire (salade et carottes en particulier), certains sont contaminés ! veillez à ne pas acheter un condo (un appartement en copropriété dans un immeuble) sur un terrain où les dégagements de méthane et les risques d’explosion dissuaderaient votre organisme de prêt ou votre assureur…

Mais profitez des parcs de Montréal qui rendent la vie en ville très agréable !Textes et photos de Danièle- Editing Norbert

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-St Laurent rive Sud

Avenues et ruelles de Montréal

– Montréal bleu

Saint-Laurent : Rive sud

Danièle avait bien envie de découvrir le Charlevoix, sur la rive Nord du Saint-Laurent , en aval de Québec, mais finalement c’est Geneviève, soutenue par Claire, son amie, qui l’a emporté avec son programme de découverte de la rive sud. Première étape Lévis, en face de Québec, où justement résident ses parents. Il pleuvait très fort ce 23 juin lorsque nous avons quitté Montréal et la pluie nous a accompagnés pendant tout le trajet vers Lévis.

Arrivés dans les parages, il fallait d’abord se restaurer. Direction une fromagerie qui faisait également restauration, comme souvent au Québec. Une occasion de goûter la « poutine » élaborée sur place. On ne peut pas dire qu’on connaît le Québec sans avoir goûté cette spécialité à base de tomme fraîche de vache (du cheddar frais joliment appelé fromage couic-couic), de frites bien grillées et d’une sauce brune abondante .C’est à Breakeyville, dans les faubourgs lointains de Lévis que se trouve la maison des parents, cachée derrière les arbres dans un lotissement plutôt voué à la pelouse rase et aux massifs de fleurs. Une originalité que revendique Benoît, le père de Geneviève, dont la famille est installée depuis plusieurs générations dans le bourg, au bord de la Chaudière, la rivière qui rejoint un peu plus loin le Saint-Laurent et que parcourait son ancêtre draveur (ceux qui transportent et trient les bois sur les cours d’eau). Micheline, son épouse, est originaire de Baie Comeau (plus en aval, sur la rive Nord) d’une famille de coureurs des bois, notamment pour ramener des fourrures de renard argenté d’Anticosti. Dans ces familles, typiques de la conquête pacifique de ces terres sauvages de la nouvelle France, on a oublié l’origine, l’identité, le point de chute du premier migrant fondateur. Reste un goût vivace pour la nature et les grands espaces.

Breakeyville fut fondée en 1909 par John Breakey qui reçut la concession de toute la région. Il employa plusieurs personnes dans le transport du bois et dans son moulin de sciage. Malgré les années de crise économique des années 1930, la drave sur la rivière faisait vivre plusieurs familles.

Un peu plus loin les chutes de la rivière Chaudière sont une étape touristique incontournable, avec un parcours très bien aménagé.Une partie du débit est détourné au profit de la production d’électricité depuis 1900 mais ça reste très impressionnant. On pêche toujours dans la rivière malgré la pollution générée par la catastrophe du Lac Mégantic (2013 – un énorme train de produits pétroliers déraille, à l’origine de 47 morts, d’incendies géants et de pollution massive).

Le lendemain, nous reprenons la route 132 que nous ne quitterons plus jusqu’au terme de notre circuit. Elle ne s’éloigne guère des rives du Saint-Laurent qui s’élargit de plus en plus. Nous découvrons les vastes étendues des « battures », inconnues plus en amont vers Montréal, ces espaces plats envahis d’herbe verte, à peine recouverts par les très grandes marées.

A marée basse ce sont d’autres étendues qui se découvrent , envahies d’algues qui permettent quelquefois de rejoindre les iles.

Le soleil est largement revenu lorsque nous approchons de Kamouraska, notre étape pour la nuit. Kamouraska, coté agricole… C’est dans la région, à Sainte-anne de la Pocatière que fut crée la première école d’agriculture en 1859 « pour enseigner les bonnes pratiques et éviter l’émigration vers les Etats-Unis ». La frontière américaine est à quelques kilomètres, le long des Appalaches, cette chaîne basse qui court de Terre-Neuve au nord, jusqu’au centre de l’État de l’Alabama au sud des Etats Unis.

Kamouraska, c’est un petit village de  villégiature apprécié des notables de Quebec et Montréal, avec ses splendides résidences secondaires donnant sur la mer.

Geneviève nous avait expliqué que Kamouraska est aussi le titre d’un roman d’Anne Hébert (publié au Seuil en 1970) primé et désormais étudié dans les écoles. Un film en a été tiré. Un roman « de fureur et de neige », bien noir pour un aussi riant village , où la solitude de l’hiver, dans les années 1830, devait modifier bien des choses. Norbert et moi, nous empressons de le lire.

Mais pour l’instant nous profitons de la fin de la journée pour nous promener sur le bord de  mer, à la lumière du soleil couchant. Nos pas nous mènent vers la jetée, autrefois poumon économique du village, où tout le commerce s’effectuait sur le fleuve, longtemps délaissée, récemment réhabilitée grâce à une souscription citoyenne.La prochaine étape est prévue à Rivière du Loup où Claire nous a retenu un AirBNB au centre ville. Là aussi la rivière passe dans de grandes chutes au milieu d’un vaste parc arboré. Nous faisons une belle promenade qui nous amène dans un ancien verger qui donne encore des fruits, malgré l’ensauvagement.

Le soir nous amène vers l’embarcadère. Nous attendons le spectacle du dernier aller-retour du traversier qui fait la liaison avec Saint-Siméon, sur l’autre rive. Nous admirons le coucher de soleil (le plus beau du monde après ceux de Hawaï, proclament les dépliants touristiques !) en dégustant des sandwichs au homard dans un restaurent de motards très fréquenté.Notre destination finale c’est le parc National du Bic. Notre gîte au bord du Havre surpasse tous les hébergements que nous avons testés dans ce périple . Tout en bois , construit par des anglophones qui l’ont vendu après le premier référendum (1980, après les élections de 1976 qui amènent  le Parti Québécois au pouvoir), comme beaucoup d’autres qui craignaient désormais ne plus être chez eux dans un Québec souverain. C’est la maison rouge ci-dessous. Le Havre du Bic, c’est toute une histoire: L’installation des pilotes, seuls à même de guider les gros navires dans les passages difficiles du Saint-Laurent, la venue des premiers touristes dans les années 1920, facilitée par l’arrivée du train, les chemins de contrebande pour alimenter depuis Saint Pierre et Miquelon une Amérique prohibitionniste, les marins basques qu s’aventuraient au-delà de Terre Neuve et de ses morues pour venir s’installer jusque sur ces terres.

C’est surtout le Parc national. Un des plus petits, mais un des plus riches. Plein de golfes, d’îles, de presqu’îles, changeant toutes les six heures au gré des marées, il abrite une colonie importante de phoques et des eiders à duvet qui nichent au large sur l’île Biquette, interdite aux promeneurs. Les grands ongulés y ont aussi leurs habitudes comme ces cerfs de Virginie pas vraiment farouches Et puis cette vue du premier étage du Gîte lorsque le havre se remplit au rythme de la marée haute, on se croirait sur un bateau.Le lendemain, laissant la réserve à ses alternances de marées, nous étions à 600km de Montréal, il était temps de rentrer.

Un motel charmant au bord du fleuve nous rapproche de Québec. Nous repassons à Lévis. Nous sommes pile en face de Québec. Pourquoi ne pas laisser la voiture et emprunter le traversier qui nous amène direct centre ville, juste au pied du château Frontenac ? Rien de plus simple !Cette belle matinée tourne vite à la grisaille et à la pluie qui nous accompagnera sur l’autoroute jusqu’à Montréal, bloquée dans les embouteillages des départs en vacances.

Un beau périple ! Merci à Geneviève qui nous l’a concocté : 3000km au bout du compte. Il faut savoir qu’au Canada on n’a rien sans faire beaucoup de km.

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Avenues et ruelles de Montréal

– Montréal bleu

-Parcs et jardins de Montreal : pour le meilleur et pour le pire

Avenues et ruelles de Montréal

Montréal fête son 375 ème anniversaire. Ils n’étaient qu’une poignée, en mai 1642, à débarquer sur les rives de ce qui allait devenir Montréal. Une quarantaine d’engagés venus de France, sous la gouverne de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, et de Jeanne Mance.

Les premiers colons s’installèrent près du vieux port (ci-dessous). La plupart des premiers bâtiments , en bois, sont aujourd’hui détruits. Reste un quartier postérieur , construit en pierre, résiduel et enserré maintenant entre les tours du centre des affaires de Montréal. montreal ruelles-1050060L’autre point structurant de la ville, c’est le Mont Royal (on dit simplement la montagne). 234 m d’altitude, il domine bien au-delà de l’île de Montréal. Sur ces pentes se sont installés des quartiers bien délimités : au sud le centre ancien et les tours (ci-dessous la vue de la terrasse du chalet sur le belvédère Kondiaronk),A l’ouest , le quartier anglophone, très chic de Westmont et à l’Est le quartier francophone, plus mixte d’Outremont. Les habitations les plus proches des parcs de Mont Royal sont très luxueuses, et plus on s’en éloigne, plus c’est populaire. Claire, la fille de Danièle habite Avenue  d’Outremont, un quartier un peu entre les deux.

Au XIXème et au XXème siècle, la population de Montréal explose. On délimite des quartiers, on trace des rues au cordeau, bien perpendiculaires entre elles. Les petites masures en bois sont remplacées par des immeubles de deux-trois étages couvert de briques. montreal ruelles-1050049Mais la base de la construction reste en bois. grande ressource du pays. Ce n’est que la menace des incendies qui détruisit des quartiers entiers qui obligea les constructeur à une paroi extérieure en briques. Cette structure est bien visible quand ces anciens petits immeubles prennent feu.

Les Montréalais ont inventé une modalité inédite de construction: Le logement à la fois individuel et collectif.  Les petits immeubles sont en fait un empilement d’appartement individuels, chacun  sa porte, son numéro et sa boîte à lettre,  pas d’entrée ni d’escaliers collectifs. Tous des duplex ou des triplex avec escaliers extérieurs. On y rajoute un minuscule jardinet devant, souvent très soigné et le tour est joué. C’est ce qui donne cette physionomie particulière aux rues montréalaises. Ça c’est pour la façade. Et comme on est curieux, on a voulu savoir ce qui se passait derrière et sur les cotés. Le meilleur comme le pire.

Voyons le pire, les ruelles servent souvent de décharges, les poubelles mal rangées, éventrés par les écureuils qui n’hésitent à fouiller à la recherche de nourriture. Et puis c’est un domaine que Hydro Québec (l’EDF québecquoise) occupe sans vergogne, sans souci d’ esthétique ni de sécurité. En 1998 une tempête de givre a mis par terre le réseau essentiellement aérien du pays, une panne qui a duré jusqu’à quatre semaines pour certains, en plein coeur de l’hiver. Mais cela n’a pas modifié les pratiques.

Mais les ruelles c’est aussi le meilleur. Dans certains quartiers (Rosemont, le Mile End par exemple), c’est un autre univers qui vit sa vie derrière les façades des avenues. Des appartements traversant qui se créent des patios, des jardinets, des arbres qui ombragent la ruelle. Un paradis, sans voiture,  pour les écureuils et les enfants.

De quoi inspirer les poètes

Les jardiniers

Ou les architectes

Les initiatives se multiplient pour aménager ces ruelles grâce aux habitants qui se mobilisent et à la municipalité qui a un programme de soutien.

Alors à Montréal, ils ne faut pas hésiter à explorer les coulisses des avenues !

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-St Laurent rive Sud

– Montréal bleu

-Parcs et jardin de Montréal: pour le meilleur et pour le pire

Montréal Bleu

Après son séjour au Canada auprès de sa fille Claire, en février dernier, entre deux épisodes neigeux, Danièle nous a livré un reportage personnel sur Montréal en hiver.

Un coup d’oeil sur la carte nous montre de manière évidente que Montréal est bâti sur une île. L’eau l’entoure de toute part: Le fleuve Saint-Laurent, la rivière de l’Outaouais et la rivière des prairies.

« Montréal bleu » est le nom d’un des projets visant à mieux valoriser les rives et les eaux de Montréal. Il convient bien aux balades que nous y avons faites en février-mars 2017 (nos trajets en rouge).

L’archipel d’Hochelaga (le Grand Montréal) comporte près de 300 îles, quatre rivières, deux lacs. Des ponts, des canaux, des traversiers, des navettes fluviales, des marinas, des plages, des parcs pour faire cohabiter habitat, vie industrielle et zone de loisir.

En 50 ans, les développements industriel, urbain et résidentiel ont peu à peu entouré l’île de Montréal de béton et y ont privatisé les deux tiers des rives. Le nombre de plages est passé de 60 à 3. Toutefois, en parallèle, il y a eu plusieurs projets de réappropriation, de protection et de mise en valeur des berges, de création de parcs, et sans oublier d’importants programmes d’assainissement des eaux.

Pour qui aime l’eau, et j’en fais partie, Montréal est un paradis. Il serait dommage de se contenter de l’île Sainte-Hélène (en face du centre ville avec un parc aménagé).

Nous n’avons pas tout vu en quelques jours d’hiver, ni bénéficié des traversiers mais suivez-nous de l’île Bizard à Ste Anne de Bellevue puis à l’île St Bernard en passant par les rapides de Lachine.
Il nous reste à explorer tout le Nord-Est de l’île, les îles de Boucherville et tous ces territoires et chemins riverains. Une autre fois!ile Perrot Montréal

Montréal vu de l’île Ste Hélène où le vent était si froid et le sol si gelé que nous avons bien vite repris le métro.

La rivière des Prairies à l’île Bizard ci-dessus et le St Laurent majestueux vu de l’île ST Bernard ci-dessous.

Une impression d’immensité face au bleu du ciel et à celui de l’eau.

« il n’y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c’est entendu, mais il y a encore de l’espace ». Bernanos cité par Sylvain Tesson dans « Sur les chemins noirs ».

Où peut-on mieux ressentir cette sensation d’espace sans souffrir de l’isolement que dans les environs de Montréal ?Il ne fait pas toujours beau à Montréal et ce premier orage de l’année le 25 février 2017 (journée exceptionnellement chaude) nous a trempées au Parc des rapides de Lachine.Les rapides de Lachine sont un haut-lieu du Québec. C’est là que se tenait une halte pour le commerce des fourrures aux premiers temps de la colonie, c’est là qu’existe encore la plus ancienne maison conservée de Montréal (1670) aux allures de ferme normande, c’est là que s’arrêtaient les bateaux, incapables de traverser les rapides avant la construction du canal éponyme. Et puis il y a les oiseaux (ici des bernaches résidentes au pars de rapides de Lachine) et des ornithologues passionnés qui se réjouissent d’un hiver si vite fini cette année. Nous avons vu le jaseur boréal, le cardinal, la chouette lapone, le martin pêcheur et beaucoup de mésanges à tête noire et presque l’accouplement d’un couple de visons.Montréal est rempli de passionnés de photo animalière. Ils sont très sympathiques et très bavards . Ils n’hésitent pas à vous montrer sur leur écran ce que vous ne voyez pas à l’oeil nu. Pierre Lamontagne rencontré aux rapides de Lachine est sur Flickr et suit toutes les migrations. Jean-guy Morisset, le photographe d’Outremont  (un quartier de Montréal) amoureux des oiseaux de la montagne a publié un livre de photo « Faune urbaine » et bien d’autres encore que nous ne connaissons pas …Montréal est si loin vu de l’île St Bernard ci-dessus ou de Pointe Claire ci-dessous. On devine le centre-ville et ses buildings, l’oratoire St Joseph et sa haute coupole au centre et l’université de Montréal à gauche… et la montagne… visible de partout à Montréal puisque aucun bâtiment n’a le droit de la dépasser!Une petite résidence secondaire à Chateaugay ci-dessus ou sur l’île Perrot ci-dessous, ça vous dirait ?Moi, ça me rappelle les paroles de Beau Dommage (1974):

« Dimanche soir à Chateaugay

Les pieds pendant au bout du quai

la rivière joue de l’harmonica

ma blonde se baigne les pieds dans l’eau

c’est plein d’oiseaux qui courent le long de l’eau

en chantant leur chanson d’oiseaux

c’est plein d’oiseaux qui courent le long de l’eau. »Regarder le soleil se coucher à Pointe Claire près de l’église dont les pieds baignent dans le St Laurent… ou bien se promener parmi les gisants du cimetière du Mont Royal sont des plaisirs du soir.La montagne porte deux cimetières (Mont-royal et Notre Dame des Neiges) Qui sont des promenades très prisées – et sportives-en plein centre de Montréal.Mais il faut rentrer et retraverser le pont. Ici le pont Honoré Mercier (1934-1963).

Il n’y a pas tant de pont que ça traversant le St-Laurent à Montréal, ce n’est qu’avec l’avènement du chemin de fer que l’île de Montréal se dote d’un lien permanent avec le continent. En 1854 plusieurs ponts ferroviaires sont construits à Ste anne de Bellevue, traversant deux canaux de la rivière des Outaouais, reliant l’île de Montréal à l’Ontario et à la péninsule Vaudreuil-Soulanges par l’île Perrot. En 1860, Montréal construit sa première voie vers la Rive Sud avec la construction du Pont Victoria qui était , au moment de son ouverture, le plus long pont au monde. Puis vint le Pont Jacques Cartier dans les années 1930. Tous les autres ponts datent des années 1960. Mais hier (du temps des premières nations), comme aujourd’hui les Montréalais n’ont pas vraiment besoin de pont pour traverser le Saint-Laurent …Et le plus rigolo – et le plus sportif -c’est au moment de la débâcle !

*Vous pouvez retrouver ce reportage dans un petit livre photo à commander chez MATISSEO

Retrouvez les articles Quebec-Canada sur le Clairon

-St Laurent rive Sud

Avenues et ruelles de Montréal

-Parcs et jardins de Montréal: pour le meilleur et le pire

 

Vers toujours moins de travail ?

Le travail s’est invité dans les débats de la présidentielle. Revenu universel, déclin du travail dans nos société à l’heure du numérique, valeur travail…logo-elections-2017-presidentielles

Il semble que deux types d’analyses concurrentes traversent dans le même temps  les familles politiques : celles de gauche et celles de la droite libérale :

  • Le travail est en déclin dans nos société évoluées sous l’effet de l’automatisation et d’introduction du numérique. Il faut adapter nos systèmes sociaux à cette raréfaction : Réduction du temps de travail, revenu universel.
  • Le travail a de l’avenir. S’il est détruit du fait de la modernisation, il apparaît de nouveaux secteurs qui maintiendront l’activité. Le travail est le seul moyen de conserver la dignité à des citoyens travailleurs. Il faut redoubler les efforts en matière de croissance et de compétitivité.

Alors avant d’aborder le cœur du débat, il peut être utile de porter un regard rétrospectif sur l’évolution du travail pendant les quarante-cinq dernières années. Et pour s’affranchir des questions polémiques (faut-il partager le gâteau des heures travaillées ou augmenter le gâteau ?), laissons de côté les politiques menées.  Parlons de quantités globales de travail.

  • Entre 1970 et  2015, le nombre total d’heures travaillées en France a baissé passant de 44,2 à 40,6 milliards d’heures  alors que le PIB* a été multiplié par 2,5. Dans cette période la population totale est passée de 52 à 66 millions d’habitants avec chaque années 850 000 jeunes à insérer sur le marché du travail. Par quel miracle a-t-on pu fournir du travail à toujours plus de travailleurs avec moins d’heures travaillées ?  Le temps de travail (heures travaillées par an et par emploi – temps pleins et temps partiel confondus – tableau ci-dessous) est passé de 2000 h à 1475 H. Cela n’a pas suffi puisque le chômage a explosé.
  • Dans le même temps, l’Allemagne a suivi une baisse plus marquée,  passant 67 à 54 milliards pour une population en faible croissance, de 78 à 80,6 millions d’individus et un PIB multiplié par 2,5 (comme la France). Elle a réduit son temps de travail encore plus que la France (avec beaucoup de temps partiels) de 1960 h à 1360 h. Une particularité : un taux d’activité important en raison du moindre poids (du fait de la démographie en déclin)de la jeunesse qui par définition n’est pas au travail. On peut dire que si l’Allemagne avait la même démographie que la France, elle aurait un taux de chômage comparable.

Conclusion : dans nos sociétés européennes développées**,  en croissance modéré mais réelle, le nombre total d’heures travaillées a tendance, sur longue période, à diminuer, au mieux à se maintenir, du fait de la croissance de la productivité, quelles que soient les politiques menées.

Qu’en sera-t-il  à l’avenir ? Des travaux scientifiques récents ont tenté d’explorer les conséquences de l’introduction du numérique dans toutes les activités. Ceux de Frey et d’Osborne de l’université d’Oxford, notamment, passant au crible 702 métiers aux États-Unis, estiment que près de 47% des métiers existants aux Etats-Unis seraient susceptibles d’être pris en charge par des machines intelligentes. Répliqués dans d’autres pays, d’Europe du Nord notamment, ou en Israël, ces travaux donnent les ordres de grandeurs tout aussi impressionnants, compris entre 35 et 45%.

D’autres sont moins pessimistes : le cabinet américain Forrester anticipe, lui, pour le marché de l’emploi des Etats-Unis, une disparition nette de 7% des jobs d’ici 2025 du fait du numérique.

Alors pourquoi une telle divergence dans les prospectives ?

La robotisation de la production ne date pas d’aujourd’hui. On sait que dans les usines, l’arrivée des robots supprime  de nombreux emplois.  Par ailleurs Il faut créer des emplois d’ingénieurs, de techniciens, de concepteurs qui sont bien moins nombreux que les emplois supprimés.  La plus-value introduite dans le circuit général amène des dépenses supplémentaires dans les services, le logement les loisirs, etc. et finalement le fil de la croissance de l’activité et des emplois n’est  pas interrompu. On connaît assez bien le processus.

Le problème c’est que l’automatisation d’aujourd’hui touche bien au-delà du seul secteur de l’industrie (qui en France n’occupe que 16 % des salariés). L’introduction du numérique concerne de plus en plus  le tertiaire et les services (75% des salariés français). Un secteur qui ne connaissait que de faibles gains de productivité.

On évalue mal  les effets de l’introduction des nouvelles technologies dans les services (voir ICI un article du Clairon). Car il ne s’agit pas que d’investissement dans les ordinateurs et les logiciels. C’est toute la chaîne de valeur qui est impactée ainsi que les comportements des acteurs. Bla Bla Car n’existerait pas sans internet et les mobiles. Mais la vraie nouveauté, c’est l’apparition de nouveaux comportements  parmi les conducteurs et les utilisateurs.

Aucune activité de service n’y échappe, à part les métiers purement relationnels qui ne peuvent être remplacés (ou secondés) par des algorithmes : psychologues, kinésithérapeutes, enseignants, prof de Yoga …

Tout porte à croire que le travail diminuera dans le tertiaire. On va assister à une bipolarisation des activités : d’un côté une minorité de travailleurs hyper-qualifiés  dans la conception et la maintenance des grands systèmes d’information et de production, de l’autre côté   une multiplication des emplois de services à la personne, de propreté, de sécurité comme on l’observe déjà dans la Silicon Valley. Au global de nombreux travailleurs à la qualification intermédiaire risquent de rester au bord du chemin.

Alors que faire ?

Continuer avec les mêmes recettes en espérant qu’un jour ça remarchera comme avant : relance de la croissance, allègement des charges sociales, suppression d’emplois de fonctionnaires, réduction des déficits ?

  • Ou bien : Réduction du temps de travail généralisé, avec l’avantage du caractère égalitaire de la mesure
  • Et/ou mise place d’un revenu universel, avec l’avantage de laisser à chacun le choix du niveau de son activité
  • Et promouvoir des activités non substituables et utiles dans un service de qualité aux personnes et  dans la conversion énergétique.

*Les PIB sont exprimés en dollar américain valeur constante de l’année 2000. Source OCDE

**Le cas des USA est vraiment à part : le nombre des heures travaillées est passé de 150 à 264 milliards d’heures travaillées du fait d’une démographie extrêmement dynamique :+55% de 205 à 319 million d’habitants et d’une croissance vigoureuse (PIB multiplié par 3). Un chômage traditionnellement faible, accompagné, hélas, d’une stagnation du pouvoir d’achat de la plupart des  salariés et d’une explosion des inégalités.

NB : Sur le sujet de la productivité du travail consulter les données de Thomas Piketty  http://piketty.pse.ens.fr/files/PikettyBlogLeMonde03012017Data.xlsx