Presidentielle 2022

Vote utile : Pour qui , pour quoi ?

C’est une petite musique que l’on entend dans les médias, portée par la France Insoumise. La gauche divisée n’a aucune chance de marquer ces élections à part le candidat Mélenchon en hausse dans les sondages et susceptible de se qualifier au second tour pour peu que l’électorat de gauche abandonne les autres candidats.

Le vote Mélenchon serait le seul vote utile quand on est de gauche. Cette notion de « vote utile » mérite d’être examinée.

Au fait : Pourquoi vote-t’on ? et surtout à cette présidentielle telle que l’a forgé la Vème république et qui n’a pas grand’chose à voir avec les mécanismes en vigueur chez nos voisins, pourtant pas plus, pas moins démocrates.

  • On vote pour élire le président de son choix. Mais c’est un peu théorique. Chacun d’entre nous peut s’interroger en regardant en arrière. Combien de fois notre candidat préféré s’est -il retrouvé finalement président ? Moi jamais, même si je me suis réjoui profondément de l’élection de François Mitterrand en mai 1981.  Je ne me souviens pas précisément de mon choix du premier tour. Sans doute Huguette Bouchardeau candidate du PSU soutenue par plusieurs organisations d’extrême gauche. Au second tour ce fut évidemment Mitterrand.
  • C’est que les votes du premier et du second tour n’ont pas la même fonction. Au deuxième tour il n’y a plus que deux candidats. Aux législatives les candidats peuvent se maintenir dès le moment qu’ils réunissent au moins 10% des électeurs inscrits, dans certains cas, ce sont 4 candidats qui restent en lice. A la présidentielle, c’est sans appel : on peut faire une troisième place brillante, on est obligatoirement éliminé. Alors on nous répète la maxime : au premier tour on choisit (le candidat le plus en accord avec ses convictions), au second tour on élimine (le candidat qu’on ne voudrait surtout pas voir président).
  • Mais les choses se compliquent. En 2002, le candidat Jospin qui sortait avec un bilan plutôt positif de cinq années à la tête du gouvernement, ne parvient pas au second tour du fait de la multiplication des candidats à gauche. Beaucoup de mes amis avaient préféré voter Taubira, Chevènement, Besancenot ou Mamère. Evidemment au second tour, c’est sûr, ils voteraient Jospin. Mauvais calcul ! C’est comme ça qu’on s’est retrouvé face à un duel Le Pen-Chirac. Du coup le premier tour ce n’est pas seulement exprimer un choix, il faut aussi penser au second tour. C’est là qu’intervient la notion de « vote utile ». Nous pouvons voter pour un candidat qui ne recueille pas totalement notre accord parce qu’il serait bien placé pour bloquer un autre candidat bien placé pour le second tour et que nous voulons absolument éliminer de la compétition.
  • Mélenchon nous explique que même si nous ne sommes pas complètement d’accord avec sa personnalité, son programme, il faut lui permettre d’accéder au second tour contre Macron qui y sera dans tous les cas. On connaît d’avance le résultat, vu le rapport de force, Macron aura une victoire écrasante quelle que soit la qualité de la campagne de Mélenchon. Alors quelle sera donc l’« utilité » de notre vote en dehors du plaisir de voir Mélenchon à la télévision à la place de Marine Le Pen ?
  • Derrière cette question se profile une autre. Dans une gauche rétrécie, désemparée à qui peut-on se fier pour reconstruire une alternative à gauche ? Sans doute pas à Mélenchon : qu’a-t-il fait de son -relatif- succès (à 19,6%) en 2017. A-t-il cherché à nouer des liens avec les autres formations à gauche, avec les verts et à la gauche de la gauche. Son obsession : la prochaine présidentielle et sa troisième candidature, quitte à s’opposer, comme aux municipales à Marseille aux listes communes et citoyennes du Printemps Marseillais
  • Je ne suis pas prêt à accorder un rôle de leader dans la recomposition de la gauche à un Mélenchon ami de Maduro, de Castro, compréhensif vis-à-vis de Poutine, s’abstenant devant la dénonciation du « génocide » des Ouigours en Chine. Son anti-américanisme, son hostilité envers l’Union Européenne sont ses seules boussoles internationales.
  • Alors, ce premier tour, je voterai selon mes convictions Yannick Jadot, car c’est le seul à incarner la lutte pour le climat et pour la justice sociale.
  • Pour le second, peu de chance, sauf miracle, de trouver Mélenchon dans les bureaux de vote. Face à Marine Lepen , en 2017 j’avais voté Macron. On pouvait avoir un doute sur le « ni gauche, ni droite ». En 2022 le doute n’est plus permis.  Je pense que j’irai à la pêche.    

10 commentaires sur “Presidentielle 2022

  1. Pour une fois je ne votera.pas car j’ai été radiée des listes au Consultat de Washington, sans aucune raison et je n’ai pas réussi à me réinscrire dans les temps. De toutes les façons, je ne vois personne qui me plaise dans cette liste de candidats. Mélanchon est un bouffon (cela n’engage que moi) et son antiaméricanisme le conduit à de très mauvaix choix. Quant à la droite dure ou extrême, évidemment je passe. Alors cela m’arrange de ne pas pouvoir voter. La politique me dégoute de plus en plus. Et c’est encore pire ici aux USA, où les Républicains sabotent la démocratie. Le fric pourrit toutes les campagnes et tous les candidats. Il serait urgent de trouver une alternative à la politique d’antan.

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  2. Cher Norbert, j’ai un peu de mal à suivre, même si je peux comprendre que tu aies envie de voter pour Jadot, qui fût ton choix chez les Verts lors de la Primaire. Voter Jadot, Poutou, Roussel, Hidalgo, Arthaud, etc., donc pour des candidats qui n’ont aucune chance d’être au second tour c’est en quelque sorte voter pour un second tour Macron Le Pen (« au mieux »). Et en conclure d’aller à la pêche pour ce second tour, vu la ligne très droitière de Macron, c’est donc prendre le risque d’une victoire de l’extrême-droite ou « au mieux » d’une droite très anti-sociale qui sera marquée par un faible écart avec l’extrême-droite et la porosité des programmes.
    C’est donc choisir la certitude de la défaite en avril, et d’un nouveau quinquennat plus ou moins désastreux, pour l’écologie, la gauche, la social-démocratie et en fait pour le pays qui va déjà si mal.
    Le vote tactique ou sans enthousiasme pour Mélanchon, s’il lui donnait accès au second tour, en priverait en revanche l’extrême-droite, il mettrait les idées de l’écologie, de la rupture avec la V° République, de la transformation sociale et de la social-démocratie, et pourquoi pas de la place de la France dans les relations internationales, au cœur du débat du second tour. Et si la dynamique Mélanchon ne savait pas te convaincre entre les deux tours, il te resterait toujours le choix d’aller à la pêche (cette fois sans risque aucun de voir Mme Le Pen arriver à l’Elysée)… voire de renouveler ton vote Macron du deuxième tour de 2017. Amitiés.

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    1. Tu reprends, Philippe, avec brio, les arguments des Insoumis. Avec quelques points aveugles :
      -rattraper Le RN semble loin d’atteinte . Ce n’est pas en débauchant des électeurs de gauche qu’on y arriverait, il faudrait un mouvement important et improbable des abstentionnistes.
      – De toute façon c’est Macron qui l’emporte;
      – La seule inconnue c’est le cas ou Marine Le Pen pourrait dépasser Macron . Je pense alors que je renoncerais à la pêche

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      1. Tout le monde pense que c’est Macron qui l’emporte et c’est dangereux ! Franchement si je devais avoir Marine comme présidente, je flipperais beaucoup. Alors contrairement à moi, qui suis loin, va voter cher Norbert ! Il vaut quand même mieux Macron que Marine, non ? Cela dit, je viens de regarder le bilan écolo de Macron, c’est la cata !

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      2. Bonjour à vous.
        Norbert, je ne vois pas ces « points aveugles ».
        Une élection est in fine faite par les électeurs, le jour du vote.
        On a déjà eu des surprises par le passé… aux présidentielles notamment.
        Mais aujourd’hui que la gauche soit absente du second tour, réservé aux droites extrêmes ou anti-sociale te semble donc une évidente nécessité (pour affirmer une écologie politique assez mal incarnée, ou je ne sais quelle autre nuance du socialisme pas mieux représentée) ?
        Les sondages reflètent à peu près l’état de l’opinion des électeurs potentiels en amont. Et leur évolution récente montre que l’intention de vote Mélenchon progresse, ainsi d’ailleurs que celle Le Pen, alors que Macron diminue (un peu). Les autres semblent en effet hors du jeu, en tout cas à gauche.
        Électeurs de gauche préférant un vote efficace et adapté à une présidentielle au premier tour, mobilisation d’abstentionnistes, c’est peut-être improbable mais c’est possible.
        Faut-il préférer Le Pen – Macron, encore, et avec un risque qu’elle l’emporte cette fois (ou emmène Macron sur le terrain de ses idées) ?
        Car voter Macron encore une fois au deuxième tour est-ce une option à gauche ? (Non a répondu Hidalgo aujourd’hui, et sur ce point pour une fois je suis d’accord avec elle).

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    1. Bien tenté, Philippe ! Je voterai néammoins pour l’écologie pas si mal incarnée que ça et … sans hologrammes. Mais j’observe autour de moi que la situation est fluide. Nora n’hésite pas à envisager Poutou (pourquoi pas, au moins le NPA a toujours été clair sur Poutine !)

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  3. J’allais presque presque voter Mélenchon, non pas convaincue par ses arguments, mais en me disant que ça aurait de la gueule qu’il soit au deuxième tour ; et puis je suis très impressionnée par la fidélité d’Alexis Corbière. J’aurais bien voté Jadot s’il s’appelait Rousseau Sandrine. J’aurais bien voté Arthaud ou Poutou avant de me souvenir qu’on n’ était plus en 1974 quand je collais des affiches pour Arlette (il y a un demi-siècle). J’ai toujours des sympathies (coupables) pour certains communistes, anciens alliés de Mélenchon et l’affiche de Roussel ressemble à un post Instagram.Un peu passéiste dans ses propos quand même Roussel.
    Donc j’allais presque voter Mélenchon en me disant qu’il ne fallait pas faire comme ceux qui refusaient de voter Mitterand en raison de son passé de ministre de l’intérieur au début de la guerre d’Algérie, qu’il fallait oublier le passé du militant de l’OCI, qu’il ne fallait pas tenir compte de sa posture de rassembleur empéché de la gauche.
    Presque voter Mélenchon quand je me suis souvenue de son programme écologique qui se résume à l’espoir dans la plus grande façade maritime qui me fait trop penser à l’empire colonial français, quand je me suis rappelée qu’il n’est pas vraiment européen et moins critique à l’égard de Poutine que de l’OTAN.
    Alors je ne vais pas voter Mélenchon, ce qui de toute façon ne servirait à rien face à Macron, sauf à conforter l’ubris de ce faux rassembleur. Je me demande si je ne vais pas voter Hidalgo parce qu’elle est courageuse pour imposer des mesures écologiques qui déplaisent et que je crois que c’est ce dont nous avons le plus besoin : du courage pour imposer les changements qui déplaisent mais sont nécessaires.

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