L’Italie sur les traces de Napoléon – Nos Pâques véronaises.

À la Une

Partir quinze jours en camping-car, même avec un itinéraire longuement discuté et des amis italianisants, offre toujours des surprises et des découvertes. L’imprévu étant un des attraits de l’aventure, nous en avons pleinement profité.

 

Vercelli : Première étape après le franchissement des Alpes par le tunnel de Fréjus. Le hasard nous amène à rechercher un coin tranquille au bord de la rivière Sesia et dès la sortie d’autoroute, c’est la découverte des rizières et de hameaux agricoles aux fermes autrefois prospères largement abandonnées pour certaines.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

De l’eau, beaucoup d’eau, des canaux, des pompes, des outils agricoles inhabituels et des Ibis noirs qui se régalent dans les rizières, la ville d’Arborio, nous sommes au coeur du berceau du riz spécial rizotto. Vercelli fut autrefois le chef-lieu d’un département français sous le nom de Verceil; c’est notre première rencontre avec la campagne d’Italie de Napoléon.

 

Le lac de garde Sirmione : Une halte pour remplir le réservoir, une aire surchargée et le retour difficile sur l’autoroute A4 coupée par un accident nous font sortir près du lac de garde.OLYMPUS DIGITAL CAMERA Nous découvrons Sirmione, une halte au bord du lac très occupée par des camping-cars allemands et l’étrange péninsule qui s’avance sur le lac. Villa romaine, château médiéval, hôtels luxueux (ci-dessous la villa Cortine à l’entrée monumentale) , bien d’autres avant nous ont découvert les agréments de Sirmione : Maria Callas qui y a habité et Michel Déon qui en a fait le décor de plusieurs romans. Le tourisme de masse dont nous faisons partie a remplacé les fortunes de ce monde, la piste cyclable est reine.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 Vérone : Une panne d’alternateur nous retient à Sirmione. Notre assurance nous loge à Vérone le temps de la réparation pendant que nous abandonnons nos amis au bord du lac. Transport et hôtel acceptant les chiens rapidement trouvés par un service très efficace, nous logeons au coeur de Vérone à pied d’oeuvre pour une découverte de la ville et de ses jardins délicieux construits sur les anciennes fortifications autrichiennes.

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 Monte baldo : Lumini, San Zeno, Spiazzi, Ferrara

Nos amis aiment marcher et c’est la découverte de la rive orientale du lac de garde, les flancs du Monte Baldo, la vallée intérieure de la Novezza. Des falaises calcaires et dolomitiques abruptes, une flore abondante, des malga (bergeries) et des vues d’abord douces sur le lac de garde puis vertigineuses sur la vallée de l’Adige. Sur les crêtes orientales, des restes des tranchées de la première guerre mondiale, de ce qui fut l’extrémité la plus occidentale du front italien contre les autrichiens, creusées dans la roche au marteau piqueur. Après une heure de montée dans les sapins nous retrouvons nos amis déjà arrivés au sommet. La borne matérialise la frontière de la république de Venise et de la Lombardie.IMG-20190421-WA0000

 Rivoli Veronese : Je veux voir la vallée de l’Adige; c’est à Rivoli Veronese que nous la retrouvons. Le plateau domine la vallée et il nous faut une longue promenade pour manger au bord du fleuve entre les falaises qui servent de spot d’escalade.

C’est là que nous retrouvons Napoléon, vainqueur de la bataille décisive de Rivoli contre les autrichiens, qui conduira au traité de Campo Formio. Quelques recherches historiques après : l’impressionnant fort autrichien – le WohlGemut- qui domine la vallée, le petit musé Bonaparte de Rivoli et la locanda Napoléon (140 € la nuit) nous permettent de comprendre mieux les sentiments partagés des italiens envers Napoléon.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Campo Formio mit fin à 800 ans d’indépendance de la République de Venise, Napoléon pilla Venise et l’obligea à des réformes considérables de son système de gouvernance avant de la donner aux autrichiens. On peut y voir une revanche contre les Pâques véronaises, épisode de massacre des forces françaises pendant le siège de Mantoue largement organisé par les vénitiens.

En revanche, ce Napoléon encore porteur des idéaux de la révolution initia la transformation de l’Italie  et fut bien accueilli par les populations les plus privées de droits (les juifs de Venise). Cet épisode napoléonien fut le coup d’envoi d’un mouvement qui aboutit à l’unification et à l’indépendance de l’Italie  – le risorgimento-

Un été chaud : entre Alpes et Apennins

En tant que retraités, sans obligation dans le calendrier, nous évitons les déplacements pendant le sommet de l’été, les journées chaudes et la grosse fréquentation touristique.  Cet été 2018, à un moment où la canicule a connu son meilleur millésime, nous avons fait le contraire.

34° à Die:

Danièle ne voulait pas rater le stage d’AÏkido du 21 au 25 juillet organisé à Die par la sympathique équipe du Club de Die. Nous logeons au Camping le Riou Merle, les arbres nous protègent du soleil. Le matin sur le tatami pour Danièle, ou en promenade avec le chien pour moi, l’après-midi sieste et lecture à l’ombre. Et le soir nous retrouve sur les petits chemins, le long du canal d’irrigation dominé par cette belle demeure ancienne aperçue derrière ses hauts murs. Au fil des jours le thermomètre monte. La canicule s’installe sur la France mais aussi sur l’Italie qui est notre destination suivante.

Heureusement notre trajet passe nécessairement par les cols des Alpes . Ce sera  Montgenèvre (1860m) au-dessus de Briançon. La soirée est fraîche, mais les promenades butent rapidement sur le golf qui mange l’essentiel de l’espace du col. Nous ne nous attardons pas.

35° sur la plaine du Pô :

Nous savons que la traversée de cette grande vallée centrale de l’Italie du Nord dans notre camping-car non climatisé sera une épreuve. Aux alentours de midi, nous sommes dans les environs de Piacenza. En cherchant sur la carte une halte pour se rafraichir, Danièle choisit le petit village d’Arena Po qui suggère un bord de fleuve accessible. Une pancarte annonçant un restaurant attire notre attention : « Il Avamposto sul Grande Fiume » ! Nous imaginons déjà un repas sur une  terrasse au-dessus de l’eau. Nous manquons de nous perdre à plusieurs reprises, et nous voilà finalement arrivés dans ce petit paradis.

Hélas ! Le restaurant est fermé jusqu’au premier août. Mais nous découvrons un peu plus loin tout un hameau basé sur la même structure : de vastes barges échouées sur la rive, aménagées en habitation légère, autant de petits Sam’suffit bricolés par les voisins astucieux des villages alentours.

Nous sommes en zone inondable, les crues du Pô sont redoutables. A cette occasion, ces maisons retrouvent leur vocation première. Elles se soulèvent avec le flot, bien amarrées grâce à des systèmes ingénieux de câbles, de bras et de passerelles mobiles.

19° dans la forêt de Casentino.

En descendant vers le Sud, après Bologne, Ravenne, on rencontre forcément la dorsale des Apennins (en empruntant la route SS3bis, dans un état lamentable, à déconseiller). Les hauteurs de la Toscane sont maintenant à notre portée.

Le camping de Badia Prataglia est à 1000m d’altitude dans la forêt créée, voici quelques siècle par les moines de l’abbaye voisine de Camaldoli. On y trouve de magnifique hêtres mais aussi des sapins blancs (abies alba) , qui doivent leur nom à la blancheur curieuse de leurs fructifications. C’est l’arbre européen le plus haut,  des troncs élevés (jusqu’à 80m) d’une rectitude verticale parfaite.  Il vit jusqu’à 500 ans et le diamètre de son tronc peut atteindre 2 mètres.

Juste au-dessus du camping on emprunte le sentier botanique qui nous donne tous les points de vue et les explications sur la réalité de cette forêt magnifique.

Cette étape nous fait un bien fou : deux jours de flânerie et de randonnées à l’ombre de ces géants.

Mais c’est plus loin et plus bas, en Ombrie , que nous sommes attendus.

28° dans l’eau du lac de Trasimène:

Ce grand lac situé dans une vaste cuvette au centre de l’Italie, est d’une faible profondeur : il faut parcourir quelques centaines de mètres pour dépasser le niveau de la taille. Cela explique la vitesse à laquelle l’eau se met à chauffer en période de canicule. Trop chaud pour se rafraîchir, mais les 28° sont un délice quand il fait 36° à l’extérieur. Je passe une bonne partie de l’après-midi à traînasser, les pieds sur le fond boueux, à bonne distance du rivage.

Le soir arrive, il faut reprendre la route. Nos amis sont à quelques km plus au Sud.

36° au col de San Paolo

« I casalli di Colle de San Paolo » , c’est l’adresse que nous avons rentrée dans le GPS. Nous voilà partis dans les collines plantées de vigne et d’oliviers, sur des chemins gravillonnés qui nous éloignent du bitume. Nous ne savons pas vraiment où nous nous dirigeons. Heureusement une voiture nous croise.

 » vous êtes bien Norbert ? me demande le conducteur dans un français impeccable, suivez-moi! Je suis Sandro. »

Nous voici chez Paola et Sandro. J’avais fait la connaissance de Paola en vacance à Stromboli en 1975… En préparant mon autobiographie, je l’avais retrouvé sur Internet quelques mois auparavant et c’était là nos retrouvailles IRL, 43 ans après.

Paola est mariée depuis 40 ans avec Sandro, tous deux professeurs à l’Université de Naples, puis de Rome. Leur maison de campagne est belle, grande, les plafonds sont hauts avec de grandes fenêtres. Sandro nous raconte l’histoire du lieu. A l’origine un rêve de son père: trouver un domaine, dans la nature, où chacun des enfants – ils étaient cinq garçons – pourrait avoir sa maison. Cette quête avait bercé leurs étés, parcourant en tout sens les campagnes italiennes, jusqu’au décès du père, emporté avant de toucher au but. Mais, trois mois après, le rêve prends corps, suite à la proposition d’un intermédiaire. Les fils n’hésitent pas longtemps pour donner suite au projet paternel. Depuis quelques décennies, ce havre de paix, perdu au milieu des oliviers, réunit les familles dispersées du grand père fondateur. Les bâtisses sont restaurées, modernisées et proposées à la location .

Le domaine avait à l’origine une vocation agricole. L’exploitation des oliviers y est encore vivace. Paola nous conduit sur cette allée encadrée d’oliviers qui nous amène vers Poderaccio, une des maisons du domaine.Pari réussi pour cette rencontre improbable à quarante ans de distance. Nous nous sommes trouvés, tous les quatre, beaucoup de centres d’intérêt en commun.

Mais il nous faut reprendre la route . Nous passerons cette fois-ci autour de Florence par l’A1, cette autoroute spectaculaire qui franchit les sommets escarpés des Apennins toscans, en faisant une pause nocturne à Pian de Voglio. Nous sommes pressés de retrouver les grands cols des alpes.

14° le matin au Col du Mont Cenis

Le Mont Cenis c’est le paradis des Camping-cars. De vastes étendues ouvertes à la circulation, des points de vue dégagés, la communauté des « Campers » – comme on dit en Italie- y est à son aise. Et le mot canicule y est inconnu. Danièle enfile son pull le matin quand s’affiche un petit 14°, bien frisquet à son goût.

Alors nous restons finalement trois jours. Nous avons le choix:

-La randonnée– ou l’observation de la vie animale. Danièle peut passer des heures à traquer dans son objectif les courses des marmottes ou les mouvements de troupeaux de moutons: Mais il nous faut rentrer pour nous occuper du petit fils entre deux séquences de vacances.

38° à la maison

Piscine avec le petit-fils et lecture dans l’unique pièce climatisée de la maison. La fin annoncée de la canicule se fait attendre.

Comment organiserons-nous les vacances d’été avec le changement climatique qui nous promet encore plus de canicules, encore plus fortes ? Ce n’est cependant qu’une question secondaire par rapport aux menaces qui guettent une bonne partie de l’humanité.

Port Saint-Louis : une décroissance heureuse ?

J’ai accompagné Danièle pour un stage de photo * organisé par les rencontres d’Arles. Le « terrain » se situait à Port Saint-Louis, au sud d’Arles, entre l’embouchure du Rhône  et le Port de Marseille-Fos. Bien qu’à peine centenaire (fondée en 1904) , cette commune a connu un parcours inégal avec un grand succès commercial et industriel jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Dès les années 1960, la perte de l’empire colonial français en Afrique et en Indochine, la chute du trafic fluvial sur le Rhône, la construction de pipe-line  comme alternative au transport du pétrole sur l’eau vers le Nord, l’essor du transport en conteneurs et la création du Port de Fos ont ruiné l’activité industrielle de Port Saint-Louis, laissant la place à des activités nouvelles relevant du tourisme, notamment la navigation de plaisance. Mais les port-saint-louisiens ont de la ressource, ils ont su s’adapter à la nouvelle situation. Et la vie y est douce entre Rhône et Canal. Danièle  a confié au Clairon son carnet de photographe.

C’est au bassin de la Gloria qu’il faut aller pour voir les porte-containers ; juste à côté du port de Fos, là où ils ont directement accès à la mer.Au port de Port-Saint-Louis-du-Rhône, il ne reste que des bateaux de plaisance et quelques barges qui empruntent le canal et l’écluse pour accéder au grand Rhône.  C’est maintenant un port sans grues, sans silos, sans filets, même les bateaux de pêche et ceux des conchyliculteurs de l’anse Carteau ont été installés ailleurs avec la sardinerie. Les hangars ont laissé la place à des résidences lumineuses pour estivants ; il en reste quatre, classés à l’inventaire du patrimoine, abandonnés, en attente sans doute d’un investisseur culturel. Le changement de gabarit et l’abandon du projet de liaison Rhin-Rhône ont rendu obsolètes les installations centenaires.

La forêt de mats des ports secs gagne du terrain sur les anciennes zones industrielles. Déjà trois ports à sec et bientôt quatre, pour satisfaire tous les propriétaires de voiliers en mal d’anneaux. Et puis les pêcheurs et leur plus modeste taillis de cannes ; cinq, six ou plus chacun, avec des alarmes électriques pour ne pas rater la touche de la daurade qu’on appâte au ver, au crabe ou à la moule. Sans oublier les camping-car qui ont leur parc de cent places au bord du canal. 

Le long du canal des pontons rouillent, des voies ferrées ne mènent plus nulle part, des cathédrales de béton et des carcasses métalliques attendent la déconstruction et la décontamination dans les terrains vagues laissés aux herbes folles.

Enseignes effacées d’entreprises disparues qui parlent d’un passé colonial enfui : compagnie franco-indochinoise des riz, société française des bois africains, commerce des produits d’Afrique.

Périmètres sécurisés et citernes abandonnées de la Frahuile, de la société des essences de l’armée, du port pétrolier de Givors, ont-ils été délocalisés depuis l’incendie d’ ESSO en 1967 ?

J’ai parcouru la ville, ses résidences collectives aux architectures datées, ses faubourgs modestes et bas, ses lotissements nouveaux aux maisons individuelles alignées. « La carte et le territoire » de Houellebecq me venait constamment à l’esprit et me rendait mélancolique. La désindustrialisation condamnerait les territoires à devenir des enclaves touristiques, doucement moribondes la plus grande partie de l’année (un bateau de plaisance ne sort pas en moyenne plus d’une semaine par an), des décors pour artistes en mal d’inspiration.

C’est alors que j’ai rencontré Mandi, vingt-deux ans, qui porte le prénom de la dernière reine d’Arles. Mandi est fille de docker et a toujours vécu à Port-Saint-Louis-du-Rhône, elle y a fait toutes ses études de la maternelle au baccalauréat avant de faire un BTS de tourisme à  Arles. Mandi n’a jamais connu les entreprises du canal en activité et doute même que son père les ait connues, mais elle a joué dans leurs friches et s’est baignée dans le canal. « C’était interdit mais on le faisait quand même et les barrières mal fermées ne nous arrêtaient pas. C’est beau, il faut monter sur le toit de la SOFBA, c’est solide. Avant il y avait un tag beaucoup plus beau : c’était un requin avec plein de petits poissons. J’ai un CDD jusqu’à la fin de l’année à l’office du tourisme; je ne m’inquiète pas, il y a des choses bien plus graves. »

J’ai rencontré Matteo, vingt-cinq ans, gardien du gymnase. Son vieux gymnase va être détruit et ça le rassure car il était inquiet pour les enfants. Les pilotis de la passerelle étaient dangereux et les boiseries de la charpente laissaient passer l’eau. Bientôt ils seront dans la plaine des sports.

J’ai rencontré Michel, propriétaire des galeries Lafayette. C’ est son père qui a acheté dans les années 80. Le magasin est centenaire, d’abord implanté rue Lafayette (qui lui a donné son nom), puis au faubourg Hardon et maintenant avenue du port. « Port-Saint-Louis-du-Rhône est devenu une ville dortoir et c’est bien plus dur aujourd’hui que dans les années 80 », au moment où pourtant s’est amorcé le grand déclin de la population.

J’ai rencontré Gérard et Aline, retraités et pêcheurs. Ils ont découvert Port-Saint-Louis-du-Rhône par hasard et l’on pris en affection (Salins-de-Giraud, c’est triste). Lui était à la SNCF à Bourges, sur les voies, à la maintenance. Il a un vélo et sa femme voudrait qu’il en fasse plus. Ils aiment la retraite et la pêche et habitent maintenant dans les résidences nouvelles du port ; ils ont un petit appartement. Ils pêchent comme on le leur a appris, en gardant la moule dans sa coquille, la daurade en est friande.

J’ai rencontré Dominique qui vient pêcher le crabe avec ses fils. Ils sont en cuissardes mais lui va dans l’eau en bermuda. Il suffit de passer le crible dans les herbes pour trouver les crabes mais il faut que l’eau soit assez chaude. « Il n’y en a pas aujourd’hui, on va aller à Martigues. Il y a des moustiques et pourtant ils ont traité cette semaine, deux fois au moins. C’est bien et c’est pas bien ; des oiseaux, il n’y en a plus, on n’entend plus un chant d’oiseaux ».

J’ai rencontré José, historien de la ville, à travers sa biographie du docteur Simon Colonna (De Naploéon III au clocher de la paix, 101 ans de passion). Il écrit désormais l’histoire des dockers de Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Port-Saint-Louis-du-Rhône n’est pas Detroit ; je ne suis qu’une modeste apprentie désireuse de faire le portrait de ce qui devait être la ville-champignon de la future Californie française ! J’ai trouvé tant de joie et de confiance dans ses habitants qu’ils m’ont enlevé toute ma tristesse et m’ont fait penser que la décroissance pouvait être heureuse

Port Saint-Louis du Rhône – Danièle Godard-Livet

*Workshop animé par Claudine Doury dans le cadre des rencontres photographiques d’Arles du 16 au 20 Avril 2018 : « Dans les bras du Delta, un roadtrip photographique »

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parcs de Montréal pour le meilleur … et pour le pire.

L’île de Montréal possède une multitude de parcs, des grands parcs dont certains sont des espaces quasi sauvages et des  parcs urbains petits ou moyens. Ils se comptent par centaines (200-300?) et je ne les connais pas tous, loin de là.

Près de chez Claire à Outremont, j’aime particulièrement le parc Outremont. Un jet d’eau sur une vaste pièce d’eau, voilà qui donne le caractère apaisant du lieu.  Les montréalais profitent vraiment des parcs . Sans doute l’hiver rigoureux, interminable leur donne ainsi, les beaux jours retrouvés, cette fringale de verdure et de tranquillité. on y flâne, on y lit, on s’y promène avec ou sans son chien (en laisse),Le week-end, on y pratique le taï chi chuan, autour d’un maître ou quelquefois dans des groupes improvisés, en tenue appropriée ou en jogging. On peut même y méditer sans déranger personne ni être dérangé.Les familles apportent leur glacières, sortent les bouteilles et s’installent sur les tables à disposition. Les associations de quartier, les clubs sportifs, les écoles n’hésitent pas à occuper l’espace avec des repas, des spectacles très organisés.  Les arbres sont centenaires, il n’y a ni porte ni clôture, on a le droit de marcher sur les pelouses, il y des bancs et de l’eau.

Juste à côté nous avons longé sans le voir le parc Lhasa de Sela rebaptisé en 2014 en l’honneur de la chanteuse Lhasa morte en 2010. Elle a vécu à Montreal, où elle était venu pour rendre visite à ses sœurs qui étudiaient à l’École nationale de cirque. Elle se fixe finalement dans cette ville. Elle travaille comme serveuse à la Maison de la culture mondiale du boulevard Saint-Laurent et se produit sur scène le soir, vit de petits boulots avant de connaître le succès de la scène. Elle habitait tout près. Son studio d’enregistrement donnait sur le parc.

Plus loin d’Outremont, le parc Lafontaine ou celui du Mont Royal encore accessibles à pied depuis Outremont pour des petits marcheurs. Il est partout interdit de nourrir les animaux mais certains rares habitués le font pour le plus grand plaisir des enfants.Plus loin encore les parcs immenses du jardin botanique (entrée payante) ou celui des rapides de Lachine le long du fleuve (avec des pécheurs et beaucoup de Bernaches résidentes).Tous ces parcs ont une histoire et des dates d’aménagement différentes ; tous témoignent d’une volonté des élus de conserver aux montréalais un lien avec la nature en faisant l’acquisition d’anciens domaines agricoles au fur et à mesure de l’expansion de la ville.

Volonté qui cohabitait avec la vocation industrielle d’une ville toujours plus grande établie sur une île, truffée de carrières de calcaires (pour la pierre de construction) ou d’argile (pour la fabrication des briques) qui ont servi après leur fermeture de dépôts d’ordure (ménagers et industriels). La ville répertorie 114 carrières et 62 dépotoirs dont la localisation est plus ou moins précise.

Certains parcs ont été aménagés sur ces anciennes carrières ou anciens dépôts d’ordure (Baldwin, Laurier, père Marquette (carrière Martineau), jardin botanique, Villeray, Maisonneuve, Felix Leclerc, Rosemont, etc.).

Plus tard c’est entre deux parcs , le parc Laurier et le parc Père Marquette, en pleine zone urbaine qu’on implante un incinérateur. Construit en 1927 pour répondre à l’accumulation des ordures, l’incinérateur Des Carrières a la capacité de se « débarrasser » de 300 tonnes de déchets par jour ; la qualité de l’air devient alors épouvantable et les mauvaises odeurs se répandent dans le quartier. En 1971, on inaugure donc un nouvel incinérateur, présenté comme étant le plus moderne d’Amérique du Nord, mais l’air autour reste pourtant neuf fois plus toxique qu’ailleurs, et la ville cesse les opérations en 1993. Abandonnées depuis, les deux tours sont devenues iconiques dans le paysage montréalais.

Après une enquête de Radio-Canada en 2015, la ville a rendu public un rapport de 1994 sur les émissions de biogazs dans ces endroits problématiques. Depuis 2016 le portail de Montréal dans sa section environnement contient toutes les informations publiques (cartes et rapports), conduit des études (méthane 2016) dans tous les sites connus ou signalés par des particuliers. La ville continue ses aménagements – la carrière Miron qui a servi de 1968 à 2000 de gigantesque dépôt d’ordures ménagères et industrielles est en train d’être transformée en parc-

Le passé industriel de la ville a laissé, en plus des carrières ayant servi de dépotoirs, de nombreux terrains contaminés (plus de 600 à Montréal) par les industries (pour beaucoup disparues aujourd’hui)  qui étaient encastrées dans le tissu urbain  La ville surveille les teneurs en plomb et en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) des légumes (rapport 2010), en a fermé plusieurs ou demandé que les cultures se fasse en caisses sur de la terre saine. On réhabilite aussi (chantier de la Pointe St Charles ou du futur site de l’université de Montréal -ci-dessous- à Outremont).

Et pour écrire l’histoire industrielle du Québec il n’est pas inutile de consulter le site du ministère de l’environnement qui informe par site de la liste des polluants recensés.

Alors, amis montréalais, faîtes attention quand vous mangez des légumes d’un jardin communautaire (salade et carottes en particulier), certains sont contaminés ! veillez à ne pas acheter un condo (un appartement en copropriété dans un immeuble) sur un terrain où les dégagements de méthane et les risques d’explosion dissuaderaient votre organisme de prêt ou votre assureur…

Mais profitez des parcs de Montréal qui rendent la vie en ville très agréable !Textes et photos de Danièle- Editing Norbert

Retrouvez les articles Quebec-Canada sur le Clairon

-St Laurent rive Sud

Avenues et ruelles de Montréal

– Montréal bleu

Saint-Laurent : Rive sud

Danièle avait bien envie de découvrir le Charlevoix, sur la rive Nord du Saint-Laurent , en aval de Québec, mais finalement c’est Geneviève, soutenue par Claire, son amie, qui l’a emporté avec son programme de découverte de la rive sud. Première étape Lévis, en face de Québec, où justement résident ses parents. Il pleuvait très fort ce 23 juin lorsque nous avons quitté Montréal et la pluie nous a accompagnés pendant tout le trajet vers Lévis.

Arrivés dans les parages, il fallait d’abord se restaurer. Direction une fromagerie qui faisait également restauration, comme souvent au Québec. Une occasion de goûter la « poutine » élaborée sur place. On ne peut pas dire qu’on connaît le Québec sans avoir goûté cette spécialité à base de tomme fraîche de vache (du cheddar frais joliment appelé fromage couic-couic), de frites bien grillées et d’une sauce brune abondante .C’est à Breakeyville, dans les faubourgs lointains de Lévis que se trouve la maison des parents, cachée derrière les arbres dans un lotissement plutôt voué à la pelouse rase et aux massifs de fleurs. Une originalité que revendique Benoît, le père de Geneviève, dont la famille est installée depuis plusieurs générations dans le bourg, au bord de la Chaudière, la rivière qui rejoint un peu plus loin le Saint-Laurent et que parcourait son ancêtre draveur (ceux qui transportent et trient les bois sur les cours d’eau). Micheline, son épouse, est originaire de Baie Comeau (plus en aval, sur la rive Nord) d’une famille de coureurs des bois, notamment pour ramener des fourrures de renard argenté d’Anticosti. Dans ces familles, typiques de la conquête pacifique de ces terres sauvages de la nouvelle France, on a oublié l’origine, l’identité, le point de chute du premier migrant fondateur. Reste un goût vivace pour la nature et les grands espaces.

Breakeyville fut fondée en 1909 par John Breakey qui reçut la concession de toute la région. Il employa plusieurs personnes dans le transport du bois et dans son moulin de sciage. Malgré les années de crise économique des années 1930, la drave sur la rivière faisait vivre plusieurs familles.

Un peu plus loin les chutes de la rivière Chaudière sont une étape touristique incontournable, avec un parcours très bien aménagé.Une partie du débit est détourné au profit de la production d’électricité depuis 1900 mais ça reste très impressionnant. On pêche toujours dans la rivière malgré la pollution générée par la catastrophe du Lac Mégantic (2013 – un énorme train de produits pétroliers déraille, à l’origine de 47 morts, d’incendies géants et de pollution massive).

Le lendemain, nous reprenons la route 132 que nous ne quitterons plus jusqu’au terme de notre circuit. Elle ne s’éloigne guère des rives du Saint-Laurent qui s’élargit de plus en plus. Nous découvrons les vastes étendues des « battures », inconnues plus en amont vers Montréal, ces espaces plats envahis d’herbe verte, à peine recouverts par les très grandes marées.

A marée basse ce sont d’autres étendues qui se découvrent , envahies d’algues qui permettent quelquefois de rejoindre les iles.

Le soleil est largement revenu lorsque nous approchons de Kamouraska, notre étape pour la nuit. Kamouraska, coté agricole… C’est dans la région, à Sainte-anne de la Pocatière que fut crée la première école d’agriculture en 1859 « pour enseigner les bonnes pratiques et éviter l’émigration vers les Etats-Unis ». La frontière américaine est à quelques kilomètres, le long des Appalaches, cette chaîne basse qui court de Terre-Neuve au nord, jusqu’au centre de l’État de l’Alabama au sud des Etats Unis.

Kamouraska, c’est un petit village de  villégiature apprécié des notables de Quebec et Montréal, avec ses splendides résidences secondaires donnant sur la mer.

Geneviève nous avait expliqué que Kamouraska est aussi le titre d’un roman d’Anne Hébert (publié au Seuil en 1970) primé et désormais étudié dans les écoles. Un film en a été tiré. Un roman « de fureur et de neige », bien noir pour un aussi riant village , où la solitude de l’hiver, dans les années 1830, devait modifier bien des choses. Norbert et moi, nous empressons de le lire.

Mais pour l’instant nous profitons de la fin de la journée pour nous promener sur le bord de  mer, à la lumière du soleil couchant. Nos pas nous mènent vers la jetée, autrefois poumon économique du village, où tout le commerce s’effectuait sur le fleuve, longtemps délaissée, récemment réhabilitée grâce à une souscription citoyenne.La prochaine étape est prévue à Rivière du Loup où Claire nous a retenu un AirBNB au centre ville. Là aussi la rivière passe dans de grandes chutes au milieu d’un vaste parc arboré. Nous faisons une belle promenade qui nous amène dans un ancien verger qui donne encore des fruits, malgré l’ensauvagement.

Le soir nous amène vers l’embarcadère. Nous attendons le spectacle du dernier aller-retour du traversier qui fait la liaison avec Saint-Siméon, sur l’autre rive. Nous admirons le coucher de soleil (le plus beau du monde après ceux de Hawaï, proclament les dépliants touristiques !) en dégustant des sandwichs au homard dans un restaurent de motards très fréquenté.Notre destination finale c’est le parc National du Bic. Notre gîte au bord du Havre surpasse tous les hébergements que nous avons testés dans ce périple . Tout en bois , construit par des anglophones qui l’ont vendu après le premier référendum (1980, après les élections de 1976 qui amènent  le Parti Québécois au pouvoir), comme beaucoup d’autres qui craignaient désormais ne plus être chez eux dans un Québec souverain. C’est la maison rouge ci-dessous. Le Havre du Bic, c’est toute une histoire: L’installation des pilotes, seuls à même de guider les gros navires dans les passages difficiles du Saint-Laurent, la venue des premiers touristes dans les années 1920, facilitée par l’arrivée du train, les chemins de contrebande pour alimenter depuis Saint Pierre et Miquelon une Amérique prohibitionniste, les marins basques qu s’aventuraient au-delà de Terre Neuve et de ses morues pour venir s’installer jusque sur ces terres.

C’est surtout le Parc national. Un des plus petits, mais un des plus riches. Plein de golfes, d’îles, de presqu’îles, changeant toutes les six heures au gré des marées, il abrite une colonie importante de phoques et des eiders à duvet qui nichent au large sur l’île Biquette, interdite aux promeneurs. Les grands ongulés y ont aussi leurs habitudes comme ces cerfs de Virginie pas vraiment farouches Et puis cette vue du premier étage du Gîte lorsque le havre se remplit au rythme de la marée haute, on se croirait sur un bateau.Le lendemain, laissant la réserve à ses alternances de marées, nous étions à 600km de Montréal, il était temps de rentrer.

Un motel charmant au bord du fleuve nous rapproche de Québec. Nous repassons à Lévis. Nous sommes pile en face de Québec. Pourquoi ne pas laisser la voiture et emprunter le traversier qui nous amène direct centre ville, juste au pied du château Frontenac ? Rien de plus simple !Cette belle matinée tourne vite à la grisaille et à la pluie qui nous accompagnera sur l’autoroute jusqu’à Montréal, bloquée dans les embouteillages des départs en vacances.

Un beau périple ! Merci à Geneviève qui nous l’a concocté : 3000km au bout du compte. Il faut savoir qu’au Canada on n’a rien sans faire beaucoup de km.

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Avenues et ruelles de Montréal

– Montréal bleu

-Parcs et jardins de Montreal : pour le meilleur et pour le pire

 

Avenues et ruelles de Montréal

Montréal fête son 375 ème anniversaire. Ils n’étaient qu’une poignée, en mai 1642, à débarquer sur les rives de ce qui allait devenir Montréal. Une quarantaine d’engagés venus de France, sous la gouverne de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, et de Jeanne Mance.

Les premiers colons s’installèrent près du vieux port (ci-dessous). La plupart des premiers bâtiments , en bois, sont aujourd’hui détruits. Reste un quartier postérieur , construit en pierre, résiduel et enserré maintenant entre les tours du centre des affaires de Montréal. L’autre point structurant de la ville, c’est le Mont Royal (on dit simplement la montagne). 234 m d’altitude, il domine bien au-delà de l’île de Montréal. Sur ces pentes se sont installés des quartiers bien délimités : au sud le centre ancien et les tours (ci-dessous la vue de la terrasse du chalet sur le belvédère Kondiaronk),A l’ouest , le quartier anglophone, très chic de Westmont et à l’Est le quartier francophone, plus mixte d’Outremont. Les habitations les plus proches des parcs de Mont Royal sont très luxueuses, et plus on s’en éloigne, plus c’est populaire. Claire, la fille de Danièle habite Avenue  d’Outremont, un quartier un peu entre les deux.

Au XIXème et au XXème siècle, la population de Montréal explose. On délimite des quartiers, on trace des rues au cordeau, bien perpendiculaires entre elles. Les petites masures en bois sont remplacées par des immeubles de deux-trois étages couvert de briques. Mais la base de la construction reste en bois. grande ressource du pays. Ce n’est que la menace des incendies qui détruisit des quartiers entiers qui obligea les constructeur à une paroi extérieure en briques. Cette structure est bien visible quand ces anciens petits immeubles prennent feu.

Les Montréalais ont inventé une modalité inédite de construction: Le logement à la fois individuel et collectif.  Les petits immeubles sont en fait un empilement d’appartement individuels, chacun  sa porte, son numéro et sa boîte à lettre,  pas d’entrée ni d’escaliers collectifs. Tous des duplex ou des triplex avec escaliers extérieurs. On y rajoute un minuscule jardinet devant, souvent très soigné et le tour est joué. C’est ce qui donne cette physionomie particulière aux rues montréalaises. Ça c’est pour la façade. Et comme on est curieux, on a voulu savoir ce qui se passait derrière et sur les cotés. Le meilleur comme le pire.

Voyons le pire, les ruelles servent souvent de décharges, les poubelles mal rangées, éventrés par les écureuils qui n’hésitent à fouiller à la recherche de nourriture. Et puis c’est un domaine que Hydro Québec (l’EDF québecquoise) occupe sans vergogne, sans souci d’ esthétique ni de sécurité. En 1998 une tempête de givre a mis par terre le réseau essentiellement aérien du pays, une panne qui a duré jusqu’à quatre semaines pour certains, en plein coeur de l’hiver. Mais cela n’a pas modifié les pratiques.

Mais les ruelles c’est aussi le meilleur. Dans certains quartiers (Rosemont, le Mile End par exemple), c’est un autre univers qui vit sa vie derrière les façades des avenues. Des appartements traversant qui se créent des patios, des jardinets, des arbres qui ombragent la ruelle. Un paradis, sans voiture,  pour les écureuils et les enfants.

De quoi inspirer les poètes

Les jardiniers

Ou les architectes

Les initiatives se multiplient pour aménager ces ruelles grâce aux habitants qui se mobilisent et à la municipalité qui a un programme de soutien.

Alors à Montréal, ils ne faut pas hésiter à explorer les coulisses des avenues !

Retrouvez les articles Quebec-Canada sur le Clairon

-St Laurent rive Sud

– Montréal bleu

-Parcs et jardin de Montréal: pour le meilleur et pour le pire

 

Montréal Bleu

Après son séjour au Canada auprès de sa fille Claire, en février dernier, entre deux épisodes neigeux, Danièle nous a livré un reportage personnel sur Montréal en hiver.

Un coup d’oeil sur la carte nous montre de manière évidente que Montréal est bâti sur une île. L’eau l’entoure de toute part: Le fleuve Saint-Laurent, la rivière de l’Outaouais et la rivière des prairies.

« Montréal bleu » est le nom d’un des projets visant à mieux valoriser les rives et les eaux de Montréal. Il convient bien aux balades que nous y avons faites en février-mars 2017 (nos trajets en rouge).

L’archipel d’Hochelaga (le Grand Montréal) comporte près de 300 îles, quatre rivières, deux lacs. Des ponts, des canaux, des traversiers, des navettes fluviales, des marinas, des plages, des parcs pour faire cohabiter habitat, vie industrielle et zone de loisir.

En 50 ans, les développements industriel, urbain et résidentiel ont peu à peu entouré l’île de Montréal de béton et y ont privatisé les deux tiers des rives. Le nombre de plages est passé de 60 à 3. Toutefois, en parallèle, il y a eu plusieurs projets de réappropriation, de protection et de mise en valeur des berges, de création de parcs, et sans oublier d’importants programmes d’assainissement des eaux.

Pour qui aime l’eau, et j’en fais partie, Montréal est un paradis. Il serait dommage de se contenter de l’île Sainte-Hélène (en face du centre ville avec un parc aménagé).

Nous n’avons pas tout vu en quelques jours d’hiver, ni bénéficié des traversiers mais suivez-nous de l’île Bizard à Ste Anne de Bellevue puis à l’île St Bernard en passant par les rapides de Lachine.
Il nous reste à explorer tout le Nord-Est de l’île, les îles de Boucherville et tous ces territoires et chemins riverains. Une autre fois!

Montréal vu de l’île Ste Hélène où le vent était si froid et le sol si gelé que nous avons bien vite repris le métro.

La rivière des Prairies à l’île Bizard ci-dessus et le St Laurent majestueux vu de l’île ST Bernard ci-dessous.

Une impression d’immensité face au bleu du ciel et à celui de l’eau.

« il n’y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c’est entendu, mais il y a encore de l’espace ». Bernanos cité par Sylvain Tesson dans « Sur les chemins noirs ».

Où peut-on mieux ressentir cette sensation d’espace sans souffrir de l’isolement que dans les environs de Montréal ?Il ne fait pas toujours beau à Montréal et ce premier orage de l’année le 25 février 2017 (journée exceptionnellement chaude) nous a trempées au Parc des rapides de Lachine.Les rapides de Lachine sont un haut-lieu du Québec. C’est là que se tenait une halte pour le commerce des fourrures aux premiers temps de la colonie, c’est là qu’existe encore la plus ancienne maison conservée de Montréal (1670) aux allures de ferme normande, c’est là que s’arrêtaient les bateaux, incapables de traverser les rapides avant la construction du canal éponyme. Et puis il y a les oiseaux (ici des bernaches résidentes au pars de rapides de Lachine) et des ornithologues passionnés qui se réjouissent d’un hiver si vite fini cette année. Nous avons vu le jaseur boréal, le cardinal, la chouette lapone, le martin pêcheur et beaucoup de mésanges à tête noire et presque l’accouplement d’un couple de visons.Montréal est rempli de passionnés de photo animalière. Ils sont très sympathiques et très bavards . Ils n’hésitent pas à vous montrer sur leur écran ce que vous ne voyez pas à l’oeil nu. Pierre Lamontagne rencontré aux rapides de Lachine est sur Flickr et suit toutes les migrations. Jean-guy Morisset, le photographe d’Outremont  (un quartier de Montréal) amoureux des oiseaux de la montagne a publié un livre de photo « Faune urbaine » et bien d’autres encore que nous ne connaissons pas …Montréal est si loin vu de l’île St Bernard ci-dessus ou de Pointe Claire ci-dessous. On devine le centre-ville et ses buildings, l’oratoire St Joseph et sa haute coupole au centre et l’université de Montréal à gauche… et la montagne… visible de partout à Montréal puisque aucun bâtiment n’a le droit de la dépasser!Une petite résidence secondaire à Chateaugay ci-dessus ou sur l’île Perrot ci-dessous, ça vous dirait ?Moi, ça me rappelle les paroles de Beau Dommage (1974):

« Dimanche soir à Chateaugay

Les pieds pendant au bout du quai

la rivière joue de l’harmonica

ma blonde se baigne les pieds dans l’eau

c’est plein d’oiseaux qui courent le long de l’eau

en chantant leur chanson d’oiseaux

c’est plein d’oiseaux qui courent le long de l’eau. »Regarder le soleil se coucher à Pointe Claire près de l’église dont les pieds baignent dans le St Laurent… ou bien se promener parmi les gisants du cimetière du Mont Royal sont des plaisirs du soir.La montagne porte deux cimetières (Mont-royal et Notre Dame des Neiges) Qui sont des promenades très prisées – et sportives-en plein centre de Montréal.Mais il faut rentrer et retraverser le pont. Ici le pont Honoré Mercier (1934-1963).

Il n’y a pas tant de pont que ça traversant le St-Laurent à Montréal, ce n’est qu’avec l’avènement du chemin de fer que l’île de Montréal se dote d’un lien permanent avec le continent. En 1854 plusieurs ponts ferroviaires sont construits à Ste anne de Bellevue, traversant deux canaux de la rivière des Outaouais, reliant l’île de Montréal à l’Ontario et à la péninsule Vaudreuil-Soulanges par l’île Perrot. En 1860, Montréal construit sa première voie vers la Rive Sud avec la construction du Pont Victoria qui était , au moment de son ouverture, le plus long pont au monde. Puis vint le Pont Jacques Cartier dans les années 1930. Tous les autres ponts datent des années 1960. Mais hier (du temps des premières nations), comme aujourd’hui les Montréalais n’ont pas vraiment besoin de pont pour traverser le Saint-Laurent …Et le plus rigolo – et le plus sportif -c’est au moment de la débâcle !

*Vous pouvez retrouver ce reportage dans un petit livre photo à commander chez MATISSEO

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