Vers toujours moins de travail ?

Le travail s’est invité dans les débats de la présidentielle. Revenu universel, déclin du travail dans nos société à l’heure du numérique, valeur travail…logo-elections-2017-presidentielles

Il semble que deux types d’analyses concurrentes traversent dans le même temps  les familles politiques : celles de gauche et celles de la droite libérale :

  • Le travail est en déclin dans nos société évoluées sous l’effet de l’automatisation et d’introduction du numérique. Il faut adapter nos systèmes sociaux à cette raréfaction : Réduction du temps de travail, revenu universel.
  • Le travail a de l’avenir. S’il est détruit du fait de la modernisation, il apparaît de nouveaux secteurs qui maintiendront l’activité. Le travail est le seul moyen de conserver la dignité à des citoyens travailleurs. Il faut redoubler les efforts en matière de croissance et de compétitivité.

Alors avant d’aborder le cœur du débat, il peut être utile de porter un regard rétrospectif sur l’évolution du travail pendant les quarante-cinq dernières années. Et pour s’affranchir des questions polémiques (faut-il partager le gâteau des heures travaillées ou augmenter le gâteau ?), laissons de côté les politiques menées.  Parlons de quantités globales de travail.

  • Entre 1970 et  2015, le nombre total d’heures travaillées en France a baissé passant de 44,2 à 40,6 milliards d’heures  alors que le PIB* a été multiplié par 2,5. Dans cette période la population totale est passée de 52 à 66 millions d’habitants avec chaque années 850 000 jeunes à insérer sur le marché du travail. Par quel miracle a-t-on pu fournir du travail à toujours plus de travailleurs avec moins d’heures travaillées ?  Le temps de travail (heures travaillées par an et par emploi – temps pleins et temps partiel confondus – tableau ci-dessous) est passé de 2000 h à 1475 H. Cela n’a pas suffi puisque le chômage a explosé.
  • Dans le même temps, l’Allemagne a suivi une baisse plus marquée,  passant 67 à 54 milliards pour une population en faible croissance, de 78 à 80,6 millions d’individus et un PIB multiplié par 2,5 (comme la France). Elle a réduit son temps de travail encore plus que la France (avec beaucoup de temps partiels) de 1960 h à 1360 h. Une particularité : un taux d’activité important en raison du moindre poids (du fait de la démographie en déclin)de la jeunesse qui par définition n’est pas au travail. On peut dire que si l’Allemagne avait la même démographie que la France, elle aurait un taux de chômage comparable.

Conclusion : dans nos sociétés européennes développées**,  en croissance modéré mais réelle, le nombre total d’heures travaillées a tendance, sur longue période, à diminuer, au mieux à se maintenir, du fait de la croissance de la productivité, quelles que soient les politiques menées.

Qu’en sera-t-il  à l’avenir ? Des travaux scientifiques récents ont tenté d’explorer les conséquences de l’introduction du numérique dans toutes les activités. Ceux de Frey et d’Osborne de l’université d’Oxford, notamment, passant au crible 702 métiers aux États-Unis, estiment que près de 47% des métiers existants aux Etats-Unis seraient susceptibles d’être pris en charge par des machines intelligentes. Répliqués dans d’autres pays, d’Europe du Nord notamment, ou en Israël, ces travaux donnent les ordres de grandeurs tout aussi impressionnants, compris entre 35 et 45%.

D’autres sont moins pessimistes : le cabinet américain Forrester anticipe, lui, pour le marché de l’emploi des Etats-Unis, une disparition nette de 7% des jobs d’ici 2025 du fait du numérique.

Alors pourquoi une telle divergence dans les prospectives ?

La robotisation de la production ne date pas d’aujourd’hui. On sait que dans les usines, l’arrivée des robots supprime  de nombreux emplois.  Par ailleurs Il faut créer des emplois d’ingénieurs, de techniciens, de concepteurs qui sont bien moins nombreux que les emplois supprimés.  La plus-value introduite dans le circuit général amène des dépenses supplémentaires dans les services, le logement les loisirs, etc. et finalement le fil de la croissance de l’activité et des emplois n’est  pas interrompu. On connaît assez bien le processus.

Le problème c’est que l’automatisation d’aujourd’hui touche bien au-delà du seul secteur de l’industrie (qui en France n’occupe que 16 % des salariés). L’introduction du numérique concerne de plus en plus  le tertiaire et les services (75% des salariés français). Un secteur qui ne connaissait que de faibles gains de productivité.

On évalue mal  les effets de l’introduction des nouvelles technologies dans les services (voir ICI un article du Clairon). Car il ne s’agit pas que d’investissement dans les ordinateurs et les logiciels. C’est toute la chaîne de valeur qui est impactée ainsi que les comportements des acteurs. Bla Bla Car n’existerait pas sans internet et les mobiles. Mais la vraie nouveauté, c’est l’apparition de nouveaux comportements  parmi les conducteurs et les utilisateurs.

Aucune activité de service n’y échappe, à part les métiers purement relationnels qui ne peuvent être remplacés (ou secondés) par des algorithmes : psychologues, kinésithérapeutes, enseignants, prof de Yoga …

Tout porte à croire que le travail diminuera dans le tertiaire. On va assister à une bipolarisation des activités : d’un côté une minorité de travailleurs hyper-qualifiés  dans la conception et la maintenance des grands systèmes d’information et de production, de l’autre côté   une multiplication des emplois de services à la personne, de propreté, de sécurité comme on l’observe déjà dans la Silicon Valley. Au global de nombreux travailleurs à la qualification intermédiaire risquent de rester au bord du chemin.

Alors que faire ?

Continuer avec les mêmes recettes en espérant qu’un jour ça remarchera comme avant : relance de la croissance, allègement des charges sociales, suppression d’emplois de fonctionnaires, réduction des déficits ?

  • Ou bien : Réduction du temps de travail généralisé, avec l’avantage du caractère égalitaire de la mesure
  • Et/ou mise place d’un revenu universel, avec l’avantage de laisser à chacun le choix du niveau de son activité
  • Et promouvoir des activités non substituables et utiles dans un service de qualité aux personnes et  dans la conversion énergétique.

*Les PIB sont exprimés en dollar américain valeur constante de l’année 2000. Source OCDE

**Le cas des USA est vraiment à part : le nombre des heures travaillées est passé de 150 à 264 milliards d’heures travaillées du fait d’une démographie extrêmement dynamique :+55% de 205 à 319 million d’habitants et d’une croissance vigoureuse (PIB multiplié par 3). Un chômage traditionnellement faible, accompagné, hélas, d’une stagnation du pouvoir d’achat de la plupart des  salariés et d’une explosion des inégalités.

NB : Sur le sujet de la productivité du travail consulter les données de Thomas Piketty  http://piketty.pse.ens.fr/files/PikettyBlogLeMonde03012017Data.xlsx

Quelle année 2017 ?

Fait notable cette année, les experts, les sondeurs, les prospectivistes, tous ceux qui scrutent l’avenir du pays  sont bien silencieux quand il s’agit d’essayer de dessiner un scénario pour la France en 2017.

C’est vrai que les évènements de 2016 n’ont  pas redoré leur blason, à travers trois « surprises » : l’élection de Trump, le vote en faveur du Brexit et en France le succès de François Fillon. A chaque fois les meilleurs analystes se sont plantés.

Le champ est donc libre pour les voyantes, pour les amateurs de paris, pour les fanas de pronostics et de politique-fiction, ils peuvent sans complexe rivaliser dans leurs prédictions.

Et pourquoi pas le Clairon ? Essayons- nous à l’exercice, malgré l’avertissement de Pierre Dac : « La prévision est un art difficile. Surtout en ce qui concerne l’avenir … »

Alors 2017 ?

« Ça va mieux !»

Lorsque François Hollande a lancé la formule le 14 avril 2016, on se demandait si l’émission n’avait pas été enregistrée le 1Er avril et si le président ne s’était pas laissé aller à ses « blagounettes » qu’il affectionne.

Depuis, les données se confirment et se prolongent : une croissance anémique,  en dessous de la moyenne européenne, un chômage qui ne baisse- un peu- que par l’effet des entrées en formation. C’est le résultat – tout à fait prévisible- d’un choix en début de mandat : poursuivre à la fois la baisse des déficits en même temps qu’un transfert massif de charges des entreprises vers les ménages. De quoi tuer la dynamique de l’économie pour un bout de temps.

Même chose en 2017 ? Les propositions des candidats peuvent avoir un effet dès 2017. Pas forcément en bien. Quand on entend Fillon parler de « Blitzkrieg » (à voir absolument cette vidéo), on peut s’inquiéter!

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L’horizon s’est éclairci pour les présidentielles, mais l’incertitude reste forte.

Exit pour Sarkozy et Juppé, forfait pour Hollande. Mais le doute et l’incertitude règnent toujours en maîtres.

Qui sera au deuxième tour de la présidentielle ? Marine le Pen sans doute car son socle électoral reste solide. Pour les autres ? Qui en face ? Difficile à évaluer.

Une intuition personnelle : les candidats classiques  (« de gouvernement ») de droite et de gauche seront disqualifiés, comme on l’a vu en Autriche, en Espagne partiellement, en Italie  à travers Mateo Renzi, mais chacun pour des raisons particulières.

  • François Fillon va au-devant d’un fiasco, malgré ses bons résultats aux primaires qui ne rassemblait que le cœur de la droite traditionnelle. Son positionnement très droitier, son programme social et économique brutal lui aliènent l’électorat modéré. Dorénavant il devra se partager une base électorale commune avec le FN qui est mieux placé auprès des couches populaires.
  • Le candidat du PS, quel qu’il soit à la sortie des primaires, ne pourra effacer le bilan calamiteux de cinq ans de mandat Hollande.

Les candidats « hors parti » ont le vent en poupe :

  • melenchonJean-Luc Mélenchon prépare depuis deux ans une campagne en solitaire appuyé sur un mouvement qu’il a su agréger autant sur sa personne que sur des orientations. Il n’a pas vraiment de concurrent sur ce segment de la gauche de la gauche. Ce qui explique sans doute ses bons sondages. Mais pour figurer au second tour des présidentielle il lui faudrait bien plus.
  • 1212273_en-marche-macron-suscite-des-tensions-a-gauche-avec-son-mouvement-politique-web-tete-021824086406Emmanuel Macron s’est affirmé en quelques semaines comme un candidat majeur des prochaines échéances. La désignation d’un Fillon très droitier lui ouvre un boulevard auprès de la droite modérée, du centre (en l’absence probable de Bayrou) et d’une certaine gauche prête à suivre la ligne libérale déjà à l’œuvre sous Hollande. Son éventuel succès dépend essentiellement de ce qui se passera dans la campagne.
  • 220px-yannick_jadot_europe_ecologie_2009-06-03Yannick Jadot, désigné un peu par surprise dans la primaire des verts, pâtit de l’image ambigüe de son parti, à la fois dans le gouvernement puis dans une quasi-opposition. Il semble difficile pour le seul candidat de la société civile (notamment auprès de GreenPeace) de dépasser une position de témoignage.

Chacun d’entre nous se livre à ce petit jeu des prévisions qui tourne beaucoup autour du positionnement  et de la personnalité des candidats.francois-hollande-portrait C’est une des fonctions de l’élection présidentielle dans cette Vème république qui polarise une –trop- grande partie de la vie politique autour du locataire de l’Elysée. On va chercher le meilleur, le moins mauvais ou éviter le pire. Cela n’implique pas forcément une adhésion aux propositions (d’autant plus que l’expérience a montré la fragilité des promesses de campagne).

L’autre fonction d’une élection, c’est l’occasion pour le citoyen d’exprimer ses opinions, ses préoccupations, ses préférences. C’est du coté des programmes qu’il faut alors se tourner : Education, gestion des dépenses publiques, transition écologique, marché du travail, politique européenne, immigration, international. Le simple critère droite/gauche dans cet examen n’est plus suffisant puisque bien des sujets sont désormais transversaux. On assiste plutôt à un fractionnement des opinions qui rend les alliances, les compromis difficiles.

Alors se préparer à voter uniquement pour ses convictions, quitte à apporter son suffrage à un candidat qui ne se retrouvera pas au second tour, c’est tentant. Mais n’est-ce pas renoncer à participer à la désignation du futur président (ou à l’éviction du candidat indésirable) ? Il y a là matière à réflexion !

Alors, finalement, malgré le désenchantement ambiant, on va s’y intéresser à cette campagne présidentielle !

Rendez-vous les 23 avril et 7 mai 2017 pour évaluer les prévisions.

Le numérique et l’emploi : la grande divergence ?

A chaque révolution technique, les inquiétudes se sont multipliées sur la question des emplois qui risquaient de disparaître. Ainsi à la fin du XIXème siècle (en France, mais plus tôt en Allemagne et au Royaume Uni), tracteurla productivité croissait dans la production agricole sous l’effet de la mécanisation et l’introduction des engrais . On pouvait produire beaucoup plus avec moins de travailleurs. En conséquence un exode massif frappait toutes les régions rurales. Mais on constatait que dans le même temps les industries créaient énormément d’emplois et pouvaient ainsi embaucher les ruraux en surnombre.
Au milieu du XXème siècle, les progrès techniques dans l’industrie ont commencé à réduire les effectifs nécessaires à une production toujours croissante. Dans le même temps les services ont pris le relais pour occuper de nos jours jusqu’à 3 salariés sur 4.
Ce phénomène a été théorisé par le démographe et économiste Alfred Sauvy (1898-1990) sous le nom de théorie du déversement :
La mise en œuvre du progrès technique (p.ex dans les activités agricoles) génère des gains de productivité. Les effets induits de cette meilleure productivité sont multiples :
• Au niveau de la production agricole, utilisation d’une plus grande quantité de produits industriels (tracteurs, engrais etc.)
• Au niveau de l’offre des produits agricoles, mise à disposition d’une quantité accrue des volumes produits
• Au niveau de la demande des produits agricoles, baisse des prix.
• Au niveau global, effet de revenu positif pour l’ensemble des consommateurs qui voient le prix des denrées agricoles baisser, d’où une hausse ou une « libération » du pouvoir d’achat qui conduit à l’expression d’une « nouvelle » demande de biens finaux.
La « nouvelle » demande — permise par l’effet revenu — s’oriente vers la consommation de biens produits par les autres secteurs (secondaire ou tertiaire). D’où la création de nouveaux emplois induits dans ce secteur. Les emplois perdus dans l’agriculture sont compensés largement par ceux apparus dans l’industrie.

Ce schéma vertueux n’est jamais vérifié parfaitement. Il suppose une juste répartition des fruits du progrès technique et un investissement tourné vers l’innovation. Il suppose surtout que les travailleurs du secteur en déclin ont les capacités de s’adapter aux nouveaux métiers apparus dans le(s) nouveau(x) secteurs ou aux emplois indirectement suscités par l’évolution des techniques. Cela s’est vérifié par exemple dans la première révolution industrielle : les travailleurs peu qualifiés de l’agriculture se sont adaptés aux métiers peu qualifiés apparus en nombre dans l’industrie, ou dans ceux du bâtiment induits par le développement général de l’économie.

Mais qu’en est-il de la révolution technique du numérique ? Les nouvelles procédures introduites par le numérique amènent une avancée de la productivité dans un secteur : les services où elle stagne depuis longtemps. On parle de quatrième révolution industrielle. En conséquence, de nombreux emplois sont menacés dans le tertiaire. Mais observe-t-on le même phénomène de déversement ? Et au profit de quels secteurs ? C’est une question qui laisse perplexe nos économistes. Prenons l’exemple du covoiturage :covoiturage

  • Lorsqu’un passager économise grâce à Blablacar 100€ sur un trajet Paris-Toulouse (et à peu près autant pour le conducteur) – et au détriment de la SNCF qui assure la même liaison. Que se passe-t-il ?
  • BlaBlaCar perçoit des redevances. Elles lui permettent d’accroître les moyens de son entreprise et d’embaucher. Avec 300 salariés Blablacar traite 20 millions d’utilisateurs dans le monde. Au final l’impact en termes d’emploi est négligeable.
  • La SNCF, de son côté, perd 100€ de chiffre d’affaire. Si ces pratiques se multiplient elle va être amenée à réduire ses fréquences ou à proposer des offres à prix cassés. C’est un facteur négatif pour l’emploi à la SNCF
  •  Du côté du conducteur, le covoiturage ne lui demande pas d’investissement (il possède déjà sa voiture et il ne va pas la changer plus souvent au motif du covoiturage), il n’occasionne pas un surcroît de consommation de carburant, il réclame juste un peu de préparation et de disponibilité. Les 100€ d’économie sur le trajet constituent purement un revenu supplémentaire : une aubaine.
  •  Pareil du côté du passager. Au global, les 200€ de revenu supplémentaire ne sont compensés par aucune consommation supplémentaire et aucun emploi supplémentaire. Pour nos économistes, ça ressemble à une énigme. La fonction de production de la comptabilité nationale ne prévoit pas une création de richesse sans surplus de consommations intermédiaires (matières premières, machines, frais de personnel).Voilà qui explique pourquoi il est difficile de repérer les effets du numérique sur la croissance globale de l’économie. A moins d’inventer (pourquoi pas ?) un accroissement de l’activité et du bien-être sans croissance au sens du PIB et de la comptabilité nationale !!!
  •  Alors, on peut toujours se dire que notre passager utilisera peut-être ses 100€ à se payer une place de concert ou un bon repas dans un restaurant. Quant au conducteur, ça lui permettra de changer plus tôt son canapé, ou de se payer des vacances dans les Pyrénées.
  • Ces nouvelles consommations induiront de leur côté des emplois supplémentaires. Sans doute dans le secteur des loisirs et du bien-être : décoration, cuisine, spectacles, tourisme, voyages, santé… Bref, tout ce que l’on voit en prime time à la télévision.En résumé, bien malin celui qui pourrait prédire l’impact de la révolution numérique sur l’emploi global. On peut avoir une idée des emplois menacés. On peut aussi discerner les évolutions concernant la nature et la qualité des nouveaux emplois directement induits par le numérique

    Quels emplois menacés ? Quels emplois créés ?

    La question des emplois menacés de disparition du fait de la révolution numérique s’est invitée à la tribune des rencontres les plus sélects.davos Ainsi le Forum économique de Davos a-t-il annoncé la disparition dans les cinq ans de sept millions d’emplois dans les économies avancées, compensés par 2 millions d’emplois générés par ces transformations. Cinq ans , ce n’est pas 20 ans , c’est demain!
    Les grands secteurs du tertiaire : banques, assurances, administration privée ou publique sont sans doute les cibles principales des réductions annoncés. Elles auront lieu par disparition d’entreprises ou par redéploiement des activités antérieures vers les activités nouvelles (la plupart des banques en ligne sont des filiales des poids lourds de la banque traditionnelle). Pour les salariés en place, il s’agit en général de niveaux de qualification intermédiaire qui bénéficient actuellement de bonnes carrières dans ces grands ensembles.

  • Mais plus inquiétant : n’est-ce pas la notion même d’entreprise qui est menacée ? Le fondement économique de la forme « entreprise » c’est le constat que les coûts de transaction avec des opérateurs extérieurs sont nettement supérieurs à ceux d’une entreprise intégrée: il faut chercher et sélectionner des partenaires, rédiger des contrats, des cahiers des charges, établir des nomenclatures, communiquer des commandes, contrôler la qualité, vérifier les prestations, facturer, payer les fournitures et coordonner souvent plusieurs sous-traitants. Dans bien des cas, c’est moins cher et plus facile de le faire à l’interne. L’automatisation de ces procédures par le biais des nouvelles techniques informatiques remet en cause ce principe et favorise plutôt les entreprises éclatées ou les simples plate-formes. Et sans doute que même les grandes entreprises classiques vont s’inspirer de ce schéma pour se rapprocher d’une forme hybride.
    Que deviendra le système d’emploi dans nos sociétés ?
    Ces questions ont été au centre des travaux de prospective de deux structures officielles :
    • Le Conseil d’analyse économique (CAE, placé auprès du premier ministre) soutient plutôt que l’automatisation va conduire à une polarisation du marché du travail. Tandis que les professions intermédiaires, situées au milieu de la distribution des salaires, tendraient à se raréfier, l’économie numérique crée principalement deux catégories d’emplois :
    – Des emplois bien rémunérés, à dimension managériale ou créative requérant une qualification élevée ;
    – Des emplois peu qualifiés et non routiniers largement concentrés dans les services à la personne, qui sont peu rémunérés car leur productivité reste faible.C’est donc la classe moyenne qui serait la première menacée, du fait de la potentielle disparition des emplois intermédiaires, due à la bipolarisation renforcée du marché du travail.

• Le Conseil National du Numérique (dans son rapport Travail Emploi Numérique de janvier 2016) évoque certains analystes pour lesquels le risque de déqualification massive d’une partie de la population est à souligner. La diminution de la quantité globale d’emplois du fait de l’automatisation conduirait en effet à la nécessité “d’inventer” de nouvelles activités économiques, pour donner du travail à tout le monde. Cela conduirait à étendre la rationalité économique à des activités qui n’étaient jusqu’alors pas considérées comme du travail, et notamment certaines activités de service à la personne, qui deviendraient des emplois à part entière. La société se polariserait donc entre, d’un côté, quelques activités à très haute valeur ajoutée, assumées par un petit nombre de personnes, et de l’autre des activités à très faible valeur ajoutée, notamment dans la sphère domestique, effectuées par le reste de la population. Cela équivaudrait donc, sous couvert d’une revalorisation du secteur des services à la personne, à la reconstitution d’une population de domestiques, au service des personnes les plus intégrées dans les processus de production de la valeur
C’est déjà ce système d’emploi qui prévaut dans la Silicon Valley où la montée des emplois hyper-qualifiés des majors de la nouvelle économie s’accompagne de la multiplication des emplois de service : concierges d’entreprises, gardes d’enfants, cuisiniers, sécurité, ménage, santé, bien-être…

Est-ce bien ce monde que nous souhaitons voir advenir ?

  •  Le Conseil National du Numérique s’est aussi interrogé sur la nature des emplois qui apparaissent dans la sphère numérique. Plus qualifiés, plus indépendants, ils présentent plus que par le passé un côté hybride : en partie entrepreneur indépendant ou free lance, en partie salarié, en partie formateur ou formé, en partie chômeur, successivement, parfois simultanément. Une diversité facilitée par des mesures récentes : auto-entrepreneur, portage salarial, maintien des allocations chômage pour reprise d’activité ou création d’entreprise.
  • Mais le numérique crée aussi dans son sillage des emplois peu qualifiés : chauffeur Uber, concierge airBnB dont les statuts sont encore incertains.

    Pour une régulation

    Ces constats plaident pour une régulation de ces types d’emploi, sans forcément faire rentrer de force toutes les situations dans le cadre strict du salariat, mais en prévoyant une égalité de devoirs (cotisations, déclarations fiscales) et de droits (protection sociale, assurance chômage, formation). Sans doute la seule solution pour conserver dans notre société un socle d’unité des différents travailleurs.

 Et éviter la grande divergence !

Révolution numérique : Tous Ubérisés ?

Rappelez-vous : ce fut le feuilleton de ce printemps 2015. Les taxis contre Uber . Les manifestations, les prises de bec, les agressions de chauffeurs –et même de passagers- Uber.manif taxiEt à la suite François Hollande qui déclare Uberpop illégal et cible privilégiée des interventions policières. Et puis le PDG d’Uber qui jette finalement l’éponge.

Alors on se dit qu’on se trouve dans un épisode typiquement français : les corporatismes qui prennent en otage les pouvoirs publics malgré le succès de nouvelles pratiques auprès du grand public.
Sauf que l’incendie Uber se propage sur l’ensemble de la planète. A Mexico ce sont 10000 taxis qui manifestent, à New-York les 20000 VTC sont accusés de renforcer les embouteillages, le Maire Di Blasio envisage de limiter leur croissance. A Séoul Uber voit le jour sous une autre forme, sous un autre nom : Kakao Taxi et se concilie les taxis existants. A Montréal les taxis utilisent la manière forte contre les Uber , mais à la canadienne : juste des œufs balancés sur les voitures
Alors que nous annoncent ces grandes manœuvres ? On pressent vaguement que la révolution numérique est en train de bouleverser tout notre système productif et nos pratiques de consommation. Dès 2013 Le Clairon s’était interrogé sur la question :
Le secteur des services à l’heure d’internet 2.
Renouveler le tertiaire : des services pour aujourd’hui et pour demain !
Amateurs versus Pros
En ligne de mire, les grands réseaux de vente ou de services : B for Bla banque est une activité de plus en plus immatérielle, le contact avec un employé étant réservé à des opérations exceptionnelles (montage de prêts, investissements…), la poste concurrencée par les mails doit trouver de nouvelles prestations pour rentabiliser le réseau des facteurs, Les services des impôts voient leur activité réduite et modifiée par les déclarations en ligne, la musique en ligne , le livre numérique mettent en danger disquaires et libraires. La liste est longue.
Face à ce Tsunami, on peut observer certaines zones de résistance Dans la banque, si 60% des clients souhaitent des services par le canal numérique, le contact avec un conseiller est encore apprécié par 25% des clients. En conséquence, les enseignes bancaires ne sont pas prêtes pour l’instant à liquider leur réseau physique (et à affronter les conséquences sociales d’une telle orientation). Dans la santé, face à la concurrence des lunettes en ligne, la rencontre avec un opticien de proximité est vécue par la majorité des clients comme rassurant (tant que les mutuelles prennent en charge le surcoût)
Mais finalement, la surprise vient plutôt de l’explosion des services de particulier à particulier qui prend de court des secteurs classiques de service qui ne l’avaient pas du tout venir : Les médias de petites annonces, complétement balayés par Leboncoin, l’hotellerie et les locations saisonnières menacées par Airbnb, les taxis par Uber, la SNCF et les autocars par BlaBlacar, la location de voitures par Ouicar ou Drivy, les traiteurs et restaurateurs par Cookening ou Supermarmite …
Selon une étude réalisée par l’organisation professionnelle des hôteliers espagnols, l’offre pour les locations touristiques entre particuliers a dépassé en 2014 celle des hôtels et des autres types d’hébergements traditionnels.20150715-150357-g La seule ville de Barcelone concentre à elle seule plus de 137.000 lits sur les plateformes collaboratives, soit presque le double de l’offre conventionnelle, selon cette étude.
D’après la SNCF , le covoiturage aurait entraîné la perte d’un million de voyageurs pour le réseau du chemin de fer.
Le phénomène s’accélère. Chaque année, chaque mois qui passe, met en avant de nouveaux services, de nouveaux modes de consommation qui inquiètent les producteurs en place.
A quoi tiennent ces succès ?
• D’abord aux technologies de l’information : que serait Uber sans les GPS dans nos smartphones, sans les algorithmes qui mettent en relation immédiate l’offre de transport et la demande de l’usager ? Que serait Airbnb sans la cartographie numérique et sans la photographie numérique qui met en valeur la proposition de séjour.
• Et puis une autre démarche des offreurs de service qui s’appuie sur une autre attitude des clients. Par exemple l’offre informelle de taxi a toujours existé, peu dans les pays développés où les contrôles sont plus stricts, mais largement dans les pays moins développés.taxi brousse En Afrique ou en Inde les propositions de simples conducteurs sont légion aux abords d’une gare ou d’un aéroport. Généralement moins chers mais aux risques et périls du voyageurs.Les tarifs peuvent réserver des surprises et l’arrivée à bon port n’est pas toujours garantie.

Le génie d’Uber – et d’autres sites comparables- c’est de proposer un tiers de confiance, à savoir : grâce au site, les prestataires sont enregistrés, les risques sont assurés, les transactions monétaires sont exclues au profit d’un règlement en ligne selon un tarif transparent et connu à l’avance. Ajoutons que les prestataires sont notés (ainsi que les clients), rendant moins probable une mauvaise surprise.
• Au final des tarifs plutôt inférieurs aux prestataires officiels et une qualité de service annoncée et contrôlée supérieure. Que demande le client ?
• Une meilleure utilisation des ressources matérielles : De nombreuses études démontrent qu’en moyenne, une voiture est inutilisée 95% du temps et coûte plus de 5000 € par an à son propriétaire.

Une nouvelle génération de service se profile avec l’apparition de nouveaux protocoles du type Blockchain qui pourraient amener à une nouvelle étape et à la disparition des plates-formes et de la notion de tiers de confiance. Nul besoin dans ce cas d’un intermédiaire. Par construction les données sont sécurisées et l’historique des transactions infalsifiable.

  • Alors pourquoi hésiter ? Comment interpréter la réticence des pouvoirs publics?
    Aux quatre coins de la planète les pouvoirs publics hésitent entre trois attitudes : laisser faire, interdire ou réguler.
    • Le laisser faire n’est pas tenable longtemps. Les corporations menacées ont des moyens de se faire entendre : les taxis bloquent la circulation, les hoteliers invoquent les pertes d’emploi dues à la concurrence jugée déloyale des particuliers. Les rentrées fiscales sont menacées d’assèchement.
    L’interdiction : En Allemagne ce sont les tribunaux qui ont rejeté tout service UberPop. En France la loi Thevenoud (oui! le député qui souffre de « phobie administrative ») prévoyait une interdiction au 1er janvier 2015. Mais il a fallu que la société Uber retire son application Uberpop pour que l’interdiction soit effective, vue la faiblesse juridique de la décision.
    La régulation : En Californie, des projets de loi sont avancés pour réduire la portée du service Airnbnb. A paris la mairie traque les abus et les multi-propriétaires . A Barcelone la nouvelle municipalité a décidé de réduire l’activité d’Airbnb, accusé d’aggraver la crise du logement. L’an dernier, Airbnb a conclu des accords avec des villes telles que Amsterdam aux Pays-Bas, ou Washington et Chicago aux Etats-Unis, afin d’appliquer une taxe aux touristes utilisant ses services. La commissaire européenne au Marché intérieur et à l’Industrie, Elzbieta Bienkowska, a par ailleurs annoncé récemment qu’une réglementation de ce type d’activités serait présentée d’ici quelques mois.
    Les deux premières attitudes ne manquent pas de partisans : libéralisme de laissez- faire ou conservatisme protectionnisme, qui, chacun, mènent à terme à la destruction des structures qu’ils prétendent défendre.
    La régulation s’impose comme la solution pour accompagner ce puissant mouvement sans dynamiter les protections actuelles et les contributions fiscales existantes. Les questions à régler sont vastes :
    • -Le périmètre de l’activité et le nombre de prestataires : La ville de New-York envisage de limiter la croissance des VTC dans la ville Dans de nombreuses villes les offreurs de Airnbn doivent s’enregistrer auprès des autorités.
    • –Des limitations à l’activité : A Barcelone, les offreurs d’Airbnb ne peuvent louer que 2 chambres maxi et pendant un maximum de 1 mois pour une totalité de 4 mois dans l’année, comme à San Francisco et Amsterdam.
    • –Le statut des prestataires :En Californie les chauffeurs d’Uber doivent être considérés comme des salariés, ont estimé les autorités californiennes dans un jugement, rendu public mercredi 17 juin, à l’inverse des positions d’Uber qui les considère comme des travailleurs indépendants : ils ne perçoivent pas de rémunération fixe mais conservent environ 80% du prix de chaque trajet. Ils ne bénéficient pas d’avantages sociaux. Et prennent aussi en charge les frais d’essence et de maintenance de leur véhicule.
    • . La fiscalité des activités : Si une taxe de séjour a été mises en place dans beaucoup de villes, les activités de loueur ne sont pas soumises à la TVA, sauf pour la commission perçue par le site Airbnb. En revanche les loueurs doivent déclarer les revenus générés par l’activité. De même les chauffeurs occasionnels de feu Uberpop doivent déclarer leurs revenus au titre d’auto-entrepreneurs. En théorie les nouvelles activités devaient donc être soumises aux mêmes contraintes sociales et fiscales que les entreprises classiques. Le problème réside dans la difficulté du contrôle
    Le contrôle des activités : Le caractère occasionnel de l’activité, la dispersion entre des milliers de prestataires, rend très difficile un contrôle efficace des pouvoirs publics et incite donc les prestataires à choisir l’évasion fiscale. La solution technique consisterait en une obligation imposée au site gestionnaire de communiquer aux services publics l’état détaillé de l’activité de chacun des prestataires. Les sites évidemment s’y refusent et pour l’instant aucune autorité ne s’est risquée à l’imposer par la réglementation.

On n’a pas fini de parler de ces nouveaux services. On peut simplement regretter que les divers gouvernements , au lieu d’anticiper ces transformations qui auront un impact majeur sur nos société , se contentent de répondre au coup par coup aux pressions des acteurs et des corporatismes.
Certains voient dans l’apparition de ces nouveaux services la préfiguration d’une société post-capitaliste où chacun serait à la fois producteur et consommateur. Ne rêvons pas. Pour l’instant on peut simplement considérer qu’il s’agit de l’extension des rapports marchands à la sphère privée. L’innovation provient essentiellement du numérique qui nous libère de la nécessité des structures administratives d’une entreprise et réduit drastiquement le montant du ticket d’entrée et les coûts de transaction. Un circuit court du particulier producteur au particulier consommateur, en quelque sorte.economie-collaborative-partage-640x375 Une manière de dépasser la frontière entre amateur et professionnel.
Mais, dans ce vaste mouvement, il existe aussi des démarches purement collaboratives, où le profit ne rentre pas (ou de manière secondaire) en ligne de compte et qui peuvent vraiment transformer les rapports sociaux. .Mais c’est un autre sujet que Le Clairon ne manquera pas de développer.

Charlie : des jeunes sur la réserve

Les attentats des 7,8 et 9 janvier nous ont bouleversés. Nous sommes nombreux dans notre entourage à avoir participé aux grandes manifestations du 11 janvier, avec notre pancarte « Je suis Charlie ». Dans les cortèges, des citoyens ordinaires, plutôt bien insérés, beaucoup d’anciens soixante-huitards comme moi. Et puis des jeunes parents , des enfants… Comme notre famille ci-dessous. Cette mobilisation historique nous est apparue comme une nécessité, comme une évidence partagée.bis-1040481
Partagée ?… Pas tant que ça en tendant l’oreille, en scrutant Internet, en suivant les discussions des proches sur les réseaux sociaux. Et particulièrement auprès de la jeune génération, aux trentenaires, à certains de nos enfants et de leurs amis. Comment interpréter ces réserves, voire cette franche hostilité vis à vis de ce mouvement citoyen ? C’est du coup une multtude de questions qui sont soulevées.
Comment expliquer le parcours des auteurs des attentats ?
Si les motivations exprimées par les terroristes sont sans ambigüité : défense d’un islam intégriste et s’imposant par la violence et solidarité avec l’«état islamique » attaqué par les forces occidentales, on s’interroge pour savoir comment ces jeunes français en sont arrivés là .djihad Inutile à mon sens d’en faire des porte-paroles du malaise des banlieues, les frères Kouachi ont vécu une bonne partie de leur adolescence en Corrèze et Maxime Hauchard, complice d’une décapitation orchestrée par Daesch, est originaire d’une petite ville tranquille de Normandie. La tranquille cité de Lunel a fourni une vingtaine de djihadistes aux combats de Syrie. Des jeunes sans doute bien paumés qui sont tombés dans la fascination d’une violence valorisée et mise en scène sur Internet et/ou par le biais de prédicateurs en prison. Les succès militaires sur le terrain moyen-oriental ont apporté à Daesh une visibilité et une attractivité à un niveau dont n’a jamais bénéficié Al Qaïda. C’est bien un état fasciste qui se constitue sous nos yeux entre l’Irak et la Syrie et le fascisme a toujours su attirer et mobiliser les jeunes paumés et les voyous même au-delà de ses frontières. Une autre question est la réaction des «quartiers ».

Les «cités» absentes des cortèges ?
Peu de jeunes de ces zones difficiles dans les cortèges à Paris et dans les grandes villes. Quelques incidents dans les collèges au moment de la minute de silence. Des prises de becs plus ou moins menaçantes ici ou là. L’islam brandi comme un étendard face à l’humiliation ressentie par une population sans espoir de trouver une place dans notre société. Un islam fruste et intolérant , bien différent de celui, discret, des pères ou des grands pères.
Evidemment, la ségrégation, l’échec scolaire, les discriminations à l’emploi et au logement alimentent le désespoir. Et les regards sont tournés aussi vers Gaza, la politique jusqu’au boutiste du gouvernement d’Israël et vers les faits d’armes de Daesh.
En dehors de la religion, les thèses anti-système, les explications complotistes fleurissent aux dépens d’une recherche honnête d’informations. Internet en est le vecteur privilégié.
Mais les quartiers difficiles n’ont pas le monopole du scepticisme et du soupçon. Dans mon entourage « Je ne suis pas Charlie » a trouvé des soutiens et des arguments.

Même dans les beaux quartiers et les périphéries tranquilles : les jeunes s’interrogent.
Tout le monde a constaté sur les réseaux sociaux et sur les messageries l’explosion des échanges, des textes, des arguments et des contre-arguments suscitée par ces évènements. D’un coté les « Je suis Charlie » se contentaient souvent de relayer la pancarte standard ou des caricatures. De même dans les manifestations le silence, les applaudissements, ou les clameurs ne laissaient pas de place à des expressions singulières. Nul doute que les motivations des uns et des autres étaient extrêmement diverses, mais elles s’effaçaient devant cette évidence : il était urgent, indispensable, vital de répondre à l’évènement et de se retrouver ensemble nombreux dans la rue.bis-1040483
Mais de retour à la maison, on s’apercevait que l’unanimité n’était que relative. Entre ceux qui avaient choisi de ne pas participer aux manifs et ceux qui proclamaient haut et fort « Je ne suis pas Charlie », on découvrait des proches qui mettaient en cause ce mouvement. Cela donnait lieu à de longues argumentations destinées à expliciter les raisons de cette opposition qui était ressentie comme une abstention coupable par les « Je suis Charlie ». Faisons un tour rapide de ces arguments .
complot– Le fait que le gouvernement soit clairement intervenu dans le lancement de la manif en a géné plus d’un : la survenue des évènements arrangeait bien les politiques, estimaient-ils. Les thèses complotistes (voir l’enquète IFOP) n’étaient pas loin, à l’instar de Jean-Marie Le Pen qui reconnaissait sans hésitations la marque des services secrets …
– Beaucoup de commentaires anticipaient avec crainte une récupération politique, de la gauche pour redorer le blason d’un gouvernement déconsidéré ou de la droite pour mettre en avant ses options sécuritaires et anti-immigration.
valls charlie– Et puis le mot d’ordre « Guerre au terrorisme ! » s’est rapidement retrouvé dans la bouche de Valls comme dans celle de Sarkosy. Elle rappelait la croisade funeste de GW Bush qui s’est terminée piteusement en Afghanistan et en Irak : la guerre à 3000 milliards de § et combien de morts ? Tout le monde sur le moment avait oublié, semble-t-il, le discours de Villepin du 14 février 2003 à la tribune de l’ONU qui a refusé le soutien de la France à la coalition.
– Derrière le scepticisme de ces jeunes qui n’ont pas manifesté, une hostilité totale envers le « système » qui englobe la finance internationale , l’impérialisme américain, les médias aux ordres et le personnel politique. Dans ce cadre-là, toute action collective qui ne s’attaquerait pas aux racines profondes du mal serait vouée soit à l’échec , soit à la manipulation. On voit , en creux, dans les analyses exprimées l’attente incertaine du grand soir ou bien la foi dans la portée universelle des petites révolutions personnelles qui, un petit matin, donneraient naissance à un monde nouveau.

Décidément , ces événements de janvier ont mis à jour la sécession d’une certaine jeunesse qui n’a plus beaucoup confiance dans les institutions (dans certains cas , c’est un euphémisme!). Elle touche les populations des quartiers en difficulté mais aussi le reste plus ou moins inséré de cette génération.

Les questions posées sont éminemment politiques.
Cette demande de politique (même si elle se cache sous le voile de la religion ou de la revendication identitaire pour les jeunes issus de l’immigration) ne trouve pas en réponse d’offre politique adéquate et crédible.
Les leaders d’opinion informels prospèrent sur Internet : bien à droite comme Dieudonné, Zemmour, ou Soral. Ailleurs comme Lordon, Berruyer,Chouard, Jorion, Mermet. Chacun cultive avec soin le cercle de ses fans : Les « gentils virus » d’Etienne chouard, les « AMG » et ses Café repaire de Mermet privés d’antenne sur France Inter dorénavant sur la toile…
Les partis ont du mal à capter cette humeur anti-capitaliste, même à la gauche de la gauche (Front de Gauche, etc). De leur coté, les verts restent relativement coupés d’une frange importante d’écologistes radicaux (les ZADistes de Notre-Dame des Landes, de Sivens ou de Roybon …).
On se prend à se tourner vers le Sud, à observer le vent nouveau de Syriza ou de Podemos. Annoncent-ils un renouveau de la politique à l’échelle de l’UE ?
Face à ces interrogations écoutons les artistes, les poètes, les philosophes.
JMG-Le-ClezioEt notamment JMG Le Clezio, prix Nobel de litterature , cet arpenteur du monde et des cultures qui écrit une lettre à sa fille au lendemain des grandes manifestations de Charlie.

«… Rien ne se fera sans la participation de tous. Il faut briser les ghettos, ouvrir les portes, donner à chaque habitant de ce pays sa chance, entendre sa voix, apprendre de lui autant qu’il apprend des autres. Il faut cesser de laisser se construire une étrangeté à l’intérieur de la nation. Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.

Je pense que c’est ce sentiment qui a dû te frapper, quand tu marchais au milieu de cette immense foule. ­Pendant cet instant miraculeux, les barrières des classes et des origines, les différences des croyances, les murs séparant les êtres n’existaient plus. Il n’y avait qu’un seul peuple de France, multiple et unique, divers et battant d’un même cœur. J’espère que, de ce jour, tous ceux, toutes ­celles qui étaient avec toi continueront de marcher dans leur tête, dans leur esprit, et qu’après eux leurs enfants et leurs petits-enfants continueront cette marche. »

 

Limonest 1814 : La bataille oubliée

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On a tous entendu parler de la retraite de Russie (1813) et de la bataille de Waterloo (1815) suivie par l’abdication de Napoléon et son exil à Ste Hélène. Entre les deux, les derniers efforts de l’armée napoléonienne pour s’opposer à l’avance inexorable de la coalition : les russes, les prussiens , les anglais, les autrichiens , les suisses , les piémontais , les badois, les bavarois, les hessois, tous prêts à prendre leur revanche sur cet empereur qui les avaient vaincus et éloignés du pouvoir d’un bout à l’autre du continent. En face les troupes de Napoléon ne se sont pas relevées des meurtrières campagnes de Russie et d’Allemagne. On connaît peu les batailles de cet hiver 1814 qui ont vu les troupes françaises reculer jusqu’à l’abdication de Fontainebleau le 6 avril 1814.  On sait moins que la France a été occupée par les autrichiens et les prussiens une première fois après la première abdication de Napoléon en 1814, puis une deuxième fois en 1815 après les cents jours, Waterloo, la deuxième abdication et l’exil.

Une bataille oubliée

Mars 1814 , napoléon bagarre en champagne pour tenter de résister à la coalition. Il cherche à tout prix à ouvrir d’autres fronts pour disperser les forces adverses qui peuvent réunir 700 000 hommes. Au sud le maréchal Augereau constitue l’armée de Lyon et va reprendre Bourg-en-bresse, Macon, Lons-le-Saunier… Mais les autrichiens  ont pris conscience de la menace et détachent un corps d’armée de 50 000 hommes à mettre en face des 16000 d’Augereau qui attend des renforts du sud – l’armée de Catalogne à la frontière espagnole et les troupes massées sur la frontière italienne. cavalier avant l'attaqueDès lors le rapport de forces est défavorable et l’armée de Lyon organise son repli.  La défaite française de Limonest le 20 mars 1814 fait suite à celle de St Georges de Reneins le 18 mars 1814 ; elle sera suivie très vite de la première abdication de Napoléon (Fontainebleau, le 6 avril 1814) qui n’a pas résisté en Champagne.

La bataille oubliée de Limonest a vu s’affronter près de 80000 combattants ; les pertes françaises sont d’environ 1000 hommes, celles des ennemis de 3000. Sur cet épisode le maréchal Augereau a été accusé de laxisme et de défection. C’est injuste, car c’était une mission impossible vu la supériorité numérique de l’ennemi ; il n’a pas trahi Napoléon, même si après sa chute, comme beaucoup, il s’est rallié au nouveau régime.

Deux cents ans après, une reconstitution avait lieu au Parc de Lacroix-Laval


 Une occupation oubliée

Ces défaites ouvrent la porte aux autrichiens qui occuperont Lyon et le Forez de Roanne à St Etienne dans notre région; le 21 mars les autrichiens occupent Lyon, le 23 ils sont à St Etienne.

 Paris et une très grande partie de l’Est de la France n’échapperont pas non plus à l’occupation par les Prussiens et les autres coalisés.occupationOccupation de courte durée (quelques mois en 1814 et quelques Mois en 1815), occupation »amie » et pacifique puisque les anciens ennemis sont formellement alliés au nouveau pouvoir de Louis XVIII qu’ils ont mis en place, occupation fêtée par les élites en place (ayant rapidement retourné leur veste), elle n’a pas de place dans la grande histoire qu’on enseigne, seule  la mémoire populaire en a gardé la  trace incertaine d’une humiliation, d’une trahison des notables et de réquisitions indues.

 Henri Pourrat qui écrivait Gaspard des montagnes en 1922, largement inspiré par les récits de ses vieilles tantes, raconte :

uniforme-autrichien« Un après-diner les Cosaques arrivèrent à Ambert par le grand chemin. Barbus, velus, sous leurs bonnets bourrus, ils montaient des bidets dont les queues traînaient au sol. [….] Tant de poil donnait à cette cavalerie un air sauvage.[…]

Voilà ce qu’ont narré des personnes qui le savaient bien, ou qui croyaient bien le savoir. Mais ne refaisaient-elles leurs souvenirs d’après quelques estampes ?

La musique donnait des concerts aux Allées, dans le rond-point du Roi de Rome. Les officiers faisaient danser les dames à sentiments ultras, qui venaient là parées de leurs turbans à plumes.

Cosaques ou Kaiserslicks ? Toujours est-il  qu’on n’aurait pas pris ces gens là pour des chrétiens si l’on n’avait entendu leurs chevaux et leurs chiens hennir et aboyer comme ceux de chez nous. […]

Voir l’étranger faire du pays à son plaisir, on ne sait pas quelle rage cela peut mettre dans le sang de l’homme. Ces cavaliers qui galopaient à travers les récoltes, ces officiers qui morguaient les gens, ha dieux !»

Gaspard est un ancien soldat des armées de Napoléon et quand un lieutenant déclare « que les français auraient besoin d’apprendre ce qui est dû aux personnes de haute naissance », Gaspard lui répond :

 « J’étais maréchal des logis à l’ex-garde ; les rois et les altesses, je les ai vus à plat ventre devant l’Empereur. Je les ai vus aussi lécher les bottes du roi Murat, dont le père tenait auberge. Oui, tous les princes, on les a fait danser, et l’on saurait encore assez de la vieille danse. »

Là-dessus, tournant le dos au Cosaque, il sortit respirer un autre air que lui. »

 Deux seuls faits de résistance sont à signaler :

– la ville de Roanne et son maire François Populle ont opposé une certaine résistance aux occupants, commémorée par un monument édifié en 1914 sur lequel figure sa réplique à l’autrichien : 

« Vos soldats ne sont pas encore maîtres de Roanne. Ils demandent deux heures de pillage ! Nous répondrons par deux heures de tocsin. 20 000 paysans armés accourront à notre secours et alors on verra … ».

 

        le comte de Damas qui enrôle 200 foréziens pour harceler les autrichiens. Aux deux cents hommes enrôlés à l’origine, viennent bientôt se joindre quelques milliers de volontaires issus de la gendarmerie et des dépôts de cavalerie ou d’infanterie. Les « Damas », – c’est ainsi qu’on les appelle désormais -, vont conduire contre l’envahisseur une guerre de harcèlement et d’usure. Ils attaquent avec succès à Belleville, Mâcon, Cluny, La Maison Blanche, Pontanerou Saint-Georges, Thesy, Feurs, Chabreloche … Ils seront les derniers à déposer les armes.

 Bien des années plus tard, à Saint-Hélène, Napoléon s’est il souvenu des événements de Roanne et des combats des « Damas » ? Peut être ; toujours est-il que, dans son testament, il réserve un legs au département de la Loire, ainsi d’ailleurs qu’à l’Alsace, la Bourgogne Franche Comté, l’Ile de France, la Champagne et le Dauphiné. Cet héritage de 50000 frs sera, jusqu’en 1870, affecté à décerner des prix et récompenses « aux ouvriers de l’agriculture et de l’industrie les plus méritants pour leurs découvertes et leurs inventions ».

 Pour en savoir plus : Musée Militaire de Lyon ,   La brigade infernale  Forez-Infos Saint-Chamond archives

 

Reforme de la formation professionnelle : un coup pour rien ?

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Aprés un accord national interprofessionnel (le 14 décembre 2013) , un projet de loi est soumis au parlement pour un vote terminal le 26 février 2014 en vue de la réforme du dispositif de la formation professionnelle  continue .UNION-CFDT

Le système de la formation professionnelle fait l’objet depuis longtemps de critiques récurrentes . Malgré une dépense importante (31,5 milliards d’€, tout compris), des réformes successives, en 2004 et en 2009, il n’a pas su remédier aux principaux défauts mis en évidence .

  •       Pour les salariés, il finance la formation de ceux qui en ont le moins besoin (cadres et techniciens). Les ouvriers y accèdent 2,5 fois moins souvent que les cadres.  Au lieu de corriger les inégalités de départ, le dispositif de formation les renforce.
  •       Pour les chômeurs – il ne bénéficie pas assez aux demandeurs d’emploi (seuls 4 milliards sur le total de 31,5 leur sont destinés). On estime que 20% des chômeurs bénéficient d’une formation et encore,  il faudrait sans doute déduire la moitié qui ne sont que des aides à l’embauche
  •    Une gestion complexe avec une multiplicité d’acteurs qui prête le flanc aux accusations de gabegie et de détournement

 Les partenaires sociaux ne sont pas restés insensibles à ces critiques. Dès 2004 ils mettaient en avant un droit individuel à la formation (DIF) dif-formationdans le but d’impliquer des salariés plutôt éloignés des systèmes  de formation et de donner à chacun une possibilité d’évoluer. Mais, dès sa naissance, le DIF était miné par ses contradictions internes :

  •        Effectué hors temps de travail (sauf convention particlière), donc peu susceptible d’attirer les salariés peu qualifiés qui ont tendance à douter de l’utilité de la formation.
  •       A l’initiative du salarié mais sous condition de l’accord de l’employeur qui recherche avant tout  un objectif en cohérence avec sa stratégie d’entreprise.
  •      pris en charge par l’employeur et non par un organisme extérieur. Celui  qui paye est celui qui décide.
  •    Un principe de portabilité affirmé en théorie ( le droit est attaché à la personne du salarié même en cas de mobilité) mais qui n’a jamais vraiment fonctionné – à peine mieux après les améliorations apportées en 2009.
  •   Un quota de formation très insuffisant (20 h acquises par année de présence , 120h au maximum) qui ne permet pas au public cible de progresser. Moins les candidats à la formation sont qualifiés , plus leur apprentissage réclame du temps. Ce n’est pas en 120h qu’on sort un salarié de la sous-qualification.

Au final le DIF, après 5 années d’existence, n’a profité qu’à 6% des salariés potentiellement concernés .

En 2009 le nouvel accord innove en créant un Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels afin  « d’amplifier les actions au bénéfice des salariés et des demandeurs d’emploi dont le déficit de formation fragilise leur entrée, leur maintien, leur évolution ou leur retour dans un emploi. L’ambition est de pouvoir parvenir à former chaque année 500 000 salariés supplémentaires parmi les moins qualifiés et 200 000 demandeurs d’emploi de plus qu’aujourd’hui ».CMJN de base

« Ces actions doivent faire l’objet d’un cofinancement avec un ou plusieurs partenaires, incluant notamment l’Etat, Pôle emploi, les Régions, ainsi que tout autre partenaire. »

Hélas ! Cette belle ambition s’est perdue dans les sables des logiques boutiquières : en 2011 et 2012 , l’état ponctionnait 300 Millions d’Euros pour les destiner à d’autres fins . Du coup les partenaires sociaux réduisaient leur contribution (de 13% des fonds collectés à 10%). Chacun essayait d’utiliser le Fonds à son propre intérêt : les partenaires sociaux à assurer les fins de mois des OPCA ( les organismes collecteurs des branches professionnelles) ; l’état à reporter des obligations qui lui reviennent comme la rémunération des chômeurs stagiaires en fin de droit ou la formation des jeunes en emploi d’avenir. Quant à la coopération annoncée entre l’état, les partenaires s ociaux, Pôle Emploi et les régions, elle n’a pas vraiment avancé, c’est le talon d’Achille de ces dispositifs.

Alors que reste-t-il des réformes de 2004 et de 2009 ? Pas grand’chose !

Ces constats, légèrement atténués , sont partagés -à des degrés divers- par les acteurs de la formation qui ont remis l’ouvrage sur le métier. On se prend à espérer avec ce nouveau projet de loi qui devrait corriger les tares des dispositifs précédents . Et tout d’abord : Bye Bye le DIF, Hello le CPF !

Le CPF (Compte Personnel de Formation).

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Le CPF est attaché à la personne. Les salariés conservent leurs droits tout au long de leur vie professionnelle, jusqu’au départ en retraite, quelle que soit l’évolution de leur vie professionnelle. Un fichier central des CPF est créé par la Caisse des Dépots. Formation

Tout salarié bénéficie d’un quota de 20 heures annuel,  plafonné à 150 heures sur une durée de 9 ans qui pourra être utilisé pour des formations qualifiantes qui figurent sur des listes (qualification, certification, diplôme). La procédure à respecter par le salarié n’est pas la même selon que la formation a lieu en dehors du temps de travail (pas d’autorisation nécessaire de l’employeur) ou pendant le temps de travail (accord préalable de l’employeur sauf situations particulières). Pour les demandeurs d’emploi l’accord de Pôle Emploi est automatique dans la limite des droits ouverts.

Les frais de formation sont pris en charge soit par l’employeur , soit par l’organisme collecteur.pole emploi Pour les demandeurs d’emploi les frais relèvent du Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (le FPSPP).

Le compte peut être abondé (par le salarié, l’employeur, …) sous certaines conditions.

Le FPSPP reçoit de nouveau les financements prévus. Un convention cadre signée en février 2013 engage les parties jusqu’en 2015.

Un certain nombre d’obstacles sont ainsi levés. Reste cependant la question centrale : en l’absence d’abondement (hypothétique), une formation qualifiante est hors de portée d’un CPF avec ses misérables 150h. Les perspectives réalistes d’une formation enfin ciblée sur les populations fragiles dépendront essentiellement des cofinancements qui pourront être mis en place par les branches professionnelles, l’état, les régions , Pôle Emploi.  Dans le cas où cette coopération ne s’affirme pas suffisamment, ce nouveau dispositif sera un nouvel échec  .

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Le projet de loi prévoit aussi l’instauration d’un entretien professionnel  biennal et d’un bilan professionnel au bout de six ans. Ce bilan permet de vérifier que le salarié a bénéficié au cours des six dernières années des entretiens professionnels et qu’il a :

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1° suivi au moins une action de formation ;

 2° bénéficié d’une progression, salariale ou professionnelle ;

 3° acquis des éléments de certifications, par la formation ou par une validation des acquis de son expérience ;

Le projet de loi modifie aussi le principe du financement dans les entreprises: Finie l’obligation de dépenser ou de verser 1,6% de la masse salariale . Les obligations actuelles seront remplacées par une contribution unique de 0,55 % de la masse salariale dans les TPE et de 1 % (dont 0,2 % dédié au CPF) dans les entreprises de plus de 10 salariés, avec un système de mutualisation en faveur des TPE.

Les grandes entreprises dépensaient la plupart plus , désormais, elles ne sont plus obligées de faire la preuve de leurs efforts de formation. Les mécanismes de consultation du Comité d’Entreprise sont renforcés sur ce sujet  Et le MEDEF est très satisfait de voir enfin une charge obligatoire supprimée.AGEFOS-PME

La CGPME était à l’inverse très hostile à cet allègement des contraintes car elle profitait , à travers l’AGEFOS-PME, d’une mutualisation avantageuse des fonds.

Au global , on peut faire le pronostic sans faille que l’argent de la formation se fera plus rare dans les dispositifs de financement. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la CGT n’est pas signataire de l’accord.

Finis aussi les financements des organisations patronales et syndicales sur les budgets de la formation(1,5% des contributions pour le fonctionnement des instances paritaires). Ces dernières toucheront des contributions indépendantes de ce circuit, ce  qui devrait mettre fin à des soupçons récurrents de détournement.

Alors, sommes-nous à la veille d’une refonte majeure et efficace des dispositifs de formation ? On peut en douter tant son succès est suspendu au climat de coopération qui jusqu’ici a fait cruellement défaut et qui est d’autant plus nécessaire que les financement se font plus restreints et hypothétiques.

Et pourtant, à un moment où l’on parle beaucoup de compétitivité de l’économie française, il serait urgent de regarder la réalité en face :

D’après une étude de l’OCDE (PIAAC Programme pour l’évaluation internationale des adultes – dans 24 pays les plus développés) la France est au 21 ème rang sur 24 –juste devant l’Italie et l’Espagne -pour le maniement de l’écrit et pour les compétences numériques (savoir lire, ecrire et compter) des adultes de 16 à 65 ans. Le Japon et la Finlande sont largement en tête.

De plus, la Commission européenne a défini un indicateur qui permet de comparer l’effort des différents pays en matière de formation des adultes : il en ressort que la France se trouve parmi les derniers et de plus, en net décrochage par rapport à ses principaux concurrents.

Ainsi tous les discours sur « l’économie de la connaissance »  et l’objectif « d’excellence » attribué à notre système productif viennent se briser sur une réalité : à part quelques secteurs de pointe, les salariés français sont moins formés, moins compétents que dans la plupart des pays avec lesquels nous sommes en concurrence. Ces constats devraient inciter les décideurs à considérer la formation professionnelle comme une priorité vitale. Cette réforme en est bien éloignée.

Pour en savoir plus : l’article du Clairon sur le réforme de 2009