Salut les déconfinés – 2-

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Déconfinement en Haute Azergues

Retrouver d’un seul coup sa liberté de mouvement (même dans la limite des 100km) peut s’avérer déstabilisant pour certains. Ainsi en Espagne, les médias ont identifié des troubles mentaux qui touchent certains déconfinés devant une difficulté à sortir, une angoisse dans les lieux ouverts, une hésitation à rencontrer leurs proches. Ils ont baptisé cette situation du joli nom de « syndrome de la cabane », en référence à l’aspect protecteur qu’on peut trouver à son logis habituel.
Après deux mois de confinement, nous avons trouvé la transition idéale pour échapper au traumatisme de la liberté : notre « cabane » s’est transférée sur les 4 roues de notre Camping-car.
Et où trouver un dépaysement suffisant dans les 100km autour de chez nous ?

Privés par deux fois ( une grève, puis la Covid19) du voyage en train Lozanne-Paray-le-Monial, en remontant la vallée d’Azergues où nous habitons, nous avons ainsi décidé de le faire en Camping-Car dès l’annonce du déconfinement pour approcher les ouvrages d’art de la ligne et explorer les multiples vallées, vallons, versants, croupes et cols de cette Haute Azergues.

Première étape : Chambost-Allières, nous nous posons au premier parking au dessus de la vallée, juste à côté du village de Chambost. C’est ensoleillé et très venté. Les agriculteurs font les foins : fauchent, andainent , enroulent, transportent, enrubannent.

Des milliers de fleurs couvrent les bords de chemin.

Danièle ramasse un énorme bouquet qu’elle porte religieusement jusqu’à la fin de notre périple.

Deuxième étape : l’autre versant de la vallée, de Grandris à Cublize, ce ne sont que bois de douglas serrés et routes tortueuses. Ici la forêt assombrit tous les versants. C’est une forêt exploitée, les coupes sont nombreuses.

Le lac des sapins est bien décevant et interdit (à cause de la Covid19) de toute façon. Nous rejoignons la vallée d’Azergues par Ronno, charmant vallon agricole, et faisons étape pour la nuit au col de la Croix de l’Orme. Chants des grenouilles des étangs en contrebas, vol de hérons, terre préparée pour le maïs. la route croise une piste de trail : cyclistes, marcheurs, motards équipés pour l’aventure extrême.

La voie ferrée n’est pas très intéressante dans cette portion et nous ne la rejoignons qu’à Lamure d’Azergues (qui offre aussi l’avantage d’une très belle station de vidange pour camping-car proche de la gare). Cap sur St Nizier d’Azergues et Claveisolles, site de la fameuse boucle de Claveisolles. Un tunnel au tracé hélicoïdal qui lui permet de gagner 43 m sur la pente.

Repas à la gare de Claveisolles, pimpante mais désaffectée. Pas de train non plus, le service est encore assuré par car dans cette période de déconfinement.

Troisième étape : nous repassons de l’autre côté de la vallée d’Azergues pour gagner Ranchal, au milieu des bois. Halte pour la nuit à Notre Dame de la Rochette, immense sanctuaire à la vierge. Entre forêt épaisse et coupe à blanc, on observe les traces du travail des débardeurs, et on se félicite de ne pas rencontrer de camions grumiers sur la route étroite.

L’exploration ne serait pas complète sans un arrêt à Poule-les Echarmeaux où la voie s’enfonce dans un très long tunnel (4153 m, le plus long de toute la ligne) pour ressortir côté Bourgogne. De quoi éviter les fortes déclivités du col des Echarmeaux (712 m) , dernier obstacle avant de redescendre vers la Saône-et-Loire et Chaufailles.
Il nous faut bien longtemps pour trouver la gare, les deux hôtels de la gare (désaffectés) et l’entrée du tunnel. Un sculpteur a élu domicile en face d’un des hôtels, près de l’autre un immeuble de logements, au milieu de nulle part, mais avec de très beaux potagers bien entretenus.

Quatrième étape : allons-nous jusqu’à Monsols ou rejoignons-nous le beaujolais viticole ? C’est un peu tôt et une erreur d’orientation nous conduit à nouveau au-dessus de Claveisolles. C’est l’occasion de voir l’ancien immense couvent qui eut de beaux jours au XIXeme siècle mais est désormais repris par l’Opac et promis à un autre avenir.

C’est au col de la Casse froide que nous trouvons abri sous un tilleul majestueux pour le repas. Un paysan épand son fumier et le vent nous apporte l’odeur que nous jugeons moins dangereuse que celle des épandages phytosanitaires. On devine le Mont-Blanc mais le temps n’est pas assez clair.

Nous partons pour Monsols, mais nouvelle erreur d’orientation et c’est sur la route du Vernay que nous nous retrouvons, à flanc de côteau. Face au Mont-Blanc (toujours aussi peu visible) le village expérimente la route solaire !

Cette fois nous redescendons côté vignes, mais pas trop vite, à flanc de côteaux entre vignes et forêts (de feuillus) en passant par les cols de la croix de Marchampt et celui de la Croix Rozier. C’est étroit, tortueux et sans véritable découverte à l’exception d’un étrange dépôt de camions abandonnés au col de la Croix Rozier. Les vignes montent à l’assaut des collines vertes .

On descend et ce ne sont que vignes et vignerons traitant leurs vignes jusqu’à atteindre Denicé où nous mangeons chez Mathias (le bar du village fait des pizzas à emporter).

Vassivière : un lac entre îles et presqu’îles

À la Une

A La fin d’un été sédentaire, à fuir la chaleur au bord de la piscine ou sur notre chantier de climatisation, nous voici partis pour Vassivière, un lac artificiel entre Creuse et Limousin, à la réputation établie de fraîcheur et de plaisirs aquatiques. Nous avons d’abord fait halte sur le plateau de millevaches où il y a plus de forêt et d’étangs que de vaches.

A st Merd les Oussines, après un tour à l’étang (ci-dessus) nous avons découvert les vestiges d’une villa et d’un sanctuaire gallo-romain. Les bourgeois gallo-romains s’étaient construit une belle villa, avec piscine, eau chaude et grande cuve, avec vue sur un plan d’eau, et sur la Vienne naissante. Etonnant, dans cette région reculée, loin des grandes routes de l’antiquité.

A Tarnac nous avons fait nos courses au Magasin Général, l’épicerie-restaurant alternative, toujours tenue -pour la plupart-par les historiques du « groupe de Tarnac. Un lieu d’approvisionnement et de rencontre dans ce village important qui avait failli perdre son seul commerce d’alimentation.

On trouve tout ce qu’il nous faut pour remplir nos soutes et notre frigo. Comme chaque matin, de vieilles estivantes se donnent rendez-vous devant un café avec leurs petits-enfants.

Deux belles aires de camping car (gratuite à St Merd) Payante à Tarnac. L’employé municipal est charmant et parle simplement de l’affaire de Tarnac qui a divisé le village dont le châtelain est le patron de l’hebdomadaire – très à droite- Valeurs Actuelles. Un grand écart pour cette commune qui a élu une maire Front de Gauche !

Le lac de Vassivière est immense et accessible en quatre points seulement Auphelle et Pierrefite (commercial et bruyant), Broussas (où nous nous sommes installés) et Mas Grangeas (reculé).

Des bâteaux navettes permettent de rejoindre les différentes presqu’iles. l’île est accessible par un pont à partir de Pierrefite.

Calme de fin de saison, eaux basses pour maintenir les cours d’eau en aval et…alimenter le refroidissement de la centrale nucléaire de Civeaux ! Danièle s’éprend de ses paysages à la tombée de la nuit

Coucher de soleil en face de la presqu’île de Broussas

Passereaux dans les arbres, baignade en eau trouble sur des plages d’arène granitique.

Petite déception sur l’île où nous avons du mal à comprendre les démarches des artistes du Centre International d’Art et du Paysage. Parcours à la recherche des sculptures dans la forêt et au bord de l’eau.

le Centre International d’Art et du Paysage et son « phare »

Masgrangeas et son village-vacances en partie abandonné vendu à la découpe.

Les vestiges d’un gigantesque village-vacance qui accueillait un grand camping , des locaux communs (à gauche les restes du restaurant), des commerces (demeure aujourd’hui un bistro, boutique multi-services) et une centaine de logements de vacances vendus alors à des particuliers Des maisons à vendre, d’autres à louer et des propriétaires qui s’accrochent après avoir passé deux ans à tout remettre en état (34 m2 par logement) . Le camping sous les arbres au bord d’une plage de sable fin est à vendre depuis 15 ans

Mais nous devons faire le plein, le plein d’eau, de gaz, de vivres. Rien de cela aux abords immédiats du lac. Il faut pousser six kilomètres dans les terres au Nord : Royère de Vassivière, petit bourg animé et alternatif, Vival, le boucher, le café du coin, l’atelier. La bâtisse centrale sur la place a été reprise par des jeunes tendance alternatifs : L’Atelier : café, restaurant, boutique, lieu d’expos , de concerts. Un vrai lieu de vie pour ce petit village !

Un peu plus loin, le lac de La Vaud-Gélade alimente en amont celui de Vassivière. Une aire naturelle au détour de la route nous amène dans un bois clair tout au bord d’une presqu’île

Nous sommes seuls avec les pêcheurs, il pleut, l’employée municipale passe néanmoins collecter son dû. Le matin ramène le soleil qui peine à disperser les nappes de brumes sur l’étendue d’eau.

Sur le chemin du retour , nous faisons un crochet par la vallée de la Sioule, profonde et encaissée, sur ce plateau des Combrailles, à l’ouest de Clermont-Ferrand . Un snack bar à vendre, un village vacances immense et peu fréquenté, des terrains de tennis à l’abandon comme la piscine, un camping vide et des pêcheurs. Un spectacle de fin de saison ! Il est temps de rentrer

L’hiver dans le Berry : vignes et truffes

Il n’y a pas que des  grandes cultures dans la campagne berrichonne. Jean, notre ami viticulteur sur l’appellation de Quincy, nous avait concocté un programme de travail dans les vignes, mais aussi de découvertes du terroir. Nous, c’est à dire les sociétaires du Groupement Foncier Viticole (GFV)  détenteurs de parts dans le vignoble qui se réunissent après la Saint Vincent, patron des vignerons, et les autres habitués du domaine.

Travail le matin dans les vignes à « tirer les bois ». C’est l’époque de la taille sur les ceps qui réclame des as du sécateurs qui connaissent bien le développement de la plante et les exigences associées au type de taille : ici le double guyot. Pas à notre niveau , nous tous qui sommes des amateurs et bénévoles. Alors on nous laisse une tâche indispensable mais peu qualifiée: le tirage des bois à savoir : détacher les liens et vrilles qui s’accrochent, trop solidement à notre goût,  à la quadruple rangée de fil de fer, sortir les sarments et les mettre en tas.

La matinée avance et les groupes dans les rangs, arrivent au bout des lignes. C’est l’heure de passer à autre chose. Les sexagénaires -la plupart d’entre nous- se sont pas fâchés de reposer leur dos et de regagner le repas préparé au gîte.

Jean nous a annoncé une visite, un peu mystérieuse, chez des paysans qui produisent des truffes.

Nous arrivons chez les Borello sous un ciel gris, quelques gouttes de pluie, pas de quoi nous arrêter. Stéphanie, qui s’occupe aussi des gites à la Fontenille , nous présente son activité et son chien Alfi,  un Border Collie trouvé à la SPA, qu’elle a dressé patiemment à faire le job : repérer au pied des arbres le précieux champignon

Eh oui ! Il n’y a pas que dans le Périgord que l’on trouve le diamant noir : la très réputée Tuber Melanosporum, on en récolte aussi dans le Berry !

Une fois dans la truffière, des chênes pubescents et des chênes verts d’une quinzaine d’années, Alfi flashe sur le premier arbre. Il tourne autour pour préciser la localisation et Bing ! un coup de patte discret sans tenter de creuser et le voilà qui attend patiemment la trouvaille … et sa récompense : un bout de saucisse.La truffe se trouve entre 5 cm et 20cm de la surface. Il faut la sortir avec délicatesse pour ne pas l’endommager.

IMG_20180219_153713_553 Les truffes se plaisent dans ce sol léger, peu profond, installé sur des tables calcaires. Les chênes sont plantés mycorhizés, c’est à dire que les racines sont imprégnées des spores du champignon qui se développe tout autour de l’arbrisseau. Le mycélium colonise ainsi un périmètre où rien ne pousse : on l’appelle « le brulé », signe d’un bon développement du champignon.

A peine sortie de la terre, la truffe exhale son parfum typé, sensible à 2-3 m, et tellement fort lorsqu’on la porte sous le nez. C’est bientôt la fin de la saison (cette année elle a commencé dès fin novembre), c’est une période où on a plus de chances de trouver des truffes très parfumées qu’au tout début de l’hiver.

Le précieux champignon se retrouve dans le panier, encore entouré de sa gangue de terre. Jean est très fier d’exhiber ce panier rempli au bout de deux heures de recherches. 27973732_10155504975567545_441964501784863854_nDe retour au gîte , nos hôtes nettoient les précieuses truffes en les brossant délicatement sous un filet d’eau, mais leur parcours n’est pas encore terminé. Il faudra les trier , les contrôler en les « canifiant », c’est à dire en s’assurant d’un coup de canif qu’il s’agit de la bonne espèce et qu’elle n’a pas été corrompue par quelque parasite.

20180219_171749Devant ces merveilles, Max reste bouche bée.

Chacun pourra ensuite repartir avec sa truffe proposée à un bon prix. A déguster comme un produit frais , pas plus d’une semaine au frigo, ou congelée (elle peut se garder plusieurs mois c’est le meilleur moyen de conservation). Nous, nous l’avons introduite 48 h avec les oeufs de nos poules au frais dans une boîte hermétique. A la coque, le parfum se retrouve très intense dans le jeune d’oeuf. Si intense qu’il ne plaît pas à tout le monde, notamment aux enfants. Puis nous l’avons râpée en vue d’un beurre de truffe.

Cet hiver dans le Berry se termine par un bon coup de froid, inhabituel pour une fin-février.

Et pourtant sur le chemin du retour, nous trouvons un signe annonciateur des beaux jours. Les grues cendrées envahissent le ciel, des escadrilles ordonnées en chemin vers les terres du Nord qui font halte dans les champs labourés.grues

Mariage en pays huguenot

Nous étions invités samedi 14 octobre 2017 à la mairie de Crupies (Département de la Drôme) à un improbable mariage civil qui unissait un Alain Marcel, descendant des Marcel de la Combe de Crupies à une Hanna Koch, fille d’un pasteur allemand, originaire de Lübekke (par ailleurs ex-épouse de Norbert et mère des quatre enfants).

Lorsqu’on remonte le fil de l’histoire dans ces terres protestantes, ce mariage, même si les deux mariés, de culture protestante, sont assez éloignés de la religion, apparaît comme une conclusion logique à plus de trois siècles d’histoire, particulièrement en cette année de célébration des 500 ans de la publication des thèses luthériennes qui rencontrèrent rapidement un succès dans de nombreuses régions françaises.

Lorsqu’en 1685, le roi Louis XIV révoque l’Edit de Nantes, un climat de persécution s’installe en France.

Les places fortes de la Rochelle , de Privas sont assiégées et démantelées, les villes de Montpellier et de Nîmes se convertissent devant la menace.

itineraireAilleurs les protestants passent dans la clandestinité, les offices sont célébrés « au désert » dans ces pays isolés, sans routes, au bout de sentiers improbables. Dans les Cévennes, ils prennent les armes (révolte des camisards).

Les autres,  200 000 « Huguenots », cherchent refuge sur des terres protestantes en Europe et dans le monde. Depuis le Dauphiné (dont faisait partie le pays de Bourdeaux), où la réforme est très présente, les départs sont nombreux vers Genève, puis vers l’Allemagne où ils sont accueillis et peuvent fonder des colonies. Les Vaudois des vallées du Piémont, qui adhèrent à la Réforme, s’exilent et suivent les mêmes chemins.

Les Marcel de Crupies (d’après l’étude généalogique d’un village de Drôme provençale -Crupies 1695-1792 – Garaud et Troost)

Ce n’est pas le chemin du départ qu’ont suivi les Marcel de Crupies, ancêtres d’Alain. Ils ont  choisi celui de la résistance et du désert dans cette paroisse qui ne comptait pas plus de 200 âmes réparties dans une dizaine de hameaux au début du 18eme siècle.

Le premier ancêtre connu, Gaspard Marcel, est mort en 1705, enterré dans son champ, interdit de cimetière paroissial pour avoir refusé d’embrasser la religion catholique. On retrouve plus de détails dans les registres d’état civil.

crupies-6« Le 28ème juin mille sept cent et cinq environ la minuit est décédé Gaspard Marcel habitant à la combe de Crupies. Le dit Gaspard est mort subitement puisque le même jour qu’il est décédé il était en réunion publique de ce lieu convoqué par ordre du Sr Chatelain à la réquisition des consuls de cette paroisse… »  Garaud et Troost commentent :  Un consul – délégué élu par l’assemblée des chefs de famille- devait être désigné et le Chatelain avait invité les électeurs à une réunion pour l’élection du consul, le personnage le plus important du village. L’ambiance fut sans doute chaude, la passion politique  débouchant sur la mort d’un participant !

Peut-être le Jean Marcel et le Zacharie Marcel condamnés aux galères en 1687 et tous deux morts à la peine, sont-ils les frères -ou les cousins- de Gaspard ? On retrouve leurs noms au musée du désert au Mas Soubeyran Mialet à Anduze:

En 1719 , la maison du fils de Gaspard,  Antoine à la Combe est détruite par une dragonnade (expédition punitive organisée par les pouvoirs pour « inciter » les protestants à la conversion) . Zacharie, autre  fils de Gaspard et frère d’Antoine s’installe à La Vialle, le hameau isolé perché en haut d’un promontoire vertigineux, longtemps abandonné (photo ci-dessous). La famille semble rester à Crupies ou dans les environs et vivre de la terre.Un siècle plus tard l’édit de tolérance de Louis XVI (1787) et la révolution ont mis fin aux persécutions.

Jean Etienne Marcel  (1814-1861) est instituteur et il épousera à Dieulefit successivement deux des filles Vignal (en 1842 et 1851), filles d’Etienne Vignal fabricant potier originaire d’Ardèche installé à Dieulefit. Il aura un garçon Etienne Leopold, l’arrière-grand-père d’Alain. Ainsi, à  Crupies, à la fin du 19 eme siècle il n’y a plus de Marcel; c’est à Dieulefit que se perpétue la lignée.

Alain a voulu retrouver ce fil en choisissant la mairie de Crupies pour célébrer les noces

Les Koch d’Allemagne (d’après le livre « Sollen wir W.K  weiterbeobachten ? » traduction à paraître prochainement)

Le livre du pasteur Werner Koch, père d’Hanna, ne parle pas de généalogie mais de résistance au nazisme cette fois. Werner fut une des figures de « l’église confessante », (die bekennende Kirche), une tendance dans l’église protestante qui s’opposa rapidement à Hitler, contrairement à l’église officielle noyautée peu à peu par le pouvoir nazi. Tout le monde connaît la citation suivante :

«  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »

Il s’agit d’un discours du pasteur Martin Niemöller, finalement arrêté en 1937. Il restera dans les camps de concentration jusqu’en 1945.

Werner fut son compagnon de lutte, il fut à l’origine de l’appel des pasteurs en 1933 contre les mesures anti-juives. Il connut aussi les camps de 1936 à 1938. Après la guerre il a poursuivi sa carrière de pasteur à Berlin, puis dans un village en Rhénanie du Nord puis en Basse-Saxe. Hanna (ci-dessus avec son père) y a grandi avec ses quatre sœurs et son frère, avant de s’installer à Paris à l’âge de vingt ans.

Après ce détour historique sur trois siècles, cet improbable mariage en pays huguenot paraît tout à fait naturel et un juste retour des choses 330 ans après la révocation de l’édit de Nantes.

Dans ces paysages qui inspirent la paix (ici le temple de Tonils qui desservait tous les hameaux de Crupies), comment s’imaginer que de telles passions meurtrières ont pu dévaster cette paisible société rurale ?

 

 

Sète : une Toussaint estivale

Les prévisions météo l’annonçaient sans conteste : plusieurs jours de grand beau temps autour de la Toussaint, en particulier dans le sud. Une bonne raison pour sortir le camping-car avant l’hivernage, à laquelle j’ajoutais une envie de redécouvrir cette petite ville du sud qui m’avait vu naître en 1948 et que j’avais quitté à l’âge de 15 ans.

En bon camping-cariste, une première question s’impose à moi : où vais-je pouvoir stationner mon engin ? Comme dans toute zone touristique, la municipalité cherche à limiter les possibilités de stationnement. Heureusement, Sète propose une aire pour Camping-car bien aménagée, à 30 m de la plage, immense qui s’étend entre Sète et Agde. L’inconvénient c’est qu’on se trouve à 7-8 km du centre-ville. La solution, c’est le vélo sur la voie verte qui nous amène vers l’agglomération.sete-voie-verte-bis-1040924je suis installé au milieu de familles en vadrouille, de cyclistes randonneurs et de pécheurs assidus qu’on voit tard dans la journée auprès de leurs cannes.sete-pecheur-plage-1040964 Le soir tombe sur notre bivouac, nous sommes sur une bande de sable, un cordon littoral étroit qui sépare le bassin de Thau au Nord, de la Méditerranée au sud. D’énormes travaux ont rendu à la plage menacée de disparition son étendue de jadis. Derrière : les parkings, la route, la voie ferrée, les vignes et partout ces rangées de cannes de Provence.sete-cannes-1040962Dès le matin, me voici sur le vélo prêt à mon expédition. D’abord un petit tour au domaine de Listel , un km plus loin. Ces vignes appartenaient aux Salins du Midi, elles avaient connu une grande prospérité au début du XXème siècle lorsque les vignobles crevaient tous du phylloxéra. on s’était aperçu que le phylloxéra ne se développait pas dans les sols sableux. Depuis Listel s’est fait une spécialité de vins faciles, légers, rouges,  rosés ou gris – le vin des sables qu’on retrouve aussi en Camargue. La particularité des plantations est géométrique : la longueur des rangs se compte ici en km !sete vigne Listel-1050002Direction La Corniche,le quartier touristique qui ouvre sur les plages, jadis quelques hôtels, 2-3 immeubles, une maison de retraite, aujourd’hui marinas, port de plaisance, résidences de vacances , promenades aménagées…  Bref ce quartier s’est terriblement modernisé à partir des années 1980. Inutile pour moi de chercher la clinique où je vis le jour, elle a disparu depuis belle lurette au profit des résidences avec vue sur mer.sete la corniche-1040931Heureusement, un peu plus loin, je retrouve inchangée la baignade où nous avions nos habitudes. La crique de La Nau attire les courageux qui profitent de ce temps estival.sete crique la nau-1040944 En avançant on aborde la Sète ancienne, bâtie autour de son port au pied du Mont Saint-Clair. Nous habitions un peu plus loin, ancienne route d’Agde, aujourd’hui baptisée rue Jean Vilar (il y avait sa maison de famille), la Villa « Les Embruns » qui méritait totalement son nom lorsque les tempêtes d’automne nous envoyaient des paquets de houle qui traversaient la route du bord de mer. Mais nous étions aux premières loges dès que le soleil réchauffait l’eau pour piquer une tête depuis les rochers ou observer le manège des voiles qui gagnaient le large.sete-rue-jean-vilar-1040967Rien n’a changé dans cet ancien quartier résidentiel. La fraîcheur des pins au bout d’allées ombragées, des entrées modestes, une grille rouillée. sete villa ancienne-1040938Pour avoir une vue complète de la ville, il faut monter au Mont Saint-clair, 180 m de dénivelé. on voit que la ville d’origine s’est construite, à partir de 1660, autour des canaux pour créer un débouché au canal du Midi qui arrive dans l’étang de Thau.sete-panoramaLa route descend jusqu’au port. Sur le chemin, je m’arrête au cimetière marin, comme beaucoup de sétois en préparation du 1er novembre et je répare une omission : tout le temps de mes jeunes années vécues tout à coté du cimetière, je n’avais jamais eu la curiosité de visiter la tombe de Paul Valéry, relativement discrète au regard de bien de ses voisines et surtout signalée comme le caveau de la famille Grassi du nom de son grand’père maternel Giulio  « il cavaliere Grassi Console di SM il Re d’Italia » consul d’Italie.sete cimetiere marin-1040982…Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

C’est en hommage à ce fameux poème que le cimetière  autrefois Saint-Charles fut dénommé « Cimetière marin ».

Inutile de chercher Georges Brassens dans cette situation d’exception -la plus belle vue sur le port-; celui-ci est enterré au cimetière du Py, coté étang de thau, le cimetière des sétois ordinaires.

Tous les chemins nous conduisent au port, le centre névralgique de Sète. Il vaudrait mieux parler « des » ports de Sète. Derrière le môle que je parcours, se sont installés les plaisanciers. sete le port-1040955Plus loin , le long du quai de la Marine ce sont les pêcheurs avec les immenses chalutiers qui en font le premier port de pêche en méditerranée. On est loin des « bateaux boeufs » de mon enfance construits en bois sur place. A l’autre bout  s’ouvrent les bassins du port commercial. Autrefois spécialisée dans le commerce du vin avec le Magrheb, l’activité s’est diversifiée. Une liaison régulière de ferrys avec le Maroc et une étape prisée pour les croisiéristes dont on aperçoit les immenses navires depuis le quartier haut, le quartier des pécheurs.souras haut-1040972Ce quartier Haut – que je traversais tous les jours pour aller au Lycée Paul Valéry- n’a pas beaucoup changé, même si les façades des petits immeubles sont plus coquettes que jadis. Au bout de la rue Villaret Joyeuse qui domine directement le port de pêche, s’élève l’Eglise décanale (doyenne) Saint-Louis, sans doute la dernière que j’ai fréquentée dans une vie désormais athée.sete rue villaret joyeuse-1040974Sète dans mon enfance était une ville de gens modestes, voire pauvres, à part un tout petit noyau de riches. Les habitants étaient pécheurs, marins, dockers, employés dans les entreprises de négoce du vin, ouvriers de la cimenterie ou de la pétrochimie de Frontignan. On votait naturellement communiste. Le tourisme -plutôt relégué dans les campings de bord de plage- pesait peu sur l’économie et l’urbanisme de la ville. Juste des revenus complémentaires pour les sétois qui louaient un petit meublé quelques semaines par an. C’est sans doute une particularité si l’on compare aux autres villes côtières. Dans mon souvenir, elle était juste une petite ville de province- une belle endormie.

Aujourd’hui les sétois ne sont guère plus riches (25% de pauvreté contre 14% au niveau national), le chômage est élevé (22% contre 9,9%) mais le tourisme a profondément marqué la ville avec les aménagements de la Corniche, la multiplication des résidences de tourisme et même un casino !

Mais avec l’éternelle vedette des lieux : la mer le long des plages sans fin, la mer au pied des rochers, la mer à l’entrée du port…sete-promenade-leclerc-1040950A signaler , au milieu d’une riche activité culturelle, ImageSingulières organise un festival annuel de photographie documentaire : Du 24 mai au 11 juin 2017

Photographes à Arles

Sur les conseils d’Amélie nous avons suivi un stage photo à Arles du 16 au 18 septembre dernier. Il s’agissait de « trouver sa sensibilité photographique… ». Pendant trois jours, nous avons évoqué les différents courants photographiques et surtout nous sommes partis matin et soir en chasse d’images et de thèmes qui pouvaient nous inspirer chacun particulièrement. Pas question de visites touristiques banales -les occasions ne manquent pas dans cette ville au passé si riche, surtout quand on sait que le lieu d’accueil du stage se trouve juste en face des Arènes.arles les arenes Dès qu’on marche dans Arles , on retrouve le Rhône, puissant, immense. la ville lui doit sans doute sa naissance, peu avant l’ère commune (avant JC), lorsque les vaisseaux de toute la méditerranée venait se transborder dans des chalands lourdement chargés. Pour preuve les découvertes des plongeurs archéologues qui remontent du fond en 2007 un buste de César et ce chaland admirablement conservé dans la vase, reconstitué et exposé au musée Arles Antique.arles le clairon-8207Le Rhône d’aujourd’hui fait plus de place aux bateaux de croisière qu’aux péniches commerciales mais le fleuve reste l’axe majeur de cette ville, quelle que soit l’heure de la journée.arles-le-soir Mais le fleuve n’est pas toujours le meilleur ami de la ville. En 2003 de terribles inondations ont envahi le nord de la commune: 10 000 habitants sinistrés. Les digues construites après les grandes inondations de 1856, mal entretenues, n’ont pas résisté à la crue. Depuis de grands travaux ont été entrepris, les digues solidifiées, les quais rénovés, et les murailles qui les dominent relevés de 2 m.arles-les quai trinquetailleLa ville vit ainsi derrière des remparts, désormais plus séparée du fleuve, mais rassurée. De loin en loin des passages rappellent la présence du fleuve, ils permettent d’accéder aux quais inférieurs, ils peuvent être obstrués hermétiquement en cas d’alerte.arles-les quaisAvec notre camping-car, nous sommes installés à l’aire de service de Trinquetaille , sur la rive droite du Rhône, en face de la rive « noble » de Arles, le coeur de la cité avec ses vestiges romains et ses hôtels particuliers. Trinquetaille, à part ses immeubles coquets autour du cimetière, c’est un quartier populaire, ouvrier où s’exposent les stigmates de la ville industrielle.arles-ruine industrielle A part une papeterie encore en marche, on ne voit plus que friches industrielles, hangars abandonnés, cheminées inutiles. C’est le paradis des herbes folles et des grapheurs. Les  multiples voies de chemin de fer rouillées sont  tournées vers le sud, la Camargue, une ligne fermée depuis 1958 avec la fin de la Compagnie des Chemins de Fer de Camargue qui desservait Salin de Giraud et Les Saintes-Maries de la Mer. Zone industrielle, gare de triage, entrepôts et ateliers de réparation, il ne reste que quelques vestiges au bord de la ruine. Entre les usines et la voie rapide, des HLM un peu décatis résistent à la désertification.trinquetaille-friche-8112 La désindustrialisation a marqué profondément ce territoire. Le résultat : 16% de chômage et un taux de pauvreté de 22% (contre 14 au niveau national). Beaucoup d’emplois dans les services et l’hôtellerie, souvent saisonniers.arles-le-clairon-8113Heureusement Arles se tourne vers un autre avenir. En 1970 quelques passionnés de la photo (dont Lucien Clergue, Michel Tournier…) lancent les Rencontres Internationales  de la Photographie qui installent des expos dans les lieux emblématiques d’Arles. Au début confidentielle, la manifestation ne tarde pas à attirer les grands noms de la photo au niveau mondial et à séduire un large public. Mais l’année 2010 marque un tournant décisif. La fondation LUMA, présidée par Maja Hoffmann (la famille Hoffmann représente la 2ème fortune de suisse) décide d’investir à Arles en  transformant les anciens ateliers ferroviaires en espaces muséaux et  en construisant sur le site un vaste édifice destiné à abriter le Centre pour la Dignité Humaine et la Conscience Ecologique.luma-tour-gehry8141Cette tour de 10 étages, conçue par Frank Gehry, encadrée par des grues aux mouvements incessants, est visible des quatre coins de la ville. Les arlésiens laissent entendre que le budget n’a pas de limite. Elle viendra compléter les vastes constructions industrielles presque entièrement rénovées et aménagées. Un vrai labyrinthe à parcourir avec ses arrière-scènes et passages secrets.arles-ateliers luma

Arles est sur le chemin de devenir une des capitales mondiales de la photographie et de l’art contemporain.arles-le-clairon-8129On se demande quelle place les ouvriers des ateliers (plutôt leurs enfants ou leurs petits enfants) pourront tenir dans ces nouvelles activités : gardien de musée, agent d’accueil et d’administration, personnel de restauration…?

Les 100 000 visiteurs des rencontres n’ont cependant pas modifié en profondeur la vie douce des Arlésiens et leur habitudes festives. La fraîcheur des ruelles étroites, une pétanque avec les copains, un apéro sur le boulevard des Lices après le défilé du Corso du Riz…corso-du-riz-8201Depuis Van Gogh, à la fin du XIXème siècle, Arles connaît la cohabitation heureuse avec les artistes qui l’ont choisie. Le développement des rencontres et de la fondation LUMA ouvre une nouvelle page dans cette belle histoire.montage-vangogh

Le pont Van Gogh se situe sur le canal d’Arles à Fos-sur-Mer, un peu au sud-Est de la ville. Il a été reconstruit et restauré à quelques centaines de m de l’emplacement initial.

Les photos sont de Danièle et Norbert. Danièle a confectionné un petit livre photo que vous pouvez consulter -et commander- ICI

Retrouvez aussi le Clairon en Camargue

Le Nant du Beurre – Entre Beaufortain et Tarentaise

« Il faut absolument y aller ! La vue est magnifique, le refuge est tout neuf et très beau et Pascale est une fine cuisinière ». Yvette, la tante savoyarde de Danièle n’a pas ménagé ses louanges pour nous vanter les mérites d’une petite expédition au Nant du Beurre où sa nièce Martine officie les WE au service. Elle parle en connaissance de cause puisqu’elle a fait l’ascension l’année dernière à l’âge de 85 ans, 2H de marche qui sont devenues le double pour son train de sénateur.

Le Nant du Beure, tire son nom du patois savoyard (Nant veut dire ruisseau) et sans doute du beurre que le berger met au frais dans le ruisseau dans sa toupine (jarre en terre vernissée d’une contenance de huit à dix litres où l’on conservait le beurre ou le saindoux). C’est un alpage qui s’étend jusqu’au Grand Crétet (2292m), le domaine d’estive d’un troupeau de 200 belles Tarines.nant du beurre-8039

Le refuge se trouve à 2080 mètres d’altitude; il  est placé au milieu d’un vallon ensoleillé et jouit d’un magnifique panorama sur la Lauzière, Le cheval Noir, la Vanoise, le massif des Ecrins et la Meije.

Partis à la fraîche, à 7H du matin , nous nous élevons dans le vaste vallon. Nous ne tardons pas à découvrir le panorama qui s’offre à nos yeux encore plongés dans l’ombre. En haut , au milieu, le col de la Madeleine nous fait face.nant du beurre-8057Le vallon n’est pas désert, de nombreuses bergeries s’étalent le long du parcours.

Malgré notre défaut d’entrainement, nous progressons assez vite : au bout de 2H et quart, nous arrivons au refuge où nous attend un solide petit déjeuner : pain et confiture de myrtilles faits maison. Martine nous signale tout l’intérêt de monter plus haut, pour le point de vue. Danièle, qui a récupéré ses forces me convainc de reprendre la marche. Et le chien qui commence à souffrir de la chaleur, va nous suivre avec bonne humeur.nant du beurre-8037Arrivés au col des tufs blancs (2304 m), nous comprenons qu’il faudrait poursuivre plus haut-jusqu’au Col des Génisses pour profiter du panorama sur le Mont Blanc que nous avait promis Martine. Alors, les jambes fatiguées et l’estomac creux nous commandent de retourner au refuge où le repas de midi se prépare. Poulet aux agrumes accompagné de ravioles sautés, Pascale et son équipe ont fait des merveilles en cuisine. La prochaine étape sera la descente; mais nous avons le temps , le temps de flemmarder devant ce magnifique paysage.nant du beurre-8047Et d’observer le manège des vaches qui se rapprochent progressivement de la salle de traite mobile. Il est bientôt 15H et la traite bi-quotidienne va commencer Ces Tarines aux yeux joliment maquillés constituent l’essentiel du troupeau, avec quelques Abondance, c’est la règle de l’appellation Beaufort.nant du beurre-8048Le moment du retour se rapproche. Le service se termine pour l’équipe du refuge . Martine et Pascale, le pilier de l’établissement,viennent partager quelques nouvelles avec Danièle à l’ombre du parasol.nant du beurre-8050Nous serons vite en bas sur le parking du Tovet. Mais la descente , sous le soleil impitoyable de l’après-midi nous a semblé plus difficile que la montée de ce matin.

nant du beurre-0003Le lendemain, nous nous sommes dirigés vers la vallée d’en face. On monte par une route souvent étroite et abrupte vers le col de la Madeleine.Tout en haut, le panorama est exceptionnel. Ce matin-là le Mont-blanc est devant nous, sans brume, sans nuage, faisant la joie des touristes prompts à se faire photographier en situation.Nous avons quitté la Tarentaise et ses reliefs puissants mais relativement doux. S’ouvre maintenant devant nous la descente vers la Maurienne et ses montagnes, ses hautes montagnes.

Le causse Méjean – entre les gorges du Tarn et de la Jonte

 L’association Effervescence proposait pour le week-end de l’ascension un séjour touristique et sportif dans les gorges du Tarn que nous avons suivi avec plaisir (et tranquillement – à la différence des plus audacieux qui n’ont pas manqué de parcours difficiles à pied ou en VTT)).mejean-22 Pour bien comprendre l’ambition sportive, il faut se rappeler que le Causse Méjean, grande pénéplaine calcaire et dolomitique, est le plus haut des Causses (altitude moyenne : 1000 m) et qu’il domine, par des falaises abruptes, de quelques 600m les vallées du Tarn et de la Jonte. Toutes les bourgades importantes sont dans les vallées et toutes les routes d’accès franchissent (avec plus ou moins de lacets ) ce dénivelé.

Dès l’arrivée à La Malène, l’aventure commence. la malene mejean-2La route, signalée comme difficile (mais qui voit le panneau sur le pont du Tarn?) et interdite aux véhicules de plus de six mètres, est la voie d’accès la plus rapide en venant de l’A 75 pour atteindre le gîte de Riesse.

Confort spartiate mais pique nique dans la bonne humeur avant la visite de la ferme Caussenarde.IMG_7652

Là tout n’est que pierre, du sol au faîte de la maison, et manque d’eau. La lavogne ancestrale ( le trou d’eau où s’abreuvaient les bêtes) a été comblée après la noyade d’un enfant et la ferme vivait sur ses trois réservoirs d’eau de pluie. Plus personne n’habite cette ferme que les grands-parents de la guide ont commencé à faire visiter dans les années 70.

Plus isolé encore le hameau de Cassagne qui ne ressort du paysage minéral et végétal que par les pignons de ses toits en lauze . cassagne mejean-7724

Sur le Causse, la densité démographique (1,4 habitants au km2) est dite pré-sahélienne par les géographes ! Et tous les habitants avec lesquels nous discuterons nous le confirmeront, il faut des activités annexes pour rester vivre sur le Causse : s’employer chez Salakis (feta) ou chez Quezac (eau minérale), attirer les touristes comme notre hébergeur qui a construit son gîte lui-même avec des pierres de bergeries abandonnées et qui est responsable de l’alimentation en eau du Causse (eau qui vient de l’Aigoual – 250 km de tuyaux pour 800 abonnés seulement!) ; sa femme, quant à elle, travaille dans l’école du Causse.

Les agriculteurs restants mettent un soin infini à conserver et développer les rares terres labourables. Le travail de ce sol très coloré par les oxydes de fer constituent de vraies oeuvres d’art.champ  mejean-09Les habitants manquent mais pas les animaux sauvages. Le loup qui est revenu, on ne sait comment, et dont tout le monde parle mais que nous n’avons pas vu. Et les Vautours, réintroduits dans les années 80 venant d’Espagne, acclimatés dans des volières et relâchés en 1991, qu’on voit maintenant partout planant entre les falaises…mais si haut, si loin qu’il n’est pas facile à photographier même au téléobjectif malgré un affût de quelques heures.

La promenade qui suit la visite aux vautours et le délicieux pique-nique pris dans le vent au milieu des pins noirs d’Autriche est vertigineuse et rien ne vous le fera mieux comprendre que cette vidéo et cet aperçu des falaises.IMG_7689

De retour au gîte, l’activité cuisine prévue au programme commence réellement avec la préparation du poulet basquaise (pour le soir même) et du waterzoï (pour le lendemain). montage waterzoiLe lendemain , le beau temps permet d’envisager une expédition sur le Tarn.   Les barques et les canoés  pour la descente du Tarn à partir de la Malène. La descente en barque , conduite par un batelier-expert (permis de navigation et permis de transport de personnes) nous permet d’apprécier ce mode de navigation traditionnel, du temps où la route n’existait pas. Sans moteur, mais avec deux bateliers munis de lattes, les anciens (voir l’histoire de la batellerie sur le Tarn) descendaient  les bateaux, passaient les bancs de graviers et les rapides.barque mejean-1040849 La barque était construite à l’aide de grossières planches.A l’arrivée, le batelier remontait le parcours en tirant son embarcation , quelque fois à l’aide de chevaux. P1040848

Aujourd’hui, Les barques sont en aluminium et les bateliers ne tentent de remonter le courant que pour s’amuser… avec un succès incertain.

Maintenant un seul batelier suffit avec un moteur et une latte pour conduire très calmement six personnes sur la barque à fond plat.barque mejean-1040857 Mais il faut bien connaître les passages et les dangers à éviter. Notre batelier s’appelle Damien; il a repris le flambeau de son grand’père, un des fondateurs, il a préféré quitter la banque pour retrouver cette nature qui lui manquait, malgré la relative précarité de son activité. Ces bateliers sont organisés en coopérative et apprécient un petit like sur leur page facebook !

Les gorges du Tarn ne se dévoilent pas au premier regard. La rivière fait de nombreux virages et chaque fois le spectacle de l’eau et des falaises est différent. montage tarn

Les barques sont hissées par 2 ou 3 sur des remorques adaptées. Le retour se fait en minibus par la route qui serpente au pied des falaises. Les gourmands(es) s’informent auprès du chauffeur des restaurants recommandés, bien que cette activité ne soit pas prévue au programme. Il fait doux au bord du Tarn. La Malène est un centre d’attraction pour les passionnés de 2CV, les amoureux de vieux bolides et les motards en bande.

Parmi nous, les moins sportifs prennent un apéritif sur une belle terrasse ombragée par un marronnier en admirant les potagers des habitants de La Malène. Les plus sportifs, après une descente en canoé…remontent à pied !!!!

L’après-midi est consacré à la visite de l’aven Armand. aven mejean-44C’est une immense caverne à 100 m sous le Causse pleine d’une forêt de stalagmites, après une descente en funiculaire sur plus de 200 mètres. L’orifice du gouffre était connu de tout temps des bergers mais il a fallu l’audace et les connaissances du duo Louis Armand, forgeron et Edouard-Alfred Martel, spéléologue, pour organiser le 18 septembre 1897 la première expédition. Ce n’est qu’en 1927 qu’elle fut aménagée pour recevoir du public. Jeux de lumières agréables, commentaires pas vraiment passionnants, mais le tout est très reposant à l’abri du vent qui souffle sur le Causse.

La soirée est toute consacrée à la cuisson et à la dégustation du Waterzoï, recette légère et diététique qui vaut vraiment le détour.

Notre regret : nous n’avons pu tester la Flaune, tarte au fromage (recuite de brebis ou tout simplement brousse), dessert  symbole de la gastronomie caussenarde. A Rieisse, le Gaec a arrêté la production de ce fromage à base de petit lait. Il aurait fallu parcourir encore plus de 15 km.

Mais le séjour se termine, les comptes ont été faitscomptes mejean-1040901 (et équilibrés) et l’hébergeur payé, le ménage se termine après le repas, les plus sportifs n’hésitent pas à faire en vélo un aller-retour jusqu’à La Malène (600m de dénivelé négatif et positif !) avant de ranger les bicyclettes sur les porte-vélos.

Avant que tout le monde se sépare, impossible d’oublier la traditionnelle photo de groupe, nous avons même enrôlé un promeneur comme photographe !groupe mejean-7752

Nous ne voulions pas quitter Rieisse sans explorer le Roc des Hourtous, petite plate-forme au dessus du vide avec un panorama à couper le souffle. L’endroit a été aménagé autrefois par le conseil général. On peut maintenant y prendre un café ou un repas caussenard et surtout se diriger vers le point de vue, malgré le vent et la grisaille de cette journée.hourtous mejean-

Les textes et les photos sont de Danièle , le post-traitement, la mise en page et la mise en ligne de Norbert 

Bibliographie (wikipedia)

  • Une partie de l’histoire du roman Miserere2, de l’auteur Jean-Christophe Grangé, a pour cadre le causse Méjean.
  • Jean Benoît-Lévy a filmé le causse Méjean en 1936 dans son documentaire de court-métrage Le Causse.
  • Le film Scout toujours… (1985) de Gérard Jugnot a de nombreuses scènes tournées sur le Causse Méjean.
  • L’action du roman de Raymonde Anna Rey intitulé Les sentiers du Vieux Causse paru en 1978 se déroule sur le Causse Méjean dans un petit village cévenol.
  • C’est un peu plus loin, en direction des Cévennes, au Pont de Montvert  que Raymond Depardon a réalisé la série documentaire Profil Paysans, en suivant sur plusieurs années l’évolution de quelques agriculteurs traditionnels.

En Chartreuse : Le Guiers , Mort ou Vif ?

La Chartreuse, qui se dresse entre Grenoble et Chambéry est un pays de frontière, dont le tracé grimpant sur les sommets, se coulant dans les vallées, a toujours séparé la Savoie et le Dauphiné, autrefois états (France et Savoie, indépendante jusqu’en 1860), aujourd’hui départements.chartreuse01-659x656
Mais l’affaire n’a jamais été simple : Le traité de Paris en 1355 amène une délimitation géographique : C’est le Guiers qui définit la frontière ; mais lequel ?
Eh bien celui qui se jette dans le Rhône à Saint-Genix en Guiers et qui remonte jusqu’au village d’Entre Deux Guiers. Jusque-là tout va bien. Mais en amont tout se complique.
Nous avons deux candidats à l’appellation Guiers jusqu’à sa source : D’une part le Guiers (Vif) qui traverse Saint-Pierre (d’Entremont) et rejoint la vallée à travers les Gorges du Guiers (Vif) , d’autre part le Guiers (Mort) qui traverse Saint-Pierre (de Chartreuse) et rejoint la vallée à travers les Gorges du Guiers (Mort). Au nord la Savoie ( Le Duché de Savoie). Au sud le département de l’Isère (autrefois le Dauphiné et la France) ,
La question est maintenant tranchée, c’est le Guiers Vif qui sépare les départements. Mais on imagine à quel point cette incertitude sur la frontière a pu faire le bonheur des contrebandiers dont le premier d’entre eux Mandrin a laissé sa marque dans tout le pays.
Mais la dispute ne s’arrête pas là : le Guiers Vif (en Savoie, donc) a deux affluents l’Herbetan et le Cozon ; Le Guiers Mort (en Isère donc) a deux affluents … l’Herbetan et le Cozon. Saint Pierre d’entremont est une commune d’Isère mais de l’autre coté du pont, en Savoie, l’autre commune s’appelle aussi Saint-Pierre d’Entremont, chacun son Eglise, sa mairie, son école, sa pharmacie!
En Isère nous avons bivouaqué au col du Cucheron (photo ci-dessous), au-dessus de Saint-Pierre (de Chartreuse). Le lendemain, à quelques km de là, en Savoie, au-dessus de Saint-Pierre (d‘Entremont) nous faisons halte au Col … du Cucheron.bis-6279
Cependant, sur cette frontière, il est un site unique  : c’est le cirque de Saint-Même, en remontant la haute vallée du Guiers Vif. Promenade très populaire, dominicale ou estivale, l’affluence est telle que l’accès depuis la vallée est régulé aux moments de pointe.IMG_6356 Nous arrivons très tôt, à 8 h et demie sur le parking encore désert, ce qui nous permet de choisir la place la plus ombragée.  Les chemins partent au sud ou au nord de la rivière,longent le Guiers en traversant de larges pelouses où s’installent les pique-niqueurs autour des tables implantées par le parc. Les familles ne vont souvent pas plus loin, ravies de passer une après-midi dans la fraîcheur. Les promeneurs plus sportifs se retrouvent dans les chemins en direction des cascades  sur des pentes plus escarpées, surtout sur l’accès Nord qui permet une arrivée par le haut . C’est là qu’on aperçoit la source (l‘exsurgence puisque le Guiers Vif est dans un premier temps une rivière souterraine) qui sort de la falaise et  alimente les quatre cascades inférieures :cascade des Sources, Grande cascade, cascade Isolée, Pisse du Guiers. Des deux cotés la perspective est fermée par ces falaises calcaires qui dominent de 500m le plancher du cirque.IMG_6342

Isère ou Savoie ? La meilleure manière de dépasser ce malaise et cette incertitude géographique c’est de se tourner vers le vrai repère spirituel du Massif , le monastère de la Grande Chartreuse . Parking auprès du Musée, approche à pied (zone de silence) .IMG_6270

Les bâtiments, immenses , parfaitement entretenus se dressent derrière un mur d’enceinte continu qui isole totalement les moines du monde extérieur. La règle des Chartreux est parmi les plus rigoureuses :   bis-6271les religieux observent une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l’abstinence complète de viande.  Enfin… un isolement presque total, puisqu’il faut bien sortir les poubelles…

Un peu à l’écart, en dehors de l’enceinte, une hostellerie abrite les familles en visite (pas plus de deux jours par an pour ceux qui ont prononcé leurs voeux). Le chemin continue ensuite en direction de la chapelle Saint-Bruno et des ruines du premier monastère. C’est aussi une randonnée en direction du Grand Som.

Le massif de la Chartreuse est vraiment destiné aux randonneurs -nous n’en faisons pas partie- qui aiment flirter avec les 2000m après de longues marches d’approche  , car peu de routes carrossables rapprochent des sommets. Sauf Charmant Som.  La petite route en lacet nous amène directement à l’estive. Ici, oubliées les pentes noires, les plantations vert sombre d’épicéa, les horizons barrés des vallées encaissées. Enfin des perspectives dégagées, des pelouses à l’infini, et le troupeau paisible au dessus des sommets. bis-6263Le lendemain nous trouve plus au Nord , du coté du col de La Cluse, petite station de ski où nous bivouaquons sur le parking. Pentes douces, grands espaces et vue sur le Mont Blanc. Le crépuscule s’avance, effaçant petit à petit les silhouettes des fermes isolées.bis-6382 La Savoie nous attire ( Andréas et Dorine, en attente d’une naissance habitent Aix-les-Bains). Chambéry, longtemps capitale du Duché de Savoie, ferme l’angle nord de la Chartreuse, à partir du Col du Granier.  Nous nous attardons peu au col, juste pour observer l’impressionnante falaise (la plus haute de France, 700m, qui domine Chambéry). On voit encore qu’une partie importante de la montagne a cédé à cet endroit au 13eme siècle, ensevelissant tous les villages en dessous.bis-6386

Chambéry c’est la porte ouverte vers le lac du Bourget. Nous délaissons Aix-les-Bains où les enfants ne nous attendent pas pour explorer la « cote sauvage » . A l’ouest la montagne plonge quasi à la verticale dans les eaux du Lac. La route monte sous la Dent du Chat, parcourt la corniche élevée et s’abaisse pour rejoindre l’Abbaye de Hautecombe. Au milieu de la canicule de ce mois de juillet de 2015, c’est un havre de paix et de fraîcheur, au milieu des baigneurs qui profitent de la douceur de cette fin de journée. Un petit paradis !bis-6404

Montagnieu : Drôle d’endroit pour une rencontre familiale

Montagnieu est un petit village de l’Ain, perché sur les contreforts méridionaux du Jura, dominant la vallée du Rhône. Il est connu et apprécié depuis longtemps pour son vin blanc pétillant qu’on dégustait, à côté des beaujolais, dans les bons bouchons lyonnais. Et le train amenait dès le début du XXème siècle, sa cargaison de visiteurs endimanchés.pentes montagnieu
C’est ce petit village viticole, déjà peuplé de résidences secondaires, qui retint l’attention de mes parents, en virée touristique loin de Sète où ils résidaient alors, un beau jour de l’été 1946.vin Une halte au Café Archirel (toujours actif de nos jours) pour un casse-croute (une omelette aux champignons p.ex) accompagnée des bulles d’une roussette bien fraîche, les a vite décidés (ma mère, sans doute, plus téméraire que mon père) à donner suite à la proposition de l’aubergiste d’acheter la maison d’en face à Mme Bouvard, récemment veuve d’un musicien de l‘Opéra de Lyon.
Une maison de vacances

Le 17 juillet 1946 ils prenaient ainsi possession de cette maison grande, à la simplicité rustique, bâtie par quelques générations de paysans sur le rebord extrême de la pente, face à une vue imprenable sur la vallée d’un Rhône alors encore sauvage.
C’est à la suite que la famille (ma sœur, mon frère puis moi, bébé, dès l’été 1948) passa les étés du 1er août au 15 septembre dans ce que nous considérions comme un petit paradis, en délaissant les plaisirs torrides de la plage de Sète, ce qui déclenchait l’incompréhension de nos interlocuteurs qui rêvaient, eux, de bord de mer.
Sortis dès le matin, nous n’avions de contrainte que les repas et un couvre-feu très élastique. Les cabanes à construire sur Saint-Didier, les espaces à parcourir en Chépieu, le tour de la montagne en revenant par Seillonaz, le panorama du Saut de la Biche, les après-midi auprès de l’eau le long de la Brivaz ou les virées en vélo au lac d’Ambléon, les ballades sous la lune dans les chemins creux, notre programme d’activités était sans fin, sous la simple direction d’une bande de gamins enjoués et remuants. Quelquefois , ce sont les familles entières-2,3 générations- qui partaient en balade sur les chemins herbus (ici en 1953 avec les Berthier).bis--2
Le charme de cette vie libre, au cœur de la nature nous aimantait vers Montagnieu. Après les vacances d’été, c’est Noël et Pâques qui nous rassemblaient autour d’un simple poêle à bois dans une maison gelée. A chaque approche des vacances, ce départ dans la Renault Seltaquatre (moi j’ai plus connu la Dyna Panhard, puis la Ford Vedette, plus récentes) pour un long et fatigant voyage (400 km depuis Sète sur les routes anciennes) était attendu et tant désiré.
Paradoxalement, c’est lorsque nous nous sommes rapprochés en nous installant à Lyon en 1963, que nos liens avec Montagnieu se sont distendus : j’avais 15 ans, marc 20, Dany 23, les centres d’intérêt, les amitiés n’étaient plus les mêmes.

Sans les enfants
Nos parents étaient restés fidèles au village, souvent sans les enfants. Le repos après des semaines fatigantes, un avant-goût de retraite qu’ils s’imaginaient paisible dans cette maison qu’ils avaient progressivement aménagée pour plus de confort. Mon père partait tôt le matin avec le chien pour de longues promenades, ponctuées de quelques rencontres, un paysan faisant ses foins, une bergère amenant ses chèvres- ces échanges simples avaient du prix à ses yeux- ma mère préférant le jardin ou la lecture. Quelquefois l’un ou l’autre des enfants venaient les rejoindre le temps d’un WE (ici, moi en tenue post-soixante-huitarde en Chépieu par un matin givré)bis-1976
Puis vint le temps des petits-enfants, des familles dispersées : Paris, Limoges, Bruxelles, Poitiers qui pouvaient se réunir dans ce lieu qui leur avait été commun. Mes enfants, mes neveux en ont de bons souvenirs. Mais mes parents étaient gentils, cordiaux, mais pas vraiment sociables. Il fallait attendre l’invitation ou susciter l’autorisation de s’installer dans cette maison qui n’était pas faite pour accueillir du monde (juste 2, puis 3 chambres).
Et la retraite attendue s’éloignait toujours (le commerce à tenir, les crédits à rembourser, la difficulté de vendre dans de bonnes conditions). Si bien que mon père n’en profita pas, c’est à Montagnieu, en 1976, avant ses 70 ans, qu’il ressentit le malaise cardiaque qui l’emporta.

Aller retour

Ma mère ne put prendre sa retraite qu’en 1980 après avoir réussi à vendre l’affaire. Dans son esprit, elle comptait donner suite au projet du couple : c’est à Montagnieu qu’elle finirait ses jours. En conséquence, elle quitta son appartement en location, près de son commerce à Lyon, et installa son déménagement à Montagnieu dans ce qui devait devenir son domicile principal. Pas pour longtemps …
Une fois passée l’euphorie des beaux jours, la crainte de l’isolement (Montagnieu est un désert l’hiver) l’emporta vite. Et puis ma mère n’avait pas le même goût que mon père pour les joies élémentaires de la nature, pour les échanges simples avec les villageois.
Alors, ce fut vite expédié : en quelques jours elle acheta – à distance, sans le visiter – un appartement dans le quartier lyonnais qu’elle connaissait et le déménagement fut programmé.

Une maison de famille un peu délaissée
Dès lors, notre présence à Montagnieu fut épisodique ; notre mère n’y résidant plus sans la présence de l’un ou l’autre de la famille. Il fallait tout de même s’occuper du jardin, sortir les jardinières et vidanger l’eau pour l’hiver. Les contraintes l’emportaient sur le plaisir de retrouver le village. bis-Cela dura encore de nombreuses années, jusqu’à ce que tout le monde se résolût en 1994 à vendre la maison, à un acheteur qui envisageait d’y prendre sa retraite dans un futur proche. A la différence de ma mère, il a donné suite à son projet, elle est toujours occupée de nos jours.
Ainsi s’est clos un cycle de près de 50 ans, autour de ce qu’on peut appeler une maison de famille. Ce terme évoque une permanence, une transmission entre générations, un lieu de mémoire qui dans les faits relève du fantasme. Les itinéraires des individus et des familles, la mobilité qui s’impose, les discordes, les divorces ont eu raison de nos jours de la maison de famille. Désormais, elle passe de main en mains, dans des mains étrangères, avec, à chaque fois des usages et des projets singuliers.
Mais nos souvenirs, notre relation aux lieux, au type de nature subsiste. C’est pour cela que j’ai eu l’idée de rejoindre mes nièces pour fêter mes 67 ans au restaurant Rolland aux Granges de Montagnieu avec tout le monde de ma famille recomposée. Bref, la maison de famille, n’a pas besoin de quatre murs et un toit, chacun la porte en lui, dans son cœur.

Danièle a été inspirée par cet évènement et nous livre sa réflexion sur les réunions familiales
Quand nous avions 20 ans ou même 30 ans, nous détestions, Norbert et moi, les grandes réunions familiales, et encore plus les repas de famille au restaurant.
Et puis voilà, le temps passe et quel plus grand plaisir pour nous que de retrouver tout le monde répondant à notre invitation !
Avec l’expérience et l’âge, c’est comme si nous avions compris les bienfaits de ce formalisme que nous trouvions ringuard et faux…et puis peut-être les temps ont-ils changé et peut-être avons-nous compris ce que chantait Bob Dylan il y a cinquante ans : le présent deviendra le passé et ne critiquons pas ce que nous ne pouvons pas comprendre.BOB_DYLAN_BOB+DYLAN-353899

« Venez écrivains et critiques qui prophétisez avec votre plume, allons sénateurs et députés écoutez l’appel, venez pères et mères de partout dans le pays et ne critiquez pas ce que vous ne pouvez pas comprendre…As the present now, Will later be past, The order is rapidly fading. And the first one now, Will later be last, For the times they are a-changin’. »

Maintenir le lien a du sens, un lien plus conscient des différences et des divergences que ne l’était celui que voulait construire nos parents, un lien qui laisse chacun libre de ses choix (de partenaires, d’éducation des enfants, de mode de vie, de décoration de son intérieur, d’idéologie…),ter-5951 un lien de convivialité tout simplement qui ponctue nos vies de moments dont on se souvient.

Vous les jeunes, vous êtes plus enclins que nous à rechercher vos racines et à comprendre ce qui du passé vit encore en vous, s’y répète et parfois vous fait souffrir. Nous avions plutôt tendance à croire que notre histoire individuelle était de notre unique responsabilité et que seuls les déterminismes sociaux pouvaient nous assigner une place qui n’était pas la nôtre. Avec l’âge et l’expérience, on en vient sans doute à comprendre que notre histoire personnelle découle de mécanismes mêlant psychologie individuelle et courants sociétaux, mais qu’il nous reste aussi une bonne part de liberté pour faire nos choix et être heureux.

Le formalisme des rencontres familiales est une manière bien agréable de se retrouver, d’apprendre où en est chacun et de se dire que la vie vaut la peine d’être vécue car, au-delà des soucis de chaque jour, des ruptures et des déménagements, nous construisons une famille où nous pouvons compter les uns sur les autres et nous avons des racines dans les lieux où nous avons vécu.bis-5966