En Chartreuse : Le Guiers , Mort ou Vif ?

La Chartreuse, qui se dresse entre Grenoble et Chambéry est un pays de frontière, dont le tracé grimpant sur les sommets, se coulant dans les vallées, a toujours séparé la Savoie et le Dauphiné, autrefois états (France et Savoie, indépendante jusqu’en 1860), aujourd’hui départements.chartreuse01-659x656
Mais l’affaire n’a jamais été simple : Le traité de Paris en 1355 amène une délimitation géographique : C’est le Guiers qui définit la frontière ; mais lequel ?
Eh bien celui qui se jette dans le Rhône à Saint-Genix en Guiers et qui remonte jusqu’au village d’Entre Deux Guiers. Jusque-là tout va bien. Mais en amont tout se complique.
Nous avons deux candidats à l’appellation Guiers jusqu’à sa source : D’une part le Guiers (Vif) qui traverse Saint-Pierre (d’Entremont) et rejoint la vallée à travers les Gorges du Guiers (Vif) , d’autre part le Guiers (Mort) qui traverse Saint-Pierre (de Chartreuse) et rejoint la vallée à travers les Gorges du Guiers (Mort). Au nord la Savoie ( Le Duché de Savoie). Au sud le département de l’Isère (autrefois le Dauphiné et la France) ,
La question est maintenant tranchée, c’est le Guiers Vif qui sépare les départements. Mais on imagine à quel point cette incertitude sur la frontière a pu faire le bonheur des contrebandiers dont le premier d’entre eux Mandrin a laissé sa marque dans tout le pays.
Mais la dispute ne s’arrête pas là : le Guiers Vif (en Savoie, donc) a deux affluents l’Herbetan et le Cozon ; Le Guiers Mort (en Isère donc) a deux affluents … l’Herbetan et le Cozon. Saint Pierre d’entremont est une commune d’Isère mais de l’autre coté du pont, en Savoie, l’autre commune s’appelle aussi Saint-Pierre d’Entremont, chacun son Eglise, sa mairie, son école, sa pharmacie!
En Isère nous avons bivouaqué au col du Cucheron (photo ci-dessous), au-dessus de Saint-Pierre (de Chartreuse). Le lendemain, à quelques km de là, en Savoie, au-dessus de Saint-Pierre (d‘Entremont) nous faisons halte au Col … du Cucheron.bis-6279
Cependant, sur cette frontière, il est un site unique  : c’est le cirque de Saint-Même, en remontant la haute vallée du Guiers Vif. Promenade très populaire, dominicale ou estivale, l’affluence est telle que l’accès depuis la vallée est régulé aux moments de pointe.IMG_6356 Nous arrivons très tôt, à 8 h et demie sur le parking encore désert, ce qui nous permet de choisir la place la plus ombragée.  Les chemins partent au sud ou au nord de la rivière,longent le Guiers en traversant de larges pelouses où s’installent les pique-niqueurs autour des tables implantées par le parc. Les familles ne vont souvent pas plus loin, ravies de passer une après-midi dans la fraîcheur. Les promeneurs plus sportifs se retrouvent dans les chemins en direction des cascades  sur des pentes plus escarpées, surtout sur l’accès Nord qui permet une arrivée par le haut . C’est là qu’on aperçoit la source (l‘exsurgence puisque le Guiers Vif est dans un premier temps une rivière souterraine) qui sort de la falaise et  alimente les quatre cascades inférieures :cascade des Sources, Grande cascade, cascade Isolée, Pisse du Guiers. Des deux cotés la perspective est fermée par ces falaises calcaires qui dominent de 500m le plancher du cirque.IMG_6342

Isère ou Savoie ? La meilleure manière de dépasser ce malaise et cette incertitude géographique c’est de se tourner vers le vrai repère spirituel du Massif , le monastère de la Grande Chartreuse . Parking auprès du Musée, approche à pied (zone de silence) .IMG_6270

Les bâtiments, immenses , parfaitement entretenus se dressent derrière un mur d’enceinte continu qui isole totalement les moines du monde extérieur. La règle des Chartreux est parmi les plus rigoureuses :   bis-6271les religieux observent une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l’abstinence complète de viande.  Enfin… un isolement presque total, puisqu’il faut bien sortir les poubelles…

Un peu à l’écart, en dehors de l’enceinte, une hostellerie abrite les familles en visite (pas plus de deux jours par an pour ceux qui ont prononcé leurs voeux). Le chemin continue ensuite en direction de la chapelle Saint-Bruno et des ruines du premier monastère. C’est aussi une randonnée en direction du Grand Som.

Le massif de la Chartreuse est vraiment destiné aux randonneurs -nous n’en faisons pas partie- qui aiment flirter avec les 2000m après de longues marches d’approche  , car peu de routes carrossables rapprochent des sommets. Sauf Charmant Som.  La petite route en lacet nous amène directement à l’estive. Ici, oubliées les pentes noires, les plantations vert sombre d’épicéa, les horizons barrés des vallées encaissées. Enfin des perspectives dégagées, des pelouses à l’infini, et le troupeau paisible au dessus des sommets. bis-6263Le lendemain nous trouve plus au Nord , du coté du col de La Cluse, petite station de ski où nous bivouaquons sur le parking. Pentes douces, grands espaces et vue sur le Mont Blanc. Le crépuscule s’avance, effaçant petit à petit les silhouettes des fermes isolées.bis-6382 La Savoie nous attire ( Andréas et Dorine, en attente d’une naissance habitent Aix-les-Bains). Chambéry, longtemps capitale du Duché de Savoie, ferme l’angle nord de la Chartreuse, à partir du Col du Granier.  Nous nous attardons peu au col, juste pour observer l’impressionnante falaise (la plus haute de France, 700m, qui domine Chambéry). On voit encore qu’une partie importante de la montagne a cédé à cet endroit au 13eme siècle, ensevelissant tous les villages en dessous.bis-6386

Chambéry c’est la porte ouverte vers le lac du Bourget. Nous délaissons Aix-les-Bains où les enfants ne nous attendent pas pour explorer la « cote sauvage » . A l’ouest la montagne plonge quasi à la verticale dans les eaux du Lac. La route monte sous la Dent du Chat, parcourt la corniche élevée et s’abaisse pour rejoindre l’Abbaye de Hautecombe. Au milieu de la canicule de ce mois de juillet de 2015, c’est un havre de paix et de fraîcheur, au milieu des baigneurs qui profitent de la douceur de cette fin de journée. Un petit paradis !bis-6404

Montagnieu : Drôle d’endroit pour une rencontre familiale

Montagnieu est un petit village de l’Ain, perché sur les contreforts méridionaux du Jura, dominant la vallée du Rhône. Il est connu et apprécié depuis longtemps pour son vin blanc pétillant qu’on dégustait, à côté des beaujolais, dans les bons bouchons lyonnais. Et le train amenait dès le début du XXème siècle, sa cargaison de visiteurs endimanchés.pentes montagnieu
C’est ce petit village viticole, déjà peuplé de résidences secondaires, qui retint l’attention de mes parents, en virée touristique loin de Sète où ils résidaient alors, un beau jour de l’été 1946.vin Une halte au Café Archirel (toujours actif de nos jours) pour un casse-croute (une omelette aux champignons p.ex) accompagnée des bulles d’une roussette bien fraîche, les a vite décidés (ma mère, sans doute, plus téméraire que mon père) à donner suite à la proposition de l’aubergiste d’acheter la maison d’en face à Mme Bouvard, récemment veuve d’un musicien de l‘Opéra de Lyon.
Une maison de vacances

Le 17 juillet 1946 ils prenaient ainsi possession de cette maison grande, à la simplicité rustique, bâtie par quelques générations de paysans sur le rebord extrême de la pente, face à une vue imprenable sur la vallée d’un Rhône alors encore sauvage.
C’est à la suite que la famille (ma sœur, mon frère puis moi, bébé, dès l’été 1948) passa les étés du 1er août au 15 septembre dans ce que nous considérions comme un petit paradis, en délaissant les plaisirs torrides de la plage de Sète, ce qui déclenchait l’incompréhension de nos interlocuteurs qui rêvaient, eux, de bord de mer.
Sortis dès le matin, nous n’avions de contrainte que les repas et un couvre-feu très élastique. Les cabanes à construire sur Saint-Didier, les espaces à parcourir en Chépieu, le tour de la montagne en revenant par Seillonaz, le panorama du Saut de la Biche, les après-midi auprès de l’eau le long de la Brivaz ou les virées en vélo au lac d’Ambléon, les ballades sous la lune dans les chemins creux, notre programme d’activités était sans fin, sous la simple direction d’une bande de gamins enjoués et remuants. Quelquefois , ce sont les familles entières-2,3 générations- qui partaient en balade sur les chemins herbus (ici en 1953 avec les Berthier).bis--2
Le charme de cette vie libre, au cœur de la nature nous aimantait vers Montagnieu. Après les vacances d’été, c’est Noël et Pâques qui nous rassemblaient autour d’un simple poêle à bois dans une maison gelée. A chaque approche des vacances, ce départ dans la Renault Seltaquatre (moi j’ai plus connu la Dyna Panhard, puis la Ford Vedette, plus récentes) pour un long et fatigant voyage (400 km depuis Sète sur les routes anciennes) était attendu et tant désiré.
Paradoxalement, c’est lorsque nous nous sommes rapprochés en nous installant à Lyon en 1963, que nos liens avec Montagnieu se sont distendus : j’avais 15 ans, marc 20, Dany 23, les centres d’intérêt, les amitiés n’étaient plus les mêmes.

Sans les enfants
Nos parents étaient restés fidèles au village, souvent sans les enfants. Le repos après des semaines fatigantes, un avant-goût de retraite qu’ils s’imaginaient paisible dans cette maison qu’ils avaient progressivement aménagée pour plus de confort. Mon père partait tôt le matin avec le chien pour de longues promenades, ponctuées de quelques rencontres, un paysan faisant ses foins, une bergère amenant ses chèvres- ces échanges simples avaient du prix à ses yeux- ma mère préférant le jardin ou la lecture. Quelquefois l’un ou l’autre des enfants venaient les rejoindre le temps d’un WE (ici, moi en tenue post-soixante-huitarde en Chépieu par un matin givré)bis-1976
Puis vint le temps des petits-enfants, des familles dispersées : Paris, Limoges, Bruxelles, Poitiers qui pouvaient se réunir dans ce lieu qui leur avait été commun. Mes enfants, mes neveux en ont de bons souvenirs. Mais mes parents étaient gentils, cordiaux, mais pas vraiment sociables. Il fallait attendre l’invitation ou susciter l’autorisation de s’installer dans cette maison qui n’était pas faite pour accueillir du monde (juste 2, puis 3 chambres).
Et la retraite attendue s’éloignait toujours (le commerce à tenir, les crédits à rembourser, la difficulté de vendre dans de bonnes conditions). Si bien que mon père n’en profita pas, c’est à Montagnieu, en 1976, avant ses 70 ans, qu’il ressentit le malaise cardiaque qui l’emporta.

Aller retour

Ma mère ne put prendre sa retraite qu’en 1980 après avoir réussi à vendre l’affaire. Dans son esprit, elle comptait donner suite au projet du couple : c’est à Montagnieu qu’elle finirait ses jours. En conséquence, elle quitta son appartement en location, près de son commerce à Lyon, et installa son déménagement à Montagnieu dans ce qui devait devenir son domicile principal. Pas pour longtemps …
Une fois passée l’euphorie des beaux jours, la crainte de l’isolement (Montagnieu est un désert l’hiver) l’emporta vite. Et puis ma mère n’avait pas le même goût que mon père pour les joies élémentaires de la nature, pour les échanges simples avec les villageois.
Alors, ce fut vite expédié : en quelques jours elle acheta – à distance, sans le visiter – un appartement dans le quartier lyonnais qu’elle connaissait et le déménagement fut programmé.

Une maison de famille un peu délaissée
Dès lors, notre présence à Montagnieu fut épisodique ; notre mère n’y résidant plus sans la présence de l’un ou l’autre de la famille. Il fallait tout de même s’occuper du jardin, sortir les jardinières et vidanger l’eau pour l’hiver. Les contraintes l’emportaient sur le plaisir de retrouver le village. bis-Cela dura encore de nombreuses années, jusqu’à ce que tout le monde se résolût en 1994 à vendre la maison, à un acheteur qui envisageait d’y prendre sa retraite dans un futur proche. A la différence de ma mère, il a donné suite à son projet, elle est toujours occupée de nos jours.
Ainsi s’est clos un cycle de près de 50 ans, autour de ce qu’on peut appeler une maison de famille. Ce terme évoque une permanence, une transmission entre générations, un lieu de mémoire qui dans les faits relève du fantasme. Les itinéraires des individus et des familles, la mobilité qui s’impose, les discordes, les divorces ont eu raison de nos jours de la maison de famille. Désormais, elle passe de main en mains, dans des mains étrangères, avec, à chaque fois des usages et des projets singuliers.
Mais nos souvenirs, notre relation aux lieux, au type de nature subsiste. C’est pour cela que j’ai eu l’idée de rejoindre mes nièces pour fêter mes 67 ans au restaurant Rolland aux Granges de Montagnieu avec tout le monde de ma famille recomposée. Bref, la maison de famille, n’a pas besoin de quatre murs et un toit, chacun la porte en lui, dans son cœur.

Danièle a été inspirée par cet évènement et nous livre sa réflexion sur les réunions familiales
Quand nous avions 20 ans ou même 30 ans, nous détestions, Norbert et moi, les grandes réunions familiales, et encore plus les repas de famille au restaurant.
Et puis voilà, le temps passe et quel plus grand plaisir pour nous que de retrouver tout le monde répondant à notre invitation !
Avec l’expérience et l’âge, c’est comme si nous avions compris les bienfaits de ce formalisme que nous trouvions ringuard et faux…et puis peut-être les temps ont-ils changé et peut-être avons-nous compris ce que chantait Bob Dylan il y a cinquante ans : le présent deviendra le passé et ne critiquons pas ce que nous ne pouvons pas comprendre.BOB_DYLAN_BOB+DYLAN-353899

« Venez écrivains et critiques qui prophétisez avec votre plume, allons sénateurs et députés écoutez l’appel, venez pères et mères de partout dans le pays et ne critiquez pas ce que vous ne pouvez pas comprendre…As the present now, Will later be past, The order is rapidly fading. And the first one now, Will later be last, For the times they are a-changin’. »

Maintenir le lien a du sens, un lien plus conscient des différences et des divergences que ne l’était celui que voulait construire nos parents, un lien qui laisse chacun libre de ses choix (de partenaires, d’éducation des enfants, de mode de vie, de décoration de son intérieur, d’idéologie…),ter-5951 un lien de convivialité tout simplement qui ponctue nos vies de moments dont on se souvient.

Vous les jeunes, vous êtes plus enclins que nous à rechercher vos racines et à comprendre ce qui du passé vit encore en vous, s’y répète et parfois vous fait souffrir. Nous avions plutôt tendance à croire que notre histoire individuelle était de notre unique responsabilité et que seuls les déterminismes sociaux pouvaient nous assigner une place qui n’était pas la nôtre. Avec l’âge et l’expérience, on en vient sans doute à comprendre que notre histoire personnelle découle de mécanismes mêlant psychologie individuelle et courants sociétaux, mais qu’il nous reste aussi une bonne part de liberté pour faire nos choix et être heureux.

Le formalisme des rencontres familiales est une manière bien agréable de se retrouver, d’apprendre où en est chacun et de se dire que la vie vaut la peine d’être vécue car, au-delà des soucis de chaque jour, des ruptures et des déménagements, nous construisons une famille où nous pouvons compter les uns sur les autres et nous avons des racines dans les lieux où nous avons vécu.bis-5966

Pilat : du Gour d’Enfer au Gouffre d’Enfer – une semaine au-dessus des nuages

On était parti pour visiter une exposition de photo animalière à l’île du Beurre sur les rives du Rhône à Condrieu. L’exposition était de qualité mais toutes les activités de plein air décevantes : ni oiseau, ni castor à observer et l’atelier « signes, traces et empreintes » était complet…avec même une liste d’attente. De toute façon, la grisaille était tenace et ne se dissipait que l’après-midi

A la découverte de Condrieu, nous découvrons une localité toute en contraste : au café du coin, on ne parle que crise et chomage, mais le boucher qui exerce sur la N86 vend du bœuf de kobé et de l’angus d’Australie et le vendeur de vins son voisin ne semble pas mal vivre en écoulant des condrieu à 39 € la bouteille. Plus modestement, nous nous contentons de l’achat d’un casse noix et de noix fraiches. Le moderne quincailler nous conseille le producteur de Condrieu qu’il préfère.

En route, pour la maison Fachin* au milieu des vignes qui surplombent le rhône. Nous sommes reçus par Mauricette, la vigneronne dans sa superbe maison qui domine la vallée, dans ce terroir vertical de l’AOC Condrieu  qui s’étend entre l’appellation Cotes Roties et Saint-Joseph, un beau voisinage ! bis-7178

Des vignerons qui travaillaient autrefois à Vienne et ont repris la terre embroussaillée de l’arrière grand père au moment où l’INAO (Institut National des Appellation d’Origine) cherchait des producteurs dans les années 76 pour un vignoble de Condrieu alors en plein déclin . Activité accessoire au début , la vigne a pris progressivement toute la place chez les Facchin. bis- A force de travail, ils ont remonté un vignoble, une maison, des installations de vinification…et leurs vins sont délicieux, de délicats Condrieu (blancs, forcément blancs vu la réglementation de l’appellation), plus ou moins boisés et un rouge puissant mais subtil (qui doit se contenter d’une appellation vin de pays). Mais ce « Gour d’Enfer » à base de Syrah et d’une touche de Viognier n’a rien à envier à bien des Côtes Rôties. Une fois les soutes du camping-car remplies des précieuses caisses, vers quelle destination allons-nous avancer ?

Redescendre dans la vallée embrumée jusqu’à midi ne nous dit rien, nous partons vers Pélussin où se tient une exposition de photos du club de St Chamond à la maison du parc. Discussion technique avec les photographes qui sont là pour l’accrochage : tirage, présentation, aides reçues, tarifs du club, nombre de réunion. Très ouverts et très dynamiques pour un jeune club qui n’a que 3 ans et 40 adhérents.

Une photo retient particulièrement notre attention : le mur du barrage du gouffre d’enfer ! Il s’agit d’un très vieux barrage (1862) que l’on atteint à pied ou en voiture à partir de Rochetaillée. La voie est un peu étroite pour le camping car, nous y allons à pied. Nous ne sommes pas les seuls : entre promeneurs, joggeurs et adeptes des sports verticaux (via ferrata et superbe tyrolienne) il y a foule au barrage ! Et la vue vaut le détour.bis-7233

Cet ouvrage est construit dans la vallée du Furan sur un terrain granitique. Financé par l’État il devait atteindre plusieurs objectifs:

  • alimenter en eau potable la ville de Saint-Étienne qui était en pleine croissance industrielle,
  • protéger la ville contre les inondations du Furan
  • maintenir un débit constant en évitant l’étiage du cours d’eau lors de la période estivale qui mettait au chômage les nombreuses usines utilisant la force hydraulique.

Le lendemain nous allons voir son jumeau, le barrage du Pas de Riot, un peu moins impressionnant mais très beau aussi.

Nous nous apercevons que St Etienne et la vallée du Gier sont entourées de barrages sur les torrents qui descendent du Pilat : l’ondaine , le Furan, le Gier, le Dorlay, le Couzon . A quoi sert toute cette eau et pourquoi ne pas la prendre dans la loire ? Pour en savoir plus, nous allons jusqu’au saut du Gier. Un bout du monde où toutes les maisons sont habitées par des néo-occupants, pas tous très accueillants. Demi tour, nous n’irons pas plus loin que le chirat qu’il faudrait traverser.ter-7244

Le brouillard ne cède pas en vallée du rhône, ce qui nous vaut de très belles vues à chacun de nos passages au pied du Crêt de l’Oeillon. bis-7287

Nous bivouacons au Bessat à partir duquel nous rayonnons depuis trois jours. Jolie petite station à 1200m où le boulanger est fier de continuer l’oeuvre de son arrière grand père.

Toutes les bonnes choses ont une fin et nous prenons la route du retour vers la vallée du Gier, après un café ensoleillé à l’auberge du col du Collet où des troupes de chasseurs se préparent à forcer le sanglier avec leurs gilets phosphorescents…tout en nous assurant que nous pouvons partir en promenade par les chemins ! Un couple d’allemands amoureux du Pilat déjeune à coté de nous ; ils quittent les lieux à regret en s’inquiétant de la traversée de Lyon.

Là-haut l’Oeillon veille toujours sur cette vaste vallée où, de Valence à Lyon, chacun aperçoit son immense antenne de 80 m qui se dresse au dessus du chaos de granit. bis-7220

*Domaine Facchin – Les grands Maisons 42410 Vérin- 04 74 59 58 91

Ballade en Auvergne : zones humides sous le soleil

bis-7107C’est par hasard que nous sommes arrivés au lac d’Aydat une fin de journée d’Octobre. Le lac, sa zone humide reconstituée depuis deux ans et demi alors qu’elle avait été comblée dans les années 70 et sa petite église. En 2000 il devenait clair que la qualité du lac était menacée par l’eutrophisation. Un programme important de remise en état de la zone humide a été alors mis en place avec succès.

Une halte pour camping car, déserte et gratuite en fin de saison, nous accueille entre l’église et la zone humide où les ornithologues sont à l’affut avec leurs pieds, leurs longue-vue, jumelles et longs téléobjectifs.

Rien de bien passionnant à observer aujourd’hui sauf quelques couples de canards col-vert qui prennent le soleil, mais on discute ; de la présence du râle d’eau que l’on entend sans le voir, du cincle plongeur qui s’envole sous nos pieds et même d’un balbuzard pêcheur présent la semaine précédente ….bis-7074

Au bout de la zone humide, nous consacrons un petit moment à la belle petite église romano-gothique que même sa flèche du XIXeme siècle ne parvient pas à enlaidir.

Elle est classée à l’inventaire du patrimoine depuis les années 1970 seulement. Mais on se prend à rêver de l’histoire de cette modeste église de campagne qui daterait du XIeme siècle, débutée en style roman, dont la construction s’est poursuivie en style gothique (pas flamboyant)…et qui penche résolument malgré les contreforts dont elle a été dotée sous forme de 4 grosses tours.bis-7076

Un coup d’oeil à l’intérieur nous confirme les difficultés de l’ouvrage avec la verticalité, illustrées sur la photo ci-dessus: Non ! il ne s’agit d’une déformation optique qu’il conviendrait de corriger sur un logiciel de traitement de l’image .  Ce sont bien les structures de l’édifice qui ont divergé , sous l’effet sans doute de la plasticité du substrat sur lequel reposent les fondations.

Le tour du lac nous conduit vers les charmants chalets cachés dans les bois de la rive la moins accessible etbis-7098 la plage nudiste (fréquenté surtout par les gays, affirment les mauvaises langues) interdite depuis 1998 mais très fréquentée les jours ensoleillés. A l’horizon, le Puy de Dôme tout proche. Le naturisme était traditionnel dans la région comme le montre ce vieux documentaire de l’INA.

A chaque époque, sa conception de la nature !

L’envie de voir le cincle plongeur, petit oiseau gris à plastron blanc sédentaire de la taille d’un merle dont la seule particularité est sa capacité à marcher sous l’eau pour chercher sa nourriture, nous conduit à Montfermy dans la vallée de la Sioule (conseil d’ornithologue).bis-7151 Le cincle est bien là, discret mais facilement visible pourvu qu’on fasse preuve d’un peu de patience et d’une certaine connaissance de sa manière de vivre : le suivre quand il vole au ras de l’eau, voir où il se pose (pierre maculée de fientes), se rapprocher et déclencher. Il n’a, hélas, pas daigné nous faire une démonstration de ses étonnantes capacités de plongeur et de marcheur sub-aquatique !

bis-7117

Monfermy a d’autres beautés au milieu de la vallée de la Sioule désertique : les nombreux méandres de la rivière (malgré la forte pente), sa cascade qui alimenta un moulin disparu, sa belle église perchée au milieu du tout petit village de 10 maisons (18 morts pendant la guerre de 14-18 néanmoins) et … la rave organisée dans une vieille ferme au milieu de nulle part que nous découvrons parce que notre bivouac de la nuit est un des rendez-vous des participants.

La pluie nous chasse et nous reprenons l’A89 pour rentrer. Une Auvergne toute proche de Clermont-Ferrand, accessible rapidement par l’autoroute (arrivés par l’A89 et l’A75 au sud, nous repartons par l’A89 et l’A71 au nord). Une Auvergne où nous reviendrons pour retrouver cette image d’un matin si calme et si paisible.bis-7045

Les bois noirs

Les bois noirs, ce sont ces hauteurs boisées au nord-est du massif central, partagées entre le département de la Loire, du Puy de Dôme et de l’Allier. C’est là , dans ce pays difficile que Danièle a ses racines auvergnates. Et dans bien des hameaux , surtout sur le versant de l’Allier, on  se souvient encore de son vétérinaire de père qui faisait la tournée des élevages et qui appréciait ce pays rude.

Entre 800 et 1300m les forets vert clair de feuillus et vert très sombre de résineux dominent un paysage austère . Les épicéa, abies, et autres Douglas ont partout pris le dessus, encouragés par une incitation publique au boisement standard.

Au bout des chemins, au croisement des routes quelques villages, plutôt déserts. Mais il ne faut pas se laisser prendre par l’impression du vide végétal. Ces espaces ruraux ont longtemps (jusqu’à la guerre de 1914) abrité une population nombreuse et active avec des densités supérieures à des régions plus clémentes et plus riches. Derrière l’apparente immobilité des populations prospéraient les échanges et les allers et retours avec la plaine du forez d’une part et le territoire de Thiers d’autre part. Au-delà entre Lyon-genève et Nantes-bordeaux.

Sur ce point de passage obligé, chaque période a dessiné un itinéraire différent, entre le médiéval « grand Chemin » et la moderne autoroute A89. Dans tous les cas des pentes importantes et des intempéries fortes. La neige ne prévient pas et s’abat en quantité sur ces premiers contreforts. Le grand chemin passe par Saint-Just en Chevalet et par le col de Saint-Thomas, un trajet assez rectiligne avec des pentes à 17% qui font le plaisir des cyclistes grimpeurs.C’est là que Fredo a installé son auberge-refuge à près de 1000m d’altitude, une adresse appréciée des randonneurs, des cyclotouristes et des amoureux de ce rude pays. C’est là que Danièle a donné rendez-vous à Jean-François Faye, président de l’association « les amis des bois noirs » , historien citoyen et généalogiste émérite. Avec Frédo Dayne, il y a là le noyau historique de cette structure, à mi-chemin entre la société savante et la joyeuse bande amoureuse de son terroir.

Manque au tableau le grand inspirateur, le regretté Paul Chatelain, géographe, professeur à la Sorbonne qui a fini sa vie à Cervières, un peu plus loin.

Autour d’un repas simple et délicieux mitonné par Madeleine, la maîtresse des lieux, Danièle parle de son grand’père Claudius qui s’est installé en 1923 à la Chevalerie, un hameau de Vollore Montagne , à une trentaine de KM de l’auberge.  » La Chevalerie, je connais bien, j’y ai fait les foins chez Claudius et j’y ai croisé votre père Paul. » Fredo, l’immigré italien, venu dans les années 1950 de ses montagnes du Val d’Aoste, connaît le pays – et les gens – comme sa poche. Nous faisons le plein d’anecdotes et de documents (une vidéo sur l’histoire du franchissement routier , puis ferroviaire, puis autoroutier de ce seuil, deux livres : « Si Cervières m’était conté  » et « les bois noirs » en vente chez Fredo). Et nous voilà partis pour une promenade dans l’espace – quelques dizaines de km- et surtout dans le temps – deux ou trois siècles- sur les traces de la famille de Danièle.

Première étape aux Cros, hameau d’Arconsat où réside Gilles le descendant d’une famille alliée à celle de Danièle. Ils posent tous les deux  devant la maison familiale encore occupée par les parents de Gilles. Jean-François est intarissable sur l’histoire d’Arconsat, il décrit l’énergie et l’inventivité de ces familles engagés dans leur survie. Tous les moyens étaient bons : la contrebande de sel (six fois moins de gabelle en Auvergne qu’en Bourbonnais), le commerce ambulant des colporteurs (qu’on a vu partir jusqu’au Mexique), l’artisanat autour du bois et de la coutellerie. Autant de raisons au maintien d’une population rurale très importante malgré des conditions difficiles.

Le lendemain , nous nous éloignons des bois noirs pour se rapprocher des origines de la famille de Danièle : plusieurs générations sont signalées à Saint-Marcel d’Urfé . Nous sommes dans la seigneurie d’Honoré d’Urfé, auteur du premier roman-fleuve de la littérature française, L’Astrée. Mais Urfé était aussi, par sa mère, marquis du Valromey, le pays de mes origines. Alors, à quelques siècles de distance, nous nous rapprochons Danièle et moi.

La petite chapelle de la Chirat avait été remplacé au XIXème siècle par une vaste et solide église, comme dans tous ces villages, juste au moment où la démographie triomphante commençait à amorcer sa décrue.

Nous suivons l’itinéraire de la famille de Danièle. Johannes Marie, l’arrière grand’père prend une ferme à Coubanouze, hameau des Salles. Les coteaux verdoyants dominent un plan d’eau paisible.

Johannes Marie n’y restera pas à la différence de son frère Antoine Marie qui fera souche à Coubanouze. Ses descendants y exploitent encore un grand élevage porcin.

Nous sommes encore dans le département de La Loire. Les Salles c’est une zone de transition au pied des Bois Noirs. Le chemin de fer est arrivé en 1876 à Noirétable , un peu plus loin. Le péage de l’autoroute y est implanté ainsi que l’aire de service du Haut Forez. Nous ne sommes pas encore en Auvergne, l’Auvergne profonde.  Demain, nous poursuivrons le périple de cette famille qui va se retrouver dans la Montagne Thiernoise, quelques km plus loin.

La montagne Thiernoise

Avec Danièle nous avons décidé de suivre les traces de sa famille entre Haut-Forez et Auvergne. Son arrière-grand père  Johannes-Marie quitte coubanouze, franchit la frontière vers le Puy de Dôme et vient s’installer autour de 1900 dans une ferme de Viscomtat.

On l’appelle les Grands Bois et elle porte bien son nom: au bout d’un chemin de plusieurs km à travers des sapinières épaisses et sombres, l’espace se dégage dans un vallon verdoyant. Vous savez alors que vous êtes arrivés, et de toute façon la route ne va pas plus loin. La ferme est actuellement la propriété d’un exploitant qui élève des chêvres et qui a cessé une activité d’accueil et restauration depuis qu’il s’est retrouvé seul. Notre guide aujourd’hui est Micheline la belle-fille de Jérome l’un des fils de Johannès-Marie. Feu son époux, Edmond, a passé son enfance sur la ferme des Grands Bois avant de la quitter pour s’installer au village et se consacrer à une activité de polissage et finition dans la coutellerie (une spécialité historique de la région de Thiers). Mais la famille a gardé un lien fort avec ce lieu où ils se retrouvent régulièrement.

Si Jérome a exploité les Grands Bois jusqu’à sa retraite, son frère Jean Claudius et grand’père de Danièle est parti  en 1923 rejoindre sa fiancée Maria pour s’installer à Vollore-Montagne, à la Chevallerie. Née au Verdier, 500m plus bas, Maria, en revenant dans ce petit hameau loin de tout , retrouvait les traces de sa trisaïeule Peronne qui l’avait quitté pour se marier. Depuis toujours la population de la Chevalerie tournait autour d’une famille d’agriculteurs et de marchands de bois.

Le couple s’occupait d’un troupeau d’une vingtaine de laitières et gérait les bois. Beaucoup de paysans dans cette région exerçaient plusieurs activités pour diversifier les sources de revenu et occuper les longs hivers où la neige bloquait les chemins. Ainsi Jean Claudius avait un atelier de sabotier avec tout le matériel professionnel de l’époque.

Danièle a passé beaucoup de ses vacances dans ce hameau, dans une grande liberté, allant d’une maison à l’autre (chez les grands parents mais aussi auprès d’une bande de tantes qui prenaient là leur villégiature d’été), explorant les ruisseaux et les pistes forestières, courant dans les chemins creux.

Aujourd’hui la Chevalerie a changé : Très peu d’occupants à l’année , la ferme des grands parents et les maisons des tantes sont aménagés en gites,  plus de vaches laitières dans les étables, mais des troupeaux de limousines au champ, et les sapins qui prennent le dessus partout, d’autant plus que le cousin qui s’occupe des terres est pépiniériste spécialisé en … sapin (de Noël ou pour la plantation) !!

Les bois c’est une sacrée affaire dans cette région. De tout temps, les paysans comptaient sur la forêt pour survivre :

  • les pauvres avaient le droit de pâture dans les chemins et les clairières, ils pouvaient ramasser et couper le bois pour se chauffer et s’abriter. Ces droits ont été repris dans une catégorie particulière : les sectionnaux où la propriété est distincte des usages.
  • Tout le monde profitait des bois communaux avec les règles d’attribution des coupes annuelles : l’affouage
  • enfin la propriété forestière demandait, elle, des investissements en capital et des moyens d’exploitation importants qui la destinaient aux grands propriétaires. Ces propriétés ont souvent été démembrées après la révolution et surtout divisées au gré des successions. Et puis devant la crise de la petite exploitation de polyculture-élevage, les pouvoirs publics ont mis en place dans les années 1960 une incitation et des subventions pour que les paysans cessent d’exploiter et boisent leurs parcelles. La sapinière en a profité.

Les moyens d’exploitation se sont modernisés. Le temps n’est plus au débardage aux chevaux et au transport sur de mauvais chemins jusqu’au port de Lanaud sur les rives de la Dore comme le pratiquaient les ancêtres marchands de bois de Danièle.

Aujourd’hui le stock de bois sur pied est considérable. Ce type de plantation ne souffre pas d’un vieillissement sur pied. Le manque d’entretien amène inévitablement à la solution radicale de la coupe à blanc. On se demande comment on pourra en organiser l’exploitation à une grande échelle.La filière aval doit se développer et se moderniser. Heureusement les nouvelles installations de bois énergie ou de bois de construction poussent comme des champignons dans les villages.

Les bois de Vollore Montagne, ce sont avant tout les bois de Pamole : des centaines d’hectares à plus de 1000 m d’altitude et un belvédère aménagé au sommet. Ce sera la dernière promenade de notre circuit auvergnat. Devant cette table d’orientation, au milieu de ces bois plantés par ses ascendants, Daniele a sous ses yeux toutes les étapes qu’ont franchi ses ancêtres entre le Forez et l’Auvergne, dans ce pays rude et attachant. Un exercice pratique de géographie, d’histoire, de généalogie … et de rencontre avec ses semblables.

Photo nature : les animaux ne sont pas toujours des modèles commodes

Tous les manuels vous le diront, la photo animalière réussie nécessite une bonne connaissance de l’animal et des ses habitudes alliée à quelques compétences en matière de photo. Et ce n’est pas si facile comme le montrent les bonheurs et les déboires de Danièle dans sa chasse photographique de cet été.

  •  les marmottes sont facétieuses et rapides

Stationnés quelques jours au Cormet de Roselend, j’ai fait de longues promenades sans le chien, j’ai vu de nombreuses marmottes…de loin. Impossible de m’approcher à moins de 100m !

En revanche, en ballade au col des Saisies, je découvre un groupe nombreux d’adultes et d’enfants qui observe les marmottes à moins de deux mètres.  Habitués du grand passage sur leur territoire et motivés par quelque nourriture disponible facilement , ces rongeurs posent sans complexe devant les objectifs photographiques. Je reviens avec le téléobjectif, sûre de faire les meilleures photos du monde…mais les marmottes ne ressortiront  jamais des terriers ! La curiosité des gamins autour des terriers a peu de chances de convaincre les petites bêtes de montrer le bout de leur nez

  • les bouquetins sont placides…dans des lieux peu accessibles

Alléchée par des photos de bouquetins prises par Jérémy sur le désert de Platée (au-dessus du plateau d’Assy, face au Mont Blanc – ci-dessous à la tombée de la nuit), je rêve de clichés remarquables. Nous quittons notre stationnement Plaine de Joux (d’où l’ascension aurait été trop difficile) pour prendre le téléphérique à partir de Flaine. Les bouquetins ont été repérés par le garde de la réserve ce matin et visibles du repère 1. C’est vrai qu’ils sont là, invisibles à l’oeil nu et à peine détectables à la lunette. Leur robe marron clair se détache difficilement du fond gris clair des rochers. Pourtant en agrandissant d’un clic la photo ci-dessous et avec un peu d’attention on peut distinguer la harde qui est nombreuse et placide, à tel point que des promeneurs s’en approchent sans les déranger : trop difficile pour nous d’aller aussi loin.

Nous partons pour le col de la colombière (au-dessus du Grand Bornand) ; la promenade familiale vers le lac de Peyre doit nous permettre, raconte-t-on, « de se faire photographier entre leurs cornes ». Départ à 7h, deux heures de montée et quelques photos d’un vieux mâle sans doute chassé de la harde. Nous ne verrons les autres que de très loin, en silhouette au-dessus de ravins vertigineux. Surtout des mâles aux cornes impressionnantes, les femelles se tiennent plus bas avec leurs petits à proximité des pâtures.

Et puis sur le retour, bien plus bas, au détour d’un chemin, un jeune isolé qui broute près de la bergerie sans s’inquiéter des curieux qui s’approchent à 3,4 m de lui. Une aubaine pour le(a) photographe. 

  • le hasard fait parfois bien les choses (oiseaux aquatiques)-

Observer les oiseaux aquatiques sur les lacs de montagne fait partie des activités les plus agréables qui existent.

En prenant un café au bord du lac de (derrière la montagne de Céüse), j’observe une querelle entre foulques et grèbes huppés. Ils se battent pour une écrevisse américaine que le grèbe avalera goulûment.  Plus tard, stationnés au bord du lac des mines d’or, au-dessus de Morzine, sous le col de la Golèze : des canes surveillent leurs petits qui plongent déjà merveilleusement bien. J’observe la petite famille, le soir et le matin. Je sens bien, à leur plumage acajou, que je n’ai pas affaire à de vulgaires canards.Je pense à de Fuligules Nyroca, dont la présence serait si exceptionnelle que je signale l’observation à la LPO 74 en joignant des photos. Ils me répondent très vite qu’il ne s’agît que de fuligules milouin, rares aussi.

  • les mystères de la nature : la pêche en montagne

Les promenades en Camping-car nous permettent d’être dehors à toutes les heures du jour et d’observer ce que tout le monde ne voit pas. Toute la journée, nous avions observé les pêcheurs au bord du lac du col de Joux ; bien peu faisaient de belles prises, mais du matin au soir, ils avaient jeté et rejeté leur ligne dans l’eau.

Ce n’est qu’après leur départ, à la nuit tombante, que le camion de la pisciculture est venu déverser sa commande de dizaines de belles truites …qui ont fait des heureux le lendemain.

En quittant Morzine, nous faisons étape au bord d’un torrent ; un groupe s’arrête peu après pour picniquer et plus tard sort avec un attirail impressionnant de caisses, d’épuisettes, de matériel indéterminé. Renseignement pris, il s’agit d’une équipe de la fédération de pêche chargée d’un comptage de la population de poissons par pêche électrique.Les poissons sont juste choqués par l’électricité. Ils sont inventoriés, pesés et ensuite relâchés. Au bout du compte il n’y a pas grand monde dans l’eau (sur 400m testés, 2 petites truites qui ne font pas la maille), mais de l’espoir (des alevins qui montrent que des reproducteurs existent).

On comprend que les propriétaires de lacs fassent tous appel à des pisciculture pour peupler un peu les eaux qu’ils offrent aux pêcheurs moyennant finances.

 

  • Brame du cerf en forêt de Tronçais

Nous n’avions jamais entendu le brame du cerf. Nous en avions entendu parler par des passionnés de nature (moitié chasseurs, moitié naturalistes), nous avions remarqué que c’était un « marronier » des journaux de photographie animalière. Mais une nuit de fin septembre (21 septembre) en forêt de Tronçais nous étions au bon endroit.

Le soir nous avons écouté ce son sauvage et long, mi souffle de trachéotomisé, mi basse de teuf ( 110 Hz) , provenant du fond des bois. Il y avait au moins trois cerfs autour de nous, à plus ou moins grande distance de l’étang au bord duquel nous campions.

Le matin, renseignés par un pécheur , nous avons suivi le brame en espérant surprendre le cerf. Un peu inquiets et sans chien (de peur d’être chargé!!!), nous sommes entrés dans le bois en suivant une trace d’engins forestiers. Le son était de plus en plus proche, des biches approchaient du point haut dominant l’étang où nous avions situé l’animal, des odeurs fortes occupaient le sous bois, le zoom était réglé sur priorité ouverture et 800 iso pour capturer l’image en sous-bois….mais cette biche nous a repérés, la harde a été dérangée et le cerf s’est tu. La chance sourit rarement aux observateurs occasionnels et inexpérimentés : certains chasseurs photographiques qui traquent le cerf disent prendre un mois de vacances pour pouvoir passer 12 à 15h en affût (dans un affût installé en août) !

Trois jours plus tard, nous sommes retournés dormir à la même place. C’était un soir de vent et de pluie et nous n’avons entendu aucun brame.

Pas d’image, mais une belle expérience, à vivre bien au chaud en camping-car.

*Sur internet en tapant « brame du cerf », vous trouverez des photos et  des videos de brame, de saillies, de charges du cerf mais aussi des concours d’imitateurs de brame du cerf (étonnant), mais aussi de chasse au cerf ouverte pendant la période de reproduction, mais aussi le business du brame du cerf (20 à 32 € la sortie organisée par l’ONF) . Cette vidéo m’a particulièrement plu; le vidéaste amateur est face au cerf tout proche et pendant 10 mn il tremble en se demandant ce que le cerf va faire.