La montagne Thiernoise

Avec Danièle nous avons décidé de suivre les traces de sa famille entre Haut-Forez et Auvergne. Son arrière-grand père  Johannes-Marie quitte coubanouze, franchit la frontière vers le Puy de Dôme et vient s’installer autour de 1900 dans une ferme de Viscomtat.

On l’appelle les Grands Bois et elle porte bien son nom: au bout d’un chemin de plusieurs km à travers des sapinières épaisses et sombres, l’espace se dégage dans un vallon verdoyant. Vous savez alors que vous êtes arrivés, et de toute façon la route ne va pas plus loin. La ferme est actuellement la propriété d’un exploitant qui élève des chêvres et qui a cessé une activité d’accueil et restauration depuis qu’il s’est retrouvé seul. Notre guide aujourd’hui est Micheline la belle-fille de Jérome l’un des fils de Johannès-Marie. Feu son époux, Edmond, a passé son enfance sur la ferme des Grands Bois avant de la quitter pour s’installer au village et se consacrer à une activité de polissage et finition dans la coutellerie (une spécialité historique de la région de Thiers). Mais la famille a gardé un lien fort avec ce lieu où ils se retrouvent régulièrement.

Si Jérome a exploité les Grands Bois jusqu’à sa retraite, son frère Jean Claudius et grand’père de Danièle est parti  en 1923 rejoindre sa fiancée Maria pour s’installer à Vollore-Montagne, à la Chevallerie. Née au Verdier, 500m plus bas, Maria, en revenant dans ce petit hameau loin de tout , retrouvait les traces de sa trisaïeule Peronne qui l’avait quitté pour se marier. Depuis toujours la population de la Chevalerie tournait autour d’une famille d’agriculteurs et de marchands de bois.

Le couple s’occupait d’un troupeau d’une vingtaine de laitières et gérait les bois. Beaucoup de paysans dans cette région exerçaient plusieurs activités pour diversifier les sources de revenu et occuper les longs hivers où la neige bloquait les chemins. Ainsi Jean Claudius avait un atelier de sabotier avec tout le matériel professionnel de l’époque.

Danièle a passé beaucoup de ses vacances dans ce hameau, dans une grande liberté, allant d’une maison à l’autre (chez les grands parents mais aussi auprès d’une bande de tantes qui prenaient là leur villégiature d’été), explorant les ruisseaux et les pistes forestières, courant dans les chemins creux.

Aujourd’hui la Chevalerie a changé : Très peu d’occupants à l’année , la ferme des grands parents et les maisons des tantes sont aménagés en gites,  plus de vaches laitières dans les étables, mais des troupeaux de limousines au champ, et les sapins qui prennent le dessus partout, d’autant plus que le cousin qui s’occupe des terres est pépiniériste spécialisé en … sapin (de Noël ou pour la plantation) !!

Les bois c’est une sacrée affaire dans cette région. De tout temps, les paysans comptaient sur la forêt pour survivre :

  • les pauvres avaient le droit de pâture dans les chemins et les clairières, ils pouvaient ramasser et couper le bois pour se chauffer et s’abriter. Ces droits ont été repris dans une catégorie particulière : les sectionnaux où la propriété est distincte des usages.
  • Tout le monde profitait des bois communaux avec les règles d’attribution des coupes annuelles : l’affouage
  • enfin la propriété forestière demandait, elle, des investissements en capital et des moyens d’exploitation importants qui la destinaient aux grands propriétaires. Ces propriétés ont souvent été démembrées après la révolution et surtout divisées au gré des successions. Et puis devant la crise de la petite exploitation de polyculture-élevage, les pouvoirs publics ont mis en place dans les années 1960 une incitation et des subventions pour que les paysans cessent d’exploiter et boisent leurs parcelles. La sapinière en a profité.

Les moyens d’exploitation se sont modernisés. Le temps n’est plus au débardage aux chevaux et au transport sur de mauvais chemins jusqu’au port de Lanaud sur les rives de la Dore comme le pratiquaient les ancêtres marchands de bois de Danièle.

Aujourd’hui le stock de bois sur pied est considérable. Ce type de plantation ne souffre pas d’un vieillissement sur pied. Le manque d’entretien amène inévitablement à la solution radicale de la coupe à blanc. On se demande comment on pourra en organiser l’exploitation à une grande échelle.La filière aval doit se développer et se moderniser. Heureusement les nouvelles installations de bois énergie ou de bois de construction poussent comme des champignons dans les villages.

Les bois de Vollore Montagne, ce sont avant tout les bois de Pamole : des centaines d’hectares à plus de 1000 m d’altitude et un belvédère aménagé au sommet. Ce sera la dernière promenade de notre circuit auvergnat. Devant cette table d’orientation, au milieu de ces bois plantés par ses ascendants, Daniele a sous ses yeux toutes les étapes qu’ont franchi ses ancêtres entre le Forez et l’Auvergne, dans ce pays rude et attachant. Un exercice pratique de géographie, d’histoire, de généalogie … et de rencontre avec ses semblables.

3 commentaires sur “La montagne Thiernoise

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