Salut les déconfinés -6-

À la Une

Certaines théories scientifiques sont invoquées par les coronasceptiques.

Le corona-scepticisme est une opinion. Elle s’appuie parfois sur l’une ou l’autre des interrogations scientifiques sur le virus et le développement de l’épidémie.
A un moment où le conseil scientifique s’inquiète d’une probable seconde vague dans les semaines à venir, diverses thèses viennent alimenter le doute ou la révolte des anti-mesures sanitaires , au-delà des critiques légitimes de la gestion politique de l’épidémie.

L’épidémie est en train de disparaître : Le professeur Raoult ne disait pas autre chose dès le 14 avril. Maintenant, après 30 000 décès, il n’est plus aussi affirmatif !

D’autres médecins mettent en avant la baisse des cas positifs (et encore il pourrait s’y cacher beaucoup de faux positifs) et surtout la baisse, voire la disparition des cas mortels. Le docteur Nicole Delépine, dans une tribune parue le 31 juillet  dans le Parisien  y voit le signe d’une disparition de l’épidémie.

et le règne de « la propagande de la peur ». Comment le virus est -il amené à sa fin, selon quels mécanismes biologiques ? Mystère !

Alors, comme la prédiction n’est pas fondée sur des éléments explicatifs, il n’y aura qu’un juge de paix pour la réfuter : les chiffres des jours suivants qui pourraient annoncer le rebond de l’épidémie.

Le virus est saisonnier

Le virus pourrait disparaître avec le retour des beaux jours mais pourrait revivre avec l’hiver.

La diffusion du virus sous toutes les latitudes permet maintenant de mettre en doute cette théorie : le virus flambe simultanément dans l’hémisphère nord en plein été (cf les USA) ainsi que dans l’hémisphère sud en plein hiver (cf le Brésil). Difficile d’espérer une disparition estivale même si la diffusion du virus a considérablement ralenti.

L’immunité collective

 Pour l’instant le nombre d’individus ayant contracté le virus et ayant acquis sans doute une immunité est estimé aujourd’hui en France à 10% par le conseil scientifique.
 Tout le monde s’accorde à dire qu’un jour, la proportion de personnes ayant contacté le virus, et ayant développé une immunité, sera suffisante pour stopper sa diffusion. Les épidémiologistes de l’Impérial College de Londres l’avaient fixé à 70%. Mais que se passe-t-il, si l’on ne prend aucune mesure sanitaire, avant d’atteindre ce seuil ? Eh bien pas mal de morts : 250 à 500 000 morts annoncés au Royaume uni qui, finalement, a changé de doctrine.

Une autre thèse met en avant le fait -incontestable- que parmi les individus infectés, certains ne donnent lieu à aucun nouveau cas par contagion, alors que d’autres sont des « superspreaders » des supercontamineurs qui contaminent des dizaines de personnes, sans doute du fait d’une particularité biologique ou d’une pratique sociale très extravertie. Il est donc difficile de parler d’un R0 (« le taux de reproduction ») homogène. Ce R0 effectif peut aussi évoluer selon le stade l’épidémie. Le seuil d’immunité peut donc se situer plus bas que les 70 %, peut-être autour de 25 %. Même avec cette hypothèse, on est loin actuellement en France de s’en approcher.

C’est néanmoins le pari qu’a adopté la Suède, sous l’impulsion de l’épidémiologiste en chef, Anders Tegnell, en renonçant à la perspective de mesures sanitaires fortes. Les lieux publics sont restés ouverts, la population libre de ses mouvements et sans masques.

Les parcs publics à Stockholm en mai

Résultat : beaucoup de morts (560 par million d’habitants), mais moins que la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne et un peu plus que la France (450 par million), avec une baisse plus tardive comparée aux autres pays européens ayant confiné.

Les mutations du virus

Certains commentateurs ont pu espérer qu’au fil des mutations le virus pourrait devenir moins agressif. C’est ce qu’on avait dit au sujet de la grippe H1N1 dite grippe porcine qui s’était révélée moins virulente que prévu. Et c’est ce que prédisaient certains optimistes pour l’épidémie COVID 19.

Hélas ! Pour le coronavirus Sars-CoV-2, c’est une autre affaire. On sait qu’il mute sans cesse, mais pas pour s’atténuer. La mutation D614G, est pointée par le laboratoire national de Los Alamos : mieux adaptée, plus contagieuse, mais pas plus mortelle, elle serait apparue en Europe dès Février.

Un recul improbable de l’épidémie

Nous avons vu que les théories sous-jacentes aux pronostics optimistes ne permettent pas de les valider. Elles sont l’occasion pour de nombreux commentateurs de dénoncer une soi-disant dictature sanitaire et de refuser les mesures de distanciation sociale et les gestes barrière.

N’écoutons pas ces faux prophètes qui affaiblissent nos défenses face à une deuxième vague hélas bien probable.

Personnellement, mon choix est fait : Faisant partie de la population à risque, je maintiens mes distances vis-à-vis de ceux, plus jeunes, qui ne craignent pas de s’exposer et je garde mes protections.

*Spécial Beyrouth : Les libanais ont tout eu : la crise économique, le COVID et maintenant cet accident format XXXL. On a vérifié la situation de nos amis là-bas, de notre famille : Ils vont bien !
Place maintenant à la solidarité : Fondation de France Solidarité Liban

Un seul cadeau qu’on ne peut leur amener à leur place : Une démocratie débarrassée des clans et des confessions et une bonne gouvernance !

Salut les déconfinés – 5-

À la Une

Face à l’épidémie, on est loin du consensus !

Au-delà de l’insouciance des vacances, désirée pour beaucoup, redoutée pour les autres qui craignent l’envolée des contaminations, tout le monde s’interroge sur les semaines qui nous attendent. Et nous avons peu d’éléments pour imaginer la suite, à moins de consulter des voyantes. Alors écoutons « les spécialistes, les scientifiques, plus généralement les penseurs » qui vont nous montrer le chemin.

Hélas ! Si les scénarios de prudence l’emportent dans les milieux scientifiques et sont respectés majoritairement dans l’opinion publique, il ne manque pas de voix dissonantes. Les corona-sceptiques sont nombreux.  Essayons d’en faire l’inventaire : Rappelons-nous, début mars : l’épidémie commence à flamber en Italie qui confine des régions au Nord puis dans tout le pays ? Le 17 mars, le confinement est décrété en France.

Dans le même temps le professeur Raoult annonce la fin de partie pour le virus. Sans oublier de vanter les mérites de son traitement, le célèbre infectiologue annonce la fin de l’épidémie :
“Pour nous, l’épidémie est en train de disparaître progressivement.” Voilà comment débute la vidéo du 14 avril publiée par le directeur de l’IHU Méditerranée, à Marseille, au sujet de la propagation du coronavirus dans la ville. 
“Il est possible que d’ici quelques semaines, il n’y ait plus de cas”, poursuit le docteur controversé, dont le président de la République Emmanuel Macron a vanté les mérites le mercredi 15 avril. “C’est assez banal”, ajoute-t-il évoquant la perspective de la disparition de l’épidémie au printemps, ce qui arrive avec certains virus.



Une autre voix le rejoint de Suisse cette fois : Jean-Dominique Michel et son blog qui est repris abondamment sur les réseaux sociaux, Il n’est pas épidémiologiste, infectiologue ou virologue, ni même médecin ou universitaire. Il se présente comme anthropologue de la santé, en fait il est juste titulaire d’un “diplôme d’études supérieures” en provenance d’une certaine “Psycho-Physics Academy” de Londres, complété par d’autres formations (bio-généalogie, coaching, théologie). Il ne dispose pas de position institutionnelle centrale mais gravite depuis longtemps dans le monde de la santé.
Jean-Dominique Michel est par ailleurs secrétaire général de l’association Pro Mente Sana, fondateur d’un institut de neuro-coaching et auteur d’un livre sur les médecines alternatives, auxquelles il dit s’être converti à la suite d’une expérience personnelle auprès d’un chamane philippin. Il a monté sur ces bases un prospère business de caoching.
Selon l’auteur l’épidémie a été surestimée, les autorités sanitaires en ont profité pour imposer des mesures liberticides. Il évoque une « hallucination collective »
Un site d’information suisse a bien résumé ses positions.

Certains penseurs ont pris position contre la « dictature sanitaire ».

Bernard Henri Levi parcourt les plateaux télévision en serrant ostensiblement les mains en dépit des recommandations.« Une vague de crétinisme et d’ignorance a déferlé sur le monde» . C’est ainsi qu’il analyse la réaction de nos sociétés face à ce « virus qui rend fou ».

Henri Comte-Sponville s’insurge contre le « tout Covid ».

Pour le philosophe, « il faut d’abord se rappeler que l’énorme majorité d’entre nous ne mourra pas du coronavirus. J’ai été très frappé par cette espèce d’affolement collectif qui a saisi les médias d’abord, mais aussi la population, comme si tout d’un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n’est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après ». « La tendance existe depuis déjà longtemps à faire de la santé la valeur suprême et non plus de la liberté, de la justice, de l’amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes. » 

Et puis c’est du côté des politiques qu’on trouve les meilleurs corona-sceptiques.

Trump pendant des mois n’a cessé de relativiser l’épidémie, organisant des grands rassemblements sans aucune précaution. Mais devant la croissance incontrôlable du nombre de mort dans son pays, s’est finalement rangé du côté des précautionneux en recommandant le port du masque.
De son côté, Bolsonaro, malgré sa contamination, n’a pas cessé de défier les règles de distanciation sociale et de combattre les mesures de santé publique.

Une partie de la population, surtout aux USA, refuse les mesures de santé publique pour des raisons idéologiques ou politiques.

Une manifestation anti-confinement dans le Michigan avec des armes : photo

Le corona-scepticisme est une opinion. Elle s’appuie parfois sur l’une ou l’autre des interrogations scientifiques sur le virus et le développement de l’épidémie. Dans un prochain post nous tenterons de faire le tour des diverses approches.

Salut les déconfinés -3-

À la Une

L’épidémie sous contrôle ? Ou pas ?

Après deux mois de confinement, un déconfinement très prudent, tout le monde se détend désormais. Où passer ses vacances ? Où trouver une plage ? Où faire la fête ?

Même de modestes fêtes de famille sont l’occasion d’embrassades, de bises qui claquent. Sauf une bonne partie de ceux qui, comme moi, ont dépassé les 65 ans qui se retrouvent un peu à contre-courant, cherchant à éviter les rapprochements excessifs. Ils savent -on leur répète dans tous les médias – que 90% des décès concernaient les plus de 65 ans (85% des cas mortels pour les plus de 70 ans). Les plus jeunes peuvent donc logiquement se permettre l’insouciance après les lourds sacrifices du confinement.

Et pourtant les autorités rappellent que le virus est toujours présent et que les gestes barrière sont toujours indispensables.
Nos gouvernants sont-ils vraiment exemplaires ?
Si quelques masques apparaissent à l’assemblée nationale : ici JM Blanquer et Jean Castex.

En revanche, finies les précautions, lorsqu’il s’agit de se rapprocher, montrer son affection, ses émotions vraies ou feintes, lors de la passation de pouvoirs du nouveau gouvernement.

L’exemple ne viendra pas de nos dirigeants. Alors écoutons les scientifiques :

 Le conseil scientifique ne cache pas son inquiétude, teintée d’une pointe d’exaspération. «On est frappé de la dissociation entre la connaissance des Français que le virus continue de circuler et le relâchement profond sur les mesures de distanciation sociale», déplore son président, Jean-François Delfraissy. Lors d’un «point d’étape» mercredi, alors que prend fin le 10 juillet en métropole l’état d’urgence sanitaire, plusieurs membres du conseil mis en place pour éclairer l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire ont tenu à marteler l’importance des gestes barrières.

En Mayenne l’épidémie connaît une progression inquiétante. Une vaste campagne de dépistage est mise en oeuvre. La Bretagne, PACA repassent dans le rouge.

L’alarme a été entendue par nos dirigeants : E. Macron annonce le port du masque obligatoire le 1er août. Pourquoi le 1er Août si c’est une mesure adaptée à une situation qui devient urgente ? Quelques jours plus tard, le premier ministre Castex rectifie le tir : ce sera finalement à partir du 20 juillet. Alors n’oublions pas les masques dans les endroits confinés (commerces, services publics, réunions) , mais aussi à l’extérieur quand les distances ne peuvent être respectées.

Mais au-delà de la perspective à court terme, on s’interroge : devra-t-on reconfiner d’ici quelques semaines comme dans la région de Barcelone, dans la région de Lisbonne ou dans un canton en Allemagne ?
Aux USA, pourtant confrontée à un redémarrage violent des décès, Donald Trump annonce inlassablement la fin proche de l’épidémie. Que se passera-t-il d’ici l’hiver ? Dans un prochain post nous ferons le tour des différentes thèses en présence

Salut les déconfinés – 2-

À la Une

Déconfinement en Haute Azergues

Retrouver d’un seul coup sa liberté de mouvement (même dans la limite des 100km) peut s’avérer déstabilisant pour certains. Ainsi en Espagne, les médias ont identifié des troubles mentaux qui touchent certains déconfinés devant une difficulté à sortir, une angoisse dans les lieux ouverts, une hésitation à rencontrer leurs proches. Ils ont baptisé cette situation du joli nom de « syndrome de la cabane », en référence à l’aspect protecteur qu’on peut trouver à son logis habituel.
Après deux mois de confinement, nous avons trouvé la transition idéale pour échapper au traumatisme de la liberté : notre « cabane » s’est transférée sur les 4 roues de notre Camping-car.
Et où trouver un dépaysement suffisant dans les 100km autour de chez nous ?

Privés par deux fois ( une grève, puis la Covid19) du voyage en train Lozanne-Paray-le-Monial, en remontant la vallée d’Azergues où nous habitons, nous avons ainsi décidé de le faire en Camping-Car dès l’annonce du déconfinement pour approcher les ouvrages d’art de la ligne et explorer les multiples vallées, vallons, versants, croupes et cols de cette Haute Azergues.

Première étape : Chambost-Allières, nous nous posons au premier parking au dessus de la vallée, juste à côté du village de Chambost. C’est ensoleillé et très venté. Les agriculteurs font les foins : fauchent, andainent , enroulent, transportent, enrubannent.

Des milliers de fleurs couvrent les bords de chemin.

Danièle ramasse un énorme bouquet qu’elle porte religieusement jusqu’à la fin de notre périple.

Deuxième étape : l’autre versant de la vallée, de Grandris à Cublize, ce ne sont que bois de douglas serrés et routes tortueuses. Ici la forêt assombrit tous les versants. C’est une forêt exploitée, les coupes sont nombreuses.

Le lac des sapins est bien décevant et interdit (à cause de la Covid19) de toute façon. Nous rejoignons la vallée d’Azergues par Ronno, charmant vallon agricole, et faisons étape pour la nuit au col de la Croix de l’Orme. Chants des grenouilles des étangs en contrebas, vol de hérons, terre préparée pour le maïs. la route croise une piste de trail : cyclistes, marcheurs, motards équipés pour l’aventure extrême.

La voie ferrée n’est pas très intéressante dans cette portion et nous ne la rejoignons qu’à Lamure d’Azergues (qui offre aussi l’avantage d’une très belle station de vidange pour camping-car proche de la gare). Cap sur St Nizier d’Azergues et Claveisolles, site de la fameuse boucle de Claveisolles. Un tunnel au tracé hélicoïdal qui lui permet de gagner 43 m sur la pente.

Repas à la gare de Claveisolles, pimpante mais désaffectée. Pas de train non plus, le service est encore assuré par car dans cette période de déconfinement.

Troisième étape : nous repassons de l’autre côté de la vallée d’Azergues pour gagner Ranchal, au milieu des bois. Halte pour la nuit à Notre Dame de la Rochette, immense sanctuaire à la vierge. Entre forêt épaisse et coupe à blanc, on observe les traces du travail des débardeurs, et on se félicite de ne pas rencontrer de camions grumiers sur la route étroite.

L’exploration ne serait pas complète sans un arrêt à Poule-les Echarmeaux où la voie s’enfonce dans un très long tunnel (4153 m, le plus long de toute la ligne) pour ressortir côté Bourgogne. De quoi éviter les fortes déclivités du col des Echarmeaux (712 m) , dernier obstacle avant de redescendre vers la Saône-et-Loire et Chaufailles.
Il nous faut bien longtemps pour trouver la gare, les deux hôtels de la gare (désaffectés) et l’entrée du tunnel. Un sculpteur a élu domicile en face d’un des hôtels, près de l’autre un immeuble de logements, au milieu de nulle part, mais avec de très beaux potagers bien entretenus.

Quatrième étape : allons-nous jusqu’à Monsols ou rejoignons-nous le beaujolais viticole ? C’est un peu tôt et une erreur d’orientation nous conduit à nouveau au-dessus de Claveisolles. C’est l’occasion de voir l’ancien immense couvent qui eut de beaux jours au XIXeme siècle mais est désormais repris par l’Opac et promis à un autre avenir.

C’est au col de la Casse froide que nous trouvons abri sous un tilleul majestueux pour le repas. Un paysan épand son fumier et le vent nous apporte l’odeur que nous jugeons moins dangereuse que celle des épandages phytosanitaires. On devine le Mont-Blanc mais le temps n’est pas assez clair.

Nous partons pour Monsols, mais nouvelle erreur d’orientation et c’est sur la route du Vernay que nous nous retrouvons, à flanc de côteau. Face au Mont-Blanc (toujours aussi peu visible) le village expérimente la route solaire !

Cette fois nous redescendons côté vignes, mais pas trop vite, à flanc de côteaux entre vignes et forêts (de feuillus) en passant par les cols de la croix de Marchampt et celui de la Croix Rozier. C’est étroit, tortueux et sans véritable découverte à l’exception d’un étrange dépôt de camions abandonnés au col de la Croix Rozier. Les vignes montent à l’assaut des collines vertes .

On descend et ce ne sont que vignes et vignerons traitant leurs vignes jusqu’à atteindre Denicé où nous mangeons chez Mathias (le bar du village fait des pizzas à emporter).

Salut les déconfinés -1-

À la Une

Economie : c’est reparti ?

Rappelons-nous : au lendemain du confinement installé le 17 mars, chacun se faisait une idée de la fin de ce mauvais passage. Ainsi le déconfinement nous ramènerait nos libertés d’aller et venir, de travailler, de fréquenter nos lieux collectifs, de voir nos amis, de partir en vacances … On connaît la suite : comment ces espoirs ont été largement relativisés par la réalité de l’épidémie.

Pour l’économie ce fut un peu pareil. Le déconfinement donnerait le signal du redémarrage de l’économie qui avait été en grande partie préservée par les mesures de soutien aux entreprises, de maintien des salariés grâce au chômage partiel… L’économie était sur pause, il suffisait de basculer sur Play pour que chacun retrouve son activité. Mais plus l’échéance se rapprochait, plus on prenait conscience que ça risquait d’être plus compliqué.  

Redémarrage : Pourquoi ce n’est pas si simple

Il faut bien se rendre à l’évidence : le virus est présent et restera présent pour un bout de temps. Si on veut éviter une seconde ou une troisième vague qui pourrait submerger de nouveau le système de santé, il faudra maintenir un dispositif important de précautions. Les restaurants, les discothèques, les concerts ne sont pas près de réouvrir. Et dans de nombreux secteurs les mesures de protection sanitaire s’opposeront à une pleine activité.  

Et puis ça dépendra des décisions individuelles des entrepreneurs, des salariés, des clients, des syndicats, de la justice. Autant il suffisait au moment de la mise en place du confinement de quelques décrets et des gendarmes postés aux carrefours, autant le redémarrage de l’économie est le résultat d’une multitude de variables souvent imprévisibles.

Les fabricants de bière ne peuvent reprendre leur pleine activité que si les bars, les restaurants, les concerts et les apéros entre amis réamorcent la demande. En attendant ils se demandent si une partie de la production ne devait pas partir aux égouts ou à la distillation.

Certaines entreprises ont une grande difficulté à organiser un process de production respectueux des gestes barrière. C’est ainsi qu’Amazon, contraint de fermer par décision de justice à la demande de la CFDT, a d’elle-même suspendu momentanément son activité en France.

A Renault Sandouville, les syndicats majoritaires (Force Ouvrière, la CFE-CGC et la CFDT) étaient en train de mettre au point un accord avec la direction pour une réouverture en toute sécurité, lorsque la CGT (un tiers des voix aux élections professionnelles) a obtenu une décision de justice (sur un défaut dans la consultation obligatoire) pour annuler la reprise. Dans bien des entreprises, la CGT, parfois à raison, en face de risques réels, parfois en application d’une ligne politique, risque de tout faire pour s’opposer à la reprise d’activité.

Mais il n’y a pas que des incertitudes. Pendant la crise un certain nombre de secteurs ont bien résisté, ou même progressé. Les services publics de base (gestion des déchets, propreté, sécurité) n’ont pas flanché. Les industries de réseau : l’eau, l’électricité, les fournisseurs internet ont assuré. Les GAFA et autres Netflix ont tiré avantage du confinement. Plus généralement le numérique s’est introduit dans tous les process de travail avec le télétravail et les services à distance. Bref, les 65% d’activité (73% en avril) assurés tout au long du confinement sont restés solides, loin de l’idée d’effondrement généralisé chère aux collapsologues. 
Mais que se passera-t-il pour les 35% (27% en avril) restants ? Beaucoup d’inconnues président au redémarrage. 

Anticiper en zone d’incertitude

Du coup, peu d’économistes se hasardent à faire des pronostics : Reprise rapide en V, stagnation durable en L …

Alors il n’est pas interdit aux économistes amateurs de faire leurs prévisions. Les miennes, en l’occurrence : A court terme, l’économie est sous la férule de l’évolution de l’épidémie. De la permanence de sa virulence dépendra la reprise qui pourrait subir un effet persistant des précautions sanitaires.  Au-delà, à moyen terme il n’y a pas de raisons que les affaires ne reprennent pas à un bon rythme, malgré certains secteurs durablement touchés comme le transport aérien, l’industrie du tourisme et celle du spectacle. En effet les habitudes de consommation dans ces domaines auront du mal à se rétablir ou à trouver un nouveau modèle.
 Il est, hélas, certain que les inégalités devant l’emploi vont se creuser et que les précaires seront les premières victimes d’une hausse prévisible du chômage

Et puis, le « monde d’après » ne pourra faire l’économie d’un examen de son développement. Quelles sont les activités essentielles ? Quelles sont les activités inutiles, voire nuisibles. Il faut notamment arrêter d’investir dans les énergies fossiles au profit de la transition énergétique. 

Salut les confinés – 16 –

À la Une

OK  Boomer ! COVID : Les seniors au centre des enjeux 

Parmi les fortes particularités de cette épidémie, à coté de sa contagiosité élevée, figure la menace qui plane sur les plus âgés. « A ce jour, on compte 25 000 morts du coronavirus en France. L’âge médian des personnes décédées est de 84 ans. Les plus de 75 ans représentent 75 % des décès. Il s’agit d’hommes à 55 %. Deux personnes décédées sur trois présentaient une autre déficience, une comorbidité, comme l’hypertension, le diabète, une pathologie pulmonaire, l’insuffisance cardiaque ou l’obésité. Les personnes de moins de 65 ans et sans comorbidité ne représentent que 2,5 % des décès.

Donc, en l’état actuel de ce que l’on sait de cette pandémie, les statistiques disent que le coronavirus tue surtout les vieux déjà malades. » C’est ainsi qu’Eric Le Boucher résume dans l’Opinion du 3 mai 2020 la situation. Un diagnostic incontournable, qui avait amené le Président Macron à laisser entendre que les « populations vulnérables » devraient prolonger leur confinement.
 Une annonce qui avait inspiré une petite musique, notamment ceux qui analysent la crise et les politiques mises en place pour combattre l’épidémie en termes de lutte entre génération.

« Sidérée par l’attaque du coronavirus contre une génération que l’on croyait éternelle (et qui se pensait telle), la société politique, civile et médicale a fait corps pour la protéger. » s’exclame Monique Dagnaud dans Slate du 1er mai

L’approche générationnelle apporte plus de confusion que de lumière. En tant que Baby boomer, je ne me sens pas solidaire des dirigeants de ma génération qui ont façonné ce monde, je ne me sens pas responsable des graves erreurs environnementales, des inégalités sociales installées à la faveur du néo-libéralisme triomphant. Je les ai combattus comme je pouvais ; mon seul regret c’est d’avoir perdu la bataille (heureusement elle n’est pas terminée).

Mais je peux être sensible à l’argument. Demander aux générations suivantes de se saborder pour sauver les anciens, est-ce légitime ?

Et puis un philosophe est venu en renfort. Pour André Comte-sponville, la liberté (d’aller et venir , rencontrer d’autres humains) la justice , l’amour, la préservation de notre planète ne sont -ils pas plus importants que la simple préservation de la vie de nos aînés ?

Et puis je m’interroge : sauver mes propres enfants d’un désastre ou bien perdre la vie. Qu’une alternative pareille, un de ces quatre jours m’échoie c’est, j’en suis convaincu, le sort de mes enfants qui sera l’objet de mon choix.

Mais je perçois bien que ces raisonnements, en termes de génération, en termes de choix personnel ne peuvent tenir lieu de boussole politique. Car il faut être capable de pousser l’hypothèse à fond et examiner toutes les conséquences.

Sommes-nous prêts à laisser libre cours à l’épidémie, à abandonner à leur sort des dizaines de milliers de citoyens âgés, à fermer les yeux sur les EHPAD en train de se transformer en mouroir, à laisser les malades graves terminer leur jours sans les soins nécessaires dans les couloirs des hôpitaux. La plupart des gouvernements démocratiques ou non, dictatoriaux ou non, (à part les ambigüités des Trump et autres Bolsonaro) ont fait le choix de préserver la santé. Pouvons-nous faire différemment ?

Et puis qui s’occuperait des petits-enfants, qui se mobiliserait dans les associations, les communes, qui prendrait le temps de la réflexion, qui cultiverait le potager pour les produits à partager avec les proches ?

Salut les Confinés -15-

À la Une

J-3 : Le déconfinement aura bien lieu le 11 mai !

 Il a fallu que le président le rappelle plusieurs fois le 6 mai, tant ses ministres essayaient d’éviter la promesse et de noyer le poisson. Pour Olivier Véran ce sera le 11 … si les résultats sont bons. Pour Jean-Michel Blanquer, ce sera selon … la bonne volonté des maires.

Jean Castex, le très discret Coordinateur national à la stratégie de déconfinement, le « Monsieur déconfinement », a même proposé devant le sénat l’établissement d’un plan de reconfinement au cas où les résultats seraient mauvais !!!

 Il faut rappeler que c’est le président, surprenant même ses ministres, qui avait annoncé la réouverture des écoles au 11 mai. Or à ce jour, quel parent peut savoir ce qu’il en sera pour sa progéniture ? Les maires, à juste titre, s’inquiètent de la mise en place des précautions figurant dans l’instruction de 63 pages qui devrait présider à l’ouverture des classes. Chacun fera comme il peut.

La même incertitude règne au Canada. Jusqu’au Premier Ministre Justin Trudeau qui « ne sait pas  » s’il enverra ses enfants à l’école au moment de la ré-ouverture.
Mais le doute ne concerne pas que les enfants. Emmanuel Macron avait laissé entendre que les citoyens les plus vulnérables (comprenez : les plus âgés) devraient prolonger le confinement. Finalement les protestations de tous bords ont eu raison du projet

A 3 jours de la date fatidique, les confinés ne savent pas vraiment qui croire et que croire. On avait d’abord (le président en l’occurrence) parlé d’un déconfinement par région. Oublié ! Puis l’idée d’une carte rouge et verte. Finalement c’est rouge, orange et vert. Mais on ne sait pas vraiment quelles en sont les conséquences à part l’ouverture possible des parcs au 11 mai et peut-être la réouverture des collèges au 18. Ou bien était-ce juste pour désigner les mauvais élèves ?

En fait, tout le monde a attendu le 7 mai pour savoir quel serait le statut de son département. Notre région Rhône-Alpes abandonne sa couleur orange inquiétante. Le rouge se concentre sur le Nord-Est du pays. Mais les trois quart verts des départements ne doivent pas se laisser aller à l’illusion que tout sera désormais comme avant.

Car l’inquiétude autour de la décision de déconfinement s’accroît. Et ce ne sont pas les épidémiologistes qui vont l’apaiser.

Une seconde vague

Ainsi l’équipe de Victoria Colizza  de l’INSERM projette [ Le Monde dans son édition du 7 mai] dans tous les cas une seconde vague entre juillet et septembre. Sa hauteur dépendra des mesures mis en place : « L’épidémie ne pourrait être contrôlée qu’à plusieurs conditions . La première est le maintien des mesures de distanciation physique. « Cela suppose que 50 % des gens restent chez eux – soit que leur activité professionnelle n’ait pas repris, soit qu’ils pratiquent le télétravail –, que les personnes âgées aient réduit de 75 % leurs contacts, et qu’il y ait une réouverture partielle (pas plus de 50 %) de différentes activités et commerces », détaille Vittoria Colizza.

Autre condition pour ce scénario : que le dispositif de dépistage, de traçage et d’isolement des cas et de leurs contacts détecte au moins 50 % des nouvelles infections. « Si 25 % seulement sont identifiés, nous aurions à affronter une seconde vague plus intense que la première, débutant fin juin avec des capacités de réanimation dépassées jusqu’en août », insiste Vittoria Colizza. La modélisatrice souligne qu’au-delà du nombre de tests disponibles, ce dispositif de traçage des contacts nécessite des ressources humaines massives afin de casser les chaînes de transmission.
Dans un scénario où l’ensemble des élèves, de la maternelle au lycée, reprendraient les cours le 11 mai, les chercheurs de l’Inserm envisagent une seconde vague épidémique, similaire à la première. Elle serait toutefois évitée en limitant à 50 % l’effectif pour l’ensemble des classes. Un retour en classe de l’ensemble des adolescents en juin aurait pour effet de submerger les services de réanimation, les nouveaux cas qui en découleraient nécessitant 138 % des capacités. »

Alors on peut penser que lorsque le président Macron a annoncé la ré-ouverture des écoles le 11 mai, il s’est engagé un peu vite et de manière imprudente.  Heureusement la réalité des faits s’est imposée en limitant l’ouverture à la seule primaire et aux élèves volontaires.

Une autre conclusion des épidémiologistes concerne les personnes vulnérables (âge et comorbidité). A défaut de prolongation du confinement, ils insistent sur la nécessité de réduire de 75%  leurs contacts en situation normale. Alors pas question pour nous, les vieux,  de repartir dans une vie sociale sans limite !
Alors, nos projets pour le déconfinement : fêter en famille les anniversaires du mois de mai (en respectant les distances)  et partir en vadrouille en Camping-Car ( dans les 100 km autorisés, le micro-tourisme nous convient bien).

Salut les confinés – 14

À la Une

Le télé-travail

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

S’il existe une petite révolution dans cet épisode du confinement, c’est bien celle du télétravail qui a concerné jusqu’à 5 millions de salariés. Comment les salariés concernés ont-ils vécu cette situation ? Le télétravail survivra-t-il dans le « monde d’après »? Le think tank Terra Nova a publié récemment une étude .

Le Clairon, lui, a mené son enquête dans son entourage:

  • Nora, responsable administrative dans une PME de service:
    Moi je milite depuis plus d’un an pour avoir au moins une journée par semaine en télétravail, donc je suis déjà conquise. La fermeture pour travaux de ma boite m’avait déjà fait vivre l’expérience l’été dernier. Mais comme le souligne l’étude pour bien vivre son télétravail, il faut avoir le bon matériel (c est mon cas) et pas d’enfant à domicile !! Si on doit ajouter le travail d’instit ça devient compliqué. Encore plus difficile pour les parents d’enfants en bas ages !
    Ce qui me manque le plus c’est les échanges avec les collègues, les pauses cafés, les restos le midi, la pause au parc tête d or.
    Mon patron souhaite poursuivre le télétravail aussi longtemps que nécessaire (juillet ou septembre!). Pour moi, le bon équilibre serait 2 jours a la maison et 3 jours au travail. Les négociations seront peut être plus faciles dans le futur pour y arriver. L’impact écologique serait sans doute énorme si toutes les entreprises l’adoptaient , et les trajets plus agréables sans embouteillage. On peut quand même espérer que cela fera évoluer les mentalités.
  • Mathias, informaticien chez un éditeur de logiciel :
    Entièrement d’accord avec la semaine de 4 jours dont la moitié en télétravail !J’ ai connu le télétravail (TT pour les intimes) dans mon ancienne boîte. C’est plaisant de ne pas prendre la voiture, pouvoir prendre le petit déj tranquille et ne pas être dérangé tout le temps. On gagne justement du temps sur tous les plans. D’autant plus de nous ne sommes que deux a la maison et à part le fait de recevoir des appels en même temps, ça se passe plutôt bien.
    Le revers de la médaille pour moi c’est aussi le manque de lien social et l’équipement, pas forcément de bureau ou de chaise ergonomique, pas d’imprimante, galères d’internet, etc.. .L’autre truc c est qu’au final on bosse en moyenne beaucoup plus en TT et le soir c’est peinture en ce moment [suite au déménagement ], le confinement est tout sauf reposant pour ma part !
    Au moins les entreprises un peu vieux jeu et réfractaires au TéléTravail comme la mienne se rendent compte que c est possible de faire tourner la boite quasi entièrement a distance (nous sommes éditeurs de logiciels). Et j’espère que ça restera possible dans une moindre mesure après cette crise sanitaire.
  • Mona, chargée de recrutement dans une grande institution sanitaire :
    J’ai entendu parler de cette étude hier à la télé. Personnellement, et je l’ai dit à ma responsable, je me suis bien adaptée au télétravail à 100% et maintenant que je me sens dans ma zone de confort, je voudrais en profiter pour quelques mois encore. Idéalement, j’aimerai inverser les habitudes et faire du télétravail la plupart du temps, et du présentiel ponctuellement. Je gagne 2h de trajet/jour, je ne mets pas d’alarme pour me lever, donc je finis mon sommeil tranquillement le matin sans être dérangée par un « bip bip bip… »
    Je ne me concentre que sur mon travail et je n’ai plus de perte de temps liée aux rumeurs des couloirs.(J’épargne en vêtements et chaussures ! Héhéhé je plaisante un peu). Au niveau du matériel, je suis bien équipée (téléphone pro + pc pro) et on a toujours l’assistance informatique à distance au cas de besoin. A savoir, que chez nous, le télétravail ponctuel était déjà en place, on a l’habitude. En plus, nous sommes nombreux et le campus est tellement grand, que de toute façon, je ne vois pas tout le temps les gens avec qui je travaille.
    Le seul inconvénient pour moi, c’est que je n’ai pas mon siège ergonomique et le bureau installé de façon à avoir une posture correcte. Il faut donc faire attention aux troubles musculo-squelettiques.
  • Clara est économiste chez un constructeur de maison individuelles :

Pour ma part c’est ma première expérience de télétravail, et je peux dire que j’adhère à 100%. Effectivement moins de stress le matin, j’emmène en poussette, Nolhan tranquillement, chez la nounou tous les matins. Je mets a profit mon temps de trajets bureau-maison (env. 1h/jour) pour faire du sport a la place.Je suis plus productive sur mes dossiers, je viens de terminer une maison de 230m2 en 16h de temps de travail contre pratiquement le double au bureau. (Sans cesse dérangée par téléphone/mails/collègues).
Le bonheur de pouvoir gérer son temps comme on l’entends. Pause de midi quand j’ai faim et non à 12h30! Petite sieste après le repas (15min max). Travailler portes et fenêtres grand ouverts! Mettre de la musique. Vraiment c’est une qualité de travail que je ne connaissais pas. 
Inconvénients effectivement : Manque de contacts sociaux et manque d’équipement pour ma part. Je me suis pincée le nerfs sciatique (A cause du sport) mais aussi parce que ma table est trop haute. Ou mon siège trop bas…? Et ce matin j’ai du aller au bureau de tabac avec ma clés USB pour qu’il m’imprime mes plans en A3 couleur. J’ai fais une note de frais pour 7.20€ 🙂
Malheureusement on sent bien que malgré cet essai concluant notre direction n’a pas l’air du tout favorable à une prolongation du télétravail. Covid ou pas covid…
Conclusion : il me faudrait 2 jours au bureau, 2 jours en télétravail et 3 jours de week end!!! Bien sûr. 

Salut les confinés ! épisode 13

À la Une

Le jour d’après …

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Avec l’apparition de l’épidémie, avec le confinement, la formule s’est imposée, dans les médias, les cercles de réflexion et les équipes politiques à gauche surtout mais pas seulement. L’idée c’est que cette épidémie bouleverse tellement notre société (« le monde d’avant ») qu’elle va induire un changement total pour nous amener vers « le monde d’après ». La crise serait porteuse de ruptures en chaîne dans nos vies quotidiennes, dans notre manière de travailler et de produire, et dans les façons de faire de la politique et aussi de gouverner. Mais la formule, généreuse, mais trop générale, trop vague, me gêne beaucoup, car elle est porteuse de malentendus et peut-être de frustration.

Il n’y a pas de jours d’après

  • Sur la progression (ou le reflux) de l’épidémie on en sait maintenant plus. Après un ralentissement dû au confinement, le virus est présent parmi nous pour un bout de temps. Il y aura sans doute des accalmies, des vagues en retour tant qu’on n’aura pas atteint l’immunité collective (et encore, l’OMS s’interroge sur son existence…) ou la mise en œuvre d’un vaccin. Donc pas de fin proche et nette de l’épidémie mais une crise sanitaire qui s’étalera sur de nombreux mois. Pour le jour d’après,il faudra donc patienter.
  • Sur le plan économique et plus généralement sur l’évolution de nos modes de vie et la manière de conduire les affaires, à gauche et même à droite on entend nos responsables proclamer « Rien ne sera comme avant ! ».  Cette petite musique, on l’a déjà entendue. Souvenez-vous, au lendemain de la crise financière de 2008, Sarkozy, fustigeant les errements du capitalisme financier devenu fou, proclamant la fin des paradis fiscaux, promettant de mettre l’écologie au centre … Il n’a pas fallu longtemps pour un retour au business as usual

N’est-ce pas ce qui se préfigure avec les mesures du plan de relance ?

  • Les 20 milliards d’€ destinés à sauver « nos » entreprises n’iront pas aux sociétés qui ont des rapports avec des paradis fiscaux, avait promis Bruno Le Maire. Le jour même, la disposition disparaissait de la loi votée à l’assemblée Nationale !
  • Le versement des dividendes sera -t-il annulé cette année dans les entreprises qui auront reçu des aides de l’état ? Rien de sûr ! Le gouvernement les invite à de la modération … Au mieux les actionnaires devront attendre un peu leurs dividendes, à la sortie de crise.
  • Air France va bénéficier de 7 milliards d’€ d’aide.

Une aide conditionnée à des « engagements », il s’agit pour le gouvernement d’en faire « la compagnie la plus respectueuse de l’environnement au monde » … Et pour commencer rouvrir à partir du 11 mai 3 lignes régulières qui pourraient être remplacées avantageusement par des TGV en 2 ou 3 h : Brest, Bordeaux, Montpellier !  70 fois moins de CO2 ! Cherchez l’erreur !

  • L’automobile suivra avec, on s’en doute, la même compréhension des intérêts de l’entreprise.
  • Le patronat français et ses homologues européens ont mené de discrètes opérations de lobbying pour convaincre nos gouvernements d’adoucir ou de repousser l’application des mesures environnementales, d’augmenter le temps de travail etc.

Bref, en matière d’économie, le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant !

Le monde d’après… dans les esprits :

L’air du temps, ces dernières années, avait mis en avant quelques idées : des modes de vie plus respectueux de l’environnement, la protection du climat, des revenus qui dépendraient moins d’un travail rémunéré (revenu universel), la recherche du sens, surtout chez les jeunes, dans les situations professionnelles, le rejet d’activités non-essentielles, inutiles, voire nuisibles. 

La crise du coronavirus et le confinement ont fait l’effet d’une véritable leçon de choses, une véritable expérience vécue sur chacun de ces sujets, qui annoncent une vaste prise de conscience. Dans bien des domaines nous ne sommes pas prêts à revivre le monde d’avant !

Mais le changement, c’est pas automatique !

 Nous sommes tous impressionnés par la baisse de la pollution dans les villes, ces photos satellites qui nous montrent une atmosphère transparente.

La tour Eifel se détachant sur un bleu transparent   Mais que se passera-t-il après le 11 mai ? Laisserons-nous la voiture au garage ? Sortirons-nous enfin le vélo ? Trouverons-nous plus de pistes cyclables, plus sûres ?
 En 2020, le Covid19 pourrait faire baisser les émissions mondiales de CO2 de 5 à 6 % par rapport à leur niveau record de 2019. Entre 2020 et 2050, il faudrait que ces émissions baissent CHAQUE ANNÉE de 6 à 8 %/an pour que les objectifs de l’Accord de Paris soient atteints. (Source Carbon Global Projet). C’est dire qu’il faudra poursuivre l’effort

Est-ce que notre chef de bureau accordera désormais la possibilité de travailler à la maison, cette possibilité qu’il nous avait refusé régulièrement avant le COVID ? Est-ce la fin des réunions interminables, en présentiel, au profit de courtes mises au point par Skype ?

La protection sociale évoluera-t-elle vers un système qui prenne mieux en charge tous ceux qui sont dans la précarité et dans la pauvreté ?

Les hôpitaux auront-ils enfin des moyens suffisants avec des carrières plus attractives pour les soignants ?

Serons-nous plus enclins à consommer local, des produits de saison, auprès de producteurs proches ?

Notre économie saura-t-elle se convertir à plus d’autonomie, dans une globalisation maîtrisée. S’engagera-t-elle vers une transition énergétique indispensable ?

Les réponses à toutes ces questions ne nous seront pas données par la magie du jour d’après. Il faudra continuer à nous impliquer, à nous mobiliser, par nos actions individuelles, par notre participation aux associations et à la vie publique.

Salut les confinés ! -12-

À la Une

Covid : La société du spectacle en panne ?

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Je poursuis la réflexion suggérée par Bruno Latour : quelles sont les activités qui nous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont nous souhaiterions qu’elles ne reprennent pas ?

Ce qui a marqué le grand public, ces derniers jours c’est l’annulation des grands évènements qui jalonnent ce printemps et ce début d’été à venir :

Le tour de France reporté en septembre, le championnat de foot à l’arrêt, Roland Garros reporté en 2021, pareil pour le festival d’Avignon, les Vieilles Charrues à Carhaix, le Printemps de Bourges : la liste est interminable. Ces reports, ou annulations ont sans doute plus marqué les français que l’annonce de la fermeture de la plupart des usines d’automobiles sur le territoire. Cette attention aux grands évènements sportifs ou culturels serait-elle la marque de fabrique de nos sociétés prospères, attachées au spectacle qu’elles donnent au grand public ?

Dans les années soixante du siècle dernier, un courant intellectuel et militant, le situationnisme avait décrit et critiqué cette société du spectacle

qui transformait en marchandise toute œuvre artistique, tout exploit sportif, tout divertissement collectif, et qui finalement s’étendait à toutes les activités de cette société capitaliste. Si les situationnistes n’ont plus d’actualité en tant que courant intellectuel, la société du spectacle, elle, a prospéré. Que diraient aujourd’hui Guy Debord, son fondateur, et ses amis devant les 22 milliards d’€ brassés par le foot professionnel européen, devant les foules qui se pressent dans les festivals, devenus une source indispensable de revenu pour les collectivités qui les accueillent ? Effectivement ces grands évènements sont devenus avant tout des machines à casch qui s’adressent avant tout à des consommateurs, et qui se sont débarrassés de toute relation à l’expérience de leur public.

Et pourtant, les meilleurs fidèles du Tour de France ne se trouvent-ils pas parmi ces amateurs -individuels ou adhérents d’un club de cyclo-tourisme- qui savent ce que c’est de cracher ses poumons dans l’ascension d’un col,

les meilleurs fans d’un concert n’ont-ils pas monté ou encouragé un orchestre de rock dans leur garage, les vrais habitués du festival d’Avignon ne se rappellent-ils pas encore de leurs cours de théâtre au lycée ou de la troupe amateur à laquelle ils ont participé ?

Les grands évènements du sport et de la culture ont à mon sens oublié ce rapport à la pratique, à l’expérience vécue de leur public. Il n’y a plus de rapport entre la vie d’un petit club de foot animé par des bénévoles et les grandes compétitions professionnelles. C’est juste devenu un spectacle pour des consommateurs.

On se prend à rêver d’un monde où les moyens colossaux du sport et de la culture seraient redirigés et disponibles pour tous les citoyens qui voudraient se perfectionner au foot, s’initier à la flute traversière ou à la pratique de l’orchestre, qui voudraient disposer d’un encadrement qualifié dans leur troupe de théâtre. Peut-être réinventer les maisons de la culture et ouvrir les stades et les gymnases aux enseignants bénévoles, aux amateurs sans perspective de compétition.

 Le business du spectacle a tout perverti. Il faudrait repartir à zéro. Alors, ce sera le jour d’après ?