Salut les confinés ! épisode 13

Le jour d’après …

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Avec l’apparition de l’épidémie, avec le confinement, la formule s’est imposée, dans les médias, les cercles de réflexion et les équipes politiques à gauche surtout mais pas seulement. L’idée c’est que cette épidémie bouleverse tellement notre société (« le monde d’avant ») qu’elle va induire un changement total pour nous amener vers « le monde d’après ». La crise serait porteuse de ruptures en chaîne dans nos vies quotidiennes, dans notre manière de travailler et de produire, et dans les façons de faire de la politique et aussi de gouverner. Mais la formule, généreuse, mais trop générale, trop vague, me gêne beaucoup, car elle est porteuse de malentendus et peut-être de frustration.

Il n’y a pas de jours d’après

  • Sur la progression (ou le reflux) de l’épidémie on en sait maintenant plus. Après un ralentissement dû au confinement, le virus est présent parmi nous pour un bout de temps. Il y aura sans doute des accalmies, des vagues en retour tant qu’on n’aura pas atteint l’immunité collective (et encore, l’OMS s’interroge sur son existence…) ou la mise en œuvre d’un vaccin. Donc pas de fin proche et nette de l’épidémie mais une crise sanitaire qui s’étalera sur de nombreux mois. Pour le jour d’après,il faudra donc patienter.
  • Sur le plan économique et plus généralement sur l’évolution de nos modes de vie et la manière de conduire les affaires, à gauche et même à droite on entend nos responsables proclamer « Rien ne sera comme avant ! ».  Cette petite musique, on l’a déjà entendue. Souvenez-vous, au lendemain de la crise financière de 2008, Sarkozy, fustigeant les errements du capitalisme financier devenu fou, proclamant la fin des paradis fiscaux, promettant de mettre l’écologie au centre … Il n’a pas fallu longtemps pour un retour au business as usual

N’est-ce pas ce qui se préfigure avec les mesures du plan de relance ?

  • Les 20 milliards d’€ destinés à sauver « nos » entreprises n’iront pas aux sociétés qui ont des rapports avec des paradis fiscaux, avait promis Bruno Le Maire. Le jour même, la disposition disparaissait de la loi votée à l’assemblée Nationale !
  • Le versement des dividendes sera -t-il annulé cette année dans les entreprises qui auront reçu des aides de l’état ? Rien de sûr ! Le gouvernement les invite à de la modération … Au mieux les actionnaires devront attendre un peu leurs dividendes, à la sortie de crise.
  • Air France va bénéficier de 7 milliards d’€ d’aide.

Une aide conditionnée à des « engagements », il s’agit pour le gouvernement d’en faire « la compagnie la plus respectueuse de l’environnement au monde » … Et pour commencer rouvrir à partir du 11 mai 3 lignes régulières qui pourraient être remplacées avantageusement par des TGV en 2 ou 3 h : Brest, Bordeaux, Montpellier !  70 fois moins de CO2 ! Cherchez l’erreur !

  • L’automobile suivra avec, on s’en doute, la même compréhension des intérêts de l’entreprise.
  • Le patronat français et ses homologues européens ont mené de discrètes opérations de lobbying pour convaincre nos gouvernements d’adoucir ou de repousser l’application des mesures environnementales, d’augmenter le temps de travail etc.

Bref, en matière d’économie, le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant !

Le monde d’après… dans les esprits :

L’air du temps, ces dernières années, avait mis en avant quelques idées : des modes de vie plus respectueux de l’environnement, la protection du climat, des revenus qui dépendraient moins d’un travail rémunéré (revenu universel), la recherche du sens, surtout chez les jeunes, dans les situations professionnelles, le rejet d’activités non-essentielles, inutiles, voire nuisibles. 

La crise du coronavirus et le confinement ont fait l’effet d’une véritable leçon de choses, une véritable expérience vécue sur chacun de ces sujets, qui annoncent une vaste prise de conscience. Dans bien des domaines nous ne sommes pas prêts à revivre le monde d’avant !

Mais le changement, c’est pas automatique !

 Nous sommes tous impressionnés par la baisse de la pollution dans les villes, ces photos satellites qui nous montrent une atmosphère transparente.

La tour Eifel se détachant sur un bleu transparent   Mais que se passera-t-il après le 11 mai ? Laisserons-nous la voiture au garage ? Sortirons-nous enfin le vélo ? Trouverons-nous plus de pistes cyclables, plus sûres ?
 En 2020, le Covid19 pourrait faire baisser les émissions mondiales de CO2 de 5 à 6 % par rapport à leur niveau record de 2019. Entre 2020 et 2050, il faudrait que ces émissions baissent CHAQUE ANNÉE de 6 à 8 %/an pour que les objectifs de l’Accord de Paris soient atteints. (Source Carbon Global Projet). C’est dire qu’il faudra poursuivre l’effort

Est-ce que notre chef de bureau accordera désormais la possibilité de travailler à la maison, cette possibilité qu’il nous avait refusé régulièrement avant le COVID ? Est-ce la fin des réunions interminables, en présentiel, au profit de courtes mises au point par Skype ?

La protection sociale évoluera-t-elle vers un système qui prenne mieux en charge tous ceux qui sont dans la précarité et dans la pauvreté ?

Les hôpitaux auront-ils enfin des moyens suffisants avec des carrières plus attractives pour les soignants ?

Serons-nous plus enclins à consommer local, des produits de saison, auprès de producteurs proches ?

Notre économie saura-t-elle se convertir à plus d’autonomie, dans une globalisation maîtrisée. S’engagera-t-elle vers une transition énergétique indispensable ?

Les réponses à toutes ces questions ne nous seront pas données par la magie du jour d’après. Il faudra continuer à nous impliquer, à nous mobiliser, par nos actions individuelles, par notre participation aux associations et à la vie publique.

Salut les confinés ! -12-

Covid : La société du spectacle en panne ?

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Je poursuis la réflexion suggérée par Bruno Latour : quelles sont les activités qui nous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont nous souhaiterions qu’elles ne reprennent pas ?

Ce qui a marqué le grand public, ces derniers jours c’est l’annulation des grands évènements qui jalonnent ce printemps et ce début d’été à venir :

Le tour de France reporté en septembre, le championnat de foot à l’arrêt, Roland Garros reporté en 2021, pareil pour le festival d’Avignon, les Vieilles Charrues à Carhaix, le Printemps de Bourges : la liste est interminable. Ces reports, ou annulations ont sans doute plus marqué les français que l’annonce de la fermeture de la plupart des usines d’automobiles sur le territoire. Cette attention aux grands évènements sportifs ou culturels serait-elle la marque de fabrique de nos sociétés prospères, attachées au spectacle qu’elles donnent au grand public ?

Dans les années soixante du siècle dernier, un courant intellectuel et militant, le situationnisme avait décrit et critiqué cette société du spectacle

qui transformait en marchandise toute œuvre artistique, tout exploit sportif, tout divertissement collectif, et qui finalement s’étendait à toutes les activités de cette société capitaliste. Si les situationnistes n’ont plus d’actualité en tant que courant intellectuel, la société du spectacle, elle, a prospéré. Que diraient aujourd’hui Guy Debord, son fondateur, et ses amis devant les 22 milliards d’€ brassés par le foot professionnel européen, devant les foules qui se pressent dans les festivals, devenus une source indispensable de revenu pour les collectivités qui les accueillent ? Effectivement ces grands évènements sont devenus avant tout des machines à casch qui s’adressent avant tout à des consommateurs, et qui se sont débarrassés de toute relation à l’expérience de leur public.

Et pourtant, les meilleurs fidèles du Tour de France ne se trouvent-ils pas parmi ces amateurs -individuels ou adhérents d’un club de cyclo-tourisme- qui savent ce que c’est de cracher ses poumons dans l’ascension d’un col,

les meilleurs fans d’un concert n’ont-ils pas monté ou encouragé un orchestre de rock dans leur garage, les vrais habitués du festival d’Avignon ne se rappellent-ils pas encore de leurs cours de théâtre au lycée ou de la troupe amateur à laquelle ils ont participé ?

Les grands évènements du sport et de la culture ont à mon sens oublié ce rapport à la pratique, à l’expérience vécue de leur public. Il n’y a plus de rapport entre la vie d’un petit club de foot animé par des bénévoles et les grandes compétitions professionnelles. C’est juste devenu un spectacle pour des consommateurs.

On se prend à rêver d’un monde où les moyens colossaux du sport et de la culture seraient redirigés et disponibles pour tous les citoyens qui voudraient se perfectionner au foot, s’initier à la flute traversière ou à la pratique de l’orchestre, qui voudraient disposer d’un encadrement qualifié dans leur troupe de théâtre. Peut-être réinventer les maisons de la culture et ouvrir les stades et les gymnases aux enseignants bénévoles, aux amateurs sans perspective de compétition.

 Le business du spectacle a tout perverti. Il faudrait repartir à zéro. Alors, ce sera le jour d’après ?

Salut les confinés ! -11-

Liberté, égalité, fraternité …mobilité !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Je poursuis la réflexion suggérée par Bruno Latour : quelles sont les activités qui nous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont nous souhaiterions qu’elles ne reprennent pas ?

Il me semble qu’en ce temps de confinement et d’immobilité, il est judicieux de nous interroger sur notre besoin de mobilité, qui apparaît, à la réflexion comme un droit fondamental de l’individu, peut-être à rajouter au fronton de nos mairies à côté des Liberté, Egalité, Fraternité.

Quand on pense à notre ancêtre, Homo Sapiens, toujours en quête de nouveaux horizons, mû par cette curiosité de découvrir ce qui se cachait derrière la ligne d’horizon. C’est ainsi qu’on l’a retrouvé finalement installé dans les moindres recoins de notre planète. La mobilité est bien une caractéristique fondamentale du genre humain.

Plus près de nous, à l’été 1989, les prémisses de la disparition du rideau de fer sont apparues en Hongrie qui avait entr’ouvert la frontière avec l’Autriche.

Les allemands de l’Est se sont précipités dans leur Trabant pour profiter de quelques jours passés à l’Ouest, des vacances bien plus passionnantes que celles proposées par le régime sur les bords de la Baltique. C’était juste quelques semaines avant la chute du mur de Berlin. Cette curiosité pour aller voir de l’autre côté, cette envie irrépressible d’échapper à l’assignation à résidence, à l’immobilité forcée, à ce confinement géant imposé à sa population, a sans doute joué un rôle important dans ce mouvement irrésistible, au moins autant que le rejet d’un état bureaucratique et policier, en plein échec économique.

De nos jours, en plein Covid19, c’est vrai que nous, les confinés, supportons mal cette restriction sévère de nos déplacements à pied, en jogging, en automobile, cette limite étroite de 1 km autour de la maison. Après les inquiétudes -démenties finalement- sur l’alimentation, après la disparition des rencontres familiales ou amicales – légèrement compensée par les Skype et autres Zoom- , l’interdiction de la mobilité pèse fortement sur notre moral. Et nous attendons tous avec impatience le jour où nous pourrons reprendre nos baskets, nos vélos, nos voitures et rencontrer nos amis sans rien demander à personne

Moi-même, tous les jours je lorgne notre camping-car posté dans notre cour, prêt à démarrer dès que le déconfinement sera annoncé. J’ai l’impression de rater le printemps et ses occasions de ballades d’autant plus désirées après ce confinement . D’ailleurs rien de mieux en matière de distanciation sociale qu’une escapade en Camping-car !

En même temps le confinement questionne nos pratiques de la mobilité. Aurions-nous imaginé ces avenues sans embouteillages, ce silence auprès des aéroports, ces images satellites où la pollution de l’atmosphère se trouvait effacée ? Nous sommes bien obligés de mettre en cause nos usages de la mobilité. Sommes-nous prêts à réduire l’utilisation de la voiture individuelle ? Sommes-nous prêts à renoncer à cet aller-retour en Suisse pour manger une fondue à Gruyère, à ce week-end improvisé à Lisbonne, à cette semaine dans une île en Thaïlande. Beaucoup de nos déplacements relèvent plus de l’agrément, voire du caprice que d’une réelle nécessité. C’est, du coup, la croissance continue du tourisme de masse qui est mise en question. D’ailleurs, à Paris, à Barcelone, à Londres, les populations s’élèvent contre l’invasion facilitée par les vols lowcost et les hébergements AirBandB.

Le tourisme débridé peut-il suspendre sa course folle et recouvrer la raison, peut-il retrouver sa vertu première : la découverte d’une autre nature, l’échange et le rapprochement des peuples, la contribution au développement ?

*On a beaucoup parlé de la pénurie de masques et de l’impréparation des autorités. Un excellent article de Politis/Bastamag reprend en détail l’historique de l’abandon d’une indispensable démarche de précaution :

Salut les confinés ! -9-

Covid19 : l’effondrement est remis à plus tard

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais? Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Où sont passés les « collapsologues » qu’on entendait sur toutes les ondes, sur tous les plateaux de télé, il y a quelques semaines ? Pourtant la France à l’arrêt, la planète au point mort, quelle opportunité pour les prophètes de l’effondrement !

Yves Cochet, vétéran de la collapsologie, avec l’effondrement qu’il prédit à nos civilisations droguées au pétrole, donne quelques indications dans le Monde du 30 mars :

   « “Avec mes copains collapsologues, on s’appelle et on se dit : ‘Dis donc, ça a été encore plus vite que ce qu’on pensait !’”, déclare-t-il. Il laisse entendre que cette épidémie, il l’avait annoncé parmi les multiples éventualités à l’origine de l’effondrement : Guerre nucléaire, amincissement de la couche d’ozone, disparition des abeilles entraînant d’immenses famines, pénurie de carburant …la liste est longue des périls, qui nous attendent (page 123, Devant l’effondrement, Les Liens qui Libèrent2019). Bizarrement, parmi « les causes plausibles », il ne cite pas le changement climatique, qui, lui, s’annonce avec certitude.  

En fidèle lecteur, je regarde depuis quelques temps avec intérêt et concupiscence, les troupes de chevaux qui s’ébattent dans les près aux alentours de notre maison. J’ai en tête la prédiction de notre lanceur d’alerte : vu la raréfaction et le renchérissement du pétrole (dont le prix est actuellement au plus bas depuis 2005 – cherchez l’erreur…), d’ici 2030, il faudra repasser au cheval, c’est 35 millions de chevaux qu’il faudra sur nos routes, sur nos chemins, dans nos rues. Alors, comme je ne suis pas en état de reprendre l’équitation (l’arthrose, hélas !), il faut que je me mette en recherche d’une petite calèche…  

Pablo Servigne, lui, reste longtemps silencieux. Sur Facebook, Il suit attentivement tout ce qui est publié mais sans s’exprimer sur la crise qui vient.

Il faut attendre le 4 avril et une interview sur France Inter pour qu’il signale sur son Facebook : « Première interview, je sors de mon trou 😅 ! »

Partageons au moins sa conclusion : « En collapsologie, il y a deux écueils à éviter : le premier, c’est de dire que « tout est foutu ». Le deuxième, dire que « tout ira bien ». On a besoin d’optimistes et de pessimistes actifs, qui se préparent aux multiples chocs à venir, et pas d’optimistes et de pessimistes passifs, dans le déni. »

Moi, je persiffle sur les collapsologues , mais il faut bien reconnaître la justesse de leurs alertes, même si on ne partage ni le scénario qu’ils mettent en avant, ni la stratégie à mettre en œuvre pour nous éviter la catastrophe.

En attendant, notre société « à l’arrêt » continue à nous fournir de l’eau, de l’électricité, du gaz, de l’internet, de l’alimentation, de l’éducation (en mode un peu dégradé) et des soins pour ceux qui sont touchés. Bien loin de l’apocalypse annoncée.

Salut les confinés -7-

Confinement total ? pas vraiment !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Restez chez vous ! Nous sommes tous confinés, nous répètent les autorités, les médias et notre entourage. Autour de nous, c’est vrai : Nora assure l’administratif de sa boîte à distance chez elle, Mathias s’occupe de résoudre les problèmes numériques des utilisateurs depuis chez lui avec une connexion capricieuse. Pour Clara c’est arrêt maladie pour garde d’enfants (sa boîte de construction immobilière a fermé), mais son compagnon, artisan peintre à son compte hésite à reprendre après 2 semaines de congé confiné. Quand à nous deux nous sommes confinés à la maison comme la plupart des 17 millions de retraités.

Qui sont les confinés ?

  • Les congés maladie « Covid » sont confinés à la maison puisqu’il faut une présence pour les 12 millions de scolaires privés d’écoles. Leurs revenus sont variables : une base de50 % du net avec maintien suivant les conventions collectives . Le délai de carence de 3 jours a été supprimé pour tous les cas. Combien sont-ils ? On n’a pas les chiffres de l’assurance maladie mais on peut supposer qu’ils sont aussi nombreux que les chômeurs partiels.
  • On sait que 4 millions de salariés (un sur cinq dans le privé) sont au chômage partiel, pour beaucoup avec maintien partiel ( 84% du net) de leur salaires. Sont-ils tous confinés ? Pas sûr car le chômage « partiel » peut ne concerner qu’une partie du temps travaillé. Il n’est pas rare qu’ils doivent se déplacer sur le site de l’entreprise et ainsi croiser une contamination potentielle.
  • A cela s’ajoutent les télétravailleurs : on dit que 40% des activités pourraient faire l’objet d’un travail à distance. Combien en réalité dans le cadre de cette épidémie ?

En résumé : – plus de 62 millions de français sont confinés

  • 2, 7 millions d’étudiants
  • 12 millions de scolaires
  • 17 millions de retraités
  • Les autres inactifs : 11 millions
  • les chômeurs partiels : 4 millions
  • arrets maladie Covid : ~ 4 millions
  • les télétravailleurs : ~ 8 millions
  • Les demandeurs d’emploi en catégorie A: 3,3 millions

– Prés de 5 millions sont non confinés

Combien sont-ils ? On sait que 2 salariés sur 5 du privé sont a priori confinés. Et on estime à 40% ceux qui sont en télé-travail. Alors, quand on compte à la louche, 40%+40% = 80%, on peut estimer à 20% ceux qui ne sont pas confinés à cause de leur travail soit pour une population active de 27 millions, 5 millions de salariés non confinés.

Qui sont-ils ? En théorie il s’agit de salariés travaillant dans des secteurs « essentiels ».

On pense évidemment à la Santé, à la Poste, aux pharmacies, aux commerces alimentaires, bureaux de tabac, animaleries, stations-service… Mais aussi l’agriculture, la logistique, les banques, les transports, l’énergie, les télécommunications. Beaucoup de fonctionnaires aussi sont indispensables. Sans compter les activités entre deux, par exemple les services à domicile :

Nous avons pour la maison un contrat avec une entreprise. Après une première quinzaine de fermeture totale (heureusement nous ne sommes pas dans les cas de dépendance), on nous propose de rétablir le ménage (mais pas avec Virginie qui préfère rester confinée) et la tonte de la pelouse qui commence à revenir à un état sauvage. Proposition accueillie avec soulagement. De son coté Hanna a vu sa voisine âgée décéder sans aucune aide à domicile en raison du confinement. Quel est le caractère « essentiel » des activités ? Comment en juger ? Volontariat des salariés ou obligation ?

L’autre question porte sur la protection de ces salariés. La CGT commerce a porté plainte contre Carrefour – et la ministre Muriel Pénicaud pour “atteinte involontaire à la vie” et “mise en danger de la vie d’autrui” dans le magasin de Saint-Denis, où une salariée et déléguée syndicale CGT, Aïcha Issadouene, est décédée des suites du Covid-19 le 26 mars, selon le courrier adressé à la juridiction.
La CGT fait valoir que les vitres en plexiglas protégeant les caissières n’ont été mises en place que le 20 mars dans cet établissement, que le personnel n’a pas reçu de masques et que tous les rayons sont ouverts au public, et non les seuls rayons correspondants à des achats de première nécessité.

C’est là qu’on rejoint la question de la pénurie des protections face au virus qui impacte d’abord les soignants mais aussi tous les métiers en contact avec le public, les caissières, les policiers par exemple dépourvus de masques !

Ainsi le confinement touche une large majorité de la population. Mais ceux qui continuent à travailler sont nombreux. Pas étonnant quand on considère que, sous confinement, la production tourne quand même à 65% de la normale.

Salut les confinés ! -6-

Covid19 : les chiffres comptent !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Chaque jour le Ministre de la santé et le directeur général de la santé rendent compte de l’évolution de l’épidémie, essayant de répondre à l’exigence de transparence que ressent la majorité des citoyens.

Du coté des médias sociaux, l’épidémie suscite de nombreuses vocations d’apprentis épidémiologistes plus ou moins inspirés.

Aujourd’hui le Clairon va essayer, en toute modestie, de porter le regard sur la manière dont sont fabriqués les différents indicateurs qui nous sont présentés.

Le nombres de cas déclarés : Il s’agit du nombre de cas diagnostiqués après un test PCR en hôpital. Un certain nombre de test dans les laboratoires médicaux en ville agréés, sur ordonnance d’un médecin commence à être disponible malgré un gros retard à l’allumage dû au manque de matériel. Chiffre officiel 40 174 cas depuis le début de l’épidémie. Tout le monde s’accorde à estimer ce chiffre très largement sous-estimé du fait du petit nombre de tests réalisés.  En réalité, sans doute 3 à 4 fois plus. La semaine dernière, pour la première fois, se rajoutent 40.000 nouveaux cas de coronavirus estimés par les généralistes en ville et remontés à Santé Publique France. En l’absence de test à la portée des généralistes, ce chiffre est incertain.

Le nombre de cas hospitalisés/ en réanimation. Ce sont les indicateurs les plus fiables, car ils sont transmis en temps réels par les établissements de santé à Santé Publique France. Au 29 mars 19 354 personnes sont hospitalisées. 4 632 cas graves nécessitent des soins très lourds en réanimation

Les décès : Il s’agit des décès déclarés en Hôpital sur des malades déclarés COVID19. Au nombre de 292 le 29 mars C’est un indicateur fiable mais incomplet. Il n’inclue pas pour l’instant les morts en EHPAD et ceux à domicile. Il permet de suivre la progression de l’épidémie et devrait nous annoncer la stabilisation tant attendue

En régime normal, avant le COVID 19, en mars 2019 p.ex, on enregistrait chaque jour 2000 décès, toutes causes confondues. Parmi ces décès, 57,5 % étaient déclarés en Hôpital ; 10,9 en maison de retraite et 26,7 % à domicile.

Donc les chiffres de l’hôpital ne reflètent qu’une grosse moitié des décès en France. Les autres sont déclarés à l’état civil des 36 000 communes de France sans indication des causes de la mort, et centralisées par l’INSEE qui s’est organisé récemment pour publier chaque jour cet indicateur https://insee.fr/fr/information/4470857

Cet indicateur permet de repérer la surmortalité due à l’épidémie. Pour l’instant la surmortalité n’a été observée qu’au niveau local (Grand Est, Ile de France)

Les décès en Ehpad ne faisaient pas l’objet d’une procédure particulière.  A partir de la semaine prochaine ils seront centralisés auprès de Santé Publique France sur la base d’une estimation (compte tenu de la pénurie de tests) des établissements sur les cas suspecté COVID19.

  • Les décès au domicile sont déclarés en mairie, toutes causes confondues. Sont transmis à l’INSEE et à l’INSERM qui en fait l’étude a posteriori. Pour l’instant les médecins qui établissent les certificats n’ont pas les moyens d’établir avec certitude la cause COVID19, vue la pénurie des tests. Ceux-ci ne sont pas inclus dans les 34 maladies à déclaration obligatoire comme la rougeole, le chikungunya, la rage … qui sont des maladies contagieuses à présence permanente.
  •  Le taux de mortalité (nombre de décèsCOVID19/nombre de cas diagnostiqués) est très différent suivants les pays : de plus de 10% en Italie, il s’établit à 0,5 % en Allemagne et 5% en France. Cela dépend essentiellement de l’avancée dans le temps de l’épidémie et surtout de la politique de dépistage : l’Allemagne va porter, d’ici fin avril, les tests à 200 000 par jour, la France à 50 000 si tout va bien.
    En chine, c’est l’heure des bilans : la mortalité se situerait à 1,4% dans la localité de Wuhan. Mais des révélations récentes suspectent une sous-déclaration des décès.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le nombre de cas réels est largement sous-estimé, vu l’importance des cas sans symptôme. La multiplication à venir des tests permettra de mieux cerner cette population. Sans être devin, il devrait à terme dépasser le million à la sortie du confinement (surtout si on rajoute les positifs aux tests sérologiques, c’est à dire tous ceux, symptomatiques ou non, qui ont contracté le virus dans le passé récent et qui ont surmonté l’infection) .
  • Le nombre de cas en réanimation est l’indicateur stratégique pour la survie du système hospitalier
  • Le nombre des décès devrait être complété prochainement pour se rapprocher de la réalité. Pour l’instant l’indicateur actuellement disponible des décès en Hôpital permet de suivre fidèlement la progression de l’épidémie.
  • Le dépistage (test + isolement) sera absolument décisif à la sortie du confinement pour éviter un rebond de l’épidémie, tant qu’un vaccin ne sera pas disponible

A voir : Thierry Crouzet un internaute qui aime les chiffres et l’informatique a créé un modèle pour suivre l’épidémie . Son BLOG

Salut les confinés – 5-

Vie quotidienne en confinement

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Hier Danièle est allée faire des courses alimentaires (c’était son tour). Première tentative au Leclerc le plus proche.

Et tout d’abord un bruit de fond qu’on perçoit à distance avant de s’approcher de l’entrée. Le bruit des roues du chariot sur le revêtement goudronné. Des files de chariot dès l’ouverture à 8 h 30. Des chasseurs- clients souvent masqués et munis de gants et bien déterminés à ramener leurs indispensables vivres dans leurs tanières. Danièle a préféré se rabattre sur la petite supérette du village.

Plus tard dans la matinée c’est la demi-heure de pratique physique. Danièle s’improvise professeur de Qi Qong au soleil dans le jardin. Les cerisiers commencent à fleurir .
Nora, notre fille qui partage notre habitation mais dans un logement séparé préfère pratiquer son yoga chez elle. Antonio profite de la non-école pour se lever tard.
Céline, notre locataire dans un logement séparé aussi, partage nos activités, avec distances de sécurité. Nous pratiquons le co-confinement avec précaution. On peut ainsi se retrouver pour le repas, sur la terrasse en plein air, autour d’une grande table qui respecte la distance, avec des couverts et plats séparés.

L’après-midi c’est notre promenade, nous deux avec le chien dans un rayon de 1 km autour du domicile. De jour en jour on rencontre (à distance ) les mêmes promeneurs avec les mêmes chiens.
Et hier en fin de journée, on a testé une conférence familiale sur Internet. Une manière d’avoir des nouvelles :

Mathias et Noémie rangent les cartons du déménagement de samedi dernier. Clara et Dimitri se sont lancés dans le débroussaillage et le jardinage. Ils étaient en congé mais Clara devrait reprendre le travail lundi, mais sans consigne de son employeur qui aurait fermé le siège de l’entreprise. Nora qui apprécie en général les sorties, les soirées avec les copains ronge son frein à la maison entre télétravail et télé scolarité de son fils. Antonio est parti chez son père pour voir sa petite demi-soeur qui vient d’arriver … Et puis ça nous permet de voir en direct le petit dernier qui fait des progrès tous les jours.

Comme le soulignent la plupart des internautes confinés, c’est nécessaire de se doter de nouvelles routines . Pour nous , ça ne nous a pas beaucoup changé de notre vie de retraités dans un environnement privilégié .

Ce qui n’est sans doute pas le cas de tous les confinés.Quand on pense aux familles des cités coincées dans un F4 dans une barre de HLM ou pire les SDF …

Salut les confinés ! -4-

Prenons des nouvelles !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

  • Hier matin, nous avons su que Filo, le petit fils allait mieux, qu’il avait bien dormi. Il reste un peu fatigué. Un soulagement même si l’on sait que les enfants ne développent pas de formes graves de la maladie (à la différence de la grippe A de 2009).
    Cela nous amène à donner des nouvelles de nos amis à travers le monde :
  • A Washington (DC- USA), Julie a démarré le confinement. (avec les normes américaines de distance sociale : 1m 80 au lieu du mètre européen):

Oui, comment se protéger, c’est la grande question vu le manque de masques et de gel. Nous sommes tous assez démunis face à l’incurie de nos divers gouvernements, certains plus que d’autres il faut le dire. Il est difficile de faire pire que chez nous.
Nous avons fait nos courses ce matin avec un masque sur le visage et des gants, on étouffe sous le masque, et on se demande si cela protège vraiment, mais c’est mieux que rien.On a eu de la chance d’en acheter deux il y a une semaine, et de trouver une boite de 100 gants chirurgicaux. il y a deux jours, payés sans doute deux à 5 fois fois le prix (25 dollars les 100?).
On essaiera de faire le moins de courses possible et de se contenter de ce que l’on a acheté. Un nouveau mode de vie moins consommateur et plus « temps de guerre ». Ici à Washington, les jeunes n’ont pas encore l’air de comprendre la distanciation sociale. J’attends les prochains chiffres de contamination avec inquiétude.Nous pouvons encore sortir nous ballader, donc on va marcher une heure chaque jour. Mais aujourd’hui, il pleut.
Ici les magasins ouvrent de 7h à 8 h pour les vieux de plus de 60 ans, ainsi on évite les foules et les magasins ne sont pas encore dévalisés. Et parait-il ont été nettoyés la veille au soir. Bref on fait comme tout le monde, on fait comme on peut. Et il faut aussi ne pas se disputer car le stress favorise les disputes. On se chamaille pas mal, mais heureusement, on se réconcilie toujours car ce n’est pas du lourd. Alors il faut s’estimer heureux d’être en couple dans ces temps difficiles.Bon courage !

  • Ebbe (Copenhague, Danmark) s’est retiré dans sa « cabane » d’un beau rouge de « fallun »au bord de la mer:

Nous ne sommes pas juridiquement confinés (encore) ici au Danemark, mais beaucoup de monde ont maintenant compris de garder la distance et de rester en famille étroite (si l’on a une famille!). Dès aujourd’hui, les groupes au-dessus de 5 personnes sont interdit à l’intérieur et bien à l’extérieur. Les restaurants et cafés sont maintenant fermés. Les grands surfaces couvert fermés aussi. La frontière entre le Danmark, la Suède et l’Allemagne est fermé depuis Samedi passé. Nous pouvons partir théoriquement en Suède parce que la frontière est ouverte pour les Danois, mais nous nous ‘abstenons’. L’économie en ligne fleurit due à la peur d’aller au supermarché. Même Dorte et moi avons fait notre premier achat de vivres en ligne.
Comme les parisiens et autre habitants des grands ville les gens qui peuvent, se déplacent dans leur maisons d’été si possible. Un électricien vient Mercredi prochain pour installer une pompe « air à air«  dans notre  «cabane » de 35 m2 sur la côte. Avec ça nous pourrons vite chauffer la maison. Il fait encore un peu froid ici avec 6-10 degrés. Je pense que notre gouvernement a pris conscience du développement en Italie, et il a pris des mesures très vite pour retarder et prolonger la propagation de l’épidémie. 
Bon, je vais terminer ici, ma fille Katrine a appelé. Elle fermera probablement ses trois magasins vintage bientôt. et elle est en train de monter un magasin en ligne pour compenser la perte de revenu

  • Gesine, mon ex-belle soeur nous écrit du nord de Berlin :
    Nous aussi sommes confinés. Heureusement nous habitons maintenant dans une petite ville à la campagne et non plus à Berlin. Dans notre petite ville c’est comme chez vous. Tout est fermé, sauf les grands supermarchés. Nous restons à la maison, mais on peut encore aller en Ville et aller se promener en vélo dans la nature. Pour l’instant il n’y a personne de malade dans notre ville. Nous vous souhaitons une bonne santé.

Et maintenant la courbe du jour :

En matière de mortalité les courbes espagnoles et italiennes n’indiquent guère de ralentissement. La courbe britannique s’est cependant nettement infléchie ces derniers jours. L’Allemagne et les Etats Unis suivent toujours très fidèlement la France avec quelques jours de retard. On reviendra plus tard sur cette comptabilité macabre – les chiffres sont -ils justes ? Quelles sont les incertitudes ?

Alors, à un prochain épisode. Nous avons du temps pour nous. RESTONS CHEZ NOUS!

Salut les confinés -3-

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Bas les masques !

On a eu la nouvelle hier, Filo, notre petit fils qui vit à Vincennes avec sa mère est sans doute atteint : fièvre, toux, fatigue les symptômes suggèrent au médecin un COVID19. « Suggèrent … » Pas moyen d’en savoir plus, car les tests ne sont pas accessibles pour ceux qui peuvent rester chez eux. Alors, sa mère qui partage son confinement est -elle contaminée ou sera-telle contaminée ? Impossible à savoir. Sans doute, dit le médecin.

La mère et le petit rentrent donc chez eux, croisent sans doute de nombreux passants dans la rue ou dans le métro. Sans protection.  Eh oui ! Aucun masque disponible ! Pareil pour le gel hydroalcoolique. Y a-t-il un dispositif de surveillance particulier des contaminés ? Un suivi par téléphone ? Un confinement renforcé avec livraison des courses ? Eh non !

Pendant ce temps les autorités essayent de faire honte au gens qui vont faire un jogging à coté dans le bois de Vincennes en respectant les distances de sécurité, et les surveillent avec des drones policiers. Où sont les insouciants ?

Une partie de la population néglige les règles de confinement, c’est sans doute vrai. Mais on peut penser qu’elle serait mieux disposée si les autorités mettaient en œuvre toutes les précautions nécessaires.

Alors, impréparation des autorités ?

Cette histoire de masque revient sans cesse : pas assez pour les soignants, pas assez pour les caissières de supermarché, pas assez pour les simples citoyens qui commencent à tousser. Après avoir évoqué pendant des semaines de simple problèmes de logistique pour distribuer les stocks d’état, on a fini par se rendre compte qu’il n’y avait pas de stock stratégique, rien, nada (à part 120 millions de masques chirurgicaux qui ne peuvent pas protéger les soignants à la différence du FFP2 introuvable). Alors, pour évacuer les responsabilités  on évoque le marché noir , les saisies policières dans des parapharmacies tenues par des chinois, on fait appel aux dons,  etc.

Pour la première fois Olivier Véran a reconnu la situation réelle : tout en déportant la responsabilité sur son prédécesseur en 2012 Marisol Touraine qui avait détricoté la notion de stock d’état. Il revenait dès lors à chaque institution de faire ses réserves stratégiques en masques, vêtements de protection, gel etc. C’est dire qu’avec les problèmes de financement, les hôpitaux ont vite oublié les stocks de précaution. L’idée derrière c’est que quand on en a besoin, il suffit de s’en procurer sur le marché et notamment auprès de l’industrie chinoise, bien moins chère. On oubliait ainsi qu‘en cas d’épidémie la planète entière recherche les mêmes produits : il n’y a plus de marché.  

Il faut dire qu’un mauvais souvenir a sans doute pollué la question : La grippe A ou grippe porcine ou grippe mexicaine – H1N1 en 2009.

Dès le printemps 2009, un nouveau et méchant virus grippal était apparu au Mexique. L’OMS l’avait rapidement qualifié d’hautement dangereux puis déclaré comme PANDEMIE.

Tous les états avaient donc anticipé l’arrivée de l’épidémie pour l’automne et l’hiver prochain. En France Roselyne Bachelot, ministre de la Santé de Sarkosy, avait mis le paquet : 94 millions de doses de vaccin, 30 millions de Tamiflu (un antiviral qui s’est révélé finalement inefficace) et un milliard de masque chirurgicaux et 700 millions de FFP2. On a parlé d’un plan de 1,7 milliards d’€. Le public avait réagi mollement aux invitations à se faire vacciner. Danièle et moi, nous avions fait la queue dans un gymnase, par civisme comme un peu moins de 6 millions de français.  Et surtout le virus s’est révélé faiblard, même pas au niveau de la grippe saisonnière. Bref un fiasco, une casserole que Bachelot a traînée longtemps, contrariant ainsi ses ambitions politiques.

Alors cet épisode de la grippe a sans doute définitivement découragé les responsables politiques à se préparer à une pandémie.

Mais cela n’aurait pas dû les dispenser d’être réactifs. Courant janvier les données de l’épidémie du coronavirus étaient sur la table, les chinois avaient joué la transparence , après un léger retard à l’allumage bureaucratique. Or ce n’est que fin février que les masques ont été commandés : plus de disponibilités sur le marché international, on s’est tourné vers des industriels français dont peu avait survécu à l’atonie de la demande.

En Bretagne, Honeywel avait délocalisé sa production en Tunisie :

Les chinois qui voient le péril reculer et leur demande de masque fléchir, s’offrent désormais le rôle du bon samaritain en fournissant les équipements tant désirés aux européens. C’est sans doute auprès d’aux que Véran a passé sa commande de 250 millions d’unités.

Et ne parlons pas des tests. Dès le début mars la Corée du Sud était en capacité de pratiquer 20 000 tests par jour quand en France nous étions à 1000/ jour (qui a été porté à 8000/jour récemment). Et les résultats sont là : une croissance de l’épidémie largement contenue.

Alors, on ne va pas tirer sur l’ambulance. Au stade où nous en sommes, les occasions ont été ratées. Nous n’avons plus le choix : restons chez nous !  pour essayer de soulager le système de santé et les soignants en première ligne.

Salut les confinés ! – 2-

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Chaque matin la presse est épluchée sur le net. Inutile de dire le sujet de mes recherches. Les infos qui nous parviennent interrogent la gestion de la crise par le gouvernement :

  • L’étude des épidémiologiste anglais (Neil Ferguson -Imperial College, Londres – voir cet article du Monde) met en perspective l’épidémie : progression exponentielle, pas de repli véritable du virus tant qu’une part importante de la population (60 à 70 % de la population) n’aura pas été contaminée et n’aura développé ainsi son immunité (« immunité collective ») .
  • Ensuite plusieurs scénarios sont envisagés pour freiner la progression de la maladie. Un chiffre choc : si rien n’est fait, en 2020, 510 000 morts au Royaume-uni en 4 mois(à droite ci-contre les projections pour GB et USA).
  • Les confidences d’Agnès Buzyn dans la presse : En tant que médecin au fait de l’actualité de la Chine, elle aurait prévenu le gouvernement dès janvier de la gravité de l’épidémie. On aurait pu espérer qu’elle remue ciel et terre pour donner l’alerte. Elle a préféré se prêter à une « mascarade » – ce sont ses termes-, à quitter son poste de ministre de la Santé, à se présenter à une élection qui auraient dû être reportée et supporter une défaite peu glorieuse. Edouard Philippe n’a pas démenti, arguant que les scientifiques n’étaient pas tous d’accord sur le sujet.
  • Un collectif de médecins porte plainte contre le premier ministre et le ministre de la santé pour n’avoir pas agi à temps pour endiguer l’épidémie de Covid-19 en France. Il leur reproche de s’être abstenus « volontairement de prendre ou de provoquer les mesures permettant […] de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes »,

Au bout du compte, beaucoup de temps a été perdu, avant qu’on commande la fabrication des masques auprès des rares entreprises françaises qui en avait gardé la capacité, avant d’envisager la fermeture des écoles, puis des commerces et lieux publics, puis de déclarer le confinement.

Comment l’expliquer ? Comment expliquer que des responsables politiques bien informés, que des scientifiques compétents aient pu hésiter, aient pu reporter le moment des décisions alors que les données de l’épidémie étaient sur la table.

A mon sens il s’agit d’une méconnaissance profonde (ou un déni tacticien ?) de ce qu’est une progression en matière d’épidémie.

Chaque jour, les autorités ont rendu publics les chiffres de l’épidémie, le nombre de décès, le nombre de cas supplémentaires depuis la veille, mais un autre chiffre -stratégique, lui- restait dans l’ombre : tous les 3 jours le nombre de cas double ! C’est ce qu’on appelle une progression géométrique (et non pas arithmétique). Illustrons les deux termes :

-Progression arithmétique : A partir de 1000 cas au jour J, la progression est, par exemple de 500 cas par jour. A J+1 on en est à 1500 cas, à J+2 on en est à 2000 ; au Jour J+9 on en est à 5000 cas. A J +12 on en est à 6500 cas

-Progression géométrique (ou exponentielle) : A partir de 1000 cas au jour J, le nombre de cas double tous les 3 jours. A J+3 on en est à 2000, à J+6 on est à 4000, à J+9 on en est à 8000. A J +12 on en est à 16000cas !

Au fur et à mesure de l’avancée dans le temps, l’écart entre deux progressions s’agrandit, devient monstrueux. Tout s’est passé comme si nos responsables ne connaissaient que l’arithmétique Et puis en cas de doute il suffisait de regarder les chiffres de l’Italie qui avait juste 8-9 jours d’avance sur nous.

Du coup nous nous sommes tournés vers l’exemple chinois en l’édulcorant puisque nos mœurs politiques et sociétales ne peuvent être comparés.

Ça donne la quarantaine en conservant une bonne partie des transports, ça donne le confinement mais sans comité de quartier du parti communiste pour contrôler, ça donne les autorisations de sortie papier versus le trackage numérique de tous les déplacements des confinés et surtout la géolocalisation de tous les malades testés positifs à travers Baï Du, le google chinois …

Du coup, on a négligé d’autres exemples :

-la Corée du Sud qui a mis en place un dispositif massif de tests : 10 000 par jour (au moment où on en pratiquait 1000 en France) et un suivi numérique et physique de tous les infectés. Résultat : une épidémie contenue assez tôt

-Taïwan et Singapour se sont appuyés énormément sur le numérique et des mesures de confinement très ciblées

Ces deux exemples démontrent leur efficacité avec un endiguement efficace de la maladie. Il faut dire que les populations ont encore en tête le SRAS de 2003 qui les avaient durement frappées (à la différence de la France largement épargnée).

Ces méthodes n’étaient pas applicables en France pour des raisons culturelles (rejet d’un état policier…) mais aussi de moyens techniques : la pénurie de masques, la faible disponibilité des tests, la faible réactivité sur le numérique…

Danièle, mon épouse qui partage mon confinement, tient un journal régulier dans lesmotsjustes