Beaufortain : la montagne préservée.

Notre périple estival nous a fait découvrir les alpes savoyardes en été. En effet, à part quelques souvenirs de vacances de ski où toutes les stations ont tendance à se ressembler, c’est vraiment en été que la montagne nous donne à voir sa vraie nature. C’est débarrassée de son manteau neigeux, qu’elle montre ses plaies, son bétonnage, ses constructions envahissantes, ses pentes remodelées pour les remontées mécaniques. Peu de sites y échappent.

Rien de tel dans le Beaufortain.cormet roselend wGrands espaces en altitude ( ici au Cormet de Roselend ). Les alpages et les sommets restent préservés, à part une station, Arêches, qui reste à dimension humaine, et dont l’extension demeure contenue. Il existait bien un projet d’annexion des pentes de la Pointe de la Grande Journée au domaine skiable d’Arêches , retiré finalement devant les oppositions unanimes .

Alors , quel est le secret du Beaufortain et de ces habitants attachés à préserver leur cadre naturel ? Il faut revenir un peu en arrière, dans la seconde moitié du XXeme siècle lorsque les territoires alpins accédaient à la modernité.

L’élevage traditionnel et notamment l’exploitation des alpages ont alors failli disparaître. De tout temps, les éleveurs des vallées montaient leurs troupeaux dès le mois de juin dans les prairies d’altitude. Les vaches, essentiellement des Tarines (ci-dessous) et quelques Montbéliardes, quittaient ainsi leurs sombres étables de la vallée pour gagner les hauteurs de 1000 à 2600 m.Dans ces pâtures sans fin elles se goinfraient des graminées abondantes (les fétuques, les avoines de montagne, les paturins, les dactyles…) et de mille fleurs qui donnaient une saveur incomparable à leur lait : les scabieuses, potentilles, pissenlits, salsifis des prés, renoncules, violettes, géraniums, trèfle des montagnes (ci-dessous), lupins, sainfoin, luzerne…Les bergers installés dans des chalets sommairement aménagés, transformaient quotidiennement le lait trait manuellement en meules de Beaufort, ce fromage à pâte cuite si typique de ces montagnes.P1030347 Seulement voilà ! On commençait à peiner à trouver des bergers prêts à mener une vie de forçat pendant quatre mois : conduire les troupeaux vers les pâtures, les ramener pour la traite qui durait des heures, mettre en route les fromages, commencer la maturation des meules, entretenir les prés. Et puis les conditions d’hygiène dans ces ateliers fromagers improvisés laissaient largement à désirer, les produits étaient difficilement commercialisables en dehors d’un débouché local.

On ne pouvait pas continuer ainsi. Le débat fut vif à la Coopérative de Beaufort entre les tenants d’une modernisation sans état d’âme (on travaille le fromage dans une laiterie centrale dans la vallée avec du lait pasteurisé – à terme c’est l’abandon des alpages) et ceux qui voulaient mettre la tradition au goût du jour.

Si les alpages furent sauvés, c’est grâce à une coopération fructueuse avec l’INRA, précisément avec Gérard Grosclaude spécialiste de la production laitière.

Désormais les salles de traite mécanisées et mobiles suivent les déplacements des troupeaux. Le lait est récolté deux fois par jour par des véhicules tout terrain qui n’ont pas peur des mauvaises pistes. Le lait est descendu dans la vallée pour donner les fameuses meules à talon concave qui bénéficient depuis 1968 d’une appellation d’origine contrôlée. Les alpages ont échappé ainsi à l’ensauvagement et à l’envahissement par les broussailles et la forêt. Les bergers ne sont plus totalement isolés et circulent en 4X4 sur les pistes accompagnés de leurs indispensables chiens.alpagisteMais revenons à ces années d’après-guerre. L’histoire de l’hydroélectricité en Beaufortain remonte à la fin du 19e siècle, époque à laquelle les alpes se lancent dans l’exploitation de la « houille blanche » (utilisation de l’énergie produite par les chutes d’eau). Ce sont d’abord des petits barrages qui sont aménagés sur des chutes moyennes et permettent de produire de l’hydroélectricité. Dans les vallées, l’électrométallurgie, l’électrochimie se développent et emploient de nombreux salariés, souvent des doubles actifs de l’agriculture.

Mais dans les années 1950 on passe à la vitesse supérieure.roselend-construction-05

En barrant la gorge de Tines avec un immense barrage, EDF prévoit de remplir la cuvette de Roselend, un village d’alpage qui sera finalement englouti et de créer ainsi un des plus grands réservoirs à destination hydroélectrique d’Europe. Une dizaine de torrents sont aménagés ou détournés pour alimenter la réserve. Les conduites forcées amènent ensuite l’eau vers la centrale de La Bathie , 1500 m plus bas, au bord de l’Isère.barrage roselend w

Le dispositif permet de produire 550 MégaWatt (bientôt 600 après une modernisation des groupes) – autant qu’une centrale nucléaire ! Et la puissance maximum est atteinte en 4 minutes ! Cet immense chantier a dominé la vie économique de la région pendant presque 10ans, entraînant également d’autres activités en cascade.

Alors c’est peut-être dans cette histoire récente que réside le secret du Beaufortain. Ce territoire rude, difficile, a su exploiter ses ressources naturelles en adaptant ses productions traditionnelles agricoles, en coopérant à un aménagement hydroélectrique sans équivalent dans les alpes. C’est peut-être ce qui explique la préservation d’une nature belle et généreuse à travers un développement qui a su éviter les impasses du tourisme de masse.

Petit guide de l’amateur de Beaufort

Evidemment,  le meilleur c’est le Beaufort d’été, celui qui profite à plein de la variété de l’alimentation dans les alpages. On en trouve dans les bonnes fromageries et même chez nous au rayon coupe de Leclerc. Rajouter au calendrier le temps de l’affinage: au moins 5 mois pour obtenir l’AOC. Mais un Beaufort de 12 mois c’est encore meilleur !

Bénétan

A près de cinquante ans de distance, Danièle a retrouvé ce hameau de montagne où, enfant, elle passa quelques vacances dans sa famille maternelle.

Bénétan est un hameau de Cevins à 1200m d’altitude en Savoie, adossé au Beaufortin et dominant la Tarentaise.

La petite route n’est pas fameuse, ne laisse pas la place au croisement de deux véhicules et côtoie les précipices trop souvent à mon goût. Arrivés à destination , on goûte le charme et la paix de la situation. Une petite vallée, un replat avant les hauts sommets (le Grand Mont -2687m- , la Pointe de la Grande Journée -2462m), des cascades, un torrent vif – le Dard- et des alpages cernés de sapins noirs.
Les chalets ont été construits par les arrière-grands-parents des actuels propriétaires vers 1870. On y montait les vaches l’été, accompagné souvent par toute la famille qui logeait dans une seule pièce et dormait dans le foin.

C’était aussi une étape avant de gagner à 2000 m les ardoisières. La piste, au début large et carrossable se termine par un vilain sentier dans les déchets glissants d’ardoises. Mais quel paysage lorsqu’on parvient au sommet !
Lorsque les carrières étaient en exploitation, les ouvriers vivaient sur place pendant la courte période d’activité annuelle (mai à septembre compte tenu de l’altitude et de la neige) dans des bâtiments de fortune datant pour beaucoup du XVIIème siècle et tombés en ruine depuis l’abandon de l’activité en 1954.
Les ardoises descendaient jusqu’à Bénétan par un câble de 800m de dénivelé et arrivaient près du torrent pour prendre la route à dos de mulet vers un autre câble qui les apportaient dans la vallée.
Vincent Cattelin (arrière grand père de ma mère) était-il un des dirigeants de ces carrières qui ont connu une histoire et une gestion chaotiques depuis les contes de Cevins au XVIIème siècle ? Emma, sa petite fille « payait-elle les ouvriers avec des pièces d’or » comme le raconte la légende familiale, à l’époque où furent plantés les « planes» ( ci-dessous, érables à feuilles de platanes) en 1902 devant le chalet? Est-ce là qu’elle a connu cet amoureux mort à la grande guerre dont il ne nous reste que la mandoline et dont elle n’a jamais donné le nom même après s’être résolue à épouser Isidore à 27ans en 1921?

Des chalets se sont ajoutés aux premiers (avec ou sans permis de construire) et d’autres ont été rasés ou sont abandonnés. L’eau courante, qu’on allait avant chercher au torrent, y coule désormais (à l’extérieur le plus souvent), des sanitaires et même des salles de bain ont été aménagés, mais il n’y a toujours pas l’électricité.
Les occupants actuels y sont venus enfants avec leurs parents et grands-parents et continuent à revenir avec leurs enfants et petits enfants.

Pas tous, heureusement car ils seraient près de 70 à occuper le chalet de pépé Laurent (ci-contre, grand-père maternel de ma mère) qui fut partagé en quatre entre ses enfants Jeanne, Emma, Léonie et Adrien. La surface était bien réduite pourtant : deux pièces à vivre, une écurie et un fenil partagé en quatre !

Au fil des héritages, des partages, des paiements de soultes, des choix de vie, des décès, des mariages et remariages, ils sont pourtant encore nombreux à faire vivre le hameau en été.
Une vie simple et chaleureuse faite de bricolages pour embellir la maison, d’entretien du petit potager, de courses en montagne, de cueillette des fruits et des champignons des bois, d’apéritifs entre voisins et d’échanges sur la vie des uns et des autres.
Avec Antonio, nous avons partagé ces moments avec la cousine germaine de ma mère), son mari, leurs filles et leurs quatre petits enfants et nous les en remercions.

Du coté de chez Fiat

10 jours autour de Chartres à la recherche du temps perdu.

Marcel Proust commence son roman par ses souvenirs de vacances chez sa tante Léonie à Combray. L’appellation Combray n’existe que dans l’imagination de l’écrivain; c’est en fait à Illers près de Chartres que le petit Marcel découvre les divines madeleines achetées chez le boulanger deux rues plus loin.

Mais la bourgade ne fut pas ingrate vis à vis du grand homme au point de changer le nom de la commune qui devint Illers-Combray. On peut y trouver l’évocation de la topologie proustienne qui polarisera sa vision du monde : au sud du coté de chez Swann , Swann, l’élégant ami de la famille, intellectuel d’origine juive, amoureux des arts, à l’ouest le coté de Guermantes , le duc, riche et  puissant aristocrate, un grand du monde très fermé du faubourg Saint-Germain, la Duchesse à la beauté et à la délicatesse rayonnantes.

C’est à deux pas de Combray, pardon, Illers-Combray que nous sommes tombés en panne de camping-car. La pédale de frein qui se dérobe sous le pied, heureusement sans conséquence, et un frein arrière brulant et fumant une fois à l’arrêt. L’assistance nous envoie rapidement un dépanneur qui va nous amener à la concession Fiat de Chartres, précisément les Ets Saussereau à Luisant

Une fois déposés sur le parking, le chef d’atelier nous informe que la réparation est importante, qu’il y a des délais et qu’il ne pourra démonter pour diagnostic que le lendemain. Nous sommes le mardi 26 juin. Dès ce moment démarre le décompte fatal de nos déconvenues qui ne prendront fin que 10 jours plus tard.

Heureusement l’assistance nous attribue un véhicule de location pour rapatriement à la maison. Sur le chemin, nous faisons une halte bienvenue chez nos amis viticulteurs à Brinay, près de Vierzon. Mais ce ne sera pas la dernière fois  que nous aurons le plaisir de les voir. Car ces dix jours qui s’annoncent seront marqués par une valse permanente entre Le coté de chez Fiat et le coté de Brinay.

A Brinay, le soir, Jean prend un air mystérieux :  » ce soir nous avons une belle lune, je vais vous montrer un coin particulier » Et nous voici partis sur les mauvais chemins dans les sous-bois autour du Tremblay. On contourne une propriété bourgeoise et voici un étang sous la lueur de la lune.

Voilà une belle pièce d’eau dans un cadre charmant mais quoi de plus ? « Regardez la surface, vous ne voyez pas ce tapis végétal rose au clair de lune ?. C’est de la renouée amphibie, elle est en pleine floraison. » Renseignement pris, l’état civil botanique de cette beauté aquatique, c’est Persicaria amphibia. Le lendemain matin, nous voici partis à la redécouverte de ce mirage nocturne. Sous le clair soleil de ce début d’été, l’étang est toujours là et nous livre ses secrets, la forêt sur l’autre rive, le lavoir accolé aux vannes de la digue et cette multitude de grappes rosées qui se dressent au-dessus de l’eau. La vie coule ainsi doucement au Tremblay en attendant le grand branle-bas des moissons qui se font attendre cette année.

Et nous, de retour à la Buchette, commençons à nous inquiéter du devenir de notre fourgon.

Du coté de chez Fiat,

Une concession Fiat , bien équipée pour recevoir les camping-cars sur porteur Ducato , voilà qui rassure. à notre arrivée, le mardi 26.

Mais cette première impression, confirmé par le site de la concession qui montre une équipe SAV toute dévouée à sa clientèle , s’est vite effacée. Le premier diagnostic avec démontage n’est annoncé que pour le jeudi 28.

Mais le jeudi 28, lorsqu’on prend des nouvelles par téléphone, devient vendredi 29. Motif : un malheureux « concours de circonstances »…

Vendredi, le diagnostic confirme l’origine de la panne (grippage d’un cylindre du frein arrière) et la nécessité de refaire les freins arrières, les pièces sont donc mises en commande avant le WE. Mais le montage ne pourra prendre sa place dans le planning de l’atelier que mardi 3 juillet, délai qui est annoncé comme ferme.

Entretemps, nous sommes rentrés à la Buchette, aux alentours de Lyon. Nous organisons donc notre retour à Chartres en louant un véhicule.

Mardi, sur l’autoroute à mi-chemin, téléphone de Fiat : les freins sont montés mais impossible de mettre le circuit hydraulique en pression. Il faut changer le maître-cylindre. Incontournable. Il en va de notre sécurité. Alors, ce sera pour le mercredi 4.

Nous ne sommes pas loin de Brinay, accueillis chez nos amis. Et le mercredi, nous voici de nouveau sur l’autoroute direction Chartres. Vers Lamotte-Beuvron nouveau téléphone de Fiat : c’est pas la bonne pièce !!! Le maître-cylindre est de nouveau en commande et la réparation sera terminée jeudi 5 en fin de matinée. Promis ! Nouveau retour à Brinay, notre base arrière.

Le lendemain, jeudi 5 juillet nous arrivons ponctuellement à 11h 30 à la réception de l’atelier. Le véhicule n’est pas prêt, il reste encore deux heures de travail, ce sera pour la fin de l’après-midi. Le soir , nous reprenons enfin notre cher fourgon avec une facture de réparation bien salée, sans compter les frais de séjour et de location de voiture.

Alors, 10 jours pour refaire des freins, ça se conçoit quand on tombe en panne au fin fond de la Roumanie. Mais en France , dans une concession Fiat, c’est un peu difficile à admettre.

Heureusement, cela nous a donné l’occasion découvrir l’univers d’enfance de Marcel Proust et de prendre un peu de temps avec nos amis , en dehors des périodes intenses des vendanges . Et puis de découvrir des aspects inattendus de la nature autour de Brinay. Il n’y a pas que les grandes cultures et le vignoble: Bref, cette galère de mécanique du coté de Combray, ne fut pas totalement du temps perdu !

 

Dans les vignes , l’hiver, à tirer les bois

La Saint-vincent , c’est la fête des vignerons, le 22 janvier.

 Le vin se stabilise dans les caveaux, on  peut déjà déguster et deviner ce que sera le millésime 2011 et, dehors, dans les vignes préparer la future campagne : tailler les pieds et ne laisser qu’une (Guyot simple) ou deux baguette-s (Guyot double). Et évacuer le bois de l’année dernière  qui s’est accroché aux piquets et aux fils de fer. Chaque année  Jean réunit une petite bande d’amis sur le domaine du Tremblay pour « tirer les bois » et partager un moment de convivialité. Max nous raconte  

La petite troupe sautillante traversa la route. La couleur de leur robe  se confondait avec la terre, mais leurs petits derrières blancs  permettaient de suivre leur progression. Deux retardataires nous regardèrent avec leurs grands yeux de biches. Normal, c’en était. Puis tout ce petit monde disparut dans les bois. Ils faisaient partie des  derniers grands animaux sauvages de nos contrées et leur vue rassurait. S’ils batifolaient ainsi dans les champs et les bois, c’est que tout  n’était pas complètement foutu.
Puis nous avons traversé la cour d’une grande ferme délabrée. Jean nous
expliqua que son propriétaire préférait faire travailler ses terres par des entreprises plutôt que de la donner en fermage.

Résultat; de beaux  bâtiments du siècle passé en ruine. Nous avons fait la tournée des  parcelles de vignes de notre groupement vinicole. Le jour étincelant donnait au paysage de collines une sérénité radieuse.
Le lendemain, les choses « sérieuses » commencèrent. Après le réveil  « matinal », la bande de copains n’arriva sur la parcelle de  Gate-Bourse que vers 9h30. L’herbe rase entre les rangs était givrée et  scintillait.

La vigne est une liane. Elle s’enroule autour des fils de  fer qui la soutiennent et à laquelle elle est attachée par de petites attaches et des vrilles. Une fois les tailleurs passés, il faut tirer sur les bois et les déposer au milieu du rang. Une broyeur les pulvérisera ensuite et ces débris contribueront à améliorer la structure du sol.

La première matinée est la plus dure, les reins sont douloureux. Mais les repas sont joyeux, une bonne tablée d’une quinzaine, des rôtis de biche et de sanglier…

Le soir, Michel organisa un atelier « pâtés ». Le résultat était magnifique à la vue (Ici, la recette de terrine de Michel).  Mais il fallait attendre deux jours pour déguster, le temps que le pâté mature.Après le dîner, les chiens, deux petits fox à poils longs, nous harcelaient dés que nous prenions place dans les confortables fauteuils autour d’une flambée.C’est là, ainsi rassemblés que nous avons appris notamment que les poissons de rivière changeaient de sexe sous l’influence des œstrogènes contenus dans les pilules contraceptives ! A un autre moment nous en apprendrons bien d’autres, notamment que les contre-coups de la poussée pyrénéenne créèrent des failles dans les sols des environs. Dans l’une d’elles coule tranquille le Cher (ci-dessous le Cher aux abords de Brinay) qui irrigue les vignobles alentour. Incroyable non ?
Nous avons fait un tour au caveau pour gouter les cuvées vieillissant en fût et le vin de 2011. Chacun s’appliquait à mirer son verre, à humer, à faire passer le vin plusieurs fois sur les papilles, puis claquant la langue, à donner son appréciation. On goûtait sans recracher, c’était trop bon.
Ainsi allait ce petit monde de copains soixante-huitards rattrapés par la soixantaine. Comme nous avions beaucoup bu, certains sortirent se rafraichir. Dehors, le ciel étincelait et la voie lactée montrait le chemin de l’infini.

Merci à Max, Christian, Michel et Danièle pour les photos et les textes Retrouvez sur Le Clairon:

les vendanges de 2009

-Les vendanges de 2007

-Les vignes vues du ciel

Un été indien auprès du canal du Nivernais

C’est au retour d’Auxerre, où Danièle avait suivi un stage d’Aïkido que nous avons décidé de descendre vers le sud en longeant le canal du Nivernais. Ce début d’automne était particulièrement clément, le soleil déclinait à peine quand nous sommes arrivés aux environs de l’étang de Baye. Nous avons alors trouvé la rive occupée par de nombreux baigneurs.

Un 1er Octobre ! Un évênement pour ce beau pays du Nivernais !

Alors quinze jours plus tard, quand nous avons décidé de remonter  explorer plus avant la région, nous n’étions pas sûrs de retrouver de si belles journées. Au petit matin, sur les routes de la campagne, nous avons trouvé des écharpes de brouillards dans les creux des champs.

Qu’est-ce que nous cherchions dans cette campagne à vaches ? Danièle avait lu que c’est là que se situaient les échelles de Sardy lès Epiry et les voûtes de la Collancelle ?… Mais qu’allions nous trouver derrière ces toponymes mystérieux? De quoi s’agissait-il ?

C’est dans ce vallon que furent donnés les premiers coups de pioche du canal du Nivernais, en 1780. Le canal fut ouvert à la circulation sur sa longueur actuelle en 1842. Les forêts de la région parisienne ne suffisant plus à l’approvisionnement de Paris en bois de chauffage, les recherches se sont tournées vers le Morvan et le Bazois.

Depuis le XVIème siècle et jusqu’aux années 1900-1920, d’énormes quantités de bois ont été acheminées vers Paris par la voie d’eau et notamment par la rivière d’Yonne.

C’est donc à partir de cette industrie du bois, qu’est né le Canal du Nivernais, en Bourgogne.

Composé de 110 écluses et long de 180 km, il débute de la ville de Saint-Léger-des-Vignes dans la Nièvre pour finir à Auxerre au coeur de l’Yonne. Mais on ne passe pas aussi facilement du bassin versant de la Loire ( que le canal rejoint à Decize) à celui de la Seine (que l’Yonne rejoint à Montereau).

Les derniers 33 m nécessitent 16 écluses reserrées (on les appelle les échelles de Sardy lès Epiry)

et trois passages en tunnel (Les voutes de la Collancelle,  des breuilles et de Mouas) qui succèdent à un long parcours en tranchée entre des falaises envahies par une végétation luxuriante. Coté versant Loire, la tranchée débouche sur l’étang de Baye , séparé par une fine digue et un système de vannes qui alimentent le versant Loire.

C’est que les canaux, surtout sur les parcours en pente consomment beaucoup d’eau et le premier souci des concepteurs fut de leur assurer une alimentation abondante. Coté Seine, c’est une retenue sur l’Yonne, le barrage de Pannecières, qui fournit l’eau acheminée par la Rigole d’Yonne, Coté Loire ce sont les étangs de Vaux et Baye, créés pour l’occasion au milieu d’une campagne à vaches.Avant de descendre vers la Loire le canal s’élargit et offre aux mariniers ( ici surtout des péniches de plaisance venant de Hollande) un vaste abri occupé également par une société de location de bateaux de plaisance en pleine expansion.L’étang est un paradis pour les pêcheurs. La carpe près des rives herbues.
le brochet le long de la digue. On pêche au vif ou au leurre (chaque pêcheur a son arme secrète, l’essentiel est de mimer le déplacement rapide d’une possible proie). Premier brochet de la matinée pour ce jeune pêcheur de Nevers,  » un beau, 70 centimètres ! « , installé dès le lever du jour avec son grand-père. A vrai dire, le brochet en question est revendiqué quelques instants plus tard par un autre pêcheur , apparemment expérimenté, qui en aurait fait cadeau au petit jeune soupçonné dès lors d’usurpation.  Il n’y a pas qu’à Marseille que les pêcheurs s’attribuent des exploits imaginaires !

C’est aussi un magnifique plan d’eau pour la voile avec la flotte du Cercle Nivernais de la Voile qui fera de vous, loin de tout rivage marin, en plein dans les terres, un vieux loup de mer ! Les deux jours passent vite sous un frais soleil. J’apprécie cette proximité avec cette paisible surface d’eau et cette belle campagne qui se déploie en molles ondulations. Cette ambiance me fait du bien, comme si le calme du paysage m’apportait la paix intérieure.

Alors on savoure jusqu’au dernier moment, avant de prendre la route du retour. Demain la pluie arrive.

(Merci à Charles Berg et à son site, Histoire et Patrimoine des rivières et canaux , une mine pour les amateurs des voies d’eaux)

 

 

 

 


 

Les vignes vues du ciel

Lorsque Jean, mon ami viticulteur, m’a sollicité pour un inventaire photographique du vignoble de Quincy et Reuilly, je me suis trouvé assez perplexe. Il existe des entreprises spécialisées qui offrent des garanties de moyens et de résultats bien au-dessus des possibilités d’un photographe amateur, fût-il expérimenté.

Mais le défi me tentait et l’idée d’opérer pour des vignerons et un vignoble que je connaissais et appréciais depuis longtemps à travers les vendanges ( voir ici  ou ), rendez-vous annuel d’une bande sympathique autour de Chantal et Jean.

Alors on trouva un ULM, on prit un rendez-vous et l’affaire se concrétisa.

Pour moi l’expérience en vol est une première complète . Il s’agit d’abord de prendre connaissance avec l’appareil, un ULM pendulaire, deux places, assez évolué. La place du passager est étroite, comparable au siège arrière d’une moto, la ceinture de sécurité en plus. Pas question d’amener du matériel ou des documents. Pas question de changer d’objectif en vol. Alors lequel choisir?

Pour ce premier vol je choisis un zoom 70-300mm dans l’idée qu’à 150 m d’altitude il vaut mieux se rapprocher de son sujet, effet amplifié par la taille du capteur APS de mon Canon 600d.

L’objectif se révèle très adapté à viser des éléments du paysage , comme le chateau de Quincy (ci-dessus) mais pas du tout à saisir de vastes parcelles de vigne, des ensembles de parcelles ou des paysages. Bref après un petit tour, nous revenons vers la base pour installer un petit zoom 18-55 mm mieux adapté et moins encombrant. Idéal pour ce genre de panorama ( les éoliennes au-dessus de Sainte-Thorette) :L’expérience visuelle est pour moi inédite. Rien de comparable au point de vue terrestre. Vu d’en haut, le paysage apparaît enfin dans sa globalité et dans sa diversité  : ainsi on comprend que ces terroirs de vignobles sont enchassés dans des surfaces de grandes cultures ( très visibles à cette époque de l’année car le sol, retourné et préparé pour les semis d’automne se détache en étendues beiges claires ou brun foncé). La forêt est très présente, massive, sombre, même si le remembrement a supprimé la plupart des haies et des bosquets.Et puis on prend conscience de la place de l’eau dans cette zone baignée par deux rivières : l’Arnon et le Cher et parsemée de nombreuses gravières créées par l’homme, transformées en autant d’étangs recolonisés par la végétation.Dans cette zone de plaine, le relief apparaît comme une variable importante dans le paysage. Ainsi les coteaux de l’Arnon sont bien plus découpés et pentus que les terrasses du cher. On observe en conséquence sur le vignoble de Reuilly , de vastes ondulations avec des pentes importantes.L’initiative des vignerons s’inscrivait dans une approche terroir , menée en collaboration avec l’INRA d’Angers .

La notion de terroir est familière – mais un peu vague- dans l’agriculture française. Avec cette étude, il s’agit donc d’examiner de plus près , au niveau de la parcelle ou d’un ensemble de parcelles les éléments (le sol d’abord, mais aussi l’orientation,le microclimat, le voisinage, la pente et les pratiques culturales) qui conditionnent la qualité du produit. Et la photo peut amener des informations précieuses.Ainsi cette vue de la Commanderie au sud de Preuilly ( la parcelle en long au centre qui culmine autour de l’éolienne anti-gel) a retenu l’attention de Jean. On observe que les rangs inférieurs et plus à droite sont d’un vert plus sombre qu’ailleurs , signe d’une vigueur végétative supérieure. c’est aussi une zone où le botrytis ( pourriture grise des grappes) est plus fréquent, donnant ainsi des indications utiles sur la conduite de la fertilisation.

C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de photographier chaque parcelle. Mais lorsqu’il a accès à de tels points de vue, le photographe se laisse aussi fasciner par la magie graphique de ces paysages très travaillés. Sans oublier la ponctuation de ces fermes isolées qui sont autant d’ilots d’histoire et d’humanité parsemées dans l’océan des grandes cultures d’aujourd’hui. Alors, si la photographie -et la curiosité de l’amateur- peut se révéler utile aux producteurs, ne boudons pas notre plaisir !

le blog préféré du Clairon:

banniere les mots justes bis

Les Bavards : un hameau qui nous parle

Il y a 35 ans Les bavards étaient un hameau abandonné à l’ouest du Poitou, à deux pas du Berry.

Deux habitations encore debout, une grange, quelques bâtiments agricoles et beaucoup de ruines, dont il ne restait souvent que les portes et leurs linteaux, envahies par la broussaille. Un point d’eau incertain à 100m et une ligne électrique encore sous tension. On accédait par un long chemin empierré qui sinuait dans une forêt sombre. Mais quelle paix à l’arrivée ! Philippe, le premier acquéreur avait rapidement convaincu quelques amis parisiens de retrousser leurs manches pour redonner vie au hameau. On y vivait à la dure mais enfin loin de l’enfer parisien, entassés sous le seul toit disponible, ravis de ce silence, coupés du monde.

Reconstructions, débroussaillages, aménagements, agrandissements, plantations, récupérations en tout genre ont occupé les vacances des valeureux et des valeureuses. Après Diane et  Philippe, Françoise et Dominique acquièrent l’autre maison encore debout. Puis Geneviève prend possession d’une ruine enfin remontée grâce aux efforts de tous, et moi je traverse le chemin pour m’installer dans une ferme en location. Et puis Diane, désormais séparée de Philippe, récupère l’habitation d’origine et, plus tard, fait construire une aile qui la complète. La bétonnière – et les bras des habitants servent indifféremment dans l’une ou l’autre maison. La vie s’organise autour d’un espace qui recrée petit à petit l’ancienne place du village.

L’idée de vivre à demeure dans ce havre de paix, de trouver une activité à proximité, nous anime tous plus ou moins. Au printemps 1981 voici nos parisiens embarqués dans un projet collectif de librairie-salon de thé-restaurant à Poitiers qui les amène à des allers-retours entre la capitale régionale et les Bavards. Mais l’abandon du restaurant, trois ans plus tard, redistribue les cartes. Installé désormais à Lyon je ne tarde pas à résilier ma location. Pour les autres, revenus à Paris ou installés à Poitiers,  le hameau ne sera plus qu’un lieu de vacances.

Les pionniers du début ont toutefois conservé un esprit collectif, tourné vers la coopération, renforcé désormais par la nouvelle génération qui peuple les maisons. Les gamins ont vécu beaucoup d’étés ensemble, devenus adultes ils restent fidèles à ce lieu à nul autre pareil. C’est maintenant un hameau coquet de quatre habitations pimpantes dotées d’une terrasse chacune. Les maisons ont grandi en surface et en confort, comme celle de Françoise et Dominique, agrandie deux fois.

Le hameau a sa place centrale, sa mare bordée d’un cyprès chauve du plus bel effet et appréciée des canards, sa piscine hors-sol (désaffectée cette année pour cause de sécheresse). Un plan astucieux et longuement réfléchi préserve intimité et vie collective. Chacun s’est ingénié à garder l’aspect simple et rustique de ces petites maisons basse typiques de l’architecture rurale du Berry.

Les Bavards : ce nom de hameau en a intrigué plus d’un, en premier ses nouveaux propriétaires. Les habitants seraient-ils forcément cancaniers, des pipelettes enclines à parler pour ne rien dire?

Il ne faut pas négliger l’importance dans les moeurs autochtones d’un certain art de la conversation. Botanique, jardinage, techniques écologiques de construction, cuisine nouvelle, voire médecine douce et soins vétérinaires, rien n’échappe aux affirmations, aux commentaires voire aux controverses de ces autodidactes formés sous le signe du magazine Rustica, du catalogue Kokopelli (qui prône » la libération des semences et de l’humus ») et des sites spécialisés d’internet. Bouvard et Pécuchet ne seraient pas dépaysés en leur compagnie.

Heureusement, l’oeuvre accomplie, le devenir du village, tout le travail investi dans les murs et la terre sont là pour attester que l’action et la constance ont primé sur les discours sans suite.

Tradition heureuse : pas de séjour sans soirée qui réunit autour d’une table les habitants et les connaissances des environs . La convivialité aux Bavards n’est pas un vain  mot.

Les couples ont évolué, les enfants ont grandi, des indigènes sont devenus des amis proches, la retraite s’annonce pour certains et Les Bavards s’apprêtent à prendre un nouvel essor comme centre de diffusion des techniques culturales respectueuses de l’environnement et des variétés oubliées. Le savoir-faire jardinier patiemment accumulé au fil des années, des lectures et des contacts, les pratiques culturales testées selon des plans expérimentaux rigoureux font des adeptes . Dernières expérimentations : le Kiwano , sorte de concombre avec piquants dont on consomme la pulpe sucrée et le Giraumon d’Essine à peau curieusement verruqueuse. Lors de notre dernier passage les Bavards vivaient un évènement jamais vu : Le départ d’un couple fondateur et la vente de leur maison dans le cadre d’un divorce. Un déchirement et beaucoup de peine du coté de ceux qui partent et du coté de ceux qui restent. Heureusement un dénouement heureux : l’acquéreur est une parisienne habituée et fan des bavards dont la venue est souhaitée par tout le monde. Les Bavards continuent !

Voir aussi le compte-rendu concernant Bras d’Asse un village des Alpes provençales abandonné depuis plus d’un siècle

Pourquoi nous aimons les Hautes Chaumes

Les Hautes Chaumes sont ces sommets du Forez qui s’étendent entre le col de la Loge et celui du Baracuchet du Nord au Sud, entre Ambert à l’Ouest et Montbrison à l’Est. Au col de la loge (1253m), c’est encore le règne des épicéas noirs et des clairières où pointent des bouquets de pensées de montagne d’un violet intense.

pensees.1304525564.jpg

Un peu plus haut, le paysage s’élargit et la vue se découvre jusqu’à l’horizon. Zones de prairies et de tourbières, les Hautes Chaumes montent vers le ciel sans un arbre pour arrêter le regard. Quelques blocs de granit et des jasseries qui leur ressemblent ponctuent l’immensité vide.

chaumes_du_forez.1304525706.JPG

Ces jasseries ne sont pas de simples cabanes de bergers. Ici les habitations d’estives sont vastes et relativement aménagées, car les familles complètes s’y installaient tout l’été.

Moins spectaculaires que l’Aubrac, moins perdues que le Cézallier, moins sauvages que les planèzes du Cantal, les Hautes Chaumes, toutes proches de la plaine du Forez et de la Limagne d’Ambert, ne se gagnent pourtant qu’à pied (sauf pour les jasseries du Coq Noir et celle de Garnier ) malgré leur altitude très raisonnable (elles culminent à 1634m à Pierre sur Haute) et elles offrent une vue splendide.

jasserie_monts_du_forez1wikipedia.1304525911.jpg

Au mois de mai, les chaumes de l’année précédente couchées par la neige désormais fondue, laissent apparaître quelques jonquilles; pas d’herbe bonne à brouter encore, juste les pailles blondes avec dans les creux de tourbière où l’eau sourd des renoncules jaune vif.

Nous avons croisé le premier troupeau de moutons qui montaient très gais (et très crottés de leur hiver en étable) vers la jasserie.

C’est un pays de randonnées où les gites sont sans électricité (bougie et feux de bois) et sans eau chaude. L’auberge de Garnier est accessible par la route mais mieux vaut réserver : à moins de 10 à table on trouve porte close.

C’est un pays de fromage où sont produites les fourmes d’Ambert et de Montbrison, deux appellations d’origine, implantées respectivement sur le versant Ouest et Est. Les petites différences de techniques de production accordent à la fourme de Montbrison une pâte plus douce , à celle d’Ambert un bleu légèrement plus relevé.

fourmes.1304526031.jpg

 

 C’est un pays d’errants et de migrateurs (les bondrées apivores du col du Baracuchet ). Pour Danièle, c’est tout près du pays de sa toute petite enfance (quand ses parents habitaient la Chevalerie, au bout du monde  au-dessus de Vollore-Montagne, à sa naissance).

 

Après avoir quitté les rares clairières où poussent les framboisiers sauvages,

baracuchet-035.1304526325.jpg

on descend vers la plaine par des sapinières et des hétraies pleines de myrtilles et de digitales (en saison) pour arriver dans les prairies fleuries de pissenlits et les champs labourés, petites parcelles pentues de terre légère et blonde, de cette agriculture de subsistance qui revit grâce au tourisme.

C’est une longue route étroite et sinueuse qui rejoint Ambert d’un côté ou Montbrison de l’autre, mais tout au long, elle est belle et offre des points de vue charmants.

Voilà pourquoi nous aimons les Hautes Chaumes !

 

*Les photos 2 et 3 sont empruntées à Wikipédia

Villebois, au pays de la pierre

 Villebois, capitale du « pays des hommes forts » est en passe de devenir notre résidence secondaire, tant les travaux d’aménagement  sont importants dans la maison achetée par Chloé et Loïc, ce qui requiert les interventions fréquentes de Norbert. La petite famille de Chloé quitte ainsi le centre historique de lyon – rien de plus urbain – pour adopter la vie villageoise.maison glos

Ils ont acquis une maison composé de deux bâtiments traditionnels de ce bugey du sud avec un joli jardin. Le précédent propriétaire avait juste entamé les travaux de modernisation. C’est dire qu’il reste beaucoup à faire!
A 60 km à l’Est de Lyon, Villebois est adossé aux derniers contreforts du Jura, dominant la vallée du Rhône dont le cours jadis sauvage a été apaisé en 1986 par le barrage de Sault-Brénaz.IMG_4567

C’est du port de Sault-Brenaz, après les rapides, que partaient les lourdes barges chargées des poutres de sapins du jura et les pierres taillées de calcaire qui ont été à l’origine de la construction de la plupart des bâtiments de Lyon. Ce beau village aux trois hameaux (Bouis, La Carria et le quartier de la gare ) s’étage des berges du Rhône jusqu’à la ligne de crêtes (Mont Frioland, col de portes, crêt de Pont) qui culminent à 1000m.

Ce Bugey du Sud est familier à Norbert et à sa famille qui possédait jusqu’en 1994 une maison de campagne à Montagnieu, un peu plus loin à l’Est. Fuyant la chaleur et l’affluence des plages sétoises, les frères et soeurs appréciaient ces vacances vertes entre la rivière et la fraîcheur des sous-bois envahis de buis.

Villebois est un village en pleine expansion démographique  (20 naissances et 5 mariages pour 7 décès en 2009 ) qui compte maintenant plus de mille habitants. On est loin des effectifs recensés lors de la pleine activité des carrières (2518 habitants en 1866), mais le village a retrouvé les effectifs des années 1930 après un long déclin de 70 ans.mairie.1275919489.jpg

La mairie , imposante, témoigne de la prospérité et du peuplement passés.

L’école primaire accueille 136 élèves et la mairie organise l’accueil des nouveaux arrivants (15 familles en 2009) en septembre chaque année.

Plus de vingt associations actives, en comptant les deux sociétés de chasse, la pêche, les boules et les pompiers, mais aussi deux associations qui animent vos fêtes (trans-faux et tartelain) .

23 entrepreneurs locaux (agriculture, viticulture, services aux entreprises, services aux personnes.

Les points forts de Villebois :

  • L’histoire des carrières et  du choin de Villebois qui a servi à construire des bâtiments prestigieux de Lyon à Tokyo en passant par New-York (cinquante carrières dont il ne reste plus que trois)…carriere

mais aussi le château de Bouis du XIIéme siècle et l’obélisque monolithe en pierre de Villebois à la gloire de la révolution française (construit en 1889 pour célébrer 100 ans plus tard l’armée du Rhin)…
A la fin du XIXème siècle, près de 3000 ouvriers opéraient ainsi sur le site. La bourgade était desservie par deux gares : le chemin de fer de l’Est Lyonnais qui reliait Lyon au Bugey jusqu’à Lhuis mais encore l’ancien chemin de fer Ambérieu-Montalieu ouvert en 1875 (pour acheminer la pierre de Villebois) et dont il ne reste que l’appellation « quartier de la gare » (le viaduc sur le Rhône a été dynamité en 1940 et la ligne fermée puis démontée depuis les années 50).

  • La viticulture, est aujourd’hui presque disparue au profit de la zone d’appellation Montagnieu plus à l’Est. canvas A l’époque  les vignes cernaient le village (ici l’école) et envahissaient les pentes. Les tonneaux se retrouvaient sur le quai de Sault-Brénaz, prêts à embarquer au fil du Rhône et  à ravitailler les bouchons lyonnais.
  • Son environnement : le massif des Portes dont les falaises calcaires descendent jusqu’au Rhône et le canyon du Rhéby qui l’entaille et attire les sportifs et recèle des raretés : le cordulégastre annelé grosse libellule jaune et noire dont les larves vivent dans le lavoir de Bouis, l’écrevisse à pattes blanches et le cincle plongeur !

 libellule.1275917415.jpg

Nous souhaitons belle installation, bonheur et prospérité aux nouveaux villeboisiens !

Vendanges en Reuilly: un bon millesime

Chaque année , le parcours du raisin de la fleur à la récolte est différent . En Centre Loire, le mois de mai a apporté de la grêle violente. La vendange de Menetou-Salon, à l’ouest de Vierzon s’annonce quasi nulle.

jean-quincy.1254127427.jpg Mais chez Jean, notre ami viticulteur , qui suit au jour le jour l’évolution des grappes, la nature a repris le dessus avec un beau début d’été, ce qui lui permet de nous écrire, trois semaines avant la vendange : « Quand à Reuilly c’est joli : des raisins sains, vu le beau mois d’aout  ( touchons du bois avant les orages annoncés cette semaine !). Le pinot noir est assez opulent : toutefois la véraison des grains est irrégulière : on trouve des grains bien noirs et d’autres qui restent verts sur la même grappe. »

C’est décidé , le début des vendanges est fixé au 18 septembre.

filo.1254124171.jpg Nous n’avons rejoint l’équipe de vendangeurs que samedi, car Danièle n’était pas disponible le vendredi, mais nous sommes arrivés avec un renfort inusité : Andréas, mon fils, Mona son épouse et Filo leur fiston – 4 mois-.

J’ai d’ailleurs l’impression que ces vendanges entre amis baby boomers devenus au fil du temps papy boomers trouvent un relais auprès des plus jeunes, descendants ou copains. Le mélange – des nationalités, des milieux professionnels, et des générations – est un ingrédient indispensable à la convivialité de ces moments.

Ce samedi matin s’annonce meilleur que la veille, plongée dans la grisaille :  temps sec, frais et clair, l’idéal pour les vendangeurs. Une fois les équipes installées dans les rangs, Jean fait son briefing : attention cette année aux verjus et aux grappes non mûres qui doivent être rejetés, attention au botrytis ( la pourriture grise) qui touche quelques grappes – peu nombreuses cette année.

briefing-vendanges.1254127626.jpg

eric-porteur.1254128867.jpg A part quelques uns , nous ne sommes pas des saisonniers agricoles professionnels. A défaut d’efficacité, nous avons le nombre et la bonne volonté : les caisses se remplissent vite, les porteurs les centralisent auprès des camionettes qui font l’aller-retour en direction de la cave où les grappes du pinot noir sont traitées.

Les grappes sont déversées des caisses et tout d’abord triées sur une table vibrante. C’est que la vinification du Reuilly rouge commence par une macération de trois semaines qui permet la diffusion des aromes, de la couleur et des tannins contenus dans la peau du raisin et dans les pépins.cave-vendanges.1254129761.jpg

Pas question d’y laisser des grappes vertes ou de la pourriture grise qui donneraient au moût de mauvais goûts. Jean apporte une attention particulière à ce contrôle à la cave.

Il revient ensuite au Fouloir-égrappoir de séparer  les raisins de leur rafles (les tiges qui constituent la charpente de la grappe, qui sont rejetées) et les fouler légèrement pour libérer le jus.  Ce mélange hétérogène de jus , de peaux et de pépins est envoyé ensuite dans des cuves où commencera la macération à l’abri de l’air. Afin d’éviter un départ violent de la fermentation et une élévation de la température, Jean veille à contrôler la température grace à une installation de réfrigération.

Dans la vigne la journée avance , la pause s’impose. Avant la reprise, Christian prend son appareil photo, escalade la camionette et saisit le traditionnel cliché des vendanges qui viendra rejoindre la collection constituée année après année par Jean.

tous-web.1254152116.jpg

C’est peu de temps avant la nuit que les derniers ceps sont ramassés. Alors, finalement, il ne sera pas nécessaire de revenir Dimanche. Place au réconfort du repas et de la soirée.

repas-vendanges.1254152990.jpg Les tables sont dressées dans les deux salles du caveau, sous les toiles d’Elise, la fille artiste de Chantal et Jean. Une expo qui a tapé dans l’oeil de Mona et Andréas qui sont finalement partis avec un tableau, tout émus de recevoir en cadeau des parents leur première oeuvre d’art.

Le beau temps du lendemain laissera libre cours à la flanerie. Le repas du midi se prépare tranquillement. Fabien et Joseph sortent les guitares et reprennent quelques vieux standards accompagnés par Kader aux percussions.

Andréas et Mona sont ravis de leur week-end.  Cette plongée dans la france rurale est une première pour Mona, elle qui est avant tout une citadine, habituée à l’animation de Beyrouth, sa ville nattale et des métropoles occidentales. Chaque fois que nous traversions Vierzon ou les rues désertes d’une de ces petites bourgades, elle nous interpellait bruyamment : « Il y a vraiment des habitants ici ? Où sont-ils ? Ils se cachent ? Il n’y a pas un chat dans les rues ! »

Heureusement , comme dit Joseph, un Vierzonnais de souche, exilé pour ses études à Tours   » Y a des gens qui se bougent ! » et un tissu associatif très dynamique. Et puis la culture est bien représentée. Le cinéma Lumière a même acquis une réputation mondiale  depuis que THX Fuck a choisi vierzon pour base d’opération de piratage internet des productions hollywoodiennes.

Alors, Mona, tu as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon.  Mais t’auras du mal à faire les vendanges à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs.

Et tu reviendras sans doute à Brinay.

– Pour revisiter les vendanges de 2007: Vendangeurs d’un jour , amis toujours

– Pour en savoir plus sur l’histoire du vin et sa géographie mondiale : « Le désir du vin à la conquète du monde  » de Jean-Robert Pitte chez Fayard .

-La vidéo des vendanges  2009