Bénétan

A près de cinquante ans de distance, Danièle a retrouvé ce hameau de montagne où, enfant, elle passa quelques vacances dans sa famille maternelle.

Bénétan est un hameau de Cevins à 1200m d’altitude en Savoie, adossé au Beaufortin et dominant la Tarentaise.

La petite route n’est pas fameuse, ne laisse pas la place au croisement de deux véhicules et côtoie les précipices trop souvent à mon goût. Arrivés à destination , on goûte le charme et la paix de la situation. Une petite vallée, un replat avant les hauts sommets (le Grand Mont -2687m- , la Pointe de la Grande Journée -2462m), des cascades, un torrent vif – le Dard- et des alpages cernés de sapins noirs.
Les chalets ont été construits par les arrière-grands-parents des actuels propriétaires vers 1870. On y montait les vaches l’été, accompagné souvent par toute la famille qui logeait dans une seule pièce et dormait dans le foin.

C’était aussi une étape avant de gagner à 2000 m les ardoisières. La piste, au début large et carrossable se termine par un vilain sentier dans les déchets glissants d’ardoises. Mais quel paysage lorsqu’on parvient au sommet !
Lorsque les carrières étaient en exploitation, les ouvriers vivaient sur place pendant la courte période d’activité annuelle (mai à septembre compte tenu de l’altitude et de la neige) dans des bâtiments de fortune datant pour beaucoup du XVIIème siècle et tombés en ruine depuis l’abandon de l’activité en 1954.
Les ardoises descendaient jusqu’à Bénétan par un câble de 800m de dénivelé et arrivaient près du torrent pour prendre la route à dos de mulet vers un autre câble qui les apportaient dans la vallée.
Vincent Cattelin (arrière grand père de ma mère) était-il un des dirigeants de ces carrières qui ont connu une histoire et une gestion chaotiques depuis les contes de Cevins au XVIIème siècle ? Emma, sa petite fille « payait-elle les ouvriers avec des pièces d’or » comme le raconte la légende familiale, à l’époque où furent plantés les « planes» ( ci-dessous, érables à feuilles de platanes) en 1902 devant le chalet? Est-ce là qu’elle a connu cet amoureux mort à la grande guerre dont il ne nous reste que la mandoline et dont elle n’a jamais donné le nom même après s’être résolue à épouser Isidore à 27ans en 1921?

Des chalets se sont ajoutés aux premiers (avec ou sans permis de construire) et d’autres ont été rasés ou sont abandonnés. L’eau courante, qu’on allait avant chercher au torrent, y coule désormais (à l’extérieur le plus souvent), des sanitaires et même des salles de bain ont été aménagés, mais il n’y a toujours pas l’électricité.
Les occupants actuels y sont venus enfants avec leurs parents et grands-parents et continuent à revenir avec leurs enfants et petits enfants.

Pas tous, heureusement car ils seraient près de 70 à occuper le chalet de pépé Laurent (ci-contre, grand-père maternel de ma mère) qui fut partagé en quatre entre ses enfants Jeanne, Emma, Léonie et Adrien. La surface était bien réduite pourtant : deux pièces à vivre, une écurie et un fenil partagé en quatre !

Au fil des héritages, des partages, des paiements de soultes, des choix de vie, des décès, des mariages et remariages, ils sont pourtant encore nombreux à faire vivre le hameau en été.
Une vie simple et chaleureuse faite de bricolages pour embellir la maison, d’entretien du petit potager, de courses en montagne, de cueillette des fruits et des champignons des bois, d’apéritifs entre voisins et d’échanges sur la vie des uns et des autres.
Avec Antonio, nous avons partagé ces moments avec la cousine germaine de ma mère), son mari, leurs filles et leurs quatre petits enfants et nous les en remercions.

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