L’hiver dans le Berry : vignes et truffes

Il n’y a pas que des  grandes cultures dans la campagne berrichonne. Jean, notre ami viticulteur sur l’appellation de Quincy, nous avait concocté un programme de travail dans les vignes, mais aussi de découvertes du terroir. Nous, c’est à dire les sociétaires du Groupement Foncier Viticole (GFV)  détenteurs de parts dans le vignoble qui se réunissent après la Saint Vincent, patron des vignerons, et les autres habitués du domaine.

Travail le matin dans les vignes à « tirer les bois ». C’est l’époque de la taille sur les ceps qui réclame des as du sécateurs qui connaissent bien le développement de la plante et les exigences associées au type de taille : ici le double guyot. Pas à notre niveau , nous tous qui sommes des amateurs et bénévoles. Alors on nous laisse une tâche indispensable mais peu qualifiée: le tirage des bois à savoir : détacher les liens et vrilles qui s’accrochent, trop solidement à notre goût,  à la quadruple rangée de fil de fer, sortir les sarments et les mettre en tas.

La matinée avance et les groupes dans les rangs, arrivent au bout des lignes. C’est l’heure de passer à autre chose. Les sexagénaires -la plupart d’entre nous- se sont pas fâchés de reposer leur dos et de regagner le repas préparé au gîte.

Jean nous a annoncé une visite, un peu mystérieuse, chez des paysans qui produisent des truffes.

Nous arrivons chez les Borello sous un ciel gris, quelques gouttes de pluie, pas de quoi nous arrêter. Stéphanie, qui s’occupe aussi des gites à la Fontenille , nous présente son activité et son chien Alfi,  un Border Collie trouvé à la SPA, qu’elle a dressé patiemment à faire le job : repérer au pied des arbres le précieux champignon

Eh oui ! Il n’y a pas que dans le Périgord que l’on trouve le diamant noir : la très réputée Tuber Melanosporum, on en récolte aussi dans le Berry !

Une fois dans la truffière, des chênes pubescents et des chênes verts d’une quinzaine d’années, Alfi flashe sur le premier arbre. Il tourne autour pour préciser la localisation et Bing ! un coup de patte discret sans tenter de creuser et le voilà qui attend patiemment la trouvaille … et sa récompense : un bout de saucisse.La truffe se trouve entre 5 cm et 20cm de la surface. Il faut la sortir avec délicatesse pour ne pas l’endommager.

Les truffes se plaisent dans ce sol léger, peu profond, installé sur des tables calcaires. Les chênes sont plantés mycorhizés, c’est à dire que les racines sont imprégnées des spores du champignon qui se développe tout autour de l’arbrisseau. Le mycélium colonise ainsi un périmètre où rien ne pousse : on l’appelle « le brulé », signe d’un bon développement du champignon.

A peine sortie de la terre, la truffe exhale son parfum typé, sensible à 2-3 m, et tellement fort lorsqu’on la porte sous le nez. C’est bientôt la fin de la saison (cette année elle a commencé dès fin novembre), c’est une période où on a plus de chances de trouver des truffes très parfumées qu’au tout début de l’hiver.

Le précieux champignon se retrouve dans le panier, encore entouré de sa gangue de terre. Jean est très fier d’exhiber ce panier rempli au bout de deux heures de recherches. De retour au gîte , nos hôtes nettoient les précieuses truffes en les brossant délicatement sous un filet d’eau, mais leur parcours n’est pas encore terminé. Il faudra les trier , les contrôler en les « canifiant », c’est à dire en s’assurant d’un coup de canif qu’il s’agit de la bonne espèce et qu’elle n’a pas été corrompue par quelque parasite.Devant ces merveilles, Max reste bouche bée.

Chacun pourra ensuite repartir avec sa truffe proposée à un bon prix. A déguster comme un produit frais , pas plus d’une semaine au frigo, ou congelée (elle peut se garder plusieurs mois c’est le meilleur moyen de conservation). Nous, nous l’avons introduite 48 h avec les oeufs de nos poules au frais dans une boîte hermétique. A la coque, le parfum se retrouve très intense dans le jeune d’oeuf. Si intense qu’il ne plaît pas à tout le monde, notamment aux enfants. Puis nous l’avons râpée en vue d’un beurre de truffe.

Cet hiver dans le Berry se termine par un bon coup de froid, inhabituel pour une fin-février.

Et pourtant sur le chemin du retour, nous trouvons un signe annonciateur des beaux jours. Les grues cendrées envahissent le ciel, des escadrilles ordonnées en chemin vers les terres du Nord qui font halte dans les champs labourés.

 

 

Un commentaire sur “L’hiver dans le Berry : vignes et truffes

  1. Ici dans la Drôme ,on a souvent l’impression qu’il n’y ait plus que de petits producteurs , bio , sympas et qui arrivent à vivre du fruit de leur travail . Et si les nouveaux paysans prenaient la main ? Souvent je me pose la question si en multipliant les petites exploitations on arriverait à cultiver assez pour nourrir tout le monde en France ? Eh! Oui! Le succès du salon de l’agriculture est sans doute lié aux souvenir et au travail de nos aînés . Merci encore une fois pour ce bloc , le seul qu’ on ait envie de suivre .
    Bises. Hanna

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