Agriculture : à Paris et dans le Berry : Quel avenir ?

On ne  parle plus beaucoup de la paysannerie. En France elle représente moins de 3% de la population active avec 450 000 exploitations. C’est désormais moins que le nombre de petites entreprises artisanales (<20 salarés) du bâtiment.  Chaque jour  260 exploitations disparaissent mais chaque mois le nombre des exploitations moyennes et grandes augmente (au-dessus de 61 ha en 2013).

Alors qu’on ne mentionne le Salon Mondial du bâtiment nulle part ailleurs que dans les revues professionnelles, chaque année on parle de l’agriculture au moins pendant deux semaines à cheval entre février et mars avec le salon International de l’Agriculture de Paris, qui attire plus de 600 000 visiteurs.

Quelles sont  les raisons de cet intérêt  persistant ?

-La plupart des français ont un grand-père , un arrière-grand-père (ou plus loin encore) agriculteur dans un pays qui est resté agricole  plus longtemps que ses voisins européens.

-Chaque jour les produits agricoles se rappellent à notre souvenir dans nos assiettes  dont le contenu devient chaque jour un sujet de préoccupation grandissant. L’agriculture industrielle est de plus en  plus mise en cause.

– La place des appellations, des labels, des indications géographiques constitue une exception française sur la planète. «  Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre ! » disait le Général de de Gaulle. En fait on en recense 1200.

-L’agriculture est concernée au premier chef par l’usage et l’entretien de l’espace rural qui occupe 70% de l’espace national  contre 57% en moyenne européenne. C’est l’avenir de nos paysages, nos champs, nos forêts, nos montagnes, nos chemins, nos étangs qui est en jeu.-L’agriculture française avec  75 milliard d’€ est la première puissance agricole dans l’Union Européenne. Cependant cette domination s’amenuise chaque année notamment au niveau des exportations agricoles.  De premier exportateur, elle est passée en troisième place derrière les Pays-Bas et l’Allemagne. L’Union Européenne est de moins en moins un dispositif de protection et de régulation. Ce qui introduit des notions de concurrence internationale (dans les marchés mondiaux et même à l’intérieur de l’Union Européenne) et des notions de compétitivité.

– Si l’agriculture se porte plutôt bien, beaucoup d’agriculteurs rencontrent des difficultés au niveau du revenu, avec de fortes variations selon les années, selon la météo, selon les productions, selon le type d’exploitation.

La Commission des comptes de l’agriculture nationale a dévoilé ce jeudi 14 décembre ses prévisions pour l’année 2017. Elles indiquent une hausse du revenu agricole de + 22,2 %. Cette augmentation intervient après une année 2016 catastrophique (- 29 % de baisse du revenu) et n’est pas encore suffisante pour rattraper le niveau précédent. Les secteurs gravement touchés par la crise de 2016 reprennent pied : la production de céréales est en hausse mais pas les prix ; en revanche ceux du lait augmentent. Quant à la viticulture, elle connaît une baisse des récoltes. Enfin, le prix des pommes de terre s’effondre.(ex  Terre.netMedia 14 déc. 2017.

Alors tout le monde s’interroge sur l’avenir de l’agriculture  et des agriculteurs.

Dans le Berry

Je reviens d’un séjour dans les grandes cultures du Cher. Ce n’est pourtant pas la Beauce, championne de la grande culture,  mais ça s’en rapproche : 115 ha en moyenne par exploitation (contre 55 au niveau national). On voit encore des bosquets, des haies mais ils deviennent de plus en plus espacés autour de parcelles qui comptent des dizaines, voire des centaines  d’ha.  Les fermes grandissent au fur et à mesure des départs, des abandons des fermes voisines qui sont vite rachetés par un  plus gros. Les terres sont regroupées, mais les bâtiments, désormais inutiles, restent  abandonnés (photo ci-dessus), voire rasés pour installer des éoliennes. Les bourgs ruraux ont du mal à maintenir leur population, leurs commerces et leurs  services, sauf ceux qui ne sont pas trop loin des métropoles.

On perçoit bien dans cette région que cette désertification est liée à la transformation de l’agriculture. Et cette évolution n’est pas près de s’éteindre.  Les grandes cultures de nos campagnes sont maintenant en compétition avec les grandes plaines de l’Argentine ou celles de l’Ukraine. L’agriculture intensive française (et sans doute européenne) a des rendements bien supérieurs mais elle est coûteuse en foncier et en intrants. Elle ne peut concurrencer les pays tiers qu’en poursuivant sa course folle aux économies d’échelle.  En céréales on parle de viabilité économique autour de 500 ha. En élevage les projets de fermes aux 1000 vaches se multiplient, après l’exemple de l’Allemagne qui est beaucoup plus avancée.

A côté des grandes cultures, on peut néanmoins observer la montée de productions plus artisanales, voire même de niches, souvent  liées au tourisme, qui ont plus d’atouts aux yeux de la jeune génération.

Ainsi jean, qui cultive 500ha en grande culture, a deux filles Cécile et Stéphanie. Lorsqu’il s’agit de prévoir la succession, Stéphanie n’est pas tentée de s’investir totalement dans la gestion de cette grande exploitation. A l’inverse de Cécile,  elle choisit de donner la priorité aux activités périphériques : la location de gîtes et  l’exploitation de truffières avec l’aide de son chien Alfi dressé à cet effet, avec beaucoup de vente directe.

Un autre Jean, un de mes amis de quarante ans, a développé, à coté de grandes productions de céréales, un vignoble qui bénéficie d’appellations (Quincy et Reuilly). Maroussia , la seule de ses trois filles intéressée par l’agriculture, n’a pas pour projet de reprendre la grande culture mais juste le vignoble. Une grande partie de la production est écoulée en vente directe ou sur les salons spécialisés. Une manière de mieux maîtriser ses débouchés.

Ainsi dans ce département très agricole,  à côté des grandes cultures omniprésentes, montent des activités agricoles qui s’appuie sur des appellations : Sancerre, Quincy, Reuilly, crottins de Chavignol, moutons  berrichon du Cher, souvent en lien avec la gastronomie locale. Des activités qui séduisent de jeunes professionnels.

On peut y voir  les prémisses de l’évolution de l’agriculture en France.

Vers deux agricultures ?

  • Les grandes cultures, en compétition avec les grandes agricultures des pays tiers, ne peuvent évoluer que vers plus de surfaces, plus de mécanisation. Les petites surfaces sortent du jeu, les moyennes sont en sursis. Une certaine forme d’élevage industriel, à la recherche de rentabilité et d’économie d’échelle, a sans doute de beaux jours devant elle, malgré la mauvaise publicité auprès des consommateurs français. Mais le beurre, la poudre de lait français des futures fermes des mille vaches peuvent (s’ils ne ruinent pas leur image comme Lactalys) séduire les consommateurs chinois.
  • Une deuxième agriculture rassemblera des activités qui sont plus proches du consommateur intérieur : cultures bio, appellations, vente directe, AMAP. La qualité ce n’est pas seulement le respect de quelques normes d’hygiène et de composition. Elle est de plus en plus perçue comme un rapport particulier du consommateur avec le produit et le producteur.

Ces deux agricultures n’ont pas grand’chose en commun, à part le foncier sur lequel pèse la pression des grandes fermes et leur soif inextinguible d’agrandissement. Pour la seconde agriculture, le prix du foncier agricole est trop élevé, il pèse à l’excès sur son développement. Quant à la grande culture, son salut n’est pas forcément dans l’intensification des pratiques (toujours plus d’engrais, de pesticides) qui est très coûteuse pour l’exploitant et pour l’environnement.

La divergence de ces deux agricultures ne peut que s’approfondir. Il est de plus en plus difficile d’unifier socialement et politiquement ces deux mondes.

Alors, faut-il  encore souhaiter longue vie au Salon de l’Agriculture ?

 

 

 

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