Arc Caraïbe : Histoire et géographie

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caraibes montageConnaissez-vous un pays à l’autre bout de l’atlantique, entre Amérique du nord et Amérique du Sud, grand comme le tiers de la France avec les 2 tiers de la population de l’hexagone?

 Ce pays, c’est un archipel, une poussière d’états, du plus petit (Sainte-Lucie 54 km de long et 28 km de large) au  plus grand (Cuba 1220 km de long et 200 de large), sans compter les dizaines de milliers d’îles,  d’ilots, de récifs, de bancs de sable. Ce pays est désigné comme la Caraïbe

 Le plus haut (le Pic Duarte -3087 m- qui se trouve sur Hispaniola, en république Dominicaine ) voisine avec le plus bas (Les Bahamas, particulièrement Inagua qui dépasse à peine le niveau de l’océan). Dans ces 25 états indépendants, dans ces 8 territoires rattachés à des métropoles (France , Pays-bas, USA, Grande Bretagne) on parle : l’espagnol, l’anglais, différentes langues créoles, le français et le néerlandais. fenetre

On distingue les petites Antilles (la partie Sud-Est de l’arc Caraïbe, des iles plutôt petites – les français connaissent la Martinique – la photo ci-dessus –  et la Guadeloupe) et les grandes  Antilles (Cuba, Porto-Rico, Jamaïque, Haïti et la République Dominicaine).

Lorsque  Christophe Colomb débarque sur une petite île des actuelles Bahamas en 1492, il croit arriver à proximité du continent asiatique (« les indes » – les anglo-saxons parlent toujours de West Indies).

Le Mexique, l’Amérique Centrale, l’Amérique du Sud  ne sont plus très loin. Pendant plus d’un siècle, les Caraïbes ne serviront que d’étapes dans les grands trafics qui ramènent l’or et les métaux précieux des Incas, pillés dans leurs temples ou exploités jusqu’à leur extermination dans leurs mines. Ces trafics et les rivalités des puissances européennes laissent une place de choix aux corsaires, pirates, flibustiers, boucaniers, hors-la-loi le-pirate-le-plus-fou-des-mers-des-caraibesqui trouvent des abris sûrs dans cette multitude d’îles dont les meilleurs repaires étaient l’île de la tortue (Haïti) ou Port Royal (Jamaïque).

Les territoires restent peu exploités et peu peuplés. Les différents peuples autochtones résisteront difficilement aux divers fléaux (exterminations mais surtout exploitation et épidémies) suscités par l’arrivée des européens.

A la suite, le XVIIIème siècle s’intéresse aux potentialités de ces territoires. Bois exotiques, épices, café, tabac, indigo et la plante reine des tropiques, la canne à sucre – qui réclame beaucoup de main d’oeuvreGuadeloupe-recolte-de-la-canne-a-sucre Hispaniola (qui se compose aujourd’hui d’Haïti et Saint Domingue) est alors la première place au monde pour la production de sucre. Des fortunes considérables se constituent. La population d’origine, décimée, est remplacée par des centaines de milliers d’esclaves déportés d’Afrique dans des conditions inhumaines. Les métropoles installent de véritables administrations territoriales (et militaires) et s’efforcent de réduire la piraterie dans la région, obstacle à l’économie de plantation et au commerce.

Le XIXème siècle connaît les premières indépendances (Haïti en 1804 suite à des révoltes sanglantes) , la première abolition de l’esclavage à l’initiative des révolutionnaires français, vite annulée par Napoléon Bonaparte.Biard_Abolition_de_l'esclavage_1849 La seconde abolition en 1848, précédé par l’Angleterre en 1833. L’économie sucrière vit ses premières crises du fait de la concurrence des produits de la betterave et de l’extension de la culture à des grands pays : Brésil, argentine, sud des USA. L’influence des métropoles européennes se réduit, les jeunes Etats Unis d’Amérique ne tardent pas à intervenir massivement avec un point culminant : la guerre Hispano-Américaine de 1898 qui abat la domination espagnole sur Cuba et Porto-Rico et installe les USA comme première puissance de la région.

Le XXème siècle confirme cette tendance. Les USA multiplient les expéditions. Haïti est occupée pendant 19 ans (de 1915 à 1935), la République dominicaine 8 ans (1916-1924), sans parler des pays voisins d’Amérique centrale. Mais ce siècle est aussi celui des indépendances et des révolutions ( Cuba 1959).

Le défi du XXIème siècle reste pour la Caraïbe le sous-développement, face à une démographie explosive. Haïti se distingue comme le pays le plus pauvre du continent américain.

Les îles sont à la fois proches (jamais plus de quelques dizaines de miles) et terriblement isolées, car l’île voisine ne parlera pas la même langue, ne connaîtra pas le même régime : territoire intégré à une métropole comme la Martinique et la Guadeloupe françaises  ou Montserrat la britannique , état indépendant rattaché aux USA comme Porto-Rico, état indépendant membre du Commonwealth comme la Jamaïque ou Sainte-Lucie, état indépendant socialiste comme Cuba, victime d’un blocus persistant. Ici les habitants sont à dominante d’origine africaine (Haïti), là d’origine espagnole (Saint-Domingue). Les langues officielles sont celles de l’Europe, mais les créoles dérivés sont souvent incompatibles entre eux. Le commerce intra-caribéen est faible, au bénéfice des relations avec les métropoles. En Martinique, l’essence et … les yaourts viennent de France. Les seules véritables circulations dans l’archipel sont celles des touristes navigateurs ou croisiéristes.plage ste marie

Cet éclatement de l’espace caribéen n’est peut-être pas une fatalité. Les états issus du Commonwealth, rejoint par Haïti,  ont créé le Caricom (marché commun des Caraïbes). L’Association des Etats de la Caraïbe est plus large et vise à renforcer la coopération autour de la mer des Caraïbes. Elle réunissait au Mexique  le 30 avril dernier le sommet des chefs d’état auquel se joint désormais la Martinique . En son nom, Serge Letchimy, président du Conseil régional, saluait l’évolution de son pays, longtemps tourné exclusivement vers la métropole.« Nous ne pouvons éternellement rester étrangers à notre propre géographie, à notre propre histoire » 

Les échanges économiques et culturels dans l’archipel ont sans doute un avenir. Les élites de chaque territoire commencent à prendre conscience que le développement de leurs sociétés passe par le renforcement des échanges à l’intérieur des Caraïbes et avec ses voisins. 

Marins des Caraïbes

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Les Caraïbes, ce sont ces milliers d’îles qui constituent l’arc Caraïbe. Il relie sur 3500km Cuba, la plus grande d’entre elles aux côtes du Vénézuela. Avant le XVIème siècle, les premiers occupants, les arawaks creusaient des pirogues de 18m conduites par 27 rameurs. Ils allaient gaillardement d’Antigua à la Martinique en quelques jours.

Plus tard, il y eu la conquête, l’installation de colons, les grandes compagnies de transport de marchandises, de passagers et …d’esclaves. Les puissances espagnole, française, anglaise, hollandaise, puis américaine n’ont cessé d’occuper, de coloniser, de se disputer, d’échanger ces territoires lointains. Sans compter les pirates et les flibustiers qui attaquaient les vaisseaux des grandes compagnies. Les fugitifs, les vaincus, les réprouvés y trouvaient refuge .

Aujourd’hui , la misère (Haïti) y côtoie les richesses insolentes des stars et des nouveaux pirates de la mondialisation, à l’aise dans les paradis fiscaux qui ne manquent pas dans cette région. Et puis, c’est une destination touristique de masse : La semaine sous les cocotiers en république dominicaine, la croisière partagé par les 3000 passagers de ces immenses paquebots, sont à la portée des modestes retraités américains ou des classes moyennes européennes.grand-princess-726x336

Mais intéressons-nous plutôt à ceux qui naviguent, ceux que Claire et Raoul rencontrent au mouillage dans ces ilots paradisiaques, ceux qu’ils côtoient sur le quai, ceux qui partagent un apèro dans les gargotes du port.  Quelles sont ces diverses tribus qui sillonnent ces iles?

Pour la plupart,  ils sont canadiens, américains ou européens.

Ceux qui vivent sur l’eau

    des jeunes, en couple, qui laissent tout et font le projet de vivre sur l’eau ; parfois, ils choisissent comme moyen de subsistance de devenir charter et de conduire des amoureux de la mer sur leur bateau pour des week-end ou de petites croisières ; d’autres fois, ils font de longues escales où ils exercent leurs talents (de plombier à médecin) pour mettre de coté un petit pécule. La navigation hauturière ne leur fait pas peur, mais ils prennent le temps de vivre (et de gagner leur vie) aux mouillages.

des familles, souvent avec de nombreux enfants petits, qui partent pour un an ou plus pour vivre une aventure en famille ;

    des retraités qui en ont toujours rêvé et réalisent enfin leur projet, soit en vivant à plein temps sur leur bateau, soit en le retrouvant tous les hiver.iles vierges anglaises

Les familles et les retraités d’Europe  ont affronté la transatlantique  (avec les enfants ou non) pour les meilleurs marins. Ceux des USA, les Canadiens ont fait la longue descente de la côte Est (par cabotage le long de la côte ou sur les voies d’eau de l’ICW  Intracostal Waterway ).

Des passagers , plus ou moins fortunés

    des très très riches qui viennent pour un week-end ou une semaine sur des mega yacht amis ou des bateaux de location….et ne naviguent pas. Mégayacht-1Leur zone d’action est très réduite à la proximité des aéroports internationaux : quelques iles des Bahamas, St Martin et St Barth, La Barbade (qui fut un temps desservie par le concorde par un vol direct à partir de Londres ; départ 9h30, arrivée 9h45 en heure locale !)

    des jeunes, des vieux et des familles qui s’embarquent pour un temps sur les bateaux charter des premiers (5 à 10 000 $US pour la semaine)

    et puis les équipiers -plus ou moins compétents en navigation – qui cherchent un embarquement ou sont recherchés sur les bourses d’équipiers.

La vie des marins sur le web

 Les familles et les retraités sont ceux qui écrivent le plus, qui tiennent un blog pour informer la famille et les amis et se souvenir de l’aventure.

Deux blogs de familles belges (ici et là  )qui ont fait la traversée de l’atlantique et bourlinguent dans les îles des Antilles avec leurs enfants.

Des blogs de retraités, des français et des canadiens :On reçoit les amis, les grands parents ou les enfants qu’il faut aller chercher à l’aéroport, les filles s'amusent-1on retrouve des collègues navigateurs aux mouillages, on visite, on fait des photos, on boit, on mange, les enfants plongent, nagent, font leurs devoirs et des dessins.

Les blogs de retraités sont parfois très techniques et constituent une mine de renseignement (merci au voilier Idem pour ses sites météo gratuits du monde entier) ou parfois complètement conviviaux vantant à longueur de photos les joies de la frite de bain  et des repas entre amis (Vomo).

– Les équipiers n’écrivent pas au-delà  de leur inscription sur une bourse d’équipiers où ils doivent décliner leurs compétences (supposées) et leur participation à la caisse de bord (10 à 40 € par jour pour une transat). Ils sont plus bavards sur la bourse des équipiers du routard :Bonjour a tous!!
« Je suis un jeune homme qui aime parcourir le monde et découvrir de nouvelles cultures. Ancien animateur ski nautique au club med je possède mon brevet de secouriste ainsi que mon permis bateau et je parle l’anglais et l’espagnol. Afin de pouvoir voyager et de passer des moments agréables avec des personnes qui recherchent la même chose je propose mes services:
-nettoyage du bateau – participation aux manoeuvres – participation aux quarts de nuit – cuisine – vaisselle – cours d’espagnol et d’anglais – pêche de poissons frais , poulpe et coquillageJulien_6
-Animation avec ma guitare – cours de guitare – autres tâches que vous jugerez nécessaires
Je suis ouvert à toutes propositions et sans date limite; j’aimerais de préférence partir pour les Caraïbes ou l’Amerique du sud. »


 – Les très très riches n’écrivent pas. Ils sont photographiés par les paparazi et leurs aventures sont racontées dans purepeople, gala ou public.fr.

 – Les croisiéristes en catamaran ou sur immense bateau de croisière préfèrent souvent raconter en video leurs aventures de tourisme, de baignade, de plongée ou de soirée caliente pour épater leurs amis.temp03

 Mais revenons à ceux qui vivent le bateau comme  une aventure personnelle ou familiale, ils sont très émouvants lorsqu’ils expliquent leur projet , leur changement de cap, leurs peurs ou leur renoncement et la vente du bateau.  Derrière chaque trajectoire il y a une histoire de vie, souvent une parenthèse dans une carrière, quelquefois un vrai mode de vie.

furyopng Et puis, il y a Claire et Raoul…à quelles catégorie appartiennent-ils ? Choisiront-ils la vie en mer ou sur le lac Champlain (le refuge des marins d’eau douce canadiens) … Ou bien opteront-ils pour le changement de cap ?

Laissons-les arriver à bon port, ce sera déjà une très belle réussite.

Habitations de Martinique : de la canne au rhum

Les habitations en Martinique sont au rhum ce que les châteaux sont aux crus du Bordelais. Chacun sur l’île a son idée sur le classement idéal. Et comme pour les vins, l’histoire a son importance.

C’est au milieu du XVIIème siècle que la culture de la canne s’est implantée en Martinique. Ce sont des juifs hollandais, chassés du Brésil, qui amenèrent avec eux les secrets de la fabrication du sucre à partir du jus de canne. La métropole découvre avec avidité le sucre (on ne connaissait auparavant que le miel) qui se transforme en or pour les marchands et les planteurs qui viennent s’installer sous les tropiques.

Mais la culture manque de bras et les « engagés » ne suffisent pas. On fait venir des esclaves d’Afrique. Ils seront 100 000 à débarquer en Martinique dans les conditions que l’on connaît. Leur travail, leurs souffrances, leurs morts vont enrichir les planteurs et faire de la Martinique une des plus profitables possessions françaises

Dès lors se met en place une économie de plantation qui s’appuie sur le système de l’habitation. L’habitation c’est un lieu de vie (la maison du maître, les logements des employés libres et les cases des esclaves) c’est un lieu d’agriculture (les champs de canne à sucre) et un lieu de production industrielle. La sucrerie est une industrie lourde, tout d’abord animée par les moulins à l’eau et rapidement par de spectaculaires machines à vapeur (ci-dessous l’usine Clément,maintenant reconvertie en musée ).

La canne dont la coupe réclame beaucoup de main d’oeuvre, doit être traité rapidement donc dans la proximité. L’habitation qui réunit toutes ces fonctions est donc la cellule de base de cette société antillaise fondée sur la discrimination raciale et l’exploitation esclavagiste.

Mais dans la contrainte apparaît aussi une forme de mélange : les ethnies africaines ne parlent pas la même langue , elles se forgent un langage commun à base de français et de syntaxe africaine. Du coup les maîtres béké se mettent au créole, au moins pour donner des ordres. Les esclaves domestiques partagent la vie des maisons de leurs maitres, leurs filles donnent naissance à des mulâtres qui ne subiront pas la condition des esclaves. Bref, l’habitation lieu d’exploitation et de discrimination, est aussi un lieu ou se construit une culture commune créole.

Et la vie de l’habitation évolue : La crise sucrière (concurrence du sucre de betteraves découvert autour de 1830) met en difficulté les petites habitations qui sont rachetés par des grands propriétaires.

Et surtout l’abolition de l’esclavage en 1848 libère la main d’oeuvre servile. L’habitation doit désormais trouver des salariés (qui n’échappent pas à une terrible exploitation), parmi les noirs libres pas toujours enclins à se mettre au service de leurs anciens maîtres et parmi des migrants d’Afrique ou d’Asie incités souvent par la ruse ou la force à s’embarquer pour la Martinique  . Le coût de la production s’envole et la rentabilité s’effondre. Bien des sucreries se convertissent à la production de rhum. Au début du XXème siècle, la Martinique devient premier exportateur mondial de cette boisson.

Aujourd’hui, il existe en Martinique sept distilleries fumantes en activité, trois éleveurs et une distillerie reconvertie en site touristique. L’essentiel de la production concerne le rhum agricole (obtenu à partir du jus de canne et non pas des déchets de la fabrication comme le rhum  industriel) qui a obtenu en 1996 une AOC, la première d’outre-mer et de surcroît pour un alcool blanc.

Aujourd’hui, les habitations et les distilleries se visitent comme autant d’éco-musées et de jardins. La dégustation fait partie de la visite, ce qui nous permet de nous faire une idée des crus. Et de sentir l’ambiance de l’habitation. Nous vous décrirons nos impressions concernant deux habitations : Clément et Saint-Etienne.

Elles ont quelques points communs: elles appartiennent à deux branches de la famille Hayot, vielle famille béké de la martinique. Elles revendiquent toutes deux la qualité de lieux culturels avec des expos , des conférences, des concerts.

L’habitation Clément a conservé son usine (qui n’est plus en service) dans un état remarquable de propreté et de maintenance. Les anciens chais ont été doublés par des installations modernes qui positionnent Clément comme le spécialiste des  rhums vieux. Deux lieux d’exposition font une place prestigieuse à la peinture contemporaine par le biais de la fondation Clément qui finance aussi une bibliothèque et deux autres habitations.  Mais le coeur du domaine c’est la maison créole. Classée Monument historique en 1996, elle incarne avec ses dépendances (terrasse, cuisine, écurie et logements) le coeur domestique de la propriété. Son architecture, son aménagement intérieur et ses meubles anciens témoignent de l’art de vivre créole et de sa parfaite adaptation aux conditions de vie sous les tropiques.

Dès l’entrée , nous sommes prévenus par les photos souvenirs accrochés aux cloisons. La maison Clément est le témoin et le théâtre de tous les évènements politiques et économiques importants de la Martinique, sous la houlette omniprésente de Bernard Hayot , le propriétaire des lieux depuis 1984 ( 173ème fortune de France d’après le classement Challenge) qui reçoit et accompagne les personnages les plus illustres de la planète. Seuls manquent peut-être à sa collection les saints papes !..Pas un ministre de l’Outre-mer, pas un préfet , pas un président du Conseil Général de Martinique qui ne se précipite, à peine nommé ou élu, à la maison Clément pour se faire adouber par le maître des lieux.

Lieu de patrimoine et de mémoire, l’habitation Clément passe cependant sous silence l’histoire sombre de l’esclavage qui a pourtant jeté les bases de ce domaine que Homère Clément, fils de tailleur et médecin formé à Bordeaux rachète en 1887. Auparavant il faut croire que c’était la préhistoire !

C’est un autre Hayot, José qui rachète en 1994 le domaine Saint-Etienne, alors en perdition. La distillerie n’est pas remise en état, le rhum viendra de l’habitation Simon mais les chais de vieillissement et l’embouteillage complètent la chaîne à Saint-Etienne. La maison créole est restaurée, les jardins plantés et soignés.Mais ce qui nous intéresse c’est la salle « Foudres Edouard Glissant « . Les foudres, ce sont ces grandes barriques où fermentait le vesou, le jus de canne.

C’est en présence de l’écrivain, poête,  et essayiste martiniquais (disparu depuis, le 3 février 2011) que cette salle qui est à la fois un lieu de vente du Rhum St-Etienne et un bel espace d’exposition, fut inaugurée  le 22 janvier 2010 par José Hayot qui rappelait  » la lourde charge émotionnelle qui pesait sur les lieux »… »Pour beaucoup d’entre nous, ces lieux conservent les souvenirs d’un passé douloureux. Pourtant, il nous est apparu qu’en ces mêmes lieux, sur ces anciennes fondations, pouvait s’écrire une histoire nouvelle. »

A l’appui de cette démarche, la remarquable exposition de Jean-Luc de Lagarrigue. Titrée « Le pays des imaginés » , formule tirée de Malemort (roman de Glissant publié en 1997) , cette exposition à la mémoire d’Édouard Glissant est une série de quinze appareillages photographiques qui commence par brouiller la différence entre le réel et l’imaginaire, en installant le regard dans une manière de vision onirique qui peut aussi bien revêtir des teintes de cauchemar. Le départ nous évoque la société d’habitation pour nous amener vers cette terre créole où rôdent 
tous les fantômes.Alors vous imaginez que ce n’est pas seulement quelques bouteilles de rhum et un décor colonial que nous avons trouvé à l’habitation Saint-Etienne mais une émotion et une intuition : la culture créole permettra peut-être de dépasser les blessures de cette société post-coloniale en assumant ce passé que ce soit du coté des békés, comme de celui des descendants des esclaves.

Finalement le rhum, comme le vin, est affaire de culture, à preuve cette présentation du carton d’emballage de leurs rhums vieux, avec cette citation de Patrick Chamoiseau (prix goncourt 1997 avec Texaco ), autre hérault de la créolité.Ah ! Et la dégustation , me direz-vous ? Nos conseils:

Pour le rhum blanc : le Saint-Etienne est bien – mais le meilleur est sans doute le Neisson (on le trouve en grande surface en métropole): fraîcheur,  beaucoup d’aromes volatiles,  élaboré dans le  Nord Caraïbes, les plantations de cannes à sucre Neisson bénéficient d’une luminosité et d’un ensoleillement exceptionnels.

Pour les rhums vieux – Probablement le meilleur : Le rhum JM a su garder une riche gamme d’arômes suite à son vieillissement dans cette distillerie de la côte nord-atlantique qui appartient au groupe Clément.

Vous trouverez ICI la recette du ti’punch – moi je préfère un bon planteur.

On trinque. Et Santé’w ! (en créole)

 

 

La route de la Trace

La route de la Trace, tout le monde la connaît en Martinique ; l’ancienne trace des jésuites , on l’empruntait obligatoirement pour relier St Pierre à Fort de France via Fonds St Denis, avant l’existence de la route côtière. Elle traverse l’intérieur de l’ile dans un relief très pentu et très chahuté en plein dans la forêt hygrophile (foret tropicale humide – plus de 3000 mm de pluie)
Sur les cartes, c’est la N3, vous le comprenez progressivement et il faut prendre la sortie Balata-Morne rouge sur la rocade.

On monte tout en lacets par une route étroite et très fréquentée : on est encore dans Fort de France.
On atteint Balata, son église «Montmartre ». Cette église construite en 1915 par l’architecte français Wuifflef attire l’oeil tout le long de la montée, c’est  une vraie copie du Sacré coeur en pleine verdure équatoriale,  la réplique en « miniature de la Basilique de Montmartre ». Balata c’est aussi une corniche élevée au-dessus du rivage caraïbe : les habitations à gauche de la route ont une vue imprenable. Balata c’est aussi son jardin, un des plus beaux parc des Antilles.
Les habitations se font moins fréquentes. Après avoir croisé la route qui descend vers l’ancienne station thermale Absalon en contrebas, il faut continuer à monter  vers l’hôpital psychiatrique de Colson, célèbre dans toute la Martinique et extrèmement isolé dans la forêt vierge. La semaine précédente nous nous étions retrouvés sur l’autre versant dans une randonnée bien abrupte, comme souvent en Martinique. Malgré nos espoirs et une longue progression sur la crête entre deux ravines,  Absalon et Dumauzé., il y a très peu de vues sur la baie de Fort de France.
Encore quelques kilomêtres de montée, mais sans autobus pour nous ouvrir la route – il s’arrête à Colson- et l’on atteint le bien nommé hameau  des «nuages  ».

La forêt tropicale nous entoure de toutes part, le brouillard souvent, dans l’humidité toujours, sous les pitons du carbet.

La descente vers le pont de l’Alma  vaut la montée pour ce qui est de la pente et des courbes. Les gens s’arrêtent pour se baigner ou faire une petite marche en forêt. La rivière blanche est douce et fraîche ( mais pas moins de 25°). Sur le coté de la route démarre un petit parcours axé sur l’interprétation de cette flore luxuriante: savoir repérer un hibiscus élatus  qui peut étaler ses jolis corolles  à 25 mètres de haut, observer la multitude d’épiphytes qui s’accrochent à tous les étages des arbres, et identifier un fromager reconnaissable à ses puissants contreforts.

Nous retrouvons plus loin sur la droite la route forestière (interdite aux autos)  qui descend vers Coeur Bouliki et St Joseph. Nous l’avions parcouru à pied dans l’autre sens la semaine dernière jusqu’au chantier de réfection. Dans cette nature envahissante, cette trace de béton à fort à faire à se maintenir.Plus loin , nous laissons sur notre gauche la route qui conduit à Fonds St Denis, longtemps fermée après le cyclone Dean de 2007.
On atteint ici le départ des randonnées pour les pitons du Carbet avant d’amorcer la descente sur le plateau de Morne Rouge.

Morne Rouge, gros bourg agricole endormi pour les fêtes de fin d’année. C’est beau, on voit la mer des caraïbes et l’on est juste sous la montagne Pelée mais il faut descendre à St Pierre pour trouver un restaurant ouvert.

Continuons notre route vers Ajoupa Bouillon, Basse Pointe, Macouba et Grand Rivière, le nord atlantique. On descend vers l’océan et ses rouleaux entre les champs de canne et ceux de bananiers. La côte nord  est toute en falaises abruptes qui dominent le rivage, entaillées par l’érosion aux estuaires des très nombreuses rivières qui descendent de la Pelée. C’est une martinique plus isolée, plus sauvage, toute dédiée aux cultures d’exportation.

Grand Rivière est une toute petite bourgade au bout de la route qui ne va pas plus loin, au bord d’une falaise qui ne demande qu’à glisser sur la route pour isoler encore plus ce bout du monde duquel on ne peut rejoindre le nord Caraïbe que par un sentier ou en bateau. Fin du parcours après un repas de crustacés chez Tante Arlette.

On repart par la route côtière et l’autoroute à partir de Trinité, car même en voiture, même si l’on aime beaucoup conduire, on ne fait pas deux fois la route de la trace dans la même journée.

A Sainte-Marie, dans cette bourgade qui s’étale le long du rivage, l’océan est omni-présent  par son mouvement incessant , par le bruit des vagues et du vent . Pas de baigneurs sur ces plages balayés par la houle, sauf ces trois gamins qui jouent dans les vagues furieuses .

A l’Anse Charpentier dernier arrêt , deux surfeurs s’attardent, profitant des derniers instants de lumière dans le ciel sur lequel se découpent les palmes des cocotiers agités par le vent du large.

La nuit est tombée. La route de la Trace est désormais le domaine des Dorlis et autres esprits qui le peuplent dès que le soleil se couche.

Jardins de Martinique

Nous sommes partis en Martinique avec une commande de Claire , la fille de Danièle, qui nous hébergeait dans sa location un peu à l’écart de Fort de France: créer un jardin martiniquais dans le morceau de gazon bordé d’une ravine qui s’étend devant sa terrasse.Faire un jardin en Martinique, c’est d’abord lutter contre l’exubérance spontanée de la végétation (ci-dessus Danièle encadrée par les feuilles géantes des oreilles d’éléphants et les jolis panicules de l’arbre à pagodes), éviter le retour à la forêt vierge favorisée par la pluie incessante, ou sporadique (un parapluie n’est pas inutile au jardinier) , la température et le soleil.

Dans ce défi quotidien les jardiniers martiniquais ont deux alliés :
–    le gazon couvre-sol – le mieux adapté : Chiendent de boeuf (stenotaphrum dimidiatum), Kikouyou (Pennisetum clandestinum) ou bien comme chez Claire, en zone humide, le souchet diffus (cypérus diffusus, un cousin du papyrus)
–    La débroussailleuse à fil qui sévit partout où l’herbe monte à la conquête des talus, des fossés, des pelouses, sur les bas cotés des routes, dans les jardins publics et dans les lotissements dont les matinées n’ont rien à envier au vacarme des tondeuses le samedi matin dans nos zones pavillonnaires métropolitaines

Il y a plusieurs sortes de jardins martiniquais, au moins quatre que nous avons pu repérer :
–    le jardin d’habitation
–    le jardin de lotissement
–    le jardin créole
–    le jardin botanique à visiter

Pour le jardin d’habitation, il faut de l’espace (quelques hectares) et du temps (quelques siècles) ; une rivière qui coule au fond n’est pas inutile.L’entrée se fait entre deux haies de palmiers royaux et les pelouses, rasées de près, s’ornent de bouquets d’alpinia touffus. Ça et là, bougainvilliers, hibiscus, bananiers, arbres à pain, fromagers…etc peuvent trouver leur place et guider la vue sur les champs de cannes au loin.
L’habitation St Etienne, l’habitation Clément ou même la plus modeste habitation de Fonds Préville correspondent à ce projet et nous ont fait rêver. Mais nous n’avions ni la surface, ni le temps, ni le personnel.

Le jardin créole, développé par les ex-esclaves soucieux d’échapper au système de l’habitation,  est petit et touffu, il sert à la production d’une partie de l’alimentation et à la vente sur les routes ou les marchés. Ainsi Claire est ravie d’acheter quelques bananes au bord de la route vers l’Alma à ce vendeur qui propose les produits de son jardin – au moins trois types de bananes différentes.

En strates  étagées, on y trouve : salades, ognons-pays, chou-chine, igname, christofine, oranger et citronnier, avocat, goyave, maracouja, prunes de cythère, bananes de multiples variétés. Caché, il est difficile à photographier.

Le jardin botanique à visiter dont l’exemple est le très ancien et très fameux jardin de Balata, fierté des hauts de Fort de France dans la localité du même nom.

En direction de Morne Rouge, après avoir contourné les pitons du Carbet, juste dans la perspective de la Montagne pelée, on découvre les jardins de la maison d’Emeraude qui viennent d’ouvrir et proposent de beaux parcours au milieu des fleurs et des arbres tropicaux.  Dans ce domaine récemment aménagé par le Parc Naturel Régional de Martinique  on peut aussi visiter l’exposition consacrée à la géologie (une île construite sur plusieurs volcans dont le dernier – la Pelée est apparu voici 300 000 ans), la flore ( trois zones qui se différencient du plus sec – le rivage atlantique 970 mm – au plus humide – le sommet de la  Pelée avec 6000 mm de pluie), la faune (les 139 espèces de colibris…) et les traditions de Martinique.  Mais n’oublions pas non plus les jardins de Coeur Bouliki aménagés par l’ONF au bord de la rivière blanche qui offrent baignades et promenades au milieu des roses de porcelaine.

Viennent ensuite les jardins de lotissement . Le jardin de lotissement s’inspire du jardin d’habitation par ses pelouses qu’il convient de raser au plus près avec le fameux coupe fil. Au gré des dons de boutures, des achats en jardinerie, des cueillettes en forêt, on y trouve aussi l’hibiscus et le bougainvillier, l’almandra jaune, la cordyline qui protège les maisons et quelques arbres fruitiers.

Les jardins c’est aussi le domaine d’un bon nombre d’oiseaux qui dès le matin prennent le relais des coqs voisins avec leur chants et leurs allées et venues incessantes : le Merle quiscale agité et bagarreur, le colibri affairé autour des coroles de fleurs de pagode, et le Piripit  (Tyran gris), à l’allure discrète mais bavard impénitent (ci-dessous de gauche à droite).D’autres habitants du jardin , bien plus furtifs, peuvent être observés avec un peu de patience, de calme et un téléobjectif prêt à déclencher. C’est le cas de la Mangouste qui s’affaire dans la ravine, contre la clôture du voisin. Les mangoustes originaires d’Inde ont été introduites avec succès en Martinique pour combattre les terribles  serpents trigonocéphales qui s’installent dans les champs de canne à sucre. Or ces deux animaux ne sont pas actifs durant les mêmes périodes et donc, en mal de prédation, la mangouste s’est rabattue sur les poules et les œufs, toutes sortes d’œufs, au point que nombre d’espèce d’oiseaux, comme les perroquets, ont disparu de l’île.Pour Claire et Raoul, nous avons fait ce que permettait le terrain entre l’arbre à pain, les cocotiers du voisin, les cannes qui bordent la ravine et le bois canon de l’autre  voisin : des alpinias, des roses de porcelaine et des balisiers, des hibiscus, des bougainvilliers achetés à St Joseph, un cocotier ramassé sur la plage de Ste Marie et des boutures prises chez les voisins.

Mais une fois nos travaux de jardinage terminés, il fallait laisser place à un repos bien mérité , regarder pousser nos plantations et souhaiter longue vie à ce nouveau jardin !Notre précédent séjour en Martinique : retrouvez ici ou encore nos comptes-rendus

Dolomites: vertige des cimes, paix des alpages

Programme minimum cet été 2010 : chantier à Villebois, stage Aïkido à Val d’Isère et quelques jours en Tarentaise. Mais on sait bien que tout camping-cariste un peu disponible peut se laisser tenter par une destination imprévue plus aventureuse.

Et la tentation, en cette mi-juillet paisible, nous fut apportée par Béatrice et Philippe, amis de trente ans, convertis au Camping-car comme nous et pratiquant assidus de l’Italie du Nord (Cf notre voyage en Toscane ) , de passage impromptu à la Buchette.

On parle d’abord du Val d’Aoste, mais la météo mauvaise nous repousse plus à l’Est en direction des Dolomites. En limite de la Lombardie et du trentin, au-dessus de Brescia, nos compagnons de route souhaitent découvrir l’Adamello et plus au Nord , le parc Naturel du Stelvio. Nous n’irons pas jusqu’au col du même nom – 2758 m le plus haut des Alpes derrière l’Iseran. Nous nous installons près des fontaines d’eau minérale de Pejo, au pied de grandes randonnées qui conduiront nos amis aux confins des 3000m. Danièle et moi nous préférons nous arréter à la Malga (c’est ainsi qu’on dénomme ici les bergeries) de Palù  après 3 h de marche en leur compagnie.

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Mais lorsqu’on se rapproche de l’Est – ci-dessous au Mont Penegal, un vrai belvédère au milieu des alpes –  l’attrait des Dolomites se renforce. L’horizon est barré d’une multitude de sommets à la couleur claire homogène mais d’une morphologie si variée : aiguilles acérées, puissants massifs tabulaires séparés par de profondes vallées glaciaires, vastes plateaux désolés…  C’est décidé : nous consacrons le reste du séjour à la découverte de ces préalpes très particulières.

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Alors, le lendemain soir nous voilà au Passo Rolle dans le secteur des Pale di San Martino de Castrozza. Après une nuit dégagée, l’aurore allume ses feux derrière le Cimon della Pala (3185m). On commence à comprendre à quel point cette roche beige clair peut capter la lumière pour prendre tous les tons de l’ocre le plus intense jusqu’au rose le plus délicat. On comprend comment le Catinaccio peut s’appeler RosenGarten en allemand – langue pratiquée dans ces vallées aux cotés de l’italien et du ladino.

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Ces sommets acérés , ces pale, on a envie de les voir de plus près . Alors on  pourrait suivre le chemin  des plus expérimentés qui viennent de loin pour emprunter les fameuses Via Ferrata, fréquentées et  équipées pour la première fois par les troupes italiennes sur ce front méconnu de la guerre de 1914-18 (800 000 morts, souvent dans la neige et la glace).

Courageux, mais pas téméraires, nous préférons le téléphérique de Rosetta au dessus de San-Martino di Castrozza qui nous amène sur le rebord d’un plateau à 2800m. Autour de nous un paysage désertique, lunaire. Totalement minéral … enfin presque : entre deux roches, le végétal arrive à s’accrocher et à fleurir tel ce délicat pavot des Alpes (Papaver rhaeticum).

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De retour dans la vallée, nous ne sommes pas à l’abri du grain qui se prépare. Ce jour-là nous nous sommes installés sur une aire aménagée de camping-cars à la sortie de San-Martino.

coucher-soleil.1283523045.jpg L’après-midi se termine sous la pluie. L’été n’est jamais sec dans les dolomites, les sommets reçoivent en juillet de 130 à 150 mm de précipitations.

Mais le temps change vite : quelques instants avant le coucher du soleil, les nuées se dissipent et nous dévoilent un spectacle magnifique. Tout le monde se précipite en dehors des camping-cars, fasciné par la magie de la lumière, bien décidé à fixer dans la mémoire de son appareil photo cet instant exceptionnel.

En face de nous se dresse le Sass Maôr dans toute sa majesté .

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Si les regards se tournent vers les sommets, il ne faut pas oublier que les Dolomites constituent une vaste zone d’alpage autour de 2000m où nous trouvons des chemins de randonnées agréables -et très fréquentés en cette saison par un public familial très divers, y compris les poussettes de bébés. Dans le val Venegia, bien avant de voir les troupeaux de vaches en train de changer de pâture, nous les avions repérés grâce au vacarme lointain des sonnailles :

Ces alpages d’altitude se transforment l’hiver en immenses domaines skiables.  Sur ces pentes, beaucoup de « refuges » se présentent en fait comme des villégiatures confortables et bien commerciales, cotoyant les authentiques « malga », constructions sommaires par empilement de tronc d’arbres grossièrement taillés, qui servent d’abri pour les bergers d’estive et leurs troupeaux. Ici au pied du Sassolungo (3181m).

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Ce qui frappe dans ce paysage aux allures de jardin alpin, c’est que les pâturages sont très soignés malgré les difficultés de la pente. Le secret nous est révélé plus loin : un matériel adapté ( ici un camion tout-terrain équipé d’un pick-up pour charger le foin par l’arrière, véhicule produit en Suisse à quelques exemplaires)  et beaucoup de travail humain.

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Nous regagnons notre Camping-Car garé au-dessous du col de Sella. Face à nous en cette fin d’après-midi, se dresse la Sella, le plus central et le plus massif des groupes de sommets des Dolomites. Profitons du coup d’oeil . Demain il pleut et nous entamons le chemin du retour.

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Liban : sortir du système confessionnel ?

Que savons -nous de l’histoire récente du Liban ? Qu’avons-nous retenu , en observateurs distraits depuis notre point de vue occidental, de la situation de la société libanaise ?

-Le Liban c’est compliqué.

-Il y plusieurs religions.

-La guerre civile ce fut l’affrontement d’un camp chrétien  et d’un camp musulman .

Parmi ces réponses seule la première traduit la vérité. Pour le reste , il faut aller explorer la réalité des communautés au Liban.  Laissons nous d’abord guider par l’humour du dessinateur Mazen.

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Cet exercice de reconnaissance mutuelle concerne chaque libanais lorsqu’il rencontre un autre libanais en dehors du cadre connu de la famille, du village, du quartier… C’est qu’il faut se repérer entre les 18 confessions présentes et reconnues dans le pays ! Il n’est pas toujours nécessaire de soumettre son interlocuteur à un interrogatoire aussi direct. Souvent le prénom suffit : entre Georges et Hasan, on repère vite le chrétien. Si cela ne suffit pas, le village d’origine ou le quartier de résidence dans Beyrouth est une bonne indication. La langue également : les chrétiens sont plus facilement francophones, même en famille, dans la vie quotidienne.

Sans parler des signes extérieurs comme le foulard, porté discrètement par une partie des musulmanes (surtout passé un certain âge) et exhibé fièrement dans sa version la plus noire et la plus couvrante chez les chiites en voie de radicalisation.

Mais, finalement tout cela ne concerne que la sphère privée, celle des convictions ? Eh bien, non ! Il faut savoir que l’état civil n’est pas assuré par un service d’état , mais par chaque confession. Le rite religieux figure sur les documents d’identité; il n’est pas prévu de catégorie  » sans religion ». Toutes les questions familiales relèvent du système confessionnel. C’est donc devant un prêtre, un cheikh ou un patriarche que les époux vont officialiser leur mariage .

caricature-mariage.1265296039.JPG Le mariage civil n’existe que dans le cas de mariage à l’étranger . Ceux qui veulent échapper à la loi confessionnelle s’arrangent pour se marier hors des frontières , à Chypre, par exemple, au large des côtes libanaises. L’aéroport de Larnaca ne désemplit pas de cortèges nuptiaux. Certains tour operators proposent des formules « clés en main » du mariage express et discret jusqu’à la grande noce haut de gamme.

Dans la plupart des cas, le droit de la famille qui s’appliquera sera celui de la communauté . Ce sont les tribunaux confessionnels (et non la juridiction civile) qui sont compétents  pour toutes les affaires familiales.

Ainsi le divorce n’est pas possible chez les maronites . Cependant, lorsqu’un maronite veut divorcer , il n’est pas très difficle pour lui de changer de religion , de se convertir, par exemple, à la religion orthodoxe qui autorise le divorce . Chez les chiites l’union libre peut être reconnue sous la forme de mariage temporaire ou  » de plaisir « ,  » le mout’a ».

Le droit des successions n’est pas le même chez les musulmans (l’héritiere touche la moitié de ce que perçoit un héritier mâle) que chez les chrétiens (pas de différence selon le sexe des héritiers).

Pour l’école des enfants, il faudra souvent passer par les organisations confessionnelles qui ont meilleure réputation que les écoles publiques. Pareil pour la santé.

Mais c’est sans doute sur le plan politique que le confessionnalisme libanais retient l’attention .

parlement-beyrouth.1265621338.jpg La Chambre des députés, dont la présidence revient à un chiite (Nabih Berri, leader de la milice Amal et ami de Damas) , compte 128 parlementaires, répartis selon des quotas précis entre 10 des 18 communautés religieuses du pays, un siège étant réservé aux petites minorités.

La moitié des sièges sont attribués à diverses Eglises chrétiennes, l’autre est divisée entre quatre communautés musulmanes, les sunnites, les chiites, les Druzes et la secte chiite alaouite.

Le pays compte 26 circonscriptions, au sein desquels les proportions religieuses varient. Certaines, comme celle de Tyr, son exclusivement musulmanes. D’autres comme le Metn, au nord de Beyrouth, exclusivement chrétiennes.

Au sein de chaque circoncription, les hommes politiques des diverses confessions présentent des listes de candidats pour tous les sièges disponibles localement ou pour une partie seulement d’entre eux.

Ainsi l’électeur lambda de la circonscription du Metn, par exemple, même s’il se sent plutôt athée ou chiite, ne pourra envoyer à l’assemblée qu’un représentant chrétien.

p_hariri_saad.1265623366.jpg Après les élections de juin 2009, la formation du gouvernement a été bloquée de long mois. Les deputés ont finalement désigné Saad Hariri ( fils de Rafic assassiné en 2005) comme Premier ministre, poste réservé à un sunnite, un choix que le président de la république maronite Michel Souleïmane était tenu de suivre.

Le nouveau Premier ministre a  formé alors un gouvernement où quatre ministères régaliens Intérieur, Défense, Finances et Affaires étrangères reviennent d’office respectivement à un maronite, a un orthodoxe grec, à un chiite et à un sunnite.

Cette construction politique baroque a été consolidée par les accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre civile en 1990. Il était sans doute nécessaire à l’époque de donner à chacune des factions des garanties pour cesser les hostilités et désarmer les milices. Mais depuis, la situation s’est figée sans possibilité de se réformer. Le paradoxe, c’est que les accords de Taëf avaient donné comme objectif – à terme – la déconfessionnalisation de la vie politique libanaise. On en est loin . afp_090526liban_hezbollah_nasrallah_8.1265623114.jpg

Mais c’est un thème récurrent des discours des leaders. Ainsi lorsqu’on parle à mots voilés du nécessaire désarmement des milices du Hezbollah et du monopole des armes qui devrait revenir à l’armée libanaise, le Hezbollah a beau jeu de répondre : Ok pour passer nos armes à l’armée , mais dans le cadre d’un état déconfessionnalisé ! Et beaucoup entendent : quand les poules auront des dents !

Le fait nouveau, c’est que que cette question commence à traverser la société civile libanaise. Des initiatives se multiplient pour la promotion d’un état laïque. Ainsi cet appel à une Lebanese Laïque Pride pour le DIMANCHE 25 AVRIL 2010, À 11H à Beyrouth. Un espoir pour voir le Liban établi un jour dans une véritable démocratie débarassée du féodalisme des communautés…

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