Jardins de Martinique

Nous sommes partis en Martinique avec une commande de Claire , la fille de Danièle, qui nous hébergeait dans sa location un peu à l’écart de Fort de France: créer un jardin martiniquais dans le morceau de gazon bordé d’une ravine qui s’étend devant sa terrasse.Faire un jardin en Martinique, c’est d’abord lutter contre l’exubérance spontanée de la végétation (ci-dessus Danièle encadrée par les feuilles géantes des oreilles d’éléphants et les jolis panicules de l’arbre à pagodes), éviter le retour à la forêt vierge favorisée par la pluie incessante, ou sporadique (un parapluie n’est pas inutile au jardinier) , la température et le soleil.

Dans ce défi quotidien les jardiniers martiniquais ont deux alliés :
–    le gazon couvre-sol – le mieux adapté : Chiendent de boeuf (stenotaphrum dimidiatum), Kikouyou (Pennisetum clandestinum) ou bien comme chez Claire, en zone humide, le souchet diffus (cypérus diffusus, un cousin du papyrus)
–    La débroussailleuse à fil qui sévit partout où l’herbe monte à la conquête des talus, des fossés, des pelouses, sur les bas cotés des routes, dans les jardins publics et dans les lotissements dont les matinées n’ont rien à envier au vacarme des tondeuses le samedi matin dans nos zones pavillonnaires métropolitaines

Il y a plusieurs sortes de jardins martiniquais, au moins quatre que nous avons pu repérer :
–    le jardin d’habitation
–    le jardin de lotissement
–    le jardin créole
–    le jardin botanique à visiter

Pour le jardin d’habitation, il faut de l’espace (quelques hectares) et du temps (quelques siècles) ; une rivière qui coule au fond n’est pas inutile.L’entrée se fait entre deux haies de palmiers royaux et les pelouses, rasées de près, s’ornent de bouquets d’alpinia touffus. Ça et là, bougainvilliers, hibiscus, bananiers, arbres à pain, fromagers…etc peuvent trouver leur place et guider la vue sur les champs de cannes au loin.
L’habitation St Etienne, l’habitation Clément ou même la plus modeste habitation de Fonds Préville correspondent à ce projet et nous ont fait rêver. Mais nous n’avions ni la surface, ni le temps, ni le personnel.

Le jardin créole, développé par les ex-esclaves soucieux d’échapper au système de l’habitation,  est petit et touffu, il sert à la production d’une partie de l’alimentation et à la vente sur les routes ou les marchés. Ainsi Claire est ravie d’acheter quelques bananes au bord de la route vers l’Alma à ce vendeur qui propose les produits de son jardin – au moins trois types de bananes différentes.

En strates  étagées, on y trouve : salades, ognons-pays, chou-chine, igname, christofine, oranger et citronnier, avocat, goyave, maracouja, prunes de cythère, bananes de multiples variétés. Caché, il est difficile à photographier.

Le jardin botanique à visiter dont l’exemple est le très ancien et très fameux jardin de Balata, fierté des hauts de Fort de France dans la localité du même nom.

En direction de Morne Rouge, après avoir contourné les pitons du Carbet, juste dans la perspective de la Montagne pelée, on découvre les jardins de la maison d’Emeraude qui viennent d’ouvrir et proposent de beaux parcours au milieu des fleurs et des arbres tropicaux.  Dans ce domaine récemment aménagé par le Parc Naturel Régional de Martinique  on peut aussi visiter l’exposition consacrée à la géologie (une île construite sur plusieurs volcans dont le dernier – la Pelée est apparu voici 300 000 ans), la flore ( trois zones qui se différencient du plus sec – le rivage atlantique 970 mm – au plus humide – le sommet de la  Pelée avec 6000 mm de pluie), la faune (les 139 espèces de colibris…) et les traditions de Martinique.  Mais n’oublions pas non plus les jardins de Coeur Bouliki aménagés par l’ONF au bord de la rivière blanche qui offrent baignades et promenades au milieu des roses de porcelaine.

Viennent ensuite les jardins de lotissement . Le jardin de lotissement s’inspire du jardin d’habitation par ses pelouses qu’il convient de raser au plus près avec le fameux coupe fil. Au gré des dons de boutures, des achats en jardinerie, des cueillettes en forêt, on y trouve aussi l’hibiscus et le bougainvillier, l’almandra jaune, la cordyline qui protège les maisons et quelques arbres fruitiers.

Les jardins c’est aussi le domaine d’un bon nombre d’oiseaux qui dès le matin prennent le relais des coqs voisins avec leur chants et leurs allées et venues incessantes : le Merle quiscale agité et bagarreur, le colibri affairé autour des coroles de fleurs de pagode, et le Piripit  (Tyran gris), à l’allure discrète mais bavard impénitent (ci-dessous de gauche à droite).D’autres habitants du jardin , bien plus furtifs, peuvent être observés avec un peu de patience, de calme et un téléobjectif prêt à déclencher. C’est le cas de la Mangouste qui s’affaire dans la ravine, contre la clôture du voisin. Les mangoustes originaires d’Inde ont été introduites avec succès en Martinique pour combattre les terribles  serpents trigonocéphales qui s’installent dans les champs de canne à sucre. Or ces deux animaux ne sont pas actifs durant les mêmes périodes et donc, en mal de prédation, la mangouste s’est rabattue sur les poules et les œufs, toutes sortes d’œufs, au point que nombre d’espèce d’oiseaux, comme les perroquets, ont disparu de l’île.Pour Claire et Raoul, nous avons fait ce que permettait le terrain entre l’arbre à pain, les cocotiers du voisin, les cannes qui bordent la ravine et le bois canon de l’autre  voisin : des alpinias, des roses de porcelaine et des balisiers, des hibiscus, des bougainvilliers achetés à St Joseph, un cocotier ramassé sur la plage de Ste Marie et des boutures prises chez les voisins.

Mais une fois nos travaux de jardinage terminés, il fallait laisser place à un repos bien mérité , regarder pousser nos plantations et souhaiter longue vie à ce nouveau jardin !Notre précédent séjour en Martinique : retrouvez ici ou encore nos comptes-rendus

5 commentaires sur “Jardins de Martinique

  1. Toujours riche d’informations, vos reportages sont dignes de pros. Bravo à vous ! ça me donne envie de retourner dans ce département français paradisiaque.

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  2. Bonjour à vous deux qui démarrez l’année entre palmiers et hibiscus, et merci de vos témoignages à la fois culturels et amoureux de la nature. Surtout ne changez rien en 2012!
    Amicalement,
    Maeva

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