Marins des Caraïbes

caraibes montage

Les Caraïbes, ce sont ces milliers d’îles qui constituent l’arc Caraïbe. Il relie sur 3500km Cuba, la plus grande d’entre elles aux côtes du Vénézuela. Avant le XVIème siècle, les premiers occupants, les arawaks creusaient des pirogues de 18m conduites par 27 rameurs. Ils allaient gaillardement d’Antigua à la Martinique en quelques jours.

Plus tard, il y eu la conquête, l’installation de colons, les grandes compagnies de transport de marchandises, de passagers et …d’esclaves. Les puissances espagnole, française, anglaise, hollandaise, puis américaine n’ont cessé d’occuper, de coloniser, de se disputer, d’échanger ces territoires lointains. Sans compter les pirates et les flibustiers qui attaquaient les vaisseaux des grandes compagnies. Les fugitifs, les vaincus, les réprouvés y trouvaient refuge .

Aujourd’hui , la misère (Haïti) y côtoie les richesses insolentes des stars et des nouveaux pirates de la mondialisation, à l’aise dans les paradis fiscaux qui ne manquent pas dans cette région. Et puis, c’est une destination touristique de masse : La semaine sous les cocotiers en république dominicaine, la croisière partagé par les 3000 passagers de ces immenses paquebots, sont à la portée des modestes retraités américains ou des classes moyennes européennes.grand-princess-726x336Mais intéressons-nous plutôt à ceux qui naviguent, ceux que Claire et Raoul rencontrent au mouillage dans ces ilots paradisiaques, ceux qu’ils côtoient sur le quai, ceux qui partagent un apèro dans les gargotes du port.  Quelles sont ces diverses tribus qui sillonnent ces iles?

Pour la plupart,  ils sont canadiens, américains ou européens.

Ceux qui vivent sur l’eau

    des jeunes, en couple, qui laissent tout et font le projet de vivre sur l’eau ; parfois, ils choisissent comme moyen de subsistance de devenir charter et de conduire des amoureux de la mer sur leur bateau pour des week-end ou de petites croisières ; d’autres fois, ils font de longues escales où ils exercent leurs talents (de plombier à médecin) pour mettre de coté un petit pécule. La navigation hauturière ne leur fait pas peur, mais ils prennent le temps de vivre (et de gagner leur vie) aux mouillages.

des familles, souvent avec de nombreux enfants petits, qui partent pour un an ou plus pour vivre une aventure en famille ;

    des retraités qui en ont toujours rêvé et réalisent enfin leur projet, soit en vivant à plein temps sur leur bateau, soit en le retrouvant tous les hiver.iles vierges anglaisesLes familles et les retraités d’Europe  ont affronté la transatlantique  (avec les enfants ou non) pour les meilleurs marins. Ceux des USA, les Canadiens ont fait la longue descente de la côte Est (par cabotage le long de la côte ou sur les voies d’eau de l’ICW  Intracostal Waterway ).

Des passagers , plus ou moins fortunés

    des très très riches qui viennent pour un week-end ou une semaine sur des mega yacht amis ou des bateaux de location….et ne naviguent pas. Mégayacht-1eur zone d’action est très réduite à la proximité des aéroports internationaux : quelques iles des Bahamas, St Martin et St Barth, La Barbade (qui fut un temps desservie par le concorde par un vol direct à partir de Londres ; départ 9h30, arrivée 9h45 en heure locale !)

    des jeunes, des vieux et des familles qui s’embarquent pour un temps sur les bateaux charter des premiers (5 à 10 000 $US pour la semaine)

    et puis les équipiers -plus ou moins compétents en navigation – qui cherchent un embarquement ou sont recherchés sur les bourses d’équipiers.

La vie des marins sur le web

 Les familles et les retraités sont ceux qui écrivent le plus, qui tiennent un blog pour informer la famille et les amis et se souvenir de l’aventure.

Deux blogs de familles belges (ici et là  )qui ont fait la traversée de l’atlantique et bourlinguent dans les îles des Antilles avec leurs enfants.

Des blogs de retraités, des français et des canadiens :On reçoit les amis, les grands parents ou les enfants qu’il faut aller chercher à l’aéroport, on retrouve des collègues navigateurs aux mouillages, on visite, on fait des photos, on boit, on mange, les enfants plongent, nagent, font leurs devoirs et des dessins.

Les blogs de retraités sont parfois très techniques et constituent une mine de renseignement (merci au voilier Idem pour ses sites météo gratuits du monde entier) ou parfois complètement conviviaux vantant à longueur de photos les joies de la frite de bain  et des repas entre amis (Vomo).

– Les équipiers n’écrivent pas au-delà  de leur inscription sur une bourse d’équipiers où ils doivent décliner leurs compétences (supposées) et leur participation à la caisse de bord (10 à 40 € par jour pour une transat). Ils sont plus bavards sur la bourse des équipiers du routard :Bonjour a tous!!
« Je suis un jeune homme qui aime parcourir le monde et découvrir de nouvelles cultures. Ancien animateur ski nautique au club med je possède mon brevet de secouriste ainsi que mon permis bateau et je parle l’anglais et l’espagnol. Afin de pouvoir voyager et de passer des moments agréables avec des personnes qui recherchent la même chose je propose mes services:
-nettoyage du bateau – participation aux manoeuvres – participation aux quarts de nuit – cuisine – vaisselle – cours d’espagnol et d’anglais – pêche de poissons frais , poulpe et coquillageJulien_6
-Animation avec ma guitare – cours de guitare – autres tâches que vous jugerez nécessaires
Je suis ouvert à toutes propositions et sans date limite; j’aimerais de préférence partir pour les Caraïbes ou l’Amerique du sud. »


 – Les très très riches n’écrivent pas. Ils sont photographiés par les paparazi et leurs aventures sont racontées dans purepeople, gala ou public.fr.

 – Les croisiéristes en catamaran ou sur immense bateau de croisière préfèrent souvent raconter en video leurs aventures de tourisme, de baignade, de plongée ou de soirée caliente pour épater leurs amis. Ils se retrouvent aussi aux Baignoires de Joséphine en Martinique à siroter des ti’punch au milieu des fonds blancs et des îlets .coequipiers.1206085411.jpg

 Mais revenons à ceux qui vivent le bateau comme  une aventure personnelle ou familiale, ils sont très émouvants lorsqu’ils expliquent leur projet , leur changement de cap, leurs peurs ou leur renoncement et la vente du bateau.  Derrière chaque trajectoire il y a une histoire de vie, souvent une parenthèse dans une carrière, quelquefois un vrai mode de vie.

furyopng Et puis, il y a Claire et Raoul…à quelles catégorie appartiennent-ils ? Choisiront-ils la vie en mer ou sur le lac Champlain (le refuge des marins d’eau douce canadiens) … Ou bien opteront-ils pour le changement de cap ?

Laissons-les arriver à bon port, ce sera déjà une très belle réussite.

La route de la Trace

La route de la Trace, tout le monde la connaît en Martinique ; l’ancienne trace des jésuites , on l’empruntait obligatoirement pour relier St Pierre à Fort de France via Fonds St Denis, avant l’existence de la route côtière. Elle traverse l’intérieur de l’ile dans un relief très pentu et très chahuté en plein dans la forêt hygrophile (foret tropicale humide – plus de 3000 mm de pluie)
Sur les cartes, c’est la N3, vous le comprenez progressivement et il faut prendre la sortie Balata-Morne rouge sur la rocade.

On monte tout en lacets par une route étroite et très fréquentée : on est encore dans Fort de France.
On atteint Balata, son église «Montmartre ». Cette église construite en 1915 par l’architecte français Wuifflef attire l’oeil tout le long de la montée, c’est  une vraie copie du Sacré coeur en pleine verdure équatoriale,  la réplique en « miniature de la Basilique de Montmartre ». Balata c’est aussi une corniche élevée au-dessus du rivage caraïbe : les habitations à gauche de la route ont une vue imprenable. Balata c’est aussi son jardin, un des plus beaux parc des Antilles.
Les habitations se font moins fréquentes. Après avoir croisé la route qui descend vers l’ancienne station thermale Absalon en contrebas, il faut continuer à monter  vers l’hôpital psychiatrique de Colson, célèbre dans toute la Martinique et extrèmement isolé dans la forêt vierge. La semaine précédente nous nous étions retrouvés sur l’autre versant dans une randonnée bien abrupte, comme souvent en Martinique. Malgré nos espoirs et une longue progression sur la crête entre deux ravines,  Absalon et Dumauzé., il y a très peu de vues sur la baie de Fort de France.
Encore quelques kilomêtres de montée, mais sans autobus pour nous ouvrir la route – il s’arrête à Colson- et l’on atteint le bien nommé hameau  des «nuages  ».

La forêt tropicale nous entoure de toutes part, le brouillard souvent, dans l’humidité toujours, sous les pitons du carbet.

La descente vers le pont de l’Alma  vaut la montée pour ce qui est de la pente et des courbes. Les gens s’arrêtent pour se baigner ou faire une petite marche en forêt. La rivière blanche est douce et fraîche ( mais pas moins de 25°). Sur le coté de la route démarre un petit parcours axé sur l’interprétation de cette flore luxuriante: savoir repérer un hibiscus élatus  qui peut étaler ses jolis corolles  à 25 mètres de haut, observer la multitude d’épiphytes qui s’accrochent à tous les étages des arbres, et identifier un fromager reconnaissable à ses puissants contreforts.

Nous retrouvons plus loin sur la droite la route forestière (interdite aux autos)  qui descend vers Coeur Bouliki et St Joseph. Nous l’avions parcouru à pied dans l’autre sens la semaine dernière jusqu’au chantier de réfection. Dans cette nature envahissante, cette trace de béton à fort à faire à se maintenir.Plus loin , nous laissons sur notre gauche la route qui conduit à Fonds St Denis, longtemps fermée après le cyclone Dean de 2007.
On atteint ici le départ des randonnées pour les pitons du Carbet avant d’amorcer la descente sur le plateau de Morne Rouge.

Morne Rouge, gros bourg agricole endormi pour les fêtes de fin d’année. C’est beau, on voit la mer des caraïbes et l’on est juste sous la montagne Pelée mais il faut descendre à St Pierre pour trouver un restaurant ouvert.

Continuons notre route vers Ajoupa Bouillon, Basse Pointe, Macouba et Grand Rivière, le nord atlantique. On descend vers l’océan et ses rouleaux entre les champs de canne et ceux de bananiers. La côte nord  est toute en falaises abruptes qui dominent le rivage, entaillées par l’érosion aux estuaires des très nombreuses rivières qui descendent de la Pelée. C’est une martinique plus isolée, plus sauvage, toute dédiée aux cultures d’exportation.

Grand Rivière est une toute petite bourgade au bout de la route qui ne va pas plus loin, au bord d’une falaise qui ne demande qu’à glisser sur la route pour isoler encore plus ce bout du monde duquel on ne peut rejoindre le nord Caraïbe que par un sentier ou en bateau. Fin du parcours après un repas de crustacés chez Tante Arlette.

On repart par la route côtière et l’autoroute à partir de Trinité, car même en voiture, même si l’on aime beaucoup conduire, on ne fait pas deux fois la route de la trace dans la même journée.

A Sainte-Marie, dans cette bourgade qui s’étale le long du rivage, l’océan est omni-présent  par son mouvement incessant , par le bruit des vagues et du vent . Pas de baigneurs sur ces plages balayés par la houle, sauf ces trois gamins qui jouent dans les vagues furieuses .

A l’Anse Charpentier dernier arrêt , deux surfeurs s’attardent, profitant des derniers instants de lumière dans le ciel sur lequel se découpent les palmes des cocotiers agités par le vent du large.

La nuit est tombée. La route de la Trace est désormais le domaine des Dorlis et autres esprits qui le peuplent dès que le soleil se couche.

Jardins de Martinique

Nous sommes partis en Martinique avec une commande de Claire , la fille de Danièle, qui nous hébergeait dans sa location un peu à l’écart de Fort de France: créer un jardin martiniquais dans le morceau de gazon bordé d’une ravine qui s’étend devant sa terrasse.Faire un jardin en Martinique, c’est d’abord lutter contre l’exubérance spontanée de la végétation (ci-dessus Danièle encadrée par les feuilles géantes des oreilles d’éléphants et les jolis panicules de l’arbre à pagodes), éviter le retour à la forêt vierge favorisée par la pluie incessante, ou sporadique (un parapluie n’est pas inutile au jardinier) , la température et le soleil.

Dans ce défi quotidien les jardiniers martiniquais ont deux alliés :
–    le gazon couvre-sol – le mieux adapté : Chiendent de boeuf (stenotaphrum dimidiatum), Kikouyou (Pennisetum clandestinum) ou bien comme chez Claire, en zone humide, le souchet diffus (cypérus diffusus, un cousin du papyrus)
–    La débroussailleuse à fil qui sévit partout où l’herbe monte à la conquête des talus, des fossés, des pelouses, sur les bas cotés des routes, dans les jardins publics et dans les lotissements dont les matinées n’ont rien à envier au vacarme des tondeuses le samedi matin dans nos zones pavillonnaires métropolitaines

Il y a plusieurs sortes de jardins martiniquais, au moins quatre que nous avons pu repérer :
–    le jardin d’habitation
–    le jardin de lotissement
–    le jardin créole
–    le jardin botanique à visiter

Pour le jardin d’habitation, il faut de l’espace (quelques hectares) et du temps (quelques siècles) ; une rivière qui coule au fond n’est pas inutile.L’entrée se fait entre deux haies de palmiers royaux et les pelouses, rasées de près, s’ornent de bouquets d’alpinia touffus. Ça et là, bougainvilliers, hibiscus, bananiers, arbres à pain, fromagers…etc peuvent trouver leur place et guider la vue sur les champs de cannes au loin.
L’habitation St Etienne, l’habitation Clément ou même la plus modeste habitation de Fonds Préville correspondent à ce projet et nous ont fait rêver. Mais nous n’avions ni la surface, ni le temps, ni le personnel.

Le jardin créole, développé par les ex-esclaves soucieux d’échapper au système de l’habitation,  est petit et touffu, il sert à la production d’une partie de l’alimentation et à la vente sur les routes ou les marchés. Ainsi Claire est ravie d’acheter quelques bananes au bord de la route vers l’Alma à ce vendeur qui propose les produits de son jardin – au moins trois types de bananes différentes.

En strates  étagées, on y trouve : salades, ognons-pays, chou-chine, igname, christofine, oranger et citronnier, avocat, goyave, maracouja, prunes de cythère, bananes de multiples variétés. Caché, il est difficile à photographier.

Le jardin botanique à visiter dont l’exemple est le très ancien et très fameux jardin de Balata, fierté des hauts de Fort de France dans la localité du même nom.

En direction de Morne Rouge, après avoir contourné les pitons du Carbet, juste dans la perspective de la Montagne pelée, on découvre les jardins de la maison d’Emeraude qui viennent d’ouvrir et proposent de beaux parcours au milieu des fleurs et des arbres tropicaux.  Dans ce domaine récemment aménagé par le Parc Naturel Régional de Martinique  on peut aussi visiter l’exposition consacrée à la géologie (une île construite sur plusieurs volcans dont le dernier – la Pelée est apparu voici 300 000 ans), la flore ( trois zones qui se différencient du plus sec – le rivage atlantique 970 mm – au plus humide – le sommet de la  Pelée avec 6000 mm de pluie), la faune (les 139 espèces de colibris…) et les traditions de Martinique.  Mais n’oublions pas non plus les jardins de Coeur Bouliki aménagés par l’ONF au bord de la rivière blanche qui offrent baignades et promenades au milieu des roses de porcelaine.

Viennent ensuite les jardins de lotissement . Le jardin de lotissement s’inspire du jardin d’habitation par ses pelouses qu’il convient de raser au plus près avec le fameux coupe fil. Au gré des dons de boutures, des achats en jardinerie, des cueillettes en forêt, on y trouve aussi l’hibiscus et le bougainvillier, l’almandra jaune, la cordyline qui protège les maisons et quelques arbres fruitiers.

Les jardins c’est aussi le domaine d’un bon nombre d’oiseaux qui dès le matin prennent le relais des coqs voisins avec leur chants et leurs allées et venues incessantes : le Merle quiscale agité et bagarreur, le colibri affairé autour des coroles de fleurs de pagode, et le Piripit  (Tyran gris), à l’allure discrète mais bavard impénitent (ci-dessous de gauche à droite).D’autres habitants du jardin , bien plus furtifs, peuvent être observés avec un peu de patience, de calme et un téléobjectif prêt à déclencher. C’est le cas de la Mangouste qui s’affaire dans la ravine, contre la clôture du voisin. Les mangoustes originaires d’Inde ont été introduites avec succès en Martinique pour combattre les terribles  serpents trigonocéphales qui s’installent dans les champs de canne à sucre. Or ces deux animaux ne sont pas actifs durant les mêmes périodes et donc, en mal de prédation, la mangouste s’est rabattue sur les poules et les œufs, toutes sortes d’œufs, au point que nombre d’espèce d’oiseaux, comme les perroquets, ont disparu de l’île.Pour Claire et Raoul, nous avons fait ce que permettait le terrain entre l’arbre à pain, les cocotiers du voisin, les cannes qui bordent la ravine et le bois canon de l’autre  voisin : des alpinias, des roses de porcelaine et des balisiers, des hibiscus, des bougainvilliers achetés à St Joseph, un cocotier ramassé sur la plage de Ste Marie et des boutures prises chez les voisins.

Mais une fois nos travaux de jardinage terminés, il fallait laisser place à un repos bien mérité , regarder pousser nos plantations et souhaiter longue vie à ce nouveau jardin !Notre précédent séjour en Martinique : retrouvez ici ou encore nos comptes-rendus