Salut les Confinés -15-

J-3 : Le déconfinement aura bien lieu le 11 mai !

 Il a fallu que le président le rappelle plusieurs fois le 6 mai, tant ses ministres essayaient d’éviter la promesse et de noyer le poisson. Pour Olivier Véran ce sera le 11 … si les résultats sont bons. Pour Jean-Michel Blanquer, ce sera selon … la bonne volonté des maires.

Jean Castex, le très discret Coordinateur national à la stratégie de déconfinement, le « Monsieur déconfinement », a même proposé devant le sénat l’établissement d’un plan de reconfinement au cas où les résultats seraient mauvais !!!

 Il faut rappeler que c’est le président, surprenant même ses ministres, qui avait annoncé la réouverture des écoles au 11 mai. Or à ce jour, quel parent peut savoir ce qu’il en sera pour sa progéniture ? Les maires, à juste titre, s’inquiètent de la mise en place des précautions figurant dans l’instruction de 63 pages qui devrait présider à l’ouverture des classes. Chacun fera comme il peut.

La même incertitude règne au Canada. Jusqu’au Premier Ministre Justin Trudeau qui « ne sait pas  » s’il enverra ses enfants à l’école au moment de la ré-ouverture.
Mais le doute ne concerne pas que les enfants. Emmanuel Macron avait laissé entendre que les citoyens les plus vulnérables (comprenez : les plus âgés) devraient prolonger le confinement. Finalement les protestations de tous bords ont eu raison du projet

A 3 jours de la date fatidique, les confinés ne savent pas vraiment qui croire et que croire. On avait d’abord (le président en l’occurrence) parlé d’un déconfinement par région. Oublié ! Puis l’idée d’une carte rouge et verte. Finalement c’est rouge, orange et vert. Mais on ne sait pas vraiment quelles en sont les conséquences à part l’ouverture possible des parcs au 11 mai et peut-être la réouverture des collèges au 18. Ou bien était-ce juste pour désigner les mauvais élèves ?

En fait, tout le monde a attendu le 7 mai pour savoir quel serait le statut de son département. Notre région Rhône-Alpes abandonne sa couleur orange inquiétante. Le rouge se concentre sur le Nord-Est du pays. Mais les trois quart verts des départements ne doivent pas se laisser aller à l’illusion que tout sera désormais comme avant.

Car l’inquiétude autour de la décision de déconfinement s’accroît. Et ce ne sont pas les épidémiologistes qui vont l’apaiser.

Une seconde vague

Ainsi l’équipe de Victoria Colizza  de l’INSERM projette [ Le Monde dans son édition du 7 mai] dans tous les cas une seconde vague entre juillet et septembre. Sa hauteur dépendra des mesures mis en place : « L’épidémie ne pourrait être contrôlée qu’à plusieurs conditions . La première est le maintien des mesures de distanciation physique. « Cela suppose que 50 % des gens restent chez eux – soit que leur activité professionnelle n’ait pas repris, soit qu’ils pratiquent le télétravail –, que les personnes âgées aient réduit de 75 % leurs contacts, et qu’il y ait une réouverture partielle (pas plus de 50 %) de différentes activités et commerces », détaille Vittoria Colizza.

Autre condition pour ce scénario : que le dispositif de dépistage, de traçage et d’isolement des cas et de leurs contacts détecte au moins 50 % des nouvelles infections. « Si 25 % seulement sont identifiés, nous aurions à affronter une seconde vague plus intense que la première, débutant fin juin avec des capacités de réanimation dépassées jusqu’en août », insiste Vittoria Colizza. La modélisatrice souligne qu’au-delà du nombre de tests disponibles, ce dispositif de traçage des contacts nécessite des ressources humaines massives afin de casser les chaînes de transmission.
Dans un scénario où l’ensemble des élèves, de la maternelle au lycée, reprendraient les cours le 11 mai, les chercheurs de l’Inserm envisagent une seconde vague épidémique, similaire à la première. Elle serait toutefois évitée en limitant à 50 % l’effectif pour l’ensemble des classes. Un retour en classe de l’ensemble des adolescents en juin aurait pour effet de submerger les services de réanimation, les nouveaux cas qui en découleraient nécessitant 138 % des capacités. »

Alors on peut penser que lorsque le président Macron a annoncé la ré-ouverture des écoles le 11 mai, il s’est engagé un peu vite et de manière imprudente.  Heureusement la réalité des faits s’est imposée en limitant l’ouverture à la seule primaire et aux élèves volontaires.

Une autre conclusion des épidémiologistes concerne les personnes vulnérables (âge et comorbidité). A défaut de prolongation du confinement, ils insistent sur la nécessité de réduire de 75%  leurs contacts en situation normale. Alors pas question pour nous, les vieux,  de repartir dans une vie sociale sans limite !
Alors, nos projets pour le déconfinement : fêter en famille les anniversaires du mois de mai (en respectant les distances)  et partir en vadrouille en Camping-Car ( dans les 100 km autorisés, le micro-tourisme nous convient bien).

Salut les confinés – 14

Le télé-travail

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

S’il existe une petite révolution dans cet épisode du confinement, c’est bien celle du télétravail qui a concerné jusqu’à 5 millions de salariés. Comment les salariés concernés ont-ils vécu cette situation ? Le télétravail survivra-t-il dans le « monde d’après »? Le think tank Terra Nova a publié récemment une étude .

Le Clairon, lui, a mené son enquête dans son entourage:

  • Nora, responsable administrative dans une PME de service:
    Moi je milite depuis plus d’un an pour avoir au moins une journée par semaine en télétravail, donc je suis déjà conquise. La fermeture pour travaux de ma boite m’avait déjà fait vivre l’expérience l’été dernier. Mais comme le souligne l’étude pour bien vivre son télétravail, il faut avoir le bon matériel (c est mon cas) et pas d’enfant à domicile !! Si on doit ajouter le travail d’instit ça devient compliqué. Encore plus difficile pour les parents d’enfants en bas ages !
    Ce qui me manque le plus c’est les échanges avec les collègues, les pauses cafés, les restos le midi, la pause au parc tête d or.
    Mon patron souhaite poursuivre le télétravail aussi longtemps que nécessaire (juillet ou septembre!). Pour moi, le bon équilibre serait 2 jours a la maison et 3 jours au travail. Les négociations seront peut être plus faciles dans le futur pour y arriver. L’impact écologique serait sans doute énorme si toutes les entreprises l’adoptaient , et les trajets plus agréables sans embouteillage. On peut quand même espérer que cela fera évoluer les mentalités.
  • Mathias, informaticien chez un éditeur de logiciel :
    Entièrement d’accord avec la semaine de 4 jours dont la moitié en télétravail !J’ ai connu le télétravail (TT pour les intimes) dans mon ancienne boîte. C’est plaisant de ne pas prendre la voiture, pouvoir prendre le petit déj tranquille et ne pas être dérangé tout le temps. On gagne justement du temps sur tous les plans. D’autant plus de nous ne sommes que deux a la maison et à part le fait de recevoir des appels en même temps, ça se passe plutôt bien.
    Le revers de la médaille pour moi c’est aussi le manque de lien social et l’équipement, pas forcément de bureau ou de chaise ergonomique, pas d’imprimante, galères d’internet, etc.. .L’autre truc c est qu’au final on bosse en moyenne beaucoup plus en TT et le soir c’est peinture en ce moment [suite au déménagement ], le confinement est tout sauf reposant pour ma part !
    Au moins les entreprises un peu vieux jeu et réfractaires au TéléTravail comme la mienne se rendent compte que c est possible de faire tourner la boite quasi entièrement a distance (nous sommes éditeurs de logiciels). Et j’espère que ça restera possible dans une moindre mesure après cette crise sanitaire.
  • Mona, chargée de recrutement dans une grande institution sanitaire :
    J’ai entendu parler de cette étude hier à la télé. Personnellement, et je l’ai dit à ma responsable, je me suis bien adaptée au télétravail à 100% et maintenant que je me sens dans ma zone de confort, je voudrais en profiter pour quelques mois encore. Idéalement, j’aimerai inverser les habitudes et faire du télétravail la plupart du temps, et du présentiel ponctuellement. Je gagne 2h de trajet/jour, je ne mets pas d’alarme pour me lever, donc je finis mon sommeil tranquillement le matin sans être dérangée par un « bip bip bip… »
    Je ne me concentre que sur mon travail et je n’ai plus de perte de temps liée aux rumeurs des couloirs.(J’épargne en vêtements et chaussures ! Héhéhé je plaisante un peu). Au niveau du matériel, je suis bien équipée (téléphone pro + pc pro) et on a toujours l’assistance informatique à distance au cas de besoin. A savoir, que chez nous, le télétravail ponctuel était déjà en place, on a l’habitude. En plus, nous sommes nombreux et le campus est tellement grand, que de toute façon, je ne vois pas tout le temps les gens avec qui je travaille.
    Le seul inconvénient pour moi, c’est que je n’ai pas mon siège ergonomique et le bureau installé de façon à avoir une posture correcte. Il faut donc faire attention aux troubles musculo-squelettiques.
  • Clara est économiste chez un constructeur de maison individuelles :

Pour ma part c’est ma première expérience de télétravail, et je peux dire que j’adhère à 100%. Effectivement moins de stress le matin, j’emmène en poussette, Nolhan tranquillement, chez la nounou tous les matins. Je mets a profit mon temps de trajets bureau-maison (env. 1h/jour) pour faire du sport a la place.Je suis plus productive sur mes dossiers, je viens de terminer une maison de 230m2 en 16h de temps de travail contre pratiquement le double au bureau. (Sans cesse dérangée par téléphone/mails/collègues).
Le bonheur de pouvoir gérer son temps comme on l’entends. Pause de midi quand j’ai faim et non à 12h30! Petite sieste après le repas (15min max). Travailler portes et fenêtres grand ouverts! Mettre de la musique. Vraiment c’est une qualité de travail que je ne connaissais pas. 
Inconvénients effectivement : Manque de contacts sociaux et manque d’équipement pour ma part. Je me suis pincée le nerfs sciatique (A cause du sport) mais aussi parce que ma table est trop haute. Ou mon siège trop bas…? Et ce matin j’ai du aller au bureau de tabac avec ma clés USB pour qu’il m’imprime mes plans en A3 couleur. J’ai fais une note de frais pour 7.20€ 🙂
Malheureusement on sent bien que malgré cet essai concluant notre direction n’a pas l’air du tout favorable à une prolongation du télétravail. Covid ou pas covid…
Conclusion : il me faudrait 2 jours au bureau, 2 jours en télétravail et 3 jours de week end!!! Bien sûr. 

Salut les confinés ! épisode 13

Le jour d’après …

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Avec l’apparition de l’épidémie, avec le confinement, la formule s’est imposée, dans les médias, les cercles de réflexion et les équipes politiques à gauche surtout mais pas seulement. L’idée c’est que cette épidémie bouleverse tellement notre société (« le monde d’avant ») qu’elle va induire un changement total pour nous amener vers « le monde d’après ». La crise serait porteuse de ruptures en chaîne dans nos vies quotidiennes, dans notre manière de travailler et de produire, et dans les façons de faire de la politique et aussi de gouverner. Mais la formule, généreuse, mais trop générale, trop vague, me gêne beaucoup, car elle est porteuse de malentendus et peut-être de frustration.

Il n’y a pas de jours d’après

  • Sur la progression (ou le reflux) de l’épidémie on en sait maintenant plus. Après un ralentissement dû au confinement, le virus est présent parmi nous pour un bout de temps. Il y aura sans doute des accalmies, des vagues en retour tant qu’on n’aura pas atteint l’immunité collective (et encore, l’OMS s’interroge sur son existence…) ou la mise en œuvre d’un vaccin. Donc pas de fin proche et nette de l’épidémie mais une crise sanitaire qui s’étalera sur de nombreux mois. Pour le jour d’après,il faudra donc patienter.
  • Sur le plan économique et plus généralement sur l’évolution de nos modes de vie et la manière de conduire les affaires, à gauche et même à droite on entend nos responsables proclamer « Rien ne sera comme avant ! ».  Cette petite musique, on l’a déjà entendue. Souvenez-vous, au lendemain de la crise financière de 2008, Sarkozy, fustigeant les errements du capitalisme financier devenu fou, proclamant la fin des paradis fiscaux, promettant de mettre l’écologie au centre … Il n’a pas fallu longtemps pour un retour au business as usual

N’est-ce pas ce qui se préfigure avec les mesures du plan de relance ?

  • Les 20 milliards d’€ destinés à sauver « nos » entreprises n’iront pas aux sociétés qui ont des rapports avec des paradis fiscaux, avait promis Bruno Le Maire. Le jour même, la disposition disparaissait de la loi votée à l’assemblée Nationale !
  • Le versement des dividendes sera -t-il annulé cette année dans les entreprises qui auront reçu des aides de l’état ? Rien de sûr ! Le gouvernement les invite à de la modération … Au mieux les actionnaires devront attendre un peu leurs dividendes, à la sortie de crise.
  • Air France va bénéficier de 7 milliards d’€ d’aide.

Une aide conditionnée à des « engagements », il s’agit pour le gouvernement d’en faire « la compagnie la plus respectueuse de l’environnement au monde » … Et pour commencer rouvrir à partir du 11 mai 3 lignes régulières qui pourraient être remplacées avantageusement par des TGV en 2 ou 3 h : Brest, Bordeaux, Montpellier !  70 fois moins de CO2 ! Cherchez l’erreur !

  • L’automobile suivra avec, on s’en doute, la même compréhension des intérêts de l’entreprise.
  • Le patronat français et ses homologues européens ont mené de discrètes opérations de lobbying pour convaincre nos gouvernements d’adoucir ou de repousser l’application des mesures environnementales, d’augmenter le temps de travail etc.

Bref, en matière d’économie, le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant !

Le monde d’après… dans les esprits :

L’air du temps, ces dernières années, avait mis en avant quelques idées : des modes de vie plus respectueux de l’environnement, la protection du climat, des revenus qui dépendraient moins d’un travail rémunéré (revenu universel), la recherche du sens, surtout chez les jeunes, dans les situations professionnelles, le rejet d’activités non-essentielles, inutiles, voire nuisibles. 

La crise du coronavirus et le confinement ont fait l’effet d’une véritable leçon de choses, une véritable expérience vécue sur chacun de ces sujets, qui annoncent une vaste prise de conscience. Dans bien des domaines nous ne sommes pas prêts à revivre le monde d’avant !

Mais le changement, c’est pas automatique !

 Nous sommes tous impressionnés par la baisse de la pollution dans les villes, ces photos satellites qui nous montrent une atmosphère transparente.

La tour Eifel se détachant sur un bleu transparent   Mais que se passera-t-il après le 11 mai ? Laisserons-nous la voiture au garage ? Sortirons-nous enfin le vélo ? Trouverons-nous plus de pistes cyclables, plus sûres ?
 En 2020, le Covid19 pourrait faire baisser les émissions mondiales de CO2 de 5 à 6 % par rapport à leur niveau record de 2019. Entre 2020 et 2050, il faudrait que ces émissions baissent CHAQUE ANNÉE de 6 à 8 %/an pour que les objectifs de l’Accord de Paris soient atteints. (Source Carbon Global Projet). C’est dire qu’il faudra poursuivre l’effort

Est-ce que notre chef de bureau accordera désormais la possibilité de travailler à la maison, cette possibilité qu’il nous avait refusé régulièrement avant le COVID ? Est-ce la fin des réunions interminables, en présentiel, au profit de courtes mises au point par Skype ?

La protection sociale évoluera-t-elle vers un système qui prenne mieux en charge tous ceux qui sont dans la précarité et dans la pauvreté ?

Les hôpitaux auront-ils enfin des moyens suffisants avec des carrières plus attractives pour les soignants ?

Serons-nous plus enclins à consommer local, des produits de saison, auprès de producteurs proches ?

Notre économie saura-t-elle se convertir à plus d’autonomie, dans une globalisation maîtrisée. S’engagera-t-elle vers une transition énergétique indispensable ?

Les réponses à toutes ces questions ne nous seront pas données par la magie du jour d’après. Il faudra continuer à nous impliquer, à nous mobiliser, par nos actions individuelles, par notre participation aux associations et à la vie publique.

Salut les confinés ! -12-

Covid : La société du spectacle en panne ?

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Je poursuis la réflexion suggérée par Bruno Latour : quelles sont les activités qui nous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont nous souhaiterions qu’elles ne reprennent pas ?

Ce qui a marqué le grand public, ces derniers jours c’est l’annulation des grands évènements qui jalonnent ce printemps et ce début d’été à venir :

Le tour de France reporté en septembre, le championnat de foot à l’arrêt, Roland Garros reporté en 2021, pareil pour le festival d’Avignon, les Vieilles Charrues à Carhaix, le Printemps de Bourges : la liste est interminable. Ces reports, ou annulations ont sans doute plus marqué les français que l’annonce de la fermeture de la plupart des usines d’automobiles sur le territoire. Cette attention aux grands évènements sportifs ou culturels serait-elle la marque de fabrique de nos sociétés prospères, attachées au spectacle qu’elles donnent au grand public ?

Dans les années soixante du siècle dernier, un courant intellectuel et militant, le situationnisme avait décrit et critiqué cette société du spectacle

qui transformait en marchandise toute œuvre artistique, tout exploit sportif, tout divertissement collectif, et qui finalement s’étendait à toutes les activités de cette société capitaliste. Si les situationnistes n’ont plus d’actualité en tant que courant intellectuel, la société du spectacle, elle, a prospéré. Que diraient aujourd’hui Guy Debord, son fondateur, et ses amis devant les 22 milliards d’€ brassés par le foot professionnel européen, devant les foules qui se pressent dans les festivals, devenus une source indispensable de revenu pour les collectivités qui les accueillent ? Effectivement ces grands évènements sont devenus avant tout des machines à casch qui s’adressent avant tout à des consommateurs, et qui se sont débarrassés de toute relation à l’expérience de leur public.

Et pourtant, les meilleurs fidèles du Tour de France ne se trouvent-ils pas parmi ces amateurs -individuels ou adhérents d’un club de cyclo-tourisme- qui savent ce que c’est de cracher ses poumons dans l’ascension d’un col,

les meilleurs fans d’un concert n’ont-ils pas monté ou encouragé un orchestre de rock dans leur garage, les vrais habitués du festival d’Avignon ne se rappellent-ils pas encore de leurs cours de théâtre au lycée ou de la troupe amateur à laquelle ils ont participé ?

Les grands évènements du sport et de la culture ont à mon sens oublié ce rapport à la pratique, à l’expérience vécue de leur public. Il n’y a plus de rapport entre la vie d’un petit club de foot animé par des bénévoles et les grandes compétitions professionnelles. C’est juste devenu un spectacle pour des consommateurs.

On se prend à rêver d’un monde où les moyens colossaux du sport et de la culture seraient redirigés et disponibles pour tous les citoyens qui voudraient se perfectionner au foot, s’initier à la flute traversière ou à la pratique de l’orchestre, qui voudraient disposer d’un encadrement qualifié dans leur troupe de théâtre. Peut-être réinventer les maisons de la culture et ouvrir les stades et les gymnases aux enseignants bénévoles, aux amateurs sans perspective de compétition.

 Le business du spectacle a tout perverti. Il faudrait repartir à zéro. Alors, ce sera le jour d’après ?

Salut les confinés ! -11-

Liberté, égalité, fraternité …mobilité !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Je poursuis la réflexion suggérée par Bruno Latour : quelles sont les activités qui nous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont nous souhaiterions qu’elles ne reprennent pas ?

Il me semble qu’en ce temps de confinement et d’immobilité, il est judicieux de nous interroger sur notre besoin de mobilité, qui apparaît, à la réflexion comme un droit fondamental de l’individu, peut-être à rajouter au fronton de nos mairies à côté des Liberté, Egalité, Fraternité.

Quand on pense à notre ancêtre, Homo Sapiens, toujours en quête de nouveaux horizons, mû par cette curiosité de découvrir ce qui se cachait derrière la ligne d’horizon. C’est ainsi qu’on l’a retrouvé finalement installé dans les moindres recoins de notre planète. La mobilité est bien une caractéristique fondamentale du genre humain.

Plus près de nous, à l’été 1989, les prémisses de la disparition du rideau de fer sont apparues en Hongrie qui avait entr’ouvert la frontière avec l’Autriche.

Les allemands de l’Est se sont précipités dans leur Trabant pour profiter de quelques jours passés à l’Ouest, des vacances bien plus passionnantes que celles proposées par le régime sur les bords de la Baltique. C’était juste quelques semaines avant la chute du mur de Berlin. Cette curiosité pour aller voir de l’autre côté, cette envie irrépressible d’échapper à l’assignation à résidence, à l’immobilité forcée, à ce confinement géant imposé à sa population, a sans doute joué un rôle important dans ce mouvement irrésistible, au moins autant que le rejet d’un état bureaucratique et policier, en plein échec économique.

De nos jours, en plein Covid19, c’est vrai que nous, les confinés, supportons mal cette restriction sévère de nos déplacements à pied, en jogging, en automobile, cette limite étroite de 1 km autour de la maison. Après les inquiétudes -démenties finalement- sur l’alimentation, après la disparition des rencontres familiales ou amicales – légèrement compensée par les Skype et autres Zoom- , l’interdiction de la mobilité pèse fortement sur notre moral. Et nous attendons tous avec impatience le jour où nous pourrons reprendre nos baskets, nos vélos, nos voitures et rencontrer nos amis sans rien demander à personne

Moi-même, tous les jours je lorgne notre camping-car posté dans notre cour, prêt à démarrer dès que le déconfinement sera annoncé. J’ai l’impression de rater le printemps et ses occasions de ballades d’autant plus désirées après ce confinement . D’ailleurs rien de mieux en matière de distanciation sociale qu’une escapade en Camping-car !

En même temps le confinement questionne nos pratiques de la mobilité. Aurions-nous imaginé ces avenues sans embouteillages, ce silence auprès des aéroports, ces images satellites où la pollution de l’atmosphère se trouvait effacée ? Nous sommes bien obligés de mettre en cause nos usages de la mobilité. Sommes-nous prêts à réduire l’utilisation de la voiture individuelle ? Sommes-nous prêts à renoncer à cet aller-retour en Suisse pour manger une fondue à Gruyère, à ce week-end improvisé à Lisbonne, à cette semaine dans une île en Thaïlande. Beaucoup de nos déplacements relèvent plus de l’agrément, voire du caprice que d’une réelle nécessité. C’est, du coup, la croissance continue du tourisme de masse qui est mise en question. D’ailleurs, à Paris, à Barcelone, à Londres, les populations s’élèvent contre l’invasion facilitée par les vols lowcost et les hébergements AirBandB.

Le tourisme débridé peut-il suspendre sa course folle et recouvrer la raison, peut-il retrouver sa vertu première : la découverte d’une autre nature, l’échange et le rapprochement des peuples, la contribution au développement ?

*On a beaucoup parlé de la pénurie de masques et de l’impréparation des autorités. Un excellent article de Politis/Bastamag reprend en détail l’historique de l’abandon d’une indispensable démarche de précaution :

Salut les confinés ! -10-

Biens et services essentiels ? Ou pas ?

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais? Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Danièle nous avait conseillé dans son blog  de suivre l’invitation du philosophe Bruno Latour  à l’auto-description proposée dans un article paru le 30 mars sur AOC :

Il s’agit de définir, en période de confinement, quelles sont les activités qui vous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas.

Et j’ai trouvé que c’était plus intéressant de commencer par les secondes. Car l’occasion est unique de disposer d’une page blanche où il n’y aurait plus de machines à fric du sport professionnel, plus de cours de bourse, plus de pèlerinage à La Mecque ou à Lourdes, plus de safari pour riches au Kenya, plus de semaine au soleil à Saint-Domingue avec des vols low cost, plus de courses automobiles ou de publicité partout. Je les cite en vrac, je vais essayer de hiérarchiser et préciser.

Commençons par la publicité.  Est-ce que ça me gêne vraiment, moi, en tant qu’individu ? Pas d’hésitation, c’est oui !

Pas une demi-heure devant la télé sans qu’on m’invite à acheter un SUV 200cv, de cette marque, de cette autre, et puis celui-ci qui est connecté, cet autre qui passe partout… Quand on sait que personne n’achète des voitures neuves sauf les entreprises et les particuliers aisés de plus de 60 ans. Les autres, plus fauchés, se rabattent sur l’occasion ou les premiers prix. Au bout du compte, on dit que ce sont 3,2 milliards € (à comparer aux 3,8 milliards de la redevance) qui partent ainsi en spot télé. Sans les pubs pour les bagnoles, TF1, M6 ou autres C 8 n’auraient plus qu’à fermer boutique. Si l’on rajoute les autres médias (les journaux papiers, la pub internet …) c’est 16 milliards. Et le double, 33 milliards, si on rajoute les autres canaux de la «communication» (marketing direct, mécénat,relations publiques …)! L’équivalent du budget de l’assurance chômage ou des dépenses de recherche-développement dans les entreprises!

Quand j’achète un yaourt Danone, c’est 15% de son prix qui part dans la pub, autant que les salaires des employés qui contribuent à sa production.

Est-ce que d’autres seraient gênés par la disparition de la pub ? Je n’en connais pas personnellement, chacun (les trois quarts des français d’après une étude) a sa petite astuce pour échapper à la pub : en profiter pour aller pisser, regarder ses mails, ou zapper sur une autre chaîne. Sur internet les bloqueurs de publicité ont un grand succès, au grand regret des annonceurs et de Google.

Sans la publicité, beaucoup de média disparaîtraient :TF1, C8, …Hanouna au chômage, qui s’en plaindrait ? En tout, pas mal d’emplois, dont beaucoup sont précaires pour les techniciens ou trop payés pour les vedettes.

Si on n’a plus la pub, il faudrait bien que les médias soient payés par les utilisateurs : la redevance (les chaînes publiques) ou l’abonnement : le modèle Canal+, les chaînes payantes, Netflix, l’information comme Médiapart. Et c’est le client, l’utilisateur qui décide et pas le système médiatico-publicitaire.

Dans le monde d’après, ces arguments devraient convaincre nos décideurs de supprimer ou de relativiser fortement la publicité. (voir l’excellent article des économistes attérés ) Eh, bien ! Non ! C’est le contraire qui se passe.

Ainsi la majorité macronienne a décidé que le sauvetage de la pub, étranglée par le confinement, était une grande cause nationale. C’est Aurore Bergé, députée LREM qui est montée au créneau.

Rapporteure générale du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, elle propose, à coté de l’autorisation d’un peu plus de pub dans les programmes,  la mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses de communication. Il y a urgence, d’après elle, à soutenir les médias mais aussi l’affichage, durant cette crise du coronavirus. Chaque euro dépensé viendra donc en diminution de l’impôt versé par les entreprises, donc payé finalement par les contribuables.

Les citoyens ont l’impression que la pub, c’est la condition du gratuit, mais c’est un faux-semblant. Cette pub c’est le consommateur qui la paye, c’est moi quand j’achète un yaourt Danone, c’est moi quand je paye mes impôts pour permettre que les entreprises déduisent leurs frais de pub. Tout ça pour venir polluer notre environnement immédiat : écran télé ou internet, séquences radio, couloir des métros…

Et pour sourire et vous donner des idées pour utiliser le stock de papier hygiénique et de Sopalin que vous avez dans vos placards: les autoportraits dans les toilettes d’avion de Nina Katchadourian :

Salut les confinés ! -9-

Covid19 : l’effondrement est remis à plus tard

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais? Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Où sont passés les « collapsologues » qu’on entendait sur toutes les ondes, sur tous les plateaux de télé, il y a quelques semaines ? Pourtant la France à l’arrêt, la planète au point mort, quelle opportunité pour les prophètes de l’effondrement !

Yves Cochet, vétéran de la collapsologie, avec l’effondrement qu’il prédit à nos civilisations droguées au pétrole, donne quelques indications dans le Monde du 30 mars :

   « “Avec mes copains collapsologues, on s’appelle et on se dit : ‘Dis donc, ça a été encore plus vite que ce qu’on pensait !’”, déclare-t-il. Il laisse entendre que cette épidémie, il l’avait annoncé parmi les multiples éventualités à l’origine de l’effondrement : Guerre nucléaire, amincissement de la couche d’ozone, disparition des abeilles entraînant d’immenses famines, pénurie de carburant …la liste est longue des périls, qui nous attendent (page 123, Devant l’effondrement, Les Liens qui Libèrent2019). Bizarrement, parmi « les causes plausibles », il ne cite pas le changement climatique, qui, lui, s’annonce avec certitude.  

En fidèle lecteur, je regarde depuis quelques temps avec intérêt et concupiscence, les troupes de chevaux qui s’ébattent dans les près aux alentours de notre maison. J’ai en tête la prédiction de notre lanceur d’alerte : vu la raréfaction et le renchérissement du pétrole (dont le prix est actuellement au plus bas depuis 2005 – cherchez l’erreur…), d’ici 2030, il faudra repasser au cheval, c’est 35 millions de chevaux qu’il faudra sur nos routes, sur nos chemins, dans nos rues. Alors, comme je ne suis pas en état de reprendre l’équitation (l’arthrose, hélas !), il faut que je me mette en recherche d’une petite calèche…  

Pablo Servigne, lui, reste longtemps silencieux. Sur Facebook, Il suit attentivement tout ce qui est publié mais sans s’exprimer sur la crise qui vient.

Il faut attendre le 4 avril et une interview sur France Inter pour qu’il signale sur son Facebook : « Première interview, je sors de mon trou 😅 ! »

Partageons au moins sa conclusion : « En collapsologie, il y a deux écueils à éviter : le premier, c’est de dire que « tout est foutu ». Le deuxième, dire que « tout ira bien ». On a besoin d’optimistes et de pessimistes actifs, qui se préparent aux multiples chocs à venir, et pas d’optimistes et de pessimistes passifs, dans le déni. »

Moi, je persiffle sur les collapsologues , mais il faut bien reconnaître la justesse de leurs alertes, même si on ne partage ni le scénario qu’ils mettent en avant, ni la stratégie à mettre en œuvre pour nous éviter la catastrophe.

En attendant, notre société « à l’arrêt » continue à nous fournir de l’eau, de l’électricité, du gaz, de l’internet, de l’alimentation, de l’éducation (en mode un peu dégradé) et des soins pour ceux qui sont touchés. Bien loin de l’apocalypse annoncée.

Salut les confinés ! -8-

L’indispensable confinement

Près de la moitié de l’humanité confinée ! Un fait sans précédent, une expérience sans comparaison : les épidémiologistes les plus confirmés n’ont pas de certitudes. Quelques précédents sont examinés à la loupe :

La grippe espagnole, si elle a peu généré de mesures publiques dans une Europe sortant à peine d’une guerre terrible, a fait l’objet de plans locaux aux USA. Ainsi on a pu comparer les résultats entre les différentes villes : des mortalités qui passaient du simple au triple avec un avantage pour les confinements stricts.

En 2020, en compilant les données de différents pays, les épidémiologistes de l’Imperial Collège de Londres, le centre le plus pointu en la matière, souligne l’effet du confinement : en France ce sont 2500 morts évitées au 30 mars.   

Et puis l’exemple de la Chine en train de lever les barrières à l’issue d’un confinement réussi a fini de convaincre les responsables européens, puis tous ceux de la planète avec quelques exceptions.
 Il faut dire que la plupart des gouvernements, mal préparés, n’avaient pas beaucoup d’alternative : peu de masques, peu de tests, peu de protections, peu de lits de réanimation… Alors on revenait aux vieilles méthodes, apparues au Moyen-Age et qui finissaient par obtenir des résultats.

 Mais il y a confinement et confinement ! Et le diable est dans les détails. Ainsi on a vite passé sous silence le fait que la quarantaine de Wuhan ne s’était pas réduite au slogan « Restez chez vous ! ». Les autorités chinoises ont ainsi inspecté toutes les familles du périmètre qui étaient ravitaillés de l’extérieur, diagnostiqué les malades pour les isoler dans des hôtels transformés en centres d’isolement, multiplié les test …

Une quarantaine très active sans se cantonner comme en France aux contrôles policiers sur la voie publique, comme on sait bien faire dans notre cher pays démocratique. Une efficacité qui inspire d’ailleurs à nos responsables et commentateurs officiels français des sous-entendus à peine voilés, des soupçons sur le nombre réel, bien plus grand, dit-on, de morts, sur le thème « les chinois nous ont menti ! ». Une manière de se dédouaner face aux accusations d’impréparation qui leur sont adressés à juste titre.

Les limites du confinement

Du coup, les autorités montent en épingle les « manquements » au confinement, traquent les rassemblements, couvrent de honte les urbains réfugiés dans leur résidence secondaire…

Ils oublient que le confinement ne peut pas être total comme nous l’avons expliqué à l’épisode précédent. Les activités « essentielles » concernent entre 4 et 6 millions de salariés. Il faut bien faire tourner les hôpitaux, les centrales électriques, les circuits d’alimentation pour la population et bien d’autres activités, dont la liste s’allonge petit à petit. Nous nous sommes réjouis, par exemple, de l’annonce ce week-end de l’ouverture des jardineries pour garnir notre potager de plants de salades, de tomates, de courgettes qui seront bien utiles pour un confinement qui risque de durer…

Ces salariés qui se déplacent sur leur lieu de travail sont exposés au virus, plus (les soignants) ou moins (les jardiniers). Ils ont des familles qu’ils peuvent exposer au virus. Les porteurs sains peuvent continuer à contaminer pendant le confinement.

Le confinement « gèle » la progression de l’épidémie, il réduit les contaminations, les hospitalisations, les décès. Tout le monde s’en réjouit à juste titre. Mais il ne supprime pas l’épidémie qui ne sera vraiment éradiquée que le jour où une partie importante de la population sera immunisée ou que le jour où un vaccin efficace sera disponible. Les épidémiologistes parlent d’un délai de 18 mois, sauf si on trouve des méthodes plus actives.

Sortir du confinement

Tout le monde parle des exemples singapourien, taïwanais ou coréen qui ont obtenu des résultats très encourageants sans confinement généralisé. Le secret commun : une détection massive par test, un traçage numérique des contacts, un isolement ciblé des positifs.
Les sondages montrent que les Français, les Européens sont prêts à entrer dans de tels dispositifs, en accompagnement d’un déconfinement progressif.
Et puis la mise au point tant espérée de traitement devrait faire baisser les entrées en soins intensifs, les décès et ainsi relâcher la pression sur les hôpitaux.  
C’est pas pour tout de suite, mais il faut s’y préparer !
Pour l’instant : RESTONS CHEZ NOUS !

A voir une video de Maxime Lambrecht

Salut les confinés -7-

Confinement total ? pas vraiment !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Restez chez vous ! Nous sommes tous confinés, nous répètent les autorités, les médias et notre entourage. Autour de nous, c’est vrai : Nora assure l’administratif de sa boîte à distance chez elle, Mathias s’occupe de résoudre les problèmes numériques des utilisateurs depuis chez lui avec une connexion capricieuse. Pour Clara c’est arrêt maladie pour garde d’enfants (sa boîte de construction immobilière a fermé), mais son compagnon, artisan peintre à son compte hésite à reprendre après 2 semaines de congé confiné. Quand à nous deux nous sommes confinés à la maison comme la plupart des 17 millions de retraités.

Qui sont les confinés ?

  • Les congés maladie « Covid » sont confinés à la maison puisqu’il faut une présence pour les 12 millions de scolaires privés d’écoles. Leurs revenus sont variables : une base de50 % du net avec maintien suivant les conventions collectives . Le délai de carence de 3 jours a été supprimé pour tous les cas. Combien sont-ils ? On n’a pas les chiffres de l’assurance maladie mais on peut supposer qu’ils sont aussi nombreux que les chômeurs partiels.
  • On sait que 4 millions de salariés (un sur cinq dans le privé) sont au chômage partiel, pour beaucoup avec maintien partiel ( 84% du net) de leur salaires. Sont-ils tous confinés ? Pas sûr car le chômage « partiel » peut ne concerner qu’une partie du temps travaillé. Il n’est pas rare qu’ils doivent se déplacer sur le site de l’entreprise et ainsi croiser une contamination potentielle.
  • A cela s’ajoutent les télétravailleurs : on dit que 40% des activités pourraient faire l’objet d’un travail à distance. Combien en réalité dans le cadre de cette épidémie ?

En résumé : – plus de 62 millions de français sont confinés

  • 2, 7 millions d’étudiants
  • 12 millions de scolaires
  • 17 millions de retraités
  • Les autres inactifs : 11 millions
  • les chômeurs partiels : 4 millions
  • arrets maladie Covid : ~ 4 millions
  • les télétravailleurs : ~ 8 millions
  • Les demandeurs d’emploi en catégorie A: 3,3 millions

– Prés de 5 millions sont non confinés

Combien sont-ils ? On sait que 2 salariés sur 5 du privé sont a priori confinés. Et on estime à 40% ceux qui sont en télé-travail. Alors, quand on compte à la louche, 40%+40% = 80%, on peut estimer à 20% ceux qui ne sont pas confinés à cause de leur travail soit pour une population active de 27 millions, 5 millions de salariés non confinés.

Qui sont-ils ? En théorie il s’agit de salariés travaillant dans des secteurs « essentiels ».

On pense évidemment à la Santé, à la Poste, aux pharmacies, aux commerces alimentaires, bureaux de tabac, animaleries, stations-service… Mais aussi l’agriculture, la logistique, les banques, les transports, l’énergie, les télécommunications. Beaucoup de fonctionnaires aussi sont indispensables. Sans compter les activités entre deux, par exemple les services à domicile :

Nous avons pour la maison un contrat avec une entreprise. Après une première quinzaine de fermeture totale (heureusement nous ne sommes pas dans les cas de dépendance), on nous propose de rétablir le ménage (mais pas avec Virginie qui préfère rester confinée) et la tonte de la pelouse qui commence à revenir à un état sauvage. Proposition accueillie avec soulagement. De son coté Hanna a vu sa voisine âgée décéder sans aucune aide à domicile en raison du confinement. Quel est le caractère « essentiel » des activités ? Comment en juger ? Volontariat des salariés ou obligation ?

L’autre question porte sur la protection de ces salariés. La CGT commerce a porté plainte contre Carrefour – et la ministre Muriel Pénicaud pour “atteinte involontaire à la vie” et “mise en danger de la vie d’autrui” dans le magasin de Saint-Denis, où une salariée et déléguée syndicale CGT, Aïcha Issadouene, est décédée des suites du Covid-19 le 26 mars, selon le courrier adressé à la juridiction.
La CGT fait valoir que les vitres en plexiglas protégeant les caissières n’ont été mises en place que le 20 mars dans cet établissement, que le personnel n’a pas reçu de masques et que tous les rayons sont ouverts au public, et non les seuls rayons correspondants à des achats de première nécessité.

C’est là qu’on rejoint la question de la pénurie des protections face au virus qui impacte d’abord les soignants mais aussi tous les métiers en contact avec le public, les caissières, les policiers par exemple dépourvus de masques !

Ainsi le confinement touche une large majorité de la population. Mais ceux qui continuent à travailler sont nombreux. Pas étonnant quand on considère que, sous confinement, la production tourne quand même à 65% de la normale.

Salut les confinés ! -6-

Covid19 : les chiffres comptent !

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais. Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Chaque jour le Ministre de la santé et le directeur général de la santé rendent compte de l’évolution de l’épidémie, essayant de répondre à l’exigence de transparence que ressent la majorité des citoyens.

Du coté des médias sociaux, l’épidémie suscite de nombreuses vocations d’apprentis épidémiologistes plus ou moins inspirés.

Aujourd’hui le Clairon va essayer, en toute modestie, de porter le regard sur la manière dont sont fabriqués les différents indicateurs qui nous sont présentés.

Le nombres de cas déclarés : Il s’agit du nombre de cas diagnostiqués après un test PCR en hôpital. Un certain nombre de test dans les laboratoires médicaux en ville agréés, sur ordonnance d’un médecin commence à être disponible malgré un gros retard à l’allumage dû au manque de matériel. Chiffre officiel 40 174 cas depuis le début de l’épidémie. Tout le monde s’accorde à estimer ce chiffre très largement sous-estimé du fait du petit nombre de tests réalisés.  En réalité, sans doute 3 à 4 fois plus. La semaine dernière, pour la première fois, se rajoutent 40.000 nouveaux cas de coronavirus estimés par les généralistes en ville et remontés à Santé Publique France. En l’absence de test à la portée des généralistes, ce chiffre est incertain.

Le nombre de cas hospitalisés/ en réanimation. Ce sont les indicateurs les plus fiables, car ils sont transmis en temps réels par les établissements de santé à Santé Publique France. Au 29 mars 19 354 personnes sont hospitalisées. 4 632 cas graves nécessitent des soins très lourds en réanimation

Les décès : Il s’agit des décès déclarés en Hôpital sur des malades déclarés COVID19. Au nombre de 292 le 29 mars C’est un indicateur fiable mais incomplet. Il n’inclue pas pour l’instant les morts en EHPAD et ceux à domicile. Il permet de suivre la progression de l’épidémie et devrait nous annoncer la stabilisation tant attendue

En régime normal, avant le COVID 19, en mars 2019 p.ex, on enregistrait chaque jour 2000 décès, toutes causes confondues. Parmi ces décès, 57,5 % étaient déclarés en Hôpital ; 10,9 en maison de retraite et 26,7 % à domicile.

Donc les chiffres de l’hôpital ne reflètent qu’une grosse moitié des décès en France. Les autres sont déclarés à l’état civil des 36 000 communes de France sans indication des causes de la mort, et centralisées par l’INSEE qui s’est organisé récemment pour publier chaque jour cet indicateur https://insee.fr/fr/information/4470857

Cet indicateur permet de repérer la surmortalité due à l’épidémie. Pour l’instant la surmortalité n’a été observée qu’au niveau local (Grand Est, Ile de France)

Les décès en Ehpad ne faisaient pas l’objet d’une procédure particulière.  A partir de la semaine prochaine ils seront centralisés auprès de Santé Publique France sur la base d’une estimation (compte tenu de la pénurie de tests) des établissements sur les cas suspecté COVID19.

  • Les décès au domicile sont déclarés en mairie, toutes causes confondues. Sont transmis à l’INSEE et à l’INSERM qui en fait l’étude a posteriori. Pour l’instant les médecins qui établissent les certificats n’ont pas les moyens d’établir avec certitude la cause COVID19, vue la pénurie des tests. Ceux-ci ne sont pas inclus dans les 34 maladies à déclaration obligatoire comme la rougeole, le chikungunya, la rage … qui sont des maladies contagieuses à présence permanente.
  •  Le taux de mortalité (nombre de décèsCOVID19/nombre de cas diagnostiqués) est très différent suivants les pays : de plus de 10% en Italie, il s’établit à 0,5 % en Allemagne et 5% en France. Cela dépend essentiellement de l’avancée dans le temps de l’épidémie et surtout de la politique de dépistage : l’Allemagne va porter, d’ici fin avril, les tests à 200 000 par jour, la France à 50 000 si tout va bien.
    En chine, c’est l’heure des bilans : la mortalité se situerait à 1,4% dans la localité de Wuhan. Mais des révélations récentes suspectent une sous-déclaration des décès.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le nombre de cas réels est largement sous-estimé, vu l’importance des cas sans symptôme. La multiplication à venir des tests permettra de mieux cerner cette population. Sans être devin, il devrait à terme dépasser le million à la sortie du confinement (surtout si on rajoute les positifs aux tests sérologiques, c’est à dire tous ceux, symptomatiques ou non, qui ont contracté le virus dans le passé récent et qui ont surmonté l’infection) .
  • Le nombre de cas en réanimation est l’indicateur stratégique pour la survie du système hospitalier
  • Le nombre des décès devrait être complété prochainement pour se rapprocher de la réalité. Pour l’instant l’indicateur actuellement disponible des décès en Hôpital permet de suivre fidèlement la progression de l’épidémie.
  • Le dépistage (test + isolement) sera absolument décisif à la sortie du confinement pour éviter un rebond de l’épidémie, tant qu’un vaccin ne sera pas disponible

A voir : Thierry Crouzet un internaute qui aime les chiffres et l’informatique a créé un modèle pour suivre l’épidémie . Son BLOG