Demain , Tous urbains ?

Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Si l’Afrique et l’Asie comptent encore une majorité de ruraux, la croissance des villes y est rapide, et les urbains devraient devenir majoritaires d’ici 2030

montreal
montréal vue de Mont Royal

Cette évolution qu’on promet à tous les terriens, la France, comme la plupart des pays développés, la connaît depuis longtemps et le mouvement s’accélère : En 2010, 77,5 % de la population française vit en zone urbaine, soit 47,9 millions d’habitants, d’après une étude de l’INSEE

Pollution atmosphérique, difficultés dans le transport et le logement, insécurité, ghettos de banlieue, rien n’y fait : les métropoles attirent toujours autant nos compatriotes. Au premier rang l’agglomération parisienne qui a retrouvé en 2010 un dynamisme démographique qu’elle avait perdu dans la décennie 1990. Les métropoles régionales ne sont pas en reste : Marseille, Lyon, Lille et 28 agglomérations de plus de 200 000habitants gagnent des habitants par croissance interne et aussi par croissance externe en intégrant dans leur périmètre de nouvelles communes.
Alors, doit-on considérer cette évolution comme une catastrophe annoncée avec une qualité de vie toujours dégradée ? Ou devons- nous écouter les optimistes qui nous promettent une Ville durable ? Et que nous avons eu l’occasion d’entendre en bonne place des débats de la COP 21:
Eco-quartiers, mode de transport doux, potagers urbains, murs végétalisés, quartiers à énergie positive (ci-dessous à Lyon le nouveau quartier de la Confluence) … l’imagination des architectes, urbanistes et décideurs n’a pas de limite La ville serait notre avenir, c’est dans ce cadre que nous surmonterons les défis de la protection de la planète.

La Confluence à Lyon
La Confluence à Lyon

A L’inverse l’urbanisme péri-urbain fait l’objet d’un procès implacable : responsable de l’étalement urbain, il favorise l’usage de l’automobile, consomme inutilement des espaces précieux, accroît les coûts d’infrastructure et finalement renforce la ségrégation sociale.

lotissements-usa
lotissements-usa

Le rêve des classes moyennes se résume souvent en matière urbanistique à l’acquisition d’un pavillon en périphérie lointaine d’une agglomération, dans des aménagements souvent mal pensés et conduits à la va-vite.  Souvent encouragée par des politiques à la recherche de soutiens populaires « Demain, Tous propriétaires ! » , cette orientation est dénoncée par les urbanistes prophètes de l’âge d’or des villes durables.
Alors, cette évolution vers toujours plus de ville est-elle vraiment inéluctable ? Qui est le plus respectueux de l’avenir de la planète ? Que doit-on penser de cette nouvelle querelle autour de notre cadre de vie ? Comment chacun peut-il articuler ces questions avec ses choix de vie personnels. ?
D’après l’INSEE, une zone ou unité urbaine est un  »ensemble de communes sur lequel on trouve une zone de bâti continu, c’est-à-dire un espace au sein duquel il n’y a pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions et dans lequel résident au moins 2.000 habitants ». Une ville isolée est une unité urbaine qui n’est constituée que d’une seule commune.
Examinons plus précisément cette opposition urbain/péri-urbain/rural. C’est dans les campagnes que la croissance démographique est la plus forte. Et pour les villes, à part un petit regain des centres villes, l’essentiel de la croissance urbaine s’effectue par agrégation de zones autrefois rurales, il s’agit de zones bien moins denses que le noyau initial des agglomérations.
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Par exemple, la commune où je réside (Lissieu, à 15 km du centre de Lyon) était considérée comme rurale il y a 30 ans avant qu’elle ne franchisse la barre de 2000 habitants. Aujourd’hui elle est intégrée à la métropole de Lyon. Ses habitants ont un mode de vie urbain, ils se déplacent pour leur travail mais trouvent beaucoup de services sur place, écoles, crèches, commerces en grande surface, activités culturelles et associatives. Et ne sont jamais loin de la métropole pour trouver des services de haut niveau : Universités, hôpitaux, spécialistes de la santé, avocats… Mais ils ont conscience de vivre dans un cadre de vie campagnard. L’agriculture reste présente, les potagers se multiplient, les chemins creux ne sont jamais loin des habitations et même les relations sociales ont un parfum de pays, dès le moment où les années passant, on a « fait son trou »et accumulé les connaissances.
Alors, urbain aux yeux de l’INSEE, je me sens plutôt campagnard si je compare mon style de vie à celui des habitants de Villeurbanne ou du 7ème arrondissement de Lyon.

Saint-Martin en Haut
Saint-Martin en Haut

A plus forte raison, les 3850 habitants de Saint-Martin-en-Haut, en plein milieu des Monts du Lyonnais, à 30 km de Lissieu n’ont sans doute pas le sentiment de vivre en ville malgré le classement de cette commune de plus de 2000 habitants dans les zones urbaines
A y regarder de plus près, les 77,5% de français considérés comme urbains se réduisent plutôt à moins de 50%. Et les 50% de ceux qui restent en dehors des aires strictement urbaines ne rêvent sans doute pas, comme aux siècles précédents, de migrer vers les grandes villes pour y trouver confort et réussite. Dans ma famille, il faut remonter quatre générations pour retrouver Marius, un paysan qui quitte son Valromey natal pour s’installer à Lyon à la Croix-Rousse comme canut, à la suite de son service militaire en 1870.

Et maintenant, mes enfants, les descendants de Marius, auraient bien du mal à rejoindre la ville et ses désagréments, même s’ils apprécient les services qu’ils trouvent dans la proximité de la métropole.
Mais Danièle dont les cousins sont encore exploitants agricoles à Noirétable et qui a grandi dans une petite ville où son père était vétérinaire rural a une perception beaucoup plus positive des grands centres urbains où elle vivait au moment de notre rencontre. Notre installation à Lissieu, alors qu’elle travaillait encore à Paris, lui a permis de trouver l’exact équilibre entre ville et campagne auquel elle commençait à aspirer fortement en arrivant à la cinquantaine. Des transports rapides (TGV et avion), mais utilisés non quotidiennement et la possibilité du télé-travail ont été la solution qu’elle a beaucoup appréciée pour conserver ses amitiés parisiennes, son travail et la vie de famille dans sa maison à la campagne.

Mais les promoteurs de la ville -durable, forcément durable- ont d’autres arguments : selon eux le développement économique de nos sociétés modernes ne s’épanouirait que dans les grandes métropoles. Fini le temps où l’activité économique se concentrait autour des sources de matières premières (issues de l’agriculture ou de l’extraction des mines), autour des voies de communication ou bien des concentrations industrielles. La mondialisation et la dématérialisation des productions sont passées par là. L’économie de la connaissance prospère désormais dans des milieux de cultures sophistiqués : recherche, enseignement, centre de décisions et d’expertise, transports aériens à dimension planétaire, que l’on ne retrouve que dans quelques grandes métropoles qui parviennent à une taille critique. Et c’est même dans le coeur (l’hypercentre) de ces métropoles que se concentrent les emplois.

Une étude menée en février 2016 sur des données de 2015  par Terra Nova et le site d’annonce Jobijoba a souligné la concentration de l’activité dans le coeur des métropoles. Les ville-centres de ces grandes aires urbaines, qui n’abritent environ qu’un quart de la population de ces ensembles, drainent à elles seules entre 50% et 60%des offres d’emploi en ligne observées en 2015. Et ce alors même que ce sont les couronnes périurbaines qui attirent le plus la population aujourd’hui. Cette domination des ville-centre est également qualitative : plus on s’approche du coeur des métropoles, plus les emplois proposés sont stables et mieux rémunérés

CARTE-13-REGIONS-570Ce n’est plus « Paris et le désert français » et le centralisme contre-productif que l’on dénonçait dans les années d’après-guerre, mais « La métropole et son désert environnant » appliqué à nos 28 métropoles – 28 c’est d’ailleurs trop, à l’image de nos régions qui ne sont plus que 13 ! La taille critique ! Toujours la taille critique! On compare alors aux « puissantes » régions allemandes, en oubliant que le Land de Brême est plus petit et bien moins peuplé que l’agglomération Lyonnaise !
Mais nos analystes s’arrêtent en chemin : ils oublient qu’un des moteurs principaux du futur développement économique se loge dans la révolution numérique. Et la révolution numérique (sous réserve d’infrastructures de haut débit), c’est bien une possibilité ouverte de faire sauter les cadres spatiaux contraints de la ville et d’ouvrir d’immenses territoires aux nouvelles activités.
Alors la ville n’est pas forcément notre avenir inexorable. Chacun peut continuer à espérer, créer, travailler dans un cadre plus humain que nos agglomérations modernes. C’est un sujet qui mérité d’être pensé, organisé et non laissé au hasard.

Les habitants des villes n’ont pas fini de prendre la fuite…

3 commentaires sur “Demain , Tous urbains ?

  1. « les habitants des villes n ‘ont pas fini de prendre la fuite » », Oui , quand les jeunes ménages de mon immeuble de Villeurbanne, auront pu suffisamment économiser !!!!!
    Habiter à la campagne ,prés de la nature comme à Lissieu ,n ‘est pas à la portée de la plupart des gens …..
    Faute d ‘ aller s ‘installer en Haute – Azergues ,où même le télétravail est actuellement impossible ….ou de s ‘installer en Lozère dans une sobriété heureuse , le rêve de nature des citadins risque fort de ne rester qu’ un rêve pour une grande majorité de citadins ….surtout quand les habitants de ces zones privilégiées , comme les zones périurbaines s ‘opposent à la construction de logements sociaux .
    Il nous faut espérer que tes projections seront réalisées , quand même , sur les 20 ans à venir !

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  2. Salut Danièle et Norbert, et bonne année 2016 au son retrouvé du Clairon !
    Avec un si joli lapsus de frappe que je ne peux me retenir de relever: « Notre installation à Lissieu, alors qu’elle travaillait encore à Paris, lui a permis de trouver l’exact équilibre entre ville et compagne « 

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  3. C’est un sujet difficile car, peut-être , posé en termes trop généraux et qui en arrivent vite à nécessiter une typologie des lieux plus ou moins urbains, plus ou moins ruraux… où nous vivons. A Porchefontaine, quartier de Versailles, il existe une « culture de village ». Mais il est vrai qu’il faut être riche pour y venir et les anciens ou les plus jeunes qui y vivent sans gros moyens sont des héritiers…
    En vieillissant, le jardin devient plutôt une contrainte… La richesse est surtout culturelle. Pour moi, ce qui représente le « mal absolu » ce sont vers Chartres, ces ensembles nouveau de villas avec 200 m2 qui fleurissent un peu partout. Où est la culture ? De ce désert, où l’on va travailler à Paris, les gens s’enfuiront peut-être s’il trouvent un acheteur s’il divorcent, s’ils tombent malade, si leur famille est au loin, etc.
    J’avoue avoir plus de questions que de réponses…
    Cordialement
    Jean S.

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