Le cœur, la vie, la mort

Longtemps on a défini la mort comme l’arrêt du cœur. Une définition sommaire (mort clinique) qui occasionnait quelques surprises, lorsque le défunt retrouvait vie… Et puis les progrès de la médecine (chirurgie, greffe…)ont amené vers une définition centrée sur l’activité cérébrale. Du coup de nombreux patients peuvent faire   l’expérience de la mort clinique (l’arrêt du cœur) sans interrompre leur chemin de vie. C’est ce qui m’est arrivé récemment.

Remontons quelques semaines en arrière. Dans le cabinet du cardiologue pour une visite de routine. « Votre cœur est en bon état, mais on peut tout de même vérifier les coronaires. » j’avais souvenir d’un scanner de contrôle qui signalait la présence d’un athérome calcifié (un bouchon) dans la région coronaire ; c’était il y a dix ans et cela n’avait pas eu de suite . Un rendez-vous est pris pour une coronarographie .Il s’agit d’une exploration minutieuse, non invasive, des petites artères indispensables  qui irriguent le cœur, sans leur alimentation régulière, le cœur est en détresse, c’est l’infarctus.

« Vos coronaires sont en mauvais état ! » m’annonce le spécialiste au vu des résultats On ne peut même pas tenter une angioplastie ( les petits stents qui maintiennent ouverts les vaisseaux). Aïe ! On s’oriente vers un pontage ; j’ai dans l’idée que c’est une grosse opération !

Renseignement pris il s’agit de remplacer les coronaires (les 3, voire, les 4 ou 5) par des vaisseaux qu’on prélève sur le patient. Et comment on s’y prend ? Pour accéder au cœur, on découpe le sternum, puis on met le cœur à l’arrêt, une pompe assurant la circulation et l’oxygénation pendant la durée de l’opération. On remplace les coronaires défaillantes ; on referme, on fixe solidement le sternum, qui comme tout os rompu va se ressouder progressivement. Bref ce n’est pas une petite histoire, mais très maitrisée ; les chirurgiens de la Sauvegarde en pratiquent 700 par an !

Notre ami Jean-Paul a subi cette aventure l’été dernier, il en donne une image rassurante  face à mes questions inquiètes : « l’opération est très maitrisée. Ensuite c’est 48 h en soins intensifs, puis 4 à 8 jours en service de cardiologie avant de partir en cure de réadaptation pour trois semaines. » Et une vie tout à fait normale à la clé comme il en fait lui-même la démonstration chaque jour

Je ne suis pas très chaud pour me décider. Cette idée d’un cœur à l’arrêt pendant plusieurs heures m’obsède et me terrifie ! Mais les médecins se font plus clairs. L’alternative est simple : le pontage est la seule possibilité, ou alors on laisse les choses en l’état, le cœur pour l’instant fonctionnel subira un jour ou l’autre, du fait de la dégradation des coronaires, un infarctus possiblement mortel. Pour moi, c’est le choix entre la peste et le choléra ! Mais la survie à plus long terme, c’est plutôt du côté de l’opération ! Alors, va pour le pontage ! Ce sera pour le 3 juin .

Lorsque l’intervention est programmée -ce qui est mon cas- il s’agit d’arriver sur le billard en meilleure forme possible : marche, préparation physique etc .. Vient le jour décisif-dont je ne saurai rien révéler, si ce n’est que le réveil est très progressif : six heures pour faire redémarrer  le système coeur-poumon, m’a-t-on dit.

Les heures qui suivent sont décisives. Mon réveil n’a pas été mauvais. Les constantes sont surveillées de près par l’équipe. Dans mon cas, le souci c’est un cœur qui n’arrive pas à se réguler -avec des pointes à 180 battements par mn- un seuil dangereux.

Comment décrire ma situation dans l’instant ? JE SUIS AU FOND DU TROU !

Je n’ai jamais ressenti une telle faiblesse. La moindre action – saisir le verre là, sur la tablette-me semble un Himalaya d’effort. Le pire c’est la nuit, mes nuits sont peuplées de cauchemars, sans départager le rêve de la réalité. Je me retrouve dans une pièce qui ressemble à ma chambre, en plus inquiétant, aux prises avec deux soignants qui tentent de me maîtriser : « vous êtes agité, vous avez retiré vôtre sonde d’oxygène. Nous serons obligés de vous attacher si ça continue » Cauchemar ou réalité, le calme revient.

Les médecins sont perplexes ; ils parviendront finalement à ramener le cœur au calme. Tous les jours le Dr Malapert passe me voir et échange avec le médecin du service pour mettre en place le meilleur traitement.

J’ai des souvenirs anciens de chirurgiens qui, une fois le « geste chirurgical » pratiqué,  se désintéressaient du sort du patient. Ce n’est pas le cas de  l’équipe du Centre Lyonnais de Cardiologie. A mon chevet ou même dans les couloirs, le chirurgien- le Dr Malapert- était là pour suivre l’état du patient. RESPECT !

Signe de mon amélioration : les kinés me font marcher dans les couloirs. Je récupère un peu -si peu- de force. Bientôt je vais quitter les soins intensifs pour le service de cardiologie. En ces temps de canicule précoce, la chaleur devient pénible dans ces locaux peu ou pas climatisés. Je n’ai pas un pouce de faim, juste pour quelque dessert.

« Vous partez vendredi pour le Val Rosay, le centre de rééducation qui a un grand service de cardiologie » Trente ans en arrière j’avais visité ma mère en convalescence après une chute. Le magnifique parc est toujours là, mais les bâtiments d’origine, au charme désuet, ont laissé la place à  des constructions modernes, très fonctionnelles. Les architectes ont fait des prouesses pour rendre la vie des pensionnaires agréable.

Marche, gymnastique, musculation, vélo (monitoré) les pensionnaires n’ont pas une minute à eux. Les locaux sont climatisés, la nourriture diététique mais, aussi, bonne. Bref on pourrait avoir envie d’y passer ses  vacances… ce qui n’est pas mon cas. Comme un prisonnier qui coche les jours, je compte les journées qui me séparent de ma libération. Si j’ai toujours eu du goût pour l’exercice physique (la marche, les sentiers nature, la natation, les virées en vélo) je suis assez allergique au sport , au sens d’une activité qui se fixe des règles et des objectifs, dans un contexte de compétition. Ce n’est apparemment pas le cas de la plupart des pensionnaires autour de moi.

Je commence à reconnaître mes compagnons d’infortune : les opérés du cœur portent obligatoirement un corset «  souple ». Certains le portent discrètement sous une chemise- comme moi.  D’autres l’arborent fièrement à la vue de tous, par dessus  leurs vêtements.

Les « cardiaques » sont plutôt plus jeunes que moi, souvent en bonne forme apparente, des hommes actifs, qui ont souvent fait du sport, rarement en surpoids. On imagine qu’ils ont suivi (ou tenté -partiellement) de suivre les recommandations de prévention pour la santé cardiaque. Plutôt en forme, ce n’est que fortuitement qu’ils ont connu leur risque cardiaque et la nécessité de l’opération. N’est ce pas là le signe d’un échec des politiques de prévention ? pourrait-on éviter la survenue de ces épisodes lourds pour les patients et  la collectivité ? Des coronarographies pour tous les publics à risque ?

Voici un bon mois que je suis entré dans ce « tunnel » hospitalier des opérations,  des soins , de la réadaptation . j’attends avec impatience de reprendre ma vie habituelle  Souvent l’espoir me quittait. Mais Danièle, mes enfants, mes proches me ramenaient du côté de la vie. Et puis des soignants à l’écoute, efficaces et bienveillants. Un système où on n’a pas besoin de montrer sa carte bancaire pour être bien soigné !

La guerre dans nos têtes

Je suis né en 1948. La première génération, dit-on, qui n’a pas connu la guerre sur notre sol ou dans le voisinage proche. Après 3 conflits qui ont vu notre pays engagé dans des combats meurtriers et notre territoire occupé : 1870, 1914, 1939

Rappelons les faits : 1944 débarquement en Normandie, 8 mai 1945 victoire sur l’Allemagne Nazi, l’ONU a été instituée le 24 octobre 1945 par la ratification de la Charte des Nations unies signée le 26 juin 1945 par les représentants de 51 États; l’OTAN créée le  4 avril 1949.

Depuis 2022 la guerre est revenue dans l’actualité avec l’Ukraine et la menace russe.

80 ans de paix .ça n’est pas rien, bien sûr ! Mais cela demande d’y réfléchir un peu plus. Est-ce à dire que l’idée de la guerre n’a pas pesé sur nos esprits ?

De mes premières années d’enfance je n’ai pas beaucoup de souvenir. Et pourtant peu de temps après la paix de 1945, la guerre s’est vite réinvitée au menu de l’actualité.

La crise de Berlin

1948 c’est la première crise de Berlin :  Le 24 juin 1948, les forces soviétiques bouclent toutes les issues autour de Berlin Ouest occupée par les alliés occidentaux qui sont sommés de déguerpir et de laisser Berlin Ouest sous une hypothétique « neutralité ».  Il s’agit d’une forme moderne du siège médiéval, qui a duré près d’un an avec ses deux armes :  la faim et le désespoir pour la population.
Mais l’ensemble des alliés s’est mobilisé pour aider les 2 millions de berlinois de l’Ouest avec un pont aérien sans précédent dans l’histoire. Un avion atterrit toutes les trois minutes à Berlin. Environ 2,34 millions de tonnes de provisions sont livrées entre juin 1948 et mai 1949.

Corée : Ainsi démarre de manière spectaculaire « la guerre froide »

Du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, la guerre de Corée oppose la république de Corée (actuelle Corée du Sud), soutenue par les Nations unies à la Corée du Nord, sous occupation soviétique. Une guerre très meurtrière, des deux côtés : 800 000 soldats et 2 à 3 millions de civils

La Corée c’est loin, peu d’écho en France -qui n’a envoyé qu’un bataillon de 1000 volontaires- a fortiori pour le gamin que j’étais. Quelque souvenir d’un film, sorti en 1957 qui eut un grand succès : Le pont de la rivière Kwaï.

Cette guerre froide s’avance maintenant sous la menace nucléaire : américaine depuis Hiroshima (1945), soviétique depuis 1949.

 Et c’est de nouveau autour de Berlin que la situation se tend :

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14 500 membres des forces armées bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux Berlin sont interrompus. La construction du mur de Berlin commence avec la mise en place de barricades le long des frontières

La crise de Cuba- Octobre 1962 Le stationnement de missiles nucléaires soviétiques sur l’île de Cuba mène la planète au bord de la guerre nucléaire. Après 13 jours, Kennedy parvient à convaincre Khroutchev, le dirigeant soviétique de se retirer

Les guerres de la décolonisation

La France tarde à s’engager dans la décolonisation qui touche tous les anciens empires coloniaux. En Indochine entre 1946 et 1954 la résistance vietnamienne s’oppose à l’occupation française qui s’achève piteusement à Dien Bien Phu.

Puis c’est l’Algérie ; La guerre d’Algérie a commencé le 1er novembre 1954 pour s’achever le 18 mars 1962 avec les accords d’Évian. On compte environ 50 000 morts français, dix fois plus chez les Algériens. Au total ce sont 1 500 000 jeunes français qui se trouveront mobilisés.

 A la maison on suivait l’actualité, à la radio, à la télé, dans une ambiance très « Algérie Française ». En 1961 le « putsch des généraux » avait toute notre sympathie, surtout de la part de notre père qui avait toujours préféré Pétain à De Gaulle

Dans la famille c’est mon frère Marc, Classe 1963, qui se trouve mobilisé, heureusement après la fin de combats et les évènements meurtriers qui ont perduré en 1962. Il fera ses 12 mois à faire du gardiennage des installations militaires avant leur déménagement.

Ces guerres de décolonisation ont touché profondément la société française. Il n’y a pas une famille française qui n’ait pas une histoire commune à ces deux conflits qu’ils soient anciens colons, pieds noirs, militaires de métier ou appelés du contingent.

En fouillant dans l’histoire familiale, j’ai découvert un ancêtre qui, parmi les premiers colons en Algérie en1851, avait tenté l’aventure de quitter sa ferme natale dans le Val Romey, avec sa femme et ses deux enfants. Mais l’affaire ne prospéra pas ; deux ans après ils étaient de retour au village. A peu de choses près, ma famille aurait eu une histoire  « Pied noir »

La guerre (pas si) froide : Vietnam (1955- 1975)

Après la déroute française, la lutte nationale des Vietnamiens prend clairement le visage d’un affrontement Est-Ouest. Les Américains ont formulé alors la « théorie des dominos » :  Selon ce raisonnement, une victoire des communistes vietnamiens aurait entrainé la chute d’autres pays alliés des Occidentaux.

Partout aux USA, en Europe, dans le monde monte la protestation. C’est un conflit qui se déroule sous l’œil des médias : le film « Apocalypse Now » réalisé en 1979 par Copola passe sur tous les écrans

Alors jeune adulte c’est pour le Vietnam que je me retrouve dans les manifestations. Pendant Mai 1968 le sujet est au centre des mobilisations. Et n’oublions pas que ce sera une terrible défaite pour les US. On se rappelle les images du départ de Saïgon des forces américaines dans le chaos et l’humiliation. Cette victoire des peuples indochinois est fêtée autour de moi, dans la jeunesse, sans hésitation. Cette guerre c’est l’affrontement entre les méchants impérialises américains et les gentils résistants communistes. Même si nous ne tarderons pas à découvrir les horreurs des Khmers rouges que nous saluions auparavant comme héros dans les meetings de soutien.

Dans le sillage de ces mobilisations sur le Viet Nam, c’est la grande vague de Mai 1968 qui déferle de Mexico, Berlin au quartier latin. Les mouvements se radicalisent, la question de la lutte armée s’invite en Allemagne, en Italie … La lutte révolutionnaire amène-t-elle à la guerre des avant-gardes du « prolétariat » contre les forces au service du « capital » . L’exemple des maquis guévariste en fascinent plus d’un.  En France on y échappe de peu. Les trotskistes dont je fais alors partie ont connu quelques mois de clandestinité : pseudonymes, cachettes, réunions secrètes, entraînements… avant de retrouver un fonctionnement public.

La guerre froide en Europe

Le rideau de fer est bien installé en Europe et c’est une zone de friction et de danger majeurs. A partir de 1977 l’URSS prévoit d’installer des missiles SS20 à moyenne portée chargés de têtes nucléaires tactiques. Les USA prévoient de riposter avec des Pershing installées au centre de l’Europe.  C’est l’épreuve de force qui s’installe jusqu’en 1987, à l’avènement de Gorbatchev qui va reculer. Les deux menaces sont retirées.

Dans l’intervalle d’immenses manifestations, surtout en Allemagne, mobilisent des millions de pacifistes, au premier rang, ma famille allemande (Hanna, la mère de mes enfants). L’écho est moindre en France, le danger semble plus distant. Et puis la « dissuasion nucléaire » française donne une impression de sécurité -bien légère dans l’hypothèse d’un conflit nucléaire généralisé. Ce danger m’obsède à la différence de beaucoup de mes concitoyens. Mon ami Philippe, alors journaliste, documente en profondeur l’ampleur de la menace.

Autour de moi les discussions partent dans tous les sens : les partisans du désarmement total et sans conditions (pacifistes rêveurs), les pacifistes prosoviétiques (une tradition des communistes depuis le « mouvement de la paix » des années 1950-60 ) , et les partisans d’un désarmement négocié parmi lesquels je me range . La question ne bougera qu’avec l’arrivée de Gorbatchev et puis la chute de l’Union Soviétique. Plus tard, ce sera une autre histoire avec la montée en force de Poutine

Les guerres de l’ex-Yougoslavie (1991-2001)

Avec le délitement du bloc soviétique c’est un pays proche de l’UE (Belgrade est à 1500 km de Paris), communiste mais plutôt original, uni derrière un dirigeant charismatique, le maréchal Tito ,  qui va éclater en vol entre 1991 et 2001, entrainant une myriade de conflits meurtriers pour les différentes populations mais impliquant aussi des forces occidentales de l’Otan dont la France. La guerre a fait près de 100 000 morts — dont la moitié sont des victimes civiles — et deux millions de réfugiés

A l’époque je faisais partie des nombreux français préoccupés par cette actualité, mais incapables de comprendre la situation. On n’y pigeait rien, entre la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie Herzégovine, le Kosovo, la macédoine du Nord, le Monténégro. Si les guerres sont maintenant terminées depuis 20 ans, les foyers de conflit sont toujours actifs.

Les guerres du Moyen-Orient

La Palestine

1948 c’est la naissance d’Israël officialisée par l’ONU. Mais l’ONU avait en fait créé deux états. Le peuple juif à la recherche d’un refuge après les horreurs de la Shoah, s’installe sur les terres de Palestine, au nom de leur ancienne présence.

Problème : Les terres sont occupées, habitées, cultivées depuis des siècles par des familles palestiniennes qui seront chassées au cours d’une courte et violente guerre. Pour les Palestiniens c’est la « Naqba », la catastrophe qui les amènera pour la majorité dans des camps de réfugiés de Palestine et dans les pays voisins (Jordanie, Liban). Au Liban , la présence des réfugiés palestinienne sera à la source d’une terrible guerre civile ‘1975-1990).

 De cette date jusqu’à nos jours le conflit Israélo- Palestinien restera incrusté dans tous les conflits de la région. Depuis 1948 Israël est une nation en guerre perpétuelle.

Guerre « des 6 jours » juin 1967- Vainqueur de l’affrontement, Israël occupe la Cisjordanie et le Golan.

Guerre « du Kippour » octobre 1973 Israël en difficulté négocie un accord avec l’Egypte

Les Accords d’Oslo en Septembre 1993 laissent espérer un règlement à deux états. La mise en œuvre est sabotée par l’extrême droite israélienne avec l’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, avec la montée des mouvements radicaux palestiniens (le Hamas) et la seconde intifada ( 2000-2005) .Tout du long Israël a soutenu ,voire  organisé la colonisation dans les territoires occupés.

Et puis les opérations récurrentes sur Gaza dont la dernière guerre totale d’anéantissement de 2024-2025

Le 11 septembre 2001

Tout le monde se rappelle l’attaque des tours jumelles (et sur le pentagone) organisé par Al-Qaïda. Dans le mois qui suit GW Bush réunit une coalition -dont la France – pour envahir l’Afghanistan et faire tomber le régime des Talibans suspectés de protéger les terroristes. C’est une longue guerre/occupation qui va s’étendre jusqu’en 2021, jusqu‘au départ piteux des américains. Une guerre à 1000 milliards de dollars – avec la mort de 3500 soldats américains et 90 tués français. Un gros traumatisme pour la société américaine.

Mais les USA ne s’arrêtent pas là.

Le gouvernement américain affirme sans preuve que le pouvoir de Saddam Hussein (resté en place après la première guerre du golfe1990-1991) en Irak détient des armes de destruction massive, il déclenche une invasion massive de ce pays avec le concours d’une coalition des occidentaux – à l’exception notable de la France.

Sur toute la planète on assiste en direct à l’opération militaire : une espèce de téléréalité ou un jeu vidéo en réel – les missiles dans la nuit de Bagdad.

On connaît la suite, le pouvoir mis en place par les USA connaîtra les pires difficultés à s’affirmer, laissant la place à la montée de l’Etat Islamique

L’état Islamique

La montée de l’islamisme ne date pas de début du XXIème siècle. Dès 1979 le régime du shah est renversé en Iran au profit d’un régime théocratique qui va soutenir dans la région tous les mouvements islamistes, laissant au second plan le nationalisme laïc arabe des indépendances.

Ce qui est nouveau avec l’EI, qui est proclamé en 2013, c’est la perspective du Califat : il ne s’agit plus seulement de créer un mouvement, mais bien d’installer un territoire, un état où l’Islam triompherait enfin et réglerait tous les aspects de la vie des citoyens, des fidèles. Ce qui implique le Djihad, des conquêtes sur le terrain et des interventions (des attentats) partout pour traquer l’« empire des incroyants ». Le Califat a vocation à s’étendre à tous les pays musulmans.

S’ouvre alors une décennie de combats meurtriers où se mobilise la coalition occidentale avec le concours des forces Kurdes qui viendra à bout (provisoirement ?) de l’EI.  En Europe, particulièrement en France les attentats se multiplient, nous amenant à un état de guerre non déclaré avec des troupes sur place au moyen Orient et un traumatisme général sur notre sol.

Les guerres de Poutine

Dans une adresse à la nation en 2005, le président russe avait développé sa vision du monde, passé un peu inaperçue par les observateurs et responsable occidentaux.

« La disparition de l’URSS est la plus grande catastrophe géopolitique du XX e siècle. »Il ne s’agit pas simplement d’une nostalgie mal placée mais la formule ouvre une perspective de restauration possible et souhaité par Poutine.

Dès son arrivée à la tête de la fédération de Russie, c’est en Tchétchénie que Poutine donne toute sa mesure guerrière, dans ce territoire de la Fédération, en proie à un soulèvement indépendantiste à coloration islamiste. La Tchéchénie sort anéantie du conflit. Kadirov,  un fidèle du Kremlin reprend brutalement le pouvoir.

Et puis la Géorgie en 2008 :  Moscou s’appuie sur la volonté d’autonomie des minorités russophones dOssétie du Sud et d’Abkhasie pour une opération militaire impliquant 40 000 soldats russes qui menacent même la capitale Tblilissi.  Poutine accepte d’arrêter ses troupes. Mais les deux territoires (20 % de la Géorgie) sont annexés par la Russie.

Pour la Crimée le schéma est proche et là ce sont des « petits hommes verts », des militaires russes sans identification qui vont prêter main forte à quelques activistes pro-russes. Un référendum va donner une forme légale à ce coup de main.

L’Ukraine c’est un plus gros morceau. En 1994 le jeune état ukrainien (avec la Biélorussie, et le Kazakhstan) avait accepté de confier son arsenal nucléaire (très important, du temps de l’Union Soviétique) à son puissant voisin la Fédération de Russie, moyennant des garanties de sécurité promises par les signataires du mémorandum de Budapest : les Russes et les occidentaux.

Entre temps, la société ukrainienne a conquis sa liberté (avec la révolution orange – Maïdan 2013) , contre l’influence russe et s’est rapproché de L’UE et de l’occident , au grand dam de Poutine qui théorise l’inexistence de la nation Ukrainienne et s’appuie là aussi sur l’existence de populations russophones dans le DonBass. Pour Poutine la Novorossia doit réunir tous les territoires   de l’Empire Russe autour la Mer Noire et plus généralement toutes les populations russophones dans son « étranger proche ».

On connait la suite : le 24 février 2022 et l’invasion (sans le succès espéré par le Kremlin). La riposte ukrainienne va amener le pays à tenir tête à l’envahisseur jusqu’à maintenant.

L’Europe se réveille avec une guerre à ses portes, avec un « allié » américain qui fait défection.

80 ans de paix – la guerre toujours en arrière-fond

Oui quand on regarde de près ces « 80 ans de paix », la guerre n’a jamais été absente.

Ce long intermède pacifique nous a changé – il m’a changé pour ce qui me concerne.

A 20 ans je me réjouissais de mon exemption du service militaire. Les casernes étaient pleines et l’armée pas très désireuse d’accueillir ces classes d’âge si nombreuses et si contestataires.

Cela faisait mon affaire et me confortait dans mon antimilitarisme. A l’été 1973, pendant les grandes manifestations, j’étais aux côtés des paysans du Larzac qui refusaient l’extension du camp militaire.

Pendant toutes ces années je fus complètement indifférent, voire hostile aux choses militaires, plus attentif aux luttes populaires.

La guerre était présente dans les actualités, elle était présente dans nos esprits, dans nos mobilisations politiques mais pas dans nos réalités quotidiennes… Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine

Cette guerre en Ukraine a modifié profondément mon regard, par sympathie vis à vis de ce peuple courageux qui se bat pour sa liberté, par une conscience nouvelle que leur guerre est aussi la nôtre, que Poutine peut aussi pousser son avantage jusqu’à menacer le reste de l’Europe et par un sentiment de solidarité vis-à-vis de ces peuples de l’Est aux avant-postes.

Pour les européens, la guerre n’est plus un objet lointain, elle devient possible 

Du coup je me suis intéressé aux informations sur la guerre. Finalement je n’ignore plus rien des différentes sortes de drones, des mérites comparés des chars américains Abrams et des Léopards allemands, des commandes de chasseurs F35 par les armées européennes… et je me réjouis du renforcement des armées sur le sol européen.

 On a vraiment changé d’époque. La menace russe et la défection des alliés US met en avant la nécessité que l’Europe se réveille et se renforce, y compris militairement.

Tous derrière l’Ukraine et Zélensky ?

L’image nous a tous marqué Zélensky humilié en direct à la maison-Blanche. Le président Ukrainien a tenu tête avec dignité et courage au duo Trump-Vance qui ne voulait rien entendre de sa demande de garantie de sécurité en vue d’un cessez-le feu, Le « leader du monde libre » reprenant totalement le discours de Poutine

Heureusement le dimanche suivant 19 chefs d’état (des européens, mais aussi le canadien Trudeau) affirmaient leur soutien à Zélensky, pour une paix durable, respectant la souveraineté territoriale et le sécurité de l’Ukraine . 

Cette unanimité fait chaud au cœur et sans doute réconforte les citoyens Ukrainiens. Il reste à trouver la formule qui permettra d’avancer, désormais sans les américains.

Et dans notre scène politique française, quels sont les répercussions de ce bouleversement ?

  • Coté Bloc central. Pas de surprise, aligné derrière les initiatives de Macron.
  • Du côté du RN : pas de surprise. Une grande « retenue » qui masque à peine une franche satisfaction de voir ainsi rapprochées, voir superposées les visions de leurs deux chers amis Poutine et Trump. Le RN ne souhaite pas rappeler sa  proximité avec Poutine et son  accord avec Trump, conscient que les deux personnages n’ont pas un image positive auprès des français. Le temps est loin où Marine Le Pen, en pleine campagne de 2017 ,s’affichait avec le nouveau Tsar de la Russie.

Du coté de Mélenchon c’est plus compliqué. On se rappelle la grande compréhension du leader insoumis pour les arguments de Poutine .  « En Syrie, poutine fera le nécessaire contre l’état islamique » (en fait c’est surtout les opposants à Bachar que la Russie va bombarder).

  • Rappelons aussi le terrible retard à l’allumage pour dénoncer l’agression russe du 24 février 2022 et la compréhension pour les arguments  Poutiniens ( Les nazis à Kiev,  l’OTAN qui menace la Russie …), son opposition à l’envoi d’armes à Kiev , a fortiori de troupes

Je me suis toujours interrogé sur cette inclination persistante de Mélenchon envers le Kremlin. Ma théorie, c’est que la seule boussole de l’insoumis en matière d’International, c’était l’opposition totale aux USA. Tout ce qui pouvait s’opposer aux US devait être soutenu : Fédération de Russie et même le pouvoir de Pékin. Sans parler de Maduro au Vénézuéla

Mélenchon trumpiste ?

Avec le revirement de Trump qui est maintenant le meilleur allié de Poutine, les choses se compliquent. Alors après avoir rappelé les « erreurs » passées des soutiens de l’Ukraine la « servilité atlantiste »sous influence américaine, Mélenchon est devenu le meilleur défenseur de la Paix sur notre continent. ( Voir son blog melenchon .fr) .Mais quelle paix ? Rappelons qu’il y a peu il prônait une conférence générale sur la sécurité en Europe. Sous l’égide bienveillante de la Russie, évidemment, dont le programme était explicitement le suivant :Annexion de la Crimée  et du Donbass , démilitarisation de  l’Ukraine, »dénazification «  du régime (exit Zélensky , au profit d’un homme compatible avec le Kremlin),  Refus de toute adhésion à L’OTAN, à L’UE , Retrait des forces Otan de tous les pays de l’Europe de l’Est.

C’est vrai que, lorsqu’on porte le regard en arrière, une partie pacifiste  de la gauche a soutenu le compromis de Munich favorable à Hitler en 1938, c’est aussi Le parti communiste qui a salué le pacte germano-soviétique en 1939. Tout cela au nom de la paix… on connaît la suite.

Avec ce genre de paix , je crois qu’il vaut mieux commencer à apprendre le russe .

IA et emploi : l ‘informatique va-t-elle  remplacer les travailleurs ?

À la Une

Cette question est dans toutes nos têtes. Si elle a pris un acuité particulière avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, elle n’est cependant pas nouvelle. Cela fait bientôt cinquante ans que les ordinateurs ont pris place dans les bureaux, les ateliers, les boutiques. Ils ont bouleversé nos pratiques au travail. On a souvent prédit une disparition des salariés concernés et une productivité croissante pour les entreprises et l’économie en général. Mais la réalité a démontré jusqu’ici le contraire.

« On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité », expliquait en 1987 l’économiste Robert Solow.( Robert Solow (1924-2023) – pionnier de la théorie de la croissance, prix Nobel d’économie pour une nouvelle approche de la croissance économique et de la part imputable à l’innovation technologique)

Or, à mesure que l’investissement dans les technologies de l’information augmente, la productivité des travailleurs peut stagner ou baisser au lieu d’augmenter.

Que s’est-il passé ?

On peut constater que l’informatique a permis la croissance vertigineuse du secteur des services, elle a permis l’inflation considérable de la bureaucratie dans les entreprises et les organisations, privées comme publiques. Très performante pour les traitements de masse (gestion des payes, des factures, versement des allocations, des remboursements de la sécurité sociale …)  elle a rendu les salariés plus efficaces, elle a nécessité des salariés mieux formés mais elle ne les a pas remplacés. Car cette informatique ne fait, de manière automatique, que ce que les programmeurs ont prévu

Mais ça, c’était avant, avant l’IA.

Maintenant l’IA répond à nos questions, qu’elles soient prévues dans la programmation ou pas.

A une condition : qu’elle puisse s’alimenter auprès des quantités fantastiques de données, les fameuses data.

Les médias ont popularisé les diverses formes d’IA génératives : elles peuvent générer toute sorte de textes ou d’images d’après les instructions qui leur sont données. Chacun d’entre nous a pu s’amuser à essayer diverses requêtes, le résultat est souvent bluffant. Les professions littéraires, les graphistes, les plasticiens, les communicants s’y intéressent et parfois s’inquiètent d’une disparition de leurs emplois.

Mais pour l’instant pas de raz de marée dans les entreprises. Pas plus de 5 % des entreprise ont pris le virage.

Et pourtant on imagine l’évolution des professions juridiques, par exemple, lorsque l’IA sera capable de « digérer » l’ensemble des codes en vigueur ( des millions de pages ) et , plus fort, l’ensemble de la jurisprudence correspondante. Plus besoin des armées de stagiaires, d’assistants, d’avocats en seconde ligne pour préparer la documentation en vue d’une plaidoirie.

Le secteur de la banque est un client potentiel majeur de l’IA. Est-ce la fin des conseillers ?

On s’alarme de la disparition du contact humain au plus proche du client. On oublie que le mal est déjà fait du fait du nouveau management qui a fortement dégradé la relation humaine dans le métier.

Prenons l’exemple d’une banque généraliste. A l’ancienne spécialisation des métiers (agent d’accueil, caissiers, agents administratifs, conseillers clientèle) a succédé le règne de la polyvalence. Le conseiller (pas d’autre dénomination) s’occupe de tout : il fait de l’accueil, de la saisie, du conseil financier, passe du Front au back-office,  il doit monter des dossiers de prêt (le cœur de métier), mais aussi proposer des placements, des  assurances, de la prévoyance, de la complémentaire santé, et même du téléphone mobile. Autant dire qu’il ne maîtrise correctement aucun de ces métiers. L’expertise est maintenant dans le système informatique.

Mon conseiller à la Caisse d’épargne est incapable de me préciser un taux d’emprunt ou un statut fiscal pour tel placement sans lancer un programme de simulation et rentrer mes paramètres. Encore heureux s’il le maîtrise suffisamment sans se trouver obligé de consulter un collègue plus expérimenté. Il est polyvalent sur tout , compétent sur rien. Mais néanmoins stressé car ses moindres faits et gestes – et résultats en termes de placement de produits- seront décortiqués mensuellement, voire hebdomadairement avec son N+1.

Alors, si toute la compétence est dans le système informatique, l’intervention de ce conseiller inefficace est parfaitement inutile. Passons à la banque en ligne. Et puis une IA astucieuse fera bien l’affaire, pensent les dirigeants du secteur.

De toute façon on sait bien que tout dossier un peu sensible sera décisionné au siège, peut -être par une autre IA.

Dans les banques, il s’a git de centaines de milliers d’emplois en jeu. Pour l’instant les principales banques sont d’une grande prudence. Même situation dans les assurances, des secteurs qui forment les gros bataillons du tertiaire, secteur qui emploie la grosse majorité des travailleurs de niveau intermédiaire.

Ainsi les grosses transformations de l’emploi ne sont pas pour tout de suite, mais surement pour bientôt. L’impact sur le marché du travail fait l’objet de prévisions diverses.

Le sujet a été au centre des réflexions du Forum mondial de l’économie de Davos en janvier dernier, préparé par une étude préalable intitulée :

Future of Jobs Report 2025 : 78 millions de nouvelles opportunités d’emploi

d’ici à 2030, mais un besoin urgent d’acquisition de compétences pour

préparer la main-d’œuvre.

Le titre annonce la tonalité plutôt optimiste du rapport – il ne s’agit pas d’un rapport spécifique sur les conséquences de l’introduction de l’IA dans les entreprises, mais de l’avenir de l’emploi mondial en général d’ici 2030, incluant toutes les tendances à l’œuvre : , vieillissement de la population, montée des services de santé, des services  à la personne, de la construction, de la restauration …

On peut en conclure une montée des métiers à haute compétence dans l’informatique et les services connexes  à un bout de la chaîne, un déclin brutal des emplois intermédiaires (qui occupent énormément de salariés dans nos sociétés développées). Le tout accompagné d’un fort développement des métiers de moindre qualification (et de moindres rémunérations).

Bref, une polarisation croissante du marché du travail entre le haut et le bas de l’échelle des qualifications. Et un avenir incertain (voire sombre) pour les emplois intermédiaires. Une mauvaise nouvelle pour des millions de salariés concernés.

Ces évolutions sont encore balbutiantes dans la majorité des entreprises. Elles vont s’accélérer à grande vitesse.

Beaucoup de réflexions se portent sur l’évolution du travail sous l’effet de l’introduction de l’IA dans les entreprises et les organisations. Il y a sans doute un effort d’anticipation à faire de la part des managers en termes de formation et d’organisation du travail.

Mais on reste hélas dans le flou concernent l’impact quantitatifs sur l’emploi. Que deviendront ces centaines de milliers de salariés à qualification intermédiaires désormais obsolètes. Seront-ils au chômage ou réorientés vers des qualifications inférieures-et de moindres salaires ?

Pour l’instant l’actualité retient la course de vitesse des acteurs de l’IA. Chacun investit à fonds perdu pour se positionner sur le futur marché. Donald Trump a annoncé la création de Star Gate, un consortium de plusieurs acteurs :  OpenAI (Chat GPT -Microsoft) , SoftBank , Oracle et la société d’investissement MGX, qui annoncent mobiliser 500 milliards de $ sur 5 ans . Elon Musk, créateur de XAI, jaloux de ne pas être de l’initiative, a déclaré « ils n’ont pas le premier dollar »

Récemment les Chinois ont jeté un pavé dans cette mare bouillonnante en présentant DeepSeeck, un outil efficace et beaucoup, beaucoup moins cher (paraît-il)  que les pionniers américains.

La bataille en fait que commencer.

 

Trump à la Maison Blanche – Quelle tristesse !

Comme beaucoup d’observateurs, j’essayais en ces premiers jours de novembre, de repérer les signes qui pouvaient rationnellement empêcher le pire. Mais rien n’y a fait : les Américains ont préféré ce clown dangereux qui a transformé la politique US en spectacle grotesque. Comment, vu de France, peut-on vivre ce moment ?  A quelques jours du 20 janvier 2025 , jour de prise de fonction de Trump…

Est-ce vraiment grave ?

 A part ses soutiens de ce côté de l’atlantique, plus ou moins discrets à l’image de Marine Le Pen, ils ne sont pas rares à se rassurer à bon compte : Finalement on a vu Trump à l’œuvre de 2016 à 2020. Il n’a pas transformé le régime en dictature, les contre-pouvoirs ont fonctionné.

Les « rassuristes «  oublient que Trump 2 n’a rien à voir avec Trump 1 qui était parvenu au pouvoir à la surprise générale et à sa propre surprise. Le Trump 2024 est plus préparé, on dit que ses équipes sont prêtes, le parti républicain est à ses ordres, il a conquis le Sénat avec des fidèles, et bientôt la chambre des représentants, la cour suprême lui est acquise. Rien ne s’oppose à ses projets qu’il a détaillés.  Au milieu des fake news, des injures, des pitreries, il y a un programme, un vrai :

Expulsion de plus de 10 millions d’étrangers (sans papiers ou même en situation légale ?) IVG interdite partout (c’est le projet des Républicains), misogynie à tous les étages, culte du chef, baisse des impôts pour les plus riches, suppression de l’éducation  publique , impunité pour les émeutiers du capitole, encouragement des milices armées, chasse aux « ennemis » de l’intérieur avec le concours de l’armée, suppression des médias anti-Trump, négation du dérèglement climatique, restauration d’une fierté blanche et raciste, rapprochement avec tous les autocrates de la planète…

Comment qualifier le Trumpisme ? Dictature, populisme xénophobe et libertarien, visée impérialiste aux dépens des voisins ( gare au Groënland, au Canada, au Mexique et à Panama) , certainement. Fasciste Trump ? ça y ressemble beaucoup, même si beaucoup d’analystes hésitent sur le qualificatif. A comparer au fascisme du XXème siècle, manqueraient au paysage : la militarisation de la société, l’utilisation d’un état fort (les trumpistes le préfèrent faible , sauf l’armée).

Quatre ans, c’est juste un mauvais moment à passer ?

La question obsédante face à toutes les dictatures :   Y a-t-il un billet de retour ?

Pour les Américains, la démocratie y survivra-t-elle ? Ecoutons Trump : « Vous n’aurez plus besoin de voter car j’aurais « réparé » l’Amérique, j’aurais apporté des solutions à tous vos problèmes. Et pour cela je serai un dictateur les premiers jours de mon mandat »

Il y a de quoi craindre que les « premier jours » ne s’éternisent.

 Mais ce rouleau compresseur ne tient pas compte de la moitié des américains qui sont furieusement hostiles au monde de Trump. De quoi imaginer des Etats désunis, une nouvelle guerre civile comme nous y invite Douglas Kennedy dans son récent livre « Et c’est ainsi que nous vivrons » qui décrit une Amérique en 2045 où les états démocrates et progressistes (Côte Est et Ouest) auront fait sécession d’une confédération réduite aux états « rouges »(républicains), réactionnaires, du centre du continent. Déjà maintenant au lendemain des élections, des états comme la Californie envisagent des lois autonomes pour se prémunir des décisions de la Maison Blanche

 Et pour les autres peuples de la planète ? il y a de quoi s’inquiéter

Pour les voisins les menaces sont claires: Groënland, Canada, Panama … la question est juste de savoir quelles armes utilisera le milliardaire pour imposer ses « deals »?

On pense aux Ukrainiens. Trump a annoncé qu’il réglerait le conflit en 24 h… au prix fixé par Poutine :  au minimum les quatre Oblast occupés et revendiqués comme Russes. Et autant de douleurs pour les populations occupées.

A u moyen-Orient personne ne connaît la recette Trump : difficile d’envoyer plus de bombes à destination d’Israël que Biden. Mais il pourrait choisir de frapper durement l’Iran au risque de déclencher un conflit majeur.

En Asie il a déjà fait la preuve de sa nullité diplomatique avec son jeu stérile avec Kim Jong Un, le dictateur de la Corée du Nord.

C’est la Chine, sa cible, qu’il veut abattre avec les « tarifs » les taxes majuscules sur les importations. La chine ne pourra pas rester inerte face à ce danger mortel pour son économie.

Mais les taxes douanières ne seront pas réservées à l’Asie. L’Europe ne sera pas épargnée.

On ne peut plus compter sur les alliances historiques nouées avec le reste de la Planète.  ONU , OTAN , balayées. Ne parlons pas des Accords de Paris sur le Climat.

Trump ne s’intéresse qu’à ses amis dictateurs : Poutine, Orban, Milei, Al Sissi, Erdogan …

Le TRUMPisme c’est le  problème des américains ; en Europe ; en France on est à l’abri d’une telle évolution

L’exemple américain est à méditer : Comment en moins de dix ans ce personnage a-t-il pu entraîner avec lui plus de 50% de la population d’un pays puissant, moderne, éduqué, avec une si longue tradition démocratique.

Nous ne sommes pas à l’abri.

En France, le programme de Trump remplit d’envie nombre de cadres du RN qui n’osent pas encore se rallier à la perspective d’une grande remigration élaboré par son ex allié en Allemagne l’AFD. L’extrême droite est au pouvoir en Italie, en coalition aux Pays-Bas …

Ce mouvement populiste, réactionnaire, xénophobe, est à l’œuvre dans tous les pays démocratiques, après des décennies de progrès. On pense au retour du balancier de l’histoire vers les dictatures du siècle passé.

J’ai longtemps été proche d’un courant politique – le Trotskisme – qui a connu sa traversée du désert : Le nazisme, le stalinisme, l’impérialisme américain triomphant, mais un courant qui a su rester vivant malgré l’adversité. Je crains que notre avenir ne soit aussi sombre. Et dirons-nous à la suite de Victor Serge, héros de la révolution russe, au moment des procès de Moscou en 1937 « il est minuit dans le siècle »

Minuit pas encore,  mais pas loin.

Chacun réagit comme il peut :  Danièle a décidé de ne pas se laisser faire, Après 30 ans d’Aïkido, elle s’est inscrite à un stage de self-défense « Il faut se préparer à tout !»

Et moi je délaisse l’actualité politique qui me passionnait au profit du temps long, des essais qui ambitionnent de saisir l’histoire de l’humanité ; par exemple « Les structures fondamentales des sociétés humaines » de Bernard Lahire, plus de 1000 pages, on a le temps !

Et puis continuer à réfléchir :

«  Sur le moment post-Trump (et sa vacuité)

Cet article se loge dans une frustration : la quasi-absence d’analyses et de textes aidant à vraiment penser l’événement de la réélection de Donald Trump aux États-Unis. Constat et tentative d’explications. »

Joseph Confavreux  25 décembre 2024 sur Mediapart

Et puis le blog de Danièle Les mots justes : histoire et vie locales, littérature.

Une agriculture sans agriculteurs *

Voici plus de 50 ans, un livre nous annonçait « La Fin des paysans ». Quand l’ouvrage sort, en 1967, le constat dressé par Henri Mendras fait l’effet d’une bombe :

le sociologue y prédit rien de moins que la disparition de la civilisation paysanne et son remplacement par une autre, technicienne. « C’est le dernier combat de la société industrielle contre le dernier carré de la civilisation traditionnelle », prévient-il en introduction.

Que s’est-il passé depuis ? Si tout le monde s’accorde sur la place décroissante des agriculteurs dans l’économie, la société et la vie politique de notre pays, le modèle et la réalité de l’exploitation « familiale » comme base essentielle de la production agricole n’a pas vraiment été contesté. De tous les bords , de la FNSEA qui a tout intérêt à maintenir cette fiction, de la Confédération Paysanne qui milite pour le maintien et le développement d’une agriculture paysanne, de la classe politique dans son ensemble, on feint de ne pas voir une évolution qui modifie profondément les conditions de la production agricole. Pourtant comment ne pas voir ce vrai chambardement ?

Les agriculteurs : de moins en moins nombreux !

1 587 600 en 1970 ; 389 000 en 2020 : un nombre d’exploitations divisé par quatre en cinquante ans. Et ce n’est pas fini : 342 000 attendus en 2025. Premières victimes les exploitations d’élevage et généralement les petites fermes. Les chiffres ne surprennent pas, tant la tendance est connue et vérifiée sur plusieurs décennies

La part des agriculteurs exploitants dans l’emploi total ne représente en 2021 que 1,5% contre 7 ,1 % il y a quarante ans.

Les terres délaissées sont d’abord vendues aux voisins qui s’agrandissent, entraînant l’augmentation des surfaces moyennes. Entre 1970 et 2020 la superficie moyenne a augmenté de 50 ha .elle est actuellement de 69 ha (comparable à l’ Allemagne , mais 2,5 supérieur à l’Espagne, 3 fois à l’Italie). Cette croissance en taille profite aux moyennes et aux grandes exploitations.

De la ferme à la firme …

Cultiver la terre en famille est une figure maintenant largement minoritaire. Le temps est loin où le couple partageait la même activité agricole (aujourd’hui 80% des conjoints n’ont pas d’activité sur l’exploitation), où le grand-père à la retraite donnait la main aux travaux des champs et où au moins un des fils avait le statut d’ « aidant familial » .

L’agriculture « familiale » se réduit maintenant à un chef d’exploitation travaillant souvent seul (42% des exploitations en France) ou avec des salariés et associés non familiaux. Les exploitations authentiquement « familiales » ne représentent plus que 30% des exploitations et 28% de la production agricole française.

Reste la propriété foncière comme caractéristique familiale. La terre s’acquiert encore essentiellement par l’héritage. Au moment des successions, les frères et sœurs ne se satisfont plus comme jadis de l’indivision, ou de soultes au long cours lorsque le frère resté à la ferme tentait difficilement de dériver une partie des revenus vers les collatéraux. D’où le succès des outils financiers : Groupement foncier agricole GFA, société civile d’exploitation agricole SCEA, ou même société anonyme SA, SARL. Les collatéraux se comportent de plus en plus comme des investisseurs, pouvant valoriser ou même vendre leurs parts, ou exploiter via un prestataire, plutôt que de conclure des baux avec un fermier trop protégé à leur goût.

L’agriculteur désormais seul à organiser la production ne peut lui-même tout faire et maîtriser toutes les opérations.

D’où une explosion de la sous-traitance, du recours à des firmes spécialisées dans les travaux agricoles et même le conseil à la conduite de l’exploitation, sans parler de l’intervention d’acteurs en amont (coopératives, fournisseurs), ou en aval (coopératives aussi et distributeurs, labels …)

L’agriculture familiale est un modèle qui n’a plus vraiment de réalité sauf dans des secteurs particuliers : produits régionaux de qualité, élevage de montagne, petit maraîchage/horticulture, agriculture bio, qui se maintiennent et se développent à coté de ce grand chambardement.

 Comment peut-on promouvoir un modèle d’agriculture paysanne et à quelle condition ? Telle est la question urgente qui se pose à tous ceux qui se sentent concernés par la production de notre alimentation.

*J’ai repris le titre d’un livre excellent : Une agriculture sans agriculteurs de François Purseigle et Bertrand Hervieu éditions Sciences Po

Mâcher

À la Une

(Croquer la vie à pleines dents)

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Respirer, Boire, Manger, Bouger. Voilà bien les fonctions essentielles pour tous les organismes animaux, dont nous faisons partie. On y pense quelquefois, on oublie souvent. Heureusement ! Cette évidence, cette insouciance, voilà bien le privilège de la bonne santé. Et rien de tel qu’un épisode de défaillance fonctionnelle pour en retrouver la conscience.

Comme tout le monde j’avais connu des petits soucis dentaires, ces périodes où il nous est interdit de mâcher le temps qu‘un plombage durcisse ou qu’une couronne se stabilise. Avec l’âge ça ne s’arrange pas.

Mais dernièrement l’affaire est devenue plus sérieuse. Plus aucune dent ne pouvait être sauvée. Il fallait tout extraire et prévoir des prothèses, avec des implants pour les stabiliser.

Le dentiste, mon entourage, tout me poussait à prendre la décision.

Ce n’est qu’un mauvais moment à passer !

Je ne m’étendrais pas sur l’opération d’extraction elle-même. L’anesthésie a fait son œuvre, j’entendais chaque dent tomber sur le plateau du dentiste. C’est plus tard, au réveil des nerfs endormis qu’on déguste. S’ouvre alors une période à la durée indéfinie où on cherche le salut auprès des médicaments anti-douleurs. C’est un calvaire mais on se dit que demain ça ira mieux. Je pense que, si les dentistes disaient la vérité, on n’accepterait jamais de se faire arracher les dents. Ne dit-on pas « menteur comme un arracheur de dents ? »

Ça va bien se passer !

En théorie on peut installer les prothèses provisoires, en pratique la gencive est trop sensible pour supporter quoi que ce soit. Me voici amené pour un bout de temps dans la situation des « sans dent » moqué, parait-il, avec mépris par le président Hollande. Alors il faut adapter son régime alimentaire et retrouver la gastronomie des premiers mois de notre vie. Et d’abord faire des courses adaptées.  Et c’est là dans les rayons des supermarchés que je découvre l’univers du mou.

Petit déjeuner :

C’est au rayon petit déjeuner que je vais trouver l’offre la plus abondante. Classiques, les diverses brioches, gâches vendéennes et autres pandorro me promettent le fondant adapté à mon état. Ils tiennent toujours la vedette sur les rayons.

 Mais ce qui me sidère c’est l’explosion des pains de mie : blancs, complets, avec ou sans croûte, grands formats pour tartine ou sandwich, ou petits destinés aux toasts. Mais tous partagent la même consistance, celle qui avait fait la réputation des « sandwichs SNCF ». Aucun cependant n’annoncent la mollesse, ils ne sont pas mous, ils sont tendres, moelleux mais aussi « puissants, ils se proclament «sans huile de palme » mais n’affichent pas la matière grasse indispensable à leur souplesse.

Les amuse-gueules ne sont pas en reste : les bouchées au maïs soufflé au goût de fromage qui fondent dans la bouche sont toutes présentées comme « croustillantes », on se demande où on peut trouver la croûte annoncée.

Question dessert, les contrastes se renforcent : les « croquants » du midi ( Provence, Corse) annoncent la couleur. Sur leurs amandes, leurs noisettes on peut vraiment se casser des dents fragiles. A l’autre bout, les fondants, coulant au chocolat puis les desserts lactés qui s’échelonnent entre liquide (à boire) et onctueux (à la cuillère).

Mais que choisir en plat principal ? Il y a des spécialités qui nous évitent les petits pots pour bébés et qui sont amies des édentés : Les quenelles, les purées de légumes, l’aligot, la brandade de morue, le boudin, les terrines de poissons…

Et puis il y a ce qu’on peut confectionner à la maison à partir de légumes cuits à la vapeur et passés soit au mixeur plongeur (ça donne des soupes, des potages), soit au blender (ça nous donne des mousses fines et délicates).

Il y a donc toute une gastronomie possible qui nous permet de survivre un temps sans mâcher. On peut tout à fait satisfaire nos besoins alimentaires.

Mais au fil des jours, on se rend compte que l’appétit s’amenuise, que l’envie de passer à table se réduit.

Vient le jour où on va retrouver le mordant des prothèses. Pas encore de quoi croquer une pomme entière, comme on le voit dans les publicités pour les colles à dentier, juste de quoi mâcher, ça change tout. On redécouvre le désir, le plaisir de manger.

Alors, conclusion : prenons soin de nos dents (d’origine quand elles tiennent le coup) ou de nos prothèses en veillant à ce qu’elles soient bien adaptées par un professionnel compétent et attentionné.

Prochaine étape : des implants pour arrimer les dentiers. Encore des périodes délicates et…  un trou dans mon budget !

Identité : Au singulier ou au pluriel ?

J’ai du mal avec ce terme qui envahit tous nos espaces : Identité visuelle, littéraire, politique, sociologique, nationale, raciale, sexuelle, genrée…

Quand j’étais gamin, au moment où on rentre au collège, au moment où on découvre le monde et la société dans laquelle on va évoluer, en matière d’identité, je ne connaissais que la carte d’identité, un document qui désigne et atteste la singularité d’un individu, et puis en mathématique les « identités remarquables » où les deux termes de chaque côté du signe = ont même valeur. Il n’était pas question que l’identité désigne l’appartenance à : un groupe, une nation, un genre ou que sais-je encore. Cette polysémie du terme est récente, elle fait florès dans tous les domaines. Cela mérite de s’y attarder.

L’identité c’est d’abord ce qui me désigne, moi, comme entité singulière, unique.

Dans la plupart des pays développés, chacun se voit associé à un numéro national d’identification qui certifie, avec la carte d’identité, que je suis bien moi.

Et la malveillance n’est jamais loin :  il peut arriver qu’on se fasse passer pour moi. Et cela peut m’attirer bien des ennuis. La loi réprime sévèrement l’usurpation d’identité  : Elle peut constituer un délit pénal, pouvant être sanctionné de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, comme le précise l’article 434-23 du Code pénal. Avec internet l’usurpation d’identité peut devenir massive. 

Mais cette nécessité de prouver son identité touche aussi les objets, dès le moment où ils sont uniques. Ainsi toute œuvre d’art précieuse n’est rien sans son certificat d’authenticité. Et le processus s’invite aussi dans le domaine de la création numérique (NFT) et dans les actifs financiers :

ainsi les cryptomonnaies : Bit Coin et autres Ethereum n’auraient pas vu le jour sans le processus de certification numérique : la blockchain.  

Je citais plus haut les identités remarquables. C’est aussi dans la vie : Madeleine et Marie -Jo mes copines d’enfance étaient des vraies jumelles, j’avais du mal à les distinguer. Elles étaient identiques, presque totalement. Leur ADN est le même, ce qui complique sérieusement certaines affaires criminelles impliquant des jumeaux. En avançant en âge elles avaient pris chacune leur personnalité et les années avaient marqué différemment leurs traits. Elles étaient bien deux personnes distinctes.

Mais tous les jours, nous rencontrons des identités plus vagues, comme ces pêcheurs que j’ai croisés au cours de ma promenade le long de la rivière.

Peu m’importe de savoir s’il s’agit de Pierre, Paul ou Jacques : ce sont à mes yeux des pêcheurs qui ont en commun une caractéristique : celle de passer des heures à surveiller distraitement le bouchon qui danse sur l’eau. Une catégorie, mais qui ne livre pas la nature de chacun d’entre eux, son essence. C’est leur identité du moment, face à mon regard qui ne cherche pas à en savoir plus.

Les choses se compliquent lorsque la catégorie tend à résumer une personne ou un groupe, qu’elle tend à constituer l’essence même des individus. Je ne sais pas si Willy Schraen, le président des fédérations de chasseurs est un cinéphile passionné, un bon père de famille ou s’il est collectionneur de timbre. Quand il parle à la télévision, c’est un chasseur, c’est le chasseur, celui qui représente tous les chasseurs, l’essence même du Chasseur.

Et lorsqu’il appelle à une manifestation pour défendre la chasse, ceux qui y répondent se rassemblent pour défendre leur identité de chasseur. C’est donc un mouvement d’appartenance qui les motivent. C’est là qu’on trouve le ressort puissant qui met dans nos sociétés modernes l’identité en tête de bien des opinions et des mouvements et son besoin jamais satisfait de reconnaissance.

Ce sentiment d’appartenance, qui est d’autant plus fort qu’il est porté par une minorité qui se sent en danger, remise en cause, ne résume pas la totalité de l’individu. On peut être chasseur et militant de gauche, ou même écologiste sincère (pas seulement de façade comme l’expose le discours « vert » des chasseurs). L’individu n’est pas obligé de respecter la cohérence, il porte en lui ses contradictions. Il peut héberger plusieurs identités.

Les identités sont désormais en question sur tous les terrains. Le gamin que j’étais, ne songeait pas à se définir comme mâle, blanc et hétérosexuel, français issu d’une classe (relativement) aisée. Insouciant de ces enjeux devenus maintenant envahissants, il ne se doutait pas qu’un enfant, puis un adolescent se verrait un jour sommé par ses camarades, son entourage, de se définir dans son genre, son orientation sexuelle, sa nationalité, sa couleur de peau. Preuve d’une interrogation existencielle, une étude récente au sein d’une dizaine de lycées de Pittsburgh a révélé une incertitude croissante en matière d’identité sexuelle : 10% des élèves se déclaraient transgenres ou non binaires ou de genre incertain

Dans certains cas, la découverte de son (ses) identité(s) est une occasion de prendre conscience des discriminations, des injustices subies et de les affronter. Le mouvement LGBT+, le mouvement Black Lives Matter, le féminisme militant, en sont l’illustration avec bien d’autres

En revanche il existe des courants qui mettent en avant une identité unique, particulièrement à droite, plutôt à l’extrême droite, une identité qui surplombe tout : la nation, la race … Ces groupes se désignent eux-mêmes comme identitaires et en sont fiers. L’identité joue en l’occurrence le rôle d’un poison qui intoxique nos sociétés et visent à détruire le vivre ensemble.

Alors, laissez-nous un peu respirer, tenons à distance ces identités qui nous enferment !

Prix Nobel : qui est Annie Ernaux ?

Je ne suis pas un grand lecteur mais j’ai toujours eu de l’attention pour les romans d’Annie Ernaux : Les années , évidemment, Passion simple , et  Mémoires de filles .  Une bien petite partie de son « œuvre ».

Et c ‘est toujours avec intérêt et plaisir que j’ai retrouvé ses récits , toujours inspirés de sa vie. Tout le monde souligne à juste titre la qualité de l’écriture, son souci de précision, son honnêteté, une honnêteté rare dans ce domaine de l’autobiographie qui est souvent l’occasion de se donner le beau rôle.

Faut-il  d’ailleurs parler d’autobiographie quand l’auteur s’interdit souvent de parler à la première personne du singulier?  Dans les années on lit plutôt le nous, les on , dans Mémoires de Fille c’est plutôt La fille  ou elle qui est nommée, que l’auteure examine avec détachement  sur une photo d’époque. Si l’auteure renoue avec le je dans Passion simple c’est plutôt pour s‘attribuer un rôle d’observatrice, qui respecte une distance considérable avec elle-même.

Lorsqu’on fait de sa biographie la matière de son œuvre, il faut bien se soumettre au regard public et interroger les rapports de Annie Ernaux auteure littéraire avec Annie Ernaux, la vraie personne, sa réalité sociale. L’actualité nous donne l’occasion de recenser les images qui courent dans les médias, plus ou moins déformées, plus ou moins suscitées par Ernaux elle-même. Essayons d’en faire le tour et d’en évaluer la portée :

« Annie Ernaux est une transfuge de classe. »

Annie Duchesne est née le 1er septembre 1940 à Lillebonne (Seine-Maritime). Elle passe son enfance et sa jeunesse à Yvetot en Normandie. Née dans un milieu social modeste, de parents qui étaient parvenus à s’extraire de leur milieu ouvrier, devenus petits commerçants qui possédaient un café épicerie, Annie Ernaux fait ses études à l’université de Rouen puis de Bordeaux. Mais c’est à l’âge du lycée qu’elle est percutée par les différences sociales, lorsqu’elle se retrouve au pensionnat Saint-Michel avec les jeunes filles de la bonne société de Rouen, à mille lieues de l’épicerie d’Yvetot.

La petite bourgeoise, bien modeste, se frotte pour la première fois à la grande bourgeoisie provinciale. Après le bac, elle délaissera une carrière d’institutrice de campagne avec sa démission de l’école normale d’instituteur de Rouen. Elle n’est pas douée pour faire la classe, elle ne se sent pas la vocation

Il s’agit là du récit d’une ascension sociale pas toujours facile, confrontée au mépris des classes dominantes, suscitant parfois de la honte chez l’auteur.

De là à tresser une légende qu’elle a en partie alimentée, de « transfuge de classe » qui se serait arrachée au petit prolétariat ouvrier d’Yvetot grâce à sa  qualité de « bonne élève » et ses succès académiques qui la conduisent à l’agrégation de lettres et au professorat, il y a peut-être une précaution à respecter avec la réalité sociologique, n’est pas Didier Eribon ou  Edouard Louis *  qui veut.

« Annie Ernaux est une féministe »

En choisissant de parler de sa vie de jeune fille , de jeune femme, sans crainte d’évoquer son initiation sexuelle dans un contexte humiliant ( Mémoire de fille) ou son avortement dans la clandestinité (L’évènement), Annie Ernaux a su mettre en lumière des épisodes difficiles qui attendaient beaucoup de femmes de sa génération, une génération d’avant 1968 et ses remises en question. A cette époque, l’auteure était déjà installée dans la vie, un métier, un mari , deux enfants … La vie rangée est progressivement remise au placard, ce qui l’amènera sans doute à l’écriture avec son premier roman Les armoires vides en 1974. Elle reprendra cette évolution vers plus de liberté  dans Les années  (2008).

Annie Ernaux , c’est le thème d’une femme dans ses bonheurs et malheurs dans une société dominée par les hommes, écrit à la première personne. Pas de doute, ces sujets parlent à la plupart de ses lectrices. Mais est-ce pour autant une auteure féministe ?

Ce n’est sans doute pas à moi, mâle hétérosexuel, d’en juger.

Mais je dois dire que j’ai été choqué du récit de Passion simple où la narratrice raconte une liaison torride avec ce jeune étranger « qui aimait les costumes Saint-Laurent, les cravates Cerruti  et les grosses voitures » (on n’en saura guère plus). Pendant ces longs mois d’une passion totale, la narratrice ne fera rien d’autre que l’aimer et l’attendre pendant ses longues absences. Rien d’autre n’occupera son esprit. N’est-ce pas un exemple d’emprise qui ne peut s’établir que dans un rapport de domination ?  La servitude est-elle plus belle lorsqu’elle est volontaire ? Ce récit d’un consentement total à la soumission est-il envisageable pour une féministe à l’heure de #MeTo ?

« Annie Ernaux est une révoltée »

Il s’agit là d’une constante dans l’évolution de l’auteur, estimant que ses origines sociales (l’épicerie d’Yvetot ) la désignent naturellement comme un des porte-drapeaux de la gauche de la gauche .

C’est de notoriété publique que l’auteure s’est engagée publiquement à de nombreuses reprises, signant en mai 2019 une tribune proclamant « Les gilets jaunes, c’est nous ! », jusqu’à sa désignation au parlement de l’Union Populaire, éphémère création dans le cadre de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. « Les rêves n’existent pas au passé. Je suis toujours révoltée. Je ne peux pas me taire » dira-t elle.

C’est une constance qui l’honore, qu’on partage ou non son attrait pour les insoumis. Mais quelle légitimité pour parler au nom des déshérités, soixante ans après avoir quitté son milieu populaire d’origine ?

A l ‘annonce de son prix Nobel, Mélenchon « pleure de bonheur » (sic) sur son compte Twitter…

*Didier Eribon (Retour à Reims) , Edouard Louis  (Pour en finir avec Eddy Belle Gueule ) ont tous les deux publié des succès de librairie qui rapportent leur jeunesse et leur sortie d’un milieu ouvrier très pauvre  grâce aux études .

Retour du parlementarisme ou quatrième tour ?

À la Une

Tout le monde l’a dit : avec ces élections législatives du 12 et 19 juin, le parlement se retrouverait au centre du jeu politique. Fini ce régime hyperprésidentiel créé par la Vème république et poussé jusqu’à la caricature par Emmanuel Macron, l’heure est maintenant à l’initiative parlementaire et à des majorités directement issues des différents courants de l’assemblée élue. Ce sont les électeurs qui auraient choisi le principe d’une assemblée sans majorité, comme si la proportionnelle était enfin reconnue.

 Mais est-ce que ça va vraiment marcher ?

Du coté de l’Elysée, pas vraiment préparé à cette perspective, la surprise a été mauvaise.

Et Macron a continué à faire du Macron : « le 26 avril j’ai été élu président sur un projet clair ». De quoi faire rire (jaune) tous ceux qui, comme moi, ont voté Macron au 2ème tour juste pour s’opposer à Le Pen. Alors après avoir cité – pour la forme – la possibilité d’un gouvernement d’Union Nationale, puis d’une hypothétique coalition dont personne ne veut, il s’est fixé sur la perspective de compromis au cas par cas.  

  Mais à ses conditions, c’est-à-dire sur son programme et avec interdiction d’augmenter les impôts ou la dette. Bref rien ne change, prééminence du Président même s’il n’a plus la majorité absolue au parlement. On se demande comment il va s’y prendre – ou comment sa première ministre qu’il n’a pas citée va s’y prendre- pour faire passer ses réformes.

Tout le monde regarde du côté de la droite LR au Palais Bourbon (qui a évité le naufrage et sauvé les meubles). On sait que le programme de Macron s’était beaucoup rapproché de celui de Pécresse qui criait même au plagiat. Et un Jean-François Coppé et et un Gaël Perdriau plaident pour un rapprochement. Mais la plupart des leaders des républicains savent qu’ils n’ont rien à gagner à soutenir Macron. Pas question de ralliement ou de coalition.

Tout le monde s’interroge sur la position du RN. Marine Le Pen savoure la bonne performance de son camp et revendique sa place de première opposante au président. Mais … Elle pense à 2027 et au brevet de respectabilité qu’elle pourrait acquérir grâce à une attitude coopérative à l’assemblée. Quelques échanges de services avec la macronie, pour désigner les vice-présidences et la présidence de l’assemblée, par exemple.

Du côté de la NUPES, chaque composante, à part le PCF, a gagné à la démarche unitaire. Mais le succès a ses limites.

Avec 133 sièges elle a de quoi peser en tant qu’opposition mais pas de quoi renverser le gouvernement par une motion de censure, encore moins de quoi porter Mélenchon au poste de premier ministre. Quel sera son positionnement dans la vie parlementaire ?     

Lorsqu’on parle de stratégie il faut regarder du côté de JL Mélenchon. Certes on ne peut résumer la NUPES à la France Insoumise, certes on ne peut résumer la FI à son leader, mais on ne peut que constater le poids considérable de son influence, malgré sa décision (qu’il regrette sans doute maintenant) de ne pas briguer de mandat.   

Et il faut suivre sur son blog ses dernières analyses. Pour lui Macron est condamné à quémander l’abstention de LR et du RN. Ses jours sont comptés et la dissolution n’est pas loin. D’où son insistance à réclamer un vote de confiance à la première ministre lors de sa déclaration de politique générale, dans l’idée de faire tomber le plus tôt possible le gouvernement. Son horizon ? « Le quatrième tour est déjà commencé ».

A le suivre, le seul objectif de la gauche est de tout faire pour bloquer toute avancée à l’assemblée qui pourrait apparaître comme favorable à Macron  et préparer de nouvelles élections, avec la même certitude : se retrouver premier ministre.

Cette obsession électorale, cette foi inébranlable dans son destin du Lider Maximo peut-elle tenir lieu de boussole pour la NUPES ? Les forces qu’elle a rassemblées peuvent-elles se résigner à suivre Mélenchon dans cette impasse ? La gauche sortirait-elle renforcée de nouvelles élections ?

Finalement ce grand retour annoncé du parlementarisme risque de faire long feu. Il ne faut pas se faire d’illusion. On n’est pas en Allemagne, ni dans les pays scandinaves. Personne, dans les travées de l’assemblée et à l’Elysée, n’a de volonté sincère de faire vivre des compromis dans l’intérêt général.