Longtemps on a défini la mort comme l’arrêt du cœur. Une définition sommaire (mort clinique) qui occasionnait quelques surprises, lorsque le défunt retrouvait vie… Et puis les progrès de la médecine (chirurgie, greffe…)ont amené vers une définition centrée sur l’activité cérébrale. Du coup de nombreux patients peuvent faire l’expérience de la mort clinique (l’arrêt du cœur) sans interrompre leur chemin de vie. C’est ce qui m’est arrivé récemment.
Remontons quelques semaines en arrière. Dans le cabinet du cardiologue pour une visite de routine. « Votre cœur est en bon état, mais on peut tout de même vérifier les coronaires. » j’avais souvenir d’un scanner de contrôle qui signalait la présence d’un athérome calcifié (un bouchon) dans la région coronaire ; c’était il y a dix ans et cela n’avait pas eu de suite . Un rendez-vous est pris pour une coronarographie .Il s’agit d’une exploration minutieuse, non invasive, des petites artères indispensables qui irriguent le cœur, sans leur alimentation régulière, le cœur est en détresse, c’est l’infarctus.
« Vos coronaires sont en mauvais état ! » m’annonce le spécialiste au vu des résultats On ne peut même pas tenter une angioplastie ( les petits stents qui maintiennent ouverts les vaisseaux). Aïe ! On s’oriente vers un pontage ; j’ai dans l’idée que c’est une grosse opération !

Renseignement pris il s’agit de remplacer les coronaires (les 3, voire, les 4 ou 5) par des vaisseaux qu’on prélève sur le patient. Et comment on s’y prend ? Pour accéder au cœur, on découpe le sternum, puis on met le cœur à l’arrêt, une pompe assurant la circulation et l’oxygénation pendant la durée de l’opération. On remplace les coronaires défaillantes ; on referme, on fixe solidement le sternum, qui comme tout os rompu va se ressouder progressivement. Bref ce n’est pas une petite histoire, mais très maitrisée ; les chirurgiens de la Sauvegarde en pratiquent 700 par an !
Notre ami Jean-Paul a subi cette aventure l’été dernier, il en donne une image rassurante face à mes questions inquiètes : « l’opération est très maitrisée. Ensuite c’est 48 h en soins intensifs, puis 4 à 8 jours en service de cardiologie avant de partir en cure de réadaptation pour trois semaines. » Et une vie tout à fait normale à la clé comme il en fait lui-même la démonstration chaque jour
Je ne suis pas très chaud pour me décider. Cette idée d’un cœur à l’arrêt pendant plusieurs heures m’obsède et me terrifie ! Mais les médecins se font plus clairs. L’alternative est simple : le pontage est la seule possibilité, ou alors on laisse les choses en l’état, le cœur pour l’instant fonctionnel subira un jour ou l’autre, du fait de la dégradation des coronaires, un infarctus possiblement mortel. Pour moi, c’est le choix entre la peste et le choléra ! Mais la survie à plus long terme, c’est plutôt du côté de l’opération ! Alors, va pour le pontage ! Ce sera pour le 3 juin .
Lorsque l’intervention est programmée -ce qui est mon cas- il s’agit d’arriver sur le billard en meilleure forme possible : marche, préparation physique etc .. Vient le jour décisif-dont je ne saurai rien révéler, si ce n’est que le réveil est très progressif : six heures pour faire redémarrer le système coeur-poumon, m’a-t-on dit.
Les heures qui suivent sont décisives. Mon réveil n’a pas été mauvais. Les constantes sont surveillées de près par l’équipe. Dans mon cas, le souci c’est un cœur qui n’arrive pas à se réguler -avec des pointes à 180 battements par mn- un seuil dangereux.
Comment décrire ma situation dans l’instant ? JE SUIS AU FOND DU TROU !
Je n’ai jamais ressenti une telle faiblesse. La moindre action – saisir le verre là, sur la tablette-me semble un Himalaya d’effort. Le pire c’est la nuit, mes nuits sont peuplées de cauchemars, sans départager le rêve de la réalité. Je me retrouve dans une pièce qui ressemble à ma chambre, en plus inquiétant, aux prises avec deux soignants qui tentent de me maîtriser : « vous êtes agité, vous avez retiré vôtre sonde d’oxygène. Nous serons obligés de vous attacher si ça continue » Cauchemar ou réalité, le calme revient.
Les médecins sont perplexes ; ils parviendront finalement à ramener le cœur au calme. Tous les jours le Dr Malapert passe me voir et échange avec le médecin du service pour mettre en place le meilleur traitement.
J’ai des souvenirs anciens de chirurgiens qui, une fois le « geste chirurgical » pratiqué, se désintéressaient du sort du patient. Ce n’est pas le cas de l’équipe du Centre Lyonnais de Cardiologie. A mon chevet ou même dans les couloirs, le chirurgien- le Dr Malapert- était là pour suivre l’état du patient. RESPECT !
Signe de mon amélioration : les kinés me font marcher dans les couloirs. Je récupère un peu -si peu- de force. Bientôt je vais quitter les soins intensifs pour le service de cardiologie. En ces temps de canicule précoce, la chaleur devient pénible dans ces locaux peu ou pas climatisés. Je n’ai pas un pouce de faim, juste pour quelque dessert.
« Vous partez vendredi pour le Val Rosay, le centre de rééducation qui a un grand service de cardiologie » Trente ans en arrière j’avais visité ma mère en convalescence après une chute. Le magnifique parc est toujours là, mais les bâtiments d’origine, au charme désuet, ont laissé la place à des constructions modernes, très fonctionnelles. Les architectes ont fait des prouesses pour rendre la vie des pensionnaires agréable.
Marche, gymnastique, musculation, vélo (monitoré) les pensionnaires n’ont pas une minute à eux. Les locaux sont climatisés, la nourriture diététique mais, aussi, bonne. Bref on pourrait avoir envie d’y passer ses vacances… ce qui n’est pas mon cas. Comme un prisonnier qui coche les jours, je compte les journées qui me séparent de ma libération. Si j’ai toujours eu du goût pour l’exercice physique (la marche, les sentiers nature, la natation, les virées en vélo) je suis assez allergique au sport , au sens d’une activité qui se fixe des règles et des objectifs, dans un contexte de compétition. Ce n’est apparemment pas le cas de la plupart des pensionnaires autour de moi.
Je commence à reconnaître mes compagnons d’infortune : les opérés du cœur portent obligatoirement un corset « souple ». Certains le portent discrètement sous une chemise- comme moi. D’autres l’arborent fièrement à la vue de tous, par dessus leurs vêtements.
Les « cardiaques » sont plutôt plus jeunes que moi, souvent en bonne forme apparente, des hommes actifs, qui ont souvent fait du sport, rarement en surpoids. On imagine qu’ils ont suivi (ou tenté -partiellement) de suivre les recommandations de prévention pour la santé cardiaque. Plutôt en forme, ce n’est que fortuitement qu’ils ont connu leur risque cardiaque et la nécessité de l’opération. N’est ce pas là le signe d’un échec des politiques de prévention ? pourrait-on éviter la survenue de ces épisodes lourds pour les patients et la collectivité ? Des coronarographies pour tous les publics à risque ?
Voici un bon mois que je suis entré dans ce « tunnel » hospitalier des opérations, des soins , de la réadaptation . j’attends avec impatience de reprendre ma vie habituelle Souvent l’espoir me quittait. Mais Danièle, mes enfants, mes proches me ramenaient du côté de la vie. Et puis des soignants à l’écoute, efficaces et bienveillants. Un système où on n’a pas besoin de montrer sa carte bancaire pour être bien soigné !





. On se retrouve vite avec Danièle chez un radiologue qui, sans faire un diagnostic précis (le terme d’embolie est évoqué) , s’inquiète de l’image pulmonaire. Danièle n’hésite pas, consulte le SAMU qui nous envoie une ambulance.
L’oxygène sous la narine et un coup d’œil sur la saturation d’oxygène (vous savez cette petite pince qu’on fixe au bout de l’index), dans l’attente qu’elle dépasse les 90%, signe d’un rétablissement de la machinerie pulmonaire.





Ces crevettes sauvages me font de l’oeil au rayon marée, j’imagine déjà les avocats dans leur garniture d’oeufs de Lumpe et je craque pour une pâtisserie au chocolat habituellement blacklistée de mon régime. Au rayon fromage je m’organise un match entre Beaufort d’été et Beaufort standard, les deux se retrouvent dans mon Caddie. Plus loin, c’est la pleine saison des tomates bien rouges 
















