Le cœur, la vie, la mort

Longtemps on a défini la mort comme l’arrêt du cœur. Une définition sommaire (mort clinique) qui occasionnait quelques surprises, lorsque le défunt retrouvait vie… Et puis les progrès de la médecine (chirurgie, greffe…)ont amené vers une définition centrée sur l’activité cérébrale. Du coup de nombreux patients peuvent faire   l’expérience de la mort clinique (l’arrêt du cœur) sans interrompre leur chemin de vie. C’est ce qui m’est arrivé récemment.

Remontons quelques semaines en arrière. Dans le cabinet du cardiologue pour une visite de routine. « Votre cœur est en bon état, mais on peut tout de même vérifier les coronaires. » j’avais souvenir d’un scanner de contrôle qui signalait la présence d’un athérome calcifié (un bouchon) dans la région coronaire ; c’était il y a dix ans et cela n’avait pas eu de suite . Un rendez-vous est pris pour une coronarographie .Il s’agit d’une exploration minutieuse, non invasive, des petites artères indispensables  qui irriguent le cœur, sans leur alimentation régulière, le cœur est en détresse, c’est l’infarctus.

« Vos coronaires sont en mauvais état ! » m’annonce le spécialiste au vu des résultats On ne peut même pas tenter une angioplastie ( les petits stents qui maintiennent ouverts les vaisseaux). Aïe ! On s’oriente vers un pontage ; j’ai dans l’idée que c’est une grosse opération !

Renseignement pris il s’agit de remplacer les coronaires (les 3, voire, les 4 ou 5) par des vaisseaux qu’on prélève sur le patient. Et comment on s’y prend ? Pour accéder au cœur, on découpe le sternum, puis on met le cœur à l’arrêt, une pompe assurant la circulation et l’oxygénation pendant la durée de l’opération. On remplace les coronaires défaillantes ; on referme, on fixe solidement le sternum, qui comme tout os rompu va se ressouder progressivement. Bref ce n’est pas une petite histoire, mais très maitrisée ; les chirurgiens de la Sauvegarde en pratiquent 700 par an !

Notre ami Jean-Paul a subi cette aventure l’été dernier, il en donne une image rassurante  face à mes questions inquiètes : « l’opération est très maitrisée. Ensuite c’est 48 h en soins intensifs, puis 4 à 8 jours en service de cardiologie avant de partir en cure de réadaptation pour trois semaines. » Et une vie tout à fait normale à la clé comme il en fait lui-même la démonstration chaque jour

Je ne suis pas très chaud pour me décider. Cette idée d’un cœur à l’arrêt pendant plusieurs heures m’obsède et me terrifie ! Mais les médecins se font plus clairs. L’alternative est simple : le pontage est la seule possibilité, ou alors on laisse les choses en l’état, le cœur pour l’instant fonctionnel subira un jour ou l’autre, du fait de la dégradation des coronaires, un infarctus possiblement mortel. Pour moi, c’est le choix entre la peste et le choléra ! Mais la survie à plus long terme, c’est plutôt du côté de l’opération ! Alors, va pour le pontage ! Ce sera pour le 3 juin .

Lorsque l’intervention est programmée -ce qui est mon cas- il s’agit d’arriver sur le billard en meilleure forme possible : marche, préparation physique etc .. Vient le jour décisif-dont je ne saurai rien révéler, si ce n’est que le réveil est très progressif : six heures pour faire redémarrer  le système coeur-poumon, m’a-t-on dit.

Les heures qui suivent sont décisives. Mon réveil n’a pas été mauvais. Les constantes sont surveillées de près par l’équipe. Dans mon cas, le souci c’est un cœur qui n’arrive pas à se réguler -avec des pointes à 180 battements par mn- un seuil dangereux.

Comment décrire ma situation dans l’instant ? JE SUIS AU FOND DU TROU !

Je n’ai jamais ressenti une telle faiblesse. La moindre action – saisir le verre là, sur la tablette-me semble un Himalaya d’effort. Le pire c’est la nuit, mes nuits sont peuplées de cauchemars, sans départager le rêve de la réalité. Je me retrouve dans une pièce qui ressemble à ma chambre, en plus inquiétant, aux prises avec deux soignants qui tentent de me maîtriser : « vous êtes agité, vous avez retiré vôtre sonde d’oxygène. Nous serons obligés de vous attacher si ça continue » Cauchemar ou réalité, le calme revient.

Les médecins sont perplexes ; ils parviendront finalement à ramener le cœur au calme. Tous les jours le Dr Malapert passe me voir et échange avec le médecin du service pour mettre en place le meilleur traitement.

J’ai des souvenirs anciens de chirurgiens qui, une fois le « geste chirurgical » pratiqué,  se désintéressaient du sort du patient. Ce n’est pas le cas de  l’équipe du Centre Lyonnais de Cardiologie. A mon chevet ou même dans les couloirs, le chirurgien- le Dr Malapert- était là pour suivre l’état du patient. RESPECT !

Signe de mon amélioration : les kinés me font marcher dans les couloirs. Je récupère un peu -si peu- de force. Bientôt je vais quitter les soins intensifs pour le service de cardiologie. En ces temps de canicule précoce, la chaleur devient pénible dans ces locaux peu ou pas climatisés. Je n’ai pas un pouce de faim, juste pour quelque dessert.

« Vous partez vendredi pour le Val Rosay, le centre de rééducation qui a un grand service de cardiologie » Trente ans en arrière j’avais visité ma mère en convalescence après une chute. Le magnifique parc est toujours là, mais les bâtiments d’origine, au charme désuet, ont laissé la place à  des constructions modernes, très fonctionnelles. Les architectes ont fait des prouesses pour rendre la vie des pensionnaires agréable.

Marche, gymnastique, musculation, vélo (monitoré) les pensionnaires n’ont pas une minute à eux. Les locaux sont climatisés, la nourriture diététique mais, aussi, bonne. Bref on pourrait avoir envie d’y passer ses  vacances… ce qui n’est pas mon cas. Comme un prisonnier qui coche les jours, je compte les journées qui me séparent de ma libération. Si j’ai toujours eu du goût pour l’exercice physique (la marche, les sentiers nature, la natation, les virées en vélo) je suis assez allergique au sport , au sens d’une activité qui se fixe des règles et des objectifs, dans un contexte de compétition. Ce n’est apparemment pas le cas de la plupart des pensionnaires autour de moi.

Je commence à reconnaître mes compagnons d’infortune : les opérés du cœur portent obligatoirement un corset «  souple ». Certains le portent discrètement sous une chemise- comme moi.  D’autres l’arborent fièrement à la vue de tous, par dessus  leurs vêtements.

Les « cardiaques » sont plutôt plus jeunes que moi, souvent en bonne forme apparente, des hommes actifs, qui ont souvent fait du sport, rarement en surpoids. On imagine qu’ils ont suivi (ou tenté -partiellement) de suivre les recommandations de prévention pour la santé cardiaque. Plutôt en forme, ce n’est que fortuitement qu’ils ont connu leur risque cardiaque et la nécessité de l’opération. N’est ce pas là le signe d’un échec des politiques de prévention ? pourrait-on éviter la survenue de ces épisodes lourds pour les patients et  la collectivité ? Des coronarographies pour tous les publics à risque ?

Voici un bon mois que je suis entré dans ce « tunnel » hospitalier des opérations,  des soins , de la réadaptation . j’attends avec impatience de reprendre ma vie habituelle  Souvent l’espoir me quittait. Mais Danièle, mes enfants, mes proches me ramenaient du côté de la vie. Et puis des soignants à l’écoute, efficaces et bienveillants. Un système où on n’a pas besoin de montrer sa carte bancaire pour être bien soigné !

Mâcher

À la Une

(Croquer la vie à pleines dents)

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Respirer, Boire, Manger, Bouger. Voilà bien les fonctions essentielles pour tous les organismes animaux, dont nous faisons partie. On y pense quelquefois, on oublie souvent. Heureusement ! Cette évidence, cette insouciance, voilà bien le privilège de la bonne santé. Et rien de tel qu’un épisode de défaillance fonctionnelle pour en retrouver la conscience.

Comme tout le monde j’avais connu des petits soucis dentaires, ces périodes où il nous est interdit de mâcher le temps qu‘un plombage durcisse ou qu’une couronne se stabilise. Avec l’âge ça ne s’arrange pas.

Mais dernièrement l’affaire est devenue plus sérieuse. Plus aucune dent ne pouvait être sauvée. Il fallait tout extraire et prévoir des prothèses, avec des implants pour les stabiliser.

Le dentiste, mon entourage, tout me poussait à prendre la décision.

Ce n’est qu’un mauvais moment à passer !

Je ne m’étendrais pas sur l’opération d’extraction elle-même. L’anesthésie a fait son œuvre, j’entendais chaque dent tomber sur le plateau du dentiste. C’est plus tard, au réveil des nerfs endormis qu’on déguste. S’ouvre alors une période à la durée indéfinie où on cherche le salut auprès des médicaments anti-douleurs. C’est un calvaire mais on se dit que demain ça ira mieux. Je pense que, si les dentistes disaient la vérité, on n’accepterait jamais de se faire arracher les dents. Ne dit-on pas « menteur comme un arracheur de dents ? »

Ça va bien se passer !

En théorie on peut installer les prothèses provisoires, en pratique la gencive est trop sensible pour supporter quoi que ce soit. Me voici amené pour un bout de temps dans la situation des « sans dent » moqué, parait-il, avec mépris par le président Hollande. Alors il faut adapter son régime alimentaire et retrouver la gastronomie des premiers mois de notre vie. Et d’abord faire des courses adaptées.  Et c’est là dans les rayons des supermarchés que je découvre l’univers du mou.

Petit déjeuner :

C’est au rayon petit déjeuner que je vais trouver l’offre la plus abondante. Classiques, les diverses brioches, gâches vendéennes et autres pandorro me promettent le fondant adapté à mon état. Ils tiennent toujours la vedette sur les rayons.

 Mais ce qui me sidère c’est l’explosion des pains de mie : blancs, complets, avec ou sans croûte, grands formats pour tartine ou sandwich, ou petits destinés aux toasts. Mais tous partagent la même consistance, celle qui avait fait la réputation des « sandwichs SNCF ». Aucun cependant n’annoncent la mollesse, ils ne sont pas mous, ils sont tendres, moelleux mais aussi « puissants, ils se proclament «sans huile de palme » mais n’affichent pas la matière grasse indispensable à leur souplesse.

Les amuse-gueules ne sont pas en reste : les bouchées au maïs soufflé au goût de fromage qui fondent dans la bouche sont toutes présentées comme « croustillantes », on se demande où on peut trouver la croûte annoncée.

Question dessert, les contrastes se renforcent : les « croquants » du midi ( Provence, Corse) annoncent la couleur. Sur leurs amandes, leurs noisettes on peut vraiment se casser des dents fragiles. A l’autre bout, les fondants, coulant au chocolat puis les desserts lactés qui s’échelonnent entre liquide (à boire) et onctueux (à la cuillère).

Mais que choisir en plat principal ? Il y a des spécialités qui nous évitent les petits pots pour bébés et qui sont amies des édentés : Les quenelles, les purées de légumes, l’aligot, la brandade de morue, le boudin, les terrines de poissons…

Et puis il y a ce qu’on peut confectionner à la maison à partir de légumes cuits à la vapeur et passés soit au mixeur plongeur (ça donne des soupes, des potages), soit au blender (ça nous donne des mousses fines et délicates).

Il y a donc toute une gastronomie possible qui nous permet de survivre un temps sans mâcher. On peut tout à fait satisfaire nos besoins alimentaires.

Mais au fil des jours, on se rend compte que l’appétit s’amenuise, que l’envie de passer à table se réduit.

Vient le jour où on va retrouver le mordant des prothèses. Pas encore de quoi croquer une pomme entière, comme on le voit dans les publicités pour les colles à dentier, juste de quoi mâcher, ça change tout. On redécouvre le désir, le plaisir de manger.

Alors, conclusion : prenons soin de nos dents (d’origine quand elles tiennent le coup) ou de nos prothèses en veillant à ce qu’elles soient bien adaptées par un professionnel compétent et attentionné.

Prochaine étape : des implants pour arrimer les dentiers. Encore des périodes délicates et…  un trou dans mon budget !

Respirer

Respirer, Boire, Manger, Bouger . Voilà bien les fonctions essentielles pour tous les organismes animaux, dont nous faisons partie. On y pense quelquefois , on oublie souvent. Heureusement ! Cette évidence, cette insouciance, voilà bien le privilège de la bonne santé. Et rien de tel qu’un épisode pathologique pour en retrouver la conscience.
Cette fois-ci : deux semaines à l’hôpital pour retrouver le souffle suite à une embolie pulmonaire.

-« Vous avez mal ? »
…….
-« Vous avez mal à quel endroit ? »
………..
-« Sur une échelle de 1 à 10, où situeriez-vous la douleur ? »
…………….
C’est sans doute la 10ème infirmière qui s’approche de moi au cours de cette longue journée et qui me pose les mêmes questions. Et c’est justement à cause de cette douleur violente, omniprésente que j’ai du mal à lui répondre. Je n’ai pas connu jusqu’à présent dans mon expérience personnelle, de douleur plus forte mais puis-je pour autant lui attribuer 10 sur 10 ?
-« A la base du poumon droit, dans le dos. Comme un coup de poignard et dès que je tente de bouger, à la recherche d’une meilleure position. Par pitié, donnez-moi un anti-douleur , quelque chose de plus fort. »
Les médecins ont souhaité préciser le diagnostic avant de passer à la morphine, ça ne va pas tarder. Deux heures pour le résultat des analyses sanguines (les D Dimères vont confirmer la présence de caillot) et un angioscanner qui valide l’hypothèse de l’embolie pulmonaire
Je repars des urgences, en direction du service Médecine A, un peu calmé après une injection de 10 ml de morphine. Le temps de trouver une position confortable dans le lit médicalisé et me voici pas loin de m’endormir.
La douleur encore
Le lendemain matin, le bienfait d’une nuit de repos est vite oublié devant les attaques de la douleur. Le personnel soignant s’en occupe… A sa manière : ce serait trop simple de parer au plus pressé et de m’administrer la dose de morphine (10ml)qui avait été efficace hier. Ils entament donc un protocole tatillon aux fins de déterminer la dose idéale : 5 ml puis 2 supplémentaires, puis 2 supplémentaires, puis 1 supplémentaire séparés à chaque fois d’une pause de 20 mn – un vrai supplice pour celui qui souffre et n’attend que le soulagement le plus rapide.
Plus tard, j’évoquerai avec les médecins les avantages de la pompe à morphine que j’avais pu expérimenter lors d’une précédente hospitalisation: c’est le patient qui commande une nouvelle dose , il peut rapprocher les prises en cas de poussée de la douleur. La machine reste paramétrée pour ne pas franchir certaines limites pré-établies.
Alors, pourquoi ces hésitations devant la morphine et la lutte efficace contre la douleur ? Mystère …Sans doute la réticence du corps médical à laisser au patient le soin de définir sa dose nécessaire. Pas très logique, quand tout le monde admet que la souffrance est avant tout un ressenti subjectif.
Le traitement sera finalement stabilisé dans la journée avec de la morphine en gélules à libération progressive. Restent les poussées douloureuses lorsqu’on cherche à changer de position, ou à trouver une inspiration plus profonde.
Je commence à rassembler les éléments et les informations qui me permettent de mieux comprendre ma situation.
La veille j’étais à la maison à table avec les enfants, en convalescence d’une opération bénigne de hernie. La douleur dans le dos apparue la nuit précédente ne me laisse plus tranquilleurgence-infirmier. On se retrouve vite avec Danièle chez un radiologue qui, sans faire un diagnostic précis (le terme d’embolie est évoqué) , s’inquiète de l’image pulmonaire. Danièle n’hésite pas, consulte le SAMU qui nous envoie une ambulance.
C’est ainsi que vers 17H je me retrouve aux urgences de l’Hôpital de Tarare. Les premiers résultats confirment la survenue d’une embolie pulmonaire. Un caillot circulant dans les veines s’est retrouvé boucher une artère dans le poumon. Les tissus pulmonaires n’étant plus irrigués sont détruits. On distingue l’embolie proximale – en direct sur l’artère principale (l’autoroute de la circulation) des formes distales (les routes secondaires). Les premières ont de graves conséquences, les secondes touchent des territoires plus restreints mais peuvent être plus douloureuses. Je suis dans le deuxième cas.Embolie-pulmonaire
Une affection grave et assez fréquente
Je fais partie des 100 000 patients touchés chaque année par cette grave maladie (20% n’en réchappent pas). La variété des symptômes rend souvent le diagnostic difficile. Dans mon cas : une certaine difficulté à respirer et surtout une violente douleur. Souvent l’embolie est précédée par la survenue préalable d’une phlébite (inflammation d’une veine, souvent dans les membres inférieurs, à l’origine de l’apparition du caillot).
Ensuite, la rapidité de la mise en place du traitement a une grande influence sur le pronostic et l’issue de la crise. Il faut donc administrer des anti-coagulants qui vont progressivement dissoudre le caillot. Interdit de se lever pendant 36 h pour éviter que le caillot puisse se déplacer.
Le temps a passé. Je peux maintenant me lever. Mais je ne quitte guère le lit, attentif à conserver une position non-douloureuse  et à doser ma respiration pour rester dans les limites acceptables des mouvements d’inspiration.2015-10-12 17.35.44 L’oxygène sous la narine et un coup d’œil sur la saturation d’oxygène (vous savez cette petite pince qu’on fixe au bout de l’index), dans l’attente qu’elle dépasse les 90%, signe d’un rétablissement de la machinerie pulmonaire.

De l’air !
Au bout d’une semaine, on commence à parler de ma sortie … à condition que je n’aie plus trop besoin de la morphine et surtout que je puisse me passer de l’oxygène avec une saturation correcte. Finalement, il faudra attendre le lundi prochain. Presque deux semaines dans ce petit hôpital local de Tarare où les soins sont efficaces et attentifs.
Dès Samedi on teste la suppression de l’oxygène. Il fait beau et Danièle m’accompagne dehors. Un vent léger soulève les premières feuilles d’automne et il est temps pour moi d’avaler à grandes goulées cet air qui m’a été si rationné ces derniers jours. Pas encore de quoi soutenir un jogging mais c’est un bon début. Une renaissance !.automne à tarare

Danièle en parle aussi dans son blog Les mots justes

Les mots justes

Ça y est Danièle s’est lancée. Biographe… Voici une activité qui rassemble trois de ses centres d’intérêt : l’écriture, la généalogie, la photo , sans compter un ingrédient indispensable : la curiosité pour les autres, leurs parcours, leurs peines et leurs joies.

Une fois terminée sa formation, elle s’est employée tout d’abord à créer un site « Les mots justes » qui présente son activité, et qui a pour ambition d’inviter tout un chacun vers une démarche de biographie. banniere les mots justes bis

Une démarche originale. Laissons donc à Danièle le soin de présenter son projet:

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« Comment j’en suis arrivée à écrire des biographies ?
Ingénieure agronome et philosophe de formation initiale, j’ai développé une passion pour l’écriture et les histoires de vie. Les paysans et les penseurs ont été mes guides.
Toutes les histoires de vie sont passionnantes : sur une trame commune, de la naissance à la mort, elles nous enseignent comment les accidents de la vie, les rencontres, les succès et les échecs, construisent la singularité et l’humanité de chacun
La pratique de la généalogie et celle de la photo m’ont donné envie de proposer une offre spécifique et, je l’espère, originale et attrayante pour qui souhaite faire écrire sa biographie :
– à partir de vos recherches généalogiques, écrire l’histoire d’une famille à travers les portraits, les lieux, les métiers…des ancêtres les plus emblématiques de la lignée;
– à partir de vos photos de famille, laisser remonter les souvenirs, les anecdotes, les émotions et écrire une histoire de vie abondamment illustrée.
Trouver les mots justes
Trouver la forme et le mot juste pour donner le juste relief à vos souvenirs et les transmettre; c’est un travail passionnant qui se fait avec vous. Toutes les histoires ne sont pas de grandioses épopées, mais toutes méritent d’être racontées et vous verrez combien ce travail de mémoire est important pour vous et pour vos proches.
Je n’accepte que peu de commandes pour travailler avec plaisir et rigueur sur chaque projet. Je travaille toutefois au sein d’un réseau de professionnels formés comme moi à l’écriture et à l’écriture de biographie, avec lequel je peux vous mettre en contact en cas d’indisponibilité de ma part.
J’aime aller jusqu’à la réalisation du livre de votre biographie pour vous accompagner jusqu’au bout dans le projet qui vous tient à coeur, mais vous pouvez aussi le confier à l’imprimeur de votre choix. »

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Lesmotsjustes  n’est pas un simple site-vitrine. Il abrite aussi un blog (vous pouvez vous abonner en ligne, le site est accessible aussi sous androïd)) qui nous donne à voir les différentes facettes d’une oeuvre de biographe, par exemple : raconter à travers un livre (photos souvenirs, cartes postales,  et textes) un voyage qui vous a marqués. rocapina ter-

Vous aurez donc compris que Le Clairon suivra avec attention et bienveillance le parcours de ce nouveau site.

Longue vie et succès aux Mots Justes !

Manger

Respirer, Boire, Manger, Bouger . Voilà bien les fonctions essentielles pour tous les organismes animaux, dont nous faisons partie.

On y pense quelquefois , on oublie souvent. Heureusement ! Cette évidence, cette insouciance, voilà bien le privilège de la bonne santé.

Et rien de tel qu’un épisode pathologique pour en retrouver la conscience. Une semaine d’une gastro-entérite sévère, prolongée, avec une vraie incertitude sur le diagnostic – en attente de longues analyses – et donc sur les perspectives de guérison . Finalement le coupable s’appelle Campylobacter.

Manger n’est plus alors une nécessité naturelle, une envie à satisfaire,un plaisir à partager . Manger devient un problème ! Un gros problème.

  • Tout d’abord la faim qui disparaît. Cette petite tension qu’on ressent à l’intérieur quand l’heure du repas approche, quand on commence à s’agiter dans la cuisine, que les bonnes odeurs se signalent à notre odorat. Tous ces prémisses disparaissent. Rien !
  • Et puis si jamais on insiste (tu es sûr que tu ne veux rien manger?), si jamais on se met à table , le dégoût n’est pas loin. Le regard se détourne du rôti de veau Orloff préparé par Nora pour sa petite fête, l’idée même d’y goûter est repoussée vigoureusement.roti_de_veau_orloff
  • De toute façon manger, sortir de cette diète imposée, est vécu comme une prise de risque. La peur de manger impose sa loi.Toute nouvelle ingestion s’annonce comme le prélude à une nuit blanche, le ventre douloureux, rythmé par les passages aux toilettes. Alors mieux vaut s’abstenir !

Finalement on ne pense plus à se nourrir. On s’en passe plutôt bien. On peut ainsi passer plusieurs jours sans manger, à condition de faire bien attention à s’hydrater. Quelques kilos en moins sur la balance, personne ne s’en plaindra.

Et puis un jour ça s’arrête !

Une bonne nuit , un petit déjeuner qui passe bien, on est prêt à reprendre ses activités habituelles. Et dans mes activités habituelles, l’approvisionnement de la maisonnée et la cuisine figurent en bonne place.

Direction le super-marché. On dit souvent : ne pas faire ses courses quand on a faim. On risque d’avoir les yeux plus gros que le ventre et de faire des achats irraisonnés. A l’inverse, comment faire des courses si l’on est dégoûté, déserté par ses envies  ? Je m’aperçois vite que j’ai heureusement oublié le ventre douloureux des jours précédents et retrouvé ma curiosité alimentaire. AvocatCes crevettes sauvages me font de l’oeil au rayon marée, j’imagine déjà les avocats dans leur garniture d’oeufs de Lumpe et je craque pour une pâtisserie au chocolat habituellement blacklistée de mon régime. Au rayon fromage je m’organise un match entre Beaufort d’été et Beaufort standard, les deux se retrouvent dans mon Caddie. Plus loin, c’est la pleine saison des tomates bien rouges aux cotés de généreux chous d’un vert intense, les champignons de Paris, si pâles, jouent le contraste au rayon Légumes. bis-4501

Retour à la maison où je rajoute à mon menu (avocat aux œufs de Lumpe, escalope de dinde grillée, gâteau au chocolat) les haricots verts frais d’hier ainsi qu’un peu de pollenta. Me voilà à table devant un verre de rosé de Provence de la Sainte-Victoire. Un vrai bonheur !verre rosé

Bienvenue pour ce retour dans la communauté des humains en état de manger, en état de conjuguer ses envies avec sa sensibilité diététique et culinaire, en état de calmer une faim salutaire.

Aïkido au bord de l’eau

La presqu’ile des Echandes est introuvable pour qui ne la connaît pas. Absente de la carte Michelin, invisible de la route, c’est un des deux seuls lieux d’accès à l’eau sur les 365 ha du barrage de Grangent sur les gorges de la Loire en aval d’Aurec sur Loire et en amont de St Just-St Rambert. A Unieux , il suffit de dénicher le panneau Les échandes et la petite route qui serpente sur le promontoire au-dessus de la Loire.

L’auberge de jeunesse occupe les maisons restaurées d’un village de pêcheurs et d’agriculteurs. Ce hameau a échappé de peu à la montée de l’eau occasionnée par le barrage. C’est La communauté de communes Saint-Etienne Métropole qui a pris en charge les travaux ; la gestion a été confiée à la fédération des Auberges de Jeunesse.

Plus bas, au bord de l’eau les murs de verdure qui occupent les berges n’ont rien à envier à la forêt guyanaise qui descendrait en pente raide sur Oyapoque ou le Maroni. Seuls les châtaigners en fleurs en juin, mettent une touche de couleur différente dans le vert absolu des chênes, des hêtres et des pins.

C’est là que pour la 8eme année, le club d’aïkido de St Etienne organise un stage d’aïkido-nature. ( contact-echandes@aikidojo.stetienne.org )

Trois enseignants pour une quarantaine d’élèves qui pratiquent en chaussures dans l’herbe . Entrainement aux armes et à mains nues mais sans chute ; le travail n’en est que plus intense : attention à ce que montre l’enseignant qu’on ne voit ni n’entend très bien, concentration dans la pratique et aucune discussion parasite sur le bord du tatami.

L’auberge propose aussi des emplacements de camping. C’est sur ces terrasses aménagées et enherbées que débutent samedi les exercices, à l’ombre des sapins sombres et des érables légers.  L’air frais, le chant des oiseaux, le soleil et la brise qui agite les feuilles des arbres, on se demande comment on peut pratiquer enfermé toute l’année.

Le soir après l’exercice, chacun se retrouve en famille ou en groupe dans les petites maisons, joliment rénovées. Le repas autour d’un solide couscous est pris en commun dans la grande salle à manger, avant une soirée musique et vidéo (devinez quoi ? un montage des vidéos disponibles sur la pratique et la carrière de Maître Tamura, le fondateur le plus emblématique de l’Aïkido en France). A coté, un groupe d’aviron qui fait étape à l’auberge, rejoint par la camionnette qui assure la logistique.

Le  Dimanche à 7 h du matin, les pratiquants se retrouvent à l’abri de la fraîcheur matinale dans une salle transformée en Dojo à l’aide d’une vingtaine de tatamis fournis par le club de St-Etienne. Au programme : éveil corporel, Shiatsu (les massages japonais par pression des doigts) et immobilisations.

On croise dans les ruelles du hameau les rameurs qui vont rejoindre sur le ponton leur embarcation. Les longs bateaux, si effilés, en bois et en matériaux composites, attendent leurs rameurs pour reprendre leur course vers l’amont du fleuve

Les aïkidokas prennent ce matin le chemin des berges de la Loire pour une matinée d’exercice. Je commence à reconnaître les visages découverts la veille. La bonne humeur devient contagieuse, les sourires s’ajoutent à la concentration.La matinée finie, le stage proprement dit est terminé. Mais le soleil qui l’emporte sur les nuages nous incite à nous installer sur la terrasse de bois qui domine la Loire et une petite faim se révèle à l’agréable odeur du barbecue.Tout au long du week-end les enfants (et les chiens) ont pris possession du hameau, sous l’oeil bienveillant des adultes. C’est un endroit idéal pour s’ébattre entre les maisons, monter sur les installations sportives sans courir le moindre danger.

L’ambiance est beaucoup plus familiale que dans les « grands » stages. J’ai même l’impression d’être une cousine éloignée qui vient pour la première fois à une fête de famille. Comme dans les familles, on partage une longue histoire. Je revois avec plaisir Antoine, si souvent uke (le partenaire, celui qui reçoit l’exercice) de maître Tamura, qui prend peu à peu la stature, le sourire et l’ironie du maître. Et puis, je mets enfin un nom sur plusieurs têtes croisées sur les tatamis lyonnais.

Xavier et Nicolas, les enseignants et organisateurs  sont concentrés et attentifs à ce que rien ne manque et à ce que les horaires soient respectés. Valmon et Gaétan sont partout avec Gaëlle pour l’organisation. Les participants peuvent se détendre et se découvrir sans autre souci que celui du temps qu’il va faire.

le blog préféré du Clairon:

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Michel – La cérémonie des adieux

Comment aborder les derniers moments et la mort de son ex-compagnon et père de Claire, sa fille ? Comme souvent, Danièle s’est tournée vers les livres.

Michel est mort le 7 avril 2010 à 76 ans. Depuis l’annonce de l’imminence de son décès, j’avais entrepris la lecture de « La cérémonie des adieux » que Simone de Beauvoir a écrit entre 1970 et 1980 sur Jean Paul Sartre, mort à 78 ans le 15 avril 1980, jankelevitch.1271694777.jpgen parallèle avec « La mort » de Vladimir Yankéléwitch et « Lettre aux papy-boomers qui ne veulent pas vieillir » de Marie de Hennezel .

Je ne crois pas que l’on puisse apprendre à mourir comme le préconisait Montaigne, mais on peut essayer de « penser la mort » comme le fait Vladimir Yankélévitch, car c’est une question qui nous concerne tous. Depuis longtemps, je lis tout ce qui concerne la mort, non pas la mort accidentelle qui fauche les gens en pleine vie comme mon frère Jacques, ou la mort brutale par infarctus évoquée dans « L’année de la pensée magique » de Joan Didion ou la mort de ceux qui décident de partir ensemble comme Stephan Zweig ou André Gorz « Lettre à D. » mais la mort comme fin de vie avec la maladie, le déclin, la déchéance qui vont avec.

Cela m’importe comme question personnelle mais aussi comme question politique fondamentale. Nous serons la première génération à accompagner nos parents aussi longtemps après leur première perte d’autonomie et nous serons la première génération à finir longtemps après avoir perdu nos sens, notre autonomie à nous habiller seul, à nous nourrir seul, à nous laver seul, à nous déplacer seul, notre apparence corporelle et notre esprit en plein état de marche. J’ai envie de savoir ce que l’on dit, ce que l’on pense, ce que l’on veut à l’instant de mort et pas seulement de réfléchir avec mes catégories de bien-portante de « seulement » 59 ans.

« Des phrases courtes, ma chérie » de Pierrette Fleutiaux, «La voyageuse de nuit » de Françoise Chandernagor, « La vie en sourdine » de David Lodge parlent de la mort des parents et évoquent plus la difficulté de ceux qui restent.

« La cérémonie des adieux », dix ans de déclin de Sartre qui, d’AVC en pneumopathie, est devenu confus, aveugle, impotent, tout en continuant de fumer et de boire beaucoup trop de whisky.

« La touche touche-etoile.1271695271.jpgétoile » de Benoîte Groult ou « Sur la plage, un homme en noir » de Marina Vlady parlent de la mort des compagnons de vie ou de la sienne propre. Il y a aussi des livres que je n’ai pas pu lire comme « un moment de faiblesse » de Jean François Bizot qui raconte sa lutte, un moment victorieuse, contre le cancer car je savais la suite dont justement il ne parle pas.

 

Personne, ni Jean Paul Sartre, ni Léon Schwartzenberg (raconté par Marina Vlady), ni Vladimir Yankéléwitch n’avait envie de voir sa vie abrégée quelles que soient ses souffrances ou sa déchéance. Quoi qu’ils aient dit de leur volonté de savoir si leur dernière heure était arrivée, ils n’ont jamais souhaité en savoir plus le moment venu. Quoi qu’ils aient évoqué auparavant concernant une éventuelle euthanasie, ils n’en n’ont pas reparlé sur leur lit de mort. Il leur était doux que l’on s’occupe d’eux jusqu’au dernier souffle, quelles que soient les atteintes à leur intégrité physique ou à leur autonomie. Leur crainte ultime était de mourir seuls, sans personne autour d’eux.

 

Michel est mort chez lui, entouré jusqu’à la fin, conscient de ne plus être ce qu’il avait été et l’acceptant presque toujours, dormant la plupart du temps, incapable de tout et souffrant beaucoup malgré la morphine mais sollicitant les soins auxquels il avait droit et refusant de croire presque jusqu’au bout que la fin était arrivée.

Dernière leçon de Michel enseignant, questionnement profondément actuel, invitation à réfléchir, occasion d’aller à l’encontre de l’évidence, opportunité de penser autrement … tout ce qu’il revendiquait !

Aïkido en Bourbonnais

Montluçon, ces 3, 4 Novembre, grande affluence au stage d’Aikido de Tamura Senseï (Senseï en japonnais = Maître). C’est Tamura, disciple de Ueshiba, le créateur de la discipline au Japon, qui a construit, depuis 1964, l’Aïkido en Europe, particulièrement en France.

Plus de cent pratiquants se sont donc retrouvés dans le gymnase de Montluçon.

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Cela fait près de cinq ans que j’accompagne ainsi Danièle dans des stages aux quatre coins de la France. Danièle a commencé l’Aikido voici quinze ans, elle est ceinture noire (1er dan) depuis deux ans et trouve beaucoup de plaisir sur le tatami.

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L’apprentissage de cet art martial repose avant tout sur le mimétisme et l’expérience.demo-sensei.1194886485.jpg

Le maître montre une technique, quelquefois sans prononcer un mot.

Les pratiquants sont ensuite invités à répéter le geste et à repérer eux même les difficultés.

sensei-b.1194886909.jpg Le maître circule entre les groupes et va corriger tel ou tel défaut , au besoin en pratiquant la technique avec l’apprenant.

La priorité est ainsi donnée , non pas à la théorie et au discours, mais au vécu de l’expérience corporelle.

A la différence d’autres arts martiaux, l’aïkido ne connaît pas la compétition, . La consécration d’une maîtrise supérieure de son art se traduit par l’obtention de grades délivrés par un jury.

Sur le tatami , le gradé n’hesite pas à pratiquer avec le débutant, pour le faire progresser.

Alors,cette année, j’ai décidé de ne pas rester sur le bord du tatami, pour profiter d’une intiative du club de Caluire , proposant un cours grands débutants réservé … aux seniors. Danièle, qui co-anime ce cours avec Alain, a su me convaincre.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

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