Tanger ou Faro ? La traversée manquée


Le port de seteNous sommes arrivés le 18 décembre 2005 à la gare maritime de Sète. Il faisait beau autour des quais mais du coté des compagnies maritimes, c’était le brouillard. biladi.jpg

Le « Biladi », le ferry qui devait nous amener à Tanger était tombé en panne en pleine mer au Large de Cadix et avait dû être remorqué. Le temps d’immobilisation du Biladi, renvoyé en réparation, ne pouvait pas être évalué avec une quelconque précision.

Nous nous sommes retrouvés dans la foule bariolée des candidats au passage vers le Sud : Marocains en visite dans leur famille (début janvier c’est la fête du mouton), baroudeurs en 4×4, retraités projetant 3 mois de soleil en Camping-car et d’autres camping-caristes disposant de peu de temps comme nous. Notre voisin, 91 ans et son épouse qui vont à Agadir depuis 30 ans, s’inquiétaient de la fatigue occasionnée par le détour proposé par Algesiras après la traversée de l’Espagne.

Décidément ce projet de vacances au Maroc était mal parti. Trois jours avant notre départ de Lyon Je n’avais toujours pas reçu mon passeport : une histoire de prénom qui avait tout retardé . Ma mère m’avait toujours dit que je m’appelais Norbert Amédée Pierre. Je n’appréciais pas particulièrement cette kyrielle de prénoms (Amédée c’est pour ton parrain – un prénom masculin avec un e final ! – il était prêtre ; Pierre c’est pour ta marraine- un prénom masculin pour une marraine ! – en fait elle s’appelait Pierrette). Mais, respectueux de la volonté parentale et des règles de l’état civil ce sont bien ces trois prénoms que je reportais consciencieusement chaque fois sur les papiers officiels. Je ne comprenais pas pourquoi à chaque fois, ils me faisaient des difficultés; il fallait demander des documents complémentaires à la mairie du lieu de naissance. C’est comme cela que j’ai finalement eu entre les mains mon extrait de naissance : en fait mon père m’avait déclaré à l’époque comme Norbert Amédé ( sans –e et sans Pierre). Quel méli-mélo ! Mais il a fallu que Danièle me fasse remarquer que cette affaire nous ramenait précisément à Sète, lieu de ma naissance, d’où nous devions embarquer pour Tanger


Le port d'Avall à CollioureN’ayant que trois semaines de congé, nous avons préféré laisser tomber Algésiras et son ferry pour Tanger ou Ceuta , nous faire rembourser et partir vers le Portugal, via Collioure – qui prend des airs de Essaouira sur la photo ci-contre, la catalogne, l’Aragon et la Castille.

Pourquoi le Portugal ? Mystère ! Quelques appréciations chaleureuses entrevues sur un Forum de Camping Caristes, Fernando Pessoa et puis l’idée de parvenir au bout le plus occidental de l’Europe sans pouvoir faire avancer plus loin notre monture, face à l’atlantique, comme cette légende qui nous avait marqués dans nos lectures marocaines. Oqba Ibn Nafii achève en 681 la conquête du Maroc en arrivant à l’embouchure de l’oued Massa au bord de l’atlantique. Poussant son cheval dans les flots, il prend Dieu à témoin qu’il ne peut aller plus loin, plus à l’ouest.…

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés un soir au Cap Saint-Vincent, cabo-san-vicente.jpgsous un vent et une petite pluie qui pouvait nous rappeler la pointe du Raz , le promontoire breton, moins occidental cependant que ce bout de l’Algarve s’avançant dans l’atlantique des grands découvreurs portugais.

La pluie nous a rattrapé encore le jour de Noël sur la Ponta dela ponta-dela-piedade.jpgPiedade , ultime station du chemin de croix de Lagos, en haut d’une falaise ocrée et découpée caractéristique de cette cote de l’Algarve. Mais le lendemain le grand bleu était là , il ne nous a pas quitté jusqu’à la Catalogne sur le chemin du retour.

C’est à ce moment que nous nous sommes aperçusdakar portimao

– les affiches ,partout , les banderolles – que nous étions à quelques Kilomètres de Portimao, deuxième étape du Dakar, ce que nous ignorions totalement . Cela a rappelé à Danièle son attrait pour cette course, la traversée du Maroc et de la Mauritanie…ce qui était peut-être la vraie raison de ce voyage au Maroc.

Mais comment ne pas être frappés de la coïncidence ? Cette année, exceptionnellement, le Paris-Dakar partait de Lisbonne et avait donc renoncé à prendre,comme habituellement, le Ferry pour Tanger dans sa longue traversée. Ce qui nous ramène de nouveau …à Séte ! Lagos L’Algarve est magnifique : elle offre à la fois les falaises hautes, ocrées, déchiquetées et à la fois les longues plages interminables de sable doré, comme la Praia do porto de Mos à Lagos ci-dessus. Pas étonnant que les résidences touristiques y pullulent, attirant principalement les britanniques, les allemands et les hollandais. Mais pendant l’hiver un heureux équilibre s’établit entre les quelques retraités nordiques qui fuient les frimas de leur pays et la population locale qui s’affaire à toute sorte d’activités : la pêche, beaucoup, le bâtiment énormément, l’agriculture, fort peu (à part quelques vergers d’orangers) et tous les services qui font vivre des villes parfois importantes – que nous avons choisi d’éviter pour la plupart. Nous trouvions refuge plutôt auprès des ports de pêche sur une jetée à Quarteira ou plus simplement derrière la plage à Armaçao où les Armaçaobarques sont mises à l’eau deux fois par jour non plus par des paires de bœufs comme jadis mais par de fringants tracteurs moins silencieux.

C’est ainsi que nous avons fini l’année 2005. Précisément sur la plage de FARO. Un long cordon dunaire se refermant sur la lagune – la Ria Formosa – parsemée de cabanons hétéroclites alternant les bidonvilles et les coquettes villas installées sans doute sans aucun titre de propriété. C’est là que nous avions projeté un réveillon tranquille au bord de la mer. Des soles acheté sur le marché de Quarteira la veille , du foie gras ramené de France, un petit vinho verde, sans oublier le champagne pour finir. Le ravitaillement était prévu.ria formosa Nous avions cependant négligé, par ignorance, une ressource qui était à portée de mains, avec un peu de connaissance et de savoir-faire. Nous avions été surpris du nombre d’autochtones qui arpentaient la lagune à marée basse revenant chargés de mystérieux sacs. Vu de plus prés, le butin se constituait de coques, d’huîtres et de moules sauvages, ramassées la plupart du temps par des pécheurs amateurs et destinées aux tables familiales du réveillon.

Plutôt couche-tôt, nous n’avions pas attendu minuit – heure française – pour ouvrir le champagne et sortir renifler les embruns sous un ciel étoilé, un peu seuls au monde. Mais cela n’a pas duré. Les douze coups du minuit portugais ( une heure plus tard) ont donné le départ à une étrange fantasia. Une bonne part des citadins de FARO s’étaient donnés rendez-vous sur la petite route qui parcourt la dune d’Est en Ouest. Et voilà nos automobilistes klaxonnant, pétaradant, allant et venant comme à la sortie d’un match vainqueur du FC Porto. Nous n’avons pas eu le culot de participer à la liesse avec notre encombrant fourgon, et avons finalement battu en retraite, garés devant un camping. Le lendemain nous a ramené vers le Nord : la Sierra Arabida, Sesimbrasessimbra

et les rives du Tage au voisinage de Lisbonne, laissant la visite de la capitale pour une autre fois et entamant ainsi notre périple de retour.

Le Vendredi 6 janvier s’approchant de Lyon, nous avons failli, à quelques heures prés, attendre le chasse-neige pour ouvrir la route …Cela nous changeait des amandiers de l’Algarve qui commençaient juste leur floraison .

Pourquoi voyageons-nous ? Pour échapper à nous-même ou pour nous retrouver ? Lequel des deux est le plus important du voyage intérieur ou du voyage extérieur ? Tracer la route ou suivre la voie ?

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