Cezallier, pays perdu

Le Cézallier est un grand plateau, aux confins du Puy de dôme et du Cantal, constitué d’immenses nappes de basalte horizontales, en altitude comme son grand frère l’Aubrac ( situé plus au Sud), perché entre 1000 et 1300 m.

Royaume du vent, de la neige et des congères l’hiver, ces immensités sans obstacles, sans le moindre bosquet, commençaient à reverdir lors de notre visite, en ce début Mai.

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Rien n’arrête le regard dans ce désert végétal. On pense aux steppes de l’Asie Centrale. Mais la terre se réchauffe, les névés fondent au coin des talus. Dans quelques jours l’herbe sera haute, d’un vert éclatant.

Ce sera le début de l’estive. Des milliers de vaches vont prendre possession de leur espace.gare-landeyrat.1211041795.jpg

D’abord les voisines , celles qui ont passé l’hiver dans les bourgades nichées au creux des vallées. Ensuite les étrangères qui viennent depuis le Languedoc en bétaillères, depuis que le train n’est plus en exploitation avec la fermeture de la ligne Neussargues- Bort-les-Orgues en 1991.

On avait même construit une gare au milieu de nulle part – dans les prairies de Landeyrat- uniquement pour monter les vaches à l’estive. La ligne à l’abandon est reconvertie au bénéfice du tourisme vert avec une réouverture ce 1er mai 2008 après une eclipse de 4 ans , fruit de désaccords cochemerlesques. On peut y trouver le vélorail , des draisines à pédales qui permettent de silloner le pays à son rythme.

Mais revenons aux vaches, car c’est le sujet le plus important sur ce plateau. Les Salers, ces vaches rouges, à la robe frisée d’un brun acajou et aux grandes cornes en forme de Lyre, ne craignent ni les pentes, ni le vent, ni la pluie, ni quelque neige occasionnelle. Bref, une vie rustique.

Le plateau n’est pas habité à part quelques burons, dont beaucoup en  ruine. Les villages  se cachent sur les flancs des vallées, ou sur le rebord du plateau, comme Lussaud perché au-dessus des premières pentes qui mènent à la vallée de La Sagne.

 

lussaud-vue-volcan.1211377814.jpgLussaud, c’était le but de notre promenade de ce long week-end du premier Mai.

Une douzaine de maisons serrées sur une croupe face au volcan, tournant le dos aux pâtures qui s’étendent sans fin sur le plateau.

Drôle de destination pour un circuit touristique, me direz-vous !

«  C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’ y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir.

C’est ainsi que le décrit Pierre Jourde dans Pays perdu, le récit du retour d’un citadin devenu professeur et écrivain à son village d’origine. Les funérailles d’une jeune voisine amène l’auteur de maison en maison à retrouver ces visages connus depuis l’enfance, ces vies difficiles marquées par l’hiver, la solitude, et souvent l’alcool.

Ces portraits tendres, mais crus, sans complaisance, dessinent la tragédie intime d’un pays qui meurt à petit feu derrière ses épaisses façades de basalte.

 

Mais les personnages de ce récit n’ont pas supporté ce tableau violent de leur pays, de leurs vies et de leur village. Ils se sont révoltés. C’est à coups de pierre qu’ils ont accueilli l’ex enfant du village pour lui signifier qu’il n’était plus des leurs. On a frôlé le lynchage, a reconnu le tribunal d’Aurillac qui a condamné cinq habitants à la prison avec sursis

Cette France rurale profonde n’est pas si loin de nous. Nous avons tous un Lussaud dans notre histoire familiale en remontant 2,3, …6 générations. Mais cette filiation, cette continuité ne nous aide pas aujourd’hui à comprendre la réalité d’une population qui se sait  marginalisée, et qui  peut se sentir méprisée. Comme d’autres minorités dans notre société, elle réclame avant tout le respect.

Cela implique-t-il que personne n’a le droit de s’exprimer à leur place sur ce qu’ils vivent ? Ce serait renoncer à la littérature et, dans le cas de Pays perdu, d’une bonne littérature, d’une vision forte et personnelle d’un pays qui n’appartient pas qu’aux derniers survivants.

 

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2 commentaires sur “Cezallier, pays perdu

  1. De retour d ‘ Aubrac, il me semble que l ‘ agriculture , sur le plateau , y est moins en perte de vitesse que sur le Cezallier, il y a des jeunes agriculeurs
    qui se battent pour y vivre de façon moderne , même s’ils vous disent que cette vie , ce métier sont trés durs et qu ‘ un jour, il n ‘ y aura plus que des immenses GAEC de 800 vaches laitières ( autres que les  » Belles d ‘ Aubrac » qui ne sont pas des laitières , mais des races à viande et qui , je l ‘espère ,continueront à vivre la vie rude des Estives ! )qui ne sortiront plus des étables ….
    Eux, qui vivent du lait et de la vente des veaux, ont des normandes , des Holstein et les sortent encore 4 fois par jour , comme dans mon enfance …mais
    assis sur leur Quad, aidés de leur chien !

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