Sorgue : le partage des eaux

Sur le chemin du retour vers le Nord, nous nous arrêtons volontiers à Fontaine de Vaucluse. En été , c’est un hâvre de fraîcheur , sous les arbres, au bord de la Sorgue – à 14° hiver comme été – . Nous y trouvons un parking apprécié de nombreux camping-cars.

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La Sorgue est une merveille de la Nature : la plus puissante exsurgence de France, la cinquième dans le monde. Le site est connu et apprécié de longue date : le poête Pétrarque venait s’y réfugier à partir de 1339, hanté par la figure de sa bien-aimée Laure, entre deux voyages aux quatre coins de l’Europe. Un petit musée lui est consacré dans le bourg.

Le village est dominé par une gigantesque falaise de plus de 200m où la fontaine a creusé sa résurgence. C’est ce qui explique le nom Vaucluse -Vallis Closa-, puisque la vallée est close et s’arrête sur cette falaise.

resurgence-sorgue.1221831924.jpg A l’origine de la source un siphon  très profond, alimenté par les eaux souterraines des monts du Vaucluse, du Mont Ventoux et de la Montagne de Lure. Cette énorme source a donné son nom à toutes les « fontaines vauclusiennes » du monde.

Les premières explorations du gouffre ont débuté en 1878 et le point le plus bas, soit – 308 m à partir de la surface de la grotte, n’a été atteint qu’en 1985 par un robot de la Société spéléologique de Fontaine de Vaucluse.

crue-sorgue.1221832752.JPG Dans un pays sec où les cours d’eau sont tous de type torrentiel  méditerrannéen ( à sec en été, soumis aux crues d’orages), la Sorgue connaît un régime fluvial : toujours alimenté même en période  de sécheresse et à l’abri des crues brutales – même si son débit peut tripler sous l’effet de pluies prolongées sur le bassin versant ( ci-contre crue de la Sorgue dans le village de Fontaine).

Cette abondance et cette régularité ont fait le bonheur des moulins, notamment les moulins à papier qui fut une industrie florissante dans le bassin de la Sorgue.

Une fois quitté le village de Fontaine, la Sorgue suit son cours dans la plaine. Mais elle ne va pas bien loin.  Quelques km plus loin le lit est barré, le courant s’écoule désormais dans deux chenaux divergeants qui sont l’oeuvre de l’homme. Ce lieu-dit s’appelle le partage des eaux.

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Ce destin singulier d’une rivière née puissante et si tôt fragmentée a inspiré le poête René Char qui a vécu, à coté, à l’Isle sur la Sorgue:

La Sorgue

Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n’est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarrisseurs,
Du soleil lâchant sa charrue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

 

La Sorgue devient alors un bien commun que les hommes de la plaine ont partagé à l’infini dans un réseau dense de canaux qui desservent ici une plantation, ici un moulin, là un réservoir.

L’isle sur la Sorgue en est la démonstration vivante : souvent appelée L’Ilo de Venisso  en provençal par référence aux canaux qui la fragmentent en autant d’ilots habités.

 

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Les canaux se divisent en une multitude de canalisations, de biefs qui distribuent le courant dans la moindre ruelle, encombrée d’autant de roue à aubes encore visibles aujourd’hui.

roue.1221841531.jpg Autrefois, ville industrieuse avec ses nombreux moulins, ateliers, fabriques, toutes ces activités où la force motrice de l’eau se révélait indispensable, l’Isle sur la Sorgue a maintenant une vocation touristique qui s’appuie sur le charme des échoppes et des restaurants au bord de l’eau.

Et puis, elle s’est créé une spécialité depuis près de 40 ans: la  brocante qui a forgé l’identité de la cité l’isloise, lui assurant une notoriété internationale. L’Isle-sur-la-Sorgue constitue, après Saint-Ouen et Londres, la troisième plate-forme européenne du commerce des antiquités.

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2 commentaires sur “Sorgue : le partage des eaux

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