24 H sur les marais de Kaw

Au début du XIXème siècle les autorités de la colonnie française avaient entrepris d’y installer une vaste zone de Polder. Les premiers colons y avaient débuté une activité de grande culture employant de nombreux esclaves. Mais, comme souvent en guyane, le projet sombra. Avec la suppression de l’esclavage, les plantations se vidèrent de leur main d’oeuvre. Et puis les mines d’or, à peine découvertes, avaient  bien plus d’attrait que les domaines agricoles.

village-kaw-embacadere.1233082551.jpg Il en reste une immense plaine, la savane humide, où l’on ne se déplace qu’en bateau. La végétation plutôt basse, composée de graminées, s’adapte constamment au niveau de l’eau qui varie selon les saisons. On ne distingue pas la terre ferme de la végétation flottante – les moucou-moucou aux larges feuilles -qui constitue de vrais petites îles dérivant au courant.

Le village de Kaw est à un quart d’heure de pirogue du dégrad de Roura au bout de la route de Cayenne. Notre pirogue évite le débarcadère du village, colonisé par des guèpes dangereuses -« des mouches à feu »- et s’arime à un ponton branlant, quelques mètres plus loin.

C’est désormais le centre du Parc Naturel des marais de Kaw. Une soixantaine d’habitants y sont recensés, l’électricité est fournie sur place par un groupe électrogène en attendant la fin de la réhabilitation de la centrale photo-voltaïque installée en 1982. On y trouve une école qui accueille à plein temps une quinzaine d’enfants ainsi qu’une poste , une mairie, un poste de santé, une église qui fonctionnent, eux, à temps partiel. Des manguiers, quelques potagers, la pêche et la chasse fournissent une base alimentaire quotidienne mais , pour les courses, il faut reprendre la route de Cayenne : de quoi occuper la journée.

Nous laissons ensuite ce petit coin de – relative – civilisation pour avancer et remonter la rivière Kaw jusqu’au confluent de la crique Wapou : une petite heure de pirogue.

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Le marais, c’est le royaume des oiseaux qui trouvent dans les prairies humides  une nourriture abondante  et régulière : petits poissons , batraciens , divers insectes. aigrettes.1232981571.jpg

urubu-kaw.1232987927.jpg On peut y observer le héron Cocoï, le plus grand des hérons, des Martin-pêcheurs bien plus grands que leurs cousins européens et surtout une multitude d’aigrettes blanches sur la savane verte. Au loin, au-dessus des arbres planent les Urubus, les vautours d’Amérique, très courants en guyane qui viennent aussi se nourrir sur les bords de la rivière.

Plus haut nous passons devant une ferme au loin, quelques baraquements sur la pente au-dessus du niveau maximum de l’eau. zebus-kaw.1232988526.JPG

C’est un élevage de zébus, particulièrement adaptés à la savane humide. Ils n’hésitent pas, en saison des pluies, à nager d’une pature à l’autre. Autrefois absent du territoire, l’élevage bovin s’est développé récemment et fournit une viande locale de qualité.

La rivière de Kaw n’en finit pas de divaguer entre les collines couvertes d’une forêt épaisse. Au bout du trajet, on aperçoit enfin le but de l’étape : le carbet flottant ( les dépliants destinés aux touristes internationaux parlent de « lodge » alors que le « carbet » rappelle en guyane les constructions légères des amérindiens). C’est là que nous attend un ti’punch et c’est là que nous passerons la nuit.  Construit sur des flottteurs, cet auberge flottante est équipée d’une cuisine professionnelle, d’une salle à manger qui ouvre sur la rivière, et d’un grand dortoir à l’étage où l’on accroche son hamac. On peut aussi choisir un lit et même une chambre quand, comme Danièle et moi, on aime son  confort. Le Carbet respecte les contraintes écologiques du parc, il produit son électricité (en photovoltaïque), son eau sanitaire et retient ses effluents.

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L’après-midi nous amènera plus en amont sur la Crique ( la riviere) de Wapou.

cabiai.1233066807.jpgL’occasion de découvrir un groupe de cabiaïs (ci-contre à droite), ces rongeurs étonnants, les plus gros du monde animal puisqu’ils peuvent atteindre 1 m au garrot. Ils mènent une vie tranquille dans la savane, ne craignant que les grands caïmans.Ce sont des mammmifères semi-aquatique, excellents nageurs et pouvant disparaître et se cacher au fond de l’eau.

kaw-nid-cacique.1233067886.jpg Plus loin, notre attention est attirée par ces nids en pendeloques accrochées à un arbre. Celui-ci est comme enguirlandé de plusieurs de ces oeuvres tissées avec des matières végétales de palmiers. cacique_jaune.1233068255.jpg

C’est le domaine des caciques à cul jaune, oiseaux grégaires bruyants et colorés.Et gare aux intrus, car les caciques ont fait alliance avec des guépes qui vont leur assurer une défense efficace contre les visiteurs de nids (les singes principalement).

La végétation se rapproche au tour de la pirogue qui avance progressivement dans la forêt inondée. Nous n’irons pas plus loin car le niveau d’eau n’est pas suffisant maintenant, au tout début de la saison des pluies.

De retour au carbet, la rivière continue à ryhmer les activités. Les canots repartent – à la rame cette fois-ci – pour explorer le voisinage.

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La nuit tombe vite près de l’équateur. En attendant le repas du soir, les hôtes du bord se retrouvent dans l’eau de la rivière, pure mais brune de matière organique..

kaw-bain-de-nuit.1233073437.jpg Claire plonge et Julien a dégoté un étrange véhicule , mi vélo, mi planche à voile, à l’équilibre instable. Une gamine avec son père pêche avec une petite ligne et …des bouts de fromage . Ça ne tarde pas à mordre.

Tout le monde se retrouve à table autour d’un poisson – de l’Acoupa rouge- en sauce avec des bananes ti-nains et du riz. Parfait . Et il y a même du fromage, luxe de métropolitains sous ces climats. La suite du programme ne manque pas d’intriguer les esprits et les conversations. Il s’agit d’aller observer nuitamment les bêtes du marais, notamment … les caïmans !

Nous voici partis dans la nuit noire, la pirogue se dirige entre les berges grâce aux lampes frontales de Jean-Louis à l’avant du bateau et de Gabriel à l’arriere, à la barre. Une famille de Cabiaï surprise par la lumière, se retire tranquillement vers les fourrés. Mais nos guides recherchent autre chose.

kaw-caiman.1233077457.jpg Un éclair rouge, reflet de la lampe dans les yeux d’un caïman et la pirogue se rapproche. Les caïmans n’ont que deux tactiques : disparaître en plongeant sous la végétation ou faire le mort.

C’est ainsi qu’on verra un caïman noir sous la proue de la pirogue, dans une immobilité parfaite.Les guides tiennent aussi à nous rendre présentes ces bestioles en attrappant un spécimen – pas trop grand de préférence- et à le faire circuler parmi les passagers. Ce soir ce sera un petit Caïman à lunettes, qui nous passera dans les mains. Mais Claire se rappelle de cette autre excursion avec Flore où la bête avait une taille non négligeable.

De retour sur le Carbet, direction le lit ou le hamac. On nous a assuré que la mygale Matoutou qui se balladait au-dessus de notre lit était inoffensive, presqu’un animal domestique. Sa présence  ne nous empêche pas de sombrer dans le sommeil, bercés par le bruit de la pluie sur le toit et par le vent qui soulève la moustiquaire.

Le matin suivant c’est le départ, de nouveau sur la rivière, direction le dégrad de Roura.

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A l’arrivée, au moment de prendre congé, nous apprenons que Gabriel, notre piroguier est papa depuis hier. Sa femme et sa famille sont à Saint-Laurent du Maroni , à l’autre bout de la Guyane. il ne pourra pas faire le voyage aujourd’hui car il n’a pas pu se faire remplacer par un autre guide. Voilà de quoi relativiser notre belle insouciance de visiteur. Le tourisme est un métier qui implique des contraintes fortes pour les salariés qui nous accueillent.

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