La guerre dans nos têtes

Je suis né en 1948. La première génération, dit-on, qui n’a pas connu la guerre sur notre sol ou dans le voisinage proche. Après 3 conflits qui ont vu notre pays engagé dans des combats meurtriers et notre territoire occupé : 1870, 1914, 1939

Rappelons les faits : 1944 débarquement en Normandie, 8 mai 1945 victoire sur l’Allemagne Nazi, l’ONU a été instituée le 24 octobre 1945 par la ratification de la Charte des Nations unies signée le 26 juin 1945 par les représentants de 51 États; l’OTAN créée le  4 avril 1949.

Depuis 2022 la guerre est revenue dans l’actualité avec l’Ukraine et la menace russe.

80 ans de paix .ça n’est pas rien, bien sûr ! Mais cela demande d’y réfléchir un peu plus. Est-ce à dire que l’idée de la guerre n’a pas pesé sur nos esprits ?

De mes premières années d’enfance je n’ai pas beaucoup de souvenir. Et pourtant peu de temps après la paix de 1945, la guerre s’est vite réinvitée au menu de l’actualité.

La crise de Berlin

1948 c’est la première crise de Berlin :  Le 24 juin 1948, les forces soviétiques bouclent toutes les issues autour de Berlin Ouest occupée par les alliés occidentaux qui sont sommés de déguerpir et de laisser Berlin Ouest sous une hypothétique « neutralité ».  Il s’agit d’une forme moderne du siège médiéval, qui a duré près d’un an avec ses deux armes :  la faim et le désespoir pour la population.
Mais l’ensemble des alliés s’est mobilisé pour aider les 2 millions de berlinois de l’Ouest avec un pont aérien sans précédent dans l’histoire. Un avion atterrit toutes les trois minutes à Berlin. Environ 2,34 millions de tonnes de provisions sont livrées entre juin 1948 et mai 1949.

Corée : Ainsi démarre de manière spectaculaire « la guerre froide »

Du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, la guerre de Corée oppose la république de Corée (actuelle Corée du Sud), soutenue par les Nations unies à la Corée du Nord, sous occupation soviétique. Une guerre très meurtrière, des deux côtés : 800 000 soldats et 2 à 3 millions de civils

La Corée c’est loin, peu d’écho en France -qui n’a envoyé qu’un bataillon de 1000 volontaires- a fortiori pour le gamin que j’étais. Quelque souvenir d’un film, sorti en 1957 qui eut un grand succès : Le pont de la rivière Kwaï.

Cette guerre froide s’avance maintenant sous la menace nucléaire : américaine depuis Hiroshima (1945), soviétique depuis 1949.

 Et c’est de nouveau autour de Berlin que la situation se tend :

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14 500 membres des forces armées bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux Berlin sont interrompus. La construction du mur de Berlin commence avec la mise en place de barricades le long des frontières

La crise de Cuba- Octobre 1962 Le stationnement de missiles nucléaires soviétiques sur l’île de Cuba mène la planète au bord de la guerre nucléaire. Après 13 jours, Kennedy parvient à convaincre Khroutchev, le dirigeant soviétique de se retirer

Les guerres de la décolonisation

La France tarde à s’engager dans la décolonisation qui touche tous les anciens empires coloniaux. En Indochine entre 1946 et 1954 la résistance vietnamienne s’oppose à l’occupation française qui s’achève piteusement à Dien Bien Phu.

Puis c’est l’Algérie ; La guerre d’Algérie a commencé le 1er novembre 1954 pour s’achever le 18 mars 1962 avec les accords d’Évian. On compte environ 50 000 morts français, dix fois plus chez les Algériens. Au total ce sont 1 500 000 jeunes français qui se trouveront mobilisés.

 A la maison on suivait l’actualité, à la radio, à la télé, dans une ambiance très « Algérie Française ». En 1961 le « putsch des généraux » avait toute notre sympathie, surtout de la part de notre père qui avait toujours préféré Pétain à De Gaulle

Dans la famille c’est mon frère Marc, Classe 1963, qui se trouve mobilisé, heureusement après la fin de combats et les évènements meurtriers qui ont perduré en 1962. Il fera ses 12 mois à faire du gardiennage des installations militaires avant leur déménagement.

Ces guerres de décolonisation ont touché profondément la société française. Il n’y a pas une famille française qui n’ait pas une histoire commune à ces deux conflits qu’ils soient anciens colons, pieds noirs, militaires de métier ou appelés du contingent.

En fouillant dans l’histoire familiale, j’ai découvert un ancêtre qui, parmi les premiers colons en Algérie en1851, avait tenté l’aventure de quitter sa ferme natale dans le Val Romey, avec sa femme et ses deux enfants. Mais l’affaire ne prospéra pas ; deux ans après ils étaient de retour au village. A peu de choses près, ma famille aurait eu une histoire  « Pied noir »

La guerre (pas si) froide : Vietnam (1955- 1975)

Après la déroute française, la lutte nationale des Vietnamiens prend clairement le visage d’un affrontement Est-Ouest. Les Américains ont formulé alors la « théorie des dominos » :  Selon ce raisonnement, une victoire des communistes vietnamiens aurait entrainé la chute d’autres pays alliés des Occidentaux.

Partout aux USA, en Europe, dans le monde monte la protestation. C’est un conflit qui se déroule sous l’œil des médias : le film « Apocalypse Now » réalisé en 1979 par Copola passe sur tous les écrans

Alors jeune adulte c’est pour le Vietnam que je me retrouve dans les manifestations. Pendant Mai 1968 le sujet est au centre des mobilisations. Et n’oublions pas que ce sera une terrible défaite pour les US. On se rappelle les images du départ de Saïgon des forces américaines dans le chaos et l’humiliation. Cette victoire des peuples indochinois est fêtée autour de moi, dans la jeunesse, sans hésitation. Cette guerre c’est l’affrontement entre les méchants impérialises américains et les gentils résistants communistes. Même si nous ne tarderons pas à découvrir les horreurs des Khmers rouges que nous saluions auparavant comme héros dans les meetings de soutien.

Dans le sillage de ces mobilisations sur le Viet Nam, c’est la grande vague de Mai 1968 qui déferle de Mexico, Berlin au quartier latin. Les mouvements se radicalisent, la question de la lutte armée s’invite en Allemagne, en Italie … La lutte révolutionnaire amène-t-elle à la guerre des avant-gardes du « prolétariat » contre les forces au service du « capital » . L’exemple des maquis guévariste en fascinent plus d’un.  En France on y échappe de peu. Les trotskistes dont je fais alors partie ont connu quelques mois de clandestinité : pseudonymes, cachettes, réunions secrètes, entraînements… avant de retrouver un fonctionnement public.

La guerre froide en Europe

Le rideau de fer est bien installé en Europe et c’est une zone de friction et de danger majeurs. A partir de 1977 l’URSS prévoit d’installer des missiles SS20 à moyenne portée chargés de têtes nucléaires tactiques. Les USA prévoient de riposter avec des Pershing installées au centre de l’Europe.  C’est l’épreuve de force qui s’installe jusqu’en 1987, à l’avènement de Gorbatchev qui va reculer. Les deux menaces sont retirées.

Dans l’intervalle d’immenses manifestations, surtout en Allemagne, mobilisent des millions de pacifistes, au premier rang, ma famille allemande (Hanna, la mère de mes enfants). L’écho est moindre en France, le danger semble plus distant. Et puis la « dissuasion nucléaire » française donne une impression de sécurité -bien légère dans l’hypothèse d’un conflit nucléaire généralisé. Ce danger m’obsède à la différence de beaucoup de mes concitoyens. Mon ami Philippe, alors journaliste, documente en profondeur l’ampleur de la menace.

Autour de moi les discussions partent dans tous les sens : les partisans du désarmement total et sans conditions (pacifistes rêveurs), les pacifistes prosoviétiques (une tradition des communistes depuis le « mouvement de la paix » des années 1950-60 ) , et les partisans d’un désarmement négocié parmi lesquels je me range . La question ne bougera qu’avec l’arrivée de Gorbatchev et puis la chute de l’Union Soviétique. Plus tard, ce sera une autre histoire avec la montée en force de Poutine

Les guerres de l’ex-Yougoslavie (1991-2001)

Avec le délitement du bloc soviétique c’est un pays proche de l’UE (Belgrade est à 1500 km de Paris), communiste mais plutôt original, uni derrière un dirigeant charismatique, le maréchal Tito ,  qui va éclater en vol entre 1991 et 2001, entrainant une myriade de conflits meurtriers pour les différentes populations mais impliquant aussi des forces occidentales de l’Otan dont la France. La guerre a fait près de 100 000 morts — dont la moitié sont des victimes civiles — et deux millions de réfugiés

A l’époque je faisais partie des nombreux français préoccupés par cette actualité, mais incapables de comprendre la situation. On n’y pigeait rien, entre la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie Herzégovine, le Kosovo, la macédoine du Nord, le Monténégro. Si les guerres sont maintenant terminées depuis 20 ans, les foyers de conflit sont toujours actifs.

Les guerres du Moyen-Orient

La Palestine

1948 c’est la naissance d’Israël officialisée par l’ONU. Mais l’ONU avait en fait créé deux états. Le peuple juif à la recherche d’un refuge après les horreurs de la Shoah, s’installe sur les terres de Palestine, au nom de leur ancienne présence.

Problème : Les terres sont occupées, habitées, cultivées depuis des siècles par des familles palestiniennes qui seront chassées au cours d’une courte et violente guerre. Pour les Palestiniens c’est la « Naqba », la catastrophe qui les amènera pour la majorité dans des camps de réfugiés de Palestine et dans les pays voisins (Jordanie, Liban). Au Liban , la présence des réfugiés palestinienne sera à la source d’une terrible guerre civile ‘1975-1990).

 De cette date jusqu’à nos jours le conflit Israélo- Palestinien restera incrusté dans tous les conflits de la région. Depuis 1948 Israël est une nation en guerre perpétuelle.

Guerre « des 6 jours » juin 1967- Vainqueur de l’affrontement, Israël occupe la Cisjordanie et le Golan.

Guerre « du Kippour » octobre 1973 Israël en difficulté négocie un accord avec l’Egypte

Les Accords d’Oslo en Septembre 1993 laissent espérer un règlement à deux états. La mise en œuvre est sabotée par l’extrême droite israélienne avec l’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, avec la montée des mouvements radicaux palestiniens (le Hamas) et la seconde intifada ( 2000-2005) .Tout du long Israël a soutenu ,voire  organisé la colonisation dans les territoires occupés.

Et puis les opérations récurrentes sur Gaza dont la dernière guerre totale d’anéantissement de 2024-2025

Le 11 septembre 2001

Tout le monde se rappelle l’attaque des tours jumelles (et sur le pentagone) organisé par Al-Qaïda. Dans le mois qui suit GW Bush réunit une coalition -dont la France – pour envahir l’Afghanistan et faire tomber le régime des Talibans suspectés de protéger les terroristes. C’est une longue guerre/occupation qui va s’étendre jusqu’en 2021, jusqu‘au départ piteux des américains. Une guerre à 1000 milliards de dollars – avec la mort de 3500 soldats américains et 90 tués français. Un gros traumatisme pour la société américaine.

Mais les USA ne s’arrêtent pas là.

Le gouvernement américain affirme sans preuve que le pouvoir de Saddam Hussein (resté en place après la première guerre du golfe1990-1991) en Irak détient des armes de destruction massive, il déclenche une invasion massive de ce pays avec le concours d’une coalition des occidentaux – à l’exception notable de la France.

Sur toute la planète on assiste en direct à l’opération militaire : une espèce de téléréalité ou un jeu vidéo en réel – les missiles dans la nuit de Bagdad.

On connaît la suite, le pouvoir mis en place par les USA connaîtra les pires difficultés à s’affirmer, laissant la place à la montée de l’Etat Islamique

L’état Islamique

La montée de l’islamisme ne date pas de début du XXIème siècle. Dès 1979 le régime du shah est renversé en Iran au profit d’un régime théocratique qui va soutenir dans la région tous les mouvements islamistes, laissant au second plan le nationalisme laïc arabe des indépendances.

Ce qui est nouveau avec l’EI, qui est proclamé en 2013, c’est la perspective du Califat : il ne s’agit plus seulement de créer un mouvement, mais bien d’installer un territoire, un état où l’Islam triompherait enfin et réglerait tous les aspects de la vie des citoyens, des fidèles. Ce qui implique le Djihad, des conquêtes sur le terrain et des interventions (des attentats) partout pour traquer l’« empire des incroyants ». Le Califat a vocation à s’étendre à tous les pays musulmans.

S’ouvre alors une décennie de combats meurtriers où se mobilise la coalition occidentale avec le concours des forces Kurdes qui viendra à bout (provisoirement ?) de l’EI.  En Europe, particulièrement en France les attentats se multiplient, nous amenant à un état de guerre non déclaré avec des troupes sur place au moyen Orient et un traumatisme général sur notre sol.

Les guerres de Poutine

Dans une adresse à la nation en 2005, le président russe avait développé sa vision du monde, passé un peu inaperçue par les observateurs et responsable occidentaux.

« La disparition de l’URSS est la plus grande catastrophe géopolitique du XX e siècle. »Il ne s’agit pas simplement d’une nostalgie mal placée mais la formule ouvre une perspective de restauration possible et souhaité par Poutine.

Dès son arrivée à la tête de la fédération de Russie, c’est en Tchétchénie que Poutine donne toute sa mesure guerrière, dans ce territoire de la Fédération, en proie à un soulèvement indépendantiste à coloration islamiste. La Tchéchénie sort anéantie du conflit. Kadirov,  un fidèle du Kremlin reprend brutalement le pouvoir.

Et puis la Géorgie en 2008 :  Moscou s’appuie sur la volonté d’autonomie des minorités russophones dOssétie du Sud et d’Abkhasie pour une opération militaire impliquant 40 000 soldats russes qui menacent même la capitale Tblilissi.  Poutine accepte d’arrêter ses troupes. Mais les deux territoires (20 % de la Géorgie) sont annexés par la Russie.

Pour la Crimée le schéma est proche et là ce sont des « petits hommes verts », des militaires russes sans identification qui vont prêter main forte à quelques activistes pro-russes. Un référendum va donner une forme légale à ce coup de main.

L’Ukraine c’est un plus gros morceau. En 1994 le jeune état ukrainien (avec la Biélorussie, et le Kazakhstan) avait accepté de confier son arsenal nucléaire (très important, du temps de l’Union Soviétique) à son puissant voisin la Fédération de Russie, moyennant des garanties de sécurité promises par les signataires du mémorandum de Budapest : les Russes et les occidentaux.

Entre temps, la société ukrainienne a conquis sa liberté (avec la révolution orange – Maïdan 2013) , contre l’influence russe et s’est rapproché de L’UE et de l’occident , au grand dam de Poutine qui théorise l’inexistence de la nation Ukrainienne et s’appuie là aussi sur l’existence de populations russophones dans le DonBass. Pour Poutine la Novorossia doit réunir tous les territoires   de l’Empire Russe autour la Mer Noire et plus généralement toutes les populations russophones dans son « étranger proche ».

On connait la suite : le 24 février 2022 et l’invasion (sans le succès espéré par le Kremlin). La riposte ukrainienne va amener le pays à tenir tête à l’envahisseur jusqu’à maintenant.

L’Europe se réveille avec une guerre à ses portes, avec un « allié » américain qui fait défection.

80 ans de paix – la guerre toujours en arrière-fond

Oui quand on regarde de près ces « 80 ans de paix », la guerre n’a jamais été absente.

Ce long intermède pacifique nous a changé – il m’a changé pour ce qui me concerne.

A 20 ans je me réjouissais de mon exemption du service militaire. Les casernes étaient pleines et l’armée pas très désireuse d’accueillir ces classes d’âge si nombreuses et si contestataires.

Cela faisait mon affaire et me confortait dans mon antimilitarisme. A l’été 1973, pendant les grandes manifestations, j’étais aux côtés des paysans du Larzac qui refusaient l’extension du camp militaire.

Pendant toutes ces années je fus complètement indifférent, voire hostile aux choses militaires, plus attentif aux luttes populaires.

La guerre était présente dans les actualités, elle était présente dans nos esprits, dans nos mobilisations politiques mais pas dans nos réalités quotidiennes… Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine

Cette guerre en Ukraine a modifié profondément mon regard, par sympathie vis à vis de ce peuple courageux qui se bat pour sa liberté, par une conscience nouvelle que leur guerre est aussi la nôtre, que Poutine peut aussi pousser son avantage jusqu’à menacer le reste de l’Europe et par un sentiment de solidarité vis-à-vis de ces peuples de l’Est aux avant-postes.

Pour les européens, la guerre n’est plus un objet lointain, elle devient possible 

Du coup je me suis intéressé aux informations sur la guerre. Finalement je n’ignore plus rien des différentes sortes de drones, des mérites comparés des chars américains Abrams et des Léopards allemands, des commandes de chasseurs F35 par les armées européennes… et je me réjouis du renforcement des armées sur le sol européen.

 On a vraiment changé d’époque. La menace russe et la défection des alliés US met en avant la nécessité que l’Europe se réveille et se renforce, y compris militairement.

Tous derrière l’Ukraine et Zélensky ?

L’image nous a tous marqué Zélensky humilié en direct à la maison-Blanche. Le président Ukrainien a tenu tête avec dignité et courage au duo Trump-Vance qui ne voulait rien entendre de sa demande de garantie de sécurité en vue d’un cessez-le feu, Le « leader du monde libre » reprenant totalement le discours de Poutine

Heureusement le dimanche suivant 19 chefs d’état (des européens, mais aussi le canadien Trudeau) affirmaient leur soutien à Zélensky, pour une paix durable, respectant la souveraineté territoriale et le sécurité de l’Ukraine . 

Cette unanimité fait chaud au cœur et sans doute réconforte les citoyens Ukrainiens. Il reste à trouver la formule qui permettra d’avancer, désormais sans les américains.

Et dans notre scène politique française, quels sont les répercussions de ce bouleversement ?

  • Coté Bloc central. Pas de surprise, aligné derrière les initiatives de Macron.
  • Du côté du RN : pas de surprise. Une grande « retenue » qui masque à peine une franche satisfaction de voir ainsi rapprochées, voir superposées les visions de leurs deux chers amis Poutine et Trump. Le RN ne souhaite pas rappeler sa  proximité avec Poutine et son  accord avec Trump, conscient que les deux personnages n’ont pas un image positive auprès des français. Le temps est loin où Marine Le Pen, en pleine campagne de 2017 ,s’affichait avec le nouveau Tsar de la Russie.

Du coté de Mélenchon c’est plus compliqué. On se rappelle la grande compréhension du leader insoumis pour les arguments de Poutine .  « En Syrie, poutine fera le nécessaire contre l’état islamique » (en fait c’est surtout les opposants à Bachar que la Russie va bombarder).

  • Rappelons aussi le terrible retard à l’allumage pour dénoncer l’agression russe du 24 février 2022 et la compréhension pour les arguments  Poutiniens ( Les nazis à Kiev,  l’OTAN qui menace la Russie …), son opposition à l’envoi d’armes à Kiev , a fortiori de troupes

Je me suis toujours interrogé sur cette inclination persistante de Mélenchon envers le Kremlin. Ma théorie, c’est que la seule boussole de l’insoumis en matière d’International, c’était l’opposition totale aux USA. Tout ce qui pouvait s’opposer aux US devait être soutenu : Fédération de Russie et même le pouvoir de Pékin. Sans parler de Maduro au Vénézuéla

Mélenchon trumpiste ?

Avec le revirement de Trump qui est maintenant le meilleur allié de Poutine, les choses se compliquent. Alors après avoir rappelé les « erreurs » passées des soutiens de l’Ukraine la « servilité atlantiste »sous influence américaine, Mélenchon est devenu le meilleur défenseur de la Paix sur notre continent. ( Voir son blog melenchon .fr) .Mais quelle paix ? Rappelons qu’il y a peu il prônait une conférence générale sur la sécurité en Europe. Sous l’égide bienveillante de la Russie, évidemment, dont le programme était explicitement le suivant :Annexion de la Crimée  et du Donbass , démilitarisation de  l’Ukraine, »dénazification «  du régime (exit Zélensky , au profit d’un homme compatible avec le Kremlin),  Refus de toute adhésion à L’OTAN, à L’UE , Retrait des forces Otan de tous les pays de l’Europe de l’Est.

C’est vrai que, lorsqu’on porte le regard en arrière, une partie pacifiste  de la gauche a soutenu le compromis de Munich favorable à Hitler en 1938, c’est aussi Le parti communiste qui a salué le pacte germano-soviétique en 1939. Tout cela au nom de la paix… on connaît la suite.

Avec ce genre de paix , je crois qu’il vaut mieux commencer à apprendre le russe .

Une agriculture sans agriculteurs *

Voici plus de 50 ans, un livre nous annonçait « La Fin des paysans ». Quand l’ouvrage sort, en 1967, le constat dressé par Henri Mendras fait l’effet d’une bombe :

le sociologue y prédit rien de moins que la disparition de la civilisation paysanne et son remplacement par une autre, technicienne. « C’est le dernier combat de la société industrielle contre le dernier carré de la civilisation traditionnelle », prévient-il en introduction.

Que s’est-il passé depuis ? Si tout le monde s’accorde sur la place décroissante des agriculteurs dans l’économie, la société et la vie politique de notre pays, le modèle et la réalité de l’exploitation « familiale » comme base essentielle de la production agricole n’a pas vraiment été contesté. De tous les bords , de la FNSEA qui a tout intérêt à maintenir cette fiction, de la Confédération Paysanne qui milite pour le maintien et le développement d’une agriculture paysanne, de la classe politique dans son ensemble, on feint de ne pas voir une évolution qui modifie profondément les conditions de la production agricole. Pourtant comment ne pas voir ce vrai chambardement ?

Les agriculteurs : de moins en moins nombreux !

1 587 600 en 1970 ; 389 000 en 2020 : un nombre d’exploitations divisé par quatre en cinquante ans. Et ce n’est pas fini : 342 000 attendus en 2025. Premières victimes les exploitations d’élevage et généralement les petites fermes. Les chiffres ne surprennent pas, tant la tendance est connue et vérifiée sur plusieurs décennies

La part des agriculteurs exploitants dans l’emploi total ne représente en 2021 que 1,5% contre 7 ,1 % il y a quarante ans.

Les terres délaissées sont d’abord vendues aux voisins qui s’agrandissent, entraînant l’augmentation des surfaces moyennes. Entre 1970 et 2020 la superficie moyenne a augmenté de 50 ha .elle est actuellement de 69 ha (comparable à l’ Allemagne , mais 2,5 supérieur à l’Espagne, 3 fois à l’Italie). Cette croissance en taille profite aux moyennes et aux grandes exploitations.

De la ferme à la firme …

Cultiver la terre en famille est une figure maintenant largement minoritaire. Le temps est loin où le couple partageait la même activité agricole (aujourd’hui 80% des conjoints n’ont pas d’activité sur l’exploitation), où le grand-père à la retraite donnait la main aux travaux des champs et où au moins un des fils avait le statut d’ « aidant familial » .

L’agriculture « familiale » se réduit maintenant à un chef d’exploitation travaillant souvent seul (42% des exploitations en France) ou avec des salariés et associés non familiaux. Les exploitations authentiquement « familiales » ne représentent plus que 30% des exploitations et 28% de la production agricole française.

Reste la propriété foncière comme caractéristique familiale. La terre s’acquiert encore essentiellement par l’héritage. Au moment des successions, les frères et sœurs ne se satisfont plus comme jadis de l’indivision, ou de soultes au long cours lorsque le frère resté à la ferme tentait difficilement de dériver une partie des revenus vers les collatéraux. D’où le succès des outils financiers : Groupement foncier agricole GFA, société civile d’exploitation agricole SCEA, ou même société anonyme SA, SARL. Les collatéraux se comportent de plus en plus comme des investisseurs, pouvant valoriser ou même vendre leurs parts, ou exploiter via un prestataire, plutôt que de conclure des baux avec un fermier trop protégé à leur goût.

L’agriculteur désormais seul à organiser la production ne peut lui-même tout faire et maîtriser toutes les opérations.

D’où une explosion de la sous-traitance, du recours à des firmes spécialisées dans les travaux agricoles et même le conseil à la conduite de l’exploitation, sans parler de l’intervention d’acteurs en amont (coopératives, fournisseurs), ou en aval (coopératives aussi et distributeurs, labels …)

L’agriculture familiale est un modèle qui n’a plus vraiment de réalité sauf dans des secteurs particuliers : produits régionaux de qualité, élevage de montagne, petit maraîchage/horticulture, agriculture bio, qui se maintiennent et se développent à coté de ce grand chambardement.

 Comment peut-on promouvoir un modèle d’agriculture paysanne et à quelle condition ? Telle est la question urgente qui se pose à tous ceux qui se sentent concernés par la production de notre alimentation.

*J’ai repris le titre d’un livre excellent : Une agriculture sans agriculteurs de François Purseigle et Bertrand Hervieu éditions Sciences Po

Salut les confinés ! -10-

À la Une

Biens et services essentiels ? Ou pas ?

Depuis mardi 17 mars nous sommes confinés. Comment la vie se déroule-t-elle dans ce village du péri-urbain lyonnais? Comment nous tenons-nous au courant de la marche chaotique du monde entre Venise, Copenhague et Washington où nous avons des amis ? Quels débats, quelles attentes, quels espoirs germent-ils dans cette situation de douce réclusion?

Danièle nous avait conseillé dans son blog  de suivre l’invitation du philosophe Bruno Latour  à l’auto-description proposée dans un article paru le 30 mars sur AOC :

Il s’agit de définir, en période de confinement, quelles sont les activités qui vous manquent et quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas.

Et j’ai trouvé que c’était plus intéressant de commencer par les secondes. Car l’occasion est unique de disposer d’une page blanche où il n’y aurait plus de machines à fric du sport professionnel, plus de cours de bourse, plus de pèlerinage à La Mecque ou à Lourdes, plus de safari pour riches au Kenya, plus de semaine au soleil à Saint-Domingue avec des vols low cost, plus de courses automobiles ou de publicité partout. Je les cite en vrac, je vais essayer de hiérarchiser et préciser.

Commençons par la publicité.  Est-ce que ça me gêne vraiment, moi, en tant qu’individu ? Pas d’hésitation, c’est oui !

Pas une demi-heure devant la télé sans qu’on m’invite à acheter un SUV 200cv, de cette marque, de cette autre, et puis celui-ci qui est connecté, cet autre qui passe partout… Quand on sait que personne n’achète des voitures neuves sauf les entreprises et les particuliers aisés de plus de 60 ans. Les autres, plus fauchés, se rabattent sur l’occasion ou les premiers prix. Au bout du compte, on dit que ce sont 3,2 milliards € (à comparer aux 3,8 milliards de la redevance) qui partent ainsi en spot télé. Sans les pubs pour les bagnoles, TF1, M6 ou autres C 8 n’auraient plus qu’à fermer boutique. Si l’on rajoute les autres médias (les journaux papiers, la pub internet …) c’est 16 milliards. Et le double, 33 milliards, si on rajoute les autres canaux de la «communication» (marketing direct, mécénat,relations publiques …)! L’équivalent du budget de l’assurance chômage ou des dépenses de recherche-développement dans les entreprises!

Quand j’achète un yaourt Danone, c’est 15% de son prix qui part dans la pub, autant que les salaires des employés qui contribuent à sa production.

Est-ce que d’autres seraient gênés par la disparition de la pub ? Je n’en connais pas personnellement, chacun (les trois quarts des français d’après une étude) a sa petite astuce pour échapper à la pub : en profiter pour aller pisser, regarder ses mails, ou zapper sur une autre chaîne. Sur internet les bloqueurs de publicité ont un grand succès, au grand regret des annonceurs et de Google.

Sans la publicité, beaucoup de média disparaîtraient :TF1, C8, …Hanouna au chômage, qui s’en plaindrait ? En tout, pas mal d’emplois, dont beaucoup sont précaires pour les techniciens ou trop payés pour les vedettes.

Si on n’a plus la pub, il faudrait bien que les médias soient payés par les utilisateurs : la redevance (les chaînes publiques) ou l’abonnement : le modèle Canal+, les chaînes payantes, Netflix, l’information comme Médiapart. Et c’est le client, l’utilisateur qui décide et pas le système médiatico-publicitaire.

Dans le monde d’après, ces arguments devraient convaincre nos décideurs de supprimer ou de relativiser fortement la publicité. (voir l’excellent article des économistes attérés ) Eh, bien ! Non ! C’est le contraire qui se passe.

Ainsi la majorité macronienne a décidé que le sauvetage de la pub, étranglée par le confinement, était une grande cause nationale. C’est Aurore Bergé, députée LREM qui est montée au créneau.

Rapporteure générale du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, elle propose, à coté de l’autorisation d’un peu plus de pub dans les programmes,  la mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses de communication. Il y a urgence, d’après elle, à soutenir les médias mais aussi l’affichage, durant cette crise du coronavirus. Chaque euro dépensé viendra donc en diminution de l’impôt versé par les entreprises, donc payé finalement par les contribuables.

Les citoyens ont l’impression que la pub, c’est la condition du gratuit, mais c’est un faux-semblant. Cette pub c’est le consommateur qui la paye, c’est moi quand j’achète un yaourt Danone, c’est moi quand je paye mes impôts pour permettre que les entreprises déduisent leurs frais de pub. Tout ça pour venir polluer notre environnement immédiat : écran télé ou internet, séquences radio, couloir des métros…

Et pour sourire et vous donner des idées pour utiliser le stock de papier hygiénique et de Sopalin que vous avez dans vos placards: les autoportraits dans les toilettes d’avion de Nina Katchadourian :

Salut les confinés ! -8-

À la Une

L’indispensable confinement

Près de la moitié de l’humanité confinée ! Un fait sans précédent, une expérience sans comparaison : les épidémiologistes les plus confirmés n’ont pas de certitudes. Quelques précédents sont examinés à la loupe :

La grippe espagnole, si elle a peu généré de mesures publiques dans une Europe sortant à peine d’une guerre terrible, a fait l’objet de plans locaux aux USA. Ainsi on a pu comparer les résultats entre les différentes villes : des mortalités qui passaient du simple au triple avec un avantage pour les confinements stricts.

En 2020, en compilant les données de différents pays, les épidémiologistes de l’Imperial Collège de Londres, le centre le plus pointu en la matière, souligne l’effet du confinement : en France ce sont 2500 morts évitées au 30 mars.   

Et puis l’exemple de la Chine en train de lever les barrières à l’issue d’un confinement réussi a fini de convaincre les responsables européens, puis tous ceux de la planète avec quelques exceptions.
 Il faut dire que la plupart des gouvernements, mal préparés, n’avaient pas beaucoup d’alternative : peu de masques, peu de tests, peu de protections, peu de lits de réanimation… Alors on revenait aux vieilles méthodes, apparues au Moyen-Age et qui finissaient par obtenir des résultats.

 Mais il y a confinement et confinement ! Et le diable est dans les détails. Ainsi on a vite passé sous silence le fait que la quarantaine de Wuhan ne s’était pas réduite au slogan « Restez chez vous ! ». Les autorités chinoises ont ainsi inspecté toutes les familles du périmètre qui étaient ravitaillés de l’extérieur, diagnostiqué les malades pour les isoler dans des hôtels transformés en centres d’isolement, multiplié les test …

Une quarantaine très active sans se cantonner comme en France aux contrôles policiers sur la voie publique, comme on sait bien faire dans notre cher pays démocratique. Une efficacité qui inspire d’ailleurs à nos responsables et commentateurs officiels français des sous-entendus à peine voilés, des soupçons sur le nombre réel, bien plus grand, dit-on, de morts, sur le thème « les chinois nous ont menti ! ». Une manière de se dédouaner face aux accusations d’impréparation qui leur sont adressés à juste titre.

Les limites du confinement

Du coup, les autorités montent en épingle les « manquements » au confinement, traquent les rassemblements, couvrent de honte les urbains réfugiés dans leur résidence secondaire…

Ils oublient que le confinement ne peut pas être total comme nous l’avons expliqué à l’épisode précédent. Les activités « essentielles » concernent entre 4 et 6 millions de salariés. Il faut bien faire tourner les hôpitaux, les centrales électriques, les circuits d’alimentation pour la population et bien d’autres activités, dont la liste s’allonge petit à petit. Nous nous sommes réjouis, par exemple, de l’annonce ce week-end de l’ouverture des jardineries pour garnir notre potager de plants de salades, de tomates, de courgettes qui seront bien utiles pour un confinement qui risque de durer…

Ces salariés qui se déplacent sur leur lieu de travail sont exposés au virus, plus (les soignants) ou moins (les jardiniers). Ils ont des familles qu’ils peuvent exposer au virus. Les porteurs sains peuvent continuer à contaminer pendant le confinement.

Le confinement « gèle » la progression de l’épidémie, il réduit les contaminations, les hospitalisations, les décès. Tout le monde s’en réjouit à juste titre. Mais il ne supprime pas l’épidémie qui ne sera vraiment éradiquée que le jour où une partie importante de la population sera immunisée ou que le jour où un vaccin efficace sera disponible. Les épidémiologistes parlent d’un délai de 18 mois, sauf si on trouve des méthodes plus actives.

Sortir du confinement

Tout le monde parle des exemples singapourien, taïwanais ou coréen qui ont obtenu des résultats très encourageants sans confinement généralisé. Le secret commun : une détection massive par test, un traçage numérique des contacts, un isolement ciblé des positifs.
Les sondages montrent que les Français, les Européens sont prêts à entrer dans de tels dispositifs, en accompagnement d’un déconfinement progressif.
Et puis la mise au point tant espérée de traitement devrait faire baisser les entrées en soins intensifs, les décès et ainsi relâcher la pression sur les hôpitaux.  
C’est pas pour tout de suite, mais il faut s’y préparer !
Pour l’instant : RESTONS CHEZ NOUS !

A voir une video de Maxime Lambrecht

histoire de climatisation

Ça a commencé l’été dernier en 2018, dans ce petit village du Poitou où mon fils Andréas et son épouse Dorine ont acheté une maison ancienne, propriété de M . Roblin, alors décédé.

Le père Roblin était assez bricoleur, à sa manière : roi de la prise électrique dans tous les coins, y compris au fond de son jardin, adepte du fil de fer dont il entortillait le moindre arbuste, spécialiste des WC broyeurs, indispensables à ses yeux, en l’absence de tout à l’égout et accro aux plaques de polystyrène expansé, sous toutes ses formes, motifs et reliefs, du sol au plafond.

Et question installations thermiques, c’était quasiment un collectionneur : Deux cheminées à bois dont un insert fermé, un chauffage central au fuel avec des radiateurs dans chaque pièce et … une pompe à chaleur (Froid/chaud) avec une unité également dans chaque pièce. Bref, un record pour une maison qui n’est pas très grande.

Lequel de ces trois modes de chauffage allait conserver Andréas dans son futur aménagement ? Les cheminées à bois (le combustible ne manque pas dans ce territoire fortement rural), le chauffage central (à condition de remplacer la vieille chaudière au fuel par une plus récente consommant des granulés de bois), la pompe à chaleur (qui n’a pas à rougir de son bilan énergétique et qui en plus du chauffage l’hiver produit de la fraîcheur l’été) ?

Un choix radical : le poêle de masse

Eh bien ! Ni les uns ni les autres. Il avait choisi (avant même d’examiner la situation, il en rêvait depuis longtemps) : Ce sera le poêle de masse !

Apparemment, ça ne vous dit rien…. Si vous n’êtes pas abonné à La maison écologique, Il vous faut quelques explications. Jadis, on trouvait ce genre de chauffage dans les contrées du Nord-Est et aussi en Allemagne, ces grandes installations, souvent carrelées de faïence, avec des bancs pour se réchauffer le dos. Nos constructeurs écolos l’ont remis au gout du jour.

On fait une grande flambée au début de la journée (pas question de le faire tourner au ralenti) et la chaleur se diffuse tout au long de la journée. Ses partisans mettent en avant le rendement de la combustion qui peut utiliser toute sorte de bois, la faible émission de particules et le confort thermique.  Ils oublient les inconvénients : se lever à cinq heures du matin pour espérer avoir une maison chaude pour le petit déjeuner, ne pas trop s’éloigner de l’unique source de chaleur de la maison, accepter un encombrement réel de l’espace à vivre pour caser l’installation (de 1 à 4 tonnes de matériaux accumulateurs). Et finalement un coût d’installation élevé, même en auto- construction. Bref la formule s’applique surtout aux convaincus. Et Andréas l’était pour deux malgré beaucoup d’avis négatifs autour de lui.   

Il aurait pu garder un mode de chauffage complémentaire, surtout pour les pièces distantes du poêle. Mais cette idée lui déplaisait. Ses convictions lui interdisaient une solution mixte : non au compromis ! 

La clim à la casse !

Alors les radiateurs du chauffage central sont partis à la casse, de même que la chaudière. Pour la pompe à chaleur c’était plus compliqué.

Le groupe extérieur est relié aux unités intérieures (les splits) par un réseau de tubulures qui distribue le fluide frigorifique (liquide à l’aller, gazeux pour le retour).  Un fluide toxique pour l’environnement et très actif dans le réchauffement climatique : 2087 fois plus réchauffant que le CO2 ! Les 3,3 kg de gaz de l’installation « pèsent » autant que 7 tonnes de CO2, soit 40000 km en voiture moyenne, un peu plus que le tour de la terre ! Alors avant de démonter, il faut récupérer le gaz. De toute façon, c’est la loi !

Mais s’il est facile de trouver un installateur, peu d’entre eux acceptent le rôle de désinstallateur, d’autant plus que la manipulation des gaz réclame une formation spécifique et une attestation. En insistant Andréas a pu trouver le professionnel adéquat. Mais il lui fallait encore se débarrasser du matériel. C’est là que moi, son père, j’interviens.

Depuis la canicule de 2003, il devenait évident que ce genre d’épisodes se renouvellerait et s’amplifierait. On l’avait vu ensuite en 2006, en 2015, et ce n’étaient pas les dernières. Personnellement J’ai du mal à supporter ce genre de situation et l’avancée en âge n’arrangeait rien.

Lorsque ces étés torrides nous surprenaient pendant les vacances en Camping-Car, pas d’hésitation, nous grimpions en altitude. Nous avons ainsi de bons souvenirs de bivouacs au Tourmalet, au Galibier et autre Izoard.

Lorsque nous étions à la maison, pas d’autre solution que fermer les volets, calfeutrer les ouvertures, en attente du léger rafraîchissement de la nuit et du petit matin pour faire des grands courants d’air. Mais on a le sentiment que ça n’est plus à hauteur des difficultés.

Face aux canicules à venir, les bonnes pratiques d’aération et d’isolation des bâtiments ne suffisent plus. Nous avons beaucoup investi dans notre maison pour isoler le toit, changer les fenêtres et les volets, installer une ventilation double flux. On en voit les effets sur la facture de chauffage l’hiver, mais lorsque, au cœur de l’été, le thermomètre est bloqué autour des 40°, rien n’y fait.

Alors en 2015, j’ai installé une petite climatisation dans notre chambre, créant ainsi un point frais dans une maison surchauffée. De quoi éloigner la perspective d’insomnies dans des nuits torrides.

Et quand j’ai su qu’Andréas voulait se débarrasser de son matériel de climatisation j’ai saisi l’occasion.

Récupérer le matériel

Alors il m’a ramené du matériel, je suis passé en prendre. Sans que nous sachions exactement de quoi nous aurions besoin. L’inventaire nous donnait une unité extérieure (pompe à chaleur) puissante (8kw en froid avec 4 sorties vers l’intérieur), et deux unités intérieures (splits de 2,5 kw chacun). Largement suffisant pour rafraîchir le bureau et le séjour. D’autant plus que Danièle, plutôt frileuse, craignait que je transforme notre logement en pôle Nord.

Première étape : trouver un installateur !

Il ne me fallut que quelques coups de fil pour conclure qu’aucun installateur n’était candidat à réinstaller du matériel en réemploi. Pour de bonnes et sans doute de mauvaises raisons :

  • Les bonnes : avec du matériel usagé on ne peut pas assurer une garantie de l’installation, même si vous nous signez une décharge.
  • Les mauvaises, donc les non-dîtes : Le bénéfice de leur chantier, ils le trouvent dans leur commission sur le matériel (ils peuvent doubler le prix des fournitures)

J’étais désespéré ; tant d’effort pour récupérer le matériel d’Andréas, tout ça pour rien !

L’installateur, c’est moi !

Quand Clara, ma fille cadette, qui travaille dans la construction, m’a éclairé sur un point déterminant. On peut installer une clim soi-même à la condition de procéder à la mise en service grâce à l’intervention d’un spécialiste gaz (qui, en général, n’assure pas lui-même l’installation). Alors fini l’idée de laisser l’installation à une entreprise, c’est à moi de m’y coller ; je ne peux compter que sur mes compétences, bien maigres dans ce domaine. Mais pas de raison de ne pas y arriver !

Avec l’aide de quelques tutos sur YouTube, notamment celui de D.J Plomberie

Le plus difficile : réaliser des raccords frigorifiques (qui doivent supporter une pression de 30 bar), le dudgeon :

Ça y est je me lance : et d’abord les fournitures. Bitubes cuivre isolés, goulottes, raccords. Avec les outils indispensables – dudgeonnière  etc., c’est déjà un budget non  négligeable.

Et maintenant le chantier démarre. Je craignais de me retrouver seul pour des travaux quelquefois difficiles : ouvrir un passage à travers le mur extérieur, percer deux fois à travers la dalle entre le RDC et l’étage, déployer et former des tubes semi-rigides de plus de 5 m…  Je comptais peu sur l’aide de Danièle, plutôt hostile à la clim.  Entre la chaleur et la fraîcheur, Danièle choisit sans hésitation : un 23° en clim lui paraît « froid » et elle proteste d’emblée. Mais elle reconnaît aussi mon inconfort dans la canicule et, en bonne camarade, a décidé de m’aider.

Après plusieurs jours de travaux lourds (les percements, l’installation de goulottes) et d’autres plus minutieux (les raccords « dudgeons », les branchements électriques), l’installation est prête à l’épreuve du démarrage.

Le jour dit, les techniciens du gaz débarquent avec leur matériel. Leurs doutes devant une installation effectuée par un amateur sont vite dissipés : le test de l’Azote à la pression de 30 atmosphères démontre l’étanchéité du circuit : zéro fuite ! Il s’agit ensuite de mettre au vide les tubulures afin d’éliminer totalement l’air et l’humidité, avant de libérer dans le circuit le gaz emprisonné jusqu’ici dans l’unité extérieure.

C’est ensuite le moment décisif du démarrage des unités intérieures reliées électriquement à l’unité extérieure. Suspense ! Les voyants passent au vert… mais au bout de quelques minutes se mettent à clignoter et le groupe extérieur n’a pas démarré. Echec !

Rien ne marche !

Le technicien est perplexe ; il entrevoit une explication : le groupe extérieur est prévu pour quatre unités intérieures ; il peut démarrer avec trois, mais pas avec deux. Confirmation du SAV du fabricant. Il faut donc un troisième split !

Pas d’autre solution que d’en commander un supplémentaire, neuf sur internet. Au bout de quelques jours le matériel est livré, nous pouvons commencer les travaux pour installer une troisième unité.

Heureusement, j’avais prévu un troisième départ dans le passage du mur extérieur, mais reste à tirer les tubes et traverser une nouvelle fois la dalle séparant le RDC de l’étage, avec une belle destruction de la paroi de la cage d’escalier.

Au bout de quelques jours, tout est en place pour la visite du technicien. Même procédure, même contrôle d’étanchéité. On démarre l’installation. Nouveau suspense … Et ça recommence : les voyants passent finalement au clignotement.

Défaut de communication : l’unité dernière génération ne communique pas avec le groupe ancienne génération. Alors c’est mort ! Tous ces efforts pour rien ! Je suis effondré.

Andréas avait encore deux unités intérieures, des consoles posées sur le sol, ç’aurait pu convenir. Mais lorsque je le contacte, il m’apprend que c’est trop tard, il vient de les brader sur le bon coin. Impossible de retrouver l’acheteur.

Alors, que faire ?

– rééquiper toute l’installation en neuf. Plus de 2000€ supplémentaire et envoyer l’ancien matériel à la casse.

– ou bien retrouver un split ancienne génération. Le technicien appelle quelques contacts : mission impossible !

A la recherche d’un troisième split

Par acquis de conscience je fais un tour sur Le Bon Coin. Rien ! En élargissant avec une requête plus vague et France entière. Bingo ! je tombe sur l’oiseau rare. Un artisan du coté de Nantes liquide un vieux stock dont un split ancienne génération jamais servi ! L’affaire est vite conclue, le vendeur s’occupe du transport avec Relais Colis et j’envoie mon chèque de 120€.

L’espoir de terminer avec succès ce chantier renaît. J’attends avec impatience l’arrivée du colis. Trois jours de délai. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Colis mal identifié, disparu,retrouvé, réexpédié : au bout de 23 jours et pas mal de doutes et d’inquiétudes, le colis est arrivé à destination. Je le réceptionne. Il correspond exactement à ce que j’attendais.

RDV est pris avec le technicien. Avec les congés du mois d’août il faudra attendre 3 semaines. Trois semaines pour savoir enfin si l’installation peut fonctionner avec ce troisième split.

Le jour arrive. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : il faut vider la canalisation avant de pouvoir remplacer le split, le matériel requis n’a pas été anticipé par le technicien.

RDV une semaine plus tard, le technicien arrive avec le matériel nécessaire On essaie …Bingo, ça marche !!!

Il ne reste plus qu’à débrancher le split inadapté et rebrancher l’unité compatible.

Finalement tout marche. Au bout de trois mois de chantier avec ses avancées, ses pauses imposées, ses attentes … L’installation est vraiment puissante. Trop puissante au goût de Danièle. Rassure-toi, Danièle, on n’y aura recours qu’en cas de grosse canicule !

Agriculture : à Paris et dans le Berry : Quel avenir ?

On ne  parle plus beaucoup de la paysannerie. En France elle représente moins de 3% de la population active avec 450 000 exploitations. C’est désormais moins que le nombre de petites entreprises artisanales (<20 salarés) du bâtiment.  Chaque jour  260 exploitations disparaissent mais chaque mois le nombre des exploitations moyennes et grandes augmente (au-dessus de 61 ha en 2013).SALON-AGRICULTURE-MARS-2017

Alors qu’on ne mentionne le Salon Mondial du bâtiment nulle part ailleurs que dans les revues professionnelles, chaque année on parle de l’agriculture au moins pendant deux semaines à cheval entre février et mars avec le salon International de l’Agriculture de Paris, qui attire plus de 600 000 visiteurs.

Quelles sont  les raisons de cet intérêt  persistant ?

-La plupart des français ont un grand-père , un arrière-grand-père (ou plus loin encore) agriculteur dans un pays qui est resté agricole  plus longtemps que ses voisins européens.

-Chaque jour les produits agricoles se rappellent à notre souvenir dans nos assiettes  dont le contenu devient chaque jour un sujet de préoccupation grandissant. L’agriculture industrielle est de plus en  plus mise en cause.

– La place des appellations, des labels, des indications géographiques constitue une exception française sur la planète. «  Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre ! » disait le Général de de Gaulle. En fait on en recense 1200.

-L’agriculture est concernée au premier chef par l’usage et l’entretien de l’espace rural qui occupe 70% de l’espace national  contre 57% en moyenne européenne. C’est l’avenir de nos paysages, nos champs, nos forêts, nos montagnes, nos chemins, nos étangs qui est en jeu.-L’agriculture française avec  75 milliard d’€ est la première puissance agricole dans l’Union Européenne. Cependant cette domination s’amenuise chaque année notamment au niveau des exportations agricoles.  De premier exportateur, elle est passée en troisième place derrière les Pays-Bas et l’Allemagne. L’Union Européenne est de moins en moins un dispositif de protection et de régulation. Ce qui introduit des notions de concurrence internationale (dans les marchés mondiaux et même à l’intérieur de l’Union Européenne) et des notions de compétitivité.

– Si l’agriculture se porte plutôt bien, beaucoup d’agriculteurs rencontrent des difficultés au niveau du revenu, avec de fortes variations selon les années, selon la météo, selon les productions, selon le type d’exploitation.

La Commission des comptes de l’agriculture nationale a dévoilé ce jeudi 14 décembre ses prévisions pour l’année 2017. Elles indiquent une hausse du revenu agricole de + 22,2 %. Cette augmentation intervient après une année 2016 catastrophique (- 29 % de baisse du revenu) et n’est pas encore suffisante pour rattraper le niveau précédent. Les secteurs gravement touchés par la crise de 2016 reprennent pied : la production de céréales est en hausse mais pas les prix ; en revanche ceux du lait augmentent. Quant à la viticulture, elle connaît une baisse des récoltes. Enfin, le prix des pommes de terre s’effondre.(ex  Terre.netMedia 14 déc. 2017.

Alors tout le monde s’interroge sur l’avenir de l’agriculture  et des agriculteurs.

Dans le Berry

Je reviens d’un séjour dans les grandes cultures du Cher. Ce n’est pourtant pas la Beauce, championne de la grande culture,  mais ça s’en rapproche : 115 ha en moyenne par exploitation (contre 55 au niveau national). On voit encore des bosquets, des haies mais ils deviennent de plus en plus espacés autour de parcelles qui comptent des dizaines, voire des centaines  d’ha.  ferme ruineLes fermes grandissent au fur et à mesure des départs, des abandons des fermes voisines qui sont vite rachetés par un  plus gros. Les terres sont regroupées, mais les bâtiments, désormais inutiles, restent  abandonnés (photo ci-dessus), voire rasés pour installer des éoliennes. Les bourgs ruraux ont du mal à maintenir leur population, leurs commerces et leurs  services, sauf ceux qui ne sont pas trop loin des métropoles.

On perçoit bien dans cette région que cette désertification est liée à la transformation de l’agriculture. Et cette évolution n’est pas près de s’éteindre.  Les grandes cultures de nos campagnes sont maintenant en compétition avec les grandes plaines de l’Argentine ou celles de l’Ukraine. L’agriculture intensive française (et sans doute européenne) a des rendements bien supérieurs mais elle est coûteuse en foncier et en intrants. Elle ne peut concurrencer les pays tiers qu’en poursuivant sa course folle aux économies d’échelle.  En céréales on parle de viabilité économique autour de 500 ha. En élevage les projets de fermes aux 1000 vaches se multiplient, après l’exemple de l’Allemagne qui est beaucoup plus avancée.

A côté des grandes cultures, on peut néanmoins observer la montée de productions plus artisanales, voire même de niches, souvent  liées au tourisme, qui ont plus d’atouts aux yeux de la jeune génération.

Ainsi jean, qui cultive 500ha en grande culture, a deux filles Cécile et Stéphanie. Lorsqu’il s’agit de prévoir la succession, Stéphanie n’est pas tentée de s’investir totalement dans la gestion de cette grande exploitation. A l’inverse de Cécile,  elle choisit de donner la priorité aux activités périphériques : la location de gîtes et  l’exploitation de truffières avec l’aide de son chien Alfi dressé à cet effet, avec beaucoup de vente directe.

Un autre Jean, un de mes amis de quarante ans, a développé, à coté de grandes productions de céréales, un vignoble qui bénéficie d’appellations (Quincy et Reuilly). vendanges 024Maroussia , la seule de ses trois filles intéressée par l’agriculture, n’a pas pour projet de reprendre la grande culture mais juste le vignoble. Une grande partie de la production est écoulée en vente directe ou sur les salons spécialisés. Une manière de mieux maîtriser ses débouchés.

Ainsi dans ce département très agricole,  à côté des grandes cultures omniprésentes, montent des activités agricoles qui s’appuie sur des appellations : Sancerre, Quincy, Reuilly, crottins de Chavignol, moutons  berrichon du Cher, souvent en lien avec la gastronomie locale. Des activités qui séduisent de jeunes professionnels.

On peut y voir  les prémisses de l’évolution de l’agriculture en France.

Vers deux agricultures ?

  • Les grandes cultures, en compétition avec les grandes agricultures des pays tiers, ne peuvent évoluer que vers plus de surfaces, plus de mécanisation. Les petites surfaces sortent du jeu, les moyennes sont en sursis. Une certaine forme d’élevage industriel, à la recherche de rentabilité et d’économie d’échelle, a sans doute de beaux jours devant elle, malgré la mauvaise publicité auprès des consommateurs français. Mais le beurre, la poudre de lait français des futures fermes des mille vaches peuvent (s’ils ne ruinent pas leur image comme Lactalys) séduire les consommateurs chinois.
  • Une deuxième agriculture rassemblera des activités qui sont plus proches du consommateur intérieur : cultures bio, appellations, vente directe, AMAP. La qualité ce n’est pas seulement le respect de quelques normes d’hygiène et de composition. Elle est de plus en plus perçue comme un rapport particulier du consommateur avec le produit et le producteur.appelations berry

Ces deux agricultures n’ont pas grand’chose en commun, à part le foncier sur lequel pèse la pression des grandes fermes et leur soif inextinguible d’agrandissement. Pour la seconde agriculture, le prix du foncier agricole est trop élevé, il pèse à l’excès sur son développement. Quant à la grande culture, son salut n’est pas forcément dans l’intensification des pratiques (toujours plus d’engrais, de pesticides) qui est très coûteuse pour l’exploitant et pour l’environnement.

La divergence de ces deux agricultures ne peut que s’approfondir. Il est de plus en plus difficile d’unifier socialement et politiquement ces deux mondes.

Alors, faut-il  encore souhaiter longue vie au Salon de l’Agriculture ?