Chronique de la Buchette: le bitume et les pâtures

Des infos, des commentaires, des analyses sur les phénomènes urbains, ça ne manque pas : le malaise des banlieues, le rayonnement culturel du centre ville, les nouveaux quartiers chics de l’agglomération. Mais qui se soucie des lotissement péri-urbains, de cette « banlieue molle » des périphéries plus ou moins opulentes ? Le Clairon vous donne l’occasion d’être en prise directe avec ce phénomène peu traité par les médias, à travers une publication régulière sous l’en-tête « Chroniques de la Buchette ».

La Buchette, il y a trente ans c’était la pleine campagne à proximité de l’agglomération lyonnaise (12 Km du centre ville). Les habitants des environs venaient y chasser, car les lapins et autres lièvres grouillaient entre les vergers et les cultures. Mais le mouvement d’urbanisation n’était pas loin et il s’est imposé à un rythme continu depuis. Le paysage en est profondément modifié.

 

Il n’est pas de mois où on découvre dans telle parcelle, dans tel chemin creux un nouveau permis de construire et une extension de voirie.Des nouvelles constructions

Le foncier devenant de plus en plus cher, on construit des maisons de plus en plus vastes sur des terrains de plus en plus petits.

Les ronds-points surélevés, les réseaux d’égout, les trottoirs tirés au cordeau, les lampadaires flambant neuf mais au design rétro, les bacs à fleurs : les élus s’en donnent à cœur joie pour donner un aspect civilisé (selon leur conception) et finalement prétentieux à ce qui était une simple mais agréable bourgade rurale.

Parallèlement l’activité agricole qui n’a pas encore disparu change de nature :

bovins à l\\\'embouche

autrefois fondée sur un triptyque céréales, élevage et arboriculture fruitière, elle se réduit de plus en plus aux prairies plus ou moins délaissées où paissent quelques chevaux et autres bovins à l’embouche.On pose les clôtures pour y laisser des troupeaux à l’année, hiver comme été, avec une surveillance minimum. On se croirait dans les vertes collines du Charolais.

On arrache les vergers, on sème le ray-grass qui restera à demeure, pour créer de nouveaux pâturages. Les verger de poiriers en voie de régression

Explication : les agriculteurs vieillissant préfèrent attendre la valorisation de leur foncier en vendant progressivement leurs terres à des promoteurs plutôt que d’exploiter leur ferme pour un modeste revenu qui n’a rien à voir avec les plus-values espérées sur les terrains. C’est donc une agriculture d’attente qui, heureusement, préserve le paysage mais signe aussi la fin progressive de la paysannerie autour de l’agglomération.

 

Pour résumer : la Buchette c’est, à la différence de Marly-Gomont, à la fois le Bitume et les pâtures.

3 commentaires sur “Chronique de la Buchette: le bitume et les pâtures

  1. Que de nostalgie dans cette chronique! Le genre s’y prête. Ma petite maison dans la prairie n’est plus ce qu’elle était. Les élus amateurs de béton frais, les nouveaux propriétaires entichés de colonades et pire encore, les agriculteurs tapis derrière les haies qui restent, ces damnés de la rente foncière, tous ces gens là m’encerclent et me pourrissent le paysage. Habiter à quelques minutes du centre de Lyon et vivre parmi les vergers est un immense privilège qu’il faut peut-être accepter de partager ?

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  2. Les économistes parlent du paradoxe de composition, formulé le premier par Keynes.Il prend l’exemple d’une salle de spectacle. Si, au cours d’une représentation une personne se lève pour mieux voir, elle améliore sa situation personnelle… si elle est la seule à le faire. En effet, si tous les spectateurs se lèvent, aucun spectateur n’enregistre plus de progrès dans sa vision du spectacle alors que tous les spectateurs se retrouvent dans une situation moins confortable (debout /assis). Ainsi lorsque les citadins , épuisés par le stress et l’enfer urbain, se ruent vers les périphéries bucoliques, cela a pour conséquence de dégrader, pour tout le monde, le mode de vie et le paysage de ces villages, les transformant ainsi en banlieues plus ou moins désagréables. La solution c’est d’appliquer des règles qui puissent ménager à la fois l’égal accès de chacun à l’espace mais ausi préserver- ou aménager de manière raisonnée – le paysage. Bref des règles d’urbanisme. Dans l’Ouest Lyonnais on en est loin; c’est plutôt le Far West , dès le moment où on a les moyens de payer le ticket d’entrée. 

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  3. Des règles d’urbanisme en péri-urbain permettant l’égal accès (et donc l’accès à la résidence permanente) de chacun (et donc de tous…!) et préservant de plus le paysage rural historique (bourg bien délimité + agriculture dynamique)…

    ne sommes nous pas en train de définir la quadrature de la (petite) couronne?

    Ces règles existent pourtant pour échapper aux avatars des « banlieux molles » que tu décris avec justesse, elles s’appuient à mon sens avant tout sur des critères de densité, faisant passer ipso facto l’incertain péri-urbain du côté d’une certaine… urbanité !

    Longue vie aux « chroniques de la bûchette » !

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