Ubaye : une vallée en équilibre

La vallée de l’Ubaye joint la haute Durance à la frontière italienne, à sa source, sur les flancs du Monte Viso. Longtemps possession de la Savoie, elle ne fut rattachée à la france qu’en 1713. Vallée frontière, l’activité militaire a marqué le paysage, notamment avec les étonnants forts de Tournoux et Saint-Vincent.

L’effet d’une frontière est de séparer mais aussi de relier, dans un subtil équilibre, le proche, le local avec le lointain, l’étranger. Et la population de la vallée, accrochée à une terre difficile, a très tôt montré un intérêt pour le grand large. Les colporteurs de la vallée se retrouvent dès le XIIIème siècle aux pays-bas, où ils ouvrent des comptoirs.

avenue-diaz.1221122803.jpg Au XIXéme siècle, c’est au Mexique que les valeïans font fortune et reviennent au pays à Barcelonnette et y construisent des petis palais, donnant même à une de leurs avenues chics le nom d’un président mexicain qui leur fut favorable.

la-sapiniere.1221123015.jpg Une des premieres de ces habitations fut La Sapinière, belle demeure bourgeoise qui abrite aujourd’hui le musée de la vallée et le bureau du Parc du Mercantour. En témoigne également les spendides sépultures qui jalonnent les cimetières de la vallée.

L’opulence n’a duré qu’un temps; il en reste cependant un réel esprit d’entreprise qui s’applique maintenant à la première activité de la vallée : le tourisme. Les station de Sauze, de Super-Sauze, de Pra Loup ont attiré dès les années 1950 de nombreux skieurs.

eglise-sauze.1221151654.jpg A Sauze (ci-contre l’église du hameau) et Super-Sauze, les villages d’origine situés sur la commune d’ Enchastrayes sont accrochés sur les rebords des roubines, ces hauteurs érodées constituées de fragiles marnes noires comme du charbon. Ces nappes constituent une menace permanente dans un équilibre instable . Le glissement de terrain de Super-Sauze est ainsi périodiquement ausculté par les géologues.

C’est dans ce cadre, au début du siècle dernier que Pierre Magnan place séraphin Monge, énigmatique héros de La maison assassinée qu’on retrouve dans Le mystère de Séraphin Monge. Fuyant son destin et un amour impossible, il se réfugie tout en haut d’Enchastrayes, dans la forêt où il abat des hêtres immenses que le glissement de terrain engloutit. Lui-même disparaît finalement dans cet océan mouvant de boue argileuse.

En face c’est le Riou Bourdoux qui laisse en mémoire ses crues dévastatrices qui emportaient le flanc de la montagne avant que d’immenses travaux d’aménagement et de reforestation viennent enfin domestiquer la violence des éléments.

Mais la montagne sait aussi se montrer douce, ses alpages accuillants pour le promeneur, ponctués de bergeries au milieu de pelouses en fleur.

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Plus en aval, loin de la violence des éléments , on trouve la vallée du Laverq. La Blanche de Laverq descend directement de la Tête de l’Estrop (2961m), le point culminant des Alpes de Haute-Provence, qu’on aperçoit partout, de Digne au signal de Lure.

La route grimpe doucement le long de la rivière, en contournant la Montagne de la Blanche. Bientôt la fin du goudron, aux Clarions où nous nous arrêtons pour acheter du fromage de chèvre.

gr-laverq.1221207586.jpg C’est ensuite le GR qui continue sur un chemin gravillonné qu’empruntent encore de nombreuses voitures. Nous avançons au milieu de hautes prairies. Les épis des graminées ont pris, en cette fin juillet, une curieuse  coloration rousse qui tranche avec le vert tendre omniprésent. Au fond se dresse la Grande Séolane (2909m)

abbaye-laverq.1221206843.jpgNous arrivons bientôt à l’abbaye de Laverq, aujourd’hui abandonné. A l’entrée du hameau, un refuge qui propose le gîte et le couvert . On peut aussi s’assoir sur sa terrasse pour y prendre un café. Une association s’emploie à restaurer les batîments de l’abbaye et à créer des animations l’été dans ce hameau reculé. La randonnée continue ensuite jusqu’au Plan Bas où les voitures stationnenent , la circulation est interdite au-delà. On se trouve à 1640 m. On peut monter jusqu’au pied de l’Estrop , à 2400m, pour voir les Eaux Tortes. Ce sont de curieux marais d’altitudes où les eaux ont tracé des chenaux tortueux dans les tourbieres. Mais nous nous arrêtons avant cette étape. A la descente , nous nous apercevons que l’adret est plus habité que nous le pensions : des bergeries parfois aménagées en résidences d’été. Décidément le Laverq est une vallée accueillante.

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2 commentaires sur “Ubaye : une vallée en équilibre

  1. bonjour cher Monsieur, je viens de lire vos notes sur l’abbaye du lavercqdu 12 SEPTEMBRE 2OO8. Celle-ci n’est pas abandonnée, mon beau frère y a sa résidence principale et y vit.
    les anciennes maisons de nos ancêtres ont été retapées par certains descendants au grand bonheur de tous , dès les beaux jours les nombreux enfants de nos familles s’égaient avec joies dans ce merveilleux vallon et font revivre le pays de nos grands parents qui , j’en suis sure, de là-haut, sont fiers de voir cette jeunesse suivre leur lignée ET aimer leur vallée.
    bien a vous et bonne journée, MME TRON MARYSE

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