Normalisation en Camargue ?

 

Connaissez-vous ce pays où l’on peut marcher sur la plage du lever au coucher de soleil sans rencontrer une seule route, une seule marina, où les autochtones construisent sans titre de propriété des cabanes en bord de mer, où les flamands roses se trouvent si bien qu’ils ont installé dans l’étang des fangassiers leur plus grande colonie nicheuse d’Europe.

C’est sans doute pour cela que nous y revenons de loin en loin , pour dormir à deux pas des vagues, là où le hasard a mené notre fourgon.

Beauduc n’existe pas sur les cartes , pas de route, pas de village, pas d’eau, pas d’électricité. Il n’y a que le golfe de Beauduc, immense, de la Pointe des Sablons aux Saintes-Marie de la Mer. Et cette poignée de cabanes, dont deux restaurants qui accommodaient avec talent les produits de la pêche locale.

Pirate_1 Mais cette Camargue a un petit parfum d’anarchie. Et le drapeau noir flotte sur Beauduc. La plupart des cabanons sont installés illégalement. La loi littoral qui devait protéger nos rivages de l’emprise du béton des promoteurs, s’applique aussi à ces constructions hasardeuses, souvent à l’origine une caravane pourrie, Beauduc quelques canisses pour se protéger du Mistral qui règne en maître sur ces étendues sans obstacles, ou un vieil autobus et quelques planches.

Cette agglomération de « Sam suffit » du bout du monde s’est réveillée le 30 novembre 2004 au bruit des bull-dozers. Pelleteuse

Rasés les deux restaurants et un bon nombre des 48 cabanes qui étaient installées sur le domaine public maritime.

 

Les visiteurs sont nombreux en ce week-end du 1er mai et beaucoup ignorent la tragédie du petit peuple de Beauduc. C’est une autre vie pour le golfe qui est devenu un des « spots » les plus courus de Kite Surf Kite_1 (le surfiste est tracté par un grand cerf-volant).

Ambiance sportive, familiale, jeune, les surfistes dorment dans des fourgons sommairement aménagés ou dans des tentes de randonnées à l’abri de la moindre dune. Nous ne sommes cependant pas les seuls, avec de spacieux camping-cars, à profiter du confort de notre fourgon aménagé, à l’abri d’un mistral qui ne cède même pas à la nuit tombée.

 

A Piemanson, plus à l’Est, vers l’embouchure du grand Rhône, l’ambiance est plutôt à l’effervescence. Là aussi les autorités ne sont pas restées inactives et la Piemanson plage a été débarrassée pendant l’hiver des caravanes stationnées depuis des lustres.

Mais dès l’apparition des beaux jours, commence un étrange ballet de petites caravanes tirées par de gros 4X4 ou de grosses caravanes tirées par de petites berlines à bout de force, toute sorte d’équipages fébriles de retrouver l’emplacement idéal du dernier été . ( à voir : le beau reportage photo de Cyrille Weiner )

 

Un kilomètre plus loin un panneau prévient Nudiste_1

« Ici, on vit nu ». Vu la fraîcheur de la bise, je dois dire qu’on n’a pas pu vérifier.

 

 

Curieux de savoir où finit vraiment la Camargue, nous avons pris le bac de Barcarin. Direction le They de Roustan et le They de la Gracieuse au large de Fos sur Mer, qui prend tout simplement le nom de Plage Napoléon. On retrouve les mêmes rivages interminables, les cordons dunaires, les lagunes en voie d’assèchement, mais le public est urbain, on vient pour quelques heures de Marseille ou de Port Saint-Louis et on rentre dès que le soleil baisse.

Il est temps aussi pour nous de repartir.

La maison de retraite – Mammy fait de la résistance

Le hasard a voulu que je passe les premiers jours de ma retraite à organiser, avec ma sœur, l’installation de ma mère ( 94 ans) dans une résidence pour personnes agées au nom prometteur des « jardins d’Hestia ».

Ma mère s’était toujours montré très hostile à l’idée d’abandonner son domicile familier, inconsciente des risques vitaux qu’elle y courrait désormais, sans assistance permanente. Voulant donc préparer le terrain, je lui glissais, l’air de rien, lors d’une visite à l’hôpital gériatrique où elle finissait sa convalescence : « Tu sais, on a visité une maison de retraite qui a l’air très bien. J’en ai parlé au médecin, il serait très favorable au choix de ce genre d’établissement »

« Mais tu n’es pas malade, me répond-elle, l’air pas concerné. Tu n’as pas besoin d’une maison de retraite. »

Malice ou confusion mentale ? Malgré sa perte presque totale de mémoire récente, ma mère avait bien enregistré que j’étais désormais à la retraite. Et elle avait sans doute décidé d’esquiver complètement nos allusions préliminaires.

Greyzieu Et nous voici malgré tout, trois jours plus tard, dans cette magnifique résidence avec une mère décidée à faire de la résistance. Personne n’échappe à ses remarques négatives, ni le médecin, ni les infirmiers, ni évidemment ses enfants : « Vous êtes bien trop contents de vous débarrasser de votre vieille mère ! » lance-t-elle à la cantonade.

De notre coté, nous luttons contre cette entreprise de culpabilisation, dans laquelle ma mère excelle, en énumérant tous les avantages réels que présente cette remarquable résidence.

Mais nous sommes bien obligés d’enregistrer en nous-mêmes un constat : il n’y a quasiment plus de valides parmi les pensionnaires, sans compter les déficiences mentales. Décidément, les maisons de retraite n’existent plus, elles se sont transformées en centres spécialisés d’accueil du grand âge.

Y a t-il une vie après le boulot ?

A force de reporter les tâches domestiques, les réparations urgentes, les travaux saisonniers en se disant : « j’aurais bien le temps de le faire quand je serai à la retraite », ma tendance naturelle à la procrastination n’a fait que se renforcer. La liste des taches urgentes n’a cessé de s’allonger. Evacuer les déchets du jardin à la déchetterie, réparer la tondeuse et …préparer la piscine pour les beaux jours.

Me voilà maintenant au pied du mur, je ne vois pas comment m’accorder des délais supplémentaires, des motifs d’inaction.

On est donc allé voir la piscine de plus près. OLYMPUS DIGITAL CAMERACe n’était plus le clair bassin qui suscite généralement l’envie irrésistible de piquer une tête, d’autant plus que la chaleur accumulée sous la couverture transparente donne toujours un avantage de plusieurs degrés par rapport à la saison.

Ce n’était plus qu’un infect marigot, plein d’algues, qui formait un tapis verdâtre de la consistance de la vase.

Face une situation aussi désespérée, les remèdes préconisés se situent souvent aux antipodes :

-la méthode douce : Aspirer le fond, pomper, filtrer longtemps, appliquer les produits et attendre que la verdure s’atténue jusqu’à disparaître au bout de plusieurs semaines.

-la méthode radicale : vider tout, envoyer à l’égout 65 m3, tout nettoyer, remplir et redémarrer.

Comme souvent lorsqu’il s’agit de rythme et de style, nous nous sommes opposés Danièle et moi. Je penchais pour la méthode douce, elle était partisane du scénario radical. Bien évidemment chacun ne voulait pas en démordre. Rentrant un soir d’un déplacement, elle s’imaginait que je m’étais rangé à ses arguments. A tort. Au lieu de vider, j’avais entrepris de remplir pour mieux filtrer. « C’est incroyable d’être entêté à ce point ! Tu es à la piscine ce que Villepin est au CPE! » La comparaison jeta un froid dans nos relations…Elle reçut finalement le renfort des spécialistes qui préconisent une vidange complète tous les 3 ans

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La verdure a reculé, le Karcher s’est activé, non contre la racaille des banlieues selon Sarko, mais contre les algues qui se nichent partout. La piscine sera prête pour les beaux jours.

Mais il y a des moments de doute où on essaye d’établir la balance entre les bienfaits de la natation, le bien-être du corps dans la fraîcheur de l’eau qui nous fait échapper à la canicule et les contraintes de la surveillance des paramètres du bassin, le nettoyage des filtres et les gros travaux de printemps. Il n’est pas rare que l’on regrette ce jour où l’on s’est décidé, l’esprit léger et un peu insouciant, d’installer une piscine devant sa maison. Car, une fois creusée et équipée, elle est là, et pour longtemps. Pas question de revenir en arrière, de la revendre comme une bagnole qui ne plaît plus, de la faire disparaître par magie, à moins de la transformer en fosse à compost. Je pense qu’aucun propriétaire de piscine n’a jamais échappé à ces moments de désespoir secret.

Apparemment, cette expérience n’est pas transmissible, à voir le nombre de chantiers qui pullulent dans ces lotissements pour salariés aisés qui nous entourent. De toute façon, leurs habitants ont pour règle de conduite d’éviter de parler à leur voisins et a fortiori de leur demander leur avis. Dommage !

Villepin- Le retrait ou la retraite ?

Ca y est ce lundi matin, Villepin annonce solennellement le remplacement du CPE. Interdit de parler d’abrogation, de retrait. Des fois que l’opinion publique, voire son propre camp réclament sa retraite !

Villepin

Le CPE ne méritait sans doute pas toute l’émotion (en faveur ou contre) qu’il a suscité .

La méthode a été mauvaise et pire encore depuis le moment où Chirac s’en est mélé. Et quand on examine les arguments des promoteurs du CPE, on n’est toujours pas convaicu:

1- Ca aurait permit à plus de jeunes en difficulté de rentrer dans les entreprises – perplexité ? !. C’est vrai que les jeunes peu qualifiés, ou appartenant à des quartiers stigmatisés ou présentant un aspect un peu trop bronzé ont de très grosses difficultés à se stabiliser dans un travail. Mais on ne voit pas un seul instant en quoi le CPE aurait réduit ces discriminations.2- Ca crée de l’emploi – Faux : Lorsqu’ils ont de l’activité les employeurs ont toute lattitude pour embaucher en CDD , intérim. Lorsqu’ils embauchent en CDI , il faut savoir qu’ils peuvent le rompre à tout moment ( en respectant les préavis) et cela ne leur coûte rien lorsque l’ancienneté est inférieure à 2 ans.

3- Ce qui n’est pas dit et que le MEDEF pense très fort: c’est que les employeurs ont peur des prud’hommes. Ils savent que quand ils donnent une fausse motivation à la rupture du contrat, les salariés peuvent demander et obtenir devant les prud’hommes des indemnités élevées. La non-motivation de la rupture est donc un élément central dans le CPE (ce qui n’aurait pas supprimé pour autant les démarches des salariés devant les prud’hommes- on allait ainsi devant un risque juridique encore plus imprévisible)

Alors bon débarras. Mais qu’est-ce qu’on fait pour les jeunes ? Il serait temps de s’en préoccuper sérieusement.

Ce qu’ils en pensent

 

 » La retraite de Norbert? Je la vois plutôt bien.» nous déclare Danièle.

Ce qu’en pense son épouse.

Tout n’a pas été si facile dans le couple autour de ce projet de retraite. Danièle a éprouvé successivement des sentiments très contradictoires. A tel point que nous publions trois contributions :

Nanou_id Dès que Norbert m’a parlé de prendre sa retraite, j’ai été enthousiaste.

Cela n’a pas été possible avec la cessation progressive d’activité et cela a failli ne pas se faire comme père de trois enfants; quelle angoisse ! J’ai cherché pour lui la documentation, j’ai appelé le ministère de l’agriculture, j’ai partagé ses inquiétudes, je l’ai encouragé à persévérer, surtout après le 31 décembre 2004 et la promulgation de cette loi scélérate (l’article 136 à l’application de laquelle il a échappé). Aujourd’hui c’est enfin possible et mieux encore, nous accédons ensemble à ce dont nous avions toujours rêvé: lui, l’inactivité qui lui laissera toutes ses heures libres dans l’intimité d’une solitude réflèxive et moi, un poste de responsabilté où les voyages, les injonctions de ma hiérarchie et les états d’âme de mes 60 collègues me laisseront tout juste le temps de lire Elle en diagonale.
De quoi meubler les conversations avec notre chien, autre projet que j’encourage fortement; mais nous ne sommes d’accord ni sur la taille ni sur le pedigree et Zazie m’a assuré qu’elle partageait mon avis. »

Le projet de retraite de Norbert a éveillé en moi des peurs considérables.

Une image me poursuivait: lui en robe de chambre, la table du petit déjeuner non débarrassée et le repas du soir improbable, alors que je rentrais harassée de Nantes ou de Paris; l’horreur pure! Je concevais bien une alternative, mais je la ressentais comme très culpabilisante: le transformer en homme de ménage à mon service et , de plus, je n’étais pas sûre qu’il soit d’accord.
J’ai donc proposé le divorce à Norbert comme solution de compromis ménageant nos intérêts personnels: lui sa retraite inespérée à laquelle il ne voulait pas renoncer et moi ma vision du couple, des droits et des devoirs de chacun.
Nous nous sommes progressivement orientés vers une autre solution: créer une résidence hôtelière et prendre un chien en pension.

La retraite de Norbert? Je la vois plutôt bien.

Je rentre, il a fait les courses et le ménage. Il a lu les journaux et fouiné sur internet et me fait part des nouvelles, des analyses politiques, de tout ce qu’il faut savoir et me signale quelques références à connaître. Je peux continuer à lire des romans tout en étant à la pointe de l’actualité politique et professionnelle. Il a réfléchi à deux ou trois projets de week-end et nous partons en camping-car. Nous faisons des photos chacun de notre côté et nous les comparons; je reconnais les oiseaux à leur plumage, il les reconnaît à leur chant. J’aime plus que tout être au bord de l’eau et dans de grands paysages dégagés, il aime les sous-bois, mais comme il est gentil nous n’y allons jamais. J’écris mon journal pendant qu’il illustre son blog. Je le rejoins en Sicile en avion pour un week-end prolongé (grâce à mes miles et à mes récupérations et autres RTT) pendant qu’il a tout le temps pour faire la route. Nous avons des amis suédois retraités en Andalousie et anglais retirés au Portugal. Il me prépare des petits plats pendant que je fais de l’aïkido et nous avons un chien (petit et intelligent). Le jardin et la piscine sont accueillants; je ne fais que les gros travaux qui ne demandent pas de soin mais produisent une saine fatigue. Nous vivons sans complexe le troisième âge des minorités sur-protégées des pays riches.

Ce qu’en pensent ses proches.

  • Certains mettent en doute son goût pour le travail, tous soulignent la variété de ses intérêts extra-professionnels.

Harry : Pour moi qui t’ai rarement vu au travail même quand nous y étions ensemble, le clairon de ton départ à la retraite sonne étrangement à mes oreilles.

Phil_panzano Philippe : Tu as toujours été à l’avant-garde…

Donc voici le précurseur parmi nous de la retraite.

Depuis longtemps ce destin te semblait promis, et comme on dit, aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années…

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Ebbe :Vraiment je te comprends, il y a tellement des belles choses à faire dans la vie sans un patron et tu sais bien le faire! Je suis actuellement au Bénin où je fais des enquetes au grand marché de Dantokpa. Après demain je pars à Parakou dans le nord.

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Maeva : Il me semble qu’il manque néanmoins quelque chose dans les perspectives hâtivement traçées par Le Clairon pour ta retraite : la plume ! Celle du poète, du narrateur, de l’essayiste ou du romancier, celle de ton choix, … ce serait trop dommage pour tes futurs lecteurs potentiels et/ou virtuels, dont je suis, de ne penser qu’à la création photographique !!! … plume d’oie ou écriture électronique avec laquelle tu as tourné autour du pot de nombreuses fois, en journaliste social ou en rédacteur-concepteur de presse spécialisée, isn’t it ?

Silvy : Quelle chance pour le camping-car de Norbert qui va pouvoir exprimer toute sa puissance sur les routes de France et de Navarre !!!

Quelle chance aussi pour son épouse qui va enfin pouvoir lever le pied et lui confier des tâches ménagères diverses et variées…

Pauvre Nono qui va regretter amèrement l’ambiance bon enfant du CRDC !!!

Allez va, bon vent à notre jeune retraité et pense à nous de temps en temps.

  • Les uns s’inquiètent de l’avance inexorable de l’age qui les guettent également, d’autres jalousent la future disponiblité du jeune retraité.

Patrick : Quelle nouvelle ! Moi qui me croyait à l’abri de ce genre d’information. Voilà qui annonce la parution de la liste des impétrants qui ne va cesser de croître, comme les rides, d’ailleurs.

Michel : C’est un enfoiré de nous quitter en plein combat contre le Cpe ! Il pouvait pas attendre un peu non ! Au moment où on a le plus besoin de lui, de ses analyses sur le fond (comme sur l’Europe), il s’ échappe. Mais qu’il ne se réjouisse pas trop tôt, je risque de venir plus souvent qu’il ne le pense à Lissieu (surtout quand il fera chaud ! ). Est ce que l’on se remettra de son départ ? Dieu seul le sait. Et encore !

Et je vais vous avouer quelque chose : Si la gauche (humour) revient aux manettes, et si ils remettent la préretraite fonction publique (80% 50%), je ne serais pas le dernier à me précipiter. Alors dans le fond, ma réaction ne serait-elle pas que de la vulgaire jalousie ?!

  • La plupart jettent un regard rétrospectif sur le bout de chemin qu’ils ont suivi ensemble.Avec bienveillance, en évitant la nostalgie.

Rose-marie : Mon ami, mon frère

Quand on s’est connu, il n’était qu’un camarade du syndicat, parmi les autres. Discret, pondéré, réfléchi, à l’écoute, pertinent.. Pas tout le contraire de moi, mais presque. Chemin faisant, on a appris à travailler ensemble, à se raconter, se dire, se lire et rire, à se connaître quoi. J’ai découvert d’autres traits de son caractère, la générosité, la fidélité, l’honnêteté, une droiture à toute épreuve qu’aucun article de journal ne saurait entacher, encore moins quand il s’appelle « Acteurs de l’économie » et qu’il va chercher ses « scoops » dans les eaux de la Loire alors que cela se passe dans le Rhône.

Très vite Norbert est devenu mon ami. Pas seulement l’ami sur qui tu peux compter et que tu le sais, et que, bien entendu, c’est réciproque. Non, l’ami qui t’attendrit, te fait fondre, t’émeut jusqu’aux larmes parce qu’il quitte celle qu’il aime, parce qu’il t’aime, parce qu’il l’aime, parce que, pour un homme, il sait si bien le dire, et tellement bien le faire. L’ami qui sait tellement bien partager que quand tu reçois de lui, il arrive à te faire gober que c’est toi qui as donné.

J’aime sa tribu, sa grande famille, d’aucuns diraient qu’elle est recomposée, mais d’aucuns disent parfois des conneries, pour quelle soit recomposée encore eût-il fallu qu’elle se décomposât, et ce n’est pas le cas.

Maintenant, cette famille là, j’en fais partie, c’est comme ça. Norbert, c’est mon frère. Mon frère de cœur, mon frère de combat, mon frère Norbert. Danielle ne m’en voudra pas ?

 

Christian : Le vieux Clairon sonne encore.

Non !

Le clairon ne meurt pas, ni même s’arrête.

Et s’il cesse de se faire entendre, ce n’est que pour mieux imposer son silence puis, pour le rompre à nouveau. Plus fort et plus haut.

Le second souffle du milita…nt, n’en sera que mieux entendu encore, teinté de sagesse diront certain, épris d’humanisme affirmerons les autres, assurément notre clairon continuera de résonner au delà des échéances administratives.

Le 6 juin 1962 le clairon Norbert était encore adolescent, à quelques heures de son quinzième anniversaire, peut être emboîtait il déjà les pas de son illustre saint patron confesseur et « prêchait l’inconvenance des fastes des nantis de son monde », il ne s’imaginait sans doute pas qu’un nourrisson [Christian est né le 6 juin 62, Norbert le 5 juin 48, tous deux formaient les conseillers ANPE à la négociation], 42 années plus tard louerait de concert avec lui les vertus de la concession et du compromis…

Je garde de notre clairon à la barbe blanche, une image contrastée, au sein de laquelle se mêle sérénité et détermination, combativité et respect, compromis sans compromission, ouverture et conviction

Que le clairon continue à retentir !

D’autres champ de bataille sont à labourer, d’autres tympans sont à faire vibrer

Bon souffle et… bon timbre !

 

interview

Norbert

Interview de Norbert Livet, formateur ANPE, avant son départ à la retraite

Alors, tu pars quand ?

Mon dernier jour de travail c’est le vendredi 14 Avril, le Vendredi saint, dernier jour de la passion du Christ, avant-veille de la résurrection de Pâques :

 » Mon Dieu, c’est comme si tout était neuf, comme si tout commençait depuis ce matin » (Charles Péguy).

Je ne suis pas croyant, mais je pourrais y voir un signe.

Déjà, la retraite ?

Je n’ai pas 60 ans (malgré une blancheur capillaire précoce), mais j’ai bénéficié d’une remise de peine de 2 ans grâce à une jurisprudence – vite annulée par une nouvelle loi- qui considère que les fonctionnaires pères de 3 enfants ont autant de droit à une retraite anticipée que leurs homologues féminins. Dans mon cas ce n’est pas un abus de droit, car j’ai pris une part active dans l‘élevage de mes 4 enfants, sans compter mes 2 belles-filles. Et d’ailleurs ma carrière s’apparente plutôt à celle d’une mère fonctionnaire (syndicaliste de surcroît !) : Disponibilité de 2 ans pour convenance personnelle, Congé de 2 ans pour élever un enfant, Temps partiel le mercredi, et au final pas d’autre promotion que l’ancienneté…

Un peu discret, ton départ de l’ANPE…

Je n’ai pas le goût des célébrations officielles, genre remise de médailles du travail.

Et puis l’ANPE, c’est pas plus de 20 ans dans un parcours hétéroclite : ouvrier agricole, attaché au Ministère de l’agriculture, journaliste au quotidien Rouge, restaurateur-libraire à Poitiers, conseiller à l’ANPE, membre du Conseil économique et social Rhône-Alpes, consultant en relations sociales, formateur interne de nouveau à l’ANPE … et syndicaliste depuis ma première fiche de paye.

C’est pour cela que j’ai préféré réunir, hors contexte ANPE, les collègues, les amis et les camarades militants pour une fête qui reflète cette variété bigarrée..

T’as des projets ?

A un moment où mes collègues conseillers ANPE sont mobilisés pour le suivi mensuel personnalisé, la construction d’un « Projet Personnalisé d’Accès à l’Emploi – PPAE» devient une injonction permanente pour tous les chômeurs concernés. Cet impératif du projet, omniprésent dans une société qui n’en a plus, semble aussi s’étendre aux retraités : un Projet Personnalisé de Retrait de l’Emploi – PPRE ? (pépère, hein ?)

Alors quel projet ? Un grand voyage (la Papouasie en camping-car) ? Des responsabilités syndicales (les retraités du Val d’Azergues), humanitaire (Chômage Sans Frontières), associative (les amateurs des pommes « belle de Boskoop ») ? Une liste « Oui à l’autoroute !» pour les municipales de 2008 ? Que sais-je encore?

Alors je dis STOP ! Je revendique une année sabbatique. Et que mon chemin ne soit inspiré que par mes envies, celles de mes proches ou … par le soleil qui pointe aujourd’hui derrière les arbres.

Tu as tout de même des idées, des buts poursuivis ?

L’important c’est de prendre le chemin, que l’on parte vers l’Est ou l’Ouest. Une heure ou deux de marche à pied quotidienne dans les sentiers des monts d’or, c’est une activité qui me convient. .

Alors bon pied, mais aussi bon œil, derrière le viseur d’un appareil photo. Avoir enfin le temps de peaufiner une mise au point, trouver la bonne lumière et exploiter ces images numériques aux multiples possibilités.

Et les partager sur le Web, avec un blog à venir…

Et puis rester branché, faire marcher sa tête et trouver les lieux ou les occasions d’échanges.

Les retraités sont rangés dans la catégorie « inactifs ». ça ne te fait pas peur ?

C’est vrai qu’à l’ANPE, question activité, on n’a pas le temps de s’ennuyer, soit qu’on ait toujours une file de chômeurs devant notre guichet, soit qu’on se trouve mobilisés dans le plan d’urgence pour l’emploi, dans le nouveau dispositif de formation d‘«alternance intégrative», ou dans le dernier contrat de progrès … Autant de bouleversements qui se succèdent à un rythme effréné.

Demain c’est plutôt le rythme des saisons qui dictera mes priorités : réparer la pompe à eau avant l‘été, couper la haie avant l’automne, aménager les chambres à louer avant la rentrée. Je ne m’inquiète pas de la menace de l’ennui.

Et comme dit Henry David Thoreau :

« L’art de la vie, de la vie du poète, c’est d’être occupé sans avoir rien à faire. »

Une pensée pour ceux qui restent ?

A force de parler de la guerre contre le chômage, de la bataille pour l’emploi, de mobilisation générale, ceux qui quittent, pour une raison ou une autre, les tranchées de l’ANPE sont considérés facilement comme des déserteurs ou au moins des planqués. Et les partants, souvent culpabilisés d’abandonner leurs collègues et les chômeurs à leur triste sort, se gardent bien d’afficher leur vif soulagement et s’interdisent tout commentaire apitoyé sur la situation qu’ils laissent derrière eux.

Si j’essaye de déroger à cette règle, je dirais ceci :

Je suis de ceux qui trouvent quelque bienfait au principe d’un suivi personnalisé et périodique des chômeurs. Mais, le danger principal qui guette à mon sens nos collègues, au-delà des moyens qui ne sont pas à la hauteur des ambitions, réside dans l’individualisation des objectifs et des méthodes pour gérer son « portefeuille » de chômeurs. Cette logique de l’individualisation, que nous connaissons aussi à la formation, s’accompagne d’une mise sous pression à tous les niveaux. Dans cette situation, le risque est grand de voir chacun essayer de « sauver sa peau», ce qui peut se révéler un poison pour le principe même de coopération dans le travail. Or, on ne peut pas exercer notre métier sans coopération, au risque de «péter les plombs » ou au moins d’être inefficace.

Il faut sauver le collectif dans les équipes, dans les agences, dans le respect du professionnalisme de chacun et souvent malgré ou contre le management. Je ne vous surprendrai pas en ajoutant que le syndicalisme, malgré ses défauts et ses manques, reste à mes yeux un appui essentiel dans cette entreprise.