IA et emploi : l ‘informatique va-t-elle  remplacer les travailleurs ?

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Cette question est dans toutes nos têtes. Si elle a pris un acuité particulière avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, elle n’est cependant pas nouvelle. Cela fait bientôt cinquante ans que les ordinateurs ont pris place dans les bureaux, les ateliers, les boutiques. Ils ont bouleversé nos pratiques au travail. On a souvent prédit une disparition des salariés concernés et une productivité croissante pour les entreprises et l’économie en général. Mais la réalité a démontré jusqu’ici le contraire.

« On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité », expliquait en 1987 l’économiste Robert Solow.( Robert Solow (1924-2023) – pionnier de la théorie de la croissance, prix Nobel d’économie pour une nouvelle approche de la croissance économique et de la part imputable à l’innovation technologique)

Or, à mesure que l’investissement dans les technologies de l’information augmente, la productivité des travailleurs peut stagner ou baisser au lieu d’augmenter.

Que s’est-il passé ?

On peut constater que l’informatique a permis la croissance vertigineuse du secteur des services, elle a permis l’inflation considérable de la bureaucratie dans les entreprises et les organisations, privées comme publiques. Très performante pour les traitements de masse (gestion des payes, des factures, versement des allocations, des remboursements de la sécurité sociale …)  elle a rendu les salariés plus efficaces, elle a nécessité des salariés mieux formés mais elle ne les a pas remplacés. Car cette informatique ne fait, de manière automatique, que ce que les programmeurs ont prévu

Mais ça, c’était avant, avant l’IA.

Maintenant l’IA répond à nos questions, qu’elles soient prévues dans la programmation ou pas.

A une condition : qu’elle puisse s’alimenter auprès des quantités fantastiques de données, les fameuses data.

Les médias ont popularisé les diverses formes d’IA génératives : elles peuvent générer toute sorte de textes ou d’images d’après les instructions qui leur sont données. Chacun d’entre nous a pu s’amuser à essayer diverses requêtes, le résultat est souvent bluffant. Les professions littéraires, les graphistes, les plasticiens, les communicants s’y intéressent et parfois s’inquiètent d’une disparition de leurs emplois.

Mais pour l’instant pas de raz de marée dans les entreprises. Pas plus de 5 % des entreprise ont pris le virage.

Et pourtant on imagine l’évolution des professions juridiques, par exemple, lorsque l’IA sera capable de « digérer » l’ensemble des codes en vigueur ( des millions de pages ) et , plus fort, l’ensemble de la jurisprudence correspondante. Plus besoin des armées de stagiaires, d’assistants, d’avocats en seconde ligne pour préparer la documentation en vue d’une plaidoirie.

Le secteur de la banque est un client potentiel majeur de l’IA. Est-ce la fin des conseillers ?

On s’alarme de la disparition du contact humain au plus proche du client. On oublie que le mal est déjà fait du fait du nouveau management qui a fortement dégradé la relation humaine dans le métier.

Prenons l’exemple d’une banque généraliste. A l’ancienne spécialisation des métiers (agent d’accueil, caissiers, agents administratifs, conseillers clientèle) a succédé le règne de la polyvalence. Le conseiller (pas d’autre dénomination) s’occupe de tout : il fait de l’accueil, de la saisie, du conseil financier, passe du Front au back-office,  il doit monter des dossiers de prêt (le cœur de métier), mais aussi proposer des placements, des  assurances, de la prévoyance, de la complémentaire santé, et même du téléphone mobile. Autant dire qu’il ne maîtrise correctement aucun de ces métiers. L’expertise est maintenant dans le système informatique.

Mon conseiller à la Caisse d’épargne est incapable de me préciser un taux d’emprunt ou un statut fiscal pour tel placement sans lancer un programme de simulation et rentrer mes paramètres. Encore heureux s’il le maîtrise suffisamment sans se trouver obligé de consulter un collègue plus expérimenté. Il est polyvalent sur tout , compétent sur rien. Mais néanmoins stressé car ses moindres faits et gestes – et résultats en termes de placement de produits- seront décortiqués mensuellement, voire hebdomadairement avec son N+1.

Alors, si toute la compétence est dans le système informatique, l’intervention de ce conseiller inefficace est parfaitement inutile. Passons à la banque en ligne. Et puis une IA astucieuse fera bien l’affaire, pensent les dirigeants du secteur.

De toute façon on sait bien que tout dossier un peu sensible sera décisionné au siège, peut -être par une autre IA.

Dans les banques, il s’a git de centaines de milliers d’emplois en jeu. Pour l’instant les principales banques sont d’une grande prudence. Même situation dans les assurances, des secteurs qui forment les gros bataillons du tertiaire, secteur qui emploie la grosse majorité des travailleurs de niveau intermédiaire.

Ainsi les grosses transformations de l’emploi ne sont pas pour tout de suite, mais surement pour bientôt. L’impact sur le marché du travail fait l’objet de prévisions diverses.

Le sujet a été au centre des réflexions du Forum mondial de l’économie de Davos en janvier dernier, préparé par une étude préalable intitulée :

Future of Jobs Report 2025 : 78 millions de nouvelles opportunités d’emploi

d’ici à 2030, mais un besoin urgent d’acquisition de compétences pour

préparer la main-d’œuvre.

Le titre annonce la tonalité plutôt optimiste du rapport – il ne s’agit pas d’un rapport spécifique sur les conséquences de l’introduction de l’IA dans les entreprises, mais de l’avenir de l’emploi mondial en général d’ici 2030, incluant toutes les tendances à l’œuvre : , vieillissement de la population, montée des services de santé, des services  à la personne, de la construction, de la restauration …

On peut en conclure une montée des métiers à haute compétence dans l’informatique et les services connexes  à un bout de la chaîne, un déclin brutal des emplois intermédiaires (qui occupent énormément de salariés dans nos sociétés développées). Le tout accompagné d’un fort développement des métiers de moindre qualification (et de moindres rémunérations).

Bref, une polarisation croissante du marché du travail entre le haut et le bas de l’échelle des qualifications. Et un avenir incertain (voire sombre) pour les emplois intermédiaires. Une mauvaise nouvelle pour des millions de salariés concernés.

Ces évolutions sont encore balbutiantes dans la majorité des entreprises. Elles vont s’accélérer à grande vitesse.

Beaucoup de réflexions se portent sur l’évolution du travail sous l’effet de l’introduction de l’IA dans les entreprises et les organisations. Il y a sans doute un effort d’anticipation à faire de la part des managers en termes de formation et d’organisation du travail.

Mais on reste hélas dans le flou concernent l’impact quantitatifs sur l’emploi. Que deviendront ces centaines de milliers de salariés à qualification intermédiaires désormais obsolètes. Seront-ils au chômage ou réorientés vers des qualifications inférieures-et de moindres salaires ?

Pour l’instant l’actualité retient la course de vitesse des acteurs de l’IA. Chacun investit à fonds perdu pour se positionner sur le futur marché. Donald Trump a annoncé la création de Star Gate, un consortium de plusieurs acteurs :  OpenAI (Chat GPT -Microsoft) , SoftBank , Oracle et la société d’investissement MGX, qui annoncent mobiliser 500 milliards de $ sur 5 ans . Elon Musk, créateur de XAI, jaloux de ne pas être de l’initiative, a déclaré « ils n’ont pas le premier dollar »

Récemment les Chinois ont jeté un pavé dans cette mare bouillonnante en présentant DeepSeeck, un outil efficace et beaucoup, beaucoup moins cher (paraît-il)  que les pionniers américains.

La bataille en fait que commencer.

 

Trump à la Maison Blanche – Quelle tristesse !

Comme beaucoup d’observateurs, j’essayais en ces premiers jours de novembre, de repérer les signes qui pouvaient rationnellement empêcher le pire. Mais rien n’y a fait : les Américains ont préféré ce clown dangereux qui a transformé la politique US en spectacle grotesque. Comment, vu de France, peut-on vivre ce moment ?  A quelques jours du 20 janvier 2025 , jour de prise de fonction de Trump…

Est-ce vraiment grave ?

 A part ses soutiens de ce côté de l’atlantique, plus ou moins discrets à l’image de Marine Le Pen, ils ne sont pas rares à se rassurer à bon compte : Finalement on a vu Trump à l’œuvre de 2016 à 2020. Il n’a pas transformé le régime en dictature, les contre-pouvoirs ont fonctionné.

Les « rassuristes «  oublient que Trump 2 n’a rien à voir avec Trump 1 qui était parvenu au pouvoir à la surprise générale et à sa propre surprise. Le Trump 2024 est plus préparé, on dit que ses équipes sont prêtes, le parti républicain est à ses ordres, il a conquis le Sénat avec des fidèles, et bientôt la chambre des représentants, la cour suprême lui est acquise. Rien ne s’oppose à ses projets qu’il a détaillés.  Au milieu des fake news, des injures, des pitreries, il y a un programme, un vrai :

Expulsion de plus de 10 millions d’étrangers (sans papiers ou même en situation légale ?) IVG interdite partout (c’est le projet des Républicains), misogynie à tous les étages, culte du chef, baisse des impôts pour les plus riches, suppression de l’éducation  publique , impunité pour les émeutiers du capitole, encouragement des milices armées, chasse aux « ennemis » de l’intérieur avec le concours de l’armée, suppression des médias anti-Trump, négation du dérèglement climatique, restauration d’une fierté blanche et raciste, rapprochement avec tous les autocrates de la planète…

Comment qualifier le Trumpisme ? Dictature, populisme xénophobe et libertarien, visée impérialiste aux dépens des voisins ( gare au Groënland, au Canada, au Mexique et à Panama) , certainement. Fasciste Trump ? ça y ressemble beaucoup, même si beaucoup d’analystes hésitent sur le qualificatif. A comparer au fascisme du XXème siècle, manqueraient au paysage : la militarisation de la société, l’utilisation d’un état fort (les trumpistes le préfèrent faible , sauf l’armée).

Quatre ans, c’est juste un mauvais moment à passer ?

La question obsédante face à toutes les dictatures :   Y a-t-il un billet de retour ?

Pour les Américains, la démocratie y survivra-t-elle ? Ecoutons Trump : « Vous n’aurez plus besoin de voter car j’aurais « réparé » l’Amérique, j’aurais apporté des solutions à tous vos problèmes. Et pour cela je serai un dictateur les premiers jours de mon mandat »

Il y a de quoi craindre que les « premier jours » ne s’éternisent.

 Mais ce rouleau compresseur ne tient pas compte de la moitié des américains qui sont furieusement hostiles au monde de Trump. De quoi imaginer des Etats désunis, une nouvelle guerre civile comme nous y invite Douglas Kennedy dans son récent livre « Et c’est ainsi que nous vivrons » qui décrit une Amérique en 2045 où les états démocrates et progressistes (Côte Est et Ouest) auront fait sécession d’une confédération réduite aux états « rouges »(républicains), réactionnaires, du centre du continent. Déjà maintenant au lendemain des élections, des états comme la Californie envisagent des lois autonomes pour se prémunir des décisions de la Maison Blanche

 Et pour les autres peuples de la planète ? il y a de quoi s’inquiéter

Pour les voisins les menaces sont claires: Groënland, Canada, Panama … la question est juste de savoir quelles armes utilisera le milliardaire pour imposer ses « deals »?

On pense aux Ukrainiens. Trump a annoncé qu’il réglerait le conflit en 24 h… au prix fixé par Poutine :  au minimum les quatre Oblast occupés et revendiqués comme Russes. Et autant de douleurs pour les populations occupées.

A u moyen-Orient personne ne connaît la recette Trump : difficile d’envoyer plus de bombes à destination d’Israël que Biden. Mais il pourrait choisir de frapper durement l’Iran au risque de déclencher un conflit majeur.

En Asie il a déjà fait la preuve de sa nullité diplomatique avec son jeu stérile avec Kim Jong Un, le dictateur de la Corée du Nord.

C’est la Chine, sa cible, qu’il veut abattre avec les « tarifs » les taxes majuscules sur les importations. La chine ne pourra pas rester inerte face à ce danger mortel pour son économie.

Mais les taxes douanières ne seront pas réservées à l’Asie. L’Europe ne sera pas épargnée.

On ne peut plus compter sur les alliances historiques nouées avec le reste de la Planète.  ONU , OTAN , balayées. Ne parlons pas des Accords de Paris sur le Climat.

Trump ne s’intéresse qu’à ses amis dictateurs : Poutine, Orban, Milei, Al Sissi, Erdogan …

Le TRUMPisme c’est le  problème des américains ; en Europe ; en France on est à l’abri d’une telle évolution

L’exemple américain est à méditer : Comment en moins de dix ans ce personnage a-t-il pu entraîner avec lui plus de 50% de la population d’un pays puissant, moderne, éduqué, avec une si longue tradition démocratique.

Nous ne sommes pas à l’abri.

En France, le programme de Trump remplit d’envie nombre de cadres du RN qui n’osent pas encore se rallier à la perspective d’une grande remigration élaboré par son ex allié en Allemagne l’AFD. L’extrême droite est au pouvoir en Italie, en coalition aux Pays-Bas …

Ce mouvement populiste, réactionnaire, xénophobe, est à l’œuvre dans tous les pays démocratiques, après des décennies de progrès. On pense au retour du balancier de l’histoire vers les dictatures du siècle passé.

J’ai longtemps été proche d’un courant politique – le Trotskisme – qui a connu sa traversée du désert : Le nazisme, le stalinisme, l’impérialisme américain triomphant, mais un courant qui a su rester vivant malgré l’adversité. Je crains que notre avenir ne soit aussi sombre. Et dirons-nous à la suite de Victor Serge, héros de la révolution russe, au moment des procès de Moscou en 1937 « il est minuit dans le siècle »

Minuit pas encore,  mais pas loin.

Chacun réagit comme il peut :  Danièle a décidé de ne pas se laisser faire, Après 30 ans d’Aïkido, elle s’est inscrite à un stage de self-défense « Il faut se préparer à tout !»

Et moi je délaisse l’actualité politique qui me passionnait au profit du temps long, des essais qui ambitionnent de saisir l’histoire de l’humanité ; par exemple « Les structures fondamentales des sociétés humaines » de Bernard Lahire, plus de 1000 pages, on a le temps !

Et puis continuer à réfléchir :

«  Sur le moment post-Trump (et sa vacuité)

Cet article se loge dans une frustration : la quasi-absence d’analyses et de textes aidant à vraiment penser l’événement de la réélection de Donald Trump aux États-Unis. Constat et tentative d’explications. »

Joseph Confavreux  25 décembre 2024 sur Mediapart

Et puis le blog de Danièle Les mots justes : histoire et vie locales, littérature.

Identité : Au singulier ou au pluriel ?

J’ai du mal avec ce terme qui envahit tous nos espaces : Identité visuelle, littéraire, politique, sociologique, nationale, raciale, sexuelle, genrée…

Quand j’étais gamin, au moment où on rentre au collège, au moment où on découvre le monde et la société dans laquelle on va évoluer, en matière d’identité, je ne connaissais que la carte d’identité, un document qui désigne et atteste la singularité d’un individu, et puis en mathématique les « identités remarquables » où les deux termes de chaque côté du signe = ont même valeur. Il n’était pas question que l’identité désigne l’appartenance à : un groupe, une nation, un genre ou que sais-je encore. Cette polysémie du terme est récente, elle fait florès dans tous les domaines. Cela mérite de s’y attarder.

L’identité c’est d’abord ce qui me désigne, moi, comme entité singulière, unique.

Dans la plupart des pays développés, chacun se voit associé à un numéro national d’identification qui certifie, avec la carte d’identité, que je suis bien moi.

Et la malveillance n’est jamais loin :  il peut arriver qu’on se fasse passer pour moi. Et cela peut m’attirer bien des ennuis. La loi réprime sévèrement l’usurpation d’identité  : Elle peut constituer un délit pénal, pouvant être sanctionné de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, comme le précise l’article 434-23 du Code pénal. Avec internet l’usurpation d’identité peut devenir massive. 

Mais cette nécessité de prouver son identité touche aussi les objets, dès le moment où ils sont uniques. Ainsi toute œuvre d’art précieuse n’est rien sans son certificat d’authenticité. Et le processus s’invite aussi dans le domaine de la création numérique (NFT) et dans les actifs financiers :

ainsi les cryptomonnaies : Bit Coin et autres Ethereum n’auraient pas vu le jour sans le processus de certification numérique : la blockchain.  

Je citais plus haut les identités remarquables. C’est aussi dans la vie : Madeleine et Marie -Jo mes copines d’enfance étaient des vraies jumelles, j’avais du mal à les distinguer. Elles étaient identiques, presque totalement. Leur ADN est le même, ce qui complique sérieusement certaines affaires criminelles impliquant des jumeaux. En avançant en âge elles avaient pris chacune leur personnalité et les années avaient marqué différemment leurs traits. Elles étaient bien deux personnes distinctes.

Mais tous les jours, nous rencontrons des identités plus vagues, comme ces pêcheurs que j’ai croisés au cours de ma promenade le long de la rivière.

Peu m’importe de savoir s’il s’agit de Pierre, Paul ou Jacques : ce sont à mes yeux des pêcheurs qui ont en commun une caractéristique : celle de passer des heures à surveiller distraitement le bouchon qui danse sur l’eau. Une catégorie, mais qui ne livre pas la nature de chacun d’entre eux, son essence. C’est leur identité du moment, face à mon regard qui ne cherche pas à en savoir plus.

Les choses se compliquent lorsque la catégorie tend à résumer une personne ou un groupe, qu’elle tend à constituer l’essence même des individus. Je ne sais pas si Willy Schraen, le président des fédérations de chasseurs est un cinéphile passionné, un bon père de famille ou s’il est collectionneur de timbre. Quand il parle à la télévision, c’est un chasseur, c’est le chasseur, celui qui représente tous les chasseurs, l’essence même du Chasseur.

Et lorsqu’il appelle à une manifestation pour défendre la chasse, ceux qui y répondent se rassemblent pour défendre leur identité de chasseur. C’est donc un mouvement d’appartenance qui les motivent. C’est là qu’on trouve le ressort puissant qui met dans nos sociétés modernes l’identité en tête de bien des opinions et des mouvements et son besoin jamais satisfait de reconnaissance.

Ce sentiment d’appartenance, qui est d’autant plus fort qu’il est porté par une minorité qui se sent en danger, remise en cause, ne résume pas la totalité de l’individu. On peut être chasseur et militant de gauche, ou même écologiste sincère (pas seulement de façade comme l’expose le discours « vert » des chasseurs). L’individu n’est pas obligé de respecter la cohérence, il porte en lui ses contradictions. Il peut héberger plusieurs identités.

Les identités sont désormais en question sur tous les terrains. Le gamin que j’étais, ne songeait pas à se définir comme mâle, blanc et hétérosexuel, français issu d’une classe (relativement) aisée. Insouciant de ces enjeux devenus maintenant envahissants, il ne se doutait pas qu’un enfant, puis un adolescent se verrait un jour sommé par ses camarades, son entourage, de se définir dans son genre, son orientation sexuelle, sa nationalité, sa couleur de peau. Preuve d’une interrogation existencielle, une étude récente au sein d’une dizaine de lycées de Pittsburgh a révélé une incertitude croissante en matière d’identité sexuelle : 10% des élèves se déclaraient transgenres ou non binaires ou de genre incertain

Dans certains cas, la découverte de son (ses) identité(s) est une occasion de prendre conscience des discriminations, des injustices subies et de les affronter. Le mouvement LGBT+, le mouvement Black Lives Matter, le féminisme militant, en sont l’illustration avec bien d’autres

En revanche il existe des courants qui mettent en avant une identité unique, particulièrement à droite, plutôt à l’extrême droite, une identité qui surplombe tout : la nation, la race … Ces groupes se désignent eux-mêmes comme identitaires et en sont fiers. L’identité joue en l’occurrence le rôle d’un poison qui intoxique nos sociétés et visent à détruire le vivre ensemble.

Alors, laissez-nous un peu respirer, tenons à distance ces identités qui nous enferment !

Retour du parlementarisme ou quatrième tour ?

À la Une

Tout le monde l’a dit : avec ces élections législatives du 12 et 19 juin, le parlement se retrouverait au centre du jeu politique. Fini ce régime hyperprésidentiel créé par la Vème république et poussé jusqu’à la caricature par Emmanuel Macron, l’heure est maintenant à l’initiative parlementaire et à des majorités directement issues des différents courants de l’assemblée élue. Ce sont les électeurs qui auraient choisi le principe d’une assemblée sans majorité, comme si la proportionnelle était enfin reconnue.

 Mais est-ce que ça va vraiment marcher ?

Du coté de l’Elysée, pas vraiment préparé à cette perspective, la surprise a été mauvaise.

Et Macron a continué à faire du Macron : « le 26 avril j’ai été élu président sur un projet clair ». De quoi faire rire (jaune) tous ceux qui, comme moi, ont voté Macron au 2ème tour juste pour s’opposer à Le Pen. Alors après avoir cité – pour la forme – la possibilité d’un gouvernement d’Union Nationale, puis d’une hypothétique coalition dont personne ne veut, il s’est fixé sur la perspective de compromis au cas par cas.  

  Mais à ses conditions, c’est-à-dire sur son programme et avec interdiction d’augmenter les impôts ou la dette. Bref rien ne change, prééminence du Président même s’il n’a plus la majorité absolue au parlement. On se demande comment il va s’y prendre – ou comment sa première ministre qu’il n’a pas citée va s’y prendre- pour faire passer ses réformes.

Tout le monde regarde du côté de la droite LR au Palais Bourbon (qui a évité le naufrage et sauvé les meubles). On sait que le programme de Macron s’était beaucoup rapproché de celui de Pécresse qui criait même au plagiat. Et un Jean-François Coppé et et un Gaël Perdriau plaident pour un rapprochement. Mais la plupart des leaders des républicains savent qu’ils n’ont rien à gagner à soutenir Macron. Pas question de ralliement ou de coalition.

Tout le monde s’interroge sur la position du RN. Marine Le Pen savoure la bonne performance de son camp et revendique sa place de première opposante au président. Mais … Elle pense à 2027 et au brevet de respectabilité qu’elle pourrait acquérir grâce à une attitude coopérative à l’assemblée. Quelques échanges de services avec la macronie, pour désigner les vice-présidences et la présidence de l’assemblée, par exemple.

Du côté de la NUPES, chaque composante, à part le PCF, a gagné à la démarche unitaire. Mais le succès a ses limites.

Avec 133 sièges elle a de quoi peser en tant qu’opposition mais pas de quoi renverser le gouvernement par une motion de censure, encore moins de quoi porter Mélenchon au poste de premier ministre. Quel sera son positionnement dans la vie parlementaire ?     

Lorsqu’on parle de stratégie il faut regarder du côté de JL Mélenchon. Certes on ne peut résumer la NUPES à la France Insoumise, certes on ne peut résumer la FI à son leader, mais on ne peut que constater le poids considérable de son influence, malgré sa décision (qu’il regrette sans doute maintenant) de ne pas briguer de mandat.   

Et il faut suivre sur son blog ses dernières analyses. Pour lui Macron est condamné à quémander l’abstention de LR et du RN. Ses jours sont comptés et la dissolution n’est pas loin. D’où son insistance à réclamer un vote de confiance à la première ministre lors de sa déclaration de politique générale, dans l’idée de faire tomber le plus tôt possible le gouvernement. Son horizon ? « Le quatrième tour est déjà commencé ».

A le suivre, le seul objectif de la gauche est de tout faire pour bloquer toute avancée à l’assemblée qui pourrait apparaître comme favorable à Macron  et préparer de nouvelles élections, avec la même certitude : se retrouver premier ministre.

Cette obsession électorale, cette foi inébranlable dans son destin du Lider Maximo peut-elle tenir lieu de boussole pour la NUPES ? Les forces qu’elle a rassemblées peuvent-elles se résigner à suivre Mélenchon dans cette impasse ? La gauche sortirait-elle renforcée de nouvelles élections ?

Finalement ce grand retour annoncé du parlementarisme risque de faire long feu. Il ne faut pas se faire d’illusion. On n’est pas en Allemagne, ni dans les pays scandinaves. Personne, dans les travées de l’assemblée et à l’Elysée, n’a de volonté sincère de faire vivre des compromis dans l’intérêt général.

Mélenchon, premier ministre à défaut de président ?

À la Une

Tout le monde est d’accord, il a fait une campagne efficace, gagnant 5à 6 % dans les derniers jours, prenant à la fois sur les autres listes de gauche (vote utile) et sur les abstentionnistes. Mais il lui a manqué moins de 500 000 voix pour figurer au 2ème tour. Mélenchon aurait pu se lamenter comme en 2017, accuser les autres mais le leader a une meilleure idée : Inventer un 3ème tour de la présidentielle avec les législatives du 12 et 19 juin.

L’idée c’est qu’on pourrait avoir une majorité d’opposition à l’assemblée qui forcerait le (ou la) président (e) à nommer un premier ministre de gauche (Mélenchon par exemple). Ça s’appelle la cohabitation, comme Balladur en 1986, comme Chirac en 1993 sous la présidence Mitterrand ou Jospin en 1997 sous la présidence Chirac.

Première remarque : Ces cohabitations ont été permises par une déconnexion entre la présidentielle (qui intervenait alors au bout de 7 ans) et les législatives (au bout de 5 ans). Depuis la réforme du 2 octobre 2000, les législatives et la présidentielle ont la même fréquence (5 ans) et les législatives sont organisées dans la foulée de la présidentielle. Elles ont donnée systématiquement un avantage – et un avantage important – au camp du vainqueur de la présidentielle. On pourrait espérer un miracle mais l’histoire récente n’est pas favorable à une hypothèse de victoire de l’opposition.

Deuxième remarque : Les élections législatives se font localement sur des noms dans 560 circonscriptions qui sont autant de terrains différents. En 2017, les listes Macron, avec le renfort du Modem avaient raflé la mise avec 350 élus, le Parti Socialise, majoritaire sur la période 2012-2017, n’obtenait que 30 sièges. La France insoumise comptait 17 élus, le Parti communiste français 11 et le Front national 8. Les négociations à gauche avaient été compliquées, les insoumis ne s’engageant vraiment qu’avec le PCF (qui faisaient candidature présidentielle commune avec Mélechon). Le PS avait offert des possibilités aux écologistes d’EELV, sans succès, vu que beaucoup de ses sortant étaient passés chez Macron. EELV n’a finalement eu aucun député.

Cette fois-ci la France Insoumise forte de son succès national, veut dicter ses conditions : les -rares candidats choisis dans la gauche écologique et sociale – devraient adhérer à un programme inspiré de l’Avenir en Commun (le mantra des insoumis), ils devraient respecter une discipline de vote une fois à l’assemblée et devraient présenter des excuses publiques pour avoir dit du mal de Mélenchon (!). Et de toute façon le Parti Socialiste en est exclu -définitivement, a précisé Mathilde Pannot, la chef du groupe insoumis à l’assemblée. Une manière étrange de vouloir rassembler la gauche écologique et sociale. Bref : tous derrière l’étendard des insoumis, je veux voir qu’une tête.  

Troisième remarque : Dans ses déclarations, Mélenchon nous appelle à l’élire premier ministre. Le coup politique a peu de chance de succès. Mais d’un seul coup, il se présente comme seul recours, face à un Macron ou même à une Le Pen élue présidente, (apparemment, l’un ou l’une, c’est un détail pour lui), il a la prétention de dominer, à lui tout seul, tout l’éventail de la gauche. Oubliés les 50% de ses voix qui ont voté utile mais qui auraient préféré voter écologiste, communiste, ou social-démocrate. Le rouleau compresseur insoumis est en marche.

Alors, assez des calculs foireux de Mélenchon ! Votons pour des candidats que nous choisissons selon nos convictions. Et agissons pour une recomposition de la gauche qui soit respectueuse de chacun. La gauche n’est pas morte, quand on regarde au-delà de nos frontières, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, en Suède, au Danemark, en Norvège, en Finlande, souvent dans des coalitions particulières.

Mais pour l’instant, ne sautons pas les étapes. Dimanche faisons barrage à Le Pen , éloignons ce danger mortifère pour notre démocratie, notre état de droit. Pas d’autre choix efficace que :

VOTEZ MACRON !

2017 – 2022 : Bis repetita ?

À la Une

Au soir du premier tour c’est la même photo : Macron, Le Pen, Mélenchon, trois candidats au premier plan, tous les trois un peu plus hauts, par rapport à la photo de 2017, malgré l’abstention plus importante.

Même dilemme : faire barrage ou s’abstenir, même hésitation des insoumis. Mêmes reproches adressés aux autres candidats de gauche qu’ils avaient pourtant méprisés.

Sur la photo en arrière-plan les déçus : Zemmour, et Jadot. Et des fantômes : Pécresse, Hidalgo, Roussel (qui avait rêvé mieux pour les communistes). Mais des fantômes (LR, EELV, PCF) qui sont encore très implantés dans des régions, des départements, des grandes villes… (les communistes de moins en moins)

Même scenario pour le second tour ? Non! Maintenant la situation est bien plus grave, car MLP a des réserves de voix et Macron ne peut pas invoquer le bénéfice du doute (« ni droite, ni gauche»? ). Son programme annoncé pour le premier tour est vraiment à droite (retraite à 65 ans, contreparties pour le RSA, vers une école néo-libérale), ce qui rendra plus difficile le front républicain.

Malgré tout, je n’hésiterai pas : pour faire barrage à MLP, je voterai Macron, la mort dans l’âme. L’urgence de la lutte pour le climat et la justice sociale devront, hélas, attendre, à un moment où le GIEC nous donne à peine trois ans pour inverser la course vers la catastrophe. Il faudra compter sur les initiatives , les mobilisations pour avancer.

Et après ?

Nous aurons à voter pour les législatives.  

Question : la gauche désunie saura-t ’elle se reprendre ? Les Insoumis sauront-ils tendre la main aux autres formations pour des alliances de terrain. Ou bien profiteront-ils de leur score national pour faire cavalier seul (malgré une très faible implantation locale). La tonalité du discours de Mélenchon pencherait plutôt pour la posture dominatrice (l’Union Populaire, seule issue).
C’est que la gauche n’est pas morte quand on additionne les voix : près de 32% quand les derniers sondages donnaient 26,5 pour toutes les listes. Elle pourrait peser au parlement.

Nous vivons une période de dépérissement de la forme parti (même s’il ne faut pas mettre dans le même sac PS, EELV et PCF). Mélenchon, depuis dix ans, a tout misé sur la forme mouvement dans une vision populiste de gauche. C’est une démarche assumée et théorisée par des penseurs comme Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, qui s’éloigne des approches classiques d’alliance pour conquérir le pouvoir et qui prône un rassemblement autour d’un leader charismatique.
Les Insoumis pourront-ils aller plus loin sans alliance ? Ce mouvement pourra-t-il faire l’impasse sur l’absence de cadres intermédiaires, sur l’absence consécutive de démocratie interne (deux caractéristiques qui faisaient la force dans la durée des partis traditionnels) ?

Entendrons-nous en 2027 la même rengaine : 2017 : il nous a manqué 600 000 voix – 2022 : il nous a manqué 500 000 – combien en 2027 ?

Et question subsidiaire : que deviendra le vieux leader ? Je parie pour une quatrième candidature…

De bien jolies vacances déconfinées

À la Une

Tourisme, amitié, vélo, nature et bonne cuisine …

Cela fait un bout de temps que notre van était prêt au départ. Mais il a fallu attendre : le 3 mai pour oublier la limite des 10 km, et puis le 3 juin pour recevoir notre deuxième injection, plus quelques jours pour garantir l’immunité. Et puis des invitations à retrouver des amis.

En route pour Poitiers et Les Bavards où Béatrice nous attend, une halte presque traditionnelle quand nous partons vers l’Ouest. Il fait très chaud sur la route mais nous trouvons en chemin une halte  fraîche et agréable pour le soir au bord du plan d’eau de Châtelus-Malvaleix, au nord de Guéret en sortant des grands itinéraires.
Le lendemain pour midi, après une courte visite à la modeste maison de George Sand à Gargilesse, nouvelle recherche d’un point d’eau frais et ombragé au bord de la Creuse.

Et c’est la découverte, après Argenton sur Creuse, de Romefort, l’endroit idéal où l’on peut même se baigner au milieu des renoncules d’eau en fleurs.

Les Bavards, au-dessus de la Gartempe, au milieu des bois, un hameau que Norbert fréquente depuis plus de 40 ans.

Béatrice y passe son été, entre les voisins, les amis et les soins de son potager. Aujourd’hui elle a des copains cyclotouristes qui passent la nuit chez elle avant de faire le tour de la Creuse à vélo. Échange d’adresses et de recettes d’amateurs de vélo. Les fauvettes à tête noire chantent à tue-tête mais le potager a soif et Norbert règle l’arrosage automatique pour que tomates et haricots ne meurent pas pendant l’absence de Béatrice.

Départ pour la mer, mais arrêt imprévu dans le marais poitevin à Arçais où un joli camping ombragé nous tend les bras. Le gérant écoute RTL à fond (pour faire le ménage) mais cela ne nous arrête pas. Les campings ombragés ne sont pas légion.

C’est le week-end, il y a du monde. Ballade à vélo le lendemain sur les pistes cyclables au bord des canaux (pas toujours très bien indiquées) et le soir tour en barque avec guide (très compétent sur la gestion de l’eau et l’histoire du marais).

Pourquoi changer quand on est bien ? On reste le lendemain pour visiter la réserve ornithologique de Saint- Hilaire la Palud.
Vélo à nouveau, marche à pied, oiseaux du marais et restauration de la réserve : assiette vendéenne de produits du terroir, parfaite.

On nous attend à Rochefort chez Léni, une amie d’amis. Sa maison est ancienne et simple mais elle la retape avec énergie. Et nous trouvons derrière un immense pré en bordure de forêt, parfait pour nous. Marché de Rochefort pour le repas de midi (aïoli aux légumes parfaitement épluchés par les messieurs et poisson excellemment préparé par les deux cuisinières que sont Léni et Babeth).

Le soir repas au restaurant au bord de la Charente près de la corderie royale. Tables de 6, nous sommes 7, mais on s’arrange : filles d’un côté et garçons de l’autre. Devant nous les gros bateaux qui partent pour le bout du monde.

N’oublions pas la culture et le lendemain c’est la visite de l’architecture de Royan : architecture estivale des villas de bord de mer, architecture de reconstruction après la guerre (les documents de l’office de tourisme sont de toute beauté!).

Retour par Marennes pour manger des huitres au bord des parcs à huitres. Le bar à dégustation vient de réouvrir avec des serveuses toutes neuves dans le métier qui commencent leur saison.

Nouveau départ cette fois vers Challais et la maison de famille de Jean Mi, modeste mais au milieu des bois de chênes. Un régal pour moi qui vient de voir disparaître le bois de Montvallon à Lissieu !

On passe d’abord la tondeuse et on sort les tables, chaises, coussins, parasols en mode été.

Challais est à l’extrème-sud de la Charente, à la limite du Périgord. Pour venir on a traversé les étendues de vigne de la Saintonge, les vignes à perte de vue qui servent à faire le Cognac.

Beau programme à Challais après les quelques travaux de mise en route de la maison de vacances. La forêt est toute proche, la vie sauvage est très présente, témoin cette jeune biche saisie par la caméra de chasse installée par Danièle.

Aubeterre et son église monolithe (troglodyte plutôt) au bord de la Dronne. Guizengeard le lendemain avec ses lagons bleux dans d’anciennes carrières de kaolin. Et quelques détours par les souvenirs d’enfance de Jean Mi, coins de pêche et de baignade.

Une invitation à l’île de Ré ne se refuse pas. On repart en convoi pour un camping au bord de la mer. Simple, on ne voit pas la mer qui est derrière la dune, mais magique, aéré, accueillant et sans aucune animation bruyante (à l’exception du groupe nombreux de nos jeunes voisins). Ré en vélo quand il n’y a pas encore grand monde, c’est un vrai bonheur de pistes cyclables agréables et planes. On découvre St Martin en Ré, la Flotte, Rivedoux-plage. Puis tout le bout de l’île : Ars en Ré après des retrouvailles avec Andréas et Arya (fils et petite fille de Norbert) chez Hanna (leur mère et grand’mère).

Essai de pêche à pied aussi lors des deux grandes marées (5 palourdes que je donne à la personne qui m’a appris à les découvrir!). Bistrot à Ars en ré, cuisine agréable et service rapide (« depuis le déconfinement, nous faisons en juin le chiffre d’affaire d’un mois de juillet »)

Les bonnes choses ne durant pas et l’île de Ré commençant à se remplir pour le dernier week-end de Juin (nous renonçons au phare des baleines déjà envahi), retour vers Challais et derniers préparatifs pour reprendre la route sous la pluie et la grisaille. Cette fois, d’une seule traite, il vient un moment où l’on a envie de se retrouver chez soi !

Salut les re-confinés -1 –

À la Une

Alors ? Ce qu’on craignait ces derniers jours s’est finalement réalisé. Sans attendre le résultats des mesures des derniers jours (couvre-feu,  etc.), le gouvernement (ou Macron tout seul ?…) a tranché. Sans doute que les chiffres de l’épidémie qui flambent n’ont pas laissé le temps de l’examen sérieux de la situation.

A ce moment de retour en force de l’épidémie la Chaîne Parlementaire diffusait samedi en fin de soirée (à voir : d’autres diffusions cette semaine à venir) un documentaire instructif : Grippe de Hong Kong, la pandémie oubliée

La grippe de Hong Kong

C’était entre l’hiver 1968 et l’hiver 1969, une épidémie qui était passée inaperçue, j’en suis témoin, moi qui en fus contemporain. Aujourd’hui je n’en ai aucun souvenir direct ou indirect. Après mai 1968, j’avais, comme beaucoup de ma génération, d’autres préoccupations. L’hiver 1968 c’est l’Asie et les USA (50 000 morts en trois mois) qui sont sévèrement touchés.  A l’été 1968, les spécialistes estiment l’épidémie terminée. En France les autorités sont rassurantes : pas de seconde vague, pas de danger !

Mais l’hiver arrive et le virus flambe : En France, tous les milieux sont touchés : dans les entreprises, les écoles, les administrations l’absentéisme varie entre 30 à 50% des effectifs. On estime a postériori que 25 % de la population a été infectée par le virus en quelques semaines. Mais la population, les médias, les responsables politiques ne prennent pas le fléau au sérieux et les commentaires légers, voire humoristiques ne sont pas rares. Evidemment aucune mesure de distanciation, aucune restriction  n’est évoquée

Pourtant cette grippe tue, les services hospitaliers n’ont aucune thérapie efficace (pas d’intubation, pas de respirateur…) pour les formes graves. Le documentaire fait la place au témoignage d’un médecin alors externe à Nice : « On n’avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d’hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s’est calmé. Et étrangement, on a oublié »

A l’époque on s’est peu soucié peu de compter les morts. Après une analyse rétrospective les épidémiologistes estiment maintenant que l’épidémie fut responsable de 40 000 morts en France. Au niveau mondial ce fut un million de morts.

Ce qui frappe au cours de l’émission, c’est l’insouciance générale de la population et des autorités qui tranche tellement avec l’inquiétude qui nous a saisi, cinquante ans plus tard, avec la Covid 19. Et si nous avions aujourd’hui adopté la même insouciance – ou la même priorité à nos activités, nos libertés- combien compterions-nous de morts maintenant ?

Le re-confinement

Emmanuel Macron a trouvé des arguments à la télé mercredi pour justifier le reconfinement . Des arguments par défaut, en rejetant des solutions plus ciblées sur les publics vulnérables, en exposant les conséquences dramatiques de formules plus libérales (si on laisse faire, ce sont 400 000 (?) morts à venir).

« Tout le monde a été surpris par la force de cette seconde vague. » a t-il souligné. Tout le monde sauf le conseil scientifique qui depuis juin alerte sur les scenarii les plus noirs.

Mais Macron préférait sans doute faire une visite le 10 avril au professeur Raoult qui annonçait une moindre virulence du Sars-covid2 et les résultats exceptionnels de son traitement à la chloroquine, aujourd’hui démentis. On dit même que le marseillais avait encore récemment l’oreille du président qui se souciait en priorité de l’activité économique.

Alors les réalités de l’épidémie ont douché les espoirs infondés de tous les « rassuristes » et ramené -sans doute un peu tard- le président à la raison. Terminés l’approche territoriale et le ciblage par zone (le vert, l’orange, le rouge, l’écarlate), terminé le traçage (tester, suivre, isoler, qui n’a  jamais vraiment été mis en œuvre efficacement), terminé Stop-Covid qui n’a jamais vraiment marché, terminé le couvre-feu…

Retour aux bonnes vieilles attestations de déplacement, à la recherche des quelques dérogations autorisées. Et aux contrôles policiers.

Mais l’inertie de l’épidémie qui continue sur sa lancée est telle qu’avant de décélérer sous l’action du confinement, le nombre des décès restera encore élevé. On observe un délai de 30 jours entre une contamination et le décès ; c’est parmi les positifs de cette fin octobre, qu’on comptera les morts de fin novembre. Pour la durée du confinement Thierry Crouzet, fin statisticien, estime la mortalité sur la période à 10 000, soit un mort toutes les 5 mn.

Les boomers coincés dans la bulle

Si Macron l’avait un moment évoqué, personne n’a osé mettre en avant un confinement spécifique des personnes vulnérables, âgées en particulier qui pourrait alléger les restrictions imposées aux plus jeunes. Personne n’a osé, pour diverses raisons.

  • Pour des raisons d’égalité citoyenne qui nous interdirait de soumettre une population particulière à un traitement discriminatoire, presque vexatoire.
  • Pour des raisons pratiques, car on voit mal comment isoler efficacement les séniors du reste de la population, du reste de leur famille.  

Or c’est quand même de ce côté qu’on peut espérer réduire les hospitalisations à venir. 85 % des hospitalisés ont plus de 60 ans L’âge médian des décès du Covid 19 s’établit à 84 ans. 

Alors on peut peut-être s’attacher à faire la promotion de pratiques efficaces pour tenir les plus âgés à l’écart des contaminations sans pour autant stigmatiser ces populations. C’est le sens d’une tribune de plusieurs universitaires parue dans Libération le 26 octobre dernier :

« Il est parfaitement possible, en effet, de donner les moyens effectifs aux personnes vulnérables, sur une base volontaire mais fortement recommandée :

• de rester chez elles grâce à des distributions à domicile de tout le nécessaire ;

• d’être relogées temporairement si elles vivent avec d’autres générations susceptibles de les contaminer ;

• si elles sont économiquement actives, de se mettre en télétravail ou en chômage partiel ;

• de circuler dans les espaces publics grâce à des mesures de prophylaxie généralisées et adéquates (distanciation, port du masque en intérieur ou en cas de forte densité…) et grâce à l’augmentation de l’offre des transports en commun, pour qu’une véritable distanciation soit possible ;

• de se retrouver en famille et entre amis de préférence en extérieur et munies des protections adéquates ;

• de bénéficier, en Ehpad comme à l’hôpital, d’un service optimal grâce à l’embauche massive et permanente d’un personnel suffisant et convenablement équipé, au lieu du sous-effectif structurel installé depuis des décennies dans ces secteurs. »

Je dois dire qu’avec Danièle, nous pratiquons déjà une forme d’auto-confinement. Nous avons cessé les activités -sportives, culturelles- collectives. Nous continuons à voir nos enfants et petits-enfants, nos amis, mais à petite dose et avec les distances recommandées.

Nous pratiquons en petit comité un qi-qong qui se veut quotidien et nous promenons le chien deux fois par jour. Nous avons la chance d’avoir un jardin et les soins du potager nous occupent aux beaux jours. Et nous passons beaucoup de temps devant notre ordinateur.

Le plus difficile c’est d’échapper à la morosité générale. Beaucoup parmi les plus jeunes enragent de ne plus faire la fête (même si les transgressions ne sont pas rares).
Les plus anciens font le compte du temps à vivre devant eux : combien de mois gâchés par cette épidémie, combien de projets annulés, reportés, combien d’énergie dispensée pour la seule préservation ?

Mais c’est le prix à payer pour notre survie, pour espérer voir grandir nos petits-enfants, pour pouvoir encore témoigner de notre expérience, pour découvrir encore tout ce que nous ignorons.

Salut les déconfinés -1-

À la Une

Economie : c’est reparti ?

Rappelons-nous : au lendemain du confinement installé le 17 mars, chacun se faisait une idée de la fin de ce mauvais passage. Ainsi le déconfinement nous ramènerait nos libertés d’aller et venir, de travailler, de fréquenter nos lieux collectifs, de voir nos amis, de partir en vacances … On connaît la suite : comment ces espoirs ont été largement relativisés par la réalité de l’épidémie.

Pour l’économie ce fut un peu pareil. Le déconfinement donnerait le signal du redémarrage de l’économie qui avait été en grande partie préservée par les mesures de soutien aux entreprises, de maintien des salariés grâce au chômage partiel… L’économie était sur pause, il suffisait de basculer sur Play pour que chacun retrouve son activité. Mais plus l’échéance se rapprochait, plus on prenait conscience que ça risquait d’être plus compliqué.  

Redémarrage : Pourquoi ce n’est pas si simple

Il faut bien se rendre à l’évidence : le virus est présent et restera présent pour un bout de temps. Si on veut éviter une seconde ou une troisième vague qui pourrait submerger de nouveau le système de santé, il faudra maintenir un dispositif important de précautions. Les restaurants, les discothèques, les concerts ne sont pas près de réouvrir. Et dans de nombreux secteurs les mesures de protection sanitaire s’opposeront à une pleine activité.  

Et puis ça dépendra des décisions individuelles des entrepreneurs, des salariés, des clients, des syndicats, de la justice. Autant il suffisait au moment de la mise en place du confinement de quelques décrets et des gendarmes postés aux carrefours, autant le redémarrage de l’économie est le résultat d’une multitude de variables souvent imprévisibles.

Les fabricants de bière ne peuvent reprendre leur pleine activité que si les bars, les restaurants, les concerts et les apéros entre amis réamorcent la demande. En attendant ils se demandent si une partie de la production ne devait pas partir aux égouts ou à la distillation.

Certaines entreprises ont une grande difficulté à organiser un process de production respectueux des gestes barrière. C’est ainsi qu’Amazon, contraint de fermer par décision de justice à la demande de la CFDT, a d’elle-même suspendu momentanément son activité en France.

A Renault Sandouville, les syndicats majoritaires (Force Ouvrière, la CFE-CGC et la CFDT) étaient en train de mettre au point un accord avec la direction pour une réouverture en toute sécurité, lorsque la CGT (un tiers des voix aux élections professionnelles) a obtenu une décision de justice (sur un défaut dans la consultation obligatoire) pour annuler la reprise. Dans bien des entreprises, la CGT, parfois à raison, en face de risques réels, parfois en application d’une ligne politique, risque de tout faire pour s’opposer à la reprise d’activité.

Mais il n’y a pas que des incertitudes. Pendant la crise un certain nombre de secteurs ont bien résisté, ou même progressé. Les services publics de base (gestion des déchets, propreté, sécurité) n’ont pas flanché. Les industries de réseau : l’eau, l’électricité, les fournisseurs internet ont assuré. Les GAFA et autres Netflix ont tiré avantage du confinement. Plus généralement le numérique s’est introduit dans tous les process de travail avec le télétravail et les services à distance. Bref, les 65% d’activité (73% en avril) assurés tout au long du confinement sont restés solides, loin de l’idée d’effondrement généralisé chère aux collapsologues. 
Mais que se passera-t-il pour les 35% (27% en avril) restants ? Beaucoup d’inconnues président au redémarrage. 

Anticiper en zone d’incertitude

Du coup, peu d’économistes se hasardent à faire des pronostics : Reprise rapide en V, stagnation durable en L …

Alors il n’est pas interdit aux économistes amateurs de faire leurs prévisions. Les miennes, en l’occurrence : A court terme, l’économie est sous la férule de l’évolution de l’épidémie. De la permanence de sa virulence dépendra la reprise qui pourrait subir un effet persistant des précautions sanitaires.  Au-delà, à moyen terme il n’y a pas de raisons que les affaires ne reprennent pas à un bon rythme, malgré certains secteurs durablement touchés comme le transport aérien, l’industrie du tourisme et celle du spectacle. En effet les habitudes de consommation dans ces domaines auront du mal à se rétablir ou à trouver un nouveau modèle.
 Il est, hélas, certain que les inégalités devant l’emploi vont se creuser et que les précaires seront les premières victimes d’une hausse prévisible du chômage

Et puis, le « monde d’après » ne pourra faire l’économie d’un examen de son développement. Quelles sont les activités essentielles ? Quelles sont les activités inutiles, voire nuisibles. Il faut notamment arrêter d’investir dans les énergies fossiles au profit de la transition énergétique. 

Salut les confinés – 16 –

À la Une

OK  Boomer ! COVID : Les seniors au centre des enjeux 

Parmi les fortes particularités de cette épidémie, à coté de sa contagiosité élevée, figure la menace qui plane sur les plus âgés. « A ce jour, on compte 25 000 morts du coronavirus en France. L’âge médian des personnes décédées est de 84 ans. Les plus de 75 ans représentent 75 % des décès. Il s’agit d’hommes à 55 %. Deux personnes décédées sur trois présentaient une autre déficience, une comorbidité, comme l’hypertension, le diabète, une pathologie pulmonaire, l’insuffisance cardiaque ou l’obésité. Les personnes de moins de 65 ans et sans comorbidité ne représentent que 2,5 % des décès.

Donc, en l’état actuel de ce que l’on sait de cette pandémie, les statistiques disent que le coronavirus tue surtout les vieux déjà malades. » C’est ainsi qu’Eric Le Boucher résume dans l’Opinion du 3 mai 2020 la situation. Un diagnostic incontournable, qui avait amené le Président Macron à laisser entendre que les « populations vulnérables » devraient prolonger leur confinement.
 Une annonce qui avait inspiré une petite musique, notamment ceux qui analysent la crise et les politiques mises en place pour combattre l’épidémie en termes de lutte entre génération.

« Sidérée par l’attaque du coronavirus contre une génération que l’on croyait éternelle (et qui se pensait telle), la société politique, civile et médicale a fait corps pour la protéger. » s’exclame Monique Dagnaud dans Slate du 1er mai

L’approche générationnelle apporte plus de confusion que de lumière. En tant que Baby boomer, je ne me sens pas solidaire des dirigeants de ma génération qui ont façonné ce monde, je ne me sens pas responsable des graves erreurs environnementales, des inégalités sociales installées à la faveur du néo-libéralisme triomphant. Je les ai combattus comme je pouvais ; mon seul regret c’est d’avoir perdu la bataille (heureusement elle n’est pas terminée).

Mais je peux être sensible à l’argument. Demander aux générations suivantes de se saborder pour sauver les anciens, est-ce légitime ?

Et puis un philosophe est venu en renfort. Pour André Comte-sponville, la liberté (d’aller et venir , rencontrer d’autres humains) la justice , l’amour, la préservation de notre planète ne sont -ils pas plus importants que la simple préservation de la vie de nos aînés ?

Et puis je m’interroge : sauver mes propres enfants d’un désastre ou bien perdre la vie. Qu’une alternative pareille, un de ces quatre jours m’échoie c’est, j’en suis convaincu, le sort de mes enfants qui sera l’objet de mon choix.

Mais je perçois bien que ces raisonnements, en termes de génération, en termes de choix personnel ne peuvent tenir lieu de boussole politique. Car il faut être capable de pousser l’hypothèse à fond et examiner toutes les conséquences.

Sommes-nous prêts à laisser libre cours à l’épidémie, à abandonner à leur sort des dizaines de milliers de citoyens âgés, à fermer les yeux sur les EHPAD en train de se transformer en mouroir, à laisser les malades graves terminer leur jours sans les soins nécessaires dans les couloirs des hôpitaux. La plupart des gouvernements démocratiques ou non, dictatoriaux ou non, (à part les ambigüités des Trump et autres Bolsonaro) ont fait le choix de préserver la santé. Pouvons-nous faire différemment ?

Et puis qui s’occuperait des petits-enfants, qui se mobiliserait dans les associations, les communes, qui prendrait le temps de la réflexion, qui cultiverait le potager pour les produits à partager avec les proches ?