Le week-end de Pâques s’annonçait magnifique : soleil, ciel bleu, douceur de l’air printanier. L’idée c’était de prendre le vert pas loin de chez nous, avec des circuits en vélo. A la différence des vrais amateurs de cyclo qui apprécient la pente et l’effort, ce qu’il nous faut, à nous, ce sont les véloroutes paresseuses, le long des canaux ou sur l’emplacement des anciennes voies de chemin de fer. Pari réussi, même si une petite grippe m’a empêché d’accompagner Danièle dans ses sorties en vélo et ses longues promenades avec Snoopy.
De la verdure, beaucoup de vaches dans les prés, des canaux, une ligne de chemin de fer (Givors- Paray le Monial), nous voici dans le Brionnais-Charolais.

Quatre jours à se repaître d’herbe verte en regardant brouter les vaches blanches, à observer notre chien retrouver dans son pays natal ses instincts de berger de troupeau (avec plus ou moins de succès), quatre jours à admirer les viaducs et canaux, tel a été notre programme d’un week-end pascal bien paisible et ensoleillé.
Danièle voulait retrouver un viaduc qui l’obsédait depuis que nous l’avions raté lors de notre dernière visite, un viaduc particulièrement imposant entre deux rives, entre deux tunnels, sur une ligne qui ne manquait pourtant pas de prodiges de construction. Il s’agit du viaduc de Mussy-sous-Dun

Mais bien avant le chemin de fer, c’est la voie d’eau qui a assuré le transport dans cette région centrale de la France, jusqu’à la Loire atlantique mais aussi vers la capitale. Et nous apprécions particulièrement ces paysages de canaux, de darses, de ports, de pont-canaux (ci-dessous à Digoin), d’écluses, de ponts, de chemins de halage avec leurs rideaux d’arbres.


Le canal du centre ( le plus ancien , inauguré en 1793) a permis de relier la Saône à la Loire, potentiellement Marseille à Nantes. Il traverses une région agricole bien connue du fait de ses vaches blanches : le Charolais.
Et puis, il y a la Loire toujours sauvage. Bordée de quais aux belles maisons bourgeoises dans les lieux urbanisés, laissée à ses divagations et aux oiseaux ailleurs avec parfois la mention d’un bac ou d’une pêcherie qui n’existe plus.

Dans ses vertes étendues, entre les canaux, les étangs et les rivières paresseuses, ne cherchez pas des parcelles de maïs au feuillage allongé, de colza au jaune intense au moment de la floraison, de tournesol avec ses capitules toutes orientées vers le soleil. Il n’y a que de l’herbe, de l’herbe, de l’herbe ! Je ne connais pas de terroir agricole aussi homogène. Avec ses grands troupeaux paisibles de vaches blanches, accompagnées de leurs veaux. La pâture est leur cadre de vie, à l’année, qu’il vente ou qu’il neige, l’hiver on complète avec du foin dans les parcelles, on ne les rentre qu’autour du vêlage. On est loin de l’élevage intensif. Pas loin du bio, même si beaucoup de parcelles reçoivent un peu d’engrais chimique.

Mais comme dans toutes les zones d’élevage, les prix stagnent, les marges sont faibles, le malaise est là, poussant quelques éleveurs à mettre la clé sous la porte, dès le moment où leur situation est plus fragile pour une raison ou une autre : endettement, investissements mal calibrés, accidents de troupeaux, évènements familiaux …
Mardi, nous reprenons la route du retour, après une nuit paisible auprès du Canal à Artaix, face à un ancien lavoir entouré de floraisons généreuses.





























































Les truffes se plaisent dans ce sol léger, peu profond, installé sur des tables calcaires. Les chênes sont plantés mycorhizés, c’est à dire que les racines sont imprégnées des spores du champignon qui se développe tout autour de l’arbrisseau. Le mycélium colonise ainsi un périmètre où rien ne pousse : on l’appelle « le brulé », signe d’un bon développement du champignon.
De retour au gîte , nos hôtes nettoient les précieuses truffes en les brossant délicatement sous un filet d’eau, mais leur parcours n’est pas encore terminé. Il faudra les trier , les contrôler en les « canifiant », c’est à dire en s’assurant d’un coup de canif qu’il s’agit de la bonne espèce et qu’elle n’a pas été corrompue par quelque parasite.
Devant ces merveilles, Max reste bouche bée.


Ailleurs les protestants passent dans la clandestinité, les offices sont célébrés « au désert » dans ces pays isolés, sans routes, au bout de sentiers improbables. Dans les Cévennes, ils prennent les armes (révolte des camisards).
« Le 28ème juin mille sept cent et cinq environ la minuit est décédé Gaspard Marcel habitant à la combe de Crupies. Le dit Gaspard est mort subitement puisque le même jour qu’il est décédé il était en réunion publique de ce lieu convoqué par ordre du Sr Chatelain à la réquisition des consuls de cette paroisse… » Garaud et Troost commentent : Un consul – délégué élu par l’assemblée des chefs de famille- devait être désigné et le Chatelain avait invité les électeurs à une réunion pour l’élection du consul, le personnage le plus important du village. L’ambiance fut sans doute chaude, la passion politique débouchant sur la mort d’un participant !







Direction La Corniche,le quartier touristique qui ouvre sur les plages, jadis quelques hôtels, 2-3 immeubles, une maison de retraite, aujourd’hui marinas, port de plaisance, résidences de vacances , promenades aménagées… Bref ce quartier s’est terriblement modernisé à partir des années 1980. Inutile pour moi de chercher la clinique où je vis le jour, elle a disparu depuis belle lurette au profit des résidences avec vue sur mer.
Heureusement, un peu plus loin, je retrouve inchangée la baignade où nous avions nos habitudes. La crique de La Nau attire les courageux qui profitent de ce temps estival.
En avançant on aborde la Sète ancienne, bâtie autour de son port au pied du Mont Saint-Clair. Nous habitions un peu plus loin, ancienne route d’Agde, aujourd’hui baptisée rue Jean Vilar (il y avait sa maison de famille), la Villa « Les Embruns » qui méritait totalement son nom lorsque les tempêtes d’automne nous envoyaient des paquets de houle qui traversaient la route du bord de mer. Mais nous étions aux premières loges dès que le soleil réchauffait l’eau pour piquer une tête depuis les rochers ou observer le manège des voiles qui gagnaient le large.
Pour avoir une vue complète de la ville, il faut monter au Mont Saint-clair, 180 m de dénivelé. on voit que la ville d’origine s’est construite, à partir de 1660, autour des canaux pour créer un débouché au canal du Midi qui arrive dans l’étang de Thau.
…Ô récompense après une pensée
Plus loin , le long du quai de la Marine ce sont les pêcheurs avec les immenses chalutiers qui en font le premier port de pêche en méditerranée. On est loin des « bateaux boeufs » de mon enfance construits en bois sur place. A l’autre bout s’ouvrent les bassins du port commercial. Autrefois spécialisée dans le commerce du vin avec le Magrheb, l’activité s’est diversifiée. Une liaison régulière de ferrys avec le Maroc et une étape prisée pour les croisiéristes dont on aperçoit les immenses navires depuis le quartier haut, le quartier des pécheurs.
Ce quartier Haut – que je traversais tous les jours pour aller au Lycée Paul Valéry- n’a pas beaucoup changé, même si les façades des petits immeubles sont plus coquettes que jadis. Au bout de la rue Villaret Joyeuse qui domine directement le port de pêche, s’élève l’Eglise décanale (doyenne) Saint-Louis, sans doute la dernière que j’ai fréquentée dans une vie désormais athée.
Sète dans mon enfance était une ville de gens modestes, voire pauvres, à part un tout petit noyau de riches. Les habitants étaient pécheurs, marins, dockers, employés dans les entreprises de négoce du vin, ouvriers de la cimenterie ou de la pétrochimie de Frontignan. On votait naturellement communiste. Le tourisme -plutôt relégué dans les campings de bord de plage- pesait peu sur l’économie et l’urbanisme de la ville. Juste des revenus complémentaires pour les sétois qui louaient un petit meublé quelques semaines par an. C’est sans doute une particularité si l’on compare aux autres villes côtières. Dans mon souvenir, elle était juste une petite ville de province- une belle endormie.