La route de la Trace

La route de la Trace, tout le monde la connaît en Martinique ; l’ancienne trace des jésuites , on l’empruntait obligatoirement pour relier St Pierre à Fort de France via Fonds St Denis, avant l’existence de la route côtière. Elle traverse l’intérieur de l’ile dans un relief très pentu et très chahuté en plein dans la forêt hygrophile (foret tropicale humide – plus de 3000 mm de pluie)
Sur les cartes, c’est la N3, vous le comprenez progressivement et il faut prendre la sortie Balata-Morne rouge sur la rocade.

On monte tout en lacets par une route étroite et très fréquentée : on est encore dans Fort de France.
On atteint Balata, son église «Montmartre ». Cette église construite en 1915 par l’architecte français Wuifflef attire l’oeil tout le long de la montée, c’est  une vraie copie du Sacré coeur en pleine verdure équatoriale,  la réplique en « miniature de la Basilique de Montmartre ». Balata c’est aussi une corniche élevée au-dessus du rivage caraïbe : les habitations à gauche de la route ont une vue imprenable. Balata c’est aussi son jardin, un des plus beaux parc des Antilles.
Les habitations se font moins fréquentes. Après avoir croisé la route qui descend vers l’ancienne station thermale Absalon en contrebas, il faut continuer à monter  vers l’hôpital psychiatrique de Colson, célèbre dans toute la Martinique et extrèmement isolé dans la forêt vierge. La semaine précédente nous nous étions retrouvés sur l’autre versant dans une randonnée bien abrupte, comme souvent en Martinique. Malgré nos espoirs et une longue progression sur la crête entre deux ravines,  Absalon et Dumauzé., il y a très peu de vues sur la baie de Fort de France.
Encore quelques kilomêtres de montée, mais sans autobus pour nous ouvrir la route – il s’arrête à Colson- et l’on atteint le bien nommé hameau  des «nuages  ».

La forêt tropicale nous entoure de toutes part, le brouillard souvent, dans l’humidité toujours, sous les pitons du carbet.

La descente vers le pont de l’Alma  vaut la montée pour ce qui est de la pente et des courbes. Les gens s’arrêtent pour se baigner ou faire une petite marche en forêt. La rivière blanche est douce et fraîche ( mais pas moins de 25°). Sur le coté de la route démarre un petit parcours axé sur l’interprétation de cette flore luxuriante: savoir repérer un hibiscus élatus  qui peut étaler ses jolis corolles  à 25 mètres de haut, observer la multitude d’épiphytes qui s’accrochent à tous les étages des arbres, et identifier un fromager reconnaissable à ses puissants contreforts.

Nous retrouvons plus loin sur la droite la route forestière (interdite aux autos)  qui descend vers Coeur Bouliki et St Joseph. Nous l’avions parcouru à pied dans l’autre sens la semaine dernière jusqu’au chantier de réfection. Dans cette nature envahissante, cette trace de béton à fort à faire à se maintenir.Plus loin , nous laissons sur notre gauche la route qui conduit à Fonds St Denis, longtemps fermée après le cyclone Dean de 2007.
On atteint ici le départ des randonnées pour les pitons du Carbet avant d’amorcer la descente sur le plateau de Morne Rouge.

Morne Rouge, gros bourg agricole endormi pour les fêtes de fin d’année. C’est beau, on voit la mer des caraïbes et l’on est juste sous la montagne Pelée mais il faut descendre à St Pierre pour trouver un restaurant ouvert.

Continuons notre route vers Ajoupa Bouillon, Basse Pointe, Macouba et Grand Rivière, le nord atlantique. On descend vers l’océan et ses rouleaux entre les champs de canne et ceux de bananiers. La côte nord  est toute en falaises abruptes qui dominent le rivage, entaillées par l’érosion aux estuaires des très nombreuses rivières qui descendent de la Pelée. C’est une martinique plus isolée, plus sauvage, toute dédiée aux cultures d’exportation.

Grand Rivière est une toute petite bourgade au bout de la route qui ne va pas plus loin, au bord d’une falaise qui ne demande qu’à glisser sur la route pour isoler encore plus ce bout du monde duquel on ne peut rejoindre le nord Caraïbe que par un sentier ou en bateau. Fin du parcours après un repas de crustacés chez Tante Arlette.

On repart par la route côtière et l’autoroute à partir de Trinité, car même en voiture, même si l’on aime beaucoup conduire, on ne fait pas deux fois la route de la trace dans la même journée.

A Sainte-Marie, dans cette bourgade qui s’étale le long du rivage, l’océan est omni-présent  par son mouvement incessant , par le bruit des vagues et du vent . Pas de baigneurs sur ces plages balayés par la houle, sauf ces trois gamins qui jouent dans les vagues furieuses .

A l’Anse Charpentier dernier arrêt , deux surfeurs s’attardent, profitant des derniers instants de lumière dans le ciel sur lequel se découpent les palmes des cocotiers agités par le vent du large.

La nuit est tombée. La route de la Trace est désormais le domaine des Dorlis et autres esprits qui le peuplent dès que le soleil se couche.

Jardins de Martinique

Nous sommes partis en Martinique avec une commande de Claire , la fille de Danièle, qui nous hébergeait dans sa location un peu à l’écart de Fort de France: créer un jardin martiniquais dans le morceau de gazon bordé d’une ravine qui s’étend devant sa terrasse.Faire un jardin en Martinique, c’est d’abord lutter contre l’exubérance spontanée de la végétation (ci-dessus Danièle encadrée par les feuilles géantes des oreilles d’éléphants et les jolis panicules de l’arbre à pagodes), éviter le retour à la forêt vierge favorisée par la pluie incessante, ou sporadique (un parapluie n’est pas inutile au jardinier) , la température et le soleil.

Dans ce défi quotidien les jardiniers martiniquais ont deux alliés :
–    le gazon couvre-sol – le mieux adapté : Chiendent de boeuf (stenotaphrum dimidiatum), Kikouyou (Pennisetum clandestinum) ou bien comme chez Claire, en zone humide, le souchet diffus (cypérus diffusus, un cousin du papyrus)
–    La débroussailleuse à fil qui sévit partout où l’herbe monte à la conquête des talus, des fossés, des pelouses, sur les bas cotés des routes, dans les jardins publics et dans les lotissements dont les matinées n’ont rien à envier au vacarme des tondeuses le samedi matin dans nos zones pavillonnaires métropolitaines

Il y a plusieurs sortes de jardins martiniquais, au moins quatre que nous avons pu repérer :
–    le jardin d’habitation
–    le jardin de lotissement
–    le jardin créole
–    le jardin botanique à visiter

Pour le jardin d’habitation, il faut de l’espace (quelques hectares) et du temps (quelques siècles) ; une rivière qui coule au fond n’est pas inutile.L’entrée se fait entre deux haies de palmiers royaux et les pelouses, rasées de près, s’ornent de bouquets d’alpinia touffus. Ça et là, bougainvilliers, hibiscus, bananiers, arbres à pain, fromagers…etc peuvent trouver leur place et guider la vue sur les champs de cannes au loin.
L’habitation St Etienne, l’habitation Clément ou même la plus modeste habitation de Fonds Préville correspondent à ce projet et nous ont fait rêver. Mais nous n’avions ni la surface, ni le temps, ni le personnel.

Le jardin créole, développé par les ex-esclaves soucieux d’échapper au système de l’habitation,  est petit et touffu, il sert à la production d’une partie de l’alimentation et à la vente sur les routes ou les marchés. Ainsi Claire est ravie d’acheter quelques bananes au bord de la route vers l’Alma à ce vendeur qui propose les produits de son jardin – au moins trois types de bananes différentes.

En strates  étagées, on y trouve : salades, ognons-pays, chou-chine, igname, christofine, oranger et citronnier, avocat, goyave, maracouja, prunes de cythère, bananes de multiples variétés. Caché, il est difficile à photographier.

Le jardin botanique à visiter dont l’exemple est le très ancien et très fameux jardin de Balata, fierté des hauts de Fort de France dans la localité du même nom.

En direction de Morne Rouge, après avoir contourné les pitons du Carbet, juste dans la perspective de la Montagne pelée, on découvre les jardins de la maison d’Emeraude qui viennent d’ouvrir et proposent de beaux parcours au milieu des fleurs et des arbres tropicaux.  Dans ce domaine récemment aménagé par le Parc Naturel Régional de Martinique  on peut aussi visiter l’exposition consacrée à la géologie (une île construite sur plusieurs volcans dont le dernier – la Pelée est apparu voici 300 000 ans), la flore ( trois zones qui se différencient du plus sec – le rivage atlantique 970 mm – au plus humide – le sommet de la  Pelée avec 6000 mm de pluie), la faune (les 139 espèces de colibris…) et les traditions de Martinique.  Mais n’oublions pas non plus les jardins de Coeur Bouliki aménagés par l’ONF au bord de la rivière blanche qui offrent baignades et promenades au milieu des roses de porcelaine.

Viennent ensuite les jardins de lotissement . Le jardin de lotissement s’inspire du jardin d’habitation par ses pelouses qu’il convient de raser au plus près avec le fameux coupe fil. Au gré des dons de boutures, des achats en jardinerie, des cueillettes en forêt, on y trouve aussi l’hibiscus et le bougainvillier, l’almandra jaune, la cordyline qui protège les maisons et quelques arbres fruitiers.

Les jardins c’est aussi le domaine d’un bon nombre d’oiseaux qui dès le matin prennent le relais des coqs voisins avec leur chants et leurs allées et venues incessantes : le Merle quiscale agité et bagarreur, le colibri affairé autour des coroles de fleurs de pagode, et le Piripit  (Tyran gris), à l’allure discrète mais bavard impénitent (ci-dessous de gauche à droite).D’autres habitants du jardin , bien plus furtifs, peuvent être observés avec un peu de patience, de calme et un téléobjectif prêt à déclencher. C’est le cas de la Mangouste qui s’affaire dans la ravine, contre la clôture du voisin. Les mangoustes originaires d’Inde ont été introduites avec succès en Martinique pour combattre les terribles  serpents trigonocéphales qui s’installent dans les champs de canne à sucre. Or ces deux animaux ne sont pas actifs durant les mêmes périodes et donc, en mal de prédation, la mangouste s’est rabattue sur les poules et les œufs, toutes sortes d’œufs, au point que nombre d’espèce d’oiseaux, comme les perroquets, ont disparu de l’île.Pour Claire et Raoul, nous avons fait ce que permettait le terrain entre l’arbre à pain, les cocotiers du voisin, les cannes qui bordent la ravine et le bois canon de l’autre  voisin : des alpinias, des roses de porcelaine et des balisiers, des hibiscus, des bougainvilliers achetés à St Joseph, un cocotier ramassé sur la plage de Ste Marie et des boutures prises chez les voisins.

Mais une fois nos travaux de jardinage terminés, il fallait laisser place à un repos bien mérité , regarder pousser nos plantations et souhaiter longue vie à ce nouveau jardin !Notre précédent séjour en Martinique : retrouvez ici ou encore nos comptes-rendus

Montier-en-Der: Un festival et des grues

Pour la 15 ème année consécutive la petite commune de Montier en Der organisait son  Festival de la photo animalière  et nature .

A 15 Km de Saint-Dizier, perdu au milieu d’une Champagne très rurale, le lac de Der, mis en eau en 1974, est devenu un haut lieu du tourisme, des loisirs et de détente, avec ses 77 km de rivages, 4800 hectares d’eau. La plus grande retenue artificielle d’Europe. Le plan d’eau attire une foule d’oiseau à la recherche de zones humides. Les grues cendrées, dans leur migration entre le Nord de l’Europe et la péninsule ibérique sont chaque année 40 000 à faire une longue pause sur ses rivages. C’est dire combien le site a depuis sa création attiré de nombreux photographes, dont une poignée est à l’origine de la création du festival.

Jeudi 17 novembre, nous approchons de Montier en Der dans la matinée, accueillis par un groupe de grues cendrées qui paissent tranquillement dans les terres. Je n’y crois pas, je chausse mes jumelles obscurcies par la buée, Norbert se fait klaxonner pour s’être arrété sur le bas-côté, mais je suis déjà dans le blé d’hiver pour approcher les volatiles. Pas vraiment craintives, mais préférant garder une distance raisonnable, elles partent un peu plus loin. Il y a déjà beaucoup de monde à Montier en Der et ce n’est pourtant que l’ouverture du festival ; beaucoup de voitures, de camping-car et des parkings déjà bondés. Mais la tolérance est grande pour le parking sur le trottoir.Dès l’entrée l’ambiance est conviviale : des bénévoles assurent la vente des billets et les contrôles et, malgré la foule, les photographes sont accueillants et disponibles. Ils parlent de leur pratique, de leur équipement et de leur statut sans hésitation et vendent quelques tirages ou livres. Peu de professionnels à plein temps, mais beaucoup de vrais passionnés qui souvent travaillent dans des activités proches de la nature (animateur nature, laboratoire d’entomologie de la fac de Rennes, observatoire astronomique de Reims…) et par deux.

La télévision est très présente . FR3 Champagne-Ardennes relaie pendant ces 4 jours tous les événements du festival et diffuse plein de reportages.

Nos coups de cœur :

L’hermine blanche et autres petits animaux des jardins : ils sont deux passionnés sous le sigle Beauté Sauvage qui se téléphonent chaque soir pour faire le point sur ce qui s’est passé sur les affuts. Ils parlent des animaux parano qui ne se laisseront jamais portraitiser et des autres individus plus curieux, joueurs, un peu clown. Les clichés exposés ont du succès auprès des amateurs qui veulent en ramener un souvenir.Plus loin, les photographes savent se transformer en alpinistes sur les falaises verticales que fréquentent les tichodromes échelettes à la robe colorée. Christophe Sidamon-Pesson en a tiré un livre magnifique.

C’est aussi sur les sommets des 4 coins de la planètes que Sébastien Dedanieli a suivi la faune des sommets.

Quant à Jean-François Hagenmuller , il a su capter cette lumière exceptionnelle des cimes qu’on peut observer dans le massif du Mont Blanc. Des couleurs uniques qui ne doivent rien à Photoshop ( juste quelques filtres – polarisant et gris neutre- à la prise de vue), nous assure-t-il.

Sébastien Beaucourt est un passionné d’astronomie (que j’appelle photos de nuit, mais l’auteur me corrige en m’expliquant les connaissances astronomiques certaines qu’il faut posséder pour savoir que la lune sera une nuit dans l’année entre les deux tours de la cathédrale). Ses photos d’une éclipse de Lune montrent bien la progression du phénomène.

Je m’attarde devant des documents du musée du cinéma et de la photographie de Saint-Nicolas du Port qui montre le premiers pas de la photographie animalière au début du XXème siècle avec des appareils de prise de vue – les chambres- qui pesaient plus de 15 Kg. Pas facile de prendre la fuite avec un tel chargement après avoir saisi le cliché historique du redoutable tigre du bengale. Cela me rappelle le livre de Michel Le bris « la beauté du monde » dont les héros Martin et Osa Johnson, parcouraient le kenya dans les années 1920 pour en ramener des photos d’animaux sauvages qui ont connu un succès immense aux USA.

Et puis beaucoup de matériel au gymnase de l’UFOLEP sur le port de Giffaumont. J’y trouve un déclencheur filaire pour notre réflex et nous aurions pu assister à la première présentation en France du nouveau Canon  EOS-1DX , «le vaisseau amiral de la gamme Eos» qui ne sera commercialisé qu’au printemps prochain. A 5000€, Canon présente un appareil dont les performances ( notamment une montée en ISO – 51 200, voire 204 800- qui préserve la qualité de l’image)  creusent l’écart avec les autres modèles experts de la marque.

Pas d’ateliers à Montier en Der (contrairement à ce que nous avions vu au Printemps de la Photo de Davezieux ), mais des conférences auxquelles nous n’allons pas car nous devons repartir dès le samedi.

Beaucoup de scolaires, aussi, qui débarquent par cars entiers. Ils sont à l’origine d’une grande animation dans les allées mais ils savent se montrer attentifs lorsqu’on leur explique la différence entre les papillons de jour et ceux de nuit.

Les associations de protection et d’éducation à la nature sont très présentes .  Nous sommes frappés par le foisonnement de propositions touristiques liées à la photographie nature pour des destinations exotiques mais aussi en France où les sites protégés ne manquent pas.

La journée passe vite et il est temps d’aller trouver une place sur la rive ouest du Lac pour assister le lendemain au lever des grues. Nous nous retrouvons au parking des camping-car sur le site de Chantecoq tout près du rivage. Arrivés sur le haut de la Digue : Surprise ! Nous connaissions le lac au mois de mai, une vaste étendue d’eau (à gauche sur la photo ci-dessus). En novembre, il n’y a plus que quelques flaques et beaucoup de bancs de sable parcourues par des bandes d’oies cendrées (à droite ci-dessus). C’est que le lac de Der fait partie du dispositif anti-crue de la Seine, vide l’hiver, il a la capacité d’absorber la montée des eaux de la Marne et l’été il fait la joie des baigneurs et des plaisanciers.

Beaucoup de monde à 7h du matin, beaucoup de matériel aussi et du gros, très impressionnant. Au fur et à mesure du lever du soleil, les grues décollent en groupe qui se détachent sur le ciel rougissant.

C’est beau, cela ne dure que trois quart d’heures et puis tout le monde reprend sa voiture.

Nous passons la journée à nous promener sur la digue, à visiter les expositions du site de Giffaumont-Champobert. Beaucoup d’oiseaux lointains : des vaneaux huppés, des cormorans, des grandes aigrettes, d’autres limicoles plus petits que notre équipement ne nous permet pas de voir, mais des ornithologues bien équipés de lunettes sont assez gentils pour vous faire observer dans leur lunette un courlis cendré, un garrot ou une sarcelle d’hiver.

Seules les oies cendrées sont à notre portée ; elles broutent en petites troupes peu farouches en bas de la digue. Difficile de les approcher tout de même et si le chien se montre c’est l’envol immédiat ! Pour observer le retour des grues le soir, je délaisse l’attroupement de l’observatoire de Chantecoq pour me placer sur la digue près d’un vidéaste isolé qui voit très bien l’endroit où le soleil va plonger mais ne semble pas sur le parcours des grues. Les couleurs du coucher de soleil sur les ilôts du lac sont superbes, le ciel aussi. Et les grues arrivent tout de même. Elles reviennent des champs où elles ont picoré les restes de maïs entre les sillons du labour. Elles survolent le petit bosquet qui nous fait face.Nous passons encore une nuit sur place et le parking des camping-car se remplit ; au petit matin du samedi, il n’y a plus une place libre.

Nouveau poste sur la digue près de nos voisins de camping-car équipés de pied en cap : veste de camouflage, objectif camouflé, énorme pied. Je ne sais pas si leurs photos sont meilleures que les miennes, mais je sais qu’il vont passer la semaine à les trier : ils déclenchent tous en rafale.

Cela ne fait pas autant de bruit que les grues à l’envol mais c’est tout juste !

Un été indien auprès du canal du Nivernais

C’est au retour d’Auxerre, où Danièle avait suivi un stage d’Aïkido que nous avons décidé de descendre vers le sud en longeant le canal du Nivernais. Ce début d’automne était particulièrement clément, le soleil déclinait à peine quand nous sommes arrivés aux environs de l’étang de Baye. Nous avons alors trouvé la rive occupée par de nombreux baigneurs.

Un 1er Octobre ! Un évênement pour ce beau pays du Nivernais !

Alors quinze jours plus tard, quand nous avons décidé de remonter  explorer plus avant la région, nous n’étions pas sûrs de retrouver de si belles journées. Au petit matin, sur les routes de la campagne, nous avons trouvé des écharpes de brouillards dans les creux des champs.

Qu’est-ce que nous cherchions dans cette campagne à vaches ? Danièle avait lu que c’est là que se situaient les échelles de Sardy lès Epiry et les voûtes de la Collancelle ?… Mais qu’allions nous trouver derrière ces toponymes mystérieux? De quoi s’agissait-il ?

C’est dans ce vallon que furent donnés les premiers coups de pioche du canal du Nivernais, en 1780. Le canal fut ouvert à la circulation sur sa longueur actuelle en 1842. Les forêts de la région parisienne ne suffisant plus à l’approvisionnement de Paris en bois de chauffage, les recherches se sont tournées vers le Morvan et le Bazois.

Depuis le XVIème siècle et jusqu’aux années 1900-1920, d’énormes quantités de bois ont été acheminées vers Paris par la voie d’eau et notamment par la rivière d’Yonne.

C’est donc à partir de cette industrie du bois, qu’est né le Canal du Nivernais, en Bourgogne.

Composé de 110 écluses et long de 180 km, il débute de la ville de Saint-Léger-des-Vignes dans la Nièvre pour finir à Auxerre au coeur de l’Yonne. Mais on ne passe pas aussi facilement du bassin versant de la Loire ( que le canal rejoint à Decize) à celui de la Seine (que l’Yonne rejoint à Montereau).

Les derniers 33 m nécessitent 16 écluses reserrées (on les appelle les échelles de Sardy lès Epiry)

et trois passages en tunnel (Les voutes de la Collancelle,  des breuilles et de Mouas) qui succèdent à un long parcours en tranchée entre des falaises envahies par une végétation luxuriante. Coté versant Loire, la tranchée débouche sur l’étang de Baye , séparé par une fine digue et un système de vannes qui alimentent le versant Loire.

C’est que les canaux, surtout sur les parcours en pente consomment beaucoup d’eau et le premier souci des concepteurs fut de leur assurer une alimentation abondante. Coté Seine, c’est une retenue sur l’Yonne, le barrage de Pannecières, qui fournit l’eau acheminée par la Rigole d’Yonne, Coté Loire ce sont les étangs de Vaux et Baye, créés pour l’occasion au milieu d’une campagne à vaches.Avant de descendre vers la Loire le canal s’élargit et offre aux mariniers ( ici surtout des péniches de plaisance venant de Hollande) un vaste abri occupé également par une société de location de bateaux de plaisance en pleine expansion.L’étang est un paradis pour les pêcheurs. La carpe près des rives herbues.
le brochet le long de la digue. On pêche au vif ou au leurre (chaque pêcheur a son arme secrète, l’essentiel est de mimer le déplacement rapide d’une possible proie). Premier brochet de la matinée pour ce jeune pêcheur de Nevers,  » un beau, 70 centimètres ! « , installé dès le lever du jour avec son grand-père. A vrai dire, le brochet en question est revendiqué quelques instants plus tard par un autre pêcheur , apparemment expérimenté, qui en aurait fait cadeau au petit jeune soupçonné dès lors d’usurpation.  Il n’y a pas qu’à Marseille que les pêcheurs s’attribuent des exploits imaginaires !

C’est aussi un magnifique plan d’eau pour la voile avec la flotte du Cercle Nivernais de la Voile qui fera de vous, loin de tout rivage marin, en plein dans les terres, un vieux loup de mer ! Les deux jours passent vite sous un frais soleil. J’apprécie cette proximité avec cette paisible surface d’eau et cette belle campagne qui se déploie en molles ondulations. Cette ambiance me fait du bien, comme si le calme du paysage m’apportait la paix intérieure.

Alors on savoure jusqu’au dernier moment, avant de prendre la route du retour. Demain la pluie arrive.

(Merci à Charles Berg et à son site, Histoire et Patrimoine des rivières et canaux , une mine pour les amateurs des voies d’eaux)

 

 

 

 


 

Ils créent leur entreprise

Ils n’ont pas 30 ans, quelques diplômes en poche. Ils ont délaissé les jobs qui s’offraient à eux après leurs études. Ils ont envie de faire ce qui leur plait. Alors, ils créent leur entreprise !

Comme point de départ, une passion, et/ou une compétence pointue et rare.  Et les voilà qui construisent leur projet, choisissent un statut juridique, cherchent des sources de financement, se font connaître via le net, la presse, la télévision ou facebook et se lancent.


Filles à
retordre  c’est celle d’Anne Lise (après Sciences Po, quelques expériences décevantes dans l’humanitaire et les relations Nord-sud)  à Lille. Avec Marie, elles font des chapeaux, de la couture, des meubles en carton et des bijoux et animent des ateliers de formation.La presse en parle !

Chez Idealséduction , Bérenger (DUT génie industriel puis Master métiers de la mode, et beaucoup de petits boulots comme serveur en boite de nuit) est aux commandes pour vous apprendre à « comprendre, rencontrer, attirer et séduire les femmes qui vous plaisent ».

Des stages collectifs, du coaching personnalisé sur Lyon et plein de conseils gratuits à lire ou à regarder.

Berenger encore, aux manettes de http://www.jebegaie.com, un videoblog pour apprendre à vaincre son bégaiement.

Azerg’renov  Jérémy (a entamé un DUT en logistique transport, puis terminé un apprentissage dans le bâtiment)  est auto-entrepreneur en peinture-décoration.

Ils n’ont pas de patron bien sûr et c’est ce qu’ils voulaient, mais ils s’aperçoivent que c’est beaucoup de travail pour monter le projet, le faire connaître et le faire vivre et doivent souvent conserver un job alimentaire pour assurer au jour le jour.

Et puis, ils rencontrent des soucis de manager avec les associés quand il y en a et la concurrence des autres créateurs d’entreprise qui sont plus nombreux qu’ils pensaient :

Comment apparaître en premier dans une recherche google ?

Comment dissuader des belges de choisir le même nom que vous ?

Comment fixer ses tarifs ?

Comment convaincre les clients ?

Comment surmonter une baisse de moral quand on n’a pas de patron pour vous botter les fesses et que vos clients vous attendent impatiemment sur un chantier…

Mais ils ont des idées plein la tête, le souci de la valorisation personnelle, du développement durable et du lien social pour un monde qu’ils voudraient meilleur et plus chaleureux.

Ils y croient ces  inventeurs de demain et nous leur adressons tous nos encouragements.

Les vignes vues du ciel

Lorsque Jean, mon ami viticulteur, m’a sollicité pour un inventaire photographique du vignoble de Quincy et Reuilly, je me suis trouvé assez perplexe. Il existe des entreprises spécialisées qui offrent des garanties de moyens et de résultats bien au-dessus des possibilités d’un photographe amateur, fût-il expérimenté.

Mais le défi me tentait et l’idée d’opérer pour des vignerons et un vignoble que je connaissais et appréciais depuis longtemps à travers les vendanges ( voir ici  ou ), rendez-vous annuel d’une bande sympathique autour de Chantal et Jean.

Alors on trouva un ULM, on prit un rendez-vous et l’affaire se concrétisa.

Pour moi l’expérience en vol est une première complète . Il s’agit d’abord de prendre connaissance avec l’appareil, un ULM pendulaire, deux places, assez évolué. La place du passager est étroite, comparable au siège arrière d’une moto, la ceinture de sécurité en plus. Pas question d’amener du matériel ou des documents. Pas question de changer d’objectif en vol. Alors lequel choisir?

Pour ce premier vol je choisis un zoom 70-300mm dans l’idée qu’à 150 m d’altitude il vaut mieux se rapprocher de son sujet, effet amplifié par la taille du capteur APS de mon Canon 600d.

L’objectif se révèle très adapté à viser des éléments du paysage , comme le chateau de Quincy (ci-dessus) mais pas du tout à saisir de vastes parcelles de vigne, des ensembles de parcelles ou des paysages. Bref après un petit tour, nous revenons vers la base pour installer un petit zoom 18-55 mm mieux adapté et moins encombrant. Idéal pour ce genre de panorama ( les éoliennes au-dessus de Sainte-Thorette) :L’expérience visuelle est pour moi inédite. Rien de comparable au point de vue terrestre. Vu d’en haut, le paysage apparaît enfin dans sa globalité et dans sa diversité  : ainsi on comprend que ces terroirs de vignobles sont enchassés dans des surfaces de grandes cultures ( très visibles à cette époque de l’année car le sol, retourné et préparé pour les semis d’automne se détache en étendues beiges claires ou brun foncé). La forêt est très présente, massive, sombre, même si le remembrement a supprimé la plupart des haies et des bosquets.Et puis on prend conscience de la place de l’eau dans cette zone baignée par deux rivières : l’Arnon et le Cher et parsemée de nombreuses gravières créées par l’homme, transformées en autant d’étangs recolonisés par la végétation.Dans cette zone de plaine, le relief apparaît comme une variable importante dans le paysage. Ainsi les coteaux de l’Arnon sont bien plus découpés et pentus que les terrasses du cher. On observe en conséquence sur le vignoble de Reuilly , de vastes ondulations avec des pentes importantes.L’initiative des vignerons s’inscrivait dans une approche terroir , menée en collaboration avec l’INRA d’Angers .

La notion de terroir est familière – mais un peu vague- dans l’agriculture française. Avec cette étude, il s’agit donc d’examiner de plus près , au niveau de la parcelle ou d’un ensemble de parcelles les éléments (le sol d’abord, mais aussi l’orientation,le microclimat, le voisinage, la pente et les pratiques culturales) qui conditionnent la qualité du produit. Et la photo peut amener des informations précieuses.Ainsi cette vue de la Commanderie au sud de Preuilly ( la parcelle en long au centre qui culmine autour de l’éolienne anti-gel) a retenu l’attention de Jean. On observe que les rangs inférieurs et plus à droite sont d’un vert plus sombre qu’ailleurs , signe d’une vigueur végétative supérieure. c’est aussi une zone où le botrytis ( pourriture grise des grappes) est plus fréquent, donnant ainsi des indications utiles sur la conduite de la fertilisation.

C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de photographier chaque parcelle. Mais lorsqu’il a accès à de tels points de vue, le photographe se laisse aussi fasciner par la magie graphique de ces paysages très travaillés. Sans oublier la ponctuation de ces fermes isolées qui sont autant d’ilots d’histoire et d’humanité parsemées dans l’océan des grandes cultures d’aujourd’hui. Alors, si la photographie -et la curiosité de l’amateur- peut se révéler utile aux producteurs, ne boudons pas notre plaisir !

le blog préféré du Clairon:

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Les Bavards : un hameau qui nous parle

Il y a 35 ans Les bavards étaient un hameau abandonné à l’ouest du Poitou, à deux pas du Berry.

Deux habitations encore debout, une grange, quelques bâtiments agricoles et beaucoup de ruines, dont il ne restait souvent que les portes et leurs linteaux, envahies par la broussaille. Un point d’eau incertain à 100m et une ligne électrique encore sous tension. On accédait par un long chemin empierré qui sinuait dans une forêt sombre. Mais quelle paix à l’arrivée ! Philippe, le premier acquéreur avait rapidement convaincu quelques amis parisiens de retrousser leurs manches pour redonner vie au hameau. On y vivait à la dure mais enfin loin de l’enfer parisien, entassés sous le seul toit disponible, ravis de ce silence, coupés du monde.

Reconstructions, débroussaillages, aménagements, agrandissements, plantations, récupérations en tout genre ont occupé les vacances des valeureux et des valeureuses. Après Diane et  Philippe, Françoise et Dominique acquièrent l’autre maison encore debout. Puis Geneviève prend possession d’une ruine enfin remontée grâce aux efforts de tous, et moi je traverse le chemin pour m’installer dans une ferme en location. Et puis Diane, désormais séparée de Philippe, récupère l’habitation d’origine et, plus tard, fait construire une aile qui la complète. La bétonnière – et les bras des habitants servent indifféremment dans l’une ou l’autre maison. La vie s’organise autour d’un espace qui recrée petit à petit l’ancienne place du village.

L’idée de vivre à demeure dans ce havre de paix, de trouver une activité à proximité, nous anime tous plus ou moins. Au printemps 1981 voici nos parisiens embarqués dans un projet collectif de librairie-salon de thé-restaurant à Poitiers qui les amène à des allers-retours entre la capitale régionale et les Bavards. Mais l’abandon du restaurant, trois ans plus tard, redistribue les cartes. Installé désormais à Lyon je ne tarde pas à résilier ma location. Pour les autres, revenus à Paris ou installés à Poitiers,  le hameau ne sera plus qu’un lieu de vacances.

Les pionniers du début ont toutefois conservé un esprit collectif, tourné vers la coopération, renforcé désormais par la nouvelle génération qui peuple les maisons. Les gamins ont vécu beaucoup d’étés ensemble, devenus adultes ils restent fidèles à ce lieu à nul autre pareil. C’est maintenant un hameau coquet de quatre habitations pimpantes dotées d’une terrasse chacune. Les maisons ont grandi en surface et en confort, comme celle de Françoise et Dominique, agrandie deux fois.

Le hameau a sa place centrale, sa mare bordée d’un cyprès chauve du plus bel effet et appréciée des canards, sa piscine hors-sol (désaffectée cette année pour cause de sécheresse). Un plan astucieux et longuement réfléchi préserve intimité et vie collective. Chacun s’est ingénié à garder l’aspect simple et rustique de ces petites maisons basse typiques de l’architecture rurale du Berry.

Les Bavards : ce nom de hameau en a intrigué plus d’un, en premier ses nouveaux propriétaires. Les habitants seraient-ils forcément cancaniers, des pipelettes enclines à parler pour ne rien dire?

Il ne faut pas négliger l’importance dans les moeurs autochtones d’un certain art de la conversation. Botanique, jardinage, techniques écologiques de construction, cuisine nouvelle, voire médecine douce et soins vétérinaires, rien n’échappe aux affirmations, aux commentaires voire aux controverses de ces autodidactes formés sous le signe du magazine Rustica, du catalogue Kokopelli (qui prône » la libération des semences et de l’humus ») et des sites spécialisés d’internet. Bouvard et Pécuchet ne seraient pas dépaysés en leur compagnie.

Heureusement, l’oeuvre accomplie, le devenir du village, tout le travail investi dans les murs et la terre sont là pour attester que l’action et la constance ont primé sur les discours sans suite.

Tradition heureuse : pas de séjour sans soirée qui réunit autour d’une table les habitants et les connaissances des environs . La convivialité aux Bavards n’est pas un vain  mot.

Les couples ont évolué, les enfants ont grandi, des indigènes sont devenus des amis proches, la retraite s’annonce pour certains et Les Bavards s’apprêtent à prendre un nouvel essor comme centre de diffusion des techniques culturales respectueuses de l’environnement et des variétés oubliées. Le savoir-faire jardinier patiemment accumulé au fil des années, des lectures et des contacts, les pratiques culturales testées selon des plans expérimentaux rigoureux font des adeptes . Dernières expérimentations : le Kiwano , sorte de concombre avec piquants dont on consomme la pulpe sucrée et le Giraumon d’Essine à peau curieusement verruqueuse. Lors de notre dernier passage les Bavards vivaient un évènement jamais vu : Le départ d’un couple fondateur et la vente de leur maison dans le cadre d’un divorce. Un déchirement et beaucoup de peine du coté de ceux qui partent et du coté de ceux qui restent. Heureusement un dénouement heureux : l’acquéreur est une parisienne habituée et fan des bavards dont la venue est souhaitée par tout le monde. Les Bavards continuent !

Voir aussi le compte-rendu concernant Bras d’Asse un village des Alpes provençales abandonné depuis plus d’un siècle

Photo Nature

Nous avons passé le week-end dernier dans le Jura pour un stage photo Nature organisé par notre club photo. Tout d’abord une journée autour du lac de Lamourra (un lac glaciaire à deux pas de la station des Rousses dans le Jura)  pour s’assurer des bases de la photo paysages et nature. Le coeur d’une photo paysage (outre le cadrage et les paramètres d’exposition) c’est l’analyse des zones de lumière, souvent en contraste violent : entre un  ciel d’été et le versant nord de la coline plantée de conifères quasi-noirs, comment éviter le traditionnel ciel blanc-cramé (ci-dessous à gauche) que nous restituent souvent les boitiers numériques. Fabien, notre photographe nous conseille une sous-exposition constante et l’utilisation éventuelle d’un filtre (avec un filtre gris dégradé neutre ci-dessous à droite).Avec un peu de patience et une éclaircie dans les nuages, on règle la vitesse au 1/250 avec le filtre bloqué sur le ciel et le tour est joué !

Fabien Bruggman est photographe animalier  depuis 20ans. Un peu de technique, beaucoup de matériel, mais surtout une expérience pratique  vécue et l’envie de partager son amour de la nature, sans aucune condescendance pour les débutants. C’est un bon ! Voir son site !

Le dimanche est prévu pour aller à la rencontre des animaux, précisément voir des chamois et les saisir dans leur environnement sans les déranger. Les sites sont connus des habitués. C’est au Bourg de Sirod que nous allons centrer nos recherches. Tout à coté les pertes de l’Ain ( un parcours souterrain de la rivière à travers un chaos de quelques centaines de mètres) attirent de nombreux visiteurs au-dessus des cascades et des abimes.Mais beaucoup de touristes ignorent qu’une harde de chamois est installée sur les hauteurs voisines que notre groupe rejoint vers les dix heures du matin. Nous parcourons les clairières successives de ce qui fut au XVIème siècle une forteresse imprenable, mais de chamois pas une trace ! Le soleil déjà haut les a amenés à se replier dans la fraîcheur des pentes boisées. La petite troupe du club se sépare et nous voilà partis sur un circuit de randonnée.

Mais tout n’est pas perdu. Le reste du groupe trouve en descendant de la compagnie : un solitaire, nullement effarouché, se prête de bonne grâce au rôle de modèle.

Le soir, après la dispersion du groupe,  nous décidons de persévérer le lendemain matin . Lever 5h15 pour être sur place à 6h. Un amoureux de la nature est déjà sur le parking et nous attend pour ne pas  déranger les chamois avant notre passage.

Nous mettons en oeuvre les conseils de Fabien. Etre toujours prêt : mode AV (priorité ouverture pour avoir toute la profondeur de champ souhaitée), réglage à 3200 iso dans la lumière bien faible du petit matin (je passerai à 800 iso vers 7h puis à 100 iso en plein soleil vers 8h30) et nous commençons à suivre la falaise.

Ils sont là et broutent sans se soucier de nous. Les pentes abruptes sont leur vrai refuge. C’est là qu’ils sont à l’abri de leur seul prédateur, le lynx, mal à l’aise dans les falaises, sans compter l’homme:

chaque année les sociétés de chasse accordent quelques « bracelets » soit autant d’autorisations de tuer aux fins d’un soi-disant équilibre des populations

Nous montons sur la crête et ils sont toujours là en contrebas maintenant, toujours à l’ombre. Notre premier accompagnateur s’éclipse discrètement en nous donnant des conseils de promenade.

Il est remplacé par un deuxième passionné, long téléobjectif, disert, ancien DRH qui a donné des noms à toute la harde et décèle les problèmes psychologiques des individus. « Micheline n’a qu’une seule corne, elle est plutôt rejetée par les autres ». Ces deux-là viennent tous les jours et savent tout des habitudes des animaux.

Un chamois fait un petit tour dans la prairie de l’autre côté du chemin…que nous croiserons à 4-5 mètres sur le chemin au retour. Etre toujours prêt : avec l’appareil bien réglé en bandouillère, pas de vraie difficulté pour avoir une photo à peu près nette ; pour le cadrage, c’est une autre affaire !

Les chamois sont si calmes que Norbert pense pouvoir sortir Wiki sans problème : ils nous avaient tolérés sans crainte mais la vue du chien les fait instantanément prendre de la hauteur d’un bond prudent. Je les retrouve au sommet de la crête en plein soleil…pour les voir s’éloigner paisiblement dans la forêt sur la face est.

Il est 9h. Toujours prêt et patient pendant 3 heures, c’est fatiguant mais tellement agréable.

 

Aïkido au bord de l’eau

La presqu’ile des Echandes est introuvable pour qui ne la connaît pas. Absente de la carte Michelin, invisible de la route, c’est un des deux seuls lieux d’accès à l’eau sur les 365 ha du barrage de Grangent sur les gorges de la Loire en aval d’Aurec sur Loire et en amont de St Just-St Rambert. A Unieux , il suffit de dénicher le panneau Les échandes et la petite route qui serpente sur le promontoire au-dessus de la Loire.

L’auberge de jeunesse occupe les maisons restaurées d’un village de pêcheurs et d’agriculteurs. Ce hameau a échappé de peu à la montée de l’eau occasionnée par le barrage. C’est La communauté de communes Saint-Etienne Métropole qui a pris en charge les travaux ; la gestion a été confiée à la fédération des Auberges de Jeunesse.

Plus bas, au bord de l’eau les murs de verdure qui occupent les berges n’ont rien à envier à la forêt guyanaise qui descendrait en pente raide sur Oyapoque ou le Maroni. Seuls les châtaigners en fleurs en juin, mettent une touche de couleur différente dans le vert absolu des chênes, des hêtres et des pins.

C’est là que pour la 8eme année, le club d’aïkido de St Etienne organise un stage d’aïkido-nature. ( contact-echandes@aikidojo.stetienne.org )

Trois enseignants pour une quarantaine d’élèves qui pratiquent en chaussures dans l’herbe . Entrainement aux armes et à mains nues mais sans chute ; le travail n’en est que plus intense : attention à ce que montre l’enseignant qu’on ne voit ni n’entend très bien, concentration dans la pratique et aucune discussion parasite sur le bord du tatami.

L’auberge propose aussi des emplacements de camping. C’est sur ces terrasses aménagées et enherbées que débutent samedi les exercices, à l’ombre des sapins sombres et des érables légers.  L’air frais, le chant des oiseaux, le soleil et la brise qui agite les feuilles des arbres, on se demande comment on peut pratiquer enfermé toute l’année.

Le soir après l’exercice, chacun se retrouve en famille ou en groupe dans les petites maisons, joliment rénovées. Le repas autour d’un solide couscous est pris en commun dans la grande salle à manger, avant une soirée musique et vidéo (devinez quoi ? un montage des vidéos disponibles sur la pratique et la carrière de Maître Tamura, le fondateur le plus emblématique de l’Aïkido en France). A coté, un groupe d’aviron qui fait étape à l’auberge, rejoint par la camionnette qui assure la logistique.

Le  Dimanche à 7 h du matin, les pratiquants se retrouvent à l’abri de la fraîcheur matinale dans une salle transformée en Dojo à l’aide d’une vingtaine de tatamis fournis par le club de St-Etienne. Au programme : éveil corporel, Shiatsu (les massages japonais par pression des doigts) et immobilisations.

On croise dans les ruelles du hameau les rameurs qui vont rejoindre sur le ponton leur embarcation. Les longs bateaux, si effilés, en bois et en matériaux composites, attendent leurs rameurs pour reprendre leur course vers l’amont du fleuve

Les aïkidokas prennent ce matin le chemin des berges de la Loire pour une matinée d’exercice. Je commence à reconnaître les visages découverts la veille. La bonne humeur devient contagieuse, les sourires s’ajoutent à la concentration.La matinée finie, le stage proprement dit est terminé. Mais le soleil qui l’emporte sur les nuages nous incite à nous installer sur la terrasse de bois qui domine la Loire et une petite faim se révèle à l’agréable odeur du barbecue.Tout au long du week-end les enfants (et les chiens) ont pris possession du hameau, sous l’oeil bienveillant des adultes. C’est un endroit idéal pour s’ébattre entre les maisons, monter sur les installations sportives sans courir le moindre danger.

L’ambiance est beaucoup plus familiale que dans les « grands » stages. J’ai même l’impression d’être une cousine éloignée qui vient pour la première fois à une fête de famille. Comme dans les familles, on partage une longue histoire. Je revois avec plaisir Antoine, si souvent uke (le partenaire, celui qui reçoit l’exercice) de maître Tamura, qui prend peu à peu la stature, le sourire et l’ironie du maître. Et puis, je mets enfin un nom sur plusieurs têtes croisées sur les tatamis lyonnais.

Xavier et Nicolas, les enseignants et organisateurs  sont concentrés et attentifs à ce que rien ne manque et à ce que les horaires soient respectés. Valmon et Gaétan sont partout avec Gaëlle pour l’organisation. Les participants peuvent se détendre et se découvrir sans autre souci que celui du temps qu’il va faire.

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Un écureuil roux dans notre cyprès


Chaque matin entre 7h et 8h30 l’écureuil roux nous invite à son petit déjeuner de cônes de cyprès.

Un petit bruit de grignotage, des débris qu’il jette, une tache rousse suffisent pour le localiser  dans les 10m de hauteur du cyprès  et l’observation peut commencer. Où se placer ? A un mètre de notre terrasse (c’est trop près, on pourrait l’effrayer), ou à 7-8 m à la fenêtre chez Andréas (c’est mieux – avec un zoom de 300mm et beaucoup de patience).

Quelle idée l’a décidé à installer ses quartiers dans ce conifère si proche de la maison, de ses activités humaines et des animaux – chien, chat – qui peuvent le déranger ou même l’attaquer ? En l’observant on comprend vite : le cyprès, lourdement chargé de ses fruits – des cônes sphériques qui renferment les précieuses graines –  est avant tout son garde-manger.

Il se saisit d’un cône  entre ses deux pattes avant et il commence la dégustation écaille après écaille à la recherche des graines. Quand il ne reste que le trognon, il le jette et part vite à la recherche d’un autre cône, parfois juste à côté, parfois plus haut ou plus bas en se faufilant entre les branches.

Son agilité est étonnante. Une longue queue « en panache » lui sert de balancier et de gouvernail lorsqu’il grimpe . Son adaptation au milieu est parfaite : squelette léger, longues griffes, il étale la queue et écarte les membres quand il saute. Le cyprès est à 60 cm du bord du toit , un rien à franchir pour notre acrobate.
A-t-il construit sa « hotte ,» (son nid)  dans le cyprès ou bien sous le toit ? Mystère ! Pour étancher sa soif, nous avons placé une petite réserve d’eau à côté du cyprès, mais bien rusé celui qui le verra en train de boire.

L’écureuil est aussi un bon nageur. Nous l’avons vérifié sur les iles du Rhône près de Condrieu (l’île au Beurre). Un peu loin, le sujet, pour le zoom de notre petit appareil photo compact.


Les écureuils roux sont en voie de disparition, victimes de la route et remplacés par les écureuils gris venus d’Amérique du Nord devenu invasifs parce plus gros et plus forts et plus résistants aux maladies. Ils ont pratiquement disparu en Angleterre.

Alors, nous sommes particulièrement attentifs à ce nouveau voisin si sympathique. Mais il a déjà terminé son repas et nous dit au revoir en disparaissant dans l’épaisseur du feuillage.