Programme minimum cet été 2010 : chantier à Villebois, stage Aïkido à Val d’Isère et quelques jours en Tarentaise. Mais on sait bien que tout camping-cariste un peu disponible peut se laisser tenter par une destination imprévue plus aventureuse.
Et la tentation, en cette mi-juillet paisible, nous fut apportée par Béatrice et Philippe, amis de trente ans, convertis au Camping-car comme nous et pratiquant assidus de l’Italie du Nord (Cf notre voyage en Toscane ) , de passage impromptu à la Buchette.
On parle d’abord du Val d’Aoste, mais la météo mauvaise nous repousse plus à l’Est en direction des Dolomites. En limite de la Lombardie et du trentin, au-dessus de Brescia, nos compagnons de route souhaitent découvrir l’Adamello et plus au Nord , le parc Naturel du Stelvio. Nous n’irons pas jusqu’au col du même nom – 2758 m le plus haut des Alpes derrière l’Iseran. Nous nous installons près des fontaines d’eau minérale de Pejo, au pied de grandes randonnées qui conduiront nos amis aux confins des 3000m. Danièle et moi nous préférons nous arréter à la Malga (c’est ainsi qu’on dénomme ici les bergeries) de Palù après 3 h de marche en leur compagnie.
Mais lorsqu’on se rapproche de l’Est – ci-dessous au Mont Penegal, un vrai belvédère au milieu des alpes – l’attrait des Dolomites se renforce. L’horizon est barré d’une multitude de sommets à la couleur claire homogène mais d’une morphologie si variée : aiguilles acérées, puissants massifs tabulaires séparés par de profondes vallées glaciaires, vastes plateaux désolés… C’est décidé : nous consacrons le reste du séjour à la découverte de ces préalpes très particulières.
Alors, le lendemain soir nous voilà au Passo Rolle dans le secteur des Pale di San Martino de Castrozza. Après une nuit dégagée, l’aurore allume ses feux derrière le Cimon della Pala (3185m). On commence à comprendre à quel point cette roche beige clair peut capter la lumière pour prendre tous les tons de l’ocre le plus intense jusqu’au rose le plus délicat. On comprend comment le Catinaccio peut s’appeler RosenGarten en allemand – langue pratiquée dans ces vallées aux cotés de l’italien et du ladino.
Ces sommets acérés , ces pale, on a envie de les voir de plus près . Alors on pourrait suivre le chemin des plus expérimentés qui viennent de loin pour emprunter les fameuses Via Ferrata, fréquentées et équipées pour la première fois par les troupes italiennes sur ce front méconnu de la guerre de 1914-18 (800 000 morts, souvent dans la neige et la glace).
Courageux, mais pas téméraires, nous préférons le téléphérique de Rosetta au dessus de San-Martino di Castrozza qui nous amène sur le rebord d’un plateau à 2800m. Autour de nous un paysage désertique, lunaire. Totalement minéral … enfin presque : entre deux roches, le végétal arrive à s’accrocher et à fleurir tel ce délicat pavot des Alpes (Papaver rhaeticum).
De retour dans la vallée, nous ne sommes pas à l’abri du grain qui se prépare. Ce jour-là nous nous sommes installés sur une aire aménagée de camping-cars à la sortie de San-Martino.
L’après-midi se termine sous la pluie. L’été n’est jamais sec dans les dolomites, les sommets reçoivent en juillet de 130 à 150 mm de précipitations.
Mais le temps change vite : quelques instants avant le coucher du soleil, les nuées se dissipent et nous dévoilent un spectacle magnifique. Tout le monde se précipite en dehors des camping-cars, fasciné par la magie de la lumière, bien décidé à fixer dans la mémoire de son appareil photo cet instant exceptionnel.
En face de nous se dresse le Sass Maôr dans toute sa majesté .
Si les regards se tournent vers les sommets, il ne faut pas oublier que les Dolomites constituent une vaste zone d’alpage autour de 2000m où nous trouvons des chemins de randonnées agréables -et très fréquentés en cette saison par un public familial très divers, y compris les poussettes de bébés. Dans le val Venegia, bien avant de voir les troupeaux de vaches en train de changer de pâture, nous les avions repérés grâce au vacarme lointain des sonnailles :
Ces alpages d’altitude se transforment l’hiver en immenses domaines skiables. Sur ces pentes, beaucoup de « refuges » se présentent en fait comme des villégiatures confortables et bien commerciales, cotoyant les authentiques « malga », constructions sommaires par empilement de tronc d’arbres grossièrement taillés, qui servent d’abri pour les bergers d’estive et leurs troupeaux. Ici au pied du Sassolungo (3181m).
Ce qui frappe dans ce paysage aux allures de jardin alpin, c’est que les pâturages sont très soignés malgré les difficultés de la pente. Le secret nous est révélé plus loin : un matériel adapté ( ici un camion tout-terrain équipé d’un pick-up pour charger le foin par l’arrière, véhicule produit en Suisse à quelques exemplaires) et beaucoup de travail humain.
Nous regagnons notre Camping-Car garé au-dessous du col de Sella. Face à nous en cette fin d’après-midi, se dresse la Sella, le plus central et le plus massif des groupes de sommets des Dolomites. Profitons du coup d’oeil . Demain il pleut et nous entamons le chemin du retour.








