Dolomites: vertige des cimes, paix des alpages

Programme minimum cet été 2010 : chantier à Villebois, stage Aïkido à Val d’Isère et quelques jours en Tarentaise. Mais on sait bien que tout camping-cariste un peu disponible peut se laisser tenter par une destination imprévue plus aventureuse.

Et la tentation, en cette mi-juillet paisible, nous fut apportée par Béatrice et Philippe, amis de trente ans, convertis au Camping-car comme nous et pratiquant assidus de l’Italie du Nord (Cf notre voyage en Toscane ) , de passage impromptu à la Buchette.

On parle d’abord du Val d’Aoste, mais la météo mauvaise nous repousse plus à l’Est en direction des Dolomites. En limite de la Lombardie et du trentin, au-dessus de Brescia, nos compagnons de route souhaitent découvrir l’Adamello et plus au Nord , le parc Naturel du Stelvio. Nous n’irons pas jusqu’au col du même nom – 2758 m le plus haut des Alpes derrière l’Iseran. Nous nous installons près des fontaines d’eau minérale de Pejo, au pied de grandes randonnées qui conduiront nos amis aux confins des 3000m. Danièle et moi nous préférons nous arréter à la Malga (c’est ainsi qu’on dénomme ici les bergeries) de Palù  après 3 h de marche en leur compagnie.

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Mais lorsqu’on se rapproche de l’Est – ci-dessous au Mont Penegal, un vrai belvédère au milieu des alpes –  l’attrait des Dolomites se renforce. L’horizon est barré d’une multitude de sommets à la couleur claire homogène mais d’une morphologie si variée : aiguilles acérées, puissants massifs tabulaires séparés par de profondes vallées glaciaires, vastes plateaux désolés…  C’est décidé : nous consacrons le reste du séjour à la découverte de ces préalpes très particulières.

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Alors, le lendemain soir nous voilà au Passo Rolle dans le secteur des Pale di San Martino de Castrozza. Après une nuit dégagée, l’aurore allume ses feux derrière le Cimon della Pala (3185m). On commence à comprendre à quel point cette roche beige clair peut capter la lumière pour prendre tous les tons de l’ocre le plus intense jusqu’au rose le plus délicat. On comprend comment le Catinaccio peut s’appeler RosenGarten en allemand – langue pratiquée dans ces vallées aux cotés de l’italien et du ladino.

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Ces sommets acérés , ces pale, on a envie de les voir de plus près . Alors on  pourrait suivre le chemin  des plus expérimentés qui viennent de loin pour emprunter les fameuses Via Ferrata, fréquentées et  équipées pour la première fois par les troupes italiennes sur ce front méconnu de la guerre de 1914-18 (800 000 morts, souvent dans la neige et la glace).

Courageux, mais pas téméraires, nous préférons le téléphérique de Rosetta au dessus de San-Martino di Castrozza qui nous amène sur le rebord d’un plateau à 2800m. Autour de nous un paysage désertique, lunaire. Totalement minéral … enfin presque : entre deux roches, le végétal arrive à s’accrocher et à fleurir tel ce délicat pavot des Alpes (Papaver rhaeticum).

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De retour dans la vallée, nous ne sommes pas à l’abri du grain qui se prépare. Ce jour-là nous nous sommes installés sur une aire aménagée de camping-cars à la sortie de San-Martino.

coucher-soleil.1283523045.jpg L’après-midi se termine sous la pluie. L’été n’est jamais sec dans les dolomites, les sommets reçoivent en juillet de 130 à 150 mm de précipitations.

Mais le temps change vite : quelques instants avant le coucher du soleil, les nuées se dissipent et nous dévoilent un spectacle magnifique. Tout le monde se précipite en dehors des camping-cars, fasciné par la magie de la lumière, bien décidé à fixer dans la mémoire de son appareil photo cet instant exceptionnel.

En face de nous se dresse le Sass Maôr dans toute sa majesté .

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Si les regards se tournent vers les sommets, il ne faut pas oublier que les Dolomites constituent une vaste zone d’alpage autour de 2000m où nous trouvons des chemins de randonnées agréables -et très fréquentés en cette saison par un public familial très divers, y compris les poussettes de bébés. Dans le val Venegia, bien avant de voir les troupeaux de vaches en train de changer de pâture, nous les avions repérés grâce au vacarme lointain des sonnailles :

Ces alpages d’altitude se transforment l’hiver en immenses domaines skiables.  Sur ces pentes, beaucoup de « refuges » se présentent en fait comme des villégiatures confortables et bien commerciales, cotoyant les authentiques « malga », constructions sommaires par empilement de tronc d’arbres grossièrement taillés, qui servent d’abri pour les bergers d’estive et leurs troupeaux. Ici au pied du Sassolungo (3181m).

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Ce qui frappe dans ce paysage aux allures de jardin alpin, c’est que les pâturages sont très soignés malgré les difficultés de la pente. Le secret nous est révélé plus loin : un matériel adapté ( ici un camion tout-terrain équipé d’un pick-up pour charger le foin par l’arrière, véhicule produit en Suisse à quelques exemplaires)  et beaucoup de travail humain.

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Nous regagnons notre Camping-Car garé au-dessous du col de Sella. Face à nous en cette fin d’après-midi, se dresse la Sella, le plus central et le plus massif des groupes de sommets des Dolomites. Profitons du coup d’oeil . Demain il pleut et nous entamons le chemin du retour.

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Retraites : Les choix des baby-boomers

Après avoir ouvert la voie avec un départ anticipé à 58 ans, la réforme des retraites ne pouvait pas laisser le Clairon  indifférent. Voici un petit panel des préoccupations de nos amis : poly-pensionnés, rachat de points, parents en fin de vie, enfants d’une deuxième union à accompagner dans leurs études, transmission de l’œuvre d’une vie, relations entre générations, accords séniors, conseils aux copains…tout y est ! Bonne lecture !

 Jean

60 ans bel âge où on termine le deuxième tiers de notre vie…et on commence gaillardement le troisième :seule certitude ,il n’y a que le début qui sera gaillard!jean-chantal.1277231220.jpg
Chantal a pris sa retraite en courant pour passer aussi à 60 ans.joies du décompte:les 25 meilleures années en régime général ,ça fait prendre en compte un mois de salaire lycéen dans une banque en 67 et ça vaut une année de revenu…
quand on combine régime agricole et régime général ,les 25 meilleures années du régime général ne sont pas proratisées selon la part du régime général dans la carrière totale;alors que si elle avait été salariée agricole ou commerçante plutôt qu’agricultrice ,cela aurait été proratisé…
alors étudiants ne travaillez pas !vous claquez 500€ de retraite par mois avec ce genre de connerie!
voilà quand à moi je vais gaillardement sur une retraite vers 67/68 ans car d’une part une exploitation ça doit se transmettre et c’est compliqué! et d’autre part en ayant commencé à cotiser à 28 ans malgré des bricoles avant ,ça mène loin!

 

Danièle

Le début du troisième tiers et l’heure des comptes aussi : j’ai opportunément songé à racheter mes années de contractuelle au moment où Norbert a pris sa retraite (et grâce à l’aide précieuse de Monique). 25 ans qui me coûtent 17 000 € que je commence à peine à rembourser, alors autant que je profite longtemps de ma retraite de fonctionnaire. J’ai essayé le rachat des années d’études, mais ce n’est qu’après 99 ans que j’aurais  commencé à récupérer les sommes investies ! J’ai laissé tomber.daniele-cgt.1277233539.jpg

Au final, avec une carrière de 38,25 années (et une majoration d’un an pour ma fille), je m’attends à une perte de revenu de 41% ( Ah! les primes de la fonction publique, quand on les perd !) .

demo-sensei.1277231437.jpg J’entreprends à Lissieu la création d’un club d’aïkido et les tractations avec mes partenaires ne sont pas simples : les projets sont différents, les référents et les filiations dont chacun se sent porteur pas vraiment les mêmes et je n’ai de légitimité que celle de l’âge et d’être apporteuse des généreux créneaux que me donne la mairie, mes collègues étant bien plus gradés (mais bien plus jeunes et pas du coin). La transmission, les relations entre générations…un beau sujet passionnant.

 

 

Chantal

Oui nous nous retrouverons dans la rue le 24, avec aussi une pensée rageuse pour tous ceux que l’on va faire partir avec un taux incomplet parce qu’ils ne pourront attendre 67 ans…

Moi je pars dans 10 jours, le 1er juillet, mais dans le système de retraite progressive, je vais encore continuer à travailler à mi-temps en faisant rentrer progressivement une plus jeunes sur mon poste de travail, pour reprendre mes activités.

J’attends ça avec impatience car je fais des va et viens à Caen nombreux : mes parents ne vont pas très fort

 

Michel

Pour la retraite je suis en pleine réflexion, puisque, de surcroît, j’ai mes trimestres depuis plus d’un an. La semaine prochaine je vais suivre un stage de préparation à la retraite ! Le grand intérêt étant que l’on ait une évaluation de ce que l’on devrait percevoir (présence de toutes les caisses).

Ensuite il faut que je considère que ni Lucy, ni Annie(!), ni Antoine n’ont fini leurs études, bien au contraire. Lucy entre en prépa éco à Grenoble ( sous réserve du bac !), Antoine continue son pôle espoir foot à Vichy ( moi, mon pôle emploi) et Annie [l’épouse de Michel ]  a trop envie de faire son master 2 de psycho avec en toile de fond une possible installation en libéral plus tard .

Et les études coûtent cher, c’est bien connu.pole-emploi.1277231580.jpg

Or avec leur option pour la convention collective [ de Pôle Emploi], je n’ai jamais gagné autant !

De plus, je vais me mettre à temps partiel, 80% payé 95% , plus 1 heure de moins par jour à compter de mes 60 ans ( accord sénior oblige).

Daniel

maeva-daniel.1277275635.jpg Croisé à la manif, il reste philosophe devant ces réformes. Licencié pour la deuxième fois à 55 ans à la fermeture de RAN Réseau Assistance Négociation , il s’imaginait mal démarrer avec succès une troisième carrière. Syndicaliste dans l’âme et depuis toujours, il a fait quelques contrats avec des structures syndicales, en se retrouvant plus souvent au chômage qu’au boulot. Sans cette réforme, il pouvait envisager sans inquiétude la soudure entre le chômage indemnisé et la retraite. « Avec la réforme, il me manquera un an. Pas facile de trouver un contrat à 60 ans ! »   

 

Norbert

Après avoir bénéficié d’un départ anticipé (père fonctionnaire de plus de trois enfants- possibilité vite refermée par le gouvernement), je bénéficie d’une retraite fonction publique, loin du niveau maximum pour une carrière complète. Mais je n’ai toujours pas liquidé ma retraite du privé, 5 ans pendant lesquelles j’ai cotisé, pour l’instant en pure perte. En effet la décote serait telle que la pension serait nulle. J’attends donc, comme beaucoup de polypensionnés, l’age de 65 ans pour liquider ma retraite sans décote. .Au final  pas grand’chose en plus ( de l’ordre de 150€),  juste le minimum contributif ( le minimum de ceux qui ont cotisé au régime).

Avec la réforme, je devrais attendre 67 ans, si je ne casse pas ma pipe entre temps.

 

Marc

photo-adria.1277234696.jpgMarc avait déjà tout prévu. 60 ans en juillet 2012. Retraite au 1er août . Il devra attendre 8 mois de plus. «J’avais déjà commandé mon camping-car …. non, je blague ! Mais imagine le cas de ceux qui partent en août 2011. Pour certains, il avaient déjà pris des mesures pour vendre un appartement, déménager …  Tout ça , annulé et reporté de 4 mois. Ça fout les boules.  »

 

manif-retraie.1277235353.jpgAlors ? Ces réformes annoncées bouleversent les projets de ceux de ma génération, trop nombreux , paraît-il, trop enclins à profiter d’un bonus bienvenu de longévité. Et si encore cet effort contributif s’accompagnait de la réduction des inégalités considérables qui touchent les salariés partant à la retraite ( voir l’analyse de la CFDT ) . On en est loin avec le projet de ce gouvernement.

Alors ?   Le 24 juin on se retrouve à la manif !

Villebois, au pays de la pierre

 Villebois, capitale du « pays des hommes forts » est en passe de devenir notre résidence secondaire, tant les travaux d’aménagement  sont importants dans la maison achetée par Chloé et Loïc, ce qui requiert les interventions fréquentes de Norbert. La petite famille de Chloé quitte ainsi le centre historique de lyon – rien de plus urbain – pour adopter la vie villageoise.maison glos

Ils ont acquis une maison composé de deux bâtiments traditionnels de ce bugey du sud avec un joli jardin. Le précédent propriétaire avait juste entamé les travaux de modernisation. C’est dire qu’il reste beaucoup à faire!
A 60 km à l’Est de Lyon, Villebois est adossé aux derniers contreforts du Jura, dominant la vallée du Rhône dont le cours jadis sauvage a été apaisé en 1986 par le barrage de Sault-Brénaz.IMG_4567

C’est du port de Sault-Brenaz, après les rapides, que partaient les lourdes barges chargées des poutres de sapins du jura et les pierres taillées de calcaire qui ont été à l’origine de la construction de la plupart des bâtiments de Lyon. Ce beau village aux trois hameaux (Bouis, La Carria et le quartier de la gare ) s’étage des berges du Rhône jusqu’à la ligne de crêtes (Mont Frioland, col de portes, crêt de Pont) qui culminent à 1000m.

Ce Bugey du Sud est familier à Norbert et à sa famille qui possédait jusqu’en 1994 une maison de campagne à Montagnieu, un peu plus loin à l’Est. Fuyant la chaleur et l’affluence des plages sétoises, les frères et soeurs appréciaient ces vacances vertes entre la rivière et la fraîcheur des sous-bois envahis de buis.

Villebois est un village en pleine expansion démographique  (20 naissances et 5 mariages pour 7 décès en 2009 ) qui compte maintenant plus de mille habitants. On est loin des effectifs recensés lors de la pleine activité des carrières (2518 habitants en 1866), mais le village a retrouvé les effectifs des années 1930 après un long déclin de 70 ans.mairie.1275919489.jpg

La mairie , imposante, témoigne de la prospérité et du peuplement passés.

L’école primaire accueille 136 élèves et la mairie organise l’accueil des nouveaux arrivants (15 familles en 2009) en septembre chaque année.

Plus de vingt associations actives, en comptant les deux sociétés de chasse, la pêche, les boules et les pompiers, mais aussi deux associations qui animent vos fêtes (trans-faux et tartelain) .

23 entrepreneurs locaux (agriculture, viticulture, services aux entreprises, services aux personnes.

Les points forts de Villebois :

  • L’histoire des carrières et  du choin de Villebois qui a servi à construire des bâtiments prestigieux de Lyon à Tokyo en passant par New-York (cinquante carrières dont il ne reste plus que trois)…carriere

mais aussi le château de Bouis du XIIéme siècle et l’obélisque monolithe en pierre de Villebois à la gloire de la révolution française (construit en 1889 pour célébrer 100 ans plus tard l’armée du Rhin)…
A la fin du XIXème siècle, près de 3000 ouvriers opéraient ainsi sur le site. La bourgade était desservie par deux gares : le chemin de fer de l’Est Lyonnais qui reliait Lyon au Bugey jusqu’à Lhuis mais encore l’ancien chemin de fer Ambérieu-Montalieu ouvert en 1875 (pour acheminer la pierre de Villebois) et dont il ne reste que l’appellation « quartier de la gare » (le viaduc sur le Rhône a été dynamité en 1940 et la ligne fermée puis démontée depuis les années 50).

  • La viticulture, est aujourd’hui presque disparue au profit de la zone d’appellation Montagnieu plus à l’Est. canvas A l’époque  les vignes cernaient le village (ici l’école) et envahissaient les pentes. Les tonneaux se retrouvaient sur le quai de Sault-Brénaz, prêts à embarquer au fil du Rhône et  à ravitailler les bouchons lyonnais.
  • Son environnement : le massif des Portes dont les falaises calcaires descendent jusqu’au Rhône et le canyon du Rhéby qui l’entaille et attire les sportifs et recèle des raretés : le cordulégastre annelé grosse libellule jaune et noire dont les larves vivent dans le lavoir de Bouis, l’écrevisse à pattes blanches et le cincle plongeur !

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Nous souhaitons belle installation, bonheur et prospérité aux nouveaux villeboisiens !

Michel – La cérémonie des adieux

Comment aborder les derniers moments et la mort de son ex-compagnon et père de Claire, sa fille ? Comme souvent, Danièle s’est tournée vers les livres.

Michel est mort le 7 avril 2010 à 76 ans. Depuis l’annonce de l’imminence de son décès, j’avais entrepris la lecture de « La cérémonie des adieux » que Simone de Beauvoir a écrit entre 1970 et 1980 sur Jean Paul Sartre, mort à 78 ans le 15 avril 1980, jankelevitch.1271694777.jpgen parallèle avec « La mort » de Vladimir Yankéléwitch et « Lettre aux papy-boomers qui ne veulent pas vieillir » de Marie de Hennezel .

Je ne crois pas que l’on puisse apprendre à mourir comme le préconisait Montaigne, mais on peut essayer de « penser la mort » comme le fait Vladimir Yankélévitch, car c’est une question qui nous concerne tous. Depuis longtemps, je lis tout ce qui concerne la mort, non pas la mort accidentelle qui fauche les gens en pleine vie comme mon frère Jacques, ou la mort brutale par infarctus évoquée dans « L’année de la pensée magique » de Joan Didion ou la mort de ceux qui décident de partir ensemble comme Stephan Zweig ou André Gorz « Lettre à D. » mais la mort comme fin de vie avec la maladie, le déclin, la déchéance qui vont avec.

Cela m’importe comme question personnelle mais aussi comme question politique fondamentale. Nous serons la première génération à accompagner nos parents aussi longtemps après leur première perte d’autonomie et nous serons la première génération à finir longtemps après avoir perdu nos sens, notre autonomie à nous habiller seul, à nous nourrir seul, à nous laver seul, à nous déplacer seul, notre apparence corporelle et notre esprit en plein état de marche. J’ai envie de savoir ce que l’on dit, ce que l’on pense, ce que l’on veut à l’instant de mort et pas seulement de réfléchir avec mes catégories de bien-portante de « seulement » 59 ans.

« Des phrases courtes, ma chérie » de Pierrette Fleutiaux, «La voyageuse de nuit » de Françoise Chandernagor, « La vie en sourdine » de David Lodge parlent de la mort des parents et évoquent plus la difficulté de ceux qui restent.

« La cérémonie des adieux », dix ans de déclin de Sartre qui, d’AVC en pneumopathie, est devenu confus, aveugle, impotent, tout en continuant de fumer et de boire beaucoup trop de whisky.

« La touche touche-etoile.1271695271.jpgétoile » de Benoîte Groult ou « Sur la plage, un homme en noir » de Marina Vlady parlent de la mort des compagnons de vie ou de la sienne propre. Il y a aussi des livres que je n’ai pas pu lire comme « un moment de faiblesse » de Jean François Bizot qui raconte sa lutte, un moment victorieuse, contre le cancer car je savais la suite dont justement il ne parle pas.

 

Personne, ni Jean Paul Sartre, ni Léon Schwartzenberg (raconté par Marina Vlady), ni Vladimir Yankéléwitch n’avait envie de voir sa vie abrégée quelles que soient ses souffrances ou sa déchéance. Quoi qu’ils aient dit de leur volonté de savoir si leur dernière heure était arrivée, ils n’ont jamais souhaité en savoir plus le moment venu. Quoi qu’ils aient évoqué auparavant concernant une éventuelle euthanasie, ils n’en n’ont pas reparlé sur leur lit de mort. Il leur était doux que l’on s’occupe d’eux jusqu’au dernier souffle, quelles que soient les atteintes à leur intégrité physique ou à leur autonomie. Leur crainte ultime était de mourir seuls, sans personne autour d’eux.

 

Michel est mort chez lui, entouré jusqu’à la fin, conscient de ne plus être ce qu’il avait été et l’acceptant presque toujours, dormant la plupart du temps, incapable de tout et souffrant beaucoup malgré la morphine mais sollicitant les soins auxquels il avait droit et refusant de croire presque jusqu’au bout que la fin était arrivée.

Dernière leçon de Michel enseignant, questionnement profondément actuel, invitation à réfléchir, occasion d’aller à l’encontre de l’évidence, opportunité de penser autrement … tout ce qu’il revendiquait !

Liban : sortir du système confessionnel ?

Que savons -nous de l’histoire récente du Liban ? Qu’avons-nous retenu , en observateurs distraits depuis notre point de vue occidental, de la situation de la société libanaise ?

-Le Liban c’est compliqué.

-Il y plusieurs religions.

-La guerre civile ce fut l’affrontement d’un camp chrétien  et d’un camp musulman .

Parmi ces réponses seule la première traduit la vérité. Pour le reste , il faut aller explorer la réalité des communautés au Liban.  Laissons nous d’abord guider par l’humour du dessinateur Mazen.

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Cet exercice de reconnaissance mutuelle concerne chaque libanais lorsqu’il rencontre un autre libanais en dehors du cadre connu de la famille, du village, du quartier… C’est qu’il faut se repérer entre les 18 confessions présentes et reconnues dans le pays ! Il n’est pas toujours nécessaire de soumettre son interlocuteur à un interrogatoire aussi direct. Souvent le prénom suffit : entre Georges et Hasan, on repère vite le chrétien. Si cela ne suffit pas, le village d’origine ou le quartier de résidence dans Beyrouth est une bonne indication. La langue également : les chrétiens sont plus facilement francophones, même en famille, dans la vie quotidienne.

Sans parler des signes extérieurs comme le foulard, porté discrètement par une partie des musulmanes (surtout passé un certain âge) et exhibé fièrement dans sa version la plus noire et la plus couvrante chez les chiites en voie de radicalisation.

Mais, finalement tout cela ne concerne que la sphère privée, celle des convictions ? Eh bien, non ! Il faut savoir que l’état civil n’est pas assuré par un service d’état , mais par chaque confession. Le rite religieux figure sur les documents d’identité; il n’est pas prévu de catégorie  » sans religion ». Toutes les questions familiales relèvent du système confessionnel. C’est donc devant un prêtre, un cheikh ou un patriarche que les époux vont officialiser leur mariage .

caricature-mariage.1265296039.JPG Le mariage civil n’existe que dans le cas de mariage à l’étranger . Ceux qui veulent échapper à la loi confessionnelle s’arrangent pour se marier hors des frontières , à Chypre, par exemple, au large des côtes libanaises. L’aéroport de Larnaca ne désemplit pas de cortèges nuptiaux. Certains tour operators proposent des formules « clés en main » du mariage express et discret jusqu’à la grande noce haut de gamme.

Dans la plupart des cas, le droit de la famille qui s’appliquera sera celui de la communauté . Ce sont les tribunaux confessionnels (et non la juridiction civile) qui sont compétents  pour toutes les affaires familiales.

Ainsi le divorce n’est pas possible chez les maronites . Cependant, lorsqu’un maronite veut divorcer , il n’est pas très difficle pour lui de changer de religion , de se convertir, par exemple, à la religion orthodoxe qui autorise le divorce . Chez les chiites l’union libre peut être reconnue sous la forme de mariage temporaire ou  » de plaisir « ,  » le mout’a ».

Le droit des successions n’est pas le même chez les musulmans (l’héritiere touche la moitié de ce que perçoit un héritier mâle) que chez les chrétiens (pas de différence selon le sexe des héritiers).

Pour l’école des enfants, il faudra souvent passer par les organisations confessionnelles qui ont meilleure réputation que les écoles publiques. Pareil pour la santé.

Mais c’est sans doute sur le plan politique que le confessionnalisme libanais retient l’attention .

parlement-beyrouth.1265621338.jpg La Chambre des députés, dont la présidence revient à un chiite (Nabih Berri, leader de la milice Amal et ami de Damas) , compte 128 parlementaires, répartis selon des quotas précis entre 10 des 18 communautés religieuses du pays, un siège étant réservé aux petites minorités.

La moitié des sièges sont attribués à diverses Eglises chrétiennes, l’autre est divisée entre quatre communautés musulmanes, les sunnites, les chiites, les Druzes et la secte chiite alaouite.

Le pays compte 26 circonscriptions, au sein desquels les proportions religieuses varient. Certaines, comme celle de Tyr, son exclusivement musulmanes. D’autres comme le Metn, au nord de Beyrouth, exclusivement chrétiennes.

Au sein de chaque circoncription, les hommes politiques des diverses confessions présentent des listes de candidats pour tous les sièges disponibles localement ou pour une partie seulement d’entre eux.

Ainsi l’électeur lambda de la circonscription du Metn, par exemple, même s’il se sent plutôt athée ou chiite, ne pourra envoyer à l’assemblée qu’un représentant chrétien.

p_hariri_saad.1265623366.jpg Après les élections de juin 2009, la formation du gouvernement a été bloquée de long mois. Les deputés ont finalement désigné Saad Hariri ( fils de Rafic assassiné en 2005) comme Premier ministre, poste réservé à un sunnite, un choix que le président de la république maronite Michel Souleïmane était tenu de suivre.

Le nouveau Premier ministre a  formé alors un gouvernement où quatre ministères régaliens Intérieur, Défense, Finances et Affaires étrangères reviennent d’office respectivement à un maronite, a un orthodoxe grec, à un chiite et à un sunnite.

Cette construction politique baroque a été consolidée par les accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre civile en 1990. Il était sans doute nécessaire à l’époque de donner à chacune des factions des garanties pour cesser les hostilités et désarmer les milices. Mais depuis, la situation s’est figée sans possibilité de se réformer. Le paradoxe, c’est que les accords de Taëf avaient donné comme objectif – à terme – la déconfessionnalisation de la vie politique libanaise. On en est loin . afp_090526liban_hezbollah_nasrallah_8.1265623114.jpg

Mais c’est un thème récurrent des discours des leaders. Ainsi lorsqu’on parle à mots voilés du nécessaire désarmement des milices du Hezbollah et du monopole des armes qui devrait revenir à l’armée libanaise, le Hezbollah a beau jeu de répondre : Ok pour passer nos armes à l’armée , mais dans le cadre d’un état déconfessionnalisé ! Et beaucoup entendent : quand les poules auront des dents !

Le fait nouveau, c’est que que cette question commence à traverser la société civile libanaise. Des initiatives se multiplient pour la promotion d’un état laïque. Ainsi cet appel à une Lebanese Laïque Pride pour le DIMANCHE 25 AVRIL 2010, À 11H à Beyrouth. Un espoir pour voir le Liban établi un jour dans une véritable démocratie débarassée du féodalisme des communautés…

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Lebanon : la guerre dans les films et les livres

Lebanon, primé Lion d’Or au festival du cinéma de venise, est actuellement en haut de l’affiche, après une série de films et de livres qui reviennent, 30 ans après, sur la guerre civile du Liban ( 1975-1990). On devrait d’ailleurs parler des guerres du Liban tant les voisins syriens, israéliens ont multiplié les intrusions sanglantes dans cette histoire.

Bien sûr Lina ( l’ami d’enfance de Mona) m’avait dit de lire « Pity for the nation » de Robert Fisk paru en 1990 (Liban, nation martyre paru en français en 2007), mais je préfère lire des romans plutôt que des récits documentés de journalistes.

les-belles-etrangeres.1265190990.jpg J’ai trouvé tout ce qu’il me fallait dans deux recueils parus en 2009, année où Beyrouth a été déclarée capitale mondiale du livre par l’Unesco.

Les douze auteurs de ce recueil ont en commun d’avoir vécu de près ou de loin la guerre civile . Chacun de leurs textes porte donc la trace, même décalée ou en filigrane, de cette récente tragédie. La Littérature Libanaise d’aujourd’hui offre ainsi un lieu de mémoire à un pays parfois tenté par l’oubli de lui-même.

Même si vous avez plus de 50 ans, vous n’avez sans doute pas de souvenirs très précis de la guerre du Liban qui a pourtant duré de 1975 à 1990.le-faussaire.1265198685.jpg

Peut-être avez-vous vu « Le faussaire » sorti en 1981, le film de Volker Schlöndorf avec Bruno Ganz et Hanna Shygulla qui raconte le reportage d’un journaliste allemand sur la guerre du Liban, reportage qui le renvoie aux désordres de sa vie amoureuse ?

Vous vous souvenez plus sûrement de « nos » otages au Liban : Marcel Fontaine, Marcel Carton et Jean Paul Kaufman des noms entendus 1000 fois autant que le nombre de jours de leur détention avec une mention spéciale pour Michel Seurat mort en détention, et aussi Philippe Rochot, Georges Hansen, Aurel Cornéa et Jean-Louis Normandin et Roger Auque … Et vous avez peut-être lu « les corbeaux d’Alep » le livre de Marie Seurat paru en 1988.

la-petite-montagne.1265189331.jpg Pourtant dès 1977 paraissait « La petite montagne » d’ Elias Khoury, récit poétique et engagé qui se termine par le cauchemar de ce que serait une guerre civile dans le métro parisien !!!

Cette première partie de la guerre garde un goût de révolution, les évocations de mai 68 ou du Chili d’Allende donnent une sorte de conclusion désillusionnée à ces romans. (y compris celui de Hyam Yared « Sous la tonnelle » paru en 2007 où une vielle dame ne quitte pas sa maison sur la ligne de démarcation pour y attendre un ami disparu dans les évènements de 68 à Paris.

Les Libanais eux-mêmes disent ne pas savoir comment la raconter, cette guerre complexe et interminable.

Wajdi Mouawad (l’auteur de« Seuls » la pièce interminable jouée à Avignon cet été) né en 1968 à Beyrouth, s’est installé au Canada à partir des années 1980 :

« Je n’ai rencontré aucun libanais qui soit en mesure de m’expliquer la guerre du Liban clairement ; D’ailleurs quand j’étais petit et que je posais la question très simple : qui tire sur qui ?, personne ne pouvait me répondre. Ce point est important. La guerre civile du Liban est très difficilement racontable aux générations qui l’ont subie…Pour ma part, il m’a fallu attendre ma vingtième année pour prendre conscience que mon enfance s’est déroulée en pleine guerre civile. Longtemps j’ai dit : « Moi je n’ai vécu que quatre ans de guerre ».

liban-contemporain.1265190087.jpg Georges Corm, qui dresse un portrait précis et documenté de l’histoire récente du Liban, dit autrement la complexité : « Les libanais sont morts de tant de façon différentes, pour des causes si multiples et sous le coup d’adversaires si divers, de l’extérieur et de l’intérieur. Ils ont ouvert la route de la mort à bien d’autres peuples ou communautés, dans les Balkans, en Afghanistan, en Tchétchénie….Il a été dangereux de s’émouvoir pour le Liban , car derrière chaque mort de Libanais, il était difficile de savoir qui se cachait : un Israélien, un syrien, un Palestinien, un phalangiste, un Frère musulman, Les Brigades Rouges, La bande à Baader, la mafia, un lybien… »

Paru en 1997, « Ville à vif » de Imane Humaydane Younes s’efforce de parler au travers des récits de quatre femmes (Liliane, Warda, Camillia et Maha) comment elles ont vécu la guerre au quotidien et perdu leurs proches

Et en 1998, c’est le film West-Beyrouth qui parle à tous les jeunes libanais de ce qu’ils ont vécu et dans lequel ils se reconnaissent. Une manière de resituer des vécus partiels, des souvenirs fragmentaires dans un récit collectif si complexe.

Et puis, la guerre de 2006 lancée par Israël sur le Liban (33 jours de bombardements qui détruisent tout le sud de Beyrouth jusqu’à la frontière et tous les ponts de toutes les routes) construit une formidable résistance tranquille et fait remonter les souvenirs des libanais comme des israéliens. Des romans, des bandes dessinées, des films, des pièces de théatre (les deux parfois) dont on parle beaucoup comme pour exorciser le remord d’avoir laissé si longtemps les libanais tout seuls.

le-jeu-des-hirondelles.1265190834.jpg Souvenirs d’enfance de Zeina Abichared (qui dessine un peu comme Marjane Satrapi :  » Persepolis ») qui a grandi pendant la guerre « Catharsis », «  Je me souviens », « mourir, partir, revenir : le jeu des hirondelles » 2007, qui ressemblent à ceux de Darina Al-Joundi « le jour où Nina Simone a cessé de chanter » (2008). Comment vivait-on dans Beyrouth sans eau, sans électricité, avec la ligne verte entre Beyrouth-est et Beyrouth-ouest ? Comment c’était les tirs, les bombardements, les abris, les réfugiés qui s’installaient dans les appartements vides, ceux qui émigraient et comment c’était des enfants qui n’avaient jamais vu le centre-ville ou la corniche alors qu’ils habitaient à deux pas ?

jm-aractingi.1265213125.jpg D’autres ont silloné le monde, partant et revenant sans cesse vers leur pays. Témoin privilégié des évênements, Jean-Marc Aractingi, spécialiste de géostratégie, dans son autobiographie ‘La Politique à mes trousses’,  évoque son enfance au Liban, sa venue en France afin d’y poursuivre ses études puis sa carrière de conseiller auprès de personnalités politiques du Liban, de la Centrafrique, des Comores et d’Haïti.

De leur coté, les israéliens enrôlés à 20ans dans une sale guerre se souviennent et racontent dans des récits autobiographiques pour ne pas devenir fous.

valse-avec-bachir.1265191745.jpg C’est « Valse avec Bachir » (2008 : le film , mais aussi le livre graphique ). Un Israélien, 30 ans après, essaie d’exorciser les rêves qui l’empêchent de dormir depuis l’invasion du Liban par Israël jusqu’à l’assassinat de Bachir Gemayel et aux massacres de Sabra et Chatila. C’est  aussi « Beaufort » (2008), c’est « Lebanon » qui remontent tous aux débuts de la guerre. Vraie repentance ou autre manière de justifier Israël ???

Les libanais ont juste besoin de montrer la folie d’Israël pendant la guerre de 2006 ; c’est « Sous les bombes » (2007) tourné par Philippe Aractingi pendant la guerre de 2006 avec des comédiens et des libanais, mais aussi « Je veux voir »(2008) , un peu semblable mais dans lequel joue Catherine Deneuve.

  « Chaque jour est une fête » nous amène sur les routes de l’arrière-pays libanais avec le récit de 3 femmes en direction d’une improbable prison .  Parmi ces trois réalisateurs, seul Philippe Aractingi semble un peu enraciné au Liban ; les autres semblent déjà loin, comme si le jour où le Liban sera vraiment libre et en paix, il risque de ne pas y avoir beaucoup de libanais pour y assister.

Car le Liban reste un pays où le conflit affleure constamment. Dans  « Falafel » (ci-dessous)  film de Michel Kammoun sorti en 2008 en France, la jeunesse beyrouthine s’abandonnerait bien à l’insouciance de son âge mais la violence sous-jacente de la société  rattrape vite les protagonistes.

Les attentats n’ont pas visé que les chefs politiques . Les journalistes ont payé un lourd tribut  pour leur liberté de parole (Samir Kassir Juin 2005, May Chidiac septembre 2005, Ghassan Tuéni décembre 2005). Samir et Ghassane sont morts, May se déplace en fauteuil roulant et a démissionné de son poste de journaliste politique.

Et tout le monde s’interroge sur la future guerre d’Israël au Liban contre le Hezbollah …

le blog préféré du Clairon:

banniere les mots justes bis

Piétons à Beyrouth

Nous sommes hébergés à Beyrouth-Ouest, pas très loin du centre-ville. Nous avons donc annoncé notre projet de visiter aujourd’hui la ville à pied.

A pied ? nous interroge-t-on, l’air consterné. On peut sans problème vous fournir une voiture ! Non, c’est mieux de découvrir une ville à pied. Mais, c’est dangereux, vous pouvez vous faire écraser dix fois et puis , avec cette pollution …

On a vite compris que les beyrouthins ( à part les bonnes asiatiques, les très pauvres  et les scolaires … )  n’envisagent jamais de sortir sans leur voiture. D’ailleurs le moindre piéton sur un trottoir est repéré, klaxonné par tous les taxis services qui ralentissent pour lui proposer la course. Un piéton, ça ne peut être qu’un conducteur en panne ou quelqu’un qui n’a pas trouvé de taxi.trottoirs.1264619226.jpg

Ne parlons pas des suicidaires qui voudraient se déplacer à vélo. Durant notre séjour, nous n’en avons croisé aucun.

C’est vrai que , quand on met un pied dehors, on commence à comprendre : les trottoirs sont régulièrement envahis par des voitures qui n’ont rien à y faire . les piétons n’ont pas d’autre choix que de contourner par la chaussée, à leurs risques et périls . Rajoutez à ce danger les errements du revètement des trottoirs, les trous qui surgissent au coin d’un carrefour et vous aurez une petite idée des périls qui vous menacent.

Le quartier , autour de nous est assez composite. Plutôt épargnées par les destructions de la guerre civile, la majorité des constructions datent des années 70. Mais on trouve aussi, derrière des portails, au fond des cours, des petites merveilles entourées d’orangers, ces vielles maisons du siècle dernier, un beyrouth hélas disparu.

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Les libanais sont des batisseurs, les chantiers sont partout.

maison-ruine.1264671517.jpg Après chaque conflit, il ne se passe pas longtemps avant que les grues (pas trés utilisées, même pour les immeubles en hauteur , on leur préfère des échaffaudages mobiles d’une stabilité douteuse) rentrent en action.  Mais la réhabilitation des batiments anciens c’est une notion complètement absente. Ainsi, dans la rue, plus bas, ces vieilles maisons aux balcons à double arcade typique du style beyrouthin sont abandonnées à l’état de ruines.

Nous voici vaillament partis en expédition vers le centre ville qui occupe une cuvette débouchant sur la mer. Cette partie de la ville a terriblement souffert des destructions de la guerre civile.

il ne restait plus grand’chose des immeubles traditionnels de Beyrouth. Sous l’impulsion d’Hariri, premier ministre et homme de confiance des milliardaires saoudiens, le choix a été fait de tout reconstruire à neuf : table rase dans un style Hausmann matiné de byzantin. Heureusement la belle pierre dorée de la montagne proche a partout été utilisée avec habileté . Témoin cette mosquée bleue, la mosquée Mohammad al Amine, le plus vaste bâtiment religieux du Liban, ( que tout le monde appelle la mosquée Hariri) :

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Des souks de Beyrouth on n’a gardé que le nom, un moderne Mall au style orientalisant doit bientôt les remplacer.

immeuble-centre.1264687207.jpg Résultat, un centre ville qui attire du monde : curieux ou adeptes du shopping grâce à la multitude de commerces de luxe, flaneurs dans  ses grands cafés et restaurants, cadres et employés affairés dans les multiples bureaux et sièges sociaux. Mais finalement personne n’y habite, surtout pas les couches populaires qui avaient auparavant leur place dans le vieux Beyrouth.Et puis la tâche n’est pas terminée : l’église  Saint-Vincent de Paul attend les résultats d’une souscritption pour sa rénovation.   Le théatre expose les ferrailles tordues et le béton éclaté par les bombes. Les fouilles archéologiques qui ont permis, suite aux destructions, de mettre à jour les étages phéniciens, romains etc. de la ville, sont au point mort.

Et plus loin vers la mer, le front des immeubles flambants neufs laisse la place à un immense terrain vague, cloturé de barrières où circule une noria de camions de chantier.

chantier.1264691395.jpg C’est la zone des remblais, qui gagnent petit à petit  sur les fonds marins. Le projet ? Deux ouvriers syriens , qui prennent l’air à l’entrée du chantier nous en livrent l’essentiel  : Un parc public (la verdure est rare dans la capitale !), deux marinas, des immeubles de bureaux. L’aménagement, un temps en panne, avait même intégré un éventuel circuit automobile. Souhaitons-lui l’oubli définitif . Comme s’il  n’y avait pas assez d’automobiles dans cette foutue ville !

Un peu plus loin démarre la zone des grands hotels du front de mer. Quatre et cinq étoiles : un repaire luxueux pour les hommes d’affaires du monde entier et les touristes fortunés du moyen-orient.

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Plus loin, face au yacht-club, c’est l’endroit précis de l’attentat contre Rafic Harir.

memorial-hariri.1264778546.jpg Le 14 février 2005, le premier ministre et sa suite sortent en cortège d’une réunion au parlement et longent le bord de mer en direction de la corniche  d’ Ain el Mreisse, lorsqu’une camionette garée sur le coté et remplie de 500Kg d’explosifs est mise à feu. 22 morts dans l’attentat. Dans sa voiture blindée, Rafic Hariri est retrouvé grièvement blessé. Il décédera à l’hopital dans les heures qui suivirent. Depuis cinq ans l’enquète est confiée à une commission internationale indépendante et vise les services secrets syriens et/ou les forces spéciales du Hezbollah

Nous passons devant le mémorial qui signale l’emplacement du cratère de 20 m de large occasionné par l’explosion.

corniche-orange-pressee.1264780867.jpg Une pause au bord de la mer, sur la corniche d’ Ain el Mreisse. Le temps de s’assoir , de déguster un jus d’oranges fraichement pressées ramené par Mona et nous voilà partis à escalader la petite hauteur qui domine la colline et qui abrite l’université américaine de Beyrouth.C’est un peu plus loin que commence le quartier Hamra , jadis quartier  » rive gauche » de la capitale avec ses cafés branchés, ses rencontres d’intellectuels , aujourd’hui banalisé et envahi de magasins de fringues et de fast Food.

Sur le chemin deu retour, nous longeons la tour Murr. Ce gratte-ciel de 35 étages ponctue depuis 40 ans le paysage de Beyrouth sud-Ouest, avec sa série interminables de fenêtres vides, ses façades criblées d’impacts de balle . Sa construction fut interrompue par la guerre civile. Dès lors elle fit office de repaire pour tous les snippers de tous poils et de toutes milices. Après la guerre la perspective d’une réhabilitation présenta des difficultés du coté patrimonial : pas d’accord des propriétaires ( la famille Murr a fourni plusieurs ministres au Liban) . Et puis sur le plan technque, les architectes ont émis quelques doutes sur la solidité du gros oeuvre.  Bref les projets de rénovation sont encore dans les cartons . Finalement la tour Murr devient un symbole ici à Beyrouth.

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Cuisine Libanaise: Sawsan, une experte passionnée

De mon premier voyage au Liban en 1972, j’avais gardé un très bon souvenir des spécialités culinaires:

les mezzés, le hommos, le taboulé, le babaghanouj,  le citron et  l’ail omni-présents, les pains que l’on mange dans la rue….mais j’avais surtout mangé au restaurant ou dans des échoppes de rue.

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On nous avait prévenus : dans les familles vous allez manger très bien, en abondance, diversité et qualité.Tous les libanais sont passionnés de bouffe ; dans toute circonstance chaque Beyrouthin (parmi les femmes , mais les hommes aussi) est capable de  disserter sur le meilleur kebbé, la manière dont on le fait dans son village d’origine et les secrets de sa grand’mère.

sawsan-recettes.1264438089.jpg Mais chez notre hotesse, c’était mieux que ça.  Sawsan excelle dans la cuisine familiale qu’elle peaufine dans les plus petits détails. C’est une vraie expertise, elle tient à joour des classeurs  , est à l’affut de toute recette qu’elle ne connaîtrait pas (elle a noté celle des pancakes d’Andréas) et se fait de la formation continue grâce aux émissions de télé

 

Dans cette cuisine riche en légumes tout commence par le choix des produits. Sawsan (ou sa bonne philipine ) fait ses courses dans le quartier :

  • le boulanger propose divers sortes de pain , mais aussi des préparations : des manouchés ( galettes de froment légèrement levée garnies à la viande , au Zaatar – huile d’olive et thym- ou au fromage) .fruit-legumes.1264438577.jpg

  • Le légumier chez qui on trouve des tomates, des (mini)courgettes, des aubergines, des (mini)concombres, mais aussi beaucoup de salades et d’herbes fraiches : de la roquette, de la coriandre , du persil plat. Et puis les fruits locaux : clémentines, bananes, pommes-canelle .Des fois c’est juste une voiture garée avec sa remorque à l’angle d’une rue

  • Le boucher chez qui on achète la viande d’agneau pour un Kafta (hachis de viande , d’oignons et de persil). Il fait aussi des préparations prêtes à l’emploi, comme le kebbé  Dans les quartiers chrétiens on trouve du porc : La chaîne des charcuteries Aoun est renommée.

A part les professionnels, les Beyrouthins ne fréquentent pas les marchés forains. A noter : un marché bio , le Souk El Tayeb qui a lieu tous les samedi matin dans le centre-ville de Saifi village.

saida-poisson.1264496376.jpg A Saïda, le souk est resté actif ( à la différence de Beyrouth où il a été détruit pendant la guerre) et une rue alimentaire est préservée : fruits et légumes, poissons, et boucherie ( il ne faut pas être regardant sur l’hygiène, l’essentiel c’est que les moutons ou les volailles n’aient pas traîné). Quant aux poissons , ils viennent directement du port, péchés du matin .

taboule.1264497930.jpg Mais revenons dans la cuisine de Sawsan. Le lavage, le tri et la découpe des légumes ne sont délégués à personne ou alors sous le contrôle tatillon de Sawsan.  La taille de chaque élément qui rentre dans la composition d’une fattouche ou d’un taboulé (une salade de persil et de Bourghol ; rien à voir avec le taboulé de semoule du maghreb) est essentiel : cubes de tomates ou d’aubergines crues, persil et menthe ciselés ni trop gros ni trop fin…

Même chose pour les viandes : le chapon du nouvel an est longuement mariné dans un mélange de sel, vinaigre pour l’attendrir et  le débarrasser de mauvaises odeurs…

moh-chapon.1264505476.jpgIl sera ensuite farci avec un mélange de riz, de viande d’agneau et de fruits secs à coques : amandes, noix de cajou, pigons, pistaches, le tout relevé d’une bonne dose de canelle. Compter 4 à 5 h de cuisson à feu doux dans une cocotte qui sera lutée hermétiquement avec une pâte ad hoc.

Cette merveille se retrouve sur notre table de réveillon aux bons soins de Mohamed, le frère de Sawsan, qui va découper avec précision la bête.

 

Et tout se termine par une attention toujours particulière à la présentation : sur la table toujours une coupe garnie d’olives vertes, une autre de navets roses en saumure. Et puis  dans les plats , la touche finale : l’huile d’olive verte sur le labné avec quelques olives, l’huile encore et quelques feuilles de persil plat sur le hommos ou le babaghanouj.

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L’autre secret consiste dans les étapes de préparation d’une recette : bouillons de viandes préparés à l’avance pour cuire les légumes ou le riz, bouchées fourrées aux herbes préparées en nombre et congelées, longues cuissons lentes des pois-chiche et des viandes qui occupent toute une journée…

 

La cuisine libanaise se distingue par la délicatesse des raffinements qu’elle introduit dans les recettes les plus simples :

rizvermicelle.1264514986.jpg le riz de tous les jours est agrémenté de quelques vermicelles revenus dans l’huile, les riz festifs le sont de noix de cajou, pignons, fruits secs ; la soupe de fèves du matin des paysans est enrichie de quelques morceaux de pain libanais frit… ; les cakes sont couverts de graines de sésame ;

Mais aussi par les épices qu’elle emploie : cannelle, tahiné, sumac, mélasse de grenades, curcuma qui restent toujours très discrets et difficiles à identifier pour qui ne les connaît pas.

Sawsan maîtrise toutes les subtilités de cette cuisine mais ne cesse de chercher à s’améliorer en regardant tous les soirs à la télévision Fatafeat, une chaine arabe de cuisines du monde qui émet 24h sur 24h,  dont elle note les recettes dans ses carnets secrets.

             Sahten !*

* Bon appétit en libanais . C’est aussi le nom d’un blog francophone très bien fait sur la cuisine libanaise.

Merci à Mahmoud pour ses photos

Pour en savoir plus : ce livre de recettes , à commander chez l’éditeur la librairie Antoine à Beyrouthcuisine-livre.1264516527.jpg

 

 

 

Baalbek: merveille du proche orient

En direction de la Syrie, à une heure à l’est de beyrouth s’étend la plaine de la Bekaa, vaste espace agricole entre le Mont Liban  et l’anti-liban . Baalbek y occupe au Nord une place centrale qui bénéficie de l’eau , dévalant des montagnes enneigées une bonne partie de l’année et du soleil (300 jours par an). Pour ce premier jour de 2010 nous avons profité des deux : la neige, dans le proche horizon et le soleil, à peine voilé dans la douceur d’une belle journée d’hiver.

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Au plus fort de la période romaine, Baalbek – aujourd’hui une pauvre bourgade de 85 000 habitants – regroupait, parait-il, près de 150 000 ressortissants avec un rayonnement dans tout le proche orient. Les phéniciens , ensuite les romains avaient tout fait pour donner un lustre exceptionnel à cette cité, particulièrement son acropole. Les 6 colonnes du temple de Jupiter en témoignent, du haut de leurs 22m, les plus hautes du monde, jadis composant un péristyle avec 48 autres.

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Le site des temples , sous des mètres de remblais durant des siècles, n’a jamais cessé d’attirer les visiteurs mais c’est seulement en 1898 qu’une mission archéologique allemande entreprit les premiers travaux de prospection et de restauration poursuivis après l’indépendance du pays en 1943 par la Direction Générale des Antiquités du Liban.

peristyle.1264151204.jpg C’est par le monumental escalier  des propylées dominées par 12 colonnes – il n’en reste que 4- supportant un puissant entablement . que nous abordons le site. Construite vers le milieu du IIIème siecle, cette entrée était flanquée à l’origine de deux tours latérales qui furent ensuite transformées en bastion militaire par les arabes, qui utilisèrent l’ensemble de l’aire sacrée comme forteresse.

Nous voici en compagnie d’un guide – francophone- qui s’est proposé, pour quelques dollars, de nous piloter parmi les ruines. Commencé dès le 1er siècle avant Jesus-christ, le chantier s’est étalé sur 4 siècles sans que l’ensemble des monuments  ne soit vraiment terminé, nous explique le guide. 30 000 esclaves ont travaillé continûment sur le site.

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Dans cet espace de temps, les religions qui inspiraient la conception des temples ont évolué : du culte phénicien de Baal, le dieu soleil, à celui de Jupiter d’Héliopolis élaboré par les grecs à partir de diverses divinités solaires inspirées de l’Egypte toute proche, c’est vraiment le culte romain qui fut à l’origine des plus grandioses constructions. Mais dès la conversion de Constantin, empereur romain du IVème siècle, au christianisme, les temples furent abandonnés voire démantelés , les matériaux servant à la construction d’une basilique chrétienne au dessus de la grande cour.

En contrebas des vestiges monumentaux du grand temple de Jupiter, on aperçoit le « petit » temple de Bacchus, remarquablement conservé. « Petit », c’est tout relatif puisqu’il ne mesure « que » 69 m par 36 soit tout de même plus que le Parthénon d’Athènes.

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Irés richement orné, le temple s’élève sur un podium de 5 m de haut. On y accède par un escalier monumental de 33 marches.

Et nous voilà tournant sous les colonnes et leur massifs plafond décorés, le regard en l’air, bouche bée devant ces merveilles.

Sur le chemin du retour, à l’exterieur de l’enceinte de l’acropole,  nous passons devant le petit temple de vénus à la forme circulaire originale, puis un petit crochet nous amène vers l’Odéon, élégant théatre, sans doute dédié aux spectacles lyriques.

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Une construction finalement plus humaine, à la différence des temples qui n’étaient pas ouverts au grand public et qui écrasaient par leur démesure les pauvres mortels venus assister aux sacrifices .

En retraversant cette ville qui ignore largement ces ruines, ce sont surtout les panneaux partout présents dans les rues, les images sanglantes de l’Achoura,  la commémoration chiite de la semaine dernière  qui nous frappent. Décidément le sacrifice n’a pas fini de hanter l’humanité.

Liban : Une journée dans le sud

C’est décidé : aujourd’hui nous irons vers le sud , aussi loin que nous pourrons . Sur l’autoroute qui longe la mer Saïda est à une petite demie-heure de Beyrouth. Vieille cité phéniciene – la célèbre Sidon – et jadis port important de la côte dont l’influence s’tendait jusqu’à Damas, Saïda est maintenant un actif port de pêche et la troisième ville du Liban . Mais il faut chercher les vestiges du passé, nombreux et dignes d’intérêt dans une grosse agglomération moderne  de 165 000 habitants.

Première attraction, face au Souk traditionnel de Saïda : le chateau de la mer.

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Situé sur une île, le chateau de la mer ( Qalat al Bahr en arabe )  fut construit de 1227 à 1228 par les croisés . Cette fortresse , à laquelle on accède par un pont, fut batie à l’aide de matériaux de réemploi provenant des vestiges gréco-romains des environs. Des colonnes furent ainsi insérées dans les murailles du chateau afin d’en consolider les assises.

On parvient au donjon en évitant les paquets d’embruns soulevés par la houle qui forcit. On a du mal à imaginer plus marin , comme situation.

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La visite continue sur terre avec un petit tour dans le souk et ses 14 km de ruelles et un passage intéressant au musée du savon, ouvert depuis 1996 dans une ancienne manufacture de savon devenu la résidence de la famille Audi, proche des Hariri qui en ont financé l’aménagement par le biais de leur fondation .  Rafic Hariri c’est l’enfant de Saïda, son nom est partout et ses portraits géants ornent les bâtiments officiels.

Saïda n’est juste que l’antichambre du sud. Nous reprenons la route en direction de Nabatieh, grosse bourgade un peu misérable sur les collines. Nous abordons l’ancienne zone occupée, au-delà du fleuve Litani. 13000 soldats de la FINUL y sont déployés et il faut faire attention où on met les pieds car de nombreuses zones sont minées.

Aller vers le Sud au Liban n’est pas un acte ordinaire. C’est se rapprocher du voisin guerrier et envahisseur, c’est approcher une zone de tension, c’est fouler au pied une terre qui a longtemps été considérée par Israël comme sa zone de sécurité.

Danièle voulait nous amener à Beaufort,Qala’at ash-Shqif en arabe, une forteresse au-dessus du Litani, un point haut au milieu de nulle part, dont la vue embrasse l’horizon jusqu’en Israël . Comme souvent Danièle était guidée par un livre : « Beaufort », le témoignage d’un jeune officier israélien responsable de cette garnison dans les années 1999-2000, pendant cette sale guerre sans fin, avant le brusque retrait israélien.

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Cette forteresse construite par les croisés pour controler l’accès de la vallée du Litani et un plus loin du haut-Jourdain fut restaurée sous le protectorat français .

litani.1263921091.jpg A partir de 1976, durant la guerre civile libanaise, le château était tenu par l’Organisation de Libération de la Palestine qui s’en est servi pour tirer des obus sur le nord d’Israël. Entre 1976 et 1980 les positions de l’OLP dans la citadelle ont été attaquées de nombreuses fois par l’armée israëlienne.

Dès 1978, Israël envahit le sud-Liban et y installe une milice à sa solde recrutée sur place. Pendant 22ans, près de 100 000 libanais du sud vivront une occupation militaire, les bombardements, les barrages, les descentes dans les villages.

Le 6 juin 1982, au début de l’Opération pour la Paix en Galilée (Invasion du Liban de 1982), les positions de l’OLP dans le château de Beaufort ont été durement bombardées avant d’être prises finalement par les troupes israéliennes. Tsahal renforca alors les fortifications de la zone avec des bunkers et des blocs de béton, ce qui n’empêcha pas que Beaufort ait été attaquée à plusieurs reprises par le Hezbollah.

En mai 2000, l’armée  évacua sa zone de sécurité au Sud-Liban, abandonnant le château et  détruisant la base militaire, ceci afin qu’il ne puisse être utilisé par le Hezbollah.

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Devant ce récit, on est étonné de trouver encore une pierre l’une sur l’autre. Les fortifications courent le long de la pente  en un entrelacs de plate-formes et de souterrains que Mona entreprend d’explorer, suscitant l’inquiétude de notre petit groupe . C’est que la pente est très forte au-dessus de la vallée du Litani . A l’ouest en revanche, la forteresse domine un plateau très civilisé où alternent des cultures soigneusement tenues, des habitations dispersées, et des constructions souvent non achevées. On accède à une plate-forme qui domine ainsi tout le paysage .

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Un peu plus loin vers l’Est, un village israélien au delà de la frontière nous rappelle que la région reste soumise à la menace d’une réplique de ces voisins menaçants, prêts à répondre  à la moindre provocation des troupes du Hezbollah qui sont omni-présentes dans cette partie du Liban. Ce jour-là, quelques kms plus loin, à Kfar Kilavillage-israel.1263923129.jpg , « les portes de Fatima »,  une manifestation du Hezbollah, constituée de femmes et d’enfants pour déjouer le risque d’une riposte, réclamait une modification de la frontière , en application des résolutions de l’ONU.

A coté de nous, une libanaise pilotait un groupe d’étudiants de l’école d’hotellerie de Lausanne. Nous avons engagé la conversation. Après nous avoir décrit l’histoire du site, elle s’inquiétait des conditions de notre déplacement. » Vous n’avez pas de laisser-passer !Vous pouvez être retenus à un check point. »

Ah, ces français, toujours insouciants ! Nous n’avons cependant pas demandé notre reste. Retour immediat et en suivant le chemin de l’aller !

A Saïda, plus tard, le coucher du soleil, nous attendait sur le bord de mer. Quelle sérénité !

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