Byblos : 7000 ans d’histoire

A une heure au Nord de Beyrouth, Byblos ( J’Beil en arabe) nous montre ses vestiges, témoins d’une occupation continue depuis le néolithique où elle n’était qu’un village de pêcheurs. Sans doute la première ville dans l’histoire de l’humanité. Depuis, son port n’a cessé d’occuper une place centrale dans l’antiquité méditerranéenne , principalement à l’époque des Pheniciens dont les bateaux reliaient l’Egypte des Pharaons aux cités grecques et dont les comptoirs essaimèrent jusqu’à Carthage. On retrouve près de la falaise les nécropoles des rois phéniciens, immenses fosses creusées dans la roche. Mais l’histoire du site ne s’est pas arrété là:  Elle offre, de plus, dans les mêmes lieux, les vestiges étalés de toutes les époques: Le néolithique, le canaéen, phénicien, égyptien, mésopotamien, greco-romain, byzantin, omeyyade, franque, ottoman et mandat français

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C’est dans ses murs que fut inventé l’alphabet occidental consonantique et que se développa l’art du livre au départ du traitement du papyrus égyptien: Byblos a donné le nom Bible, bibliothèque, bibliophile, bibliographie… .Le premier témoignage de l’écriture alphabétique vient de l’épitaphe du tombeau du roi Ahiram de Byblos (13ème s. av. J.C.).

chateau-fort-franc.1263549277.jpg Comment tenter de déchiffrer ces traces emmélées du passé ? le mieux c’est de commencer la visite par le chateau-fort des Francs construit par les croisés. On peut ainsi avoir une vue d’ensemble du site du haut des remparts. Les murailles ont intégré des vestiges de colonnes romaines qui les stabilisent. La forteresse, batie au début du XIIème siècle, est en effet construite sur une monumentale voie romaine dont quelques colonnes ont été remontées lors des fouilles.

La ville romaine enjambe vers l’ouest les massives fortifications phéniciennes à redents et glacis, datant du 3ème millénaire avant J C. Les romains avaient construit, face à la mer, un magnifique théatre dont il ne reste plus que les étages inférieurs. Il n’en faut pas plus à Raoul et Claire, inspirés par la magie du site,  pour activer une vocation dramatique qui les pousse irrresistiblement à occuper l’espace de la scène.

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Retour au port par la petite route qui longe le site archéologique.

pecheurs-jbail.1263566116.jpg Outre son passé antique, ce port a accueilli avant la guerre civile dans ses restaurants de bord de mer ( notamment chez Pépé Abed aujourd’hui décédé) bien des vedettes du show bizz international, ce qui en faisait le petit Saint-Tropez du Proche-Orient .

Mais les pécheurs sont toujours là, répétant les gestes immémoriaux  de leurs prédécesseurs, créant ou réparant les filets.

La journée s’avance. Un tour dans quelque magasin de souvenirs autour de la mosquée et la nuit s’annonce.C’est le moment de l’adhân, l’appel à la prière. Jbeil est situé dans une zone à dominante  chrétienne , mais les minarets cotoient les clochers. Et chacun profite de ce moment suspendu dans le calme du crépuscule, loin de l’agitation de Beyrouth. Nous sommes bien en Orient !

Liban : Le pays du Cêdre

Andréas, mon fils, et Mona son épouse libanaise avaient prévu de passer les fêtes de fin d’année à Beyrouth, dans la famille de Mona. Et pourquoi pas nous ? L’idée s’est vite imposée ; elle a même contaminé Claire, la fille de Danièle, et Raoul son copain .

Et nous voici donc en cet après-midi du 26 décembre à l’aéroport de Beyrouth, accueillis par Fafi , un des frères de Mona, puis dans leur appartement de Moussaitbeh où nous retrouvons toute la famille. Dès le soir même, notre programme touristique s’élabore. Notre première visite sera, symbole national oblige, pour la forêt des cèdres.

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Le lendemain, nous voici embarqués dans un énorme 4X4, comme les libanais en raffolent, partis sur l’autoroute du Nord, puis sur les petites routes qui grimpent dans la montagne . Le sommet du mont Liban, le  Qornet es Saouda (3085 m ) n’est qu’à 50 Km à vol d’oiseaux de la mer.

cedres.1263146115.jpg A deux heures de Beyrouth , on trouve les fameux cêdres du Liban. Il n’en reste plus que 800 ha dans tout le pays, ici et dans le Chouf, la moyenne montagne plus au Sud.

Ici, au pied des pistes de Ski, nous abordons un gros bosquet de ces vénérables arbres dont certains datent de 6000 ans. C’est une ballade incontournable pour les élèves des écoles et tous les beyrouthins avides de grands espaces et  d’une verdure qui reste rare dans le pays . Le soleil est de la partie, réfléchi sur les pentes neigeuses qui nous font face; nous ne boudons pas notre plaisir.

 

La veille au soir nous avions rencontré la Beyrouth indolente , sur la corniche , le long de la cote sud .

 On vient là en promenade, en famille, toutes classes sociales, toutes communautés confondues – ce qui est bien rare à Beyrouth.

On y trouve des vendeurs de kaak, du maïs à grignoter, de ahwe, du café qu’on vous sert dans des petites tasses, de jus de fruits qu’on presse devant vous, on peut aussi y louer un narguileh prêt à allumer, qu’on va apprécier face à la mer, devant le soleil couchant. (Photo « Groupe d’amis fumant le narg… » ( Beyrouth) par ranakalata sur Vacanceo.com)

Et ce matin , à 5 h, la Beyrouth pieuse et chiite nous reveillait dans le vacarme de la procession de l’Achoura, qui célèbre, pour les chiites, la mort d’Husayn, troisième imam de l’islam, et  fils d’Ali, gendre du prophete , évincé par la force du Califat et assassiné.

achoura.1263202654.jpgCe jour, à Beyrouth, la commémoration a tourné à la démonstration de force du Hezbollah et à la gloire de son chef, le cheikh Hassan Nasrallah . Les cars venus du Sud, les groupes de femmes, les jeunes scouts, les sonos transportées sur des camionettes, crachant à fond des chants religieux ou militants, toute l’organisation rigoureuse de cette manifestation portait la marque du « Parti de Dieu » très implanté dans la banlieue sud de Beyrouth.

blinde.1263204408.jpg Le quartier- sunnite – où nous sommes hébergés, jouxte une zone chiite. L’armée libanaise sécurise la démarcation . Les blindés au coin de l’avenue font partie du paysage et n’attirent l’attention que des touristes que nous sommes.

Mais notre périple ne fait que commencer. Le Liban est petit – un gros département français – mais chaque micro-région a sa singularité qui mérite d’y aller voir de près .

 

Chien et Chat

Cette année nous avons ramené des vendanges à Quincy  quelques bonnes bouteilles …et un beau chaton roux. Chantal et Jean ont toujours une bande de chats qui vit dans le grenier de l’appenti, tout en haut de l’échelle. Et malgré leurs efforts de régulation des naissances, les portées reviennent régulièrement.

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La petite bête nous a été présentée par nos amis viticulteurs comme une femelle . Alors nous l’avons appelée Pedia  pour faire la paire avec Wiki, notre chien (Eh, oui Wikipédia, Lol !). Mais la cohabitation n’allait pas de soi. Pendant deux semaines la petite chatte se comportait comme un tigre en miniature avec Wiki qui souhaitait faire ami-ami avec elle, comme il avait pratiqué avec Betty, sa grande copine.

La petite Pedia a grandi, s’est familiarisée avec Wiki, après quelques jours de guerre totale.

gamelle.1256984930.jpg Le chien a été bien patient, le temps que le petit monstre se calme. Wiki n’a pas le droit de visiter l’assiette du chat (qui serait vite vidée de son contenu si on le laissait faire). Mais le chat est toléré dans la gamelle du chien qui partage en bon frère.

A regarder de plus près son anatomie, Elodie nous informe que la petite femelle est en définitive un mâle.

Alors Pédia est un chaton ! Dommage pour le jeu de mot avec Wiki. Clara nous suggère Pédio, puis Pedro. Alors, va pour Pedro !

Maintenant, le chaton Pedro joue avec Wiki, le chien border collie. Coup de pattes contre coup de dents. Même pas mal !

Alors voilà deux amis inséparables !

Vendanges en Reuilly: un bon millesime

Chaque année , le parcours du raisin de la fleur à la récolte est différent . En Centre Loire, le mois de mai a apporté de la grêle violente. La vendange de Menetou-Salon, à l’ouest de Vierzon s’annonce quasi nulle.

jean-quincy.1254127427.jpg Mais chez Jean, notre ami viticulteur , qui suit au jour le jour l’évolution des grappes, la nature a repris le dessus avec un beau début d’été, ce qui lui permet de nous écrire, trois semaines avant la vendange : « Quand à Reuilly c’est joli : des raisins sains, vu le beau mois d’aout  ( touchons du bois avant les orages annoncés cette semaine !). Le pinot noir est assez opulent : toutefois la véraison des grains est irrégulière : on trouve des grains bien noirs et d’autres qui restent verts sur la même grappe. »

C’est décidé , le début des vendanges est fixé au 18 septembre.

filo.1254124171.jpg Nous n’avons rejoint l’équipe de vendangeurs que samedi, car Danièle n’était pas disponible le vendredi, mais nous sommes arrivés avec un renfort inusité : Andréas, mon fils, Mona son épouse et Filo leur fiston – 4 mois-.

J’ai d’ailleurs l’impression que ces vendanges entre amis baby boomers devenus au fil du temps papy boomers trouvent un relais auprès des plus jeunes, descendants ou copains. Le mélange – des nationalités, des milieux professionnels, et des générations – est un ingrédient indispensable à la convivialité de ces moments.

Ce samedi matin s’annonce meilleur que la veille, plongée dans la grisaille :  temps sec, frais et clair, l’idéal pour les vendangeurs. Une fois les équipes installées dans les rangs, Jean fait son briefing : attention cette année aux verjus et aux grappes non mûres qui doivent être rejetés, attention au botrytis ( la pourriture grise) qui touche quelques grappes – peu nombreuses cette année.

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eric-porteur.1254128867.jpg A part quelques uns , nous ne sommes pas des saisonniers agricoles professionnels. A défaut d’efficacité, nous avons le nombre et la bonne volonté : les caisses se remplissent vite, les porteurs les centralisent auprès des camionettes qui font l’aller-retour en direction de la cave où les grappes du pinot noir sont traitées.

Les grappes sont déversées des caisses et tout d’abord triées sur une table vibrante. C’est que la vinification du Reuilly rouge commence par une macération de trois semaines qui permet la diffusion des aromes, de la couleur et des tannins contenus dans la peau du raisin et dans les pépins.cave-vendanges.1254129761.jpg

Pas question d’y laisser des grappes vertes ou de la pourriture grise qui donneraient au moût de mauvais goûts. Jean apporte une attention particulière à ce contrôle à la cave.

Il revient ensuite au Fouloir-égrappoir de séparer  les raisins de leur rafles (les tiges qui constituent la charpente de la grappe, qui sont rejetées) et les fouler légèrement pour libérer le jus.  Ce mélange hétérogène de jus , de peaux et de pépins est envoyé ensuite dans des cuves où commencera la macération à l’abri de l’air. Afin d’éviter un départ violent de la fermentation et une élévation de la température, Jean veille à contrôler la température grace à une installation de réfrigération.

Dans la vigne la journée avance , la pause s’impose. Avant la reprise, Christian prend son appareil photo, escalade la camionette et saisit le traditionnel cliché des vendanges qui viendra rejoindre la collection constituée année après année par Jean.

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C’est peu de temps avant la nuit que les derniers ceps sont ramassés. Alors, finalement, il ne sera pas nécessaire de revenir Dimanche. Place au réconfort du repas et de la soirée.

repas-vendanges.1254152990.jpg Les tables sont dressées dans les deux salles du caveau, sous les toiles d’Elise, la fille artiste de Chantal et Jean. Une expo qui a tapé dans l’oeil de Mona et Andréas qui sont finalement partis avec un tableau, tout émus de recevoir en cadeau des parents leur première oeuvre d’art.

Le beau temps du lendemain laissera libre cours à la flanerie. Le repas du midi se prépare tranquillement. Fabien et Joseph sortent les guitares et reprennent quelques vieux standards accompagnés par Kader aux percussions.

Andréas et Mona sont ravis de leur week-end.  Cette plongée dans la france rurale est une première pour Mona, elle qui est avant tout une citadine, habituée à l’animation de Beyrouth, sa ville nattale et des métropoles occidentales. Chaque fois que nous traversions Vierzon ou les rues désertes d’une de ces petites bourgades, elle nous interpellait bruyamment : « Il y a vraiment des habitants ici ? Où sont-ils ? Ils se cachent ? Il n’y a pas un chat dans les rues ! »

Heureusement , comme dit Joseph, un Vierzonnais de souche, exilé pour ses études à Tours   » Y a des gens qui se bougent ! » et un tissu associatif très dynamique. Et puis la culture est bien représentée. Le cinéma Lumière a même acquis une réputation mondiale  depuis que THX Fuck a choisi vierzon pour base d’opération de piratage internet des productions hollywoodiennes.

Alors, Mona, tu as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon.  Mais t’auras du mal à faire les vendanges à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs.

Et tu reviendras sans doute à Brinay.

– Pour revisiter les vendanges de 2007: Vendangeurs d’un jour , amis toujours

– Pour en savoir plus sur l’histoire du vin et sa géographie mondiale : « Le désir du vin à la conquète du monde  » de Jean-Robert Pitte chez Fayard .

-La vidéo des vendanges  2009

 

Rapaces migrateurs au Col du Baracuchet

Le col du Baracuchet est un très joli endroit au-dessus de Montbrison, juste en face du Mont Blanc. Ce col du Forez marque la limite entre la Loire et le Puy de Dôme.

baracuchet-ter.1251742078.jpg De l’autre côté on descend sur Ambert et en suivant la ligne de crêtes on va vers les hautes chaumes et leurs jasseries où s’élaborent les fourmes d’Ambert et de Montbrison.

Les oiseaux migrateurs passent par là aussi, en route vers l’Afrique via l’Espagne et leurs vols sont faciles à observer en contrebas du col où le panorama est très large.

A partir du 15 août, les rapaces sont les plus nombreux et les observateurs compteurs de la Ligue pour la Protection des Oiseaux ( LPO) sont  sur place du matin au soir tous les jours dans le cadre du programme migraction (www.migraction.net).

milan_noir-bis.1251741132.jpg Ce sont les milans noirs qui ouvrent la danse ; ils sont reconnaissables à leur queue échancrée qui les distingue aisément des autres rapaces. Si le majestueux milan royal se raréfie de plus en plus en Rhône-Alpes, le milan noir plus petit et plus sombre que son illustre ainé est bien plus présent. En dehors des petits rongeurs et autres batraciens ils se nourrit surtout des animaux morts qu’il trouve de long des cours d’eau; il ne néglige pas non plus les décharges.

La bondrée apivore le suit à partir de la fin août. C’est un rapace de taille moyenne qui se nourrit principalement de guêpes et de larves d’hyménoptères – bourdons, guêpes – dont elle recherche le nid qu’elle déterre en creusant profondément le sol. La couleur du plumage est variable, mais il est principalement brun-roux. La bondrée apivore est un rapace migrateur, qui hiverne en Afrique Tropicale.

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Pour qui aime observer les oiseaux, quoi de plus agréable que de voir un connaisseur vous expliquer que le petit point noir que vous avez peine à repérer avec vos jumelles est une bondrée et non une buse, encore moins un milan noir ? La largeur des ailes, la forme du vol, la forme et la taille de la queue forment une évidence avec la taille et la couleur (que bien sûr vous ne voyez pas à cette distance et à contre jour encore. C’est comme ça que l’on apprend à force de regarder et de vérifier (dans le Svenson ou le Peterson).

baracuchet-016bis.1251741683.jpg Nous avons dormi dans un petit bois de pins près de l’abri des compteurs pour être discrets et à pied d’œuvre. Antonio était très intéressé et impressionné par ces passionnés armés d’instruments d’observation.

Mais voilà , au rythme de quelques buses locales se chamaillant dans le ciel et de bondrées isolées passant le col, on se lasse vite que l’on ait 2 ans ou 62 ans. Et  le zoom de l’appareil photo se révèle impuissant à les rapprocher (merci à Olivier Laporte pour ses clichés qui alimentent un site très complet de digiscopie)

baracuchet-myrtilles.1251742396.jpg Nous avons rejoint les hautes chaumes, leurs cyclistes, leur rassemblement de motos (très intéressé Tonio par la migration des motos, beaucoup plus observable que celle des oiseaux « patout moto, patout moto ! »), les cueilleurs de myrtilles et de framboises, les épilobes et les bruyères en fleurs, et les sorbiers.

Une très belle journée ensoleillée comme seule la fin du mois d’août en offre.


La flore des Pyrénées

Juillet sur les sommets en altitude, c’est l’exubérance florale dans les pelouses, au coin des rochers, sur les vires, entre deux falaises, pour des plantes qui passent le reste de l’année à résister au froid, à  la neige, au vent.

Ainsi, le Rhododendron, commun dans nos jardins, se fait rampant et discret  sur les hauteurs;  il se rattrape par la profusion éclatante de ses fleurs.

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Les fleurs d’altitude sont le plus souvent dotées de couleur vives, ce qui constitue un atout majeur dans un milieu où elles sont parfois très espacées.

flore-aconit.1252309580.jpg C’est que la concurrence est rude dans un milieu où toutes les plantes ou presque doivent se reproduire sur un même laps de temps très court. Il s’agit d’attirer les abeilles, les bourdons, les mouches, les papillons pour la pollinisation.

Le bleu est sans doute la couleur la plus remarquable en altitude comme cet aconit  (magnifique mais la plus toxique des plantes dans les alpages) qui dresse sa grappe de corolles d’un bleu intense, à la limite du violet . Les anthocyanes , ces pigments végétaux qui donnent les couleurs du rouge au violet se développent d’autant plus que le rayonnement ultra-violet est intense, ce qui est le cas des zones d’altitude.

Certaines fleurs ne se trouvent que dans les pyrénées .

flore-04p7160071.1252329837.jpgSur les plateaux d’altitude, le genêt hérisson, Echinospartum horridum, s’installe sur les zones exposées au soleil et à la sécheresse. Son développement horizontal en coussinets  plus ou moins bombés, hérissés de pointes acérées, est caractéristique. Il peut ainsi couvrir d’immenses étendues fleuries de juin à août.

flore-05p7220066.1252331593.jpg On l’appelle à tort colchique des pyrénées ou safran des pyrénées. Cette discrète fleur rose, solitaire , acaule (sans tige) est  une mérendera pyrenaica (faux bulbocodium). Les feuilles sorties en rosette au printemps disparaissent avant la floraison au début de l’été.

Mais la vedette des prairies pyrénéennes c’est sans conteste l’iris des pyrénées.

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Des prairies ponctués de ces riches corolles teintées de bleu, jusqu’au jaune d’or en son centre, nous en avons trouvées surtout du coté espagnol, sous le Monte Perdido. Acclimaté dans nos jardins comme plante ornementale, il ne pousse à l’état sauvage que dans les pyrénées. C’est là qu’il prend tout son éclat ! 

Le ciel des pyrénées

Nous sommes convertis, depuis trois étés, à la pratique de l’altitude au plus fort de l’été, seul moyen de trouver la fraîcheur du soir. On se lève avec le soleil, on part en rando dans l’atmosphère légère du matin, on revient avant les heures chaudes de l’après-midi. Les vallées d’altitude (Bious-Artigues), les stations de ski ( Piau-Engaly) , les cols ( tourmalet, Aubisque), les cirques ( Gavarnie, la Pineta) nous ont accueillis pour des bivouacs dans des nuits douces, loin des petites canicules qui ont touché en juillet et en août de cette année 2009 les vallées torrides du Sud-Ouest.

Le ciel, à ces altitudes, a une transparence incomparable, le bleu vire à l’outremer , surtout quand il se réflète dans les eaux froides du Lac de Badet au dessus de Piau-Engaly à 2080m.

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Mais le ciel en montagne, c’est surtout les nuages et leur manège incessant.

En montant au-dessus de Luchon , nous nous sommes enfoncés dans une masse cotonneuse qui arrêtait la vision à quelques mètres, dans une obscurité de crépuscule. Au bout de la route, dans la station de Super-Bagnères, les hôtels vieillots prenaient des allures de fantômes. Danièle se disait perdue dans le brouillard, mais c’est plutôt dans le cœur des nuages que l’on se trouvait. L’épicière du Vival qui n’ouvrait plus qu’à mi-temps, nous expliquait que le phénomène peut durer des jours entiers, faisant ainsi fuir sans hésitation tous les touristes.

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Quelque fois , on voit monter le brouillard, rampant ainsi le long des pentes et se renforçant à mesure qu’il grimpe. C’est le brouillard « orographique » : par soulèvement de l’air le long d’une pente grâce aux vents, l’air se refroidit spontanément lorsque la pression baisse et forme ainsi du brouillard. Ici Danièle au col du Tourmalet avant que nous ne disparaissions dans les nues.

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Il suffit souvent de grimper plus haut pour se retrouver au-dessus d’une mer de nuages. Le Pic du Midi de Bigorre accueille depuis 130 ans un observatoire qui profite d’un ciel exceptionnellement dégagé ( 2188h d’ensoleillement annuel – contre 1849h pour Pau quelques dizaines de km plus loin dans la vallée).

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Mais le plus fréquent dans les pyrénées,  c’est un ciel dynamique où les nuages courent sur un fond bleu d’un bord de l’horizon à l’autre, parfois échevelés, parfois moutonnant, parfois menaçant, toujours changeant – comme ici au-dessus du pic du Midi d’Ossau.

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Rien d’étonnant dans cette abondance de nuages, l’atlantique n’est pas loin avec ses ciels chargés et ses vents humides. Et quand le vent vient de l’est, c’est de la méditerranée que viennent les pluies. Sur ces sommets des pyrénées centrales, c’est près de 2 m d’eau qui tombent. L’été les orages viennent rafraîchir les fins d’après-midi lourdes. Comme ici au col de Marie-Blanque, cet orage qui s’évacue au crépuscule au dessus de la vallée d’Aspe.

 

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Résultat l’eau est partout dans les vallées, elle façonne le paysage par ses cascades innombrables, ses gaves , ses nestes, ses verts , ses nives – autant de mots différents selon le terroir , le relief … et la végétation en profite.

Journal d’un mois de juillet dans les pyrénées

6 juillet :

Enfin , nous sommes prêts à partir, sans avoir eu beaucoup le temps de préparer ces vacances. Juste deux guides touristiques récupérés sur un vague projet de découverte des pyrénées. On aura bien le loisir de construire l’itinéraire.

8 juillet :

On se rapproche de notre objectif. Ce matin après une nuit passée sur un parking tranquille à Saint-Bertrand de Comminges, ballade à la recherche de la Garonne qui nous amène à l’abbaye de saint-Just de Valcabrère. En arrivant nous trouvons un agent municipal en train d’évacuer une branche de noyer sectionnée par mégarde et chargée d’une profusion de noix vertes. La cueillete s’impose et nous voilà repartis avec un sac de belles noix, de quoi confectionner un délicieux vin de noix .

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10 juillet :

Sortirons-nous du brouillard qui nous isole du monde depuis 24 H sur ce sommet de SuperBagnères?

La météo, optimiste, nous promet le grand beau temps pour ce matin

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11 juillet :

24 H plus tard, le brouilard n’est plus qu’un souvenir. Il suffisait d’un peu de patience et surtout de changer de vallée. Ici, au-dessus de la vallée du Louron, magnifique mais un peu trop civilisée pour nous.

Plus loin Saint-Lary nous a paru envahie : une de ces petites villes très touristiques et finalement tristes.. Nous remontons vers la frontière espagnole.

Surtout éviter La Mongie et le Tourmalet : le tour passe à quelques km de notre étape

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13 juillet :

Danièle se consacre à son activité favorite : l’observation de la faune d’altitude : les marmottes qui ne s’inquiètent pas de notre présence dès le moment où le chien reste au Camping-car et les Izards qui restent à distance . Nous ne désespérons pas de les approcher.

Aujourd’hui on gagne l’Espagne. On évite les réserves naturelles ainsi que les parcs nationaux du fait de deux interdictions: les chiens  même tenus en laisse et les Camping-cars. Deux raisons pour nous tenir à distance.

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18 juillet :

Nous sommes en étape à Saint-Jean Pied de Port avant de rejoindre Claire et Raoul à Saint-Jean de Luz. Nous avions disparu en Espagne. Pas de téléphone, pas d’internet, pas de radio.

4 jours dans le Parque Nacional de Ordesa . Au pied du Monte Perdido , un petit paradis sous la verdure : la vallée de Pineta où l’on trouve ces magnifiques iris des pyrénée. Le chien, obligatoirement tenu en laisse, a pu nous accompagner sur les chemins.

A bientôt, la côte basque !

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21 Juillet :

Plongée dans la « civilisation » à Saint-Jean de Luz pour retrouver Claire et Raoul chez leurs amis Maïté et Florian. dans la maison de famille de Maïté, rue d’Agorette au milieu du quartier classé de Ciboure ( Ciboure, ancien quartier des pêcheurs (de baleine reconvertis au thon) et des artisans).On achète quelques produits du terroir sur le marché de producteurs . On fait un tour dans la ville et le long de la plage, délimitée par une immense digue qui protège le vieux Saint-Jean des ravages des tempêtes. La cohue est dense et le soleil cogne fort ce jour-là. On commence à regretter nos alpages.

Aujourd’hui on monte pour échapper à la petite canicule annoncée sur le Sud-Ouest. Direction le col de l’Aubisque, via Gourette.

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23 Juillet :

La fraîcheur et un vent vif nous attendent au col de l’Aubisque, ce qui ne dérange pas les troupeaux de chevaux, ces solides comtois, qui se comptent par centaines sur ces prairies d’altitude.

Nous redescendrons pour reprendre le chemin du Pic du midi d’Ossau.

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24 juillet :

Nous étions hier au pied du Pic du Midi d’Ossau (surnommé « Jean Pierre » par les locaux), toujours assailli de nuages changeants.

Nous étions sur le chemin du lac d’Aule un peu plus haut mais impossible de parvenir jusqu’à notre but : un troupeau sur le sentier avec les redoutables Patous qui regardent de travers notre chien Wiki : Demi-tour !

Et maintenant direction Luz Saint-Sauveur

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25 juillet :

Pas besoin d’aller au Pérou pour voir des lamas. Au col du Tourmalet où nous bivouacons ce soir, ils viennent solliciter les touristes de passage, à la recherche de quelque friandise. Les lamas crachent-ils ? Je dois dire que je n’ai pas eu l’occasion de vérifier cette vérité tintinesque.

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26 juillet :

Non , ce n’est pas Wiki notre chien, mais son lointain cousin, Viper, au travail, à l’occasion d’un concours de Border Collie sur les estives du Tourmalet. Du coup notre étape s’est rallongée de 24 H . Danièle est fascinée par les évolutions des chiens, du berger et des troupeaux .Quant à Wiki il n’a pas l’air de regretter sa retraite très précoce de berger et sa reconversion en chien de compagnie

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27 Juillet :

Voilà ! c’est fait ! Nous avons gravi le pic du midi (2885 m)par la face sud. Pour ceux qui en douteraient voici la photo sur la terrasse de l’observatoire ( l’accès à l’observatoire n’est permis qu’à ceux qui sont montés en téléphérique – à moins d’acquitter le prix correspondant – l’observatoire est maintenant une affaire commerciale).

Trois heures de montée  sur de bons chemins , à part les derniers cents mètres.

A notre retour le col du Tourmalet est plongé dans un brouillard dense et froid. La montagne est bien changeante

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28 juillet :

Finalement, après quelques hésitations ( de crainte de la cohue dans un site très touristique), nous avons fait halte à Gavarnie dans un petit camping très nature  » la bergerie ». Gavarnie et le parc d’Odersa y Monte Perdido sont les deux face de ce somptueux massif calcaire , classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

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30 juillet :

Après une journée passée dans les estives au-dessus de Gavarnie, nous sommes partis vers Cauterets. Notre arrivée a précédé de peu la montée du brouillard . De quoi entrevoir les merveilles de cette vallée abrupte, chaotique, pleine de cascades bondissantes, riche d’une forêt sombre et élevée. Bref des paysages qu’on n’oublie pas et qui auraient pu inspirer Kaspar David Friedrich , le peintre romantique de la nature.

Un petit regret de quitter la vallée avant que les nuages s’effacent. Malgré la surpopulation touristique le site vaut vraiment le coup de s’y attarder.

Ce matin, nous commençons le chemin du retour

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1er août :

Finies, les Pyrénées, les torrents bondissants, les sommets élevés, les pins sombres, les moutons dans les alpages.

Nous voici sous un soleil impitoyable, sans air, dans les plaines agricoles du Sud-Ouest : les moissons sont rentrées, les greniers sont pleins, les boeufs sont gras  et les vendanges murissent sur les ceps de Gaillac.

Mais un peu plus loin, nous avons trouvé, en suivant le circuit des bastides de l’Albigeois, les gorges de l’Aveyron , classées Natura 2000, et ses villages médiévaux Castelnau de Montmirail, Saint-Antonin Noble-Val , et Caylus. Une dernière étape charmante avant de reprendre l’autoroute.

 

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Bergers et Border Collies en concours au Tourmalet

Ce n’est un secret pour personne que nous aimons les Border-Collie depuis l’adoption de Wiki, le chien réformé pour inaptitude au travail…et que nous cherchons toujours à en savoir plus sur ces compétences de berger qui lui ont fait cruellement défaut (ce qui ne l’empêche pas de nous accompagner dans toutes nos ballades – ici sur le chemin des buis à Aragnouet au-dessous de Piau-Engaly)

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Nous avions souvent observé et admiré le travail des bergers et de leurs chiens quand ils rassemblent et conduisent les troupeaux pour les changer de pâturage ou les mettre à l’enclos pour la nuit. Nous avions souvent remarqué la complicité du chien et du berger : il y a toujours une place pour le chien dans la voiture du berger, dans la malle ou juste à la droite du maître sur le siège défoncé. Mais nous avions aussi toujours vu les border collie comme des chiens gais et joueurs, vite dissipés, courant à leurs affaires dès qu’ils le pouvaient, taquinant les moutons sans vergogne hors du regard du berger

Comment ce gai luron, tête en l’air, devient-il soudain attentif et immobile, disparaissant presque dans l’herbe à force de se coller au sol pour démarrer comme une flèche, courir à perdre haleine puis s’arrêter net à nouveau ?

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Le concours international de chiens de bergers organisé le 26 juillet au col du Tourmalet nous a permis d’en savoir plus….

L’organisation est simple : un troupeau de brebis monté le matin de la Mongie, un juge, des bergers et leurs chiens, des panneaux matérialisant des passages obligés pour la troupe, un cercle dans lequel la troupe devra se stabiliser délimité par quelques pierres, un enclos pour enfermer la troupe à la fin de l’épreuve.

Les épreuves sont de trois types et un temps maximum est imparti pour réaliser l’ensemble :

  • aller chercher la troupe au bas du parcours et la conduire jusqu’au berger dans le cercle en la faisant passer dans un parcours obligé (entre les panneaux)

  • partager la troupe en deux (en fonction des marques que portent les brebis), sans que les brebis à garder sortent du cercle

  • faire rentrer la troupe dans l’enclos

 

Le berger s’avance au milieu du cercle et ne bouge plus, il lance le chien qui est à ses côtés pour qu’il aille chercher la troupe en bas du parcours à plus de 500m. Regardez !

Faire passer les brebis, entre les panneaux n’est pas simple : le berger siffle et ordonne :

« à gauche », « à droite », « avance », « ramène »,« couché »,« pas bouger », .

Pour séparer la troupe en deux, le berger intervient beaucoup plus car le chien est éduqué pour ne pas passer à travers le troupeau ; il ne peut le faire que lorsque son maître l’y autorise pour écarter les brebis exclues

Mettre la petite troupe dans l’enclos est sans doute le plus difficile ; une seule brebis récalcitrante et tout est à refaire. Le chien ne doit surtout pas effrayer les bêtes, d’où les « recule » de son maître qui le conduisent à contourner à distance la troupe.

Le chien et le berger arrivent finalement à faire rentrer les bêtes dans l’enclos


Et à la fin du parcours, le chien a droit à un bon bain « va à l’eau »et à un calin de son maître.

 

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Voilà, c’était le travail d’Angie et de son maître qui ont remporté le concours.

Nous avons regardé toute la journée, assis par terre sous le soleil et c’était à chaque fois merveilleusement différent selon le groupe de brebis, le berger et le chien.

Un berger nous a donné quelques conseils pour wiki et le lendemain Norbert s’est mis en tête de reprendre son éducation. Mais heureusement cela n’a duré qu’un jour

 

Réforme de la formation professionnelle : sortir de l’impasse

Le temps est loin où le dispositif de formation professionnelle, construit sur les bases d’accords des partenaires sociaux ( 1970, 1984 … chaque fois confirmés par une loi), faisait en France la fierté des acteurs sociaux dans le contexte des pays développés.

Près de 40 ans après, la formation dans les entreprises est critiquée pour sa complexité et son inefficacité. Deux chercheurs de renom Pierre Cahusac et André Zylberberg parlaient même dans un rapport de 2006 de «système à la dérive ». Reproche central «  le taux de participation des salariés sans diplôme est trois fois inférieur à celui de salariés titulaires de diplôme de l’enseignement supérieur ». Au lieu de corriger les inégalités de départ, le dispositif de formation les renforce.

La gestion des fonds, complexe et opaque, suscite des soupçons de détournement, alimentés par quelques affaires – plutôt rares mais abondamment cités dans les médias.

Bref, les partenaires sociaux, patronaux et syndicaux, sont montrés du doigt et accusés de fiasco.

  • Comment en est-on arrivé là ?

Une cogestion de façade: le dispositif de 1971 a créé une contribution obligatoire pour toute les entreprises dont le produit est géré soit par les entreprises en direct, soit par des fonds dirigés à parité par les représentants des employeurs et des salariés. Ce système a permis une adhésion relativement exceptionnelle de la part des acteurs sociaux.

thibault-bertrand.1246006143.jpg A une époque où la signature de la CGT se faisait rare dans la plupart des négociations, cette confédération a paraphé la plupart des accords concernant la formation professionnelle. Les représentants syndicaux ont ainsi trouvé leur place ( trop confortable selon les mauvaises langues…) dans les conseils d’administration des organismes collecteurs. Mais ont-ils pour autant influencé le dispositif de formation au profit des salariés? On en doute quand on considère que tous les leviers restaient aux mains du patronat : les organismes de formation qui ne proposent aux représentant des salariés qu’un strapontin dans des conseils de perfectionnement, les plans de formations dans les entreprises élaborés par l’encadrement qui ne réclame qu’un avis formel du Comité d’Entreprise.

Le tabou de l’augmentation des charges sociales . Les négociateurs de l’accord de 1970 avaient de vastes ambitions pour la formation professionnelle. Dans leur esprit, la contribution des entreprises devait rapidement augmenter jusqu’à 2 %. Or, du coté patronal ce discours de progrès a rapidement cédé la place à une position défensive : stop à la hausse des charges sociales. Dans le même temps le champ de la formation continue ne cessait de s’élargir : formation en alternance pour les jeunes , Droit individuel à la formation , Professionnalisation… avec des moyens à peine croissants ( 08% en 1972, 1,6% aujourd’hui) qui imposent le rationnement.

carossier.1246006471.jpg Une logique d ‘ «insider»: A ses débuts le dispositif de la formation continue s’adresse à un salarié type (un « insider »)qui est supposé stable, dans une entreprise importante qui propose des carrières internes à ses employés. C’est dans ce contexte que les acteurs de la formation – particulièrement les représentants syndicaux- sont le plus à l’aise pour peser sur les évolutions. Or il se trouve que les 30 ans qui ont suivi ont battu en brèche ce modèle. L’emploi précaire a explosé et les nouveaux modes de gestion de la main d’œuvre ont créé une population flottante qui rassemble principalement des bas niveaux de qualification.

caissiere.1246007841.jpgDans le tertiaire marchand en 2007 le taux de rotation annuel ( moyenne du taux d’entrée et du taux de sortie pour 100 salariés dans l’entreprise au 1er janvier) était de 59 % ! Alors on peut formuler l’hypothèse que ces salariés ( majoritairement peu qualifiés) ne sont pas formés parce qu’ils ne restent pas dans les entreprises. Ainsi, on aura beau perfectionner les dispositifs de formation dans l’entreprise, on passera toujours à coté de la cible de ces salariés peu qualifiés. On peut constater aussi que leur mobilité passe plus que les autres par des périodes de chômage. C’est donc dans le cadre du chômage qu’on pourrait mettre en place des actions massives de formation pour les moins qualifiés, alors qu’on ne leur propose actuellement que des stages courts d’adaptation conjoncturelle au marché du travail.

Le scepticisme des salariés : Tout système institutionnel se transforme sous la pression de la demande sociale qu’il est censé exprimer. C’est bien là le problème en ce qui concerne la formation, car les salariés n’ont plus trop d’attente vis à vis des dispositifs de la formation continue; ils leur apparaissent comme incapables de changer et d’améliorer leur situation.

formation.1246006678.jpg Les plus diplômés y trouvent juste un moyen de renforcer leurs avantages sur le marché du travail, les moins qualifiés perçoivent l’envoi en formation comme l’antichambre des restructurations et des licenciements, tous suivent passivement les programmes d’adaptation organisés au seul profit de l’entreprise dans sa course à la modernisation. En cause dans cette désaffection, la baisse drastique des processus de promotion interne, la forte relativisation de la qualification au profit de la notion floue et manipulée de compétence, mais aussi la désespérance des plus démunis de voir leur sort s’améliorer.

  • L’ Accord du 7 janvier 2009 , un texte ambitieux.

5-leaders-syndicaux.1246006792.jpg Les partenaires sociaux ne sont pas restés insensibles à ces évolutions et à ces critiques. Dès 2004 ils mettaient en avant un droit individuel à la formation (DIF) susceptible d’impliquer des salariés plutôt éloignés des systèmes de formation; ils refondaient les contrats en alternance pour les cibler sur les jeunes les moins qualifiés et les chômeurs avec les contrats de professionnalisation. Ils créaient les périodes de professionnalisation en direction des salariés les moins qualifiés dans le but d’anticiper les évolutions de leur travail.

Mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres. Très peu de chômeurs adultes ont bénéficié des contrats de professionnalisation . Très peu de salariés se sont retrouvés en période de professionalisation. Quant au DIF, il a fallu attendre 5 ans pour que le principe de la portabilité (conserver son droit quand on change d’entreprise ou qu’on se retrouve au chômage) puisse se concrétiser.

L’accord du 7 janvier ambitionne de donner une vraie dimension à ces objectifs, dont la notion phare se retrouve dans la sécurisation des parcours professionnels, une formule élaborée par la CGT ( la sécurité sociale professionnelle), qui a fait florès depuis, y compris au sein de l’UMP.

chef_chantier.1246008401.jpgLes partenaires sociaux prennent enfin en compte ce constat : la sécurité collective des carrières au sein d’un entreprise ne suffit plus à sécuriser des parcours d’individus qui vont connaître de nombreux changements professionnels de métiers, d’entreprise, de secteur . Ils innovent en parlant maintenant de formation initiale différée, en mettant l’accent sur la Validation des acquis de l’expérience ( VAE) et le projet professionnel.

Et surtout l’accord prévoit un fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels avec des objectifs ambitieux et chiffrés en direction des salariés peu qualifiés et des chômeurs.

pole-emploi.1246008051.jpgCes actions, qui dépassent largement le cadre de l’entreprise, réclament naturellement des co-financements : état, régions, Pôle Emploi (régime d’assurance chômage) qui sont, hélas, toujours le point faible des programmes inter-institutionnels. On compte toujours sur le partenaire d’à coté pour apporter la contribution décisive.

Les partenaires sociaux attendaient donc avec intérêt le projet de loi du gouvernement pour donner forme à leurs projets. On verra plus loin qu’ils ne sont pas tout-à-fait rassurés sur l’engagement de l’état.

 

  • Un projet de loi en retrait

Le texte concerne la formation financée par les entreprises à destination principale de ses salariés; à savoir un champ qui ne représente que 41,2% des dépenses de formation en 2006. L’état finance 27,2%, les régions 14,4%, l’UNEDIC, les autres administrations et les ménages, le reste.

lagarde.1246009364.jpgComme souvent le projet de loi reprend ce qui intéresse le gouvernement, laisse de coté certaines propositions jugées indésirables et inclut des rajouts qui ne sont pas toujours du goût des signataire de l’accord Ainsi le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels est repris, ainsi que nombre de simplifications et dispositions techniques pour la mise en œuvre du droit à la formation.

Ne sont pas reprises quelques pistes relatives à la formation initiale différée ( une « seconde chance » pour les salariés peu diplômés) dont la construction et le financement (renvoyé à l’état …) restaient très flous dans l’accord.

En revanche le projet de loi revient sur le domaine de l’information et de l’orientation. Il proclame , près de 30 ans après le rapport de Jean-Paul Murcier devant le conseil économique et social, un droit à l’orientation professionnelle continue. A la bonne heure! Sauf que la notion d’orientation se réduit pour le gouvernement à la labellisation des organismes qui y concourrent,  à la création d’une plate-forme téléphonique et à un site d’information sur les filières et les formations (la plupart des régions, l’ONISEP y ont pensé avant !). Lorsqu’on connaît la misère des centres d’Information et d’Orientation qui ont déjà du mal à assurer un minimum de service pour les scolaires, on reste sceptique sur les perspectives de cette noble cause.

afpa.1246006936.jpgQuant aux services d’orientation de l’ AFPA , ils devraient passer à Pôle Emploi. Voici longtemps que l’ANPE avait démantelé la fonction de bilan-orientation en interne. D’après le projet de loi, son successeur récupèrerait maintenant, les psychologues de l’AFPA qui fonctionnent avec une autre culture, construite à l’origine sur la sélection des candidats à leurs propres stages

Mais la grande affaire de ce projet de loi se situe dans la création du fonds de sécurisation des parcours professionnels. Le gouvernement met en avant les 500 000 salariés peu qualifiés et les 200000 chômeurs qui vont bénéficier d’une formation . Parfait ! Mais, comme souvent, le diable se cache dans les détails . Avec une dotation de 900 millions d’euros ( l’état reste discret sur sa participation qui pourrait s’ajouter aux financement des partenaires sociaux ) que va-t-on proposer aux bénéficiaires avec, pour chacun, 1285€ de prise en charge : encore des stages courts et au rabais ! On sait bien que les stagiaires peu diplômés n’en retirent aucun profit décisif.

Le projet prévoit également de réformer les circuits de collectes. D’ici deux ans un grand nombre d’Organisme Paritaires de Collecte Agréés devraient disparaître ou se restructurer, malgré la résistance des acteurs concernés.

prdf.1246008672.jpgEnfin le projet a pour ambition de renforcer le nécessaire dialogue entre l’état, les régions et les partenaires sociaux en imposant notamment une contractualisation du Plan Régional de Développement de la Formation. Les régions, jalouses de leurs prérogatives, préféraient une concertation plus informelle avec les préfets et les recteurs. L’état revendique maintenant un leadership dans un système de formation où on s’accordait à reconnaître dispersion de moyens et manque de cohérence. Faut-il le regretter ?

Restent de nombreuses interrogations sur les moyens engagés par l’état, qui rejoignent le flou persistant sur le fonds d’intervention social annoncé aux partenaires sociaux en Février dernier .

Face au chômage partiel, aux licenciements , la formation pourrait constituer un puissant outil pour ouvrir une issue positive à la crise pour de nombreux salariés. L’absence de réactivité des pouvoirs publics et des acteurs sociaux, le manque de sérieux apporté aux solutions concrètes risquent, s’ils ne sont pas dépassés, de marquer pour longtemps une occasion ratée.