Quitter Cayenne

La Guyane, département français d’Outre-Mer, bloquée depuis le 24 novembre, a-t-on appris entre deux infos à la télé. Et encore, si l’on y porte une quelconque attention; on est mieux informé de la situation en Thaîlande ( les 2 aéroports de Bangkok bloqués par les chemises jaunes).

Et c’est vrai que sans les mails de Claire, la fille de Danièle, qui est installée à Cayenne, c’est une info qui nous aurait échappé. Voilà six mois que Claire,dans son parcours d’internat de médecine, a décidé avec Raoul, de faire un stage à l’hopital de Cayenne. Apparemment, elle s’y est plu puisqu’elle a laissé partir son chéri en métropole en décidant de passer un semestre de plus près de l’équateur. La vie d’interne n’est pas facile mais Claire profite au maximum de son temps libre pour parcourir la région entre fleuve Maroni et Andes péruviennes. Bref , la jungle lui convient !

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Mais ce paradis équatorial s’est transformé pendant deux semaines en piège : plus possible de circuler entre les barrages et, dès le 1er décembre, plus aucun avion ne décollait, plus aucun navire n’appareillait.

carburantguyane-blocages-20081127.1228579729.JPGOn connaît l’origine du conflit : le prix des carburants. Dans ce territoire – le plus grand des départements français- où les distances sont considérables et l’occupation de l’espace très dispersée, l’usage de la bagnole et de ses versions  4X4  apparaît comme vital.  A 1€77 les guyannais se sentaient étranglés.

Tout allait bien tant que les opérateurs se fournissaient dans la Caraïbe à Trinidad. L’essence arrivait très bon marché, l’état ne prélevait aucun impôt et le conseil régional pouvait prélever une lourde taxe locale qu’il destinait à l’aménagement du territoire et à la subvention des transports aériens pour désenclaver les communes de l’intérieur.

Mais … le carburant était d’une telle mauvaise qualité que les moteurs sophistiqués des 4X4 cassaient rapidement; les concessionaires, lassés de prendre en garantie leur réparation, obtinrent de la justice l’interdiction de sa commercialisation.

Les produits pétroliers, désormais importés d’Europe, voyaient leur coût s’envoler, alors que les prix du brut étaient divisés par 2 ou 3 sur les marchés mondiaux. Enervant, non ? sur fond de crise sociale dans ce département le plus pauvre de France.

barrage-cayenne.1228580892.jpegLes professionnels des transports, rejoints par une association des consommateurs en colère commencèrent le 24 novembre à bloquer les routes. Le réseau routier n’existe vraiment que le long du littoral , une quinzaine de barrages et toute la vie économique est stoppée. On a bien essayé pendant un temps de transporter les salariés du centre spatial de Kourou en hélicoptère mais  on s’est vite rendu à l’évidence que le tir du 10 décembre d’Ariane 5 ne pourrait être assuré.

Au bout de quelques jours la SARA- filiale de Total- qui détient le monopole très profitable de l’approvisionnement en carburant, cédait aux pressions de la rue et des autorités pour lacher une diminution de 30 centimes. Mais le  compte n’y était pas et sur les barrages on ne démordait pas de la revendication des 50 centimes.

La région Guyane, invitée à réduire la taxe qu’elle prélève, se refusait à se priver d’une ressource principale, renvoyant la responsabilité à l’état.

Le conflit semblait s’enliser, les professionnels s’inquiétaient des conséquences économiques  du blocage et Claire  s’interrogeait sur le devenir de son déplacement  mi-professionnel , mi-vacances qui lui permettrait de revoir la Métropole, sa famille, ses amis après des mois de séparation. Mais aucun avion ne décollait de l’aéroport.barque.1228581643.jpg

Le départ était prévu pour le vendredi 5 décembre. Finalement on annonçait le déblocage de l’aéroport mais les barrages ne bougeaient pas . Claire commençait à faire des plans pour se rendre à l’aéroport, par tous les moyens, à pied, à cheval, en ambulance, en pirogue même, si elle avait trouvé une voie d’eau.

Pendant ce temps tous les professionnels du département, tous les politiques des deux bords ( la gestion de la région est assurée par le PSG – qui n’est pas le sigle d’un club de foot mais celui du Parti Socialiste Guyanais) se retrouvaient vent debout contre le gouvernement et faisaient cause commune pour obtenir de l’état national une aide  susceptible d’amener la réduction de 20 centimes  qui pouvait ramener la paix dans les esprit.  Yves Jego, ministre de l’Outre-mer sortit de son chapeau un crédit de dix millions d’euros et, après quelques négociations, l’affaire fut conclue.

Vendredi matin, les barrages étaient levés , juste à temps pour laisser passer Claire jusqu’à l’aéroport. Ouf !

La Guyane n’est pas seulement une terre d’aventure dans un cadre naturel unique. Pour ce qui concerne la vie en société, elle réserve des surprises explosives !

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PS : Merci à Véronique pour ses belles photos .

PPS : A la fin de l’année – après Noêl- ce sera notre tour de découvrir ce territoire mythique

Couleurs d’automne

Dernières minutes avant l’heure d’hiver

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ampelopsis.1225097179.jpg Feuilles qui tombent

Tiges nues

Racines frileuses

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sous-bois.1225176554.jpg Lumières rasantes

Ombres si longues

Couleurs vivantes, rouge, rose, jaune, vert

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Automne si gai quand il fait gai

Automne si triste quand il fait triste

 

 

rosier.1225097372.jpg Dernières rosesdahlia.1225095499.jpg

Dahlias flamboyants

Maïs séchés

Premières pousses vertes du blé tendre

 

vaches-rouges.1225095607.jpg Et les vaches, les blanches, les rouges, paisibles

Les corbeaux noirs chamailleurs et croassants

Les moutons blancs, les ânes et les chevaux curieux

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A l’heure d’hiver demain la rosée se fera givre

Les arbres laisseront voir la charpente de leurs branches vides

Et les corbeaux affamés se laisseront approcher

Danièle

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Semis de blé vers la Caronnerie

Ci-dessous: l’heure de gloire du modeste fusain d’Europe, Euonymus Europaeus

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Le maïs encore sur pied a fait le bonheur des osieaux.

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Du soleil dans l’arrière-saison et les poires se prennent des taches de rousseur …

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Les bourdons s’attardent sur les dernières fleurs de Fatsias.

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Face à la crise,  » il faut continuer à lire des romans « 

Vous avez vu le Dow Jones, le CAC 40, le Nikkei, le Footsie, le Dax et j’en passe ?Vertigineux, non ?

Alors avec Danièle on a commencé à stocker le sucre et les pâtes. On a décidé de convertir notre jardin d’agrément en potager. On envisage d’élever des lapins, quelques clapiers au fond du jardin. Pour chauffer la cheminée, on ira marauder du bois dans les forêts. Et je vais me remettre au vélo. En tant que retraité et future retraitée, on arrivera toujours à survivre. Les crédits sont presque payés, pas l’ombre d’un Subprime. Au pire, on peut vivre dans notre camping-car, juste un peu de gasole à débourser.

Mais je suis inquiet. Je suis très inquiet pour les jeunes autour de nous. Il faut bien que l’informatique, les agences immobilières, les hôpitaux , les distributeurs de médicaments, les jeux vidéo continuent à leur  verser des salaires. Il faut bien que la machine continue à tourner.star9.1223705339.jpg

 C’est vrai que, quand j’avais leur âge, je ne rêvais qu’à une chose, c’est la mettre par terre, cette machine. Mais on s’est aperçus qu’on était un peu seuls, que les gens, finalement, y tenaient à cette machine. Surtout qu’on n’avait pas les plans pour remonter une autre. On voyait bien que les plans soviétiques n’étaient pas très attrayants et déjà prêts à tomber en poussière.

Alors, dans notre pays,on a changé les conducteurs de la machine, on a adouci son fonctionnement. On a réduit les conflits (paradoxal, non ? Alors que les inégalités s’aiguisaient sur la planète). On voyait bien que, dans leur coin, des ingénieurs un peu dingues trifouillaient dans le compartiment de la finance, le moteur s’emballait. On faisait des manifs, des grèves, on n’est pas restés inactifs. Mais la machine financière, on n’y pouvait pas grand’chose.

Olivier, le postier, reprenait avec succès nos vieux trucs : il fallait mettre à bas le système. Mais il avait pas plus les plans que nous pour remonter la machine. Il disait qu’on aurait le temps de voir, c’est le mouvement qui déciderait,  quand on aurait viré tous les patrons.

 clezio2.1223705236.jpgAlors les journalistes ont demandé à Le Clezio, tout fraîchement  Nobélisé ce qu’il fallait faire face à la crise. «  Il faut continuer à lire des romans ». Cet oracle me va droit au cœur. Qui, mieux que Le Clezio a pu parler de la mondialisation, du sort terrible des journaliers de la culture industrielle de la fraise dans la vallée de Campos au Mexique (Ourania), qui a pu parler de l’errance des émigrés clandestins du fond du désert africain jusqu’au cœur de  nos  brillantes métropoles (Poisson d’or), qui a pu parler de la colonisation entre l’enfer de l’esclavage et le paradis perdu des îles lointaines (Révolutions). Derrière sa passion pour les peuples premiers, derrière sa tendresse pour ceux qui sont jetés sur les chemins, Le Clézio nous parle du monde actuel, du monde comme il va – et ne va pas.souchon_360.1223705037.jpg

 Il faut aussi continuer à écouter des chansons, par exemple Parachutes dorés d’Alain Souchon. La chanson vient de sortir mais on croirait que Souchon avait prévu cette crise, mieux que beaucoup de savants analystes : l’intuition de l’artiste. 

Fast wedding

On connaît le fast food , on a vu arriver le speed dating. Andréas, mon fils cadet, 22 ans, a inventé avec Mona le fast wedding, le mariage éclair :mona-et-dede-32.1223303167.JPG

 – 10 jours pour se décider, fixer la date, prévenir les proches, juste le délai de publication des bans imposé par la loi.

– 3 jours pour définir le déroulement de la journée, arrêter la liste des invités et préparer la fête.Il faut dire qu’ils n’avaient pas bien le choix, les fiancés. Mona se trouvait avec un visa étudiant qui ne pouvait pas se renouveler éternellement et elle avait raté plus d’une embauche à cause des formalités. Et les amoureux n’avaient pas envie d’affronter une séparation avec un retour imposé vers le Liban, pays d’origine de Mona.

Du coté d’Andréas, qui termine à peine son master 2, il lui fallait assurer : trouver un appartement pour installer sa petite famille, décrocher un job et différer d’autres projets plus aléatoires. Pari en passe d’être gagné dans des délais aussi courts que le mariage.

Pour l’organisation de la journée,  deux tendances s’affrontaient  :

-les minimalistes réalistes : on n’a pas le temps d’organiser. Ce sera un mariage quasi-clandestin. On paye juste le café aux témoins après la mairie (c’est comme ça que je me suis marié la première fois en 1971, c’était avec Annie.)

-les maximalistes insouciants : on invite tout le monde et on improvise !

nora-temoin.1223304229.jpg Et au – Au milieu,  Nora (ci-contre, témoin à la mairie) s’est imposée, la sœur aînée qui tenait à concocter une belle fête pour les mariés, en prenant les moyens réalistes de la préparer : location de chapiteau, chauffage, boissons, buffet. C’est elle qui a eu le dernier mot, avec l’aide logistique de son père, des parents et amis.

Ce fut une belle journée.

La météo nous a évité le froid et la pluie qui étaient à craindre. L’affluence fut grande, surtout  dans la classe d’âge des fiancés , là où le téléphone et les textos circulent à la vitesse de la lumière, moins dans la génération des parents qui avaient hésité à convier leur génération d’amis et de parents dans des délais aussi courts.

La petite salle des mariages étaient pleine. L’adjoint au Maire a rappelé devant les époux les enjeux du mariage et de la vie commune. Ensuite Murielle, l’indispensable voisine et amie, a ponctué d’une chanson tendre et émouvante ( librement adaptée de J’envoie valser de Zazie) cet instant unique où deux jeunes gens, les poches vides et des projets pleins la tête s’engagent l’un vis à vis de l’autre et face à tous les proches.

Hanna, la mère d’Andréas, fait alors appel à la poésie de Khalil Gibran, auteur libanais du Prophète,  texte d’amour et de sagesse, pour accompagner ce moment.

Quand L’amour Vous Fait Signe, Suivez Le.

Bien Que Ses Voies Soient Dures Et Rudes.

Et Quand Ses Ailes Vous Enveloppent, Cédez-Lui. […]

Aimez-Vous L’un L’autre, Mais Ne Faites Pas De L’amour Une Chaîne.

Laissez Le Plutôt Etre Une Mer Dansant Entre Les Rivages De Vos Ames.

Emplissez Chacun La Coupe De L’autre, Mais Ne Buvez Pas A La Même Coupe.

Donnez A L’autre De Votre Pain, Mais Ne Mangez Pas De La Même Miche.

Chantez Et Dansez Ensemble Et Soyez Joyeux, Mais Laissez Chacun De Vous Etre Seul.

De Même Que Les Cordes Du Luth Sont Seules Pendant Qu’elles Vibrent De La Même Harmonie.

Donnez Vos Cœurs, Mais Pas A La Garde L’un De L’autre.

Car Seule La Main De La Vie Peut Contenir Vos Cœurs.

Et Tenez-Vous Ensemble, Mais Pas Trop Proches Non Plus :

Car Les Piliers Du Temple Se Tiennent A Distance,

Et Le Chêne Et Le Cyprès Ne Croissent Pas A L’ombre L’un De L’autre.

temoins-et-maries.1223467955.jpgVient le moment des signatures, pour les mariés et les témoins. Mona est accompagnée des deux soeurs d’Andréas, Clara, la cadette et Nora, en tant que témoins. Pour Andréas ce sera ses deux colocs qu’il connait depuis le berceau pour Tristan, le collège pour p’tit Ben ( qui a gardé son surnom, bien qu’il soit maintenant un grand gaillard). Tout ce petit monde pose patiemment devant les flashs qui mitraillent . choeur.1223471123.jpgL’assemblée ne se disperse pas sans que Murielle reprenne sa guitare. Tout le monde reprend en choeur une version adaptéé des copains d’abord de Georges Brassens qui est devenue :  

L’amour d’abord 

(…)  Mona et  Dédé  se marient!

C’est une page bien jolie

D’une belle histoire d’amour sincère,

Oui, mais pas pépère!

On vous souhaite tout c’que vous voulez,Santé, boulot, prospérité…

Mais surtout de l’amour d’abord, de l’amour d’abord!!! 

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Dehors, la noce s’attarde.  Chacun s’efforce de se faire photographier avec les mariés : Parents, amis, collègues d’études : Chaque cercle de relation s’affiche ainsi devant les objectifs, tour à tour photographes puis photographiés.

Un peu plus loin chez Hanna, les bouchons de Champagne commencent à sauter et les flutes à se remplir. Les invités se pressent, se reconnaissent, découvrent les derniers arrivés, échangent les nouvelles. Des bulles, des bulles blondes ou rosées. Chacun se retrouve un verre à la main.

Après la solennité de la cérémonie, c’est le moments des plaisanteries qui fusent, des chansons plus ou moins improvisées et des discours moins officiels.

96xwgofqbg44anqxizzsnhqkddecjf00300.1223477229.jpgHonneur à la belle-mère c’est Danièle qui prend la première la parole:

Chère Mona,

« Je me souviens qu’Andréas t’a présentée à nous le 3 juin 2007 et j’avais noté à l’époque dans mes petits cahiers :« Andréas nous présente Mona : intelligente, décidée, attentive, directe, ainée de 5 enfants, libanaise, jolie, 27 ans, en master 2, capricorne du 3 janvier 1980….Parfaite ! »

Un peu plus d’un an après, il n’y a rien à changer….mais que de chemin parcouru !Mais il n’en fallait pas moins pour emporter cet adolescent qui dialoguait avec les sphères célestes, ce champion des pouvoirs immatériels, ce navigateur des mondes futurs, ce rêveur des forces de l’esprit.Et tu en as fait un homme décidé, efficace, concret et amoureux…capable de se trouver un travail en 1 jour, et bien payé en plus (là tu nous épate Andréas). 

Sans rien renier de ta personnalité, Mona tu as très vite fait ta place dans la famille et auprès des amis de toujours que sont p’tit Ben et Titan jusqu’à accepter de coloquer avec eux (pas trop longtemps certes… mais là tu nous épates Mona). 

 Vous avez tous les deux la conscience de votre valeur et la certitude que vous méritez de choisir la vie dont vous rêvez. Quand vous nous avez reçus cette année au moins d’aout, dans cette superbe maison de la montée  du Gourguillon, j’ai compris que vous aviez raison de penser que la vie ne vous devait rien moins que cela. Certes, vous viviez au sous-sol, mais comme des princes ! Vous avez raison d’y croire, ce monde est vieux mais il a besoin de vous pour le bousculer et le faire changer ! 

Vous allez amarrer votre soucoupe à St Didier au Mont d’or à deux pas des berceaux de la famille recomposée. Voilà qui ne va pas trop nous changer. Mais ce n’est que le début de l’histoire : aujourd’hui vous vous mariez, nous vous souhaitons d’être heureux et d’avoir beaucoup d’enfants. » 

norbert-discours.1223482379.jpgClins d’œil, sourires, rires, l’assistance en redemande. C’est à mon tour de monter sur la chaise et de donner le point de vue du père du marié. 

Fast Wedding  « Tout d’abord, je voudrais avoir une pensée pour celui qui nous réunit aujourd’hui, celui qui a conduit nos deux tourtereaux encore insouciants à s’engager officiellement ,de manière aussi précipitée, devant le maire.

Jbrice-hortefeux.1223482552.jpge veux parler de … Brice Hortefeux qui, non content de faire la chasse aux immigrés clandestins, cherche à pourrir  la vie de tous les étrangers en France, étudiants, salariés, avec ou sans papiers, faisant des institutions de notre pays une machinerie xénophobe.

Mais comme nous savons tous « A quelque chose, malheur est bon » En l’occurrence, cette contrainte amène nos deux amoureux à accélérer le tempo et à brûler les étapes. Ce n’est pas moi, après trois mariages, et six enfants dans le sillage qui vais reprocher à mon fils de s’engager trop vite dans une carrière conjugale et familiale.Mais je dois avouer qu’il nous a surpris, l’animal ! Qui donc, dans la tribu, l’aurait désigné comme  le premier à suivre l’exemple de Chloé, l’aînée  qui s’est mariée ici même en 1999. Qui aurait cru que ce serait l’avant-dernier des frères et sœurs qui les coifferait tous sur le poteau. 

 Il faut dire qu’Andréas a toujours été précoce. Il savait lire avant le CP. A 12 ans il avait décidé qu’il serait  développeur en jeu video, à 16 ans il décrochait son bac, à 21 ans un master 2.  Mais je n’aurais pas su dire s’il était précoce avec les filles, voire même prêt pour le mariage  et la vie conjugale. La démonstration en est aujourd’hui faite.   

Il faut dire aussi qu’il est tenace. Quand il était petit je l’appelais Idéfix  tant son désir se faisait insistant, récurrent pour ce bateau play MobilDD bateau qu’il avait vu chez des voisins, pour cette moto électrique

moto-electrique.1223482812.jpgà laquelle il ne voulait pas renoncer malgré la résistance des parents. Alors j’imagine que notre Idéfix s’est promis de conquérir, séduire et retenir cette belle étrangère qui avait croisé sa route. Il n’a eu de cesse  d’arriver à ses fins.

Et puis dans ce mariage, je ressens un peu le parfum du Liban .J e regrette  que les circonstances n’aient pas permis à Mona d’associer sa famille, ses amis de Beyrouth à ce départ pour une nouvelle vie.pride.1265625543.jpg

Je ne suis jamais allé au Liban, mais ce pays m’est familier et cher à mon cœur. Depuis 1976, en pleine guerre civile où j’hébergeais des réfugiés de Beyrouth qui sont devenus mes amis, jusqu’à ces dernières années où nos amis Diab faisaient partie de la famille.

Mona est attachée à son origine et je ne doute pas qu’elle ait parfois le mal du pays. Mais je sais qu’elle est avant tout désireuse de vivre l’aventure universelle de la connaissance et du développement de tous les hommes et de tous les pays. C’est une véritable citoyenne du Monde. Nous sommes heureux de l’accueillir parmi nous.

Un dernier mot sur ce mariage : vaguement improbable deux semaines en arrière, la physionomie de la cérémonie, le nombre des invités n’étaient pas fixés il y a trois jours encore. Bref un air de mission impossible. Devant le défi, tout le monde a été vraiment réactif.Et tout se présente bien maintenant grâce à la ténacité des fiancés et à l’efficacité de la parenté et des amis, surtout Nora qui tenait vraiment à organiser une véritable fête malgré la brièveté des  délais. Et grâce, j’espère, à votre indulgence pour les petits ratés qui ne manqueront pas d’apparaître dans la journée.

Alors maintenant souhaitons aux époux le bonheur, pour longtemps et beaucoup d’enfants ! « 

Sur ces belles paroles, les invités étaient conviés à une soirée organisée – dans l’urgence- à la Buchette. Chapiteau, feu decheminée et terrasse pour les moins frileux, tous les espaces se sont révélés utiles à une assemblée joyeuse et un peu bruyante au fur et mesure que la soirée avançait.

Alors, fast wedding,  mariage éclair ou  noce surprise, cela n’empêche pas de trouver l’émotion, la chaleur humaine et la gaité.

youtube https://www.youtube.com/watch?v=qfbjyNlMOtg
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Lisez Catherine Millet

  De Danièle

J’avais beaucoup aimé le premier livre de Catherine Millet (« La vie sexuelle de C.M. »).

catherine-m.1222156900.jpg Exposer sa vie sexuelle simplement, sans honte ni envie de choquer, juste avec la petite fierté de celle qui en a vu beaucoup et qui est allée au bout de sa curiosité, j’avais trouvé ça bien. Qu’une femme tout à fait respectable (directrice de revue, et tout et tout…) puisse raconter publiquement qu’elle fait ce qu’elle veut de son corps, avec qui elle veut, et que la jouissance physique n’a pas grand-chose à voir avec les sentiments, j’avais trouvé ça très bien. 

Je n’avais rien lu de tel depuis le journal d’Anaïs Nin !

Bien sûr, je me disais qu’elle se mettait souvent en danger ; Et puis, j’étais curieuse de savoir ce qu’en pensait Jacques, son compagnon dont elle parlait tant.

 

jour-souffrance.1222156799.jpg « Jour de souffrance » nous l’apprend avec la même franchise. Jacques désapprouve complètement sa vie sexuelle multiple, mais plus encore, quand elle s’est aperçue que Jacques avait aussi des aventures, elle est devenue malade de jalousie. Elle nous raconte sa crise,  qu’elle nomme elle-même « de folie ». Ouvrant les lettres, fouillant l’ordinateur, imaginant les autres, les voyant partout, posant des questions, recoupant les preuves, ne dormant plus…Une vraie jalousie, entière, destructrice, insurmontable qui la conduit à des bassesses qu’elle se reproche.

Comment Jacques a-t-il vécu cela ? C’est dit du point de vue de Catherine, mais pas de celui de Jacques. On sait qu’il a tenu bon,  c’est tout !

 

Voilà des livres qui valent bien des manuels de philosophie  pour ce qu’ils nous apprennent des relations du corps et de l’esprit et de notre rapport à l’autre :

         Jouissance et jalousie sont les deux faces d’une même médaille : toutes les deux dans la tête et dans le corps, deux émotions violentes nécessaires à notre survie et pas du tout « raisonnables ».

         On peut être imaginatif, réflexif, introspectif et quasiment clinique dans l’observation de soi comme l’est C.M. sans arriver à imaginer ce que pense et ressent l’autre. Elle avoue elle-même n’avoir jamais pensé à ce qu’il pouvait ressentir ; elle a juste pris soin de cacher ses aventures lorsqu’il lui a dit sa désapprobation. Et a écrit « sa vie sexuelle… » quand elle sortait de sa crise de folie (pour en sortir ?)

 

Et les sentiments dans tout cela ? C’est sans doute tout autre chose : de l’attachement, de l’admiration, du respect,  de l’étonnement, du bien-être, de l’harmonie, de la douceur, de la protection l’un vis-à-vis de l’autre, du nourrissage de l’un par l’autre, la joie de la vie au quotidien sans rien de spécial…

Et la fidélité ? Pas un principe, mais une règle de prudence pour ne pas faire souffrir l’autre (en imaginant ce que l’on endurerait si….)

 

Traduite en 45 langues, vendue à près d’un million d’exemplaires rien qu’en France, Catherine Millet n’a pas besoin de ma publicité. Lisez-la tout de même, elle en vaut la peine.

Sorgue : le partage des eaux

Sur le chemin du retour vers le Nord, nous nous arrêtons volontiers à Fontaine de Vaucluse. En été , c’est un hâvre de fraîcheur , sous les arbres, au bord de la Sorgue – à 14° hiver comme été – . Nous y trouvons un parking apprécié de nombreux camping-cars.

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La Sorgue est une merveille de la Nature : la plus puissante exsurgence de France, la cinquième dans le monde. Le site est connu et apprécié de longue date : le poête Pétrarque venait s’y réfugier à partir de 1339, hanté par la figure de sa bien-aimée Laure, entre deux voyages aux quatre coins de l’Europe. Un petit musée lui est consacré dans le bourg.

Le village est dominé par une gigantesque falaise de plus de 200m où la fontaine a creusé sa résurgence. C’est ce qui explique le nom Vaucluse -Vallis Closa-, puisque la vallée est close et s’arrête sur cette falaise.

resurgence-sorgue.1221831924.jpg A l’origine de la source un siphon  très profond, alimenté par les eaux souterraines des monts du Vaucluse, du Mont Ventoux et de la Montagne de Lure. Cette énorme source a donné son nom à toutes les « fontaines vauclusiennes » du monde.

Les premières explorations du gouffre ont débuté en 1878 et le point le plus bas, soit – 308 m à partir de la surface de la grotte, n’a été atteint qu’en 1985 par un robot de la Société spéléologique de Fontaine de Vaucluse.

crue-sorgue.1221832752.JPG Dans un pays sec où les cours d’eau sont tous de type torrentiel  méditerrannéen ( à sec en été, soumis aux crues d’orages), la Sorgue connaît un régime fluvial : toujours alimenté même en période  de sécheresse et à l’abri des crues brutales – même si son débit peut tripler sous l’effet de pluies prolongées sur le bassin versant ( ci-contre crue de la Sorgue dans le village de Fontaine).

Cette abondance et cette régularité ont fait le bonheur des moulins, notamment les moulins à papier qui fut une industrie florissante dans le bassin de la Sorgue.

Une fois quitté le village de Fontaine, la Sorgue suit son cours dans la plaine. Mais elle ne va pas bien loin.  Quelques km plus loin le lit est barré, le courant s’écoule désormais dans deux chenaux divergeants qui sont l’oeuvre de l’homme. Ce lieu-dit s’appelle le partage des eaux.

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Ce destin singulier d’une rivière née puissante et si tôt fragmentée a inspiré le poête René Char qui a vécu, à coté, à l’Isle sur la Sorgue:

La Sorgue

Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n’est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarrisseurs,
Du soleil lâchant sa charrue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

 

La Sorgue devient alors un bien commun que les hommes de la plaine ont partagé à l’infini dans un réseau dense de canaux qui desservent ici une plantation, ici un moulin, là un réservoir.

L’isle sur la Sorgue en est la démonstration vivante : souvent appelée L’Ilo de Venisso  en provençal par référence aux canaux qui la fragmentent en autant d’ilots habités.

 

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Les canaux se divisent en une multitude de canalisations, de biefs qui distribuent le courant dans la moindre ruelle, encombrée d’autant de roue à aubes encore visibles aujourd’hui.

roue.1221841531.jpg Autrefois, ville industrieuse avec ses nombreux moulins, ateliers, fabriques, toutes ces activités où la force motrice de l’eau se révélait indispensable, l’Isle sur la Sorgue a maintenant une vocation touristique qui s’appuie sur le charme des échoppes et des restaurants au bord de l’eau.

Et puis, elle s’est créé une spécialité depuis près de 40 ans: la  brocante qui a forgé l’identité de la cité l’isloise, lui assurant une notoriété internationale. L’Isle-sur-la-Sorgue constitue, après Saint-Ouen et Londres, la troisième plate-forme européenne du commerce des antiquités.

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Le Calavon, d’Oppedette aux ocres du Luberon

Le Calavon prend naissance sur les contreforts de la montagne de Lure au-dessus de Banon. En saison sêche, son lit se remarque à peine: quelques caillous dans un chenal à sec. On a du mal à l’imaginer transformé en torrent impétueux menaçant  les bourgades de la vallée d’Apt.

On le prend plus au sérieux quand on parcourt Les gorges d’Oppedette. Le chemin longe sur plusieurs Km le rebord extrème de la falaise, à quelques centimètres de l’à pic vertigineux.

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Au bout dune heure et demie de cet itinéraire en balcon, on arrive en vue du village installé à l’entrée des gorges sur un socle rocheux qui surplombe le vide. On descend  dans le lit du Calavon pour remonter ensuite sur la rive opposée. Un raidillon à franchir et nous voilà à l’entrée du village, à proximité d’une fontaine bienvenue.

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Pour le retour nous avons choisi un parcours plus tranquille, sur la rive gauche cette fois, évitant les belvédères vertigineux et les sentiers escarpés.

En bas, sorti des gorges, le Calavon  est maintenant sur le territoire du Vaucluse et va longer la Montagne du Luberon. C’est le domaine des ocres.

colorado-3.1221553642.jpg Les ocres sont des argiles pures (kaolinites) colorées par des pigments d’origine minérale (hydroxides de fer) dont les couleurs varient du rouge soutenu au jaune clair. Le tout amalgamé à du sable constitué essentiellement de quartz. Dans la région,on a exploité les ocres sur plusieurs sites: Colorado provençal, Roussillon, la dernière carrière encore en activité est située à Gargas (Vaucluse). L’ocre naturelle est utilisée comme pigment  depuis la préhistoire, comme à Lascaux. Elle est toujours appréciée pour sa non-toxicité et sa grande longévité en décoration, beaux-arts et maçonnerie.

Nous avons visité les anciennes carrières de Rustrel , appelées Le Colorado Provençal, où les ocres étaient extraites puis  lavées et affinées.

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L’extraction industrielle et l’érosion naturelle ont créé des paysages insolites, notamment ces cheminées de fées dont le sommet était protégé par des roches dures.

colorado-2.1221554778.jpg Le site est géré par une association regroupant propriétaires et bénévoles.En bordure de la route départementale 22, il y a un parking ombragé payant, un espace avec tables de pique-nique et un accueil (« la maison du Colorado »). Les sentiers sont semi-balisés avec des barrières et escaliers par endroit afin de canaliser les passages et éviter ainsi une érosion trop rapide du site.

Les recettes percues sur les droits d’entrée servent aux dépenses d’aménagement et d’entretien. Une partie du site, inaccessible pour l’instant, est l’objet de travaux de réhabilitation qui devraient aboutir à une reconstitution de l’activité de la carrière du temps de son exploitation.

Le Calavon poursuit sa course vers l’Ouest, au milieu du Luberon. Mais c’est sous le nom de Coulon qu’il se jettera dans la Durance, un peu au Nord de Cavaillon. Le Calavon a disparu. En fait il a changé de nom à partir du village des Beaumettes.

Un sacré numéro, ce Calavon!

Ubaye : une vallée en équilibre

La vallée de l’Ubaye joint la haute Durance à la frontière italienne, à sa source, sur les flancs du Monte Viso. Longtemps possession de la Savoie, elle ne fut rattachée à la france qu’en 1713. Vallée frontière, l’activité militaire a marqué le paysage, notamment avec les étonnants forts de Tournoux et Saint-Vincent.

L’effet d’une frontière est de séparer mais aussi de relier, dans un subtil équilibre, le proche, le local avec le lointain, l’étranger. Et la population de la vallée, accrochée à une terre difficile, a très tôt montré un intérêt pour le grand large. Les colporteurs de la vallée se retrouvent dès le XIIIème siècle aux pays-bas, où ils ouvrent des comptoirs.

avenue-diaz.1221122803.jpg Au XIXéme siècle, c’est au Mexique que les valeïans font fortune et reviennent au pays à Barcelonnette et y construisent des petis palais, donnant même à une de leurs avenues chics le nom d’un président mexicain qui leur fut favorable.

la-sapiniere.1221123015.jpg Une des premieres de ces habitations fut La Sapinière, belle demeure bourgeoise qui abrite aujourd’hui le musée de la vallée et le bureau du Parc du Mercantour. En témoigne également les spendides sépultures qui jalonnent les cimetières de la vallée.

L’opulence n’a duré qu’un temps; il en reste cependant un réel esprit d’entreprise qui s’applique maintenant à la première activité de la vallée : le tourisme. Les station de Sauze, de Super-Sauze, de Pra Loup ont attiré dès les années 1950 de nombreux skieurs.

eglise-sauze.1221151654.jpg A Sauze (ci-contre l’église du hameau) et Super-Sauze, les villages d’origine situés sur la commune d’ Enchastrayes sont accrochés sur les rebords des roubines, ces hauteurs érodées constituées de fragiles marnes noires comme du charbon. Ces nappes constituent une menace permanente dans un équilibre instable . Le glissement de terrain de Super-Sauze est ainsi périodiquement ausculté par les géologues.

C’est dans ce cadre, au début du siècle dernier que Pierre Magnan place séraphin Monge, énigmatique héros de La maison assassinée qu’on retrouve dans Le mystère de Séraphin Monge. Fuyant son destin et un amour impossible, il se réfugie tout en haut d’Enchastrayes, dans la forêt où il abat des hêtres immenses que le glissement de terrain engloutit. Lui-même disparaît finalement dans cet océan mouvant de boue argileuse.

En face c’est le Riou Bourdoux qui laisse en mémoire ses crues dévastatrices qui emportaient le flanc de la montagne avant que d’immenses travaux d’aménagement et de reforestation viennent enfin domestiquer la violence des éléments.

Mais la montagne sait aussi se montrer douce, ses alpages accuillants pour le promeneur, ponctués de bergeries au milieu de pelouses en fleur.

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Plus en aval, loin de la violence des éléments , on trouve la vallée du Laverq. La Blanche de Laverq descend directement de la Tête de l’Estrop (2961m), le point culminant des Alpes de Haute-Provence, qu’on aperçoit partout, de Digne au signal de Lure.

La route grimpe doucement le long de la rivière, en contournant la Montagne de la Blanche. Bientôt la fin du goudron, aux Clarions où nous nous arrêtons pour acheter du fromage de chèvre.

gr-laverq.1221207586.jpg C’est ensuite le GR qui continue sur un chemin gravillonné qu’empruntent encore de nombreuses voitures. Nous avançons au milieu de hautes prairies. Les épis des graminées ont pris, en cette fin juillet, une curieuse  coloration rousse qui tranche avec le vert tendre omniprésent. Au fond se dresse la Grande Séolane (2909m)

abbaye-laverq.1221206843.jpgNous arrivons bientôt à l’abbaye de Laverq, aujourd’hui abandonné. A l’entrée du hameau, un refuge qui propose le gîte et le couvert . On peut aussi s’assoir sur sa terrasse pour y prendre un café. Une association s’emploie à restaurer les batîments de l’abbaye et à créer des animations l’été dans ce hameau reculé. La randonnée continue ensuite jusqu’au Plan Bas où les voitures stationnenent , la circulation est interdite au-delà. On se trouve à 1640 m. On peut monter jusqu’au pied de l’Estrop , à 2400m, pour voir les Eaux Tortes. Ce sont de curieux marais d’altitudes où les eaux ont tracé des chenaux tortueux dans les tourbieres. Mais nous nous arrêtons avant cette étape. A la descente , nous nous apercevons que l’adret est plus habité que nous le pensions : des bergeries parfois aménagées en résidences d’été. Décidément le Laverq est une vallée accueillante.

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Le Contadour : la magie du plateau Grémone

Le 3 septembre 1935, un groupe d’une cinquantaine de marcheurs sous la conduite éclairée de Jean Giono arrive au Contadour. Ce n’était là qu’un vague lieu dit à peine signalé par un panneau et quelques fermes, antichambre de la transhumance (c’est là qu’on comptait les moutons avant de les confier aux bergers de l’estive) vers le haut du plateau.

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Le hasard voulut que Giono fît une mauvaise chute et contraignît le groupe à s’installer sur place en dormant dans des granges, sous la tente ou à la belle étoile. Le séjour fut magique grâce au talent de giono le conteur, qui émerveille son public avec sa verve naturelle, ses histoires de bergers et d’étoiles.

 » Tout a commencé là. Nous ne sommes partis qu’après avoir acheté tous ensemble une maison, une citerne et un hectare de terre autour. Là est notre habitation d’espoir » raconte Giono dans Les vraies richesses.

Et chaque été ça recommence avec une affluence croissante… jusqu’en 1939 où la guerre qui vient donne le coup fatal à cette réunion de pacifistes irréductibles (Giono est emprisonné quelques semaines pour ses déclarations anti-guerre).

Chaque parcelle du plateau en porte les traces. Les jas, ces constructions de pierres abritant les troupeaux et les bergers ont accueilli ces escapades pour des nuits à la clarté des étoiles .

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Le plateau est parsemé de ces jas, plus ou moins en état.

jas-interieur.1220862772.jpg Ce jas des Terres de Roux a été restauré par une association selon les techniques traditionnelles qui utilisent les lauzes qu’on trouve sur place. Un abri pour le berger, un enclos et  une bergerie pour le troupeau. Le jour où nous sommes passé, il avait hébergé, avec l’accord du berger, une petite troupe de randonneurs qui joignait le Mont Ventoux aux Tinettes, la première ferme en direction du Contadour.

Le lendemain, nous sommes descendus en bas du plateau en direction de Redortiers, à la recherche du vieux village abandonné. Ce qui nous intéressait surtout, c’était de retrouver la fontaine, en bas des ruines.

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Ce ne fut pas facile de la dénicher , un peu à l’écart du chemin.Cette merveille de fraîcheur est protégée par une solide voûte, curieusement décentrée.

fontaine-norbert.1220863919.jpgL’endroit était aménagé pour accueillir les troupeaux- le chemin était connu des bergers qui montaient à l’estive, les points d’eau sont si rares dans le pays- et les lavandières qui se retrouvaient au bas du village.

Pour l’heure, c’est surtout les promeneurs qui apprécient la température qui imprègne l’eau à 14°,  les murs et l’atmosphère sous la voûte. Danièle aura du mal à me faire quitter les abords immédiats du bassin. Dehors c’est le plein été, avec ses 35° sous le soleil du début de l’après-midi.

C’est le moment de remonter en altitude, vers les sommets de Lure, pour trouver un peu de fraîcheur.

Eourres : la volonté de vivre

 » On ne peut pas inventer Eourres. Eourres, c’est la fin du monde ou en tout cas son extrème bord. » C’est ainsi que Pierre Magnan décrit ce petit village perché à 1000 m au-dessus de la vallée de la Méouge, dans un roman  » Laure du bout du monde  » qui raconte l’histoire d’une petite fille qui n’aurait pas dû survivre dans cet environnement hostile et qui a surmonté toutes les difficultés grâce à une exceptionnelle envie de vivre.

eourres-entree.1220544360.jpgEt c’est à ce village même que peut s’appliquer la métaphore : 22 habitants en 1960 , Eourres a failli disparaître, tellement loin de la vie civilisée : plus de 50 km de Buis les Baronnies, pareil pour gagner Laragne.

La route ne va pas plus loin, c’est une impasse, de toute façon les montagnes qui s’élèvent au-delà sont inaccessibles.

maison-eourres.1220602835.jpg C’est maintenant un village vivant avec près de 180 habitants. Les maisons sont habitées, restaurées , les jardins entretenus.

Une école primaire fonctionne, selon la pedagogie Steiner et un micro-collège devrait ouvrir à la prochaine rentrée. L’épicerie bio propose toutes les denrées de base en bonne partie produites sur les exploitations bio du village. Deux studios d’enregistrement, une asso culturelle produisant le FestiVal de Méouge, se sont également installés dans le village. Des familles avec de jeunes enfants, fuyant la pollution des villes, sont désormais attirées vers le village.

Comment s’explique ce développement ? En partie par l’installation dans le village de familles adeptes du mouvement « Terre Nouvelle »  d’orientation New Age.

De là à conclure que le village est devenu le repaire d’une secte, c’est un pas qu’on a franchi quelquefois dans le pays. La maire d’Eourres , sans renier sa philosophie et ses croyances personnelles, s’en défend.

Reste que le village est vivant, qu’on ne sent pas peser le secret sur des échanges qui se retrouvent sur le panneau d’affichage au centre du village. Le camping, les gîtes et les yourtes dans les prés sont là pour accueillir tous les candidats à un séjour nature, calme et randos.

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