Le secteur des services à l’heure d’internet 2.0

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Tout le monde connaît la distinction classique parmi les activités économiques entre le secteur primaire ( agriculture, mines ..),  le secteur secondaire( industries) et le secteur tertiaire ( services). Dans nos sociétés développées, la fin du XVIIIème et surtout le XIXème siècle ont connu la modernisation et la relativisation de l’agriculture ainsi que la montée inexorable de l’industrie. Et le XXème siècle surtout dans ses dernieres annéees a vu l’explosion des activités de services En 1913, nous comptions encore 40 % de paysans dans la population active, ils étaient 10 % en 1970, et un peu plus de 3% aujourd’hui.  L’industrie (avec la construction) employait déjà 32% des actifs en 1913, 38% en1970, moins de 20% aujourd’hui . Une montée puis une décroissance commune aux sociétés développées parvenues à la maturité, mais particulièrement marquée en France, source d’inquiétude pour les responsables économiques et politiques . Le secteurs des services, fait de bric et de broc, c’est le restant :  Alors qu’il ne représente que 28 % de la population active en 1913, il en représente 52 % en 1970 et 68 % en 1995, 77% aujourd’hui : 3 salariés sur 4 !

3 salariés sur 4 dans les services !

Voici donc le résultat de la révolution de l’industrie , puis de sa modernisation à marche forcée, puis de son exposition croissante à la mondialisation. On s’interroge beaucoup sur l’avenir de ce secteur secondaire en France. Dans le même temps on fait preuve d’une belle insouciance quant au sort des services qui représentent de loin le plus gros réservoir d’emplois. Or, tout porte à croire que le secteur tertiaire est sur le chemin d’une révolution qui n’aura rien à envier à celle,  passée, de l’industrie.

Les services ont longtemps connu une gestion routinière, à la limite de l’artisanal.545592-des-employes-de-bureaux-americains-en-1955 Leur place croissante dans l’activité des entreprises a amené les responsables à rechercher des organisations et un management susceptibles d’accroître la productivité, notamment à l’occasion de l’introduction massive de l’informatique à partir des années 1970. Mais dans les années 2000 après des décennies de modernisation informatique, les économistes et les gestionnaires ne voyaient toujours pas d’effet significatif sur la productivité comme si l’informatique s’était ajouté aux activités existantes, sans vraiment les transformer, en rajoutant contraintes,standardisation, reporting et contrôles  rendus possibles par le nouvel outil.

Cette situation est actuellement en plein bouleversement sous l’effet de la généralisation d’internet et des nouvelles pratiques des consommateurs.

Ainsi les banques 2.0 ( banques en ligne…) menacent-elles les agences en dur que les établissements ont fait fleurir  30 ans plus tôt dans le moindre quartier, le moindre village.B for B Les services informatiques proposés ont fait de gros progrès et une partie significative de la clientèle est prête. C’est ainsi que le Crédit agricole Ile-de-France a annoncé en novembre un remaniement de son réseau, qui se traduira par la fermeture d’une cinquantaine d’agences d’ici à 2015 et la mise en place de guichets employant moins de six salariés. En parallèle, la banque mutualiste s’applique à développer une approche 2.0.

Les libraires en ligne (on se demande s’il ne faudrait pas utiliser le singulier) attirent de plus en plus de transactions au détriment des libraires en réseaux (l’enseigne Chapitre est en faillite, Virgin Megastore disparu,  la FNAC en mauvais état…) ou indépendants. Le livre numérique commence à faire sa place en faisant table rase des circuits de distribution.

Les opticiens en ligne proposent à une clientèle croissante des prestations et surtout des prix  qui mettent en danger les marges scandaleuses de la profession classique.

Les mutuelles et autres complémentaires proposent souvent des coachs santé en ligne .

Les assurances sont proposées en direct sur internet à des prix attractifs.  Les agents généraux, les courtiers voient leur avenir menacé , sauf s’ils se spécialisent sur certaines activités hors grand public.

Les taxis se battent bec et ongles pour barrer la route aux voitures réservées sur Internet. Leur victoire définitive est peu probable.

La musique en ligne (légale et non légale) a fait disparaître les disquaires . Les nouvelles pratiques du monde de la musique ( préfinancement de groupes, lancement sur You Tube… ) remettent en cause l’édition musicale.  

La Poste avec ses 350 000 employés est en difficulté avec la baisse continue du courrier physique entraîné par le développement des échanges électroniques . La Poste canadienne a prévu à terme de supprimer les tournées des facteurs.

La mise place des MOOC (cours en ligne ouvert et massif) laisse entrevoir une perspective où une part de l’enseignement  à l’université pourrait se trouver dématérialisé et son bénéfice décuplé massivement à travers des réseaux éducatifs

En quelques mois, le site d’annonces gratuite sur internet  (Leboncoin pour ne pas le nommer) a mis à bas l’empire florissant des annonces papier ( Paru Vendu …).

Que seront donc les services dans 10-15 ans ? Se poser cette question, n’est plus affaire de prospectivistes foireux. Toutes les prémisses sont là, sous nos yeux.

Alors faut-il regretter les bons vieux services ?

Faut-il s’opposer à cette évolution ?

Lorsqu’on réfléchit sur de telles perspectives, on s’inquiète immédiatement de l’impact général sur  l’emploi, question très importante que nous évoquerons plus loin . Mais cela évite souvent de se demander si ces évolutions sont souhaitables pour notre société, pour les travailleurs de ces services et pour les consommateurs de services que nous sommes tous.

 Du coté de la qualité du travail, il faut bien constater que la modernisation des services intervenue dans les 30 dernières années, a eu la plupart du temps un effet catastrophique. Les changements introduits sont largement inspirés des principes industriels (du type tayloriens ou post-tayloriens).

Prenons l’exemple d’une banque généraliste . A l’ancienne spécialisation des métiers (agent d’accueil, caissiers, agents administratifs, conseillers clientèle) a succédé le règne de la polyvalence. banque-credit-client_41Le conseiller (pas d’autre dénomination) s’occupe de tout : il fait de l’accueil, de la saisie , du conseil financier,passe du Front au back-office,  il doit monter des dossiers de prêt (le coeur de métier), mais aussi proposer des placements, des  assurances, de la prévoyance, de la complémentaire santé, et même du téléphone mobile. Autant dire qu’il ne maîtrise correctement aucun de ces métiers. L’expertise est maintenant dans le système informatique. Mon conseiller à la Caisse d’épargne est incapable de me préciser un taux d’emprunt ou un statut fiscal pour tel placement  sans lancer un programme de simulation et rentrer mes paramètres. Encore heureux s’il le maîtrise suffisamment sans se trouver obligé de consulter un collègue plus expérimenté. Il est polyvalent sur tout , compétent sur rien. Mais néammoins stressé car  ses moindres faits et gestes – et résultats en terme de placement de produits- seront décortiqués mensuellement , voire hebdomadairement avec son N+1. De l’autre coté du comptoir, l’usager que je suis s’irrite des hésitations , des approximations , des fausses manoeuvres , autant de temps perdu. Je me console en me rappelant que le temps pour un retraité de ma sorte n’est pas si précieux , mais je pense aux actifs qui ont dû prendre quelques heures sur leurs obligations, des fois une demie-journée de RTT pour honorer ce RV.

Alors , si toute la compétence est dans le système informatique, l’intervention de ce conseiller inefficace est parfaitement inutile . Passons à la banque en ligne. Si j’ai quelque difficulté à faire un choix, un conseiller est toujours disponible au bout du fil.

Il y a longtemps j’étais un client assidu des librairies, à la recherche du personnage mythique du libraire ou du vendeur , amoureux de ses livres, féru d’histoire,  d’économie ou de littérature, qui saurait me guider dans ma quête. Hélas !le_libraire_de_la_rue_boulard La quête était souvent semée d’embuches. Le vendeur,du fait du nouveau management des librairies, se trouvait accaparé par la gestion de son rayon et la manutention, le rangement ; il fallait donc le trouver sur le chemin des réserves. Et  poser mon énigme  à ce sphinx débordé. L’ouvrage lui étant souvent inconnu, il fallait consulter Electre – c’était la base de données sur Minitel : 3615 Electre que j’avais souvent consulté préalablement de chez moi. Et passer commande. Les délais étaient variables – Peut-être Mercredi prochain ! Il est plus sûr de vérifier par téléphone – Nos échanges dépassaient rarement la résolution de ces problèmes pratiques et j’évitais de solliciter un complément de bibliographie. Bref on était bien loin de la fable, inventée par les milieux de la culture, sur le libraire, médiateur indispensable entre le consommateur démuni et la Kulture universelle.

Ces quelques exemples – chacun peut trouver dans son expérience des équivalents- pour illustrer la dégradation de la qualité des services dans les activités marchandes.ANPE Mais une analogie pourrait se trouver du coté de bien des services publics- à l’ANPE devenue Pôle Emploi , je peux en témoigner  : offre de service standardisée, écoute réduite au minimum,  recherche éperdue du résultat en un minimum de temps, obsession du chiffre.  Seule une résistance intime de chacun des agents pouvait lutter contre cette dérive inhumaine de la relation de service.

Partout la marque des nouveaux managers, des tableaux de bord, des « scoring » des publics (établir les paramètres de chaque client pour lui proposer – ou lui refuser-  une offre de service formatée) et des procédures rigides. Tel est le paysage des services d’aujourd’hui après trente ans d’industrialisation.

On en vient à oublier la grandeur possible d’une relation de service, lorsque la qualité de la prestation n’est plus dépendante d’une organisation Orwellienne mais de la compétence  et la disponibilité de l’interlocuteur derrière le bureau. Le succès de cette séquence va dépendre essentiellement de la coopération qu’il va établir avec le client ou l’usager, c’est une véritable co-production des deux cotés.

Alors, lorsque ce n’est pas le cas, lorsque l’échange entre humains n’apporte aucune plus-value,  laissons donc cela aux ordinateurs et aux services en ligne.

Vivent les service 2.0 !

Prochain article : Renouveler le tertiaire : des services pour aujourd’hui et pour demain!

Renouveler le tertiaire : des services pour aujourd’hui et pour demain !

Nous l’avons vu dans le précédent article, le secteur de l’industrie en France  n’est pas le seul  à connaître des défis historiques, les services  sont soumis à des bouleversements qui ne font que commencer.

On dit communément que les services ne sont pas exposés à la concurrence entraînée par la mondialisation. C’est vrai pour votre coiffeur , mais totalement à coté dela plaque pour bien des entreprises françaises de services  à dimension internationale.Business international Ainsi Cap Gemini, une des 13 plus grandes dans le  secteur informatique à l’échelle de la planète qui emploie 120 000 personnes dont 40 000 à l’étranger . De même Sodexo, dans la restauration collective,  regroupe  420 000 collaborateurs dans 80 pays. Les services français s’exportent bien , leur balance, +21,7 milliards en 2012 dépasse largement l’agriculture et l’agro-alimentaire  +11,7 M € et même l’aeronautique +17,5 M€. Quant aux seuls produits industriels et biens d’équipement, ils  présentent un déficit de 50 M€.   

Les services seront à l’avenir plus exposés à la mondialisation , du fait de leur dématérialisation croissante : rien ne s’oppose en théorie, à conclure un contrat avec un assureur anglais, de traiter sa comptabilité avec un cabinet belge, d’acheter du matériel photographique chez un e-marchand allemand. A la condition que les opérateurs sur Internet soient prêts à traiter ces nouvelles clientèles. Les français ne sont pas mal placés (14% du commerce passe par le canal électronique), mais moins que les tchèques ( 24%),  les irlandais(21%), les suédois(20%) , les anglais(19%) et les allemands (19%) si l’on considère la part de marché de l’e-commerce (vente en ligne et EDI échange de Données  Informatiques  entre entreprises).

Avec un marché en France de 57 Milliards d’€ – multiplié par 8,5 entre 2005 et 2014, l’e-commerce est bien ancré dans le paysage économique , malgré une défiance marquée des responsables économiques et politiques, échaudés par l’éclatement de la bulle internet au début de ce siècle et inquiets devant la difficulté de réguler ces activités (Amazon ne paye que peu d’impôts au Luxembourg quel que soit le lieu de la transaction avec le client final). Il devrait représenter 24 % de  l’ensemble du commerce en 2020 selon le CREDOC.

Mais la révolution des services ne concerne pas seulement les activités commerciales

Services du bien vivre individuel et collectif

Nos sociétés vieillissent sous l’effet de l’allongement de la vie et du retournement démographique. Même les pays émergents ne sont pas à l’abri de cette évolution. Ehpad Cette réalité survient dans une société marquée par une individualisation – voire un individualisme- croissant.  Les services sont donc aux premières loges pour tenter de renouer des liens qui font de plus en plus défaut.

Ces activités peuvent difficilement se passer du facteur humain.   Même si certains services périphériques ont un potentiel de modernisation : dispositifs d’assistance à distance – voire intervention de robots domestiques, télé-médecine, portage de repas… ,  dans chaque cas le maintien d’une relation humaine est primordial.

Ce qui se joue ici, c’est l’amélioration à la fois quantitative et qualitative des services de développement humain, autant de  biens communs, autant  de droits universels à (re)conquérir, dans l’éducation, la santé, la justice, la culture, les services destinés à la petite enfance, aux personnes âgées, aux handicapés, autant de services dits sociaux… On y applique aujourd’hui une logique de performance industrielle et de réduction des coûts qui menace la qualité des prestations et leur universalité. Cette évolution s’oppose à une nécessaire professionnalisation de ces métiers, et nuit au développement de l’emploi.

Dans le même esprit  si l’on veut assurer une orientation ferme de la société française vers une économie de la connaissance, il faudra donner une place accrue aux activités de recherche et d’éducation. En renouvelant les méthodes, notamment dans l’enseignement où l’efficacité du système est gravement mis en cause par les enquêtes internationales (PISA Programme international  pour le suivi des acquis- OCDE) 

verts les services !

Tout le monde peut constater les ravages sur notre environnement d’un développement irresponsable des activités industrielles pendant près d’un siècle. Mais lorsqu’on examine de près les dangers que court la planète, on ne peut que parvenir  à cette conclusion : c’est l’ensemble de notre mode de vie qu’il s’agit de modifier en profondeur. Et dans cette perspective, les services tiennent une place centrale, si l’on souhaite une économie verte, qui permette la poursuite du développement économique tout en réduisant la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, en limitant le plus possible la production de déchets et le gaspillage des ressources naturelles, en préservant la biodiversité et en renforçant la sécurité énergétique.

metiers vertsEn dehors des activités nouvelles qui apparaissent dans les énergies renouvelables, le traitement des déchets, la conception et la réalisation de l’isolation des bâtiments, c’est l’ensemble des services qui sont concernés par cette perspective.

Privilégier la proximité, «acheter et consommer local ».  Cela devrait favoriser les circuits courts, y compris dans des services «au plus près des gens », en fonction de bilans écologiques et sociaux : la grande distribution n’a pas la même empreinte écologique ni la même utilité sociale qu’une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) distribuant les produits de producteurs proches. Il s’agit aussi de maintenir et réorganiser les services publics pour qu’ils s’adaptent au plus près des besoins des usagers.

Enfin, l’idée progresse qu’il  n’est pas toujours indispensable d’être propriétaire d’un bien ou d’un objet pour profiter de son usage. velibDans les métropoles, pourquoi faire l’acquisition d’un vélo – ou même d’une voiture- si l’on peut profiter d’un réseau bon marché de véhicules gérés collectivement : Vélib, Autolib et autres Vélov. Dans ce cas, le besoin de plus de produits industriels recule devant le besoin de plus de services adaptés. On peut citer les services de location, de réparation, de récupération, de revente, de recyclage, d’entretien, de prévention et plus généralement toute une «économie du prendre soin » des objets, des ressources naturelles vitales et de la qualité de l’environnement.

Dans le même  esprit, le co-voiturage  http://www.covoiturage.fr/  , la consommation collaborative se développe en remettant en cause le besoin de toujours plus d’objets industriels. La gratuité –qui est une valeur forte de la « culture Internet » – vient même contaminer heureusement ces nouvelles pratiques : donner une seconde vie aux objets dont on n’a plus l’utilité grâce à www.donnons.org, organiser une après-midi conviviale pour récolter les cerises de votre jardin sur  http://www.onvasortir.com , échanger votre maison pour des vacances sur http://www.echangedemaison.com/  ou tout simplement louer tout ou partie de votre logement pour une semaine ou un mois sur www.airbnb.fr   

Vous l’avez compris le tertiaire est à la veille de grands bouleversements. Ces révolutions sont subies par les responsables économiques et politiques, plutôt qu’anticipés et accompagnés. L’histoire récente  de l’industrie musicale qui n’a rien vu venir, rien prévu, qui s’est raccrochée désespérément aux solutions répressives mises en avant par un pouvoir politique myope,  est un magnifique contre-exemple de ce qu’il ne faudrait pas faire.

Il est temps de penser aux nouveaux services de demain !

Pour en savoir plus : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/

http://www.oecd.org/fr/economie/34752900.pdf

Bonne année … 2014

A écouter le président Hollande, ce lundi 31 décembre 2012,  les bonnes choses, ce sera pour … 2014.

En 2013, les cinq millions d‘inscrits à Pôle Emploi attendront encore les bonnes nouvelles sur le front de l’emploi. Et la transition écologique sera remise à plus tard, ainsi qu’une vraie réforme fiscale. Bref, si nous pouvions tous enjamber carrément cette année difficile, ce serait mieux pour notre avenir à tous. Mais comment garder le moral ?

Allez ! Vous verrez ! Ça va bien se passer !

(C’est ce que raconte mon dentiste avant de m’arracher une dent particulièrement douloureuse)

Alors, prenons exemple sur nos compatriotes :  81% des Français considèraient- en janvier 2012 « que l’année prochaine sera une année de difficultés économiques ». Aucun peuple au monde ne voit autant l’avenir en noir.

Mais dans le même temps lorsqu’on interroge les mêmes sur leur situation personnelle, ils sont  : 72% à se dire aujourd’hui heureux (contre 26% déclarant le contraire).

Conclusion : En période de crise, avec ce sentiment que nous ne pouvons influer sur des phénomènes qui nous dépassent, c’est un réflexe de survie de se centrer sur sa sphère personnelle

Les secrets du bonheur : Famille, santé, amour, amitiés, plus généralement  le sentiment de maîtriser le déroulement de sa vie, nous connaissons tous les ingrédients du bonheur – avec un peu d’argent pour éviter les gros soucis matériels.

Mais nous savons tous  aussi que ce bel équilibre ne suffirait pas à nous satisfaire. Nous sommes  enclins, surtout au début d’une vie d’adulte, à le remettre en cause. L’envie de changement n’est pas qu’un slogan politique. Il touche nos vies, dans des trajectoires qui s’organisent autour de projets et qui concerne pour 2013 un petit nombre de nos jeunes proches : Maude, Chloé, Nora, Clara, Mona, Andréas et bientôt Claire et Raoul (mais pour eux, le changement c’est quasiment la routine)

Mais ne nous trompons pas de démarche :

– il faut savoir pourquoi  on veut changer, avoir une claire vision de ce qui nous dérange, contrarie, restreint dans la situation antérieure

-il faut repérer ses aptitudes (…et ses inaptitudes) et celles que nous avons plaisir à exercer ou développer.

-il faut évaluer les effets prévisibles de ses décisions sur son entourage, particulièrement familial et définir ses priorités

-il faut avoir une vision réaliste et documentée de ce qui nous attend à l’issue du changement.

-il faut mettre en oeuvre une stratégie : les étapes, les rythmes, les alliances pour mener à bien le changement.

On peut se dire : je ne peux avoir de réponses qu’en avançant –  autrement dit : j’attends du mouvement qu’il m’indique la direction. C’est sans doute la meilleure manière de tourner en rond ou de se retrouver sur un chemin qui ne convient pas.

Chercher à régler ces questions c’est déjà la mise en route d’un projet.

Alors , que 2013 soit une année fructueuse pour les projets de nos proches, particulièrement ces jeunes autour de nous.

Pour ce qui nous concerne, nous continuerons sur notre chemin : vivre parmi les nôtres, famille et amis, exercer notre corps (dans la mesure de nos capacités) et notre esprit, nous réjouir des merveilles de la nature et ramener de belles photos.

Et bon vent sur votre chemin !

Danièle et Norbert

Montier-en-Der: Un festival et des grues

Pour la 15 ème année consécutive la petite commune de Montier en Der organisait son  Festival de la photo animalière  et nature .

A 15 Km de Saint-Dizier, perdu au milieu d’une Champagne très rurale, le lac de Der, mis en eau en 1974, est devenu un haut lieu du tourisme, des loisirs et de détente, avec ses 77 km de rivages, 4800 hectares d’eau. La plus grande retenue artificielle d’Europe. Le plan d’eau attire une foule d’oiseau à la recherche de zones humides. Les grues cendrées, dans leur migration entre le Nord de l’Europe et la péninsule ibérique sont chaque année 40 000 à faire une longue pause sur ses rivages. C’est dire combien le site a depuis sa création attiré de nombreux photographes, dont une poignée est à l’origine de la création du festival.

Jeudi 17 novembre, nous approchons de Montier en Der dans la matinée, accueillis par un groupe de grues cendrées qui paissent tranquillement dans les terres. Je n’y crois pas, je chausse mes jumelles obscurcies par la buée, Norbert se fait klaxonner pour s’être arrété sur le bas-côté, mais je suis déjà dans le blé d’hiver pour approcher les volatiles. Pas vraiment craintives, mais préférant garder une distance raisonnable, elles partent un peu plus loin. Il y a déjà beaucoup de monde à Montier en Der et ce n’est pourtant que l’ouverture du festival ; beaucoup de voitures, de camping-car et des parkings déjà bondés. Mais la tolérance est grande pour le parking sur le trottoir.Dès l’entrée l’ambiance est conviviale : des bénévoles assurent la vente des billets et les contrôles et, malgré la foule, les photographes sont accueillants et disponibles. Ils parlent de leur pratique, de leur équipement et de leur statut sans hésitation et vendent quelques tirages ou livres. Peu de professionnels à plein temps, mais beaucoup de vrais passionnés qui souvent travaillent dans des activités proches de la nature (animateur nature, laboratoire d’entomologie de la fac de Rennes, observatoire astronomique de Reims…) et par deux.

La télévision est très présente . FR3 Champagne-Ardennes relaie pendant ces 4 jours tous les événements du festival et diffuse plein de reportages.

Nos coups de cœur :

L’hermine blanche et autres petits animaux des jardins : ils sont deux passionnés sous le sigle Beauté Sauvage qui se téléphonent chaque soir pour faire le point sur ce qui s’est passé sur les affuts. Ils parlent des animaux parano qui ne se laisseront jamais portraitiser et des autres individus plus curieux, joueurs, un peu clown. Les clichés exposés ont du succès auprès des amateurs qui veulent en ramener un souvenir.Plus loin, les photographes savent se transformer en alpinistes sur les falaises verticales que fréquentent les tichodromes échelettes à la robe colorée. Christophe Sidamon-Pesson en a tiré un livre magnifique.

C’est aussi sur les sommets des 4 coins de la planètes que Sébastien Dedanieli a suivi la faune des sommets.

Quant à Jean-François Hagenmuller , il a su capter cette lumière exceptionnelle des cimes qu’on peut observer dans le massif du Mont Blanc. Des couleurs uniques qui ne doivent rien à Photoshop ( juste quelques filtres – polarisant et gris neutre- à la prise de vue), nous assure-t-il.

Sébastien Beaucourt est un passionné d’astronomie (que j’appelle photos de nuit, mais l’auteur me corrige en m’expliquant les connaissances astronomiques certaines qu’il faut posséder pour savoir que la lune sera une nuit dans l’année entre les deux tours de la cathédrale). Ses photos d’une éclipse de Lune montrent bien la progression du phénomène.

Je m’attarde devant des documents du musée du cinéma et de la photographie de Saint-Nicolas du Port qui montre le premiers pas de la photographie animalière au début du XXème siècle avec des appareils de prise de vue – les chambres- qui pesaient plus de 15 Kg. Pas facile de prendre la fuite avec un tel chargement après avoir saisi le cliché historique du redoutable tigre du bengale. Cela me rappelle le livre de Michel Le bris « la beauté du monde » dont les héros Martin et Osa Johnson, parcouraient le kenya dans les années 1920 pour en ramener des photos d’animaux sauvages qui ont connu un succès immense aux USA.

Et puis beaucoup de matériel au gymnase de l’UFOLEP sur le port de Giffaumont. J’y trouve un déclencheur filaire pour notre réflex et nous aurions pu assister à la première présentation en France du nouveau Canon  EOS-1DX , «le vaisseau amiral de la gamme Eos» qui ne sera commercialisé qu’au printemps prochain. A 5000€, Canon présente un appareil dont les performances ( notamment une montée en ISO – 51 200, voire 204 800- qui préserve la qualité de l’image)  creusent l’écart avec les autres modèles experts de la marque.

Pas d’ateliers à Montier en Der (contrairement à ce que nous avions vu au Printemps de la Photo de Davezieux ), mais des conférences auxquelles nous n’allons pas car nous devons repartir dès le samedi.

Beaucoup de scolaires, aussi, qui débarquent par cars entiers. Ils sont à l’origine d’une grande animation dans les allées mais ils savent se montrer attentifs lorsqu’on leur explique la différence entre les papillons de jour et ceux de nuit.

Les associations de protection et d’éducation à la nature sont très présentes .  Nous sommes frappés par le foisonnement de propositions touristiques liées à la photographie nature pour des destinations exotiques mais aussi en France où les sites protégés ne manquent pas.

La journée passe vite et il est temps d’aller trouver une place sur la rive ouest du Lac pour assister le lendemain au lever des grues. Nous nous retrouvons au parking des camping-car sur le site de Chantecoq tout près du rivage. Arrivés sur le haut de la Digue : Surprise ! Nous connaissions le lac au mois de mai, une vaste étendue d’eau (à gauche sur la photo ci-dessus). En novembre, il n’y a plus que quelques flaques et beaucoup de bancs de sable parcourues par des bandes d’oies cendrées (à droite ci-dessus). C’est que le lac de Der fait partie du dispositif anti-crue de la Seine, vide l’hiver, il a la capacité d’absorber la montée des eaux de la Marne et l’été il fait la joie des baigneurs et des plaisanciers.

Beaucoup de monde à 7h du matin, beaucoup de matériel aussi et du gros, très impressionnant. Au fur et à mesure du lever du soleil, les grues décollent en groupe qui se détachent sur le ciel rougissant.

C’est beau, cela ne dure que trois quart d’heures et puis tout le monde reprend sa voiture.

Nous passons la journée à nous promener sur la digue, à visiter les expositions du site de Giffaumont-Champobert. Beaucoup d’oiseaux lointains : des vaneaux huppés, des cormorans, des grandes aigrettes, d’autres limicoles plus petits que notre équipement ne nous permet pas de voir, mais des ornithologues bien équipés de lunettes sont assez gentils pour vous faire observer dans leur lunette un courlis cendré, un garrot ou une sarcelle d’hiver.

Seules les oies cendrées sont à notre portée ; elles broutent en petites troupes peu farouches en bas de la digue. Difficile de les approcher tout de même et si le chien se montre c’est l’envol immédiat ! Pour observer le retour des grues le soir, je délaisse l’attroupement de l’observatoire de Chantecoq pour me placer sur la digue près d’un vidéaste isolé qui voit très bien l’endroit où le soleil va plonger mais ne semble pas sur le parcours des grues. Les couleurs du coucher de soleil sur les ilôts du lac sont superbes, le ciel aussi. Et les grues arrivent tout de même. Elles reviennent des champs où elles ont picoré les restes de maïs entre les sillons du labour. Elles survolent le petit bosquet qui nous fait face.Nous passons encore une nuit sur place et le parking des camping-car se remplit ; au petit matin du samedi, il n’y a plus une place libre.

Nouveau poste sur la digue près de nos voisins de camping-car équipés de pied en cap : veste de camouflage, objectif camouflé, énorme pied. Je ne sais pas si leurs photos sont meilleures que les miennes, mais je sais qu’il vont passer la semaine à les trier : ils déclenchent tous en rafale.

Cela ne fait pas autant de bruit que les grues à l’envol mais c’est tout juste !

Un festival pour les photographes

Le Printemps de l’Image et de la Photographie est organisé depuis 2004 , à DAVEZIEUX, près d’ANNONAY en ARDECHE (07).par l’association portant le même nom, constituée d’une quinzaine de membres actifs de divers horizons, tous passionnés de photo.

Le but principal de ce festival, non marchand, dédié à l’image et à la photographie, est de permettre à tous, amateurs ou professionnels, de vivre des moments de rencontres, de partage et de découvertes enrichissantes.

Pour cette édition 2011 ( les 14 et 15 mai dernier) , le printemps de la photo avait bien choisi son week-end ; il pleuvait et il faisait frais de manière à ce qu’on n’ait pas à regretter de passer deux jours dans les magnifiques locaux réunis autour de la halle aux muletiers de la Lombardière dont la scène se transforme en studio.

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Impression générale : beaucoup de compétences et une ambiance très bon enfant, y compris entre professionnels et débutants.

Des conférences passionnantes et pas trop longues (1h) allant de la photo naturaliste (par un spécialiste de la prise de vue des chauves-souris …), à la relation du photographe à son modèle.

Des ateliers très pointus (bravo les animatrices professionnelles) mais accessibles, sur la retouche avec Photoshop où l’on répond à toutes vos questions ! Où l’on retouche en direct vos propres photos, où on apprend à faire des montages en PAO !

Une exposition permanente avec la présence des auteurs qui expliquent leurs astuces de prise de vue, de retouche, de montage, de tirage et d’encadrement. Ainsi Gaby fait voler dans sa cuisine (en fait elle a construit chez elle un petit studio) les poivrons, les couteaux et les presse-agrumes au  bout de fils nylon invisibles. Résultat impressionnant.

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Deux ateliers de tirage en noir et blanc et des découvertes pour qui ignore (comme nous) des termes étranges comme kallitypie ou sténopée. Et, nouveauté de l’année, un atelier vidéo pour valoriser les possibilités nouvelles de nos reflex modernes.

Des modèles à disposition tout au long des deux journées pour les fans du portrait ou de la photo de mode. Le modèle homme a pu nous montrer ses tatouages qui envahissaient ses bras, jusqu’au cou, sous la lumière de la verrière, répercutée par un dispositif savant de réflecteurs; c’était l’atelier studio lumière du jour.

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Mais ce qui attirait le maximum de candidats (des hommes surtout, mais quand même une photographe), ces sont bien les deux charmantes modèles qui ont montré toute leur patience – et leur grâce – au cours de ces deux jours ; c’était l’atelier lumière artificielle avec tout le matériel pro nécessaire.

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Tout est ouvert, on entre, on sort, inutile de s’inscrire aux activités : il y a de la place pour tout le monde. Près de 450 participants, c’est une foule à taille humaine où chacun peut accéder au conférencier, à l’animateur, au professionnel de la mode ou du portrait,

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dans un rapport d’égalité et dans le partage de la même passion pour la photo.

Mais chacun peut aussi travailler seul avec le modèle qu’il a choisi et lui faire prendre les poses qu’il souhaite, réaliser ses propres tirages, faire ses propres retouches.

 

Il y a des choses qui plaisent, d’autres qui laissent indifférent ou même agacent, mais on ne s’ennuie pas un seul instant. Nous y avons passé deux jours complets passionnants et les lieux n’ont pas désempli.

Etes-vous hercynien ?

Avez-vous remarqué comme le mot hercynien revient souvent en ce moment ?

41wfumhhohl_sl500_aa280_.1298482311.jpgHercynien le nouveau disque de Nolwenn Leroy qui chante les bretons et Alan Stiwell – « Je me vois comme un miniscule fragment de roche, un petit caillou attaché à sa côte sauvage, projeté au loin par des vents contraires et violents, un bout de granit solide qui a résisté et gardé au fond de sa mémoire les chants de cette roche, les chants de cette mer” .

Hercyniens les textes du chanteur Jim Yamouridis qui s’est installé près de Clermont-Ferrand et compose du folk-country ! Je ne me souviens que de ces deux là mais écoutez bien, il y en a plein

Allez savoir pourquoi, le commentateur ajoute souvent après cette épithète géomorphologique quelques remarques sur le granit et l’identité française. De là à penser que l’identité française serait hercynienne et granitique, il n’y a qu’un pas.

Pourtant la chaîne hercynienne  qui est la grande chaîne de montagne qui se forme du Carbonifère au Permien lors de la collision des continents Gondwana et Laurentia-Baltica pour former le super-continent Pangée s’étend jusqu’à l’Oural. Et les premiers gaulois n’étaient pas nés lors de l’orognénèse hercynienne qui dura de – 400 millions d’années à -245 millions d’années (source Wikipédia)

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Certes, le massif armoricain et le massif central ( ci-dessus le mont lozère, typique de ces plateaux rabotés) sont pour partie des massifs hercyniens, comme le Morvan, les Vosges et le Mont Blanc, mais à rechercher trop profondément ses racines, il ne reste pas grand chose !

Et que fait-on de nos bassins ( Parisien, Aquitain), de nos parcs Jurassiques, des Pyrénées (ci-dessous), de la presque totalité des Alpes ? Pas vraiment nos racines ?

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L’emploi du mot hercynien est sans doute une mode qui passera ; ce qui ne passe pas en revanche c’est cette vaine recherche de l’identité française qui nous fait reculer toujours plus loin dans le passé.

Pourtant Jim Yamouridis est un australien d’origine grecque et Nolwenn Leroy parle des bretons comme des marins et des expat. Qu’y-a-t-il d’ hercynien et d’identité nationale dans tout ça ? Rien !

 

Retraites : Les choix des baby-boomers

Après avoir ouvert la voie avec un départ anticipé à 58 ans, la réforme des retraites ne pouvait pas laisser le Clairon  indifférent. Voici un petit panel des préoccupations de nos amis : poly-pensionnés, rachat de points, parents en fin de vie, enfants d’une deuxième union à accompagner dans leurs études, transmission de l’œuvre d’une vie, relations entre générations, accords séniors, conseils aux copains…tout y est ! Bonne lecture !

 Jean

60 ans bel âge où on termine le deuxième tiers de notre vie…et on commence gaillardement le troisième :seule certitude ,il n’y a que le début qui sera gaillard!jean-chantal.1277231220.jpg
Chantal a pris sa retraite en courant pour passer aussi à 60 ans.joies du décompte:les 25 meilleures années en régime général ,ça fait prendre en compte un mois de salaire lycéen dans une banque en 67 et ça vaut une année de revenu…
quand on combine régime agricole et régime général ,les 25 meilleures années du régime général ne sont pas proratisées selon la part du régime général dans la carrière totale;alors que si elle avait été salariée agricole ou commerçante plutôt qu’agricultrice ,cela aurait été proratisé…
alors étudiants ne travaillez pas !vous claquez 500€ de retraite par mois avec ce genre de connerie!
voilà quand à moi je vais gaillardement sur une retraite vers 67/68 ans car d’une part une exploitation ça doit se transmettre et c’est compliqué! et d’autre part en ayant commencé à cotiser à 28 ans malgré des bricoles avant ,ça mène loin!

 

Danièle

Le début du troisième tiers et l’heure des comptes aussi : j’ai opportunément songé à racheter mes années de contractuelle au moment où Norbert a pris sa retraite (et grâce à l’aide précieuse de Monique). 25 ans qui me coûtent 17 000 € que je commence à peine à rembourser, alors autant que je profite longtemps de ma retraite de fonctionnaire. J’ai essayé le rachat des années d’études, mais ce n’est qu’après 99 ans que j’aurais  commencé à récupérer les sommes investies ! J’ai laissé tomber.daniele-cgt.1277233539.jpg

Au final, avec une carrière de 38,25 années (et une majoration d’un an pour ma fille), je m’attends à une perte de revenu de 41% ( Ah! les primes de la fonction publique, quand on les perd !) .

demo-sensei.1277231437.jpg J’entreprends à Lissieu la création d’un club d’aïkido et les tractations avec mes partenaires ne sont pas simples : les projets sont différents, les référents et les filiations dont chacun se sent porteur pas vraiment les mêmes et je n’ai de légitimité que celle de l’âge et d’être apporteuse des généreux créneaux que me donne la mairie, mes collègues étant bien plus gradés (mais bien plus jeunes et pas du coin). La transmission, les relations entre générations…un beau sujet passionnant.

 

 

Chantal

Oui nous nous retrouverons dans la rue le 24, avec aussi une pensée rageuse pour tous ceux que l’on va faire partir avec un taux incomplet parce qu’ils ne pourront attendre 67 ans…

Moi je pars dans 10 jours, le 1er juillet, mais dans le système de retraite progressive, je vais encore continuer à travailler à mi-temps en faisant rentrer progressivement une plus jeunes sur mon poste de travail, pour reprendre mes activités.

J’attends ça avec impatience car je fais des va et viens à Caen nombreux : mes parents ne vont pas très fort

 

Michel

Pour la retraite je suis en pleine réflexion, puisque, de surcroît, j’ai mes trimestres depuis plus d’un an. La semaine prochaine je vais suivre un stage de préparation à la retraite ! Le grand intérêt étant que l’on ait une évaluation de ce que l’on devrait percevoir (présence de toutes les caisses).

Ensuite il faut que je considère que ni Lucy, ni Annie(!), ni Antoine n’ont fini leurs études, bien au contraire. Lucy entre en prépa éco à Grenoble ( sous réserve du bac !), Antoine continue son pôle espoir foot à Vichy ( moi, mon pôle emploi) et Annie [l’épouse de Michel ]  a trop envie de faire son master 2 de psycho avec en toile de fond une possible installation en libéral plus tard .

Et les études coûtent cher, c’est bien connu.pole-emploi.1277231580.jpg

Or avec leur option pour la convention collective [ de Pôle Emploi], je n’ai jamais gagné autant !

De plus, je vais me mettre à temps partiel, 80% payé 95% , plus 1 heure de moins par jour à compter de mes 60 ans ( accord sénior oblige).

Daniel

maeva-daniel.1277275635.jpg Croisé à la manif, il reste philosophe devant ces réformes. Licencié pour la deuxième fois à 55 ans à la fermeture de RAN Réseau Assistance Négociation , il s’imaginait mal démarrer avec succès une troisième carrière. Syndicaliste dans l’âme et depuis toujours, il a fait quelques contrats avec des structures syndicales, en se retrouvant plus souvent au chômage qu’au boulot. Sans cette réforme, il pouvait envisager sans inquiétude la soudure entre le chômage indemnisé et la retraite. « Avec la réforme, il me manquera un an. Pas facile de trouver un contrat à 60 ans ! »   

 

Norbert

Après avoir bénéficié d’un départ anticipé (père fonctionnaire de plus de trois enfants- possibilité vite refermée par le gouvernement), je bénéficie d’une retraite fonction publique, loin du niveau maximum pour une carrière complète. Mais je n’ai toujours pas liquidé ma retraite du privé, 5 ans pendant lesquelles j’ai cotisé, pour l’instant en pure perte. En effet la décote serait telle que la pension serait nulle. J’attends donc, comme beaucoup de polypensionnés, l’age de 65 ans pour liquider ma retraite sans décote. .Au final  pas grand’chose en plus ( de l’ordre de 150€),  juste le minimum contributif ( le minimum de ceux qui ont cotisé au régime).

Avec la réforme, je devrais attendre 67 ans, si je ne casse pas ma pipe entre temps.

 

Marc

photo-adria.1277234696.jpgMarc avait déjà tout prévu. 60 ans en juillet 2012. Retraite au 1er août . Il devra attendre 8 mois de plus. «J’avais déjà commandé mon camping-car …. non, je blague ! Mais imagine le cas de ceux qui partent en août 2011. Pour certains, il avaient déjà pris des mesures pour vendre un appartement, déménager …  Tout ça , annulé et reporté de 4 mois. Ça fout les boules.  »

 

manif-retraie.1277235353.jpgAlors ? Ces réformes annoncées bouleversent les projets de ceux de ma génération, trop nombreux , paraît-il, trop enclins à profiter d’un bonus bienvenu de longévité. Et si encore cet effort contributif s’accompagnait de la réduction des inégalités considérables qui touchent les salariés partant à la retraite ( voir l’analyse de la CFDT ) . On en est loin avec le projet de ce gouvernement.

Alors ?   Le 24 juin on se retrouve à la manif !

Réforme de la formation professionnelle : sortir de l’impasse

Le temps est loin où le dispositif de formation professionnelle, construit sur les bases d’accords des partenaires sociaux ( 1970, 1984 … chaque fois confirmés par une loi), faisait en France la fierté des acteurs sociaux dans le contexte des pays développés.

Près de 40 ans après, la formation dans les entreprises est critiquée pour sa complexité et son inefficacité. Deux chercheurs de renom Pierre Cahusac et André Zylberberg parlaient même dans un rapport de 2006 de «système à la dérive ». Reproche central «  le taux de participation des salariés sans diplôme est trois fois inférieur à celui de salariés titulaires de diplôme de l’enseignement supérieur ». Au lieu de corriger les inégalités de départ, le dispositif de formation les renforce.

La gestion des fonds, complexe et opaque, suscite des soupçons de détournement, alimentés par quelques affaires – plutôt rares mais abondamment cités dans les médias.

Bref, les partenaires sociaux, patronaux et syndicaux, sont montrés du doigt et accusés de fiasco.

  • Comment en est-on arrivé là ?

Une cogestion de façade: le dispositif de 1971 a créé une contribution obligatoire pour toute les entreprises dont le produit est géré soit par les entreprises en direct, soit par des fonds dirigés à parité par les représentants des employeurs et des salariés. Ce système a permis une adhésion relativement exceptionnelle de la part des acteurs sociaux.

thibault-bertrand.1246006143.jpg A une époque où la signature de la CGT se faisait rare dans la plupart des négociations, cette confédération a paraphé la plupart des accords concernant la formation professionnelle. Les représentants syndicaux ont ainsi trouvé leur place ( trop confortable selon les mauvaises langues…) dans les conseils d’administration des organismes collecteurs. Mais ont-ils pour autant influencé le dispositif de formation au profit des salariés? On en doute quand on considère que tous les leviers restaient aux mains du patronat : les organismes de formation qui ne proposent aux représentant des salariés qu’un strapontin dans des conseils de perfectionnement, les plans de formations dans les entreprises élaborés par l’encadrement qui ne réclame qu’un avis formel du Comité d’Entreprise.

Le tabou de l’augmentation des charges sociales . Les négociateurs de l’accord de 1970 avaient de vastes ambitions pour la formation professionnelle. Dans leur esprit, la contribution des entreprises devait rapidement augmenter jusqu’à 2 %. Or, du coté patronal ce discours de progrès a rapidement cédé la place à une position défensive : stop à la hausse des charges sociales. Dans le même temps le champ de la formation continue ne cessait de s’élargir : formation en alternance pour les jeunes , Droit individuel à la formation , Professionnalisation… avec des moyens à peine croissants ( 08% en 1972, 1,6% aujourd’hui) qui imposent le rationnement.

carossier.1246006471.jpg Une logique d ‘ «insider»: A ses débuts le dispositif de la formation continue s’adresse à un salarié type (un « insider »)qui est supposé stable, dans une entreprise importante qui propose des carrières internes à ses employés. C’est dans ce contexte que les acteurs de la formation – particulièrement les représentants syndicaux- sont le plus à l’aise pour peser sur les évolutions. Or il se trouve que les 30 ans qui ont suivi ont battu en brèche ce modèle. L’emploi précaire a explosé et les nouveaux modes de gestion de la main d’œuvre ont créé une population flottante qui rassemble principalement des bas niveaux de qualification.

caissiere.1246007841.jpgDans le tertiaire marchand en 2007 le taux de rotation annuel ( moyenne du taux d’entrée et du taux de sortie pour 100 salariés dans l’entreprise au 1er janvier) était de 59 % ! Alors on peut formuler l’hypothèse que ces salariés ( majoritairement peu qualifiés) ne sont pas formés parce qu’ils ne restent pas dans les entreprises. Ainsi, on aura beau perfectionner les dispositifs de formation dans l’entreprise, on passera toujours à coté de la cible de ces salariés peu qualifiés. On peut constater aussi que leur mobilité passe plus que les autres par des périodes de chômage. C’est donc dans le cadre du chômage qu’on pourrait mettre en place des actions massives de formation pour les moins qualifiés, alors qu’on ne leur propose actuellement que des stages courts d’adaptation conjoncturelle au marché du travail.

Le scepticisme des salariés : Tout système institutionnel se transforme sous la pression de la demande sociale qu’il est censé exprimer. C’est bien là le problème en ce qui concerne la formation, car les salariés n’ont plus trop d’attente vis à vis des dispositifs de la formation continue; ils leur apparaissent comme incapables de changer et d’améliorer leur situation.

formation.1246006678.jpg Les plus diplômés y trouvent juste un moyen de renforcer leurs avantages sur le marché du travail, les moins qualifiés perçoivent l’envoi en formation comme l’antichambre des restructurations et des licenciements, tous suivent passivement les programmes d’adaptation organisés au seul profit de l’entreprise dans sa course à la modernisation. En cause dans cette désaffection, la baisse drastique des processus de promotion interne, la forte relativisation de la qualification au profit de la notion floue et manipulée de compétence, mais aussi la désespérance des plus démunis de voir leur sort s’améliorer.

  • L’ Accord du 7 janvier 2009 , un texte ambitieux.

5-leaders-syndicaux.1246006792.jpg Les partenaires sociaux ne sont pas restés insensibles à ces évolutions et à ces critiques. Dès 2004 ils mettaient en avant un droit individuel à la formation (DIF) susceptible d’impliquer des salariés plutôt éloignés des systèmes de formation; ils refondaient les contrats en alternance pour les cibler sur les jeunes les moins qualifiés et les chômeurs avec les contrats de professionnalisation. Ils créaient les périodes de professionnalisation en direction des salariés les moins qualifiés dans le but d’anticiper les évolutions de leur travail.

Mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres. Très peu de chômeurs adultes ont bénéficié des contrats de professionnalisation . Très peu de salariés se sont retrouvés en période de professionalisation. Quant au DIF, il a fallu attendre 5 ans pour que le principe de la portabilité (conserver son droit quand on change d’entreprise ou qu’on se retrouve au chômage) puisse se concrétiser.

L’accord du 7 janvier ambitionne de donner une vraie dimension à ces objectifs, dont la notion phare se retrouve dans la sécurisation des parcours professionnels, une formule élaborée par la CGT ( la sécurité sociale professionnelle), qui a fait florès depuis, y compris au sein de l’UMP.

chef_chantier.1246008401.jpgLes partenaires sociaux prennent enfin en compte ce constat : la sécurité collective des carrières au sein d’un entreprise ne suffit plus à sécuriser des parcours d’individus qui vont connaître de nombreux changements professionnels de métiers, d’entreprise, de secteur . Ils innovent en parlant maintenant de formation initiale différée, en mettant l’accent sur la Validation des acquis de l’expérience ( VAE) et le projet professionnel.

Et surtout l’accord prévoit un fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels avec des objectifs ambitieux et chiffrés en direction des salariés peu qualifiés et des chômeurs.

pole-emploi.1246008051.jpgCes actions, qui dépassent largement le cadre de l’entreprise, réclament naturellement des co-financements : état, régions, Pôle Emploi (régime d’assurance chômage) qui sont, hélas, toujours le point faible des programmes inter-institutionnels. On compte toujours sur le partenaire d’à coté pour apporter la contribution décisive.

Les partenaires sociaux attendaient donc avec intérêt le projet de loi du gouvernement pour donner forme à leurs projets. On verra plus loin qu’ils ne sont pas tout-à-fait rassurés sur l’engagement de l’état.

 

  • Un projet de loi en retrait

Le texte concerne la formation financée par les entreprises à destination principale de ses salariés; à savoir un champ qui ne représente que 41,2% des dépenses de formation en 2006. L’état finance 27,2%, les régions 14,4%, l’UNEDIC, les autres administrations et les ménages, le reste.

lagarde.1246009364.jpgComme souvent le projet de loi reprend ce qui intéresse le gouvernement, laisse de coté certaines propositions jugées indésirables et inclut des rajouts qui ne sont pas toujours du goût des signataire de l’accord Ainsi le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels est repris, ainsi que nombre de simplifications et dispositions techniques pour la mise en œuvre du droit à la formation.

Ne sont pas reprises quelques pistes relatives à la formation initiale différée ( une « seconde chance » pour les salariés peu diplômés) dont la construction et le financement (renvoyé à l’état …) restaient très flous dans l’accord.

En revanche le projet de loi revient sur le domaine de l’information et de l’orientation. Il proclame , près de 30 ans après le rapport de Jean-Paul Murcier devant le conseil économique et social, un droit à l’orientation professionnelle continue. A la bonne heure! Sauf que la notion d’orientation se réduit pour le gouvernement à la labellisation des organismes qui y concourrent,  à la création d’une plate-forme téléphonique et à un site d’information sur les filières et les formations (la plupart des régions, l’ONISEP y ont pensé avant !). Lorsqu’on connaît la misère des centres d’Information et d’Orientation qui ont déjà du mal à assurer un minimum de service pour les scolaires, on reste sceptique sur les perspectives de cette noble cause.

afpa.1246006936.jpgQuant aux services d’orientation de l’ AFPA , ils devraient passer à Pôle Emploi. Voici longtemps que l’ANPE avait démantelé la fonction de bilan-orientation en interne. D’après le projet de loi, son successeur récupèrerait maintenant, les psychologues de l’AFPA qui fonctionnent avec une autre culture, construite à l’origine sur la sélection des candidats à leurs propres stages

Mais la grande affaire de ce projet de loi se situe dans la création du fonds de sécurisation des parcours professionnels. Le gouvernement met en avant les 500 000 salariés peu qualifiés et les 200000 chômeurs qui vont bénéficier d’une formation . Parfait ! Mais, comme souvent, le diable se cache dans les détails . Avec une dotation de 900 millions d’euros ( l’état reste discret sur sa participation qui pourrait s’ajouter aux financement des partenaires sociaux ) que va-t-on proposer aux bénéficiaires avec, pour chacun, 1285€ de prise en charge : encore des stages courts et au rabais ! On sait bien que les stagiaires peu diplômés n’en retirent aucun profit décisif.

Le projet prévoit également de réformer les circuits de collectes. D’ici deux ans un grand nombre d’Organisme Paritaires de Collecte Agréés devraient disparaître ou se restructurer, malgré la résistance des acteurs concernés.

prdf.1246008672.jpgEnfin le projet a pour ambition de renforcer le nécessaire dialogue entre l’état, les régions et les partenaires sociaux en imposant notamment une contractualisation du Plan Régional de Développement de la Formation. Les régions, jalouses de leurs prérogatives, préféraient une concertation plus informelle avec les préfets et les recteurs. L’état revendique maintenant un leadership dans un système de formation où on s’accordait à reconnaître dispersion de moyens et manque de cohérence. Faut-il le regretter ?

Restent de nombreuses interrogations sur les moyens engagés par l’état, qui rejoignent le flou persistant sur le fonds d’intervention social annoncé aux partenaires sociaux en Février dernier .

Face au chômage partiel, aux licenciements , la formation pourrait constituer un puissant outil pour ouvrir une issue positive à la crise pour de nombreux salariés. L’absence de réactivité des pouvoirs publics et des acteurs sociaux, le manque de sérieux apporté aux solutions concrètes risquent, s’ils ne sont pas dépassés, de marquer pour longtemps une occasion ratée.

 

200€ pour tous: à Vierzon comme à Pointe à Pitre ?

A l’heure où ce billet paraît, l’incertitude plane encore sur le sort réservé à l’accord partiel intervenu en Guadeloupe entre le collectif LKP et une petite partie du patronat – l’Union des entreprises guadeloupéennes qui s’est créée pendant la crise et qui regroupe des petites entreprises . Nul ne sait si l’attitude du MEDEF local s’explique par un entêtement particulier de sa délégation locale, ou bien si le MEDEF national souhaite ainsi exprimer une opposition de principe à une solution qui ne lui convient pas.manif-gwada-1.1236007341.jpg

Le LKP évoque la possibilité d’une extension de l’accord . Effectivement le Ministère du Travail pourrait prendre un arrêté imposant les termes de l’accord à toutes les entreprises de Guadeloupe, même celles regroupées dans des organisations non-signataires.

– à condition de s’opposer frontalement aux organisations patronales majoritaires

– à condition d’avoir consulté préalablement le commission nationale de la négociation collective

–     – à condition que l’arrêté d’extension ne soit pas attaqué devant les tribunaux, vu la fragilité de sa base juridique

Bref, une stratégie à haut risque pour les pouvoirs publics. Donc, pas moyen de contourner l’opposition du MEDEF sur lequel pèse désormais une pression de tous bords, y compris de l’UMP.

guadmediateurs.1236007426.jpgLa tâche des médiateurs , Serge Lopez – dont j’ai pu apprécier les qualités de fin négociateur, lorsque je m’occupais à Lyon, du développement des négociations 35 H- et Jean Bessière – qui fut aussi en poste à la direction du Travail à Lyon – est présentée maintenant comme terminée. Mais tout le monde sait bien que la non-signature patronale fait planer une menace majeure sur les perspectives de pacification du climat guadeloupéen.

 

Et puis, que peut-on penser des 200€ pour tous, cet OSNI, Objet Social Non Identifié tel qu’il ressort de ces négociations ? Il s’applique aux salariés jusqu’à 1, 4 fois le SMIC. Comme souvent en matière sociale, le diable est dans les détails . Le salaire comprend-il les primes ? Qu’advient-il de ceux qui touchent légèrement plus que 1,4 fois le SMIC ? Ils risquent d’être rattrapés et dépassés par les bénéficiaires de l’augmentation. Que se passera-t-il à la fin prévue des aides publiques ?

Et puis surtout cette mesure est la première à pulvériser ainsi les frontières entre revenu et salaire, en introduisant une aide de l’état dans une solution à un conflit salarial. La porte est désormais ouverte.

Ce n’est pas nouveau que l’état intervienne dans la formation des revenus, par le biais des prestations sociales, par exemple. En France, le tiers des revenus des ménages est constitué par des transferts alimentés par les impôts ou les cotisation sociales. Récemment l’effort s’est porté sur une catégorie montante – les travailleurs pauvres : la prime pour l’emploi créée sous Jospin , le futur RSA (qui sera anticipé en Guadeloupe) pour les chômeurs qui reprennent un job mal payé.

Mais c’est bien la première fois où l’état s’implique autant dans un conflit salarial. Sur les 200€ , l’état apporte 100, les collectivités locales 50 !

fort-de-francei.1236007512.jpgAlors, il est impossible d’éluder la question de la généralisation . D’abord à la Martinique – ce qui est en bonne voie, ensuite à l’ensemble des DOM -qui partent dans le mouvement le 5 mars et qui ont autant d’arguments à obtenir satisfaction que les Guadeloupéens.

 

Et puis pourquoi cette revendication ne serait-elle pas reprise en Métropole, à Maubeuge ou à Vierzon, dans certaines régions ou dans certains secteurs professionnels,là où les salaires sont particulièrement bas ? En mettant en avant les mêmes solutions : à savoir une augmentation du revenu pour les bas salaires qui pèserait pour 25% sur les entreprises – à savoir l’équivalent d’une hausse du SMIC de 5%.

Potentiellement ce sont près de 6 millions de salariés du privé qui sont concernés représentant un besoin de financement public d’une dizaine de milliards d’euros. Soit à peu près le montant de la suppression de la taxe professionnelle promise par Sarkosy aux entreprises.

A un moment où on cherche des leviers pour une relance de l’économie par le biais du pouvoir d’achat, voilà un moyen puissant de pousser la demande. C’est sans doute ce qui inquiète le MEDEF et le gouvernement. Le virus tropical de la revendication salariale serait-il contagieux en climat tempéré ?

 

Quitter Cayenne

La Guyane, département français d’Outre-Mer, bloquée depuis le 24 novembre, a-t-on appris entre deux infos à la télé. Et encore, si l’on y porte une quelconque attention; on est mieux informé de la situation en Thaîlande ( les 2 aéroports de Bangkok bloqués par les chemises jaunes).

Et c’est vrai que sans les mails de Claire, la fille de Danièle, qui est installée à Cayenne, c’est une info qui nous aurait échappé. Voilà six mois que Claire,dans son parcours d’internat de médecine, a décidé avec Raoul, de faire un stage à l’hopital de Cayenne. Apparemment, elle s’y est plu puisqu’elle a laissé partir son chéri en métropole en décidant de passer un semestre de plus près de l’équateur. La vie d’interne n’est pas facile mais Claire profite au maximum de son temps libre pour parcourir la région entre fleuve Maroni et Andes péruviennes. Bref , la jungle lui convient !

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Mais ce paradis équatorial s’est transformé pendant deux semaines en piège : plus possible de circuler entre les barrages et, dès le 1er décembre, plus aucun avion ne décollait, plus aucun navire n’appareillait.

carburantguyane-blocages-20081127.1228579729.JPGOn connaît l’origine du conflit : le prix des carburants. Dans ce territoire – le plus grand des départements français- où les distances sont considérables et l’occupation de l’espace très dispersée, l’usage de la bagnole et de ses versions  4X4  apparaît comme vital.  A 1€77 les guyannais se sentaient étranglés.

Tout allait bien tant que les opérateurs se fournissaient dans la Caraïbe à Trinidad. L’essence arrivait très bon marché, l’état ne prélevait aucun impôt et le conseil régional pouvait prélever une lourde taxe locale qu’il destinait à l’aménagement du territoire et à la subvention des transports aériens pour désenclaver les communes de l’intérieur.

Mais … le carburant était d’une telle mauvaise qualité que les moteurs sophistiqués des 4X4 cassaient rapidement; les concessionaires, lassés de prendre en garantie leur réparation, obtinrent de la justice l’interdiction de sa commercialisation.

Les produits pétroliers, désormais importés d’Europe, voyaient leur coût s’envoler, alors que les prix du brut étaient divisés par 2 ou 3 sur les marchés mondiaux. Enervant, non ? sur fond de crise sociale dans ce département le plus pauvre de France.

barrage-cayenne.1228580892.jpegLes professionnels des transports, rejoints par une association des consommateurs en colère commencèrent le 24 novembre à bloquer les routes. Le réseau routier n’existe vraiment que le long du littoral , une quinzaine de barrages et toute la vie économique est stoppée. On a bien essayé pendant un temps de transporter les salariés du centre spatial de Kourou en hélicoptère mais  on s’est vite rendu à l’évidence que le tir du 10 décembre d’Ariane 5 ne pourrait être assuré.

Au bout de quelques jours la SARA- filiale de Total- qui détient le monopole très profitable de l’approvisionnement en carburant, cédait aux pressions de la rue et des autorités pour lacher une diminution de 30 centimes. Mais le  compte n’y était pas et sur les barrages on ne démordait pas de la revendication des 50 centimes.

La région Guyane, invitée à réduire la taxe qu’elle prélève, se refusait à se priver d’une ressource principale, renvoyant la responsabilité à l’état.

Le conflit semblait s’enliser, les professionnels s’inquiétaient des conséquences économiques  du blocage et Claire  s’interrogeait sur le devenir de son déplacement  mi-professionnel , mi-vacances qui lui permettrait de revoir la Métropole, sa famille, ses amis après des mois de séparation. Mais aucun avion ne décollait de l’aéroport.barque.1228581643.jpg

Le départ était prévu pour le vendredi 5 décembre. Finalement on annonçait le déblocage de l’aéroport mais les barrages ne bougeaient pas . Claire commençait à faire des plans pour se rendre à l’aéroport, par tous les moyens, à pied, à cheval, en ambulance, en pirogue même, si elle avait trouvé une voie d’eau.

Pendant ce temps tous les professionnels du département, tous les politiques des deux bords ( la gestion de la région est assurée par le PSG – qui n’est pas le sigle d’un club de foot mais celui du Parti Socialiste Guyanais) se retrouvaient vent debout contre le gouvernement et faisaient cause commune pour obtenir de l’état national une aide  susceptible d’amener la réduction de 20 centimes  qui pouvait ramener la paix dans les esprit.  Yves Jego, ministre de l’Outre-mer sortit de son chapeau un crédit de dix millions d’euros et, après quelques négociations, l’affaire fut conclue.

Vendredi matin, les barrages étaient levés , juste à temps pour laisser passer Claire jusqu’à l’aéroport. Ouf !

La Guyane n’est pas seulement une terre d’aventure dans un cadre naturel unique. Pour ce qui concerne la vie en société, elle réserve des surprises explosives !

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PS : Merci à Véronique pour ses belles photos .

PPS : A la fin de l’année – après Noêl- ce sera notre tour de découvrir ce territoire mythique