Préparez les layettes !

Bien avant Noël on était au courant : Nora, ma fille aînée – 22ans- et Chloé, ma belle-fille, la fille de ma première épouse – 28 ans- se retrouvaient enceintes presque en même temps.

noel-49.1170146812.JPGEt, déjà au réveillon, les ventres s’arrondissaient, annonçant les heureux événements pour le mois de Mai.

 Depuis les futures mères sont revenues en exhibant leurs échographies du 5ème mois. Alors, pour Nora ce sera un garçon et pour Chloé une fille ( Célia, l’aînée, 7 ans aura donc une demi-sœur de plus, après Héloïse, 2 ans et Aymeric, quelques mois, du coté de son papa Moh). 

Joie des familles recomposées : Nora et Chloé, bien qu’elles n’aient aucun lien de sang, se désignent comme sœurs – avec les frères,comme les 6 jeunes de la tribu de la Buchette – c’est plus facile, sinon il faudrait deux plombes pour expliquer la parenté. Et on peut penser que la génération suivante n’aura pas de scrupules à se présenter comme cousins. 

Alors les futurs grands-parents  (et beaux grands-parents) se préparent moralement –et matériellement : racheter un lit-parapluie – à se retrouver avec des bébés dans les pattes, après l’épisode de Célia en 2000, lorsque sa mère, Chloé, en rupture de couple s’était réfugiée un moment à la Buchette.

 Bienvenue à la nouvelle génération !

Chronique de la Buchette: les feuilles d’Automne

Les feuilles d’automne emportées par le vent, frissonnent, frissonnent…

érable doréses

Ces quelques jours de la fin d’automne nous donnent à voir des feuillages aux tons exceptionnels, tel ce jeune érable, au détour d’un chemin.

Les feuilles des cerisiers du jardin sont déjà par terre, tel un tapis les feuilles des cerisierscoloré installé sur l’herbe.

Mais dans quelques jours cet ornement, deviendra une couche brune qui colle aux pieds et qui asphyxie le gazon . Comment s’en débarasser ?

Tout d’abord, le vent s’en charge habituellement tout seul. Lorsque ce n’est pas suffisant, il nous suffit de passer la tondeuse qui broie en même temps les brins d’herbe et les feuilles mortes. Certaines années, peu ventées, il nous arrive de prendre le balai et le rateau, direction le compost.

les feux dans les jardins Il n’est pas rare alors de voir un panache de fumée s’élever au-dessus des haies. Notamment, M. L. qui a pour habitude de brûler emballages, palettes et autres déchets professonnels de son entreprise de carrelage, bravant ainsi l’arrété municipal qui proscrit tout feu dans les jardins.

Quant aux services municipaux ( ou plutot l’entreprise d’espaces verts sous-traitante) il ont définitivement basculé dans la modernité avec l’aspirateur, soufleur, broyeur de feuilles.

ramasse feuilles

Fini le balai, la brouette, les bavardages des cantonniers. Maintenant c’est le moteur vrombissant dans le dos et le casque sur les oreilles qu’ils combattent la marée volante des feuilles d’automne. Ils sont sans doute, légérement plus rapides, plus efficaces ainsi mais cela ne compense pas cette pollution sonore et ces quelques centaines de grammes de Co2 qui vont réchauffer notre atmosphère.

Il paraît que c’est une façon de revaloriser l’ingrat métier de balayeur. Dès qu’on manie une machine, on pense bénéficier de plus de considération…

Chronique de la Buchette: le bitume et les pâtures

Des infos, des commentaires, des analyses sur les phénomènes urbains, ça ne manque pas : le malaise des banlieues, le rayonnement culturel du centre ville, les nouveaux quartiers chics de l’agglomération. Mais qui se soucie des lotissement péri-urbains, de cette « banlieue molle » des périphéries plus ou moins opulentes ? Le Clairon vous donne l’occasion d’être en prise directe avec ce phénomène peu traité par les médias, à travers une publication régulière sous l’en-tête « Chroniques de la Buchette ».

La Buchette, il y a trente ans c’était la pleine campagne à proximité de l’agglomération lyonnaise (12 Km du centre ville). Les habitants des environs venaient y chasser, car les lapins et autres lièvres grouillaient entre les vergers et les cultures. Mais le mouvement d’urbanisation n’était pas loin et il s’est imposé à un rythme continu depuis. Le paysage en est profondément modifié.

 

Il n’est pas de mois où on découvre dans telle parcelle, dans tel chemin creux un nouveau permis de construire et une extension de voirie.Des nouvelles constructions

Le foncier devenant de plus en plus cher, on construit des maisons de plus en plus vastes sur des terrains de plus en plus petits.

Les ronds-points surélevés, les réseaux d’égout, les trottoirs tirés au cordeau, les lampadaires flambant neuf mais au design rétro, les bacs à fleurs : les élus s’en donnent à cœur joie pour donner un aspect civilisé (selon leur conception) et finalement prétentieux à ce qui était une simple mais agréable bourgade rurale.

Parallèlement l’activité agricole qui n’a pas encore disparu change de nature :

bovins à l\\\'embouche

autrefois fondée sur un triptyque céréales, élevage et arboriculture fruitière, elle se réduit de plus en plus aux prairies plus ou moins délaissées où paissent quelques chevaux et autres bovins à l’embouche.On pose les clôtures pour y laisser des troupeaux à l’année, hiver comme été, avec une surveillance minimum. On se croirait dans les vertes collines du Charolais.

On arrache les vergers, on sème le ray-grass qui restera à demeure, pour créer de nouveaux pâturages. Les verger de poiriers en voie de régression

Explication : les agriculteurs vieillissant préfèrent attendre la valorisation de leur foncier en vendant progressivement leurs terres à des promoteurs plutôt que d’exploiter leur ferme pour un modeste revenu qui n’a rien à voir avec les plus-values espérées sur les terrains. C’est donc une agriculture d’attente qui, heureusement, préserve le paysage mais signe aussi la fin progressive de la paysannerie autour de l’agglomération.

 

Pour résumer : la Buchette c’est, à la différence de Marly-Gomont, à la fois le Bitume et les pâtures.

ma 1007 jaune (de Danièle)

A 55 ans et demi je m’achète pour la première fois une voiture presque neuve et je la choisis jaune. Pourquoi ?

Les enfants sont casés ou à peu près, il ne reste plus que Clara qui continue des études; alors que l’an dernier nous en étions encore à nous poser la question du financement des études d’Andréas et du redoublement de Claire qui n’avait pas envie d’attaquer l’internat en rentrant de Madras. Dans mon souvenir Mathias n’avait pas de travail non plus et Norbert réfléchissait aux moyens de prendre sa retraite sans nous contraindre à un mode de vie monacal.

J’ai plus de 50 ans et j’entre dans la catégorie de ceux qui peuvent s’acheter une voiture neuve ou presque neuve (les seuls ou presque! 55% des particuliers qui achètent une automobile neuve ont plus de 55ans !). Quand on n’oublie pas de me la verser, j’ai une prime de chef de service qui me permet de payer les mensualités !

Ma fille va quitter Lyon et aura besoin d’une voiture…à Limoges ou à St Flour….à moins qu’elle ne parte à l’Île de La Réunion pour suivre Raoul..

Zazie est morte et j’avais besoin de me faire plaisir, pour compenser, pour redémarrer, pour marquer le passage à une autre étape de ma vie.

Mes autres voitures, ce sont mes parents qui me les ont offertes:

ma Mini à 18ans (rouge), ma VW(blanche) à 21 ans parce que j’avais cassé la Mini (merci papa), ma Clio à 43 ans (merci maman) parce que j’avais divorcé et que je ne savais plus conduire (blanche aussi).

Les histoires de vie sont compliquées et simples. Elles peuvent s’écrire autour des achats de voitures et des couleurs de voitures. Comme pour la Clio , j’ai demandé conseil à mon frère qui m’a dit qu’il l’aimait bien, en jaune aussi.

Jaune parce que c’est, comme ma première voiture, la rouge, une vraie voiture plaisir et coup de coeur. Jaune pour être vue par temps de brouillard, jaune pour trancher avec toutes la grisaille des parkings de gare ou d’aéroport, jaune parce que c’est la couleur de la Poste, de Monnet et de Van Gogh. Jaune, un vrai jaune primaire, un très beau jaune comme les tournesols ou les colzas en fleurs, un jaune solaire.

1007 parce qu’elle a une porte coulissante-louvoyante (je trouve ça génial, beau comme un camion ou un utilitaire) et qu’elle se vend si mal qu’elle est soldée à 30% de sa valeur neuve. Et cet argument n’a pas laissé indifférente l’auvergnate que je reste.

Peugeot! c’est ma première et cela m’a fait de la peine de ne pas acheter à Carlos Ghosn (vraiment), un ancien de Michelin et de Clermont-Ferrand. Je lui lance ici un appel : Carlos, quand on ne s’achète que quatre ou cinq voitures dans une vie, ne penses-tu pas qu’il faille y réfléchir à deux fois. La 1007 me plaît plus que ta Modus et je ne saurai te dire pourquoi, un détail, un presque rien.

Pire, je vais te dire que si j’avais eu les moyens, c’est une Yaris que j’aurais prise; Une Toyota et sûrement pas une Nissan!

Ma 1007 jaune a des rétroviseurs chauffants et la climatisation et je la trouve superbe; et vous ne pouvez pas la râter: elle est jaune.

Norbert a une place dans ce choix et sur la carte grise; ce n’est pas totalement une voiture de célibataire. Mais cette place relève de l’intime que je n’ai pas envie de vous livrer (contrairement à Norbert qui aime bien raconter nos choix de couple). L’intime me paraît, avec le politique, le lieu où nous dépassons nos banales histoires de vies mises en coupe réglée par les statistiques et les scrutateurs du marketing. Alors je me le garde pour ne le partager qu’avec lui.

La retraite aux flambeaux

 

Pari tenu pour cette soirée du 20 mai que nous avions choisie pour fêter mon départ en retraite. Ce sont finalement 100 personnes qui sont venues nous rejoindre à la Buchette et qui ont trouvé convivialité, musique et nourritures terrestres. Quant à la chaleur … c’est une autre histoire.

Les prévisions de la météo avaient changé trois fois dans les deux jours précédents la soirée. La première hypothèse, c’était : beau temps printanier. Plan A : tout le monde dans la cour, autour de la piscine et dans la piscine (couverte, elle était à 26 °). Deuxième scénario : froid et pluvieux. Plan B : tout le monde à l’intérieur autour de la chaleur des deux cheminées. Ciel_2

Les organisateurs scrutaient avec inquiétude le ciel changeant et parfois menaçant.

Et finalement ce fut le plan C : à part quelques gouttes en fin d’après-midi, la soirée fut douce et sèche. Nos convives égayés dans la cour ont eu quelquefois du mal à rentrer au couvert pour retrouver les tables dressées pour le repas.

 

 

 

C’est que les gaillards (… et la gaillarde – elles sont 8 fanfaronnes au total) Cuivres de la fanfare Piston avaient bien chauffé l’ambiance à la tombée de la nuit. Bien connue des lyonnais, cet ensemble réunit une trentaine d’étudiants de l’Ecole Centrale, renouvelée chaque année par l’arrivée des nouveaux et le départ des anciens. Depuis son passage à Centrale, voici 20 ans, Marc le frère de Danièle, n’a, lui, jamais quitté la fanfare.En dehors de ses compétences musicales (grosse caisse), il est très utile au groupe comme organisateur, chauffeur, grand frère et père nourricier. Et quand l’agenda de la fanfare le permet, Piston ne dédaigne pas une invitation à la Buchette. (Téléchargez la video de la fanfare – 8 Mo)

Apero_1 Cet apéritif qui s’est prolongé jusqu’à la nuit noire a permis à chacun de se retrouver dans les différentes tribus que j’ai fréquentées au long de mon parcours personnel et professionnel. Collègues du Ministère de l’agriculture ( je n’avais pas vu Anne, ma voisine de bureau depuis1981), copains de l’ANPE ( avec un fort noyau du centre de formation), militants syndicaux, camarades d’extrême gauche (dont certains toujours actifs, « plus que jamais », dirait Christian qui voit « se lever une nouvelle génération de révolutionnaires »…), amis et voisins de longue date.

 

A coté des tonnelles, à l’abri du préau les jeunes se sont vite trouvéSalon_jeunes un espace réservé: mes enfants, leurs amis et les « fanfarons » se retrouvent dans ce salon en plein air, entre bières et lumignons.

A la nuit tombée, la fanfare se déchaîne. Marie-Marthe me prend la main et m’entraîne dans un rock endiablé. Les couples suivent sur le gravier de la cour et Parisiennes2 nos amies parisiennes donnent libre cours à leurs penchants débridés.

 

 

 

 

Murielle prend le micro. C’est ma voisine préférée Mu_dd ( photo ci-contre avec mon fils cadet qu’elle entoure d’affection… ) : nous nous sommes trouvés en 1983 dans la même barre HLM et, depuis lors, les enfants ne se sont jamais quittés dans la cour commune des deux maisons mitoyennes que nous avions achetées ensemble. Et ma nouvelle vie avec Danièle à la Buchette ne m’a éloigné que de quelques kilomètres du voisinage.

Murielle est conteuse à ses heures. Ce soir, elle nous raconte comment la rencontre et l’échange redonne vie et espoir à cette vieille femme qui prépare, dans la misère et la solitude, sa « soupe aux cailloux ».

Lui succèdent au micro Dominique et Rose-Marie, mes amis et complices dans nombre de coups (les bons et les moins bons…) dans l’action syndicale. Ils parlent de la disparition d’un certain Nono, échappé du Centre de Redressement des Détraqués du Ci-boulot ( CRDC, service de l’ANPE où je travaillais jusqu’à ma retraite). Ils lancent un avis de recherche pour retrouver « cet individu heureux, [qui en est] d’autant plus dangereux ».

 

Jp_1 Mais ce n’est pas la « soupe aux cailloux » qui attend nos invités autour des tables, mais, pour commencer, deux magnifiques saumons marinés par les soins experts et professionnels de Jean-Pierre (il a appris son métier de cuisinier chez Gagnaire, une des meilleures tables de la région).

 

 

 

 

Autour des tables, l’émotion quelquefois s’installe No_laf_1 au détour des retrouvailles ou des rencontres. C’est un moment plus paisible de la soirée.

 

Il y aura encore bien des allées et venues, bien des témoignages d’affection (merci pour les cadeaux !), avant que Denis et Carole endossent leur rôle de photographes officiels de la soirée pour rassembler tout le monde à la portée de leurs objectifs.Tous

 

 

Les organisateurs sont satisfaits (on a toujours le trac avant l’évènement), les participants sans doute aussi. Pour moi c’était un plaisir, mais aussi une nécessité pour rendre compte des différentes facettes de mon parcours, pour tourner la page et aborder une nouvelle vie.

 

 

Pension complète à « La Buchette »

L’approche de certains examens peut amener une fréquentation particulière de la pension de famille « La Buchette » (c’est le lieu-dit où nous résidons). Par exemple : Claire la fille de Danièle, qui prépare le concours d’internat en médecine. C’est paraît-il, le plus difficile du cursus.

Les candidats, quel que soit le résultat aux épreuves, seront tous médecins mais la répartition entre les spécialités (généraliste, pédiatre ou radiologue ?) et les facultés (Besançon, Arras ou Limoges ?) dépend du classement national. La pression est donc maximum ; d’autant plus qu’il s’agit de réviser tout le programme de médecine.

Les étudiants travaillent seuls (rare et risqué), le plus souvent en petits groupes d’affinité. Au fil des semaines Claire s’est retrouvée dans un trio assez efficace à qui elle a proposé de se retirer à la Buchette ( c’est tout indiqué pour «bûcher » les matières !), dans un environnement calme et sans aucun souci matériel.

Ma nouvelle position de retraité me désignait naturellement comme cuisinier, intendant et coach de vie quotidienne.

Assez rapidement, le trio a trouvé son rythme. Ch_zen Travail sur table une grande partie de la journée dans une salle qui s’est remplie de cours, de livres, de copies de radios ou de scanners. Tout y passe : la psychiatrie, la pneumologie, la cardiologie, la pédiatrie … etc.

Et puis pour varier : interrogations croisées sur des cas cliniques (une fiche décrit la situation d’un patient : que faîtes-vous, quel diagnostic, quel traitement ?) au bord de la piscine ou sur la terrasse.Terrasse

 

 

 

Pour casser le rythme et se vider la tête : trois quart d’heure de course dans les chemins du village. Entre les montées et les descentes, le souffle a du mal à suivre et le garçon de l’équipe, mieux entrainé, distancie ses camarades. Et après une douche ou une tête dans la piscine, l’appétit aiguisé, les repas autour de la table familiale.

Repas

 

 

Pour moi, c’est la semaine courses et cuisine. Des pensionnaires qu’il faut bichonner et une fête pour ma retraite qui se prépare pour 70 à 100 invités. Après avoir fait appel à JP, un ami spécialiste du saumon mariné à l’Aneth et à Picard (la marque de surgelés, une vieille connaissance, puisque nous lui avions confié tout le repas de notre mariage) qui s’est installé à deux pas de chez nous, il reste beaucoup de choses à faire en auto-production : 10 Kg de Guacamole, 15 bouteilles cocktails maison, 100 parts de gâteau au chocolat… Les chariots du supermarché ne sont pas assez grands.

Reste la météo, sur laquelle nous n’avons, hélas, pas d’influence, et qui s’annonce variable pour notre soirée en plein air.

Le suspense reste grand encore sur le succès de cette festivité dont le Clairon se fera une joie de vous rendre compte.

La maison de retraite – Mammy fait de la résistance

Le hasard a voulu que je passe les premiers jours de ma retraite à organiser, avec ma sœur, l’installation de ma mère ( 94 ans) dans une résidence pour personnes agées au nom prometteur des « jardins d’Hestia ».

Ma mère s’était toujours montré très hostile à l’idée d’abandonner son domicile familier, inconsciente des risques vitaux qu’elle y courrait désormais, sans assistance permanente. Voulant donc préparer le terrain, je lui glissais, l’air de rien, lors d’une visite à l’hôpital gériatrique où elle finissait sa convalescence : « Tu sais, on a visité une maison de retraite qui a l’air très bien. J’en ai parlé au médecin, il serait très favorable au choix de ce genre d’établissement »

« Mais tu n’es pas malade, me répond-elle, l’air pas concerné. Tu n’as pas besoin d’une maison de retraite. »

Malice ou confusion mentale ? Malgré sa perte presque totale de mémoire récente, ma mère avait bien enregistré que j’étais désormais à la retraite. Et elle avait sans doute décidé d’esquiver complètement nos allusions préliminaires.

Greyzieu Et nous voici malgré tout, trois jours plus tard, dans cette magnifique résidence avec une mère décidée à faire de la résistance. Personne n’échappe à ses remarques négatives, ni le médecin, ni les infirmiers, ni évidemment ses enfants : « Vous êtes bien trop contents de vous débarrasser de votre vieille mère ! » lance-t-elle à la cantonade.

De notre coté, nous luttons contre cette entreprise de culpabilisation, dans laquelle ma mère excelle, en énumérant tous les avantages réels que présente cette remarquable résidence.

Mais nous sommes bien obligés d’enregistrer en nous-mêmes un constat : il n’y a quasiment plus de valides parmi les pensionnaires, sans compter les déficiences mentales. Décidément, les maisons de retraite n’existent plus, elles se sont transformées en centres spécialisés d’accueil du grand âge.

Y a t-il une vie après le boulot ?

A force de reporter les tâches domestiques, les réparations urgentes, les travaux saisonniers en se disant : « j’aurais bien le temps de le faire quand je serai à la retraite », ma tendance naturelle à la procrastination n’a fait que se renforcer. La liste des taches urgentes n’a cessé de s’allonger. Evacuer les déchets du jardin à la déchetterie, réparer la tondeuse et …préparer la piscine pour les beaux jours.

Me voilà maintenant au pied du mur, je ne vois pas comment m’accorder des délais supplémentaires, des motifs d’inaction.

On est donc allé voir la piscine de plus près. OLYMPUS DIGITAL CAMERACe n’était plus le clair bassin qui suscite généralement l’envie irrésistible de piquer une tête, d’autant plus que la chaleur accumulée sous la couverture transparente donne toujours un avantage de plusieurs degrés par rapport à la saison.

Ce n’était plus qu’un infect marigot, plein d’algues, qui formait un tapis verdâtre de la consistance de la vase.

Face une situation aussi désespérée, les remèdes préconisés se situent souvent aux antipodes :

-la méthode douce : Aspirer le fond, pomper, filtrer longtemps, appliquer les produits et attendre que la verdure s’atténue jusqu’à disparaître au bout de plusieurs semaines.

-la méthode radicale : vider tout, envoyer à l’égout 65 m3, tout nettoyer, remplir et redémarrer.

Comme souvent lorsqu’il s’agit de rythme et de style, nous nous sommes opposés Danièle et moi. Je penchais pour la méthode douce, elle était partisane du scénario radical. Bien évidemment chacun ne voulait pas en démordre. Rentrant un soir d’un déplacement, elle s’imaginait que je m’étais rangé à ses arguments. A tort. Au lieu de vider, j’avais entrepris de remplir pour mieux filtrer. « C’est incroyable d’être entêté à ce point ! Tu es à la piscine ce que Villepin est au CPE! » La comparaison jeta un froid dans nos relations…Elle reçut finalement le renfort des spécialistes qui préconisent une vidange complète tous les 3 ans

Piscine_7

La verdure a reculé, le Karcher s’est activé, non contre la racaille des banlieues selon Sarko, mais contre les algues qui se nichent partout. La piscine sera prête pour les beaux jours.

Mais il y a des moments de doute où on essaye d’établir la balance entre les bienfaits de la natation, le bien-être du corps dans la fraîcheur de l’eau qui nous fait échapper à la canicule et les contraintes de la surveillance des paramètres du bassin, le nettoyage des filtres et les gros travaux de printemps. Il n’est pas rare que l’on regrette ce jour où l’on s’est décidé, l’esprit léger et un peu insouciant, d’installer une piscine devant sa maison. Car, une fois creusée et équipée, elle est là, et pour longtemps. Pas question de revenir en arrière, de la revendre comme une bagnole qui ne plaît plus, de la faire disparaître par magie, à moins de la transformer en fosse à compost. Je pense qu’aucun propriétaire de piscine n’a jamais échappé à ces moments de désespoir secret.

Apparemment, cette expérience n’est pas transmissible, à voir le nombre de chantiers qui pullulent dans ces lotissements pour salariés aisés qui nous entourent. De toute façon, leurs habitants ont pour règle de conduite d’éviter de parler à leur voisins et a fortiori de leur demander leur avis. Dommage !

Ce qu’ils en pensent

 

 » La retraite de Norbert? Je la vois plutôt bien.» nous déclare Danièle.

Ce qu’en pense son épouse.

Tout n’a pas été si facile dans le couple autour de ce projet de retraite. Danièle a éprouvé successivement des sentiments très contradictoires. A tel point que nous publions trois contributions :

Nanou_id Dès que Norbert m’a parlé de prendre sa retraite, j’ai été enthousiaste.

Cela n’a pas été possible avec la cessation progressive d’activité et cela a failli ne pas se faire comme père de trois enfants; quelle angoisse ! J’ai cherché pour lui la documentation, j’ai appelé le ministère de l’agriculture, j’ai partagé ses inquiétudes, je l’ai encouragé à persévérer, surtout après le 31 décembre 2004 et la promulgation de cette loi scélérate (l’article 136 à l’application de laquelle il a échappé). Aujourd’hui c’est enfin possible et mieux encore, nous accédons ensemble à ce dont nous avions toujours rêvé: lui, l’inactivité qui lui laissera toutes ses heures libres dans l’intimité d’une solitude réflèxive et moi, un poste de responsabilté où les voyages, les injonctions de ma hiérarchie et les états d’âme de mes 60 collègues me laisseront tout juste le temps de lire Elle en diagonale.
De quoi meubler les conversations avec notre chien, autre projet que j’encourage fortement; mais nous ne sommes d’accord ni sur la taille ni sur le pedigree et Zazie m’a assuré qu’elle partageait mon avis. »

Le projet de retraite de Norbert a éveillé en moi des peurs considérables.

Une image me poursuivait: lui en robe de chambre, la table du petit déjeuner non débarrassée et le repas du soir improbable, alors que je rentrais harassée de Nantes ou de Paris; l’horreur pure! Je concevais bien une alternative, mais je la ressentais comme très culpabilisante: le transformer en homme de ménage à mon service et , de plus, je n’étais pas sûre qu’il soit d’accord.
J’ai donc proposé le divorce à Norbert comme solution de compromis ménageant nos intérêts personnels: lui sa retraite inespérée à laquelle il ne voulait pas renoncer et moi ma vision du couple, des droits et des devoirs de chacun.
Nous nous sommes progressivement orientés vers une autre solution: créer une résidence hôtelière et prendre un chien en pension.

La retraite de Norbert? Je la vois plutôt bien.

Je rentre, il a fait les courses et le ménage. Il a lu les journaux et fouiné sur internet et me fait part des nouvelles, des analyses politiques, de tout ce qu’il faut savoir et me signale quelques références à connaître. Je peux continuer à lire des romans tout en étant à la pointe de l’actualité politique et professionnelle. Il a réfléchi à deux ou trois projets de week-end et nous partons en camping-car. Nous faisons des photos chacun de notre côté et nous les comparons; je reconnais les oiseaux à leur plumage, il les reconnaît à leur chant. J’aime plus que tout être au bord de l’eau et dans de grands paysages dégagés, il aime les sous-bois, mais comme il est gentil nous n’y allons jamais. J’écris mon journal pendant qu’il illustre son blog. Je le rejoins en Sicile en avion pour un week-end prolongé (grâce à mes miles et à mes récupérations et autres RTT) pendant qu’il a tout le temps pour faire la route. Nous avons des amis suédois retraités en Andalousie et anglais retirés au Portugal. Il me prépare des petits plats pendant que je fais de l’aïkido et nous avons un chien (petit et intelligent). Le jardin et la piscine sont accueillants; je ne fais que les gros travaux qui ne demandent pas de soin mais produisent une saine fatigue. Nous vivons sans complexe le troisième âge des minorités sur-protégées des pays riches.

Ce qu’en pensent ses proches.

  • Certains mettent en doute son goût pour le travail, tous soulignent la variété de ses intérêts extra-professionnels.

Harry : Pour moi qui t’ai rarement vu au travail même quand nous y étions ensemble, le clairon de ton départ à la retraite sonne étrangement à mes oreilles.

Phil_panzano Philippe : Tu as toujours été à l’avant-garde…

Donc voici le précurseur parmi nous de la retraite.

Depuis longtemps ce destin te semblait promis, et comme on dit, aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années…

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Ebbe :Vraiment je te comprends, il y a tellement des belles choses à faire dans la vie sans un patron et tu sais bien le faire! Je suis actuellement au Bénin où je fais des enquetes au grand marché de Dantokpa. Après demain je pars à Parakou dans le nord.

Maeva_1

Maeva : Il me semble qu’il manque néanmoins quelque chose dans les perspectives hâtivement traçées par Le Clairon pour ta retraite : la plume ! Celle du poète, du narrateur, de l’essayiste ou du romancier, celle de ton choix, … ce serait trop dommage pour tes futurs lecteurs potentiels et/ou virtuels, dont je suis, de ne penser qu’à la création photographique !!! … plume d’oie ou écriture électronique avec laquelle tu as tourné autour du pot de nombreuses fois, en journaliste social ou en rédacteur-concepteur de presse spécialisée, isn’t it ?

Silvy : Quelle chance pour le camping-car de Norbert qui va pouvoir exprimer toute sa puissance sur les routes de France et de Navarre !!!

Quelle chance aussi pour son épouse qui va enfin pouvoir lever le pied et lui confier des tâches ménagères diverses et variées…

Pauvre Nono qui va regretter amèrement l’ambiance bon enfant du CRDC !!!

Allez va, bon vent à notre jeune retraité et pense à nous de temps en temps.

  • Les uns s’inquiètent de l’avance inexorable de l’age qui les guettent également, d’autres jalousent la future disponiblité du jeune retraité.

Patrick : Quelle nouvelle ! Moi qui me croyait à l’abri de ce genre d’information. Voilà qui annonce la parution de la liste des impétrants qui ne va cesser de croître, comme les rides, d’ailleurs.

Michel : C’est un enfoiré de nous quitter en plein combat contre le Cpe ! Il pouvait pas attendre un peu non ! Au moment où on a le plus besoin de lui, de ses analyses sur le fond (comme sur l’Europe), il s’ échappe. Mais qu’il ne se réjouisse pas trop tôt, je risque de venir plus souvent qu’il ne le pense à Lissieu (surtout quand il fera chaud ! ). Est ce que l’on se remettra de son départ ? Dieu seul le sait. Et encore !

Et je vais vous avouer quelque chose : Si la gauche (humour) revient aux manettes, et si ils remettent la préretraite fonction publique (80% 50%), je ne serais pas le dernier à me précipiter. Alors dans le fond, ma réaction ne serait-elle pas que de la vulgaire jalousie ?!

  • La plupart jettent un regard rétrospectif sur le bout de chemin qu’ils ont suivi ensemble.Avec bienveillance, en évitant la nostalgie.

Rose-marie : Mon ami, mon frère

Quand on s’est connu, il n’était qu’un camarade du syndicat, parmi les autres. Discret, pondéré, réfléchi, à l’écoute, pertinent.. Pas tout le contraire de moi, mais presque. Chemin faisant, on a appris à travailler ensemble, à se raconter, se dire, se lire et rire, à se connaître quoi. J’ai découvert d’autres traits de son caractère, la générosité, la fidélité, l’honnêteté, une droiture à toute épreuve qu’aucun article de journal ne saurait entacher, encore moins quand il s’appelle « Acteurs de l’économie » et qu’il va chercher ses « scoops » dans les eaux de la Loire alors que cela se passe dans le Rhône.

Très vite Norbert est devenu mon ami. Pas seulement l’ami sur qui tu peux compter et que tu le sais, et que, bien entendu, c’est réciproque. Non, l’ami qui t’attendrit, te fait fondre, t’émeut jusqu’aux larmes parce qu’il quitte celle qu’il aime, parce qu’il t’aime, parce qu’il l’aime, parce que, pour un homme, il sait si bien le dire, et tellement bien le faire. L’ami qui sait tellement bien partager que quand tu reçois de lui, il arrive à te faire gober que c’est toi qui as donné.

J’aime sa tribu, sa grande famille, d’aucuns diraient qu’elle est recomposée, mais d’aucuns disent parfois des conneries, pour quelle soit recomposée encore eût-il fallu qu’elle se décomposât, et ce n’est pas le cas.

Maintenant, cette famille là, j’en fais partie, c’est comme ça. Norbert, c’est mon frère. Mon frère de cœur, mon frère de combat, mon frère Norbert. Danielle ne m’en voudra pas ?

 

Christian : Le vieux Clairon sonne encore.

Non !

Le clairon ne meurt pas, ni même s’arrête.

Et s’il cesse de se faire entendre, ce n’est que pour mieux imposer son silence puis, pour le rompre à nouveau. Plus fort et plus haut.

Le second souffle du milita…nt, n’en sera que mieux entendu encore, teinté de sagesse diront certain, épris d’humanisme affirmerons les autres, assurément notre clairon continuera de résonner au delà des échéances administratives.

Le 6 juin 1962 le clairon Norbert était encore adolescent, à quelques heures de son quinzième anniversaire, peut être emboîtait il déjà les pas de son illustre saint patron confesseur et « prêchait l’inconvenance des fastes des nantis de son monde », il ne s’imaginait sans doute pas qu’un nourrisson [Christian est né le 6 juin 62, Norbert le 5 juin 48, tous deux formaient les conseillers ANPE à la négociation], 42 années plus tard louerait de concert avec lui les vertus de la concession et du compromis…

Je garde de notre clairon à la barbe blanche, une image contrastée, au sein de laquelle se mêle sérénité et détermination, combativité et respect, compromis sans compromission, ouverture et conviction

Que le clairon continue à retentir !

D’autres champ de bataille sont à labourer, d’autres tympans sont à faire vibrer

Bon souffle et… bon timbre !

 

interview

Norbert

Interview de Norbert Livet, formateur ANPE, avant son départ à la retraite

Alors, tu pars quand ?

Mon dernier jour de travail c’est le vendredi 14 Avril, le Vendredi saint, dernier jour de la passion du Christ, avant-veille de la résurrection de Pâques :

 » Mon Dieu, c’est comme si tout était neuf, comme si tout commençait depuis ce matin » (Charles Péguy).

Je ne suis pas croyant, mais je pourrais y voir un signe.

Déjà, la retraite ?

Je n’ai pas 60 ans (malgré une blancheur capillaire précoce), mais j’ai bénéficié d’une remise de peine de 2 ans grâce à une jurisprudence – vite annulée par une nouvelle loi- qui considère que les fonctionnaires pères de 3 enfants ont autant de droit à une retraite anticipée que leurs homologues féminins. Dans mon cas ce n’est pas un abus de droit, car j’ai pris une part active dans l‘élevage de mes 4 enfants, sans compter mes 2 belles-filles. Et d’ailleurs ma carrière s’apparente plutôt à celle d’une mère fonctionnaire (syndicaliste de surcroît !) : Disponibilité de 2 ans pour convenance personnelle, Congé de 2 ans pour élever un enfant, Temps partiel le mercredi, et au final pas d’autre promotion que l’ancienneté…

Un peu discret, ton départ de l’ANPE…

Je n’ai pas le goût des célébrations officielles, genre remise de médailles du travail.

Et puis l’ANPE, c’est pas plus de 20 ans dans un parcours hétéroclite : ouvrier agricole, attaché au Ministère de l’agriculture, journaliste au quotidien Rouge, restaurateur-libraire à Poitiers, conseiller à l’ANPE, membre du Conseil économique et social Rhône-Alpes, consultant en relations sociales, formateur interne de nouveau à l’ANPE … et syndicaliste depuis ma première fiche de paye.

C’est pour cela que j’ai préféré réunir, hors contexte ANPE, les collègues, les amis et les camarades militants pour une fête qui reflète cette variété bigarrée..

T’as des projets ?

A un moment où mes collègues conseillers ANPE sont mobilisés pour le suivi mensuel personnalisé, la construction d’un « Projet Personnalisé d’Accès à l’Emploi – PPAE» devient une injonction permanente pour tous les chômeurs concernés. Cet impératif du projet, omniprésent dans une société qui n’en a plus, semble aussi s’étendre aux retraités : un Projet Personnalisé de Retrait de l’Emploi – PPRE ? (pépère, hein ?)

Alors quel projet ? Un grand voyage (la Papouasie en camping-car) ? Des responsabilités syndicales (les retraités du Val d’Azergues), humanitaire (Chômage Sans Frontières), associative (les amateurs des pommes « belle de Boskoop ») ? Une liste « Oui à l’autoroute !» pour les municipales de 2008 ? Que sais-je encore?

Alors je dis STOP ! Je revendique une année sabbatique. Et que mon chemin ne soit inspiré que par mes envies, celles de mes proches ou … par le soleil qui pointe aujourd’hui derrière les arbres.

Tu as tout de même des idées, des buts poursuivis ?

L’important c’est de prendre le chemin, que l’on parte vers l’Est ou l’Ouest. Une heure ou deux de marche à pied quotidienne dans les sentiers des monts d’or, c’est une activité qui me convient. .

Alors bon pied, mais aussi bon œil, derrière le viseur d’un appareil photo. Avoir enfin le temps de peaufiner une mise au point, trouver la bonne lumière et exploiter ces images numériques aux multiples possibilités.

Et les partager sur le Web, avec un blog à venir…

Et puis rester branché, faire marcher sa tête et trouver les lieux ou les occasions d’échanges.

Les retraités sont rangés dans la catégorie « inactifs ». ça ne te fait pas peur ?

C’est vrai qu’à l’ANPE, question activité, on n’a pas le temps de s’ennuyer, soit qu’on ait toujours une file de chômeurs devant notre guichet, soit qu’on se trouve mobilisés dans le plan d’urgence pour l’emploi, dans le nouveau dispositif de formation d‘«alternance intégrative», ou dans le dernier contrat de progrès … Autant de bouleversements qui se succèdent à un rythme effréné.

Demain c’est plutôt le rythme des saisons qui dictera mes priorités : réparer la pompe à eau avant l‘été, couper la haie avant l’automne, aménager les chambres à louer avant la rentrée. Je ne m’inquiète pas de la menace de l’ennui.

Et comme dit Henry David Thoreau :

« L’art de la vie, de la vie du poète, c’est d’être occupé sans avoir rien à faire. »

Une pensée pour ceux qui restent ?

A force de parler de la guerre contre le chômage, de la bataille pour l’emploi, de mobilisation générale, ceux qui quittent, pour une raison ou une autre, les tranchées de l’ANPE sont considérés facilement comme des déserteurs ou au moins des planqués. Et les partants, souvent culpabilisés d’abandonner leurs collègues et les chômeurs à leur triste sort, se gardent bien d’afficher leur vif soulagement et s’interdisent tout commentaire apitoyé sur la situation qu’ils laissent derrière eux.

Si j’essaye de déroger à cette règle, je dirais ceci :

Je suis de ceux qui trouvent quelque bienfait au principe d’un suivi personnalisé et périodique des chômeurs. Mais, le danger principal qui guette à mon sens nos collègues, au-delà des moyens qui ne sont pas à la hauteur des ambitions, réside dans l’individualisation des objectifs et des méthodes pour gérer son « portefeuille » de chômeurs. Cette logique de l’individualisation, que nous connaissons aussi à la formation, s’accompagne d’une mise sous pression à tous les niveaux. Dans cette situation, le risque est grand de voir chacun essayer de « sauver sa peau», ce qui peut se révéler un poison pour le principe même de coopération dans le travail. Or, on ne peut pas exercer notre métier sans coopération, au risque de «péter les plombs » ou au moins d’être inefficace.

Il faut sauver le collectif dans les équipes, dans les agences, dans le respect du professionnalisme de chacun et souvent malgré ou contre le management. Je ne vous surprendrai pas en ajoutant que le syndicalisme, malgré ses défauts et ses manques, reste à mes yeux un appui essentiel dans cette entreprise.