Bergers et Border Collies en concours au Tourmalet

Ce n’est un secret pour personne que nous aimons les Border-Collie depuis l’adoption de Wiki, le chien réformé pour inaptitude au travail…et que nous cherchons toujours à en savoir plus sur ces compétences de berger qui lui ont fait cruellement défaut (ce qui ne l’empêche pas de nous accompagner dans toutes nos ballades – ici sur le chemin des buis à Aragnouet au-dessous de Piau-Engaly)

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Nous avions souvent observé et admiré le travail des bergers et de leurs chiens quand ils rassemblent et conduisent les troupeaux pour les changer de pâturage ou les mettre à l’enclos pour la nuit. Nous avions souvent remarqué la complicité du chien et du berger : il y a toujours une place pour le chien dans la voiture du berger, dans la malle ou juste à la droite du maître sur le siège défoncé. Mais nous avions aussi toujours vu les border collie comme des chiens gais et joueurs, vite dissipés, courant à leurs affaires dès qu’ils le pouvaient, taquinant les moutons sans vergogne hors du regard du berger

Comment ce gai luron, tête en l’air, devient-il soudain attentif et immobile, disparaissant presque dans l’herbe à force de se coller au sol pour démarrer comme une flèche, courir à perdre haleine puis s’arrêter net à nouveau ?

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Le concours international de chiens de bergers organisé le 26 juillet au col du Tourmalet nous a permis d’en savoir plus….

L’organisation est simple : un troupeau de brebis monté le matin de la Mongie, un juge, des bergers et leurs chiens, des panneaux matérialisant des passages obligés pour la troupe, un cercle dans lequel la troupe devra se stabiliser délimité par quelques pierres, un enclos pour enfermer la troupe à la fin de l’épreuve.

Les épreuves sont de trois types et un temps maximum est imparti pour réaliser l’ensemble :

  • aller chercher la troupe au bas du parcours et la conduire jusqu’au berger dans le cercle en la faisant passer dans un parcours obligé (entre les panneaux)

  • partager la troupe en deux (en fonction des marques que portent les brebis), sans que les brebis à garder sortent du cercle

  • faire rentrer la troupe dans l’enclos

 

Le berger s’avance au milieu du cercle et ne bouge plus, il lance le chien qui est à ses côtés pour qu’il aille chercher la troupe en bas du parcours à plus de 500m. Regardez !

Faire passer les brebis, entre les panneaux n’est pas simple : le berger siffle et ordonne :

« à gauche », « à droite », « avance », « ramène »,« couché »,« pas bouger », .

Pour séparer la troupe en deux, le berger intervient beaucoup plus car le chien est éduqué pour ne pas passer à travers le troupeau ; il ne peut le faire que lorsque son maître l’y autorise pour écarter les brebis exclues

Mettre la petite troupe dans l’enclos est sans doute le plus difficile ; une seule brebis récalcitrante et tout est à refaire. Le chien ne doit surtout pas effrayer les bêtes, d’où les « recule » de son maître qui le conduisent à contourner à distance la troupe.

Le chien et le berger arrivent finalement à faire rentrer les bêtes dans l’enclos


Et à la fin du parcours, le chien a droit à un bon bain « va à l’eau »et à un calin de son maître.

 

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Voilà, c’était le travail d’Angie et de son maître qui ont remporté le concours.

Nous avons regardé toute la journée, assis par terre sous le soleil et c’était à chaque fois merveilleusement différent selon le groupe de brebis, le berger et le chien.

Un berger nous a donné quelques conseils pour wiki et le lendemain Norbert s’est mis en tête de reprendre son éducation. Mais heureusement cela n’a duré qu’un jour

 

Réforme de la formation professionnelle : sortir de l’impasse

Le temps est loin où le dispositif de formation professionnelle, construit sur les bases d’accords des partenaires sociaux ( 1970, 1984 … chaque fois confirmés par une loi), faisait en France la fierté des acteurs sociaux dans le contexte des pays développés.

Près de 40 ans après, la formation dans les entreprises est critiquée pour sa complexité et son inefficacité. Deux chercheurs de renom Pierre Cahusac et André Zylberberg parlaient même dans un rapport de 2006 de «système à la dérive ». Reproche central «  le taux de participation des salariés sans diplôme est trois fois inférieur à celui de salariés titulaires de diplôme de l’enseignement supérieur ». Au lieu de corriger les inégalités de départ, le dispositif de formation les renforce.

La gestion des fonds, complexe et opaque, suscite des soupçons de détournement, alimentés par quelques affaires – plutôt rares mais abondamment cités dans les médias.

Bref, les partenaires sociaux, patronaux et syndicaux, sont montrés du doigt et accusés de fiasco.

  • Comment en est-on arrivé là ?

Une cogestion de façade: le dispositif de 1971 a créé une contribution obligatoire pour toute les entreprises dont le produit est géré soit par les entreprises en direct, soit par des fonds dirigés à parité par les représentants des employeurs et des salariés. Ce système a permis une adhésion relativement exceptionnelle de la part des acteurs sociaux.

thibault-bertrand.1246006143.jpg A une époque où la signature de la CGT se faisait rare dans la plupart des négociations, cette confédération a paraphé la plupart des accords concernant la formation professionnelle. Les représentants syndicaux ont ainsi trouvé leur place ( trop confortable selon les mauvaises langues…) dans les conseils d’administration des organismes collecteurs. Mais ont-ils pour autant influencé le dispositif de formation au profit des salariés? On en doute quand on considère que tous les leviers restaient aux mains du patronat : les organismes de formation qui ne proposent aux représentant des salariés qu’un strapontin dans des conseils de perfectionnement, les plans de formations dans les entreprises élaborés par l’encadrement qui ne réclame qu’un avis formel du Comité d’Entreprise.

Le tabou de l’augmentation des charges sociales . Les négociateurs de l’accord de 1970 avaient de vastes ambitions pour la formation professionnelle. Dans leur esprit, la contribution des entreprises devait rapidement augmenter jusqu’à 2 %. Or, du coté patronal ce discours de progrès a rapidement cédé la place à une position défensive : stop à la hausse des charges sociales. Dans le même temps le champ de la formation continue ne cessait de s’élargir : formation en alternance pour les jeunes , Droit individuel à la formation , Professionnalisation… avec des moyens à peine croissants ( 08% en 1972, 1,6% aujourd’hui) qui imposent le rationnement.

carossier.1246006471.jpg Une logique d ‘ «insider»: A ses débuts le dispositif de la formation continue s’adresse à un salarié type (un « insider »)qui est supposé stable, dans une entreprise importante qui propose des carrières internes à ses employés. C’est dans ce contexte que les acteurs de la formation – particulièrement les représentants syndicaux- sont le plus à l’aise pour peser sur les évolutions. Or il se trouve que les 30 ans qui ont suivi ont battu en brèche ce modèle. L’emploi précaire a explosé et les nouveaux modes de gestion de la main d’œuvre ont créé une population flottante qui rassemble principalement des bas niveaux de qualification.

caissiere.1246007841.jpgDans le tertiaire marchand en 2007 le taux de rotation annuel ( moyenne du taux d’entrée et du taux de sortie pour 100 salariés dans l’entreprise au 1er janvier) était de 59 % ! Alors on peut formuler l’hypothèse que ces salariés ( majoritairement peu qualifiés) ne sont pas formés parce qu’ils ne restent pas dans les entreprises. Ainsi, on aura beau perfectionner les dispositifs de formation dans l’entreprise, on passera toujours à coté de la cible de ces salariés peu qualifiés. On peut constater aussi que leur mobilité passe plus que les autres par des périodes de chômage. C’est donc dans le cadre du chômage qu’on pourrait mettre en place des actions massives de formation pour les moins qualifiés, alors qu’on ne leur propose actuellement que des stages courts d’adaptation conjoncturelle au marché du travail.

Le scepticisme des salariés : Tout système institutionnel se transforme sous la pression de la demande sociale qu’il est censé exprimer. C’est bien là le problème en ce qui concerne la formation, car les salariés n’ont plus trop d’attente vis à vis des dispositifs de la formation continue; ils leur apparaissent comme incapables de changer et d’améliorer leur situation.

formation.1246006678.jpg Les plus diplômés y trouvent juste un moyen de renforcer leurs avantages sur le marché du travail, les moins qualifiés perçoivent l’envoi en formation comme l’antichambre des restructurations et des licenciements, tous suivent passivement les programmes d’adaptation organisés au seul profit de l’entreprise dans sa course à la modernisation. En cause dans cette désaffection, la baisse drastique des processus de promotion interne, la forte relativisation de la qualification au profit de la notion floue et manipulée de compétence, mais aussi la désespérance des plus démunis de voir leur sort s’améliorer.

  • L’ Accord du 7 janvier 2009 , un texte ambitieux.

5-leaders-syndicaux.1246006792.jpg Les partenaires sociaux ne sont pas restés insensibles à ces évolutions et à ces critiques. Dès 2004 ils mettaient en avant un droit individuel à la formation (DIF) susceptible d’impliquer des salariés plutôt éloignés des systèmes de formation; ils refondaient les contrats en alternance pour les cibler sur les jeunes les moins qualifiés et les chômeurs avec les contrats de professionnalisation. Ils créaient les périodes de professionnalisation en direction des salariés les moins qualifiés dans le but d’anticiper les évolutions de leur travail.

Mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres. Très peu de chômeurs adultes ont bénéficié des contrats de professionnalisation . Très peu de salariés se sont retrouvés en période de professionalisation. Quant au DIF, il a fallu attendre 5 ans pour que le principe de la portabilité (conserver son droit quand on change d’entreprise ou qu’on se retrouve au chômage) puisse se concrétiser.

L’accord du 7 janvier ambitionne de donner une vraie dimension à ces objectifs, dont la notion phare se retrouve dans la sécurisation des parcours professionnels, une formule élaborée par la CGT ( la sécurité sociale professionnelle), qui a fait florès depuis, y compris au sein de l’UMP.

chef_chantier.1246008401.jpgLes partenaires sociaux prennent enfin en compte ce constat : la sécurité collective des carrières au sein d’un entreprise ne suffit plus à sécuriser des parcours d’individus qui vont connaître de nombreux changements professionnels de métiers, d’entreprise, de secteur . Ils innovent en parlant maintenant de formation initiale différée, en mettant l’accent sur la Validation des acquis de l’expérience ( VAE) et le projet professionnel.

Et surtout l’accord prévoit un fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels avec des objectifs ambitieux et chiffrés en direction des salariés peu qualifiés et des chômeurs.

pole-emploi.1246008051.jpgCes actions, qui dépassent largement le cadre de l’entreprise, réclament naturellement des co-financements : état, régions, Pôle Emploi (régime d’assurance chômage) qui sont, hélas, toujours le point faible des programmes inter-institutionnels. On compte toujours sur le partenaire d’à coté pour apporter la contribution décisive.

Les partenaires sociaux attendaient donc avec intérêt le projet de loi du gouvernement pour donner forme à leurs projets. On verra plus loin qu’ils ne sont pas tout-à-fait rassurés sur l’engagement de l’état.

 

  • Un projet de loi en retrait

Le texte concerne la formation financée par les entreprises à destination principale de ses salariés; à savoir un champ qui ne représente que 41,2% des dépenses de formation en 2006. L’état finance 27,2%, les régions 14,4%, l’UNEDIC, les autres administrations et les ménages, le reste.

lagarde.1246009364.jpgComme souvent le projet de loi reprend ce qui intéresse le gouvernement, laisse de coté certaines propositions jugées indésirables et inclut des rajouts qui ne sont pas toujours du goût des signataire de l’accord Ainsi le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels est repris, ainsi que nombre de simplifications et dispositions techniques pour la mise en œuvre du droit à la formation.

Ne sont pas reprises quelques pistes relatives à la formation initiale différée ( une « seconde chance » pour les salariés peu diplômés) dont la construction et le financement (renvoyé à l’état …) restaient très flous dans l’accord.

En revanche le projet de loi revient sur le domaine de l’information et de l’orientation. Il proclame , près de 30 ans après le rapport de Jean-Paul Murcier devant le conseil économique et social, un droit à l’orientation professionnelle continue. A la bonne heure! Sauf que la notion d’orientation se réduit pour le gouvernement à la labellisation des organismes qui y concourrent,  à la création d’une plate-forme téléphonique et à un site d’information sur les filières et les formations (la plupart des régions, l’ONISEP y ont pensé avant !). Lorsqu’on connaît la misère des centres d’Information et d’Orientation qui ont déjà du mal à assurer un minimum de service pour les scolaires, on reste sceptique sur les perspectives de cette noble cause.

afpa.1246006936.jpgQuant aux services d’orientation de l’ AFPA , ils devraient passer à Pôle Emploi. Voici longtemps que l’ANPE avait démantelé la fonction de bilan-orientation en interne. D’après le projet de loi, son successeur récupèrerait maintenant, les psychologues de l’AFPA qui fonctionnent avec une autre culture, construite à l’origine sur la sélection des candidats à leurs propres stages

Mais la grande affaire de ce projet de loi se situe dans la création du fonds de sécurisation des parcours professionnels. Le gouvernement met en avant les 500 000 salariés peu qualifiés et les 200000 chômeurs qui vont bénéficier d’une formation . Parfait ! Mais, comme souvent, le diable se cache dans les détails . Avec une dotation de 900 millions d’euros ( l’état reste discret sur sa participation qui pourrait s’ajouter aux financement des partenaires sociaux ) que va-t-on proposer aux bénéficiaires avec, pour chacun, 1285€ de prise en charge : encore des stages courts et au rabais ! On sait bien que les stagiaires peu diplômés n’en retirent aucun profit décisif.

Le projet prévoit également de réformer les circuits de collectes. D’ici deux ans un grand nombre d’Organisme Paritaires de Collecte Agréés devraient disparaître ou se restructurer, malgré la résistance des acteurs concernés.

prdf.1246008672.jpgEnfin le projet a pour ambition de renforcer le nécessaire dialogue entre l’état, les régions et les partenaires sociaux en imposant notamment une contractualisation du Plan Régional de Développement de la Formation. Les régions, jalouses de leurs prérogatives, préféraient une concertation plus informelle avec les préfets et les recteurs. L’état revendique maintenant un leadership dans un système de formation où on s’accordait à reconnaître dispersion de moyens et manque de cohérence. Faut-il le regretter ?

Restent de nombreuses interrogations sur les moyens engagés par l’état, qui rejoignent le flou persistant sur le fonds d’intervention social annoncé aux partenaires sociaux en Février dernier .

Face au chômage partiel, aux licenciements , la formation pourrait constituer un puissant outil pour ouvrir une issue positive à la crise pour de nombreux salariés. L’absence de réactivité des pouvoirs publics et des acteurs sociaux, le manque de sérieux apporté aux solutions concrètes risquent, s’ils ne sont pas dépassés, de marquer pour longtemps une occasion ratée.

 

Sacré FILO !

Et voilà , c’est Filo, arrivé le 17 mai à 12 h 40, pesant 3 kg 660, très serein devant sa nouvelle vie . Les parents, Mona et Andréas, sont ravis et fatigués.
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Mais Filo ! C’est quoi ce prénom ? A entendre les parents, c’est lui-même qui l’aurait choisi , tant Mona et Andréas l’ont spontanément désigné ainsi, comme un message reçu de l’au-delà des bébés.

Aucun exemple, aucun dictionnaire de prénom ne les ont inspirés. Ne cherchez pas non plus dans les diminutifs (de Philéas , par exemple ou de Philos , comme ses amis désignaient Charles Darwin pendant son long voyage). Non Filo, c’est Filo !

nono-filo.1242882776.jpg Alors bienvenue, Filo ! se félicite le grand-père devant la croissance de la troisième génération.

berceau.1242883035.jpgLes habitués du Clairon connaissent l’histoire précipitée du couple de ses parents, mariés avant même d’avoir trouvé travail, logement et titres de séjour pour la future maman. Les deux époux n’ont pas les deux pieds dans le même sabot :

tout était réglé et prêt pour le 9 mai, lendemain de la victoire et date déterminée par les autorités médicales comme issue normale de la gestation. Dans la chambre le berceau était à sa place.

filo-zoom.1242883723.jpg Mais Filo ne l’entendait pas ainsi et a préféré prendre son temps, laissant ses parents fréquenter la maternité tous les deux jours pour surveillance médicale. Le manège a duré ainsi 8 jours… jusqu’à la fête organisée pour les anniversaires de son oncle ( 1er mai) et sa tante (5mai) , qui avait un parfum de retour aux sources et …. au bac à sable. titan.1242883481.jpg

Est-ce le rêve prémonitoire de Nora, est-ce l’ambiance, la musique, la danse, les vapeurs d’alcool (boudé par ses deux parents qui se doutaient de quelque chose )… qui ont déclenché la sortie ? Toujours est-il que la soirée festive s’est terminée pour Mona et Andréas dans la salle d’accouchement.

cousin.1242884045.jpg Un accouchement sans souci, un rétablissement rapide. Au bout de 72 H, Filo se retrouve à la maison dans son berceau.

Le temps est venu de se montrer aux amis, oncles et tantes et … cousins – Antonio en l’occurence  pas vraiment intéressé par cette petite chose. grands-parents.1242927361.jpg

Le temps, aussi pour Andréas de se poser avec son fils et de prendre son congé de paternité. Le temps enfin de préparer la venue des grands parents accourrus depuis Beyrouth, ravis de découvrir leur premier petit-fils et de prendre contact avec la famille d’Andréas.

Le Lot au fil de l’eau

Le Lot n’est pas seulement une belle rivière, née au pied du mont Lozère, et qui rejoint la Garonne au bout de 480 Km de méandres incrustés dans les plateaux calcaires des Causses.

gabarre.1240840613.jpgC’est aussi, depuis le XIIIème siècle, une voie navigable qui permettait à quelques téméraires, embarqués à partir d’Entraygues, de transporter dans des Gabarres, embarcations rudimentaires à usage unique, le charbon de Decazeville, le vin de Cahors et les produits agricoles de ces marges sud du Massif central jusqu’aux quais de Bordeaux. Les mariniers, une fois livré leur marchandise et revendu le bois de leurs bateaux, s’en revenaient ensuite chez eux à pied, nantis d’un précieux pécule.

Au fil du temps, la navigation s’était modernisée, grâce à des aménagements qui permettaient de dompter cette rivière inconstante, parmi les premiers à équiper une rivière sur une telle longueur. Ainsi les barrages, dont les longues chaussées ferment les biefs en biais, ponctuent le cours de la rivière, associés à des écluses à deux portes à guillotine. Mais les beaux jours de la navigation fluviale ont pris  fin avec l’arrivée du train qui remontait la vallée. En 1926, le Lot, dont les installations avaient été abandonnées, était déclassé et désormais non navigable.

roquelongue-2.1240839813.jpg Ce n’est que dans les vingt dernières années  que les départements s’intéressent de nouveau à la navigation, attirant ainsi un tourisme de plaisance, très prisé par les britaniques notamment. Une remise en état des écluses est souvent suffisante.

roquelongue.1240839312.jpg Mais parfois il s’agit de très gros travaux, comme ici  à Roquelongue où l’on a prévu de construire un nouveau barrage à clapets.Quelques verrous demeurent comme à Cajarc, interdisant  un parcours continu. Cela n’a pas empéché  de petites flotilles de bateaux de plaisance de s’implanter le long de la rivière.

Perchés sur les 4 roues de notre Camping-car, nous avons essayé de les pister depuis Cahors (ci-dessous devant le pont Valentré) jusqu’à Entraygues, bivouaquant à proximité des haltes fluviales.

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bateaux-bouzies.1240846545.jpg La vallée alterne cingles (une boucle presque repliée sur elle-même),  larges bassins et défilés vertigineux. Nous nous arrétons à Bouziès, en face de la falaise de calcaire gris, dans une halte fluviale à la rive ombragée. Un peu plus loin, le chemin de halage (toujours à main droite en remontant le courant) n’a plus d’espace pour continuer, il est alors taillé dans la roche.

Nous reprenons la route en direction de Saint-Cirq-Lapopie, en grimpant sur le rebord du plateau qui offre un magnifique point de vue sur la vallée, juste au-dessus du confluant avec le Célé.

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Saint-Cirq domine la rivière de sa falaise claire, installé sur un piton. Les constructions moyennageuses sont serrées sur ses pentes, autour de sa  puissante église duXVème siècle à abside romane, donjon carré et tourelle d’escalier. L’ensemble architectural est exceptionnel, dans la mesure où la totalité du bâti est homogène et parfaitement entretenu.st-cirq-vu-du-lot.1240858973.jpg

Les rues où s’ouvrent des arcades d’échoppes conservent le souvenir des activités
artisanales qui firent la richesse de Saint-Cirq.
Aujourd’hui la moindre impasse est hélas colonisée par un commerce envahissant de souvenirs et d’artisanat. 

La renommée de Saint-Cirq tient aussi au séjour en ses murs de prestigieux artistes et écrivains, dont André Breton qui écrivait : 

« Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement : celui qui fixe à tout jamais.
J’ai cessé de me désirer ailleurs. »

Il y acquiert dans les années 1950 une maison de chevalier, en bordure de la place du Carol, sous les vestiges du château de Lagardette, (ci-dessous à droite en bas, reconnaissable à sa tour carré dominant la toiture),  l »Auberge des mariniers » qui nous rappelle que Saint-Cirq, perché sur une falaise au-dessus du Lot était aussi un port important.

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Tous les chemins de Saint-Cirq descendent évidemment vers la rivière qui s’étale dans une large plaine agricole, où nous trouvons une aire de stationnement pour les camping-cars.

ecluse-saint-cirq.1240922984.jpg En descendant  la rive vers l’aval, au pied du village on découvre l’écluse sous un couvert de verdure et couplée à un moulin en très bon état mais sans doute plus opérationnel.  Ce matin-là la surface du bief est particulièrement lisse et calme, faisant office de miroir où se réflète le bleu du ciel et l’image du village.

Sur le chemin du retour, sur la rive opposée, le petit port de Tour-de-Faure reçoit les premiers rayons du soleil. Les tons gris de la falaise se teintent maintenant d’un ocre léger.

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Mais il est temps pour nous de repartir et d’abandonner un moment le Lot pour explorer la vallée du Célé, un affluent aux eaux si vertes et cristallines qui déroule ses méandres dans un plateau aride et sauvage : le Causse du Quercy.

Le Lot, de sa source au confluent de la Garonne , c’est une longue histoire !

Willie à l’ANPE

la-meilleure-part.1237395449.jpgWillie c’est un personnage  d’un roman dont on a beaucoup parlé  : La meilleure part des hommes (prix de Flore 2008) de Tristan Garcia qui s’inspire de l’histoire récente du mouvement homosexuel. J’y ai porté un intérêt particulier du fait que j’avais connu personnellement quelques acteurs de cette aventure. Avec Jean, fondateur de la revue le gai pied, premier magazine de la galaxie gay, Gérard et Nicolas, je vivais en 1977 en communauté, seul hétéro au milieu d’une joyeuse bande d’homos.

Le temps était au militantisme, déclinant pour moi en politique, bouillonnant pour ces amis impliqués dans le GLH , Groupe de Libération des Homosexuel, tendance PQ (?) Politique et Quotidien.C’était effectivement la fraction la plus politique du mouvement , la plus « sérieuse » en quelque sorte. Pas de « folles » excentriques ou de supermâles musclés en tenue de cuir (du moins en public …)

Et puis , la communauté s’est dissoute, on s’est perdu de vue.

actup.1237399881.jpgAprès la joie de l’affirmation et de la sexualité libérée, ce furent les années SIDA. Et un nouveau militantisme contre la maladie et sa prise en compte par la société, avec la fondation d’Act Up, et le lancement du Sidaction, dont on fête le quinzième anniversaire ce week-end. Je ne raconterai pas ces années, car je m’en étais éloigné et le livre finalement, à travers l’histoire de trois personnages, en donne une bonne vision.

Laissons la présentation du bouquin à son auteur :

Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d’émancipation de l’homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L’un et l’autre s’aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d’une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d’une période décisive dans l’histoire de la sexualité et de la politique en Occident. Ce conte moral n’est pas une autofiction. C’est l’histoire, que je n’ai pas vécue, d’une communauté et d’une génération déchirées par le Sida, dans des quartiers où je n’ai jamais habité. C’est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et – en négatif – de la meilleure. 

 

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Le second intérêt que j’ai porté à ce livre réside au chapitre 19 ( dont les bonnes feuilles se trouvent ICI) . Il se trouve que Willie, artiste marginal, un temps célèbre, est inscrit à l’ANPE. A sa grande surprise, il reçoit un jour une convocation pour un entretien avec un conseiller de l’agence. Que va-t-il faire ? Profil bas en feignant de s’intéresser aux propositions de son conseiller ? Non ! plutôt jouer le grand jeu de la « folle » délirante, dont le pauvre conseiller ANPE devient la victime innocente.  S’en suivent quelques scènes rocambolesques où Willie va mettre sens dessus dessous l’agence et ses employés. La fantaisie et le comique sont  au plus haut, même si quelquefois je me retrouvais en imagination à la place du malheureux Jean-Philippe Bardotti, conseiller acculé à la démission pour échapper à la comédie finalement cruelle de son demandeur d’emploi.

Le livre rapporte ensuite les efforts des militants, dont dominique Rossi, fondateur de Stand Up (Act Up en réalité) pour développer la prévention contre le SIDA. Mais au fil des ans , une nouvelle génération, dont Willie,  récuse ces priorités et vient contester les leaders historiques . C’est sur cette toile de fond que se développe l’hostilité grandissante entre Dominique et Willie, jadis amants, désormais ennemis jusqu’à la tombe.

Au terme de cette histoire, l’auteur, empruntant la voix de la narratrice, s’interroge : d’un coté des  » êtres humains dont toute l’importance est exhibée, sous forme de faits, de réalisations, de discours parce qu’ils parlent, parce qu’ils agissent et qu’ils travaillent… » de l’autre coté ceux « dont toute la valeur, toute la vie, est à l’intérieur » que seule une proximité bienveillante permet de découvrir. C’est plutôt à ces derniers, aux Willie que l’auteur reconnaît la meilleure part des hommes.

Une question grave qui s’adresse à chacun de nous, lecteurs.

C’est le moment de faire un don pour le SIDACTION

 

200€ pour tous: à Vierzon comme à Pointe à Pitre ?

A l’heure où ce billet paraît, l’incertitude plane encore sur le sort réservé à l’accord partiel intervenu en Guadeloupe entre le collectif LKP et une petite partie du patronat – l’Union des entreprises guadeloupéennes qui s’est créée pendant la crise et qui regroupe des petites entreprises . Nul ne sait si l’attitude du MEDEF local s’explique par un entêtement particulier de sa délégation locale, ou bien si le MEDEF national souhaite ainsi exprimer une opposition de principe à une solution qui ne lui convient pas.manif-gwada-1.1236007341.jpg

Le LKP évoque la possibilité d’une extension de l’accord . Effectivement le Ministère du Travail pourrait prendre un arrêté imposant les termes de l’accord à toutes les entreprises de Guadeloupe, même celles regroupées dans des organisations non-signataires.

– à condition de s’opposer frontalement aux organisations patronales majoritaires

– à condition d’avoir consulté préalablement le commission nationale de la négociation collective

–     – à condition que l’arrêté d’extension ne soit pas attaqué devant les tribunaux, vu la fragilité de sa base juridique

Bref, une stratégie à haut risque pour les pouvoirs publics. Donc, pas moyen de contourner l’opposition du MEDEF sur lequel pèse désormais une pression de tous bords, y compris de l’UMP.

guadmediateurs.1236007426.jpgLa tâche des médiateurs , Serge Lopez – dont j’ai pu apprécier les qualités de fin négociateur, lorsque je m’occupais à Lyon, du développement des négociations 35 H- et Jean Bessière – qui fut aussi en poste à la direction du Travail à Lyon – est présentée maintenant comme terminée. Mais tout le monde sait bien que la non-signature patronale fait planer une menace majeure sur les perspectives de pacification du climat guadeloupéen.

 

Et puis, que peut-on penser des 200€ pour tous, cet OSNI, Objet Social Non Identifié tel qu’il ressort de ces négociations ? Il s’applique aux salariés jusqu’à 1, 4 fois le SMIC. Comme souvent en matière sociale, le diable est dans les détails . Le salaire comprend-il les primes ? Qu’advient-il de ceux qui touchent légèrement plus que 1,4 fois le SMIC ? Ils risquent d’être rattrapés et dépassés par les bénéficiaires de l’augmentation. Que se passera-t-il à la fin prévue des aides publiques ?

Et puis surtout cette mesure est la première à pulvériser ainsi les frontières entre revenu et salaire, en introduisant une aide de l’état dans une solution à un conflit salarial. La porte est désormais ouverte.

Ce n’est pas nouveau que l’état intervienne dans la formation des revenus, par le biais des prestations sociales, par exemple. En France, le tiers des revenus des ménages est constitué par des transferts alimentés par les impôts ou les cotisation sociales. Récemment l’effort s’est porté sur une catégorie montante – les travailleurs pauvres : la prime pour l’emploi créée sous Jospin , le futur RSA (qui sera anticipé en Guadeloupe) pour les chômeurs qui reprennent un job mal payé.

Mais c’est bien la première fois où l’état s’implique autant dans un conflit salarial. Sur les 200€ , l’état apporte 100, les collectivités locales 50 !

fort-de-francei.1236007512.jpgAlors, il est impossible d’éluder la question de la généralisation . D’abord à la Martinique – ce qui est en bonne voie, ensuite à l’ensemble des DOM -qui partent dans le mouvement le 5 mars et qui ont autant d’arguments à obtenir satisfaction que les Guadeloupéens.

 

Et puis pourquoi cette revendication ne serait-elle pas reprise en Métropole, à Maubeuge ou à Vierzon, dans certaines régions ou dans certains secteurs professionnels,là où les salaires sont particulièrement bas ? En mettant en avant les mêmes solutions : à savoir une augmentation du revenu pour les bas salaires qui pèserait pour 25% sur les entreprises – à savoir l’équivalent d’une hausse du SMIC de 5%.

Potentiellement ce sont près de 6 millions de salariés du privé qui sont concernés représentant un besoin de financement public d’une dizaine de milliards d’euros. Soit à peu près le montant de la suppression de la taxe professionnelle promise par Sarkosy aux entreprises.

A un moment où on cherche des leviers pour une relance de l’économie par le biais du pouvoir d’achat, voilà un moyen puissant de pousser la demande. C’est sans doute ce qui inquiète le MEDEF et le gouvernement. Le virus tropical de la revendication salariale serait-il contagieux en climat tempéré ?

 

A la découverte des oiseaux de Guyane

Depuis que notre séjour en Guyane était fixé, Danièle qui, sans être une spécialiste, est une passionnée d’ornithologie,  ne cessait de penser aux  716 espèces d’oiseaux qui nous attendaient dans ce département. « Des oiseaux que nous n’avons jamais aperçus pour la plupart, dont nous ignorons l’existence ! Des couleurs jamais vues , des chants inouïs  »

Dés le premier jour nos promenades nous avaient aménés vers des sites d’observations (les salines de Montjoly ci-dessous).

salines-montjoly.1233593376.jpgA chaque fois , nous avions rencontré de fins connaisseurs des oiseaux qui nous avaient expliqué la richesse et  la diversité des espèces. Ils nous avaient recommandé de nous rapprocher du GEPOG pour trouver de la documentation ( voir Portraits d’oiseaux guyanais – publié aux éditions Ibis Rouge) et des conseils. Et avant tout, il fallait faire un tour au port , le soir vers 18h , pour voir le retour des Ibis rouges. L’Ibis, c’est l’oiseau emblématique de la guyane , installé sur la côte, vers les estuaires où il trouve sa nourriture : des petits crustacés qui pululent dans les vasières et qui lui donnent sa spectaculaire coloration.

vieux-port-photographes.1233594273.jpg Rien d’étonnant à ce que le deuxième jour , nous nous retrouvions sur la jetée du port à attendre la venue des aigrettes, des bihoraux, des courlis et surtout … des ibis rouges. Le spectacle attire une petite foule de touristes curieux, d’amateurs avertis d’ornithologie, mais aussi des cayennais qui viennent avec leur enfants. Chacun se sent alors photographe, mais certains se distinguent par leur matériel très pro.

La marée est en train de monter. de nombreuses espèces explorent les mares autour de la jetée, à la recherche de petits poissons ou de crustacés.

spatules-rosees-2.1233650286.jpgOn peut observer le manège des spatules rosées qui agitent, dans un mouvement circulaire incessant, de gauche à droite et inversément,  leur bec qui leur sert à filtrer la vase pour y trouver leur nourriture. Ces deux spécimens sont des jeunes, leur couleur est très claire.

vieux-port-lunette.1233653346.jpg Les animateurs du GEPOG ont amené une lunette qui permet d’observer les aigrettes à la recherche des petits poissons prisonniers des cuvettes qui commencent à se remplir de nouveau. La technique de pêche est précise, le cou se déploie d’un seul mouvement rapide et le bec ramène la proie vite engloutie. A gauche l’aigrette bleue, à droite l’aigrette neigeuse .

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En attendant la venue des ibis, le regard se pose sur les environs immédiats de la jetée. Et que voit-on sur un pilier en bois ?

anolis-web.1233657547.jpg Un lézard bien particulier qui mène un drôle de manège : une fois bien en vue au-dessus de la mangrove, le voilà qui se met à gonfler son jabot, « un fanon gulaire », qui prend des couleurs d’un jaune vif. Une manière sans doute de parade pour s’attirer les faveurs des femelles qu’il cherche à séduire. Renseignement pris il s’agit d’un Anolis, souvent appelé faux-caméléon, rapport à ces changements de couleur.

Mais une rumeur parcourt la petite foule des curieux sur la jetée.

ibis-en-vol-2web.1233667030.jpg Ils arrivent ! D’abord des juvéniles, reconnaissables à leur plumage brun clair, qui viennent faire un tour, en éclaireur, au-dessus de la jetée. Le soleil n’est pas loin de disparaître à l’horizon. Au loin s’annoncent des groupes denses d’Ibis qui s’élèvent au-dessus des vasières. Les premières bandes se rapprochent, leur couleur rouge éclate dans la lumière rasante du jour. Ils tournent au-dessus de nous,  commencent à viser le sommet des arbres et s’abattent en grappes sur les branches dans un ballet étourdissant de plumes et de couleurs.

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L’autre oiseau emblématique de la guyane , c’est le Toucan.

toco-toucan.1233672499.jpg On en distingue 7 espèces en Guyane. Le Toucan Toco (ci-contre) est le plus grand de la famille des Toucans présents en Guyane. Il vit plutôt dans les forêts marécageuses et les mangroves. Il est très reconnaissable avec son long bec jaune. Les toucans sont très bruyants avec un cri nasillard pas toujours très agréable. Le gros bec qui caractérise les toucans est utilisé pour briser l’enveloppe des fruits qui constituent sa nourriture principale.

Quant au toucan à Bec rouge , le plus grand et le plus coloré, il vit dans la forêt primaire amazonienne.

toui-para-brotogeris-chrisopterus-web.1233673629.jpg C’est dans la forêt aussi qu’on trouve les aras et autres perroquets, qui sont installés dans la canopée, l’étage supérieur (souvent à 20 ou 30 m de hauteur) de la végétation amazonienne. C’est dire que, pour nous pauvres bipèdes terrestres,  les approcher est mission impossible. Alors, pour les voir de plus près, c’est plus facile dans le parc animalier de Macouria réouvert depuis quelques mois, un zoo bien organisé et très bien tenu, centré sur les espèces sauvages de Guyane.

On peut y voir ces petits perroquets bruyants, les Toui Para, au plumage vert , qui se nourrissent du nectar des fleurs.

hocco-web.1233674567.jpg Plus discrets les Hoccos Alector, gros oiseaux de la forêt- de la taille d’une oie-, cibles faciles pour la chasse qui n’est pas réglementée dans leur cas. Avant notre visite au zoo, nous avions eu la chance d’en croiser un spécimen sur la montagne de Kaw alors qu’il traversait la route d’un vol lourd.

dendrocygne-a-ventre-noir-dendrocygna-autumnalis-web.1233675969.jpg Plus loin, les dendrocygnes à ventre noir occupent le bord d’une mare, en groupe serré. Ce canard est facile à identifier grâce à ses pattes roses, son bec rouge vif et son ventre noir. Le mâle et le femelle sont identiques , alors que les jeunes au plumage marron, aux pattes et au bec gris, sont plus ternes. Il est aussi menacé par la chasse, comme tous les canards de guyane, à l’exception du canard musqué qui, théoriquement, est protégé.

Devant cette richesse et cette diversité de l’avifaune, on imagine que les guyanais sont attentifs aux oiseaux de leur pays. Ils sont en tout cas très sensibles au chant des Pikolets ( sporophile curio) en captivité. C’est ainsi qu’on voit fréquemment  des passionnés dans des lieux publics ( à vélo, en voiture , dans le bus, dans la rue) avec une cage dont ils prennent grand soin. Comme l’illustre le reportage ci-dessous, cette tradition, amenée par les javanais ( les exilés indonésiens au Surinam voisin) s’observe chez de nombreux amateurs qui participent , avec leur champion de la mélodie, à des concours de chant qui donnent lieu à des paris et à de fortes récompenses.

Mais les Pikolets sont victime de leur succès.  Les captures ont raréfié l’espèce. L’élevage et la multiplication en captivité donnent des individus moins appréciés pour leur chant, paraît-il. Alors , menacé , le chant du pikolet ?

Marchés de Cayenne – cuisine guyanaise

A part deux hypermarchés, l’essentiel de l’alimentation à Cayenne se trouve dans des petits libre-service. La plupart du temps , ils sont tenus par des familles chinoises (même les Huit à Huit et autres Proxi). Pour faire ses courses de tous les jours, on va « chez le chinois », appellation générique appliquée à tous les épiciers. On y trouve de tout : des boissons, des conserves, des surgelés, des légumes secs , du Kwak -une base du régime alimentaire, c’est de la farine de manioc en granules, comme de la semoule ou du boulgour – du porc  en saumure, notamment les queues de cochon , très appréciées. On trouve tout …sauf des produits frais. On est bien content de ramener une salade et quelques fruits. Il est donc indispensable d’aller sur les marchés.

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On y trouvera des salades fraiches, du persil, de la coriandre, de la cive, des haricots kilomètres marche-gombos.1233313117.jpg

( comme un haricot vert mais long de 50 cm, pas besoin d’un équeutage fastidieux ), des aubergines, des Giraumon ( la courge locale qu’on peut préparer en gratin ou en tarte salée) et les Gombos , appelés aussi Calous (ci-contre). Les gombos sont un peu fades et gélatineux mais excellents dans un ragout de légumes bien relevé. Evidemment, l’oeil est attiré par les grosses racines d’Igname et les empilements de Dachine ( idéal pour accompagner un poisson au roucou, un condiment très coloré spécialité des plantations guyanaises autrefois, ou un colombo, avec du curry).

marche-papaye.1233324781.jpg Les fruits sont omni-présents : ananas pays, cueillis du matin, une fraîcheur et des aromes inconnus chez nous dans nos rayons de fruits et légumes ,  Papaye vertes (préparée rapée en salade) ou mûre (photo ci-contre, délicieuse avec un filet de citron vert). Les agrumes sont toutes vertes sous les tropiques, même à maturité, à l’instar des citrons verts, des oranges mais à la différence des énormes shadeks (les vrais pamplemousses, ceux que nous connaissons sont des pomelos) jaunes qu’on choisit à leur densité. Les bananes se retrouvent vertes ( les ti-nains , pour la cuisson), les cavendish jaunes que les locaux consomment facilement muscades, presque noires et les bacoves, petites bananes jaunes , tellement parfumées.  D’autres fruits sont excellents aussi en jus : les maracudjas (fruits de la passion), les corrosol.

Cette abondance et cette diversité sur les marchés, sans égale dans les antilles françaises, frappent le visiteur.

champ-cacao.1233326488.jpg Cela n’a pas été le cas autrefois dans une guyane où l’agriculture n’a pas toujours connu des succès. Le secret ? il faut aller le chercher dans les champs qui bordent la Comté , une rivière de l’intérieur, à Cacao précisément. Voici trente ans qu’ici s’établit une colonie de Hmongs, réfugiés du Laos, fuyant l’hostilité des régimes communistes qu’ils avaient combattu aux cotés des français , puis des américains. Ces montagnards ne savaient faire qu’une chose : cultiver la terre avec ténacité et attention , comme autant de potagers et de vergers. Ils fournissent aujourd’hui l’essentiel des fruits et légumes de Guyane.

poissonnier.1233336552.jpg Pour le poisson, il vaut mieux aller au marché au poissons, 5 mn plus loin. La glace ne manque pas sur les étals et le stock est à l’abri dans les chambres froides. Il se consomme en guyane beaucoup de poisson qui se trouve facilement à des prix très abordables (autour de 6 € le Kg). Les espèces interessantes pour la cuisine ne manquent pas  L’acoupa rouge , abondant, a une chair ferme et savoureuse. Certains préfère la loubine, qu’ils classent en premier.poissons.1233337440.jpg

Les filets d’acoupa peuvent être cuits à la vapeur et servis avec un sauce à l’ail et des christophines. Ils peuvent être marinés et cuits dans un court bouillon ou dans des papillotes, accompagnés de patates douces et de bananes plantain. Ou tout simplement sauté à la poèle avec une sauce maracudja.

Pas la peine de chercher les bouchers  à Cayenne. Il n’y a pas de tradition ancienne d’élevage. En revanche depuis une vingtaine d’année, des fermiers pionniers, souvent d’origine métropolitaine, se sont lancés dans l’élevage, pour produire de la viande mais aussi des produits laitiers (la Césarée, entre Kourou et Cayenne, se présente comme la ferme de Lait Quateur). On les retrouve au marché des producteurs vers la Madeleine. Et puis création récente, Maxiboeuf, une moyenne surface spécialisée en boucherie, charcuterie, traiteur qui vend des produits de métropole mais aussi de la viande guyanaise.

vachcreol.1233394544.jpg Dans les champs, sur les savanes de la bande cotière, on voit des vaches créoles, croisement de zébus africains et de vaches sud-européennes. L‘INRA de Guadeloupe travaille à l’amélioration de cette race qui est à la fois résistante  aux conditions tropicales (chaleur et parasites) et productive.

Nous n’évoquerons pas ici les fricassées de caimans, les civets de cochons bois ou d’agouti et autres préparations de gibiers – les guyanais parlent de viande de bois- peu accessibles aux touristes de passage. Si la chasse est peu réglementée, le commerce de ces viandes est en général interdit.

Terminons ce tour de la gastronomie guyanaise par une note de saison. La galette des rois ! Ç’est une folie ! Ça commence à l’épiphanie, comme chez nous  et ça n’arrête pas jusqu’à la fin du Carnaval – le mercredi des cendres, le dernier jour avant le carême, le 24 février en 2009. Tous les prétextes sont bons : réunions familiales, amicales, au travail, avec les voisins, dans les associations sportives, culturelles ou carnavalesque. Pendant près de 2 mois, les boulangers ne savent plus où donner de la tête. Au menu : les traditionnelles galettes à la frangipane (les Pithiviers, comme chez nous) mais aussi les galettes fourrées à la confiture de Goyave et autres préparations locales. De quoi accompagner un carnaval très long : il faut tenir la distance !

24 H sur les marais de Kaw

Au début du XIXème siècle les autorités de la colonnie française avaient entrepris d’y installer une vaste zone de Polder. Les premiers colons y avaient débuté une activité de grande culture employant de nombreux esclaves. Mais, comme souvent en guyane, le projet sombra. Avec la suppression de l’esclavage, les plantations se vidèrent de leur main d’oeuvre. Et puis les mines d’or, à peine découvertes, avaient  bien plus d’attrait que les domaines agricoles.

village-kaw-embacadere.1233082551.jpg Il en reste une immense plaine, la savane humide, où l’on ne se déplace qu’en bateau. La végétation plutôt basse, composée de graminées, s’adapte constamment au niveau de l’eau qui varie selon les saisons. On ne distingue pas la terre ferme de la végétation flottante – les moucou-moucou aux larges feuilles -qui constitue de vrais petites îles dérivant au courant.

Le village de Kaw est à un quart d’heure de pirogue du dégrad de Roura au bout de la route de Cayenne. Notre pirogue évite le débarcadère du village, colonisé par des guèpes dangereuses -« des mouches à feu »- et s’arime à un ponton branlant, quelques mètres plus loin.

C’est désormais le centre du Parc Naturel des marais de Kaw. Une soixantaine d’habitants y sont recensés, l’électricité est fournie sur place par un groupe électrogène en attendant la fin de la réhabilitation de la centrale photo-voltaïque installée en 1982. On y trouve une école qui accueille à plein temps une quinzaine d’enfants ainsi qu’une poste , une mairie, un poste de santé, une église qui fonctionnent, eux, à temps partiel. Des manguiers, quelques potagers, la pêche et la chasse fournissent une base alimentaire quotidienne mais , pour les courses, il faut reprendre la route de Cayenne : de quoi occuper la journée.

Nous laissons ensuite ce petit coin de – relative – civilisation pour avancer et remonter la rivière Kaw jusqu’au confluent de la crique Wapou : une petite heure de pirogue.

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Le marais, c’est le royaume des oiseaux qui trouvent dans les prairies humides  une nourriture abondante  et régulière : petits poissons , batraciens , divers insectes. aigrettes.1232981571.jpg

urubu-kaw.1232987927.jpg On peut y observer le héron Cocoï, le plus grand des hérons, des Martin-pêcheurs bien plus grands que leurs cousins européens et surtout une multitude d’aigrettes blanches sur la savane verte. Au loin, au-dessus des arbres planent les Urubus, les vautours d’Amérique, très courants en guyane qui viennent aussi se nourrir sur les bords de la rivière.

Plus haut nous passons devant une ferme au loin, quelques baraquements sur la pente au-dessus du niveau maximum de l’eau. zebus-kaw.1232988526.JPG

C’est un élevage de zébus, particulièrement adaptés à la savane humide. Ils n’hésitent pas, en saison des pluies, à nager d’une pature à l’autre. Autrefois absent du territoire, l’élevage bovin s’est développé récemment et fournit une viande locale de qualité.

La rivière de Kaw n’en finit pas de divaguer entre les collines couvertes d’une forêt épaisse. Au bout du trajet, on aperçoit enfin le but de l’étape : le carbet flottant ( les dépliants destinés aux touristes internationaux parlent de « lodge » alors que le « carbet » rappelle en guyane les constructions légères des amérindiens). C’est là que nous attend un ti’punch et c’est là que nous passerons la nuit.  Construit sur des flottteurs, cet auberge flottante est équipée d’une cuisine professionnelle, d’une salle à manger qui ouvre sur la rivière, et d’un grand dortoir à l’étage où l’on accroche son hamac. On peut aussi choisir un lit et même une chambre quand, comme Danièle et moi, on aime son  confort. Le Carbet respecte les contraintes écologiques du parc, il produit son électricité (en photovoltaïque), son eau sanitaire et retient ses effluents.

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L’après-midi nous amènera plus en amont sur la Crique ( la riviere) de Wapou.

cabiai.1233066807.jpgL’occasion de découvrir un groupe de cabiaïs (ci-contre à droite), ces rongeurs étonnants, les plus gros du monde animal puisqu’ils peuvent atteindre 1 m au garrot. Ils mènent une vie tranquille dans la savane, ne craignant que les grands caïmans.Ce sont des mammmifères semi-aquatique, excellents nageurs et pouvant disparaître et se cacher au fond de l’eau.

kaw-nid-cacique.1233067886.jpg Plus loin, notre attention est attirée par ces nids en pendeloques accrochées à un arbre. Celui-ci est comme enguirlandé de plusieurs de ces oeuvres tissées avec des matières végétales de palmiers. cacique_jaune.1233068255.jpg

C’est le domaine des caciques à cul jaune, oiseaux grégaires bruyants et colorés.Et gare aux intrus, car les caciques ont fait alliance avec des guépes qui vont leur assurer une défense efficace contre les visiteurs de nids (les singes principalement).

La végétation se rapproche au tour de la pirogue qui avance progressivement dans la forêt inondée. Nous n’irons pas plus loin car le niveau d’eau n’est pas suffisant maintenant, au tout début de la saison des pluies.

De retour au carbet, la rivière continue à ryhmer les activités. Les canots repartent – à la rame cette fois-ci – pour explorer le voisinage.

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La nuit tombe vite près de l’équateur. En attendant le repas du soir, les hôtes du bord se retrouvent dans l’eau de la rivière, pure mais brune de matière organique..

kaw-bain-de-nuit.1233073437.jpg Claire plonge et Julien a dégoté un étrange véhicule , mi vélo, mi planche à voile, à l’équilibre instable. Une gamine avec son père pêche avec une petite ligne et …des bouts de fromage . Ça ne tarde pas à mordre.

Tout le monde se retrouve à table autour d’un poisson – de l’Acoupa rouge- en sauce avec des bananes ti-nains et du riz. Parfait . Et il y a même du fromage, luxe de métropolitains sous ces climats. La suite du programme ne manque pas d’intriguer les esprits et les conversations. Il s’agit d’aller observer nuitamment les bêtes du marais, notamment … les caïmans !

Nous voici partis dans la nuit noire, la pirogue se dirige entre les berges grâce aux lampes frontales de Jean-Louis à l’avant du bateau et de Gabriel à l’arriere, à la barre. Une famille de Cabiaï surprise par la lumière, se retire tranquillement vers les fourrés. Mais nos guides recherchent autre chose.

kaw-caiman.1233077457.jpg Un éclair rouge, reflet de la lampe dans les yeux d’un caïman et la pirogue se rapproche. Les caïmans n’ont que deux tactiques : disparaître en plongeant sous la végétation ou faire le mort.

C’est ainsi qu’on verra un caïman noir sous la proue de la pirogue, dans une immobilité parfaite.Les guides tiennent aussi à nous rendre présentes ces bestioles en attrappant un spécimen – pas trop grand de préférence- et à le faire circuler parmi les passagers. Ce soir ce sera un petit Caïman à lunettes, qui nous passera dans les mains. Mais Claire se rappelle de cette autre excursion avec Flore où la bête avait une taille non négligeable.

De retour sur le Carbet, direction le lit ou le hamac. On nous a assuré que la mygale Matoutou qui se balladait au-dessus de notre lit était inoffensive, presqu’un animal domestique. Sa présence  ne nous empêche pas de sombrer dans le sommeil, bercés par le bruit de la pluie sur le toit et par le vent qui soulève la moustiquaire.

Le matin suivant c’est le départ, de nouveau sur la rivière, direction le dégrad de Roura.

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A l’arrivée, au moment de prendre congé, nous apprenons que Gabriel, notre piroguier est papa depuis hier. Sa femme et sa famille sont à Saint-Laurent du Maroni , à l’autre bout de la Guyane. il ne pourra pas faire le voyage aujourd’hui car il n’a pas pu se faire remplacer par un autre guide. Voilà de quoi relativiser notre belle insouciance de visiteur. Le tourisme est un métier qui implique des contraintes fortes pour les salariés qui nous accueillent.

Pirogues de Guyane

tintin.1232641300.jpg Beaucoup de déplacements en Guyane se font en pirogues, surtout dès qu’on quitte la zone côtière accessible par la route et qu’on aborde la forêt. De toute façon il n’y a pas d’autre moyen d’avancer que de suivre les fleuves et les criques ( le terme guyanais pour les rivières). Ainsi les distances ne se comptent plus en Km mais en heures de pirogues.

La pirogue … C’est tout un imaginaire qui se présente subitement à mon esprit. Tintin à la recherche de l’oreille cassée. Le voici à pagayer, avec un guide amérindien, à bord d’une pirogue courte  au milieu des dangers de la forêt amazonienne.

pirogue.1232642917.jpg La pirogue aussi … Dans Tintin au Congo. l’embarcation est grande, les deux blancs (Tintin et le missionaire) se laissent transporter par cinq solides rameurs qui se donnent du courage avec une mélopée reprise en choeur.

Les pirogues aujourd’hui sont équipées de moteurs puissants. Cependant la plupart des embarcations respectent les traditions. La construction des pirogues amérindiennes diffère de celles des Bushinenge (les « nègres marrons » échappés jadis à l’esclavage et installés notamment le long du Maroni). pirogue-georges.1232644583.jpg

Georges qui nous prend en charge pour une ballade sur l’estuaire du Sinnamary, est fier de sa pirogue et de ses décors traditionnels : pour un peuple sans écriture ces motifs abstraits  avaient chacun une signification et racontaient une histoire.

Georges fait essentiellement des excursions le long du fleuve Sinnamary, jusqu’à son estuaire : pour des particuliers, comme nous et pour des groupes adressés par le Centre spatial de Kourou. Nouveaux venus : les russes qui accompagnent la venue des Soyoutz sur le pas de tir de Kourou (« des bons clients, toujours de bonne humeur et bons payeurs « ). pirogue-georges-sinnamary.1232644500.jpg

L’estuaire , il le connaît comme sa poche et ne craint pas de se mettre à l’eau – avec ses deux filles – pour barboter dans la vase. « Une vraie thérapie pour la peau! ». Aujourd’hui, pas d’Ibis ! L’animal est capricieux et se déplace au gré des marées et des bancs de vase. Georges a une autre hypothèse : des pécheurs qui tireraient des coups de fusils sur les bandes d’oiseaux.

Et puis, il y a plus moderne : l’aluminium. Léger, resistant, insensible à la corrosion. Sur le Marais de Kaw, notre organisateur, JAL voyage,  n’utilise que ce type d’embarcations pour remonter les criques ou pour se faufiler dans la savane humide.

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Danièle est fan de trajets en pirogue :

Naviguer en  pirogue, même sous la pluie battante, filer à toute vitesse au ras de l’eau, génial ! Moi qui croyais qu’il fallait pagayer !

Sans doute que c’est moins agréable au-delà de quelques heures ou lorsque la pirogue est très chargée ou encore dans les rapides : mal assis sur un banc de bois sans dossier, ballotté et craignant de chavirer à chaque vague. Mais nous n’avons fait que de courts déplacements ne dépassant pas les deux heures et là, ce n’est que du bonheur.