Gens de Lure

Tout le monde connaît le Mont Ventoux ( 1909 m) qui se dresse au-dessus de la vallée du rhône, large cône visible de Montélimar à Avignon. Mais beaucoup ignorent sa soeur jumelle, la montagne de Lure (1826m), plus à l’Est  qui jouxte le début des Alpes du Sud.

Les deux sont des crêtes orientée Est-Ouest, constituées de calcaire. Elles font partie des plissements provencaux contemporains du surgissement des pyrénées. Elles ont beaucoup de points communs : notamment le bandeau  blanc-gris qui coiffe leur sommet, dénué de végétation au dessus de 1600m, constitué d’un nappe continue de pierres calcaires éclatées par le gel.

montagne-lure.1220343907.jpg

La chaîne de Lure ne mesure pas moins de 8 kilomètres sur son flanc sud, de la base à la crête; elle est formée d’un assemblage de côteaux, de collines, de montagnes, de pics escarpés, de contreforts (les ponchons) séparés par d’étroites vallées (les combes) et couverts en grande partie, selon l’altitude, de forêts de chênes blancs, de hêtres, de pins sylvestres ou de pelouses d’altitude.

Dès les beaux jours, le Mont Ventoux est fréquenté par des meutes de touristes, des cars de seniors en goguette, des grappes de cyclistes à la recherche de l’exploit. Les commerces sont là pour les accueillir. Rien de tel sur la Montagne de Lure, bien plus discrète, secrète même. Une fois quitté les villages qui parsèment ses premiers contreforts et notamment Saint-Etienne les Orgues dont l’immense espace communal s’étend jusqu’au sommet, la route serpente au milieu de la forêt sans rencontrer ni construction, ni âme qui vive. Mais ce n’est qu’une impression. Cette montagne est habitée, pour celui qui sait le découvrir.

C’est un panneau très discret, à l’entrée d’une voie forestiere, qui signale Notre-Dame de Lure,l’abbaye crée par les bénédictins de l’ordre de Chalais au XII ème siècle . Au bout d’un chemin enfoui sous les hêtres on parvient enfin aux abords de l’église, seul vestige de la grande abbaye désertée au XVème siècle; en dehors d’un batiment plus récent réservé à l’accueil des pélerins.

Dans la chaleur de l’été, c’est surtout l’ombre amicale des arbres tricentenaires qui marque les promeneurs. Les trois tilleuls et le noyer, un des plus vieux de France. Une fontaine s’offre à eux, occasion très précieuse dans ce pays aussi avare de points d’eau. Pourtant la montagne est arrosée ( plus de 800 mm); l’eau disparaît en profondeur dans le relief karstique. Les eaux souterraines alimentent, avec celle du Ventoux, la fontaine de Vaucluse, 50 km plus loin, la résurgence la plus importante de France.

notre-dame-lure-tilleul.1220433294.jpg

Personne autour de l’église ? Si les moines ont déserté depuis belle lure[tte] le site, une fumée monte cependant des batiments autrefois réservés aux pélerins. C’est Lucien, l’ermite de Lure, installé depuis 4 ans, qui est maintenant le gardien des lieux. Barbe grise, cheveux sur les épaules, Lucien qui connaît la solitude de l’hiver, profite du mouvement incessant des promeneurs en été pour faire le plein de relations sociales.

« Les autorités ne s’en plaignent pas car sa présence a évité des dégradations qu’on observait ces dernières année, avec la multiplications des fêtes sauvages, des raves improvisées ou des beuveries de fins de soirées », nous explique le technicien de l’Office National des Forets, lui même assidu à conserver ordre et propreté dans ce petit paradis au coeur de la forêt. L’ermite vit de l’air du temps et accepte les dons pour s’alimenter, pour la nourriture des oiseaux du ciel et des plantes pour son jardin.

Nous reprenons notre ascension vers le sommet que nous atteignons en fin de journée. Au détour de la route, la crête révèle la vue du versant Nord, terriblement abrupt : montagnes des Baronnies, collines de la drôme, et plus loin les alpes , le Pic de Bure, les Ecrins.

lure-vue-nord-wiki.1220452886.jpg

La route continue à grimper au milieu des champs de lauze grise , jusqu’à un parking au pied du Signal de Lure.

lure-signal.1220456183.jpg Nous terminons à pied le chemin qui nous mène au sommet dominé par quelques antennes fantomatiques.Pas grand monde autour de nous hormis queques petits groupes qui viennent jeter un coup d’oeil rapide au paysage .

Nous redescendons au parking déserté, avec l’idée d’y passer la nuit. Le temps est clément et nous n’avons à craindre nul orage – qui sur ces sommets peuvent être redoutables.

Mais une rumeur attire notre attention. Nous apercevons un troupeau qui remonte du versant opposé en direction du sommet .

On distingue la bergère et le berger, les deux border collie qui se démènent pour garder le troupeau en ordre. La fin de journée est l’occasion de changer d’herbage. Ils vont passer la nuit « sous les antennes », nous expliqueront-ils. Ils doivent aussi descendre régulièrement à la station de ski un peu plus bas pour faire boire les bêtes. il n’y a pas d’autre point d’eau sur les hauteurs.

patou.1220458266.jpg C’est amusant d’observer la place respective des patous, ces grands bergers des Pyrénées qui protègent des loups, et celle des border. Pendant que les border s’activent  à faire avancer le troupeau sous les ordres des bergers, les patous , de leur coté, flanent à quelque distance, vaquent à leurs occupations selon leur humeur. Mais , attention ! Dès qu’un promeneur ou un chien étranger fait mine de s’approcher, les voilà sur leurs gardes, et, plutôt menaçants.

Une fois les 2300 bêtes installées pour la nuit, les bergers vont regagner leurs pénates en ramenant les border collies dans leur camionette. Ils laisseront le troupeau sous la garde distante des patous.

Le lendemain, nous voci partis pour une randonnée vers le Pré du Fau. En descendant la végétation se fait plus dense, malgré l’exposition de la crête que nous suivons aux terribles vents des sommets. On retrouve  ce mélange de hêtres et de pins sylvestres. Mais, hélas, les bucherons sont là et en train de ravager une de ces pentes où les arbres ont tant de mal à s’accrocher. Pourquoi s’acharner sur ces parcelles fragiles ? Ce n’est pas le bois qui manque sur Lure et dans des situations plus exploitables.

Les bois sont ensuite débités en bille de 1 m pour le bois de chauffage et réunis en fagots d’un stère.

lure-bois.1220515829.jpg

Une fois leur travail terminé, les bucherons redescendent dans la vallée. A la différence des charbonniers de jadis qui vivaient dans la montagne.

charbonniers.1220516541.jpg Nombreux, bien que dispersés sur tout le territoire de Lure, ces immigrés Piémontais habitaient, hiver comme été, des cabanes ou des jas (cabanes de bergers en pierre) abandonnés, dans des conditons de vie extrèmement difficiles. La production de charbon de bois constituait alors une activité très importante pour l’industrie et les particuliers.

C’est parmi ces charbonniers de Lure que Pierre Magnan situe au XIXème siècle le cadre de son roman Les charbonniers de la mort.

lure-encyclopedie.1220517296.jpg Pour en savoir plus sur Lure, on trouve La montagne de Lure une belle encyclopédie d’une montagne en Haute-Provence aux editions Alpes de lumière , association de jeunesse et protection du patrimoine  créée par Pierre Martel, Prêtre, chercheur, écrivain, une figure de l’ethnographie des  » Basses-Alpes » comme se plaisent à le dire les anciens des  » Alpes de Haute-Provence ».

Marcher en Haute-Provence, un livre à la main


De Danièle

Nous avions décidé cet été d’explorer les lieux que nous avions appris à aimer dans des livres pour allier deux passions : la littérature et le nomadisme. « Rien ne vous transporte comme un roman »…et un camping-car !

Première étape, Grignan et son festival de la correspondance où nous avons retrouvé  Catherine. Début Juillet, c’était juste l’explosion des lavandes, dont le parfum allait nous accompagner tout  au long de notre périple.

grignan-lavandes.1220016535.jpg

J’ai ressorti le volume des lettres de la marquise de Sévigné à sa fille comtesse de Grignan que j’ai lu sous les terrasses du château. grignan_juillet.1220028708.jpg

A deux siècles et demi de distance, je me découvre les mêmes angoisses pour ma fille, aujourd’hui à l’autre bout du monde et les mêmes impatiences quand ses mails n’arrivent pas ;

« Je vous avoue que j’ai une extraordinaire envie d’avoir de vos nouvelles ; songez ma chère bonne, que je n’en ai point eu depuis la Palice. Je ne sais rien du reste de votre voyage jusqu’à Lyon, ni de votre route jusqu’en Provence : je me dévore, en un mot ; j’ai une impatience qui trouble mon repos. »

Pendant ce voyage, nous nous sommes déplacés guère plus vite que la diligence du temps de la marquise, tant nous voulions explorer chaque village, chaque paysage en relation avec nos lectures

 

Nous avions très envie de revoir Digne et la Bléone dont Pierre Magnan parle si bien (Le sang des Atrides), et de découvrir la clue de Barles   (les courriers de la mort), Forcalquier et Lurs (La maison assassinée, La folie Forcalquier ), mais aussi Eourres (Laure du bout de monde) et la montagne de Lure (les charbonniers de la mort). Nous sommes remontés par la vallée de L’Ubaye pour le suivre jusqu’à Enchastraye (Le mystère de Séraphin Monge).

 

clocher-bleu-vacheres.1220017564.jpg En suivant Magnan, on croise forcément les routes de Giono.

Manosque nous a rebutés.La bourgade d’origine s’est étalée dans ses faubourgs. L’approche de la ville s’est enlaidie de toutes les zones commerciales qu’on trouve partout.

Nous avons repris le chemin de la montagne de Lure. « Le pays ? Voilà une étendue de terre sans bornes, ondulée, couleur de perle, portant des arbres. » du côté du Contadour cette fois (la maison achetée en tontine par Giono et ses fans pour passer les étés) en passant par Vachères.  Le clocher était bleu pour Giono . A apprécier sur la photo ci-contre à droite : contre toute vraisemblance, le poète avait-il raison ?

Dans le pays de Forcalquier c’est vers la ferme de La Margotte aux beaux chênes que nous nous sommes dirigés au cours d’une longue promenade dans les blés à peine moissonnés. Giono l’avait achetée après ses premiers succès. Ce fut la base de ces expéditions à travers les contreforts de la montagne de Lure.

la-margotte.1220019501.jpg

Nous sommes dans les environs de St Maime et de Mane où Pierre Magnan fait se dérouler sa « Chronique d’un château hanté », son dernier roman.

 Pierre Magnan utilise avec une telle avidité tous les détails des lieux dont il parle qu’il devient un vrai guide. On le suit  pas à pas en cherchant ce qu’il a modifié pour les besoins de son récit : il y a bien une boite aux lettres sur la porte du abeille-tilleul.1220262588.jpgcimetière de Barles .

L’ermitage de Lure est caché sous trois immenses tilleuls, en fleur en ce mois de juillet, le noyer tricentenaire plus éloigné fleurit plus tôt, mais le  vacarme est bien celui-là « Le moine de Lure supputait les desseins de Dieu en écoutant le vacarme formidable des abeilles qui butinaient parmi les frondaisons naissantes du noyer en fleur. ».

Grâce à lui on découvre des traces que plus rien ne signale : la chapelle de St Donat (photo ci-dessous) que nul panneau ne signale au fond du val du Mardaric,  où le Félicien Brédannes de la folie Forcalquier retrouvait une guillotine achevant de se consumer  ou bien le chemin de fer de Mane à Cavaillon qui suivait toute la vallée du Calavon, aujourd’hui transformé en véloroute le long du grand Lubéron.

saint-donat.1220020653.jpg

Plus loin c’est Maria Borelly qui nous amène, en face du plateau de Valensole, à Bras d’Asse et  nous raconte dans Le dernier feu la mort de ce vieux village déserté par ses habitants.

Nous avons maintenant tout l’hiver pour lire ou relire Giono

*Des textes et des itinéraires sur les traces de Jean Giono: « 10 balades littéraires à la rencontre de Jean Giono » de Jean-Louis Carribou Editions Le bec en l’air,  centre Jean Giono à Manosque

Barles : sur le chemin du cimetière

Barles se trouve dans la vallée du Bès, à 15 km au Nord de Digne. Après un paysage de robines, ces molles odulations sculptées par l’érosion dans des marnes grises, la rivière s’enfonce rapidement entre les versants calcaires qui s’élèvent, abrupts, au dessus de la vallée.

On distingue plus loin, plus haut, le Blayeul, géant débonnaire, qui,du haut de ses 2189 m coiffe de sa croupe arrondie les hauteurs environnantes.

Mais Barles ne s’atteint pas aussi facilement…

clue-de-barles.1219927306.jpgLes gorges deviennent plus sauvages, plus austères, plus minérales jusqu’à la Clue de Barles. Les Clues , en Haute-Provence ce sont ces passages que les torrents ont taillé dans ces couches verticales d’un calcaire très dur, jusqu’à un verrou vertigineux, ici le pas de Pierre.

Voici ce qu’en dit Pierre Magnan dans Les courriers de la mort qui tourne autour du village de Barles : « Le pas de Pierre, penché sur le vide du haut de ses deux cents mètres de verticale, domine le Bès comme un front buté. C’est un mur curviligne d’un seul tenant, à peine coupé par cette faille large de dix mètres où se faufilent le Bès et la route.(…) Depuis tant d’années pourtant qu’il explorait ce pays , Laviolette ne s’était jamais rassasié de méditer devant ce que la nature avait produit ici de plus étrangement hostile »

Le village se situe 2 km plus loin, lorsque la vallée prend toute sa largeur, avant de se retrouver ensuite contrainte dans ce goulet.

Quand on a fait connaissance avec ces prodiges de la tectonique, on n’est pas surpris d’apprendre que Barles est au coeur de la réserve géologique de Haute-Provence et visité par les géologues du monde entier.

Sur le chemin, nous nous arrêtons au cimetière de Barles. Mais nous repartons sans avoir trouvé ce que nous cherchions.

La vallée est accueillante. Nous nous installons au camping un peu en amont. Nous voilà prêt pour une visite des lieux.

Une route qui monte au-dessus du village; une chapelle qu’on voit de loin et qui surplombe le bourg.

cimetierre-chapelle-barles.1219931281.jpg

Visiblement la chapelle n’est plus fréquentée.

cimetierre-barles.1219932152.jpg En s’approchant nous découvrons le petit cimetière qui la jouxte, rempli d’herbes folles. L’ancien cimetière. Quelques marches et nous voici devant cette porte en bois qui nous apporte la confirmation que nous recherchions: Oui ! Il y a bien une boîte à lettres dans la porte du cimetière de Barles !

Mais qui donc écrit aux morts de ces concessions oubliées des lettres qui annoncent le malheur ?
C’est le point de départ de l’intrigue des Courriers de la mort qui va amener Laviolette, le commissaire fétiche de Pierre Magnan, des quartiers chics de Digne aux pentes austères de ce bourg perdu.

Et c’est dans l’histoire -secrète- des familles de ce pays que réside la clé de l’énigme…

Forcalquier : le moulin de Gouvan retrouvé et restauré

 » A vendre meule de moulin à huille » Lorsqu’il a vu cette petite annonce, André-Michel Breger, photographe, oléiculteur et passionné de tout ce qui touche à l’olivier, a tout de suite eu l’intuition d’une bonne découverte. En fait le vendeur avait entrepris de débarasser un sous-sol encombré depuis des lustres de toutes sortes de gravats et de saletés. Mais en fouillant un peu, le spécialiste repérait tout au fond les meules, animées autrefois par un âne ou à la force humaine. Les olives étaient tout d’abord écrasées jusqu’à faire une pâte homogène.

meules.1219849982.jpg

Pas de doute, il s’agissait d’un moulin à huile qui remontait sans doute au XVIIIème siècle, d’après les techniques mises en oeuvre. Notre oléiculteur s’empressa de négocier l’achat des locaux et entreprit d’évacuer les gravats, et tout ce qui encombrait ces deux pièces.

La presse est la seconde étape de la fabrication de l’huile d’olive. La pâte sortie de la meule est répartie dans des scourtins, sorte de sac en fibres végétales qui sont soumis à la pression de la vis. Dans cette installation la vis était animée par un cabestan où s’enroulait la corde. Un peu plus loin, on aperçoit les bassins de décantation où l’huile est séparée de l’eau.

presse.1219850834.jpg

L’ensemble est maintenant ouvert au public ; on peut y acheter l’huile des Breger qui exploitent à Lurs 1200 pieds d’oliviers.

les-3.1219851759.jpgL’huile, produite à partir de la variété Aglandau, bénéficie d’une appellation d’origine controlée : Huile de Haute -Provence qui concerne surtout les terrasses autour de la Durance . Les olives sont ramassées tournantes, à partir de la Sainte-Catherine, lorsque la couleur du fruit passe du vert au brun.

Le moulin de Gouvan, c’est à Forcalquier 4, rue Marius Debout . On peut aussi s’arrêter au gîte rural Campagne la Maréchale à Lurs.

Merci à l’exploitant qui à travers ses explications très documentées a su nous faire partager sa passion pour l’olive du champs à notre table, passion qu’il a rassemblé dans un petit livre très bien illustré :

L’olivier de France, l’olive et son huile aux éditions Mexichrome à Forcalquier

Col du Lautaret : campanules et marmottes

Nous quittons les Alpes du Sud pour regagner l’Oisans et la route vers Lyon. Le Lautaret est une étape incontournable. Lorsqu’on arrive de Briançon, en remontant la vallée de la Guisanne, lorsqu’on se retrouve sur la vaste étendue du col, on est frappé par la proximité de la Meije qui se dresse, imposante, face à nous.

lautaret-la-meije.1219335742.jpg

Voici un endroit ou l’on peut s’arrêter, marcher et passer la nuit , comme beaucoup de camping-caristes qui apprécient ce parking un peu à l’écart du trafic et des commerces. ccar-lautaret.1219336543.jpg Village d’un soir qui rassemble les camping-cars les plus luxueux au coté d’un fourgon pourri conduit par des jeunes baba cool, les marcheurs les plus sportifs mélés aux retraités les plus frileux qu’on ne voit que lorsqu’ils sortent leur caniche.

Un groupe de marcheurs ardéchois arrivés en plusieurs voitures se prépare au départ après un casse-croute animé et prolongé. Ils seront de retour au bout de trois quarts d’heure, chassés par l’orage de l’après-midi.

Danièle est décidée à tout faire pour ramener des photos de marmotte. Nous avons vu beaucoup de marmottes au col d’Allos, au col de Vars, au col de l’Izoard. Dès que nous approchions de leur territoire, elles se mettaient à siffer et tout le monde aux abris dans son terrier. On a vite compris que c’était surtout le chien qu’elles craignaient et qu’elles repéraient de loin.

Ce matin, Danièle part sans le chien et avec le zoom de 300 mm. On distingue nombre de terriers derrière le parking sur ce coteau exposé au sud. Il s’agit juste de s’approcher avec des déplacements lents et prudents.

marmotte3.1219337407.jpg

Après la faune, la flore. A 2000m d’altitude en juillet c’est l’explosion des oeillets, des gentianes, des renoncules, des panicaults et surtout des campanules sous toutes leurs espèces :

-d’abord la frêle silhouette, d’un bleu indigo intense, des campanules de Scheuchzer, très typique des prairies alpines :

campanula-scheuchzeri.1219415666.JPG

Et puis les deux cousines : Campanula barbata (à gauche) avec ses hampes de corolles finement agrémentées de quelques fils flottant au vent et Campanula Glomerata (à droite) avec ses bouquets puissants et serrés d’infloresences d’un bleu soutenu.

campanules.1219417348.jpg

Nous descendons ensuite vers la Grave, la vallée et bientôt Lyon avec une belle provision d’images de la splendeur de l’été alpin.

Bras d’Asse : une seconde vie pour le vieux bourg

L’Asse est un affluent de la Durance. A première vue, cette rivière qui serpente tranquillement au pied du plateau de Valensole dans une vallée fertile, n’a rien d’impressionnant. Mais c’est ignorer ainsi ses origines montagnardes.

vallee-de-l-asse.1218185703.jpg

Quelques kilomètres plus loin en amont, La clue de Chabrières donne accès entre ses deux murailles disposées en verrou , au domaine des torrents colériques qui descendent des alpes du Verdon. La menace des inondations violentes a longtemps pesé sur les bourgs de la vallée où les paysans réfléchissaient à deux fois avant de mettre en culture les terres fertiles des bas-fonds, toujours à la merci de la dévastation.

Depuis le XIII ème siècle Bras d’Asse , installé sur un promontoire dans ses remparts, à l’abri de son chateau, contemplait avec circonspection cette rivière qui coulait à ses pieds.

A la fin du XIXème siècle, des grands travaux d’hydraulique sont entrepris, Bras d’Asse construit des digues en pierre dans le but d’éloigner définitivement la menace. Les agriculteurs n’hésitent plus à s’installer dans la vallée.

bras-d-asse-remparts.1218198893.jpg Désormais, c’est en bas, auprés de la rivière que la vie du village s’organise avec sa mairie, son école, ses échoppes. Là-haut le vieux Bras se vide de ses habitants. C’est que la vie n’y est pas facile, l’eau rare sur cette colline de pierre et de chènes verts, les champs bien loin.

Au tournant du XXème siècle, le bourg est déserté, abandonné aux ronces et aux ruines. Maria Borrely, romancière provencale, raconte avec Jean Giono dans Dernier feu la mort de ce village, lorsque les derniers habitants décident de partir.

Jusqu’en 1979… Un groupe de Belges flamands en visite en Provence, tombe amoureux des vielles pierres dominant la bourgade.

Un projet de reconstruction rassemble vite une vingtaine de famille, prêtes à retrousser les manches et à consacrer régulièrement l’essentiel de leurs vacances (une bonne partie était dans l’enseignement) à remonter le chateau, l’église et à sécuriser les ruines adossées aux remparts.

Trente après, le village est debout grâce à la tenacité des fondateurs .

bras-dasse-general.1218189439.jpg

Organisé de manière égalitaire sous forme de SCI , le collectif a pu fournir un studio à chaque famille sociétaire, organise des stages et ouvre l’hébergement aux stagiaires. En savoir plus sur leur site ( Google propose un traducteur Néerlandais > francais).

bras-d-asse-atelirer-percussion.1218199995.JPG C’est maintenant la seconde génération qui occupe les lieux. Ceux qui ont eu le privilège (?) de passer leur vacances de gamin en poussant des brouettes de béton …Certains ont passé la main et des parts ont été cédées à de nouveaux actionnaires avec l’approbation de l’ assemblée générale.

L’église , retapée fait office de local commun pour toutes les activités collectives .Les repas sont toujours pris en commun et chacun peut participer à des ateliers musique ou peinture.

Une seconde vie pour Bras le Vieux et une aventure collective qui fêtera bientôt son 30ème anniversaire : Un vrai défi !

MAULIAC : Faux village pour vrais faussaires

Une demi-page dans le Monde – relayée dans la presse nationale, magazine et quotidienne régionale- qui nous montre un joli village. Derrière le clocher , au milieu d’un verger un petit groupe pose, l’air naturel. La légende nous apprend qu’il s’agit du maire, du postier, de l’institutrice et de l’épicier de Mauliac. De l’authentique, en somme !

mauliac-shopi.1214469491.JPG

Au second coup d’oeil, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une publicité pour Shopi, les petites surfaces d’alimentation appartenant au groupe Carrefour.

« Mauliac, sa poste, son école, sa mairie,son magasin d’alimentation, sa vie quoi…

Le postier, le maire, l’institutrice et le gérant du Shopi. C’est un minimum pour maintenir le tissu social.Dans une petite commune, un magasin qui ouvre ses portes le matin, c’est la vie qui se maintient.Dans le groupe Carrefour, ce sont plus de 3 000 magasins de proximité qui lèvent le rideau chaque matin,dont 50% dans des communes de moins de 3000 habitants. Village après village, ville après ville, ils sont 6 millions de clients*à se retrouver chaque mois dans nos enseignes de proximité : au Shopi, au Marché Plus, au 8 à Huit, ou au Proxi.

Dans le groupe Carrefour, vous être utile chaque jour, c’est être proche de là où vous êtes. « 

Il faut dire que nous n’avons rien contre les Shopi et nous apprécions de pouvoir nous approvisionner dans les petits villages au cours de nos périples en Camping Car. En regardant mieux la photo, nous voici tombés un peu amoureux de Mauliac, un de ces petits pays qui nous plaisent tant, loin de l’agitation des villes, dans la proximité de la nature, mais bien vivants encore , par la volonté de ses habitants. Nous en ferions bien notre destination le Week-end prochain.

C’est décidé , nous ouvrons l’atlas Michelin. La consonnance de Mauliac nous laisse imaginer une localisation entre le Cantal et le périgord.

Au final pas de Mauliac dans l’Atlas. On cherche sur IGN, sur Mappy : il y a 8 Mauriac mais aucun Mauliac. On s’est fait berner !

Le village n’existe pas, ni le maire, ni le postier, ni l’institutrice, ni le gérant de l’épicerie. Putains de publicitaires !

Pourquoi se démener à chercher un vrai point d’implantation Shopi, arriver à convaincre un vrai maire, et les autres ? Tellement plus facile d’embaucher quelques acteurs et de les faire poser derrière une quelconque église de campagne. Le faux plus vrai que nature !

On pense alors à la chanson de Cabrel qui prend ici tout son sens:

Les faussaires

Francis Cabrel

Fausses infos, fausses poitrines
Fausses photos pour de faux magazines
Faux guérisseurs, fausses fortunes
Faux électeurs dans les fosses communes
Faux soldats dans les fausses guerres
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires

Faux marteaux, fausses faucilles
Faux garçons aux bras de fausses filles
Faux serments pleins de « forever »
Faux calmants pour de fausses douleurs
Faux purs-sangs sous de fausses crinières
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires

{Refrain:}
Pour en sortir c’est du délire
C’est un vrai casse-tête
Même tes faux sourires
Te font de vraies fossettes

Fausses rumeurs, fausses annonces
Faux sauveur donnant de fausses réponses
Fausses amours, fausses postures
Faux chanteur dans sa fausse voiture
Faux bijoux donnant de fausses rivières
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires
{au Refrain}Faux prêcheur, faux prophète
Faux joueur mimant la fausse défaite
Fausse Bible ou bien sa fausse lecture
Faux touristes dans la fausse nature

35 H : La surenchère de l’UMP

Les 35 H : grande conquête sociale de la gauche ou non-sens économique qui bride la compétitivité de l’entreprise ?

martine-aubry.1213374281.jpg Le débat ne date pas d’aujourd’hui . Dès 1998, les lois Aubry avaient rencontré une vive opposition de la droite et du patronat. Mais le projet de loi actuellement préparé par le gouvernement radicalise violemment les positions.

C’est devenu à droite un symbole, un hochet que l’on agite dans l’attente de la revanche. N’entendait–on pas dire dans ces mêmes milieux que les congés payés et les acquis du front populaire étaient à l’origine de la défaite de la France face à l’Allemagne nazie ?

En 2003, le gouvernement Fillon avait déjà vidé de sa substance les lois Aubry en déverrouillant massivement les quotas d’heures supplémentaires et en banalisant les aides aux entreprises autrefois réservées à celles qui avaient signé un accord RTT. Malgré les 35 h, toute entreprise pouvait désormais travailler 39 h et au-delà toute l’année en toute légalité.

Mais ce n’était sans doute pas suffisant pour le patronat et pour l’électorat de l’UMP. Pourquoi donc cet acharnement, en dehors des effets de tribune des campagnes électorales ?

« Le passage aux 35 h a coûté cher aux entreprises » C’est vrai que dans beaucoup de cas les entreprises ont maintenu les salaires (ce qui n’était pas une obligation). Les salariés travaillaient 4 h de moins pour un revenu inchangé. Elles ne se sont pas gênées d’ailleurs pour embaucher ensuite des nouveaux à moindre coût (35 h payées 35 h).

Mais surtout elles ont eu des contreparties : la modération salariale inscrite dans la plupart des accords 35 H a amorti la charge financière. Et la modernisation des organisations a permis un rebond de la productivité.

« Les 35 h n’ont pas créé d’emplois » La contre-vérité est avancée avec aplomb par les responsables économiques et politiques de la droite. Mais les études attribuant aux 35 h 400 000 sur les 2 000 000 emplois créés entre 1997 et 2000 ne sont jamais démenties.

« Les 35 h coûtent une fortune au budget de l’état » Les lois Aubry avaient prévu une aide spécifique aux entreprises qui signaient des accords 35 h pour compenser le surcoût transitoire qu’elles subissaient. Cette aide dégressive était prévue pour 5 ans. Les mesures Fillon ont ensuite pris le relais en supprimant le lien avec la durée du travail. On se trouve maintenant avec des exonérations de charges pour tous les bas salaires, qui n’ont plus aucun rapport avec les 35 H et qui coûtent 20 milliards d’euros au budget. Largement plus que les précédentes aides aux 35 h et pour quel résultat ?

manif-contre-35.1213371454.jpg« L’application uniforme des 35 h, c’est un carcan pour les entreprises ! » Bien au contraire, les lois Aubry ont favorisé la modernisation de la gestion du temps de travail et son adaptation à chaque activité. Chaque branche a pu élaborer des règles spécifiques. Ainsi les règles en vigueur dans l’hôtellerie (maintien des 39 h contre une semaine de congé supplémentaire) ne sont pas les mêmes que dans la banque.

Les négociations 35 h ont en général échangé la réduction du temps de travail contre une flexibilité plus grande dans la gestion du temps de travail et dans l’organisation du travail.

Annualisation du temps de travail, variation de la durée hebdomadaire en fonction de l’activité, travail en équipes, ouverture le samedi. Autant d’avantages pour les entreprises qui consistaient en autant de contraintes pour la vie des salariés.

« Les 35 h , c’est compliqué »

code-travail.1213371532.jpgC’est vrai que les 35 h ont donné lieu à une inflation de textes. Pour trois raisons :

-Il s’agissait de mettre en place un dispositif nouveau avec beaucoup de dispositions transitoires.

-On a saisi l’occasion de clarifier de nombreuses incertitudes juridiques en matière de temps de travail : définition du temps de travail effectif, régime des pauses, repos minimum quotidien, astreintes, mise en ordre du temps partiel …

-A peine le système stabilisé, les mesures Fillon ont entraîné une nouvelle prolifération de règles nouvelles qui visaient, sans les supprimer, à vider de leur sens les lois Aubry. La complexité a atteint un sommet avec les mesures Sarkosy sur les heures supplémentaires. Même les experts en RH y perdent leur latin.

Alors finalement ces 35 H ne sont pas une si mauvaise affaire pour les entreprises … et pas une si bonne affaire pour les salariés : leur soutien est réel mais pas vraiment massif. En cause :

-le pouvoir d’achat : La plupart des accords 35 h ont enclenché une période de modération salariale qui s’est prolongé bien au-delà de leur mise en place en raison d’une croissance ralentie. S’y rajoute une baisse prononcée des heures supplémentaires (du fait de la modulation des horaires sur l’année) qui constituaient dans certains secteurs une part importante du revenu des salariés.

-la pression sur les rythmes de travail : Dans certaines activités, là où on n’a pas embauché, là où on n’a pas gagné en productivité sur l’organisation du travail, on fait en 35h ce que l’on faisait en 39 h, en accélérant les cadences. En outre la flexibilité accrue a détérioré les conditions de vie des salariés concernés.

Alors, pourquoi tant de haine contre les 35h à droite et dans les milieux patronaux ?

35h.1213371749.jpgPour les responsables de la majorité, c’est un bouc émissaire commode – l’ «héritage » de la gauche- auquel on attribue toutes les difficultés d’un pouvoir face à une croissance atone.

En mettant en avant le slogan « Travailler plus, pour gagner plus », Le candidat Sarkosy devenu président propose une –mauvaise- réponse aux vraies interrogations d’une « classe moyenne » dont les revenus stagnent et dont les perspectives, pour elle et ses enfants, ne sont pas favorables.

Quant aux entreprises, leur positionnement par rapport aux 35 h n’est pas homogène :

Dans les petites entreprises, parmi les professions libérales, les commerçants, les artisans, les dirigeants sont souvent à la production ou dans sa proximité immédiate et font beaucoup d’heures. C’est souvent pour eux un motif de fierté et une preuve de leur légitimité sociale. Ils ne comprennent pas que leurs salariés ne partagent pas leur implication. De plus les 35 h sont associées aux images du syndicaliste et de l’inspecteur du travail qui sont les deux bêtes noires du petit entrepreneur. Ces populations sont donc extrêmement sensibles à un discours musclé de la droite contre les 35 H .

La situation est plus mitigée pour les entreprises plus importantes. Elles apprécient à leur juste valeur les opportunités qui ont été ouvertes par les lois Aubry en matière de flexibilité. Aucun DRH – s’il est un peu sincère- ne pourrait regretter la situation qui prévalait avant 1998. En revanche, les changements incessants dans les organisations, le rythme croissant de ces changements les amène à souhaiter plus de réactivité.

De plus de nombreux secteurs sont engagé dans une course à la réduction des coûts salariaux. Ils voudraient à la fois la flexibilité, la réactivité et la baisse de la masse salariale. Le beurre et l’argent du beurre, en quelque sorte.

D’où la demande insistante du MEDEF de pouvoir négocier dans l’entreprise. Avec une idée derrière la tête : vue la faible implantation syndicale dans les entreprises, il sera plus facile de faire passer les objectifs patronaux à ce niveau de négociation.

La négociation, justement …

Effectivement , le thème du temps de travail a fait son apparition de manière inattendue au détour de la négociation sur la représentativité . Ce sujet, pris et repris par les partenaires sociaux semblait enfin pouvoir aboutir.

parisot-dgs.1213374041.jpg Le ménage fait dans le MEDEF par Laurence Parisot contre les caciques de l’UIMM n’est sans doute pas pour rien dans ce déblocage. Il s’agissait de sortir des règles de représentativité automatique attribuée aux cinq confédérations, quelque soit par ailleurs leur implantation et leur audience au niveau de la branche ou de l’entreprise. Désormais les syndicats devront recueillir au moins 8 % aux élections professionnelles pour participer aux négociations. Et les signataires devront recueillir à terme la majorité des suffrages, dans un premier temps 30 %, pour que l’accord soit validé. Fini le temps où quelques syndicats croupions engageaient face au patronat le sort de l’ensemble des salariés concernés. Un progrès vers la démocratie sociale, non ?

Sur l’insistance du gouvernement, les partenaires sociaux avaient introduit dans la position commune le fameux article 17 qui prévoit la possibilité de négocier le quota des heures supplémentaires dans l’entreprise.

En acceptant cet article, les syndicats signataires (CGT et CFDT) n’auraient –ils pas renié leur opposition à la négociation dans l’entreprise ?

En fait les syndicats ne sont pas hostiles par principe à la négociation au niveau de l’entreprise. Ils estiment simplement qu’il faut des garanties quand on met en place des dérogations au droit général qui peuvent être défavorables aux salariés concernés. A savoir que les signataires soient vraiment représentatifs des employés et indépendants de la direction, ce qui n’est pas toujours assuré, surtout dans les PME.

L’article 17 dans sa rédaction initiale apportait ces garanties puisque l’accord devait être signé par des organisations représentant 50 % des voix aux élections professionnelles.

Ces dispositions ont été reprises dans le projet de loi du gouvernement

Alors ? Où est le problème ?

On connaît tous l’histoire du cheval de Troie. Derrière l’apparence anodine de l’article 17, on a aligné à la suite dans le projet de loi une multitude d’articles qui n’ont pas directement à voir avec les 35 H mais qui dynamitent toute la réglementation du temps de travail :

La convention de forfait à la semaine ou au mois, mise en place de gré à gré, sans nécessité d’accord collectif, entre le salarié et l’entreprise supprime toute notion de temps de travail réel. Le forfait hebdo à 40 h, à 45, voire 48 h (avec la rémunération qui correspond) exclue évidement le décompte et le paiement d’heures supplémentaires.

Les forfaits sur l’année en jours (218 jours maxi) ou en heures (1607 h) ne sont pas une nouveauté. Ils étaient encadrés par les lois Aubry et par les accords de branche. Mais désormais, les accords collectifs peuvent aller au-delà et les maxima peuvent être pulvérisés. Et puis, à défaut d’accord, c’est l’employeur qui fixe unilatéralement la durée maximale.

Et pour corser le tout, les salariés concernés par un forfait annuel ne sont pas soumis aux limitations de la durée quotidienne du travail (pourquoi pas 15 h dans la journée : bonjour les accidents du travail !) et de la durée maximale hebdomadaire (48 H)

Ces dispositions ne concernent pour l’instant que le secteur privé. Mais parions , qu’en cas de réussite, le gouvernement ne se gênera pour l’étendre au public.

Des partenaires sociaux en colère

Devant le groupe UMP à l’assemblée le 10 juin. , le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, celui de la CGT, Bernard Thibault, et la présidente du Medef, Laurence Parisot, ont à tour de rôle multiplié les critiques. «Nous avons le sentiment d’avoir été trompés par le ministre du Travail, a commencé Chérèque. Avec le Premier ministre, il nous a tendu une sorte de piège, à savoir négocier sur le temps de travail, ce qu’on a fait, et après profiter de cette négociation pour faire autre chose. C’est une démarche qui n’est pas acceptable.» Bernard Thibault a appuyé : «La CGT est en désaccord sur la méthode et le contenu de la deuxième partie du projet de loi relatif au temps de travail […] qui modifie autoritairement plus de 60 articles du code du travail.»

laurence-parisot.1213371921.jpgC’est la patronne des patrons, Laurence Parisot, qui a les mots les plus durs. «Nous avons été pris en traître, et l’esprit de l’accord n’est pas conforme au projet de loi, se récrie-t-elle. Des évolutions significatives en matière de durée du travail ont été actées dans la position commune sur la représentativité syndicale. Il ne faudrait pas aujourd’hui prendre des décisions politiques qui cassent ce nouvel élan, très sain pour la pacification et la construction sociale en France.»

En résumé, le MEDEF aurait pu rêver d’une telle modification législative. Mais,au passage en force au parlement, il préfère la voie du dialogue social qui en l’occurrence lui est moins favorable mais ouvre un climat plus positif entre les partenaires sociaux. Bravo! ! ça nous change quand même du baron Sellières !

x-bertrand.1213372632.jpgEn face, le ministre Xavier Bertrand, à l’origine du mauvais coup, «assume les divergences ». Sarkosy et Fillon déploient un écran de fumée (« nous ne touchons pas à la durée légale à 35 h ») et revendiquent la légitimité démocratique contre la légitimité sociale.

L’Union Européenne aussi

Cette affaire trouve un écho dans l’actualité européenne. Le conseil de l’union vient d’adopter un texte qui autorise des dérogations à la durée maximale hebdomadaire de 48 h et qui revient sur les temps de garde.

L’Europe et le temps de travail c’est une vieille histoire. Les britanniques ne voulaient pas entendre parler d’une réglementation sur les horaires maxima (48 h). A leur demande on a introduit des dérogations de gré à gré entre salariés et employeurs. Autre sujet : le temps de garde et le décompte du temps de travail effectif. Une infirmière de nuit, si elle a de la chance, peut dormir pendant sa garde. Mais comme elle doit rester à disposition c’est considéré comme du travail effectif. Le problème a pris une autre dimension –considérable- avec les médecins hospitaliers. Personne, dans la plupart des états de l’Union, n’était capable d’appliquer le principe 1 H de garde = 1 h de travail effectif et de payer les heures correspondantes. Le Conseil a introduit la notion de « temps inactif » qui amène à autoriser des semaines de 60 à 65 H. La bataille risque d’être rude au Parlement qui doit débattre dans les mois qui viennent de cette directive.

La riposte syndicale

manif-35h.1213373471.jpgTous les syndicats sont hostiles au projet de loi. Aussi appellent-ils, CGT, CFDT, FSU, Solidaires à une

journée d’action le 17 juin.

FO, la CGC, L’UNSA et la CFTC restent sur le trottoir. Ils n’ont pas digéré l’accord sur la représentativité qui marginalise les petites organisations. Ils boudent. Est-ce une raison pour laisser passer sans réaction une réforme néfaste à tous les salariés ?

Pour en savoir plus : une étude précise et documentée de Jérome Pelisse: l’enterrement des 35 h , récit d’un basculement du droit du travail – La vie des idées

Rencontre avec Pierre Magnan

En janvier dernier, le Clairon faisait la découverte de Pierre Magnan avec La folie Forcalquier , une sombre et alerte intrigue qui se déroule, à la fin du XIXème siècle dans cette Haute-provence si chère à son auteur.

Le Clairon ne pouvait donc pas manquer cette soirée annoncée à Civrieux d’Azergues , le 8 mars (le compte-rendu est tardif, mais mieux vaut tard que jamais !).

Pierre Magnan était invité par Effervescence, une association culturelle du village qui l’avait déjà rencontré sur ses terrres, au cours d’un week-end touristique et littéraire. Pas question de « conférence » pour ce jeune homme de 85 ans qui lui préfère la discussion à batons rompus autour de son oeuvre romanesque.

Alors les lecteurs d’Effervescence ont courageusement pris le micro pour présenter trois livres à une assistance de lecteurs fidèles, ou de curieux prêts à la découverte : La maison assassinée qui relate la tragédie de Séraphin, seul survivant d’un massacre qui a décimé sa famille, Les courriers de la mort, une aventure du commissaire Laviolette, l’enquêteur fétiche de notre auteur et Laure du bout du Monde, l’histoire d’une gamine qui vient au monde à Eourres ( » Eourres, c’est la fin du monde ou en tout cas son extrème bord ») et qui surmontera avec son énergie et sa grâce tous les obstacles que lui opposeront ce pays sauvage et ses habitants durs à la tâche.

« Mais où va-t-il chercher toutes ces histoires ? » Les questions des lecteurs tournent principalement autour de la place respective de l’imagination et du réel dans l’inspiration de notre écrivain, notamment pour ce personnage de Laure

 » Je suis venu à écrire par jalousie » répond-t-il quand on lui demande comment il a commencé à écrire. Il fut d’abord un lecteur passionné par tous les grands de la littérature et tellement désireux de se mesurer à leur talent. Dans cette découverte, Jean Giono, le voisin de Manosque, a joué un rôle décisif.

Le Contadour , dont parle Pierre Magnan, rassemblait sur les hauteurs de la montagne de Lure, à l’initiative de Jean Giono, une petite foules d’écrivains, d’intellectuels et de jeunes gens prêts à réinventer le monde.

A Civrieux, ce soir-là, notre romancier reprend le fil de ses histoires où se mèlent les vrais faits divers, les vrais personnages de sa provence natale et le fruit d’une imagination féconde et d’un grand sens de l’intrigue. Les questions en viennent à La folie Forcalquier.

chateau-hante-magnan.1212137321.jpgLa soirée se termine bientôt par la traditionnelle séance de dédicace. Sur la table, quelques titres, juste un petit aperçu de l’oeuvre de Pierre Magnan qui rassemble 25 titres vendus à plus d’un million d’exemplaires, dont la plupart en Folio Poche ( « je suis l’écrivain des pauvres » aime-t-il à rappeler).

Pas encore disponible ce soir-là, mais sous presse et paru postérieurement le 15 avril, la dernière oeuvre que mûrit patiemment depuis des années notre écrivain : Chronique d’un chateau hanté qui nous ramène en février 1349 à Manosque , en pleine peste noire. Le livre fait revivre la Provence d’autrefois en racontant les aventures de six générations du XIVe siècle à nos jours.

Cette soirée nous a permis de découvrir ou de mieux connaître un écrivain ancré dans son terroir mais animé d’une curiosité insatiable vis à vis de ses semblables, de leurs histoires et de leurs pays, et toujours prêt à aller à la rencontre de ses lecteurs.

Cezallier, pays perdu

Le Cézallier est un grand plateau, aux confins du Puy de dôme et du Cantal, constitué d’immenses nappes de basalte horizontales, en altitude comme son grand frère l’Aubrac ( situé plus au Sud), perché entre 1000 et 1300 m.

Royaume du vent, de la neige et des congères l’hiver, ces immensités sans obstacles, sans le moindre bosquet, commençaient à reverdir lors de notre visite, en ce début Mai.

buron-lac-pecher.1211034077.jpg

Rien n’arrête le regard dans ce désert végétal. On pense aux steppes de l’Asie Centrale. Mais la terre se réchauffe, les névés fondent au coin des talus. Dans quelques jours l’herbe sera haute, d’un vert éclatant.

Ce sera le début de l’estive. Des milliers de vaches vont prendre possession de leur espace.gare-landeyrat.1211041795.jpg

D’abord les voisines , celles qui ont passé l’hiver dans les bourgades nichées au creux des vallées. Ensuite les étrangères qui viennent depuis le Languedoc en bétaillères, depuis que le train n’est plus en exploitation avec la fermeture de la ligne Neussargues- Bort-les-Orgues en 1991.

On avait même construit une gare au milieu de nulle part – dans les prairies de Landeyrat- uniquement pour monter les vaches à l’estive. La ligne à l’abandon est reconvertie au bénéfice du tourisme vert avec une réouverture ce 1er mai 2008 après une eclipse de 4 ans , fruit de désaccords cochemerlesques. On peut y trouver le vélorail , des draisines à pédales qui permettent de silloner le pays à son rythme.

Mais revenons aux vaches, car c’est le sujet le plus important sur ce plateau. Les Salers, ces vaches rouges, à la robe frisée d’un brun acajou et aux grandes cornes en forme de Lyre, ne craignent ni les pentes, ni le vent, ni la pluie, ni quelque neige occasionnelle. Bref, une vie rustique.

Le plateau n’est pas habité à part quelques burons, dont beaucoup en  ruine. Les villages  se cachent sur les flancs des vallées, ou sur le rebord du plateau, comme Lussaud perché au-dessus des premières pentes qui mènent à la vallée de La Sagne.

 

lussaud-vue-volcan.1211377814.jpgLussaud, c’était le but de notre promenade de ce long week-end du premier Mai.

Une douzaine de maisons serrées sur une croupe face au volcan, tournant le dos aux pâtures qui s’étendent sans fin sur le plateau.

Drôle de destination pour un circuit touristique, me direz-vous !

«  C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’ y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir.

C’est ainsi que le décrit Pierre Jourde dans Pays perdu, le récit du retour d’un citadin devenu professeur et écrivain à son village d’origine. Les funérailles d’une jeune voisine amène l’auteur de maison en maison à retrouver ces visages connus depuis l’enfance, ces vies difficiles marquées par l’hiver, la solitude, et souvent l’alcool.

Ces portraits tendres, mais crus, sans complaisance, dessinent la tragédie intime d’un pays qui meurt à petit feu derrière ses épaisses façades de basalte.

 

Mais les personnages de ce récit n’ont pas supporté ce tableau violent de leur pays, de leurs vies et de leur village. Ils se sont révoltés. C’est à coups de pierre qu’ils ont accueilli l’ex enfant du village pour lui signifier qu’il n’était plus des leurs. On a frôlé le lynchage, a reconnu le tribunal d’Aurillac qui a condamné cinq habitants à la prison avec sursis

Cette France rurale profonde n’est pas si loin de nous. Nous avons tous un Lussaud dans notre histoire familiale en remontant 2,3, …6 générations. Mais cette filiation, cette continuité ne nous aide pas aujourd’hui à comprendre la réalité d’une population qui se sait  marginalisée, et qui  peut se sentir méprisée. Comme d’autres minorités dans notre société, elle réclame avant tout le respect.

Cela implique-t-il que personne n’a le droit de s’exprimer à leur place sur ce qu’ils vivent ? Ce serait renoncer à la littérature et, dans le cas de Pays perdu, d’une bonne littérature, d’une vision forte et personnelle d’un pays qui n’appartient pas qu’aux derniers survivants.

 

lussaud.1211378012.jpg