A la découverte des oiseaux de Guyane

Depuis que notre séjour en Guyane était fixé, Danièle qui, sans être une spécialiste, est une passionnée d’ornithologie,  ne cessait de penser aux  716 espèces d’oiseaux qui nous attendaient dans ce département. « Des oiseaux que nous n’avons jamais aperçus pour la plupart, dont nous ignorons l’existence ! Des couleurs jamais vues , des chants inouïs  »

Dés le premier jour nos promenades nous avaient aménés vers des sites d’observations (les salines de Montjoly ci-dessous).

salines-montjoly.1233593376.jpgA chaque fois , nous avions rencontré de fins connaisseurs des oiseaux qui nous avaient expliqué la richesse et  la diversité des espèces. Ils nous avaient recommandé de nous rapprocher du GEPOG pour trouver de la documentation ( voir Portraits d’oiseaux guyanais – publié aux éditions Ibis Rouge) et des conseils. Et avant tout, il fallait faire un tour au port , le soir vers 18h , pour voir le retour des Ibis rouges. L’Ibis, c’est l’oiseau emblématique de la guyane , installé sur la côte, vers les estuaires où il trouve sa nourriture : des petits crustacés qui pululent dans les vasières et qui lui donnent sa spectaculaire coloration.

vieux-port-photographes.1233594273.jpg Rien d’étonnant à ce que le deuxième jour , nous nous retrouvions sur la jetée du port à attendre la venue des aigrettes, des bihoraux, des courlis et surtout … des ibis rouges. Le spectacle attire une petite foule de touristes curieux, d’amateurs avertis d’ornithologie, mais aussi des cayennais qui viennent avec leur enfants. Chacun se sent alors photographe, mais certains se distinguent par leur matériel très pro.

La marée est en train de monter. de nombreuses espèces explorent les mares autour de la jetée, à la recherche de petits poissons ou de crustacés.

spatules-rosees-2.1233650286.jpgOn peut observer le manège des spatules rosées qui agitent, dans un mouvement circulaire incessant, de gauche à droite et inversément,  leur bec qui leur sert à filtrer la vase pour y trouver leur nourriture. Ces deux spécimens sont des jeunes, leur couleur est très claire.

vieux-port-lunette.1233653346.jpg Les animateurs du GEPOG ont amené une lunette qui permet d’observer les aigrettes à la recherche des petits poissons prisonniers des cuvettes qui commencent à se remplir de nouveau. La technique de pêche est précise, le cou se déploie d’un seul mouvement rapide et le bec ramène la proie vite engloutie. A gauche l’aigrette bleue, à droite l’aigrette neigeuse .

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En attendant la venue des ibis, le regard se pose sur les environs immédiats de la jetée. Et que voit-on sur un pilier en bois ?

anolis-web.1233657547.jpg Un lézard bien particulier qui mène un drôle de manège : une fois bien en vue au-dessus de la mangrove, le voilà qui se met à gonfler son jabot, « un fanon gulaire », qui prend des couleurs d’un jaune vif. Une manière sans doute de parade pour s’attirer les faveurs des femelles qu’il cherche à séduire. Renseignement pris il s’agit d’un Anolis, souvent appelé faux-caméléon, rapport à ces changements de couleur.

Mais une rumeur parcourt la petite foule des curieux sur la jetée.

ibis-en-vol-2web.1233667030.jpg Ils arrivent ! D’abord des juvéniles, reconnaissables à leur plumage brun clair, qui viennent faire un tour, en éclaireur, au-dessus de la jetée. Le soleil n’est pas loin de disparaître à l’horizon. Au loin s’annoncent des groupes denses d’Ibis qui s’élèvent au-dessus des vasières. Les premières bandes se rapprochent, leur couleur rouge éclate dans la lumière rasante du jour. Ils tournent au-dessus de nous,  commencent à viser le sommet des arbres et s’abattent en grappes sur les branches dans un ballet étourdissant de plumes et de couleurs.

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L’autre oiseau emblématique de la guyane , c’est le Toucan.

toco-toucan.1233672499.jpg On en distingue 7 espèces en Guyane. Le Toucan Toco (ci-contre) est le plus grand de la famille des Toucans présents en Guyane. Il vit plutôt dans les forêts marécageuses et les mangroves. Il est très reconnaissable avec son long bec jaune. Les toucans sont très bruyants avec un cri nasillard pas toujours très agréable. Le gros bec qui caractérise les toucans est utilisé pour briser l’enveloppe des fruits qui constituent sa nourriture principale.

Quant au toucan à Bec rouge , le plus grand et le plus coloré, il vit dans la forêt primaire amazonienne.

toui-para-brotogeris-chrisopterus-web.1233673629.jpg C’est dans la forêt aussi qu’on trouve les aras et autres perroquets, qui sont installés dans la canopée, l’étage supérieur (souvent à 20 ou 30 m de hauteur) de la végétation amazonienne. C’est dire que, pour nous pauvres bipèdes terrestres,  les approcher est mission impossible. Alors, pour les voir de plus près, c’est plus facile dans le parc animalier de Macouria réouvert depuis quelques mois, un zoo bien organisé et très bien tenu, centré sur les espèces sauvages de Guyane.

On peut y voir ces petits perroquets bruyants, les Toui Para, au plumage vert , qui se nourrissent du nectar des fleurs.

hocco-web.1233674567.jpg Plus discrets les Hoccos Alector, gros oiseaux de la forêt- de la taille d’une oie-, cibles faciles pour la chasse qui n’est pas réglementée dans leur cas. Avant notre visite au zoo, nous avions eu la chance d’en croiser un spécimen sur la montagne de Kaw alors qu’il traversait la route d’un vol lourd.

dendrocygne-a-ventre-noir-dendrocygna-autumnalis-web.1233675969.jpg Plus loin, les dendrocygnes à ventre noir occupent le bord d’une mare, en groupe serré. Ce canard est facile à identifier grâce à ses pattes roses, son bec rouge vif et son ventre noir. Le mâle et le femelle sont identiques , alors que les jeunes au plumage marron, aux pattes et au bec gris, sont plus ternes. Il est aussi menacé par la chasse, comme tous les canards de guyane, à l’exception du canard musqué qui, théoriquement, est protégé.

Devant cette richesse et cette diversité de l’avifaune, on imagine que les guyanais sont attentifs aux oiseaux de leur pays. Ils sont en tout cas très sensibles au chant des Pikolets ( sporophile curio) en captivité. C’est ainsi qu’on voit fréquemment  des passionnés dans des lieux publics ( à vélo, en voiture , dans le bus, dans la rue) avec une cage dont ils prennent grand soin. Comme l’illustre le reportage ci-dessous, cette tradition, amenée par les javanais ( les exilés indonésiens au Surinam voisin) s’observe chez de nombreux amateurs qui participent , avec leur champion de la mélodie, à des concours de chant qui donnent lieu à des paris et à de fortes récompenses.

Mais les Pikolets sont victime de leur succès.  Les captures ont raréfié l’espèce. L’élevage et la multiplication en captivité donnent des individus moins appréciés pour leur chant, paraît-il. Alors , menacé , le chant du pikolet ?

Marchés de Cayenne – cuisine guyanaise

A part deux hypermarchés, l’essentiel de l’alimentation à Cayenne se trouve dans des petits libre-service. La plupart du temps , ils sont tenus par des familles chinoises (même les Huit à Huit et autres Proxi). Pour faire ses courses de tous les jours, on va « chez le chinois », appellation générique appliquée à tous les épiciers. On y trouve de tout : des boissons, des conserves, des surgelés, des légumes secs , du Kwak -une base du régime alimentaire, c’est de la farine de manioc en granules, comme de la semoule ou du boulgour – du porc  en saumure, notamment les queues de cochon , très appréciées. On trouve tout …sauf des produits frais. On est bien content de ramener une salade et quelques fruits. Il est donc indispensable d’aller sur les marchés.

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On y trouvera des salades fraiches, du persil, de la coriandre, de la cive, des haricots kilomètres marche-gombos.1233313117.jpg

( comme un haricot vert mais long de 50 cm, pas besoin d’un équeutage fastidieux ), des aubergines, des Giraumon ( la courge locale qu’on peut préparer en gratin ou en tarte salée) et les Gombos , appelés aussi Calous (ci-contre). Les gombos sont un peu fades et gélatineux mais excellents dans un ragout de légumes bien relevé. Evidemment, l’oeil est attiré par les grosses racines d’Igname et les empilements de Dachine ( idéal pour accompagner un poisson au roucou, un condiment très coloré spécialité des plantations guyanaises autrefois, ou un colombo, avec du curry).

marche-papaye.1233324781.jpg Les fruits sont omni-présents : ananas pays, cueillis du matin, une fraîcheur et des aromes inconnus chez nous dans nos rayons de fruits et légumes ,  Papaye vertes (préparée rapée en salade) ou mûre (photo ci-contre, délicieuse avec un filet de citron vert). Les agrumes sont toutes vertes sous les tropiques, même à maturité, à l’instar des citrons verts, des oranges mais à la différence des énormes shadeks (les vrais pamplemousses, ceux que nous connaissons sont des pomelos) jaunes qu’on choisit à leur densité. Les bananes se retrouvent vertes ( les ti-nains , pour la cuisson), les cavendish jaunes que les locaux consomment facilement muscades, presque noires et les bacoves, petites bananes jaunes , tellement parfumées.  D’autres fruits sont excellents aussi en jus : les maracudjas (fruits de la passion), les corrosol.

Cette abondance et cette diversité sur les marchés, sans égale dans les antilles françaises, frappent le visiteur.

champ-cacao.1233326488.jpg Cela n’a pas été le cas autrefois dans une guyane où l’agriculture n’a pas toujours connu des succès. Le secret ? il faut aller le chercher dans les champs qui bordent la Comté , une rivière de l’intérieur, à Cacao précisément. Voici trente ans qu’ici s’établit une colonie de Hmongs, réfugiés du Laos, fuyant l’hostilité des régimes communistes qu’ils avaient combattu aux cotés des français , puis des américains. Ces montagnards ne savaient faire qu’une chose : cultiver la terre avec ténacité et attention , comme autant de potagers et de vergers. Ils fournissent aujourd’hui l’essentiel des fruits et légumes de Guyane.

poissonnier.1233336552.jpg Pour le poisson, il vaut mieux aller au marché au poissons, 5 mn plus loin. La glace ne manque pas sur les étals et le stock est à l’abri dans les chambres froides. Il se consomme en guyane beaucoup de poisson qui se trouve facilement à des prix très abordables (autour de 6 € le Kg). Les espèces interessantes pour la cuisine ne manquent pas  L’acoupa rouge , abondant, a une chair ferme et savoureuse. Certains préfère la loubine, qu’ils classent en premier.poissons.1233337440.jpg

Les filets d’acoupa peuvent être cuits à la vapeur et servis avec un sauce à l’ail et des christophines. Ils peuvent être marinés et cuits dans un court bouillon ou dans des papillotes, accompagnés de patates douces et de bananes plantain. Ou tout simplement sauté à la poèle avec une sauce maracudja.

Pas la peine de chercher les bouchers  à Cayenne. Il n’y a pas de tradition ancienne d’élevage. En revanche depuis une vingtaine d’année, des fermiers pionniers, souvent d’origine métropolitaine, se sont lancés dans l’élevage, pour produire de la viande mais aussi des produits laitiers (la Césarée, entre Kourou et Cayenne, se présente comme la ferme de Lait Quateur). On les retrouve au marché des producteurs vers la Madeleine. Et puis création récente, Maxiboeuf, une moyenne surface spécialisée en boucherie, charcuterie, traiteur qui vend des produits de métropole mais aussi de la viande guyanaise.

vachcreol.1233394544.jpg Dans les champs, sur les savanes de la bande cotière, on voit des vaches créoles, croisement de zébus africains et de vaches sud-européennes. L‘INRA de Guadeloupe travaille à l’amélioration de cette race qui est à la fois résistante  aux conditions tropicales (chaleur et parasites) et productive.

Nous n’évoquerons pas ici les fricassées de caimans, les civets de cochons bois ou d’agouti et autres préparations de gibiers – les guyanais parlent de viande de bois- peu accessibles aux touristes de passage. Si la chasse est peu réglementée, le commerce de ces viandes est en général interdit.

Terminons ce tour de la gastronomie guyanaise par une note de saison. La galette des rois ! Ç’est une folie ! Ça commence à l’épiphanie, comme chez nous  et ça n’arrête pas jusqu’à la fin du Carnaval – le mercredi des cendres, le dernier jour avant le carême, le 24 février en 2009. Tous les prétextes sont bons : réunions familiales, amicales, au travail, avec les voisins, dans les associations sportives, culturelles ou carnavalesque. Pendant près de 2 mois, les boulangers ne savent plus où donner de la tête. Au menu : les traditionnelles galettes à la frangipane (les Pithiviers, comme chez nous) mais aussi les galettes fourrées à la confiture de Goyave et autres préparations locales. De quoi accompagner un carnaval très long : il faut tenir la distance !

24 H sur les marais de Kaw

Au début du XIXème siècle les autorités de la colonnie française avaient entrepris d’y installer une vaste zone de Polder. Les premiers colons y avaient débuté une activité de grande culture employant de nombreux esclaves. Mais, comme souvent en guyane, le projet sombra. Avec la suppression de l’esclavage, les plantations se vidèrent de leur main d’oeuvre. Et puis les mines d’or, à peine découvertes, avaient  bien plus d’attrait que les domaines agricoles.

village-kaw-embacadere.1233082551.jpg Il en reste une immense plaine, la savane humide, où l’on ne se déplace qu’en bateau. La végétation plutôt basse, composée de graminées, s’adapte constamment au niveau de l’eau qui varie selon les saisons. On ne distingue pas la terre ferme de la végétation flottante – les moucou-moucou aux larges feuilles -qui constitue de vrais petites îles dérivant au courant.

Le village de Kaw est à un quart d’heure de pirogue du dégrad de Roura au bout de la route de Cayenne. Notre pirogue évite le débarcadère du village, colonisé par des guèpes dangereuses -« des mouches à feu »- et s’arime à un ponton branlant, quelques mètres plus loin.

C’est désormais le centre du Parc Naturel des marais de Kaw. Une soixantaine d’habitants y sont recensés, l’électricité est fournie sur place par un groupe électrogène en attendant la fin de la réhabilitation de la centrale photo-voltaïque installée en 1982. On y trouve une école qui accueille à plein temps une quinzaine d’enfants ainsi qu’une poste , une mairie, un poste de santé, une église qui fonctionnent, eux, à temps partiel. Des manguiers, quelques potagers, la pêche et la chasse fournissent une base alimentaire quotidienne mais , pour les courses, il faut reprendre la route de Cayenne : de quoi occuper la journée.

Nous laissons ensuite ce petit coin de – relative – civilisation pour avancer et remonter la rivière Kaw jusqu’au confluent de la crique Wapou : une petite heure de pirogue.

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Le marais, c’est le royaume des oiseaux qui trouvent dans les prairies humides  une nourriture abondante  et régulière : petits poissons , batraciens , divers insectes. aigrettes.1232981571.jpg

urubu-kaw.1232987927.jpg On peut y observer le héron Cocoï, le plus grand des hérons, des Martin-pêcheurs bien plus grands que leurs cousins européens et surtout une multitude d’aigrettes blanches sur la savane verte. Au loin, au-dessus des arbres planent les Urubus, les vautours d’Amérique, très courants en guyane qui viennent aussi se nourrir sur les bords de la rivière.

Plus haut nous passons devant une ferme au loin, quelques baraquements sur la pente au-dessus du niveau maximum de l’eau. zebus-kaw.1232988526.JPG

C’est un élevage de zébus, particulièrement adaptés à la savane humide. Ils n’hésitent pas, en saison des pluies, à nager d’une pature à l’autre. Autrefois absent du territoire, l’élevage bovin s’est développé récemment et fournit une viande locale de qualité.

La rivière de Kaw n’en finit pas de divaguer entre les collines couvertes d’une forêt épaisse. Au bout du trajet, on aperçoit enfin le but de l’étape : le carbet flottant ( les dépliants destinés aux touristes internationaux parlent de « lodge » alors que le « carbet » rappelle en guyane les constructions légères des amérindiens). C’est là que nous attend un ti’punch et c’est là que nous passerons la nuit.  Construit sur des flottteurs, cet auberge flottante est équipée d’une cuisine professionnelle, d’une salle à manger qui ouvre sur la rivière, et d’un grand dortoir à l’étage où l’on accroche son hamac. On peut aussi choisir un lit et même une chambre quand, comme Danièle et moi, on aime son  confort. Le Carbet respecte les contraintes écologiques du parc, il produit son électricité (en photovoltaïque), son eau sanitaire et retient ses effluents.

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L’après-midi nous amènera plus en amont sur la Crique ( la riviere) de Wapou.

cabiai.1233066807.jpgL’occasion de découvrir un groupe de cabiaïs (ci-contre à droite), ces rongeurs étonnants, les plus gros du monde animal puisqu’ils peuvent atteindre 1 m au garrot. Ils mènent une vie tranquille dans la savane, ne craignant que les grands caïmans.Ce sont des mammmifères semi-aquatique, excellents nageurs et pouvant disparaître et se cacher au fond de l’eau.

kaw-nid-cacique.1233067886.jpg Plus loin, notre attention est attirée par ces nids en pendeloques accrochées à un arbre. Celui-ci est comme enguirlandé de plusieurs de ces oeuvres tissées avec des matières végétales de palmiers. cacique_jaune.1233068255.jpg

C’est le domaine des caciques à cul jaune, oiseaux grégaires bruyants et colorés.Et gare aux intrus, car les caciques ont fait alliance avec des guépes qui vont leur assurer une défense efficace contre les visiteurs de nids (les singes principalement).

La végétation se rapproche au tour de la pirogue qui avance progressivement dans la forêt inondée. Nous n’irons pas plus loin car le niveau d’eau n’est pas suffisant maintenant, au tout début de la saison des pluies.

De retour au carbet, la rivière continue à ryhmer les activités. Les canots repartent – à la rame cette fois-ci – pour explorer le voisinage.

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La nuit tombe vite près de l’équateur. En attendant le repas du soir, les hôtes du bord se retrouvent dans l’eau de la rivière, pure mais brune de matière organique..

kaw-bain-de-nuit.1233073437.jpg Claire plonge et Julien a dégoté un étrange véhicule , mi vélo, mi planche à voile, à l’équilibre instable. Une gamine avec son père pêche avec une petite ligne et …des bouts de fromage . Ça ne tarde pas à mordre.

Tout le monde se retrouve à table autour d’un poisson – de l’Acoupa rouge- en sauce avec des bananes ti-nains et du riz. Parfait . Et il y a même du fromage, luxe de métropolitains sous ces climats. La suite du programme ne manque pas d’intriguer les esprits et les conversations. Il s’agit d’aller observer nuitamment les bêtes du marais, notamment … les caïmans !

Nous voici partis dans la nuit noire, la pirogue se dirige entre les berges grâce aux lampes frontales de Jean-Louis à l’avant du bateau et de Gabriel à l’arriere, à la barre. Une famille de Cabiaï surprise par la lumière, se retire tranquillement vers les fourrés. Mais nos guides recherchent autre chose.

kaw-caiman.1233077457.jpg Un éclair rouge, reflet de la lampe dans les yeux d’un caïman et la pirogue se rapproche. Les caïmans n’ont que deux tactiques : disparaître en plongeant sous la végétation ou faire le mort.

C’est ainsi qu’on verra un caïman noir sous la proue de la pirogue, dans une immobilité parfaite.Les guides tiennent aussi à nous rendre présentes ces bestioles en attrappant un spécimen – pas trop grand de préférence- et à le faire circuler parmi les passagers. Ce soir ce sera un petit Caïman à lunettes, qui nous passera dans les mains. Mais Claire se rappelle de cette autre excursion avec Flore où la bête avait une taille non négligeable.

De retour sur le Carbet, direction le lit ou le hamac. On nous a assuré que la mygale Matoutou qui se balladait au-dessus de notre lit était inoffensive, presqu’un animal domestique. Sa présence  ne nous empêche pas de sombrer dans le sommeil, bercés par le bruit de la pluie sur le toit et par le vent qui soulève la moustiquaire.

Le matin suivant c’est le départ, de nouveau sur la rivière, direction le dégrad de Roura.

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A l’arrivée, au moment de prendre congé, nous apprenons que Gabriel, notre piroguier est papa depuis hier. Sa femme et sa famille sont à Saint-Laurent du Maroni , à l’autre bout de la Guyane. il ne pourra pas faire le voyage aujourd’hui car il n’a pas pu se faire remplacer par un autre guide. Voilà de quoi relativiser notre belle insouciance de visiteur. Le tourisme est un métier qui implique des contraintes fortes pour les salariés qui nous accueillent.

Pirogues de Guyane

tintin.1232641300.jpg Beaucoup de déplacements en Guyane se font en pirogues, surtout dès qu’on quitte la zone côtière accessible par la route et qu’on aborde la forêt. De toute façon il n’y a pas d’autre moyen d’avancer que de suivre les fleuves et les criques ( le terme guyanais pour les rivières). Ainsi les distances ne se comptent plus en Km mais en heures de pirogues.

La pirogue … C’est tout un imaginaire qui se présente subitement à mon esprit. Tintin à la recherche de l’oreille cassée. Le voici à pagayer, avec un guide amérindien, à bord d’une pirogue courte  au milieu des dangers de la forêt amazonienne.

pirogue.1232642917.jpg La pirogue aussi … Dans Tintin au Congo. l’embarcation est grande, les deux blancs (Tintin et le missionaire) se laissent transporter par cinq solides rameurs qui se donnent du courage avec une mélopée reprise en choeur.

Les pirogues aujourd’hui sont équipées de moteurs puissants. Cependant la plupart des embarcations respectent les traditions. La construction des pirogues amérindiennes diffère de celles des Bushinenge (les « nègres marrons » échappés jadis à l’esclavage et installés notamment le long du Maroni). pirogue-georges.1232644583.jpg

Georges qui nous prend en charge pour une ballade sur l’estuaire du Sinnamary, est fier de sa pirogue et de ses décors traditionnels : pour un peuple sans écriture ces motifs abstraits  avaient chacun une signification et racontaient une histoire.

Georges fait essentiellement des excursions le long du fleuve Sinnamary, jusqu’à son estuaire : pour des particuliers, comme nous et pour des groupes adressés par le Centre spatial de Kourou. Nouveaux venus : les russes qui accompagnent la venue des Soyoutz sur le pas de tir de Kourou (« des bons clients, toujours de bonne humeur et bons payeurs « ). pirogue-georges-sinnamary.1232644500.jpg

L’estuaire , il le connaît comme sa poche et ne craint pas de se mettre à l’eau – avec ses deux filles – pour barboter dans la vase. « Une vraie thérapie pour la peau! ». Aujourd’hui, pas d’Ibis ! L’animal est capricieux et se déplace au gré des marées et des bancs de vase. Georges a une autre hypothèse : des pécheurs qui tireraient des coups de fusils sur les bandes d’oiseaux.

Et puis, il y a plus moderne : l’aluminium. Léger, resistant, insensible à la corrosion. Sur le Marais de Kaw, notre organisateur, JAL voyage,  n’utilise que ce type d’embarcations pour remonter les criques ou pour se faufiler dans la savane humide.

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Danièle est fan de trajets en pirogue :

Naviguer en  pirogue, même sous la pluie battante, filer à toute vitesse au ras de l’eau, génial ! Moi qui croyais qu’il fallait pagayer !

Sans doute que c’est moins agréable au-delà de quelques heures ou lorsque la pirogue est très chargée ou encore dans les rapides : mal assis sur un banc de bois sans dossier, ballotté et craignant de chavirer à chaque vague. Mais nous n’avons fait que de courts déplacements ne dépassant pas les deux heures et là, ce n’est que du bonheur.

 

 

Guyane : le surf du Nouvel An

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Un bain de mer le jour de l’an sous les Tropiques : rien d’original ! Sauf que Claire qui y habite depuis six mois nous confiait que c’était la première fois. En cause : un peu trop de travail, mais aussi cette impression que le pays tourne le dos à l’océan .

Il a fallu l’invitation de Doudou des Iles, que Claire a croisé à l’hopital, pour nous amener aujourd’hui sur cette plage de Montjoly. L’idée c’était de rassembler sur une photo mémorable la fine fleur du Couch surfing Cayennais.

Couch surfing Il s’agit d’un réseau sur Internet qui se propose de mettre en relation des accueillants (au moins une place sur le canapé) et des voyageurs en quète d’un gîte et d’un contact facile dans le pays visité, le tout bénévolement.

Autour de Doudou des iles ce jour-ci, d’autres accueillants, mais aussi d’anciens couch surfers qui ont fait souche, au moins pour un temps, en guyane.

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Et un peu plus tard, autour d’un verre, chacun y va de son anecdote:  le routard qui traversait l’amérique du sud du Venézuela à la Patagonie en VTT, celui qui venait du fond du Brésil en bus et taxi collectif, ce journaliste qui avait arpenté les guyanes ( Guyana, Surinam, Guyane française) avec quelques dollars en poche. Mais aussi cet américain qui se préoccupait de trouver de l’essence … pour son avion personnel.

Le couch surfing se pratique partout, y compris à Garges-les-Gonesse. Mais on peut imaginer que les destinations lointaines recrutent des personnalités plus intrépides  et des projets  de voyage plus originaux, occasions de rencontres décoiffantes.

Participez à la création d’un monde meilleur!  Ce slogan du couch surfing  est peut-être bien mérité !

Merci à Jody pour ces photos de grande qualité

Port(s) de Cayenne

 

La Guyane c’est essentiellement une côte marécageuse, ponctuée de longues plages de sable ou colonisée par la Mangrove. C’est dire qu’elle est peu accueillante pour les bateaux d’un tonnage un peu important. Rien de surprenant à ce que les premiers arrivants aient choisi Cayenne comme mouillage convenable.

vueducielcayenne.1232450805.jpg C’est le seul endroit de la côte où le socle rocheux affleure, ancré sur une série de collines de granit. A tel point qu’elle fut vite surnommée «  Ile de Cayenne » car elle n’est reliée au reste du continent que par une forêt marécageuse, plus tard domestiquée par un réseau de canaux; elle est encadrée à l’ouest par l’estuaire de la rivière de Cayenne, à l’est par l’estuaire du fleuve Mahury.

Notre première visite à Cayenne fut donc pour le Port. Le chemin n’est pas facile à trouver et l’ambiance apparaît un peu glauque au fur et à mesure qu’on se rapproche. 1vieux-port-squatt-1.1232451302.jpg

Quelques SDF ont squatté les abris de constructions abandonnées. En se rapprochant de la jetée, solidement ancrée sur des piliers en béton, on cherche la silhouette des gréements sur le ciel qui se couvre. Nulle trace d’activité maritime.

Arrivés sur place, nous voici stupéfaits : la mer est à 200m, devant nous, la vase recouvre tout , derrière nous c’est la mangrove qui occupe tout l’espace. Nous comprenons alors que Cayenne, bâtie en bord de mer, est maintenant envahie par la vase et la mangrove; On nous explique que, deux ans en arrière, les bateaux accostaient ici et plus loin, devant la place des Amandiers on se baignait dans la mer. Le phénomène est cyclique : les énormes quantités d’alluvions charriées par l’Amazone se déposent tout le long de la côte, jusqu’au Vénézuela, créant des bancs de vase colonisés par la mangrove mais instables dans le temps. D’ici quelques années, la marée emportera tout et découvrira de nouveau la côte.courlis-web.1232451764.jpg

ibis-3.1232451879.jpg Le phénomène ne fait pas que des malheureux: Les oiseaux qui se nourrissent dans les vasières sont maintenant chez eux : aigrettes, hérons, courlis et surtout les fameux Ibis rouges  qui ont adopté la mangrove près du port comme dortoir. Le soir au crépuscule, de retour de leur lieux d’alimentation, on peut les voir se poser en groupes serrés sur le sommet des palétuviers.

Mais où sont passés les bateaux ?

port-canal-leblond-web.1232453342.jpg Un peu plus loin on retrouve les chalutiers traditionnels de Guyane, le long du canal Leblond. Un chenal étroit est maintenu dans la mangrove, praticable uniquement à marée haute. Les cayennais ont gardé l’habitude de passer acheter le poisson directement à bord. Heureusement qu’il est frais péché car les conditions d’hygiène et de conservation ne sont pas rassurantes. Le marché au poisson un peu plus loin, présente plus de garanties.

Un peu plus en amont de la rivière de cayenne, on aperçoit un port plus moderne, avec des bateaux importants. Il s’agit du Larivot, spécialisé dans la pêche à la crevette, essentiellement tourné vers l’Export. Thalassa dresse un portrait coloré de Guylaine Bourguignon, la maitresse des lieux , patronne de l’armement crevettier.

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Pour trouver le port de commerce, il faut se tourner vers l’Est, du coté de l’estuaire du fleuve Mahury, c’est le Dégrad ( l’équivalent du débarcadère , ici, en Guyane ) des Cannes. Carburants, Voitures, produits industriels, céréales, conserves alimentaires, vins … Tout ce que ne produit pas ce territoire, transite par ce port, souvent en provenance de métropole.

Un peu plus loin se trouve un mouillage pompeusement appelé Marina de Dégrad Des Cannes. Installée sur le domaine maritime sans autorisation, gérée à la limite de la faillite, cette marina est cependant un des rares ports de plaisance de la côte guyannaise, d’ailleurs peu prisée par les voileux plus attirés par la Caraïbe.marina.1232532848.jpg

Des bateaux de passage dans un tour du monde programmé voisinent avec des sédentaires installés pour quelques mois.

Le port abrite aussi quelques chalutiers brésiliens, très présents dans ces eaux poissonneuses.

Ainsi l’envasement du vieux port principal de Cayenne qui fut pendant des siècles le poumon de la Guyane a suscité le développement de mouillages alternatifs.

Il reste aussi quelques belles plages, un peu plus à l’Est, du coté de Montjoly . On s’y baigne toute l’année même si l’eau n’a pas la transparence révée des mers tropicales : L’amazone et ses alluvions ….

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Sorgue : le partage des eaux

Sur le chemin du retour vers le Nord, nous nous arrêtons volontiers à Fontaine de Vaucluse. En été , c’est un hâvre de fraîcheur , sous les arbres, au bord de la Sorgue – à 14° hiver comme été – . Nous y trouvons un parking apprécié de nombreux camping-cars.

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La Sorgue est une merveille de la Nature : la plus puissante exsurgence de France, la cinquième dans le monde. Le site est connu et apprécié de longue date : le poête Pétrarque venait s’y réfugier à partir de 1339, hanté par la figure de sa bien-aimée Laure, entre deux voyages aux quatre coins de l’Europe. Un petit musée lui est consacré dans le bourg.

Le village est dominé par une gigantesque falaise de plus de 200m où la fontaine a creusé sa résurgence. C’est ce qui explique le nom Vaucluse -Vallis Closa-, puisque la vallée est close et s’arrête sur cette falaise.

resurgence-sorgue.1221831924.jpg A l’origine de la source un siphon  très profond, alimenté par les eaux souterraines des monts du Vaucluse, du Mont Ventoux et de la Montagne de Lure. Cette énorme source a donné son nom à toutes les « fontaines vauclusiennes » du monde.

Les premières explorations du gouffre ont débuté en 1878 et le point le plus bas, soit – 308 m à partir de la surface de la grotte, n’a été atteint qu’en 1985 par un robot de la Société spéléologique de Fontaine de Vaucluse.

crue-sorgue.1221832752.JPG Dans un pays sec où les cours d’eau sont tous de type torrentiel  méditerrannéen ( à sec en été, soumis aux crues d’orages), la Sorgue connaît un régime fluvial : toujours alimenté même en période  de sécheresse et à l’abri des crues brutales – même si son débit peut tripler sous l’effet de pluies prolongées sur le bassin versant ( ci-contre crue de la Sorgue dans le village de Fontaine).

Cette abondance et cette régularité ont fait le bonheur des moulins, notamment les moulins à papier qui fut une industrie florissante dans le bassin de la Sorgue.

Une fois quitté le village de Fontaine, la Sorgue suit son cours dans la plaine. Mais elle ne va pas bien loin.  Quelques km plus loin le lit est barré, le courant s’écoule désormais dans deux chenaux divergeants qui sont l’oeuvre de l’homme. Ce lieu-dit s’appelle le partage des eaux.

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Ce destin singulier d’une rivière née puissante et si tôt fragmentée a inspiré le poête René Char qui a vécu, à coté, à l’Isle sur la Sorgue:

La Sorgue

Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n’est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarrisseurs,
Du soleil lâchant sa charrue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

 

La Sorgue devient alors un bien commun que les hommes de la plaine ont partagé à l’infini dans un réseau dense de canaux qui desservent ici une plantation, ici un moulin, là un réservoir.

L’isle sur la Sorgue en est la démonstration vivante : souvent appelée L’Ilo de Venisso  en provençal par référence aux canaux qui la fragmentent en autant d’ilots habités.

 

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Les canaux se divisent en une multitude de canalisations, de biefs qui distribuent le courant dans la moindre ruelle, encombrée d’autant de roue à aubes encore visibles aujourd’hui.

roue.1221841531.jpg Autrefois, ville industrieuse avec ses nombreux moulins, ateliers, fabriques, toutes ces activités où la force motrice de l’eau se révélait indispensable, l’Isle sur la Sorgue a maintenant une vocation touristique qui s’appuie sur le charme des échoppes et des restaurants au bord de l’eau.

Et puis, elle s’est créé une spécialité depuis près de 40 ans: la  brocante qui a forgé l’identité de la cité l’isloise, lui assurant une notoriété internationale. L’Isle-sur-la-Sorgue constitue, après Saint-Ouen et Londres, la troisième plate-forme européenne du commerce des antiquités.

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Le Calavon, d’Oppedette aux ocres du Luberon

Le Calavon prend naissance sur les contreforts de la montagne de Lure au-dessus de Banon. En saison sêche, son lit se remarque à peine: quelques caillous dans un chenal à sec. On a du mal à l’imaginer transformé en torrent impétueux menaçant  les bourgades de la vallée d’Apt.

On le prend plus au sérieux quand on parcourt Les gorges d’Oppedette. Le chemin longe sur plusieurs Km le rebord extrème de la falaise, à quelques centimètres de l’à pic vertigineux.

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Au bout dune heure et demie de cet itinéraire en balcon, on arrive en vue du village installé à l’entrée des gorges sur un socle rocheux qui surplombe le vide. On descend  dans le lit du Calavon pour remonter ensuite sur la rive opposée. Un raidillon à franchir et nous voilà à l’entrée du village, à proximité d’une fontaine bienvenue.

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Pour le retour nous avons choisi un parcours plus tranquille, sur la rive gauche cette fois, évitant les belvédères vertigineux et les sentiers escarpés.

En bas, sorti des gorges, le Calavon  est maintenant sur le territoire du Vaucluse et va longer la Montagne du Luberon. C’est le domaine des ocres.

colorado-3.1221553642.jpg Les ocres sont des argiles pures (kaolinites) colorées par des pigments d’origine minérale (hydroxides de fer) dont les couleurs varient du rouge soutenu au jaune clair. Le tout amalgamé à du sable constitué essentiellement de quartz. Dans la région,on a exploité les ocres sur plusieurs sites: Colorado provençal, Roussillon, la dernière carrière encore en activité est située à Gargas (Vaucluse). L’ocre naturelle est utilisée comme pigment  depuis la préhistoire, comme à Lascaux. Elle est toujours appréciée pour sa non-toxicité et sa grande longévité en décoration, beaux-arts et maçonnerie.

Nous avons visité les anciennes carrières de Rustrel , appelées Le Colorado Provençal, où les ocres étaient extraites puis  lavées et affinées.

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L’extraction industrielle et l’érosion naturelle ont créé des paysages insolites, notamment ces cheminées de fées dont le sommet était protégé par des roches dures.

colorado-2.1221554778.jpg Le site est géré par une association regroupant propriétaires et bénévoles.En bordure de la route départementale 22, il y a un parking ombragé payant, un espace avec tables de pique-nique et un accueil (« la maison du Colorado »). Les sentiers sont semi-balisés avec des barrières et escaliers par endroit afin de canaliser les passages et éviter ainsi une érosion trop rapide du site.

Les recettes percues sur les droits d’entrée servent aux dépenses d’aménagement et d’entretien. Une partie du site, inaccessible pour l’instant, est l’objet de travaux de réhabilitation qui devraient aboutir à une reconstitution de l’activité de la carrière du temps de son exploitation.

Le Calavon poursuit sa course vers l’Ouest, au milieu du Luberon. Mais c’est sous le nom de Coulon qu’il se jettera dans la Durance, un peu au Nord de Cavaillon. Le Calavon a disparu. En fait il a changé de nom à partir du village des Beaumettes.

Un sacré numéro, ce Calavon!

Ubaye : une vallée en équilibre

La vallée de l’Ubaye joint la haute Durance à la frontière italienne, à sa source, sur les flancs du Monte Viso. Longtemps possession de la Savoie, elle ne fut rattachée à la france qu’en 1713. Vallée frontière, l’activité militaire a marqué le paysage, notamment avec les étonnants forts de Tournoux et Saint-Vincent.

L’effet d’une frontière est de séparer mais aussi de relier, dans un subtil équilibre, le proche, le local avec le lointain, l’étranger. Et la population de la vallée, accrochée à une terre difficile, a très tôt montré un intérêt pour le grand large. Les colporteurs de la vallée se retrouvent dès le XIIIème siècle aux pays-bas, où ils ouvrent des comptoirs.

avenue-diaz.1221122803.jpg Au XIXéme siècle, c’est au Mexique que les valeïans font fortune et reviennent au pays à Barcelonnette et y construisent des petis palais, donnant même à une de leurs avenues chics le nom d’un président mexicain qui leur fut favorable.

la-sapiniere.1221123015.jpg Une des premieres de ces habitations fut La Sapinière, belle demeure bourgeoise qui abrite aujourd’hui le musée de la vallée et le bureau du Parc du Mercantour. En témoigne également les spendides sépultures qui jalonnent les cimetières de la vallée.

L’opulence n’a duré qu’un temps; il en reste cependant un réel esprit d’entreprise qui s’applique maintenant à la première activité de la vallée : le tourisme. Les station de Sauze, de Super-Sauze, de Pra Loup ont attiré dès les années 1950 de nombreux skieurs.

eglise-sauze.1221151654.jpg A Sauze (ci-contre l’église du hameau) et Super-Sauze, les villages d’origine situés sur la commune d’ Enchastrayes sont accrochés sur les rebords des roubines, ces hauteurs érodées constituées de fragiles marnes noires comme du charbon. Ces nappes constituent une menace permanente dans un équilibre instable . Le glissement de terrain de Super-Sauze est ainsi périodiquement ausculté par les géologues.

C’est dans ce cadre, au début du siècle dernier que Pierre Magnan place séraphin Monge, énigmatique héros de La maison assassinée qu’on retrouve dans Le mystère de Séraphin Monge. Fuyant son destin et un amour impossible, il se réfugie tout en haut d’Enchastrayes, dans la forêt où il abat des hêtres immenses que le glissement de terrain engloutit. Lui-même disparaît finalement dans cet océan mouvant de boue argileuse.

En face c’est le Riou Bourdoux qui laisse en mémoire ses crues dévastatrices qui emportaient le flanc de la montagne avant que d’immenses travaux d’aménagement et de reforestation viennent enfin domestiquer la violence des éléments.

Mais la montagne sait aussi se montrer douce, ses alpages accuillants pour le promeneur, ponctués de bergeries au milieu de pelouses en fleur.

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Plus en aval, loin de la violence des éléments , on trouve la vallée du Laverq. La Blanche de Laverq descend directement de la Tête de l’Estrop (2961m), le point culminant des Alpes de Haute-Provence, qu’on aperçoit partout, de Digne au signal de Lure.

La route grimpe doucement le long de la rivière, en contournant la Montagne de la Blanche. Bientôt la fin du goudron, aux Clarions où nous nous arrêtons pour acheter du fromage de chèvre.

gr-laverq.1221207586.jpg C’est ensuite le GR qui continue sur un chemin gravillonné qu’empruntent encore de nombreuses voitures. Nous avançons au milieu de hautes prairies. Les épis des graminées ont pris, en cette fin juillet, une curieuse  coloration rousse qui tranche avec le vert tendre omniprésent. Au fond se dresse la Grande Séolane (2909m)

abbaye-laverq.1221206843.jpgNous arrivons bientôt à l’abbaye de Laverq, aujourd’hui abandonné. A l’entrée du hameau, un refuge qui propose le gîte et le couvert . On peut aussi s’assoir sur sa terrasse pour y prendre un café. Une association s’emploie à restaurer les batîments de l’abbaye et à créer des animations l’été dans ce hameau reculé. La randonnée continue ensuite jusqu’au Plan Bas où les voitures stationnenent , la circulation est interdite au-delà. On se trouve à 1640 m. On peut monter jusqu’au pied de l’Estrop , à 2400m, pour voir les Eaux Tortes. Ce sont de curieux marais d’altitudes où les eaux ont tracé des chenaux tortueux dans les tourbieres. Mais nous nous arrêtons avant cette étape. A la descente , nous nous apercevons que l’adret est plus habité que nous le pensions : des bergeries parfois aménagées en résidences d’été. Décidément le Laverq est une vallée accueillante.

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Le Contadour : la magie du plateau Grémone

Le 3 septembre 1935, un groupe d’une cinquantaine de marcheurs sous la conduite éclairée de Jean Giono arrive au Contadour. Ce n’était là qu’un vague lieu dit à peine signalé par un panneau et quelques fermes, antichambre de la transhumance (c’est là qu’on comptait les moutons avant de les confier aux bergers de l’estive) vers le haut du plateau.

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Le hasard voulut que Giono fît une mauvaise chute et contraignît le groupe à s’installer sur place en dormant dans des granges, sous la tente ou à la belle étoile. Le séjour fut magique grâce au talent de giono le conteur, qui émerveille son public avec sa verve naturelle, ses histoires de bergers et d’étoiles.

 » Tout a commencé là. Nous ne sommes partis qu’après avoir acheté tous ensemble une maison, une citerne et un hectare de terre autour. Là est notre habitation d’espoir » raconte Giono dans Les vraies richesses.

Et chaque été ça recommence avec une affluence croissante… jusqu’en 1939 où la guerre qui vient donne le coup fatal à cette réunion de pacifistes irréductibles (Giono est emprisonné quelques semaines pour ses déclarations anti-guerre).

Chaque parcelle du plateau en porte les traces. Les jas, ces constructions de pierres abritant les troupeaux et les bergers ont accueilli ces escapades pour des nuits à la clarté des étoiles .

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Le plateau est parsemé de ces jas, plus ou moins en état.

jas-interieur.1220862772.jpg Ce jas des Terres de Roux a été restauré par une association selon les techniques traditionnelles qui utilisent les lauzes qu’on trouve sur place. Un abri pour le berger, un enclos et  une bergerie pour le troupeau. Le jour où nous sommes passé, il avait hébergé, avec l’accord du berger, une petite troupe de randonneurs qui joignait le Mont Ventoux aux Tinettes, la première ferme en direction du Contadour.

Le lendemain, nous sommes descendus en bas du plateau en direction de Redortiers, à la recherche du vieux village abandonné. Ce qui nous intéressait surtout, c’était de retrouver la fontaine, en bas des ruines.

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Ce ne fut pas facile de la dénicher , un peu à l’écart du chemin.Cette merveille de fraîcheur est protégée par une solide voûte, curieusement décentrée.

fontaine-norbert.1220863919.jpgL’endroit était aménagé pour accueillir les troupeaux- le chemin était connu des bergers qui montaient à l’estive, les points d’eau sont si rares dans le pays- et les lavandières qui se retrouvaient au bas du village.

Pour l’heure, c’est surtout les promeneurs qui apprécient la température qui imprègne l’eau à 14°,  les murs et l’atmosphère sous la voûte. Danièle aura du mal à me faire quitter les abords immédiats du bassin. Dehors c’est le plein été, avec ses 35° sous le soleil du début de l’après-midi.

C’est le moment de remonter en altitude, vers les sommets de Lure, pour trouver un peu de fraîcheur.