MAULIAC : Faux village pour vrais faussaires

Une demi-page dans le Monde – relayée dans la presse nationale, magazine et quotidienne régionale- qui nous montre un joli village. Derrière le clocher , au milieu d’un verger un petit groupe pose, l’air naturel. La légende nous apprend qu’il s’agit du maire, du postier, de l’institutrice et de l’épicier de Mauliac. De l’authentique, en somme !

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Au second coup d’oeil, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une publicité pour Shopi, les petites surfaces d’alimentation appartenant au groupe Carrefour.

« Mauliac, sa poste, son école, sa mairie,son magasin d’alimentation, sa vie quoi…

Le postier, le maire, l’institutrice et le gérant du Shopi. C’est un minimum pour maintenir le tissu social.Dans une petite commune, un magasin qui ouvre ses portes le matin, c’est la vie qui se maintient.Dans le groupe Carrefour, ce sont plus de 3 000 magasins de proximité qui lèvent le rideau chaque matin,dont 50% dans des communes de moins de 3000 habitants. Village après village, ville après ville, ils sont 6 millions de clients*à se retrouver chaque mois dans nos enseignes de proximité : au Shopi, au Marché Plus, au 8 à Huit, ou au Proxi.

Dans le groupe Carrefour, vous être utile chaque jour, c’est être proche de là où vous êtes. « 

Il faut dire que nous n’avons rien contre les Shopi et nous apprécions de pouvoir nous approvisionner dans les petits villages au cours de nos périples en Camping Car. En regardant mieux la photo, nous voici tombés un peu amoureux de Mauliac, un de ces petits pays qui nous plaisent tant, loin de l’agitation des villes, dans la proximité de la nature, mais bien vivants encore , par la volonté de ses habitants. Nous en ferions bien notre destination le Week-end prochain.

C’est décidé , nous ouvrons l’atlas Michelin. La consonnance de Mauliac nous laisse imaginer une localisation entre le Cantal et le périgord.

Au final pas de Mauliac dans l’Atlas. On cherche sur IGN, sur Mappy : il y a 8 Mauriac mais aucun Mauliac. On s’est fait berner !

Le village n’existe pas, ni le maire, ni le postier, ni l’institutrice, ni le gérant de l’épicerie. Putains de publicitaires !

Pourquoi se démener à chercher un vrai point d’implantation Shopi, arriver à convaincre un vrai maire, et les autres ? Tellement plus facile d’embaucher quelques acteurs et de les faire poser derrière une quelconque église de campagne. Le faux plus vrai que nature !

On pense alors à la chanson de Cabrel qui prend ici tout son sens:

Les faussaires

Francis Cabrel

Fausses infos, fausses poitrines
Fausses photos pour de faux magazines
Faux guérisseurs, fausses fortunes
Faux électeurs dans les fosses communes
Faux soldats dans les fausses guerres
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires

Faux marteaux, fausses faucilles
Faux garçons aux bras de fausses filles
Faux serments pleins de « forever »
Faux calmants pour de fausses douleurs
Faux purs-sangs sous de fausses crinières
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires

{Refrain:}
Pour en sortir c’est du délire
C’est un vrai casse-tête
Même tes faux sourires
Te font de vraies fossettes

Fausses rumeurs, fausses annonces
Faux sauveur donnant de fausses réponses
Fausses amours, fausses postures
Faux chanteur dans sa fausse voiture
Faux bijoux donnant de fausses rivières
Ça va finir, ça va finir
Qu’on sera tous des faussaires
{au Refrain}Faux prêcheur, faux prophète
Faux joueur mimant la fausse défaite
Fausse Bible ou bien sa fausse lecture
Faux touristes dans la fausse nature

Cezallier, pays perdu

Le Cézallier est un grand plateau, aux confins du Puy de dôme et du Cantal, constitué d’immenses nappes de basalte horizontales, en altitude comme son grand frère l’Aubrac ( situé plus au Sud), perché entre 1000 et 1300 m.

Royaume du vent, de la neige et des congères l’hiver, ces immensités sans obstacles, sans le moindre bosquet, commençaient à reverdir lors de notre visite, en ce début Mai.

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Rien n’arrête le regard dans ce désert végétal. On pense aux steppes de l’Asie Centrale. Mais la terre se réchauffe, les névés fondent au coin des talus. Dans quelques jours l’herbe sera haute, d’un vert éclatant.

Ce sera le début de l’estive. Des milliers de vaches vont prendre possession de leur espace.gare-landeyrat.1211041795.jpg

D’abord les voisines , celles qui ont passé l’hiver dans les bourgades nichées au creux des vallées. Ensuite les étrangères qui viennent depuis le Languedoc en bétaillères, depuis que le train n’est plus en exploitation avec la fermeture de la ligne Neussargues- Bort-les-Orgues en 1991.

On avait même construit une gare au milieu de nulle part – dans les prairies de Landeyrat- uniquement pour monter les vaches à l’estive. La ligne à l’abandon est reconvertie au bénéfice du tourisme vert avec une réouverture ce 1er mai 2008 après une eclipse de 4 ans , fruit de désaccords cochemerlesques. On peut y trouver le vélorail , des draisines à pédales qui permettent de silloner le pays à son rythme.

Mais revenons aux vaches, car c’est le sujet le plus important sur ce plateau. Les Salers, ces vaches rouges, à la robe frisée d’un brun acajou et aux grandes cornes en forme de Lyre, ne craignent ni les pentes, ni le vent, ni la pluie, ni quelque neige occasionnelle. Bref, une vie rustique.

Le plateau n’est pas habité à part quelques burons, dont beaucoup en  ruine. Les villages  se cachent sur les flancs des vallées, ou sur le rebord du plateau, comme Lussaud perché au-dessus des premières pentes qui mènent à la vallée de La Sagne.

 

lussaud-vue-volcan.1211377814.jpgLussaud, c’était le but de notre promenade de ce long week-end du premier Mai.

Une douzaine de maisons serrées sur une croupe face au volcan, tournant le dos aux pâtures qui s’étendent sans fin sur le plateau.

Drôle de destination pour un circuit touristique, me direz-vous !

«  C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’ y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir.

C’est ainsi que le décrit Pierre Jourde dans Pays perdu, le récit du retour d’un citadin devenu professeur et écrivain à son village d’origine. Les funérailles d’une jeune voisine amène l’auteur de maison en maison à retrouver ces visages connus depuis l’enfance, ces vies difficiles marquées par l’hiver, la solitude, et souvent l’alcool.

Ces portraits tendres, mais crus, sans complaisance, dessinent la tragédie intime d’un pays qui meurt à petit feu derrière ses épaisses façades de basalte.

 

Mais les personnages de ce récit n’ont pas supporté ce tableau violent de leur pays, de leurs vies et de leur village. Ils se sont révoltés. C’est à coups de pierre qu’ils ont accueilli l’ex enfant du village pour lui signifier qu’il n’était plus des leurs. On a frôlé le lynchage, a reconnu le tribunal d’Aurillac qui a condamné cinq habitants à la prison avec sursis

Cette France rurale profonde n’est pas si loin de nous. Nous avons tous un Lussaud dans notre histoire familiale en remontant 2,3, …6 générations. Mais cette filiation, cette continuité ne nous aide pas aujourd’hui à comprendre la réalité d’une population qui se sait  marginalisée, et qui  peut se sentir méprisée. Comme d’autres minorités dans notre société, elle réclame avant tout le respect.

Cela implique-t-il que personne n’a le droit de s’exprimer à leur place sur ce qu’ils vivent ? Ce serait renoncer à la littérature et, dans le cas de Pays perdu, d’une bonne littérature, d’une vision forte et personnelle d’un pays qui n’appartient pas qu’aux derniers survivants.

 

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Envie de vadrouilles

Le printemps arrive. Pour nous, c’est synonyme de départs en week-end et de vadrouille en Camping-Car. Dès le 15 mars, nous sommes allés chercher notre fourgon ADRIA au garage où il passe l’hiver, pour le préparer en vue des trois jours de Pâques : vidange, vérifications des batteries, nettoyage général. Où partons–nous ? Comme souvent, la destination est fixée à la dernière minute et dépend des événements (stage d’Aïkido, invitation …) et de la météo

fourgon-neige.1207376815.jpg La météo de Pâques, parlons-en ! Grisaille, gel, grésil, neige, Brrr ! On se rend compte que la fête pascale est très tôt cette année dans la saison. En étudiant les calendriers, il faut remonter à 1913 pour la trouver un 23 mars. Le fourgon est couvert d’une couche immaculée de neige et les routes sont impraticables. Pas d’hésitation : Pâques aux tisons, nous restons au coin du feu et nous en profitons pour inviter enfants et petits enfants.

Mais ce fourgon au milieu de la cour me nargue. Et je commence à compter : cela fait bientôt cinq mois que nous ne sommes pas partis en Camping-car, depuis la toussaint.

givre.1207376898.jpg A Noël, il faisait froid : grisaille et givre tous les matins, Danièle se réjouissait du tour inattendu que prenait le paysage aux arbres constellés de fins cristaux de glace. Mais du coup, les vacances s’étaient passées à la maison, devant la cheminée. De toute façon, Danièle se trouvait fatiguée des déplacements, professionnels ceux-là.

 

Et me voici à tourner autour du fourgon, à regarder le calendrier pour faire des projets de sortie, peut-être en seconde quinzaine d’avril… Danièle ne comprend pas : « Nous revenons d’un voyage à la Martinique. Et tu me dis que tu es en manque de vadrouille. Que voudrais-tu de mieux ? » C’est vrai que je n’ai pas à me plaindre. Mais ce n’est pas la même chose …

Alors, il faut bien constater que je souffre du manque, trouble caractéristique des accros du Camping-car. Et je m’interroge : quelles sont ces sensations, ces émotions qui me manquent en situation d’abstinence, contraint à une immobilité forcée ?

Quelle est cette magie du départ en Camping-car ?
Premier constat : dès qu’on a tourné le coin de la rue, on laisse ses soucis à la maison. Chef insupportable au bureau, travaux à terminer, ennuis familiaux, fâcheries. On prend la route, on peaufine le parcours sur la carte, on quitte bientôt les parages connus et on ne pense qu’à ce petit bout d’avenir qui s’ouvre devant nous. Qui vivra verra !

Où va-t-on ? Il nous arrive d’avoir des projets (la Bretagne Sud en avril) mais la plupart du temps la décision se prend le jour même : ce sera la montagne et l’altitude pour fuir la canicule, ce sera la Drôme des collines parce qu’il y a trop de Mistral plus au Sud, ce sera la Catalogne pour fuir la pluie vers chez nous. Au lieu de subir les caprices de la météo, on a ainsi l’impression (l’illusion ?) de maîtriser nos conditions climatiques.

Cette disponibilité, on la met au service de la curiosité, cette envie, habituellement délaissée dans la vie quotidienne, d’aller voir, un peu plus loin, après ce carrefour, derrière ce rideau d’arbre, pour retrouver le cours de la rivière qu’on a repérée sur la carte.

C’est ainsi que nous avons découvert Port-Rivière, à une vingtaine de kilomètres de la Buchette, à partir de l’intuition qui nous venait à la lecture de la carte, que les bords de Saône valaient sans doute la peine d’être explorés en dehors des grands axes. Cet ancien port, autrefois étape importante de la ligne Lyon –Chalons que parcourait un puissant bateau à vapeur, n’intéresse maintenant que les pêcheurs et les amateurs de guinguette à friture. Ce week-end de mai, inaugurant notre nouveau camping-car, nous avions trouvé sans peine une place libre au-dessus des berges au début d’un sentier pédestre qui longe la rivière entre les champs peuplées de bovins charolais placides et de bosquets frais et humides. La nuit nous avait trouvé dans un isolement bienvenu. Mais au petit matin, dès le lever du soleil, les allers et venues des pécheurs impatients de prendre leurs positions familières au bord de l’eau nous avaient doucement réveillés.

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Nous avons ainsi découvert que, dès qu’on s’installe pour quelques heures, une nuit ou 24 H, un site connaît plusieurs vies. Le promeneur en visite pour une après-midi n’en saisit qu’une partie.

col-la-bataille.1207377254.jpg Par exemple, cette sortie au Col de la Bataille sur le versant Ouest du Vercors. La route passe sur une crête, qui sépare deux vallons profonds. Au sud s’étend la vallée de la Gervanne qui glisse dans une magie verdoyante jusqu’à la Drôme, au Nord, plus sombre, la Combe de Bouvante (ci-contre) encadrée par des pentes boisée et qui aboutit à nos pieds dans la reculée des sources de la Lyonne.

tete-de-la-dame.1207377343.jpg Dès le matin, le site attire de nombreux marcheurs en ce beau week-end de juin 2003, qui viennent en famille ou en groupe d’amis. Le chemin est facile et monte doucement sur de vastes prairies dégagées sillonnées de paisibles troupeaux. Direction la Tête de la Dame, éperon rocheux qui domine de ses 1503m tout le sud jusqu’à la vallée de la Drôme entre Crest et Die, la Gervanne à l’Ouest et la Sure à l’Est. Nous y ferons une halte le midi, pour profiter du soleil printanier dans une atmosphère claire. Un peu plus bas un groupe de marcheurs organise bruyamment et joyeusement un repas collectif.

La fin de la journée nous ramène, un peu fourbus, près de notre camping-car sur un parking encore encombré de nombreux véhicules.

Mais à partir de 18 h, les départs se font nombreux. Nous ne tardons pas à nous retrouver seuls sur ce stationnement, face à la Combe de Bouvante qui commence à s’assombrir. Finalement nous décidons de passer la nuit sur place.

chamois-v.1207377460.jpg Les ombres s’allongent, les bois ne sont plus qu’un seul fond noir. En face de nous sur la droite quelques rochers entourant une pelouse … et lorsqu’on regarde mieux, ces ombres accroupies, ce sont des chamois ! Nous n’osons pas remuer et l’appareil photo restera dans sa sacoche (merci aux photos de le chat machine)

 

 

Voir un site à plusieurs moments de la journée et de la nuit, un moment envahi de joyeux marcheurs, puis plongé dans le silence et l’obscurité, laissant la place à une vie sauvage rassurée du calme ambiant. C’est une expérience fondamentale des étapes du Camping-Cariste amoureux de la Nature. Le véhicule discret, immobile, silencieux ne dérange pas les animaux.

Quelquefois, on se sent seul face à un paysage qui nous imprègne de son atmosphère. La baie des Paulilles, encore envahie des ruines industrielles de l’inquiétante poudrerie, fermée dans les années 50. C’était la veille de Noël, en 2003. La beauté désolée du lieu nous laisse sans voix, une fois que l’on a trouvé le chemin détourné et défoncé qui nous y mène. Nous marchons ensuite dans la végétation basse du littorale et nous grimpons sous le vent jusqu’au Cap Oullestreil voisin. Cette fin de journée d’hiver dans ce paysage inattendu nous inspire une profonde sérénité, comme un accord entre notre ressenti intérieur et l’environnement extérieur. Ce genre de moment je les retrouve plus particulièrement dans nos sorties en Camping-car, l’impression que, pour quelques heures seulement, je ne suis pas de passage, mais j’ habite cet endroit magnifique.

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Mais, d’où venait cette musique faible, irréelle, mais lancinante quand nous sommes revenus, la nuit tombé à notre véhicule ? Le matin nous a apporté la clé, quand nos pas nous ont rapproché d’un ancien fortin militaire, apparemment discrètement squatté, avec ce piano dans un fourgon vaguement aménagé. Nous n’en avons pas su plus. Il nous fallait reprendre la route.

Quel est le plus important dans nos voyages : les réalités que nous découvrons ou les illusions que nous poursuivons ?

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Canaux entre Loire et Cher

Tailler la route en Camping-car, c’est bien. Et s’arréter sur les petits ports le long des canaux, partager le calme de l’endroit avec les péniches et les bateaux de plaisance c’est super !

Depuis que nous avons découvert ces anciennes voies de navigation de Bourgogne, nous ressentons une proximité, une parenté avec cette vie sur les canaux.

peniche.1194947669.jpgAvec la fin du trafic commercial, les péniches sont désormais des habitations permanentes.

Certains n’hésitent pas à créer des petits jardins fleuris au bord de l’eau, signe d’une sédentarisation plus ou moins définitive.

Mais d’autres préfèrent garder la mobilité dans des embarcations de plaisance plus modernes.plaisance.1194948210.jpg

En location ou en propriété, cette forme de tourisme attire beaucoup de monde venant des métropoles européennes : des parisiens, des anglais et même des hollandais en cabotage depuis les ports de la mer du Nord.

Notre escapade de la Toussaint nous a d’abord amenés le long du canal de Roanne à Digoin.

peniche01.1194950061.jpg Ouvert en 1838, il assurait un accès régulier au charbon de Saint-Etienne et à toute une série d’industries qui s’étaient développées sur son parcours ( tuileries, céramiques). Les tuileries de Briennon (ci-contre) ont fermé dans les années soixante et les grands batiments ne sont plus qu’un souvenir.briennon.1194950310.jpg

Mais le port a retrouvé une nouvelle activité avec la location de bateaux de plaisance et un petit parc d’attraction : Le Parc des Canaux

ecluse-chambilly.1194951483.jpg Les écluses fonctionnent toute l’année. En hiver il faut prévenir à l’avance et fournir son programme de navigation. Bref , le canal a su retrouver une seconde vie .

Le canal de Berry n’a pas eu cette chance. Cet ouvrage, terminé en 1840, reliait montluçon à Noyer-sur-Cher, et se déployait en 3 branches qui se rejoignait à Fontblisse. Mais dès l’origine son gabarit fut sous-dimensioné puisque’il n’acceptait que des péniches ne dépassant pas 2m70 x 27m50. Il ne bénéficia pas du plan Freycinet qui portait l’ensemble des écluses à 38 m. Petit à petit délaissé, il fut déclassé en 1955 et vendu au kilomètre aux collectivités territoriales.

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De nombreux tronçons restent alimentés en eau et les chemins de halage bien entretenus font la joie des promeneurs, en attendant une réouverture au moins partielle avec l’ARECABE

Vendangeurs d’un jour, amis toujours

jean-chantal.1189527735.jpg Depuis le mois d’Août, Jean et Chantal, nos amis viticulteurs en Centre-loire, nous tenaient informés de la maturation des grappes , nous comme la petite centaine d’habitués des vendanges. Avec ces vendanges qui approchent c’est tout une année dans les vignes qui va trouver son dénouement. Au fil du temps , la date et l’état de la future vendange se précisaient jusqu’à ce dernier mail :

«  Aux vendangeurs d’éternité.

Le ciel a continué ses caprices peu estivaux ,fraîcheur et pluies importantes ces derniers jours :ainsi certaines vignes voient-elles leurs grains de raisin grossir ,voire éclater. Alors se pointent les citoyens botritys toujours pressés de manger les sucres à notre place!
Le pinot noir tient bien le coup,grains petits, serrés ,à qui on ne fera pas le coup de l’obésité. Pour les sauvignons ça dépend…

Enfin JE CONFIRME LES DATES DU 7,DU 8 ET du 9 SEPTEMBRE  »

Nous ne sommes pas des fidèles réguliers de la ferme du Tremblay , mais cette année, rien ne s’opposait à ce qu’on participe aux vendanges.

Jean est pour moi un ami de trente ans lorsqu’à Paris, militants dans une extrème gauche polarisée par « la classe ouvrière, seule classe historiquement révolutionnaire », nous n’étions qu’une poignée à nous intéresser à la paysannerie. Plus tard, lorsque j’ai rencontré Danièle, nous nous sommes aperçu que nous connaissions le même Jean, Danièle depuis ses études d’Agronomie. Entre temps, Jean a repris la ferme de son père et s’est pris de passion pour l’activité viticole qu’il a fortement développée. Les blancs de Quincy, qu’on retrouve avec les autres sauvignons cultivés en Centre-Loire (Sancerre, Menetou-Salon, Reuilly…) et les rouges issus de Pinot noir sur l’appellation Reuilly.

pinot-noir.1189586002.jpg C’est le rouge qui nous attendait ce matin, à La Commanderie, une vigne jeune qui démontre une belle vigueur. Le pinot noir est ce fameux raisin rouge sombre au jus blanc. Il rentre dans la fabrication du Champagne lorsqu’on le presse rapidement sans macération . Mais on le retrouve aussi dans des Bourgogne très charpentés et astringeant lorsqu’on pousse la macération (le jus de raisin reste alors en contact avec la peau du raisin, pendant tout ou partie de la fermentation, ce qui lui donne couleur et tannins). Le Reuilly est un vin lèger, frais; on privilégie donc la macération à froid ( qui apporte couleur et arômes) avant de démarrer la fermentation.

botrytis.1189587212.jpg Tout cela nous explique pourquoi, ce matin-là, Jean nous incite à prendre beaucoup de précautions avec les précieuses grappes afin qu’elles arrivent indemnes dans la cave. Il faut aussi veiller à évacuer les dégâts dus au Botrytis ( photo ci-contre) la pourriture grise qui risque de donner un mauvais goût à la vendange et de perturber la fermentation.

demarrage.1189605380.jpg Au pied des rangs, une foule bigarrée se prépare à l’action, autour des seaux, des sécateurs et des caisses. Finies les pittoresques hottes vidées dans de grandes bennes, cette méthode était trop violente pour les délicates grappes.

Une trentaine de rangs à vendanger. Chaque équipe de deux va remonter le rang jusqu’au bout. En tendant l’oreille, on perçoit une grande diversité d’accents et même de langues.

darek-thomas.1189606467.jpg Darek et Thomas (ci-contre) sont tous les deux polonais, comme leur dissemblance physique ne l’indique pas (Darek a du mal à passer sous les portes…) . Un ami palestinien échange en anglais avec un couple tchéchène. Depuis longtemp, Chantal et Jean ont accueilli de jeunes étrangers à la ferme, dans le cadre d’échanges internationaux. Leurs trois filles ont ainsi noué beaucoup de contacts aux quatre coins de la planète.

chahut.1189607507.jpg Le travail de la récolte n’interdit pas les chahuts ni les bavardages. Les retrouvailles sont parfois animées. Mais chacun est attentif à la progression du travail. Le fourgon qui amène la récolte à la cave ne suffit pas à la tâche, laissant en attente les grappes coupées et les sécateurs en suspens, occasionnant une pause non prévue mais bien accueillie.Et quelle satisfaction de voir se remplir les seaux et les caisses!

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casse-croute.1189612467.jpg La matinée avance, les dos peinent dans les rangs et les estomacs se creusent.

retour.1189612746.jpg L’heure du casse-croûte de midi s’approche. On ramène les caisses pleines. Les préparatifs s’organisent autour de deux tables improvisées. Les coupeurs ne boudent pas le buffet, arrosé de quelques bonnes bouteilles issues des vignes de la parcelle.

sieste.1189613693.jpg La fatigue, un brin d’alcool, et le soleil qui prend de la force dans cette belle journée de fin d’été,

sieste-auto.1189613912.jpg tout cela fait des ravages dans les rangs des vendangeurs qui tombent les uns après les autres pour une courte sieste réparatrice à l’ombre d’un rang ou dans une voiture, saisis là par une fatigue soudaine et infinie, quelquefois aggravée par des nuits trop courtes.

pause.1189670519.jpg D’autres restent éveillés, devisant ou saisissant leur appareil photo pour ramener un souvenir de cette journée mémorable.

reprise.1189665964.jpg Mais la vendange n’est pas terminée, les équipes se remettent doucement en marche sous un soleil triomphant qui suscite des couvre-chefs improvisés, tee-shirts enturbannés ou mouchoirs noués aux quatre coins, comme les moissonneurs sur les gravures anciennes.

emmanuel.1189669935.jpg Chacun retrouve son rang, à quelques échanges près. L’heure avance et tout le monde voudrait en finir avec ces derniers 9 rangs qui nous narguent au bout de la parcelle. Heureusement ce sont des pieds plus jeunes, où on avance plus vite.

assis-debout.1189671176.jpg Les méthodes des coupeurs sont diverses. Certains s’assoient à coté des ceps, invisibles dans leur rang, d’autres se baissent alternativement, plus repérables d’un coup d’oeil sur le champ. Les mauvaises langues ( ?) les soupçonnent ainsi plus facilement de bavardages et de distraction. De toute façon, le camarade Stakhanov n’était pas parmi nous ce jour-là .

fin.1189671653.jpg Voilà les derniers ceps récoltés. Chacun ramène son seau , les dernières caisses vont partir à la cave. C’est le moment de se rincer les mains poisseuses du sucre des baies,et de se diriger vers la ferme où nous attendent douches, habits propres et nourritures solides et liquides.

Voici deux ans que Chantal et Jean ont aménagé dans les communs de grands gites et des salles d’accueil pour les groupes, fêtes ou séminaires. C’est là que nous nous retrouvons autour du bar. Le moment où Jean, un verre à la main, prend la parole est très attendu par l’assistance .

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S’agit-il de vanter les mérites de l’appellation Quincy, de haranguer les connaisseurs sur l’intérêt du vieillissement en fûts de chène, registre bien connu des habitués du Tremblay ?

hilares.1189524273.jpg Non, ce soir-là Jean voulait remercier les fidèles qui suivent son aventure, quelquefois depuis longtemps. Une occasion aussi pour les participants de resituer chacun dans une période, un lieu, un milieu professionnel ou militant qui l’avait amené à rencontrer Jean et à se retrouver dans l’action avec lui. Les anecdotes ne manquaient pas , déclenchant joie et hilarité.

super.1189524317.jpg Le Tremblay, c’est aussi un lieu de rencontre amicale ou même professionnelle, puisque certains évoquaient des projets qui avaient pris naissance autour d’un verre après vendanges. C’est aussi un sujet de curiosité pour la presse locale, témoin cet article dans le Berry républicain.

repas.1189676331.jpg Les discussions se poursuivent ensuite à table autour d’une soupe de poisson bretonne et de produits de la ferme.

danse.1189524398.jpg La nuit n’est pas finie. Malgré les courbatures qui nous ont dirigés direct au lit dans notre camping-car, Danièle et moi, bien des courageux vont rester sur les lieux à danser , à deviser jusqu’à une heure avancée.

Le lendemain dimanche c’est relâche pour tout le monde. mais lundi les vendanges recommencent pour les professionnels , avec la machine à vendanger , cette fois.

Toscane, Ombrie : les saveurs d’automne

A la différence de l’année dernière où nous avions des envies d’horizons lointains (Maroc et finalement Portugal),  nous n’avions pas prévu pour cette fin d’année de nous éloigner de la Buchette. Mais lorsque Philippe nous a parlé de son projet de Toscane et plus loin, l’Ombrie, l’idée a fait son chemin.

 Et finalement le fourgon était prêt à partir, avec son équipage ( le chien , le chat et les maîtres ) , le lendemain matin de Noël. nez-a-nez.jpgC’était la première fois que nous allions partir avec un autre camping car. Philippe et Béa avaient amené leur fils Léopold. Ils ont toujours rencontré plus de succès que nous  auprès de leurs enfants pour les escapades motorisées.

 Nous avons rapidement trouvé un modus vivendi (ou plutôt movendi) qui convenait à tout le monde. Chaque matin, nous définissions la cible pour l’étape du soir, libre à chacun d’y parvenir selon son rythme et ses envies. 

 Mais de fait, il n’était pas rare de se retrouver ici en haut d’un col à l’entrée du Mugello, randonnéel’accès nord de la Toscane,  pour une petite randonnée ou là Gubbiodans la petite ville renaissance de Gubbio, adossée à un éperon rocheux impressionnant, dominé par la cathédrale San Ubaldo, havre de paix après une longue ascension entre les cyprès et les oliviers. 

Cette manière d’avancer de conserve est sans doute à l’image de notre compagnonnage à Philippe et moi : les étapes sont plus ou moins longues, les itinéraires divergent parfois, les distances souvent s’allongent mais le lien s’est toujours  maintenu depuis le moment où, il y a trente ans, nous nous sommes retrouvés journalistes militants dans le même journal quotidien. Quatre ans plus tard, c’est aux fourneaux que nous partagions l’aventure du Café de la Plage, un restaurant–librairie orienté vers la bande dessinée. Malgré son parcours ultérieur au profit d’une autre passion : la radio,  Philippe est resté une fine gueule et un cuisinier inventif et curieux.  

Et, de fait, la fin de l’automne en Toscane est une période intéressante pour un parcours gourmand : c’est en décembre que l’on trouve à la vente l’huile d’olive nouvelle de l’année. recolte-olives.jpgEn effet, le gel précoce sur les collines de Toscane amène les producteurs à récolter plus tôt que dans les régions plus méridionales : selon les connaisseurs, il en résulte une huile plus « verte », un peu trouble, légèrement âpre et moins acide que celle provenant de récoltes plus tardives. 

 C’est aussi la période où les marchés forains sont particulièrement riches aux approches des fêtes : les parmesans frais découpés après un ou deux ans de mûrissement, la Mozarella di buffala flottant dans de grands seaux de petit lait, la charcuterie du nord de l’Italie avec son speck ( un jambon crû fin tranché), sa Bresaola ( sorte de viande des Grisons, en  plus moelleuse).  Et puis de magnifiques oranges de Sicile qui arrivent juste à maturité. Et une multitude de légumes verts : salades mélangées, cerfeuil, bettes, épinards et  rapa, une rave dont on consomme les feuilles.

La Toscane est aussi un grand fournisseur de champignons : les cèpes,  les bolets, les girolles à tous les étals et puis un des meilleurs terroirs pour la truffe : il tartuffo , tartufosurtout la blanche – Tuber magnatum Pico qu’on ne trouve qu’ici, vendue dans les villages. Cela nous a incité à quelques expérimentations culinaires. La truffe fraîche n’a rien à voir avec ce qu’on trouve en conserve, à condition de maîtriser suffisamment les préparations. Le parfum puissant a vite empli le petit volume du fourgon. 

Nous avons laissé à l’Ouest les riantes collines de Florence pour aborder l’Ombrie à la végétation plus dense et plus austère. Précisément la haute vallée du Tibre qui alimente le fleuve jusqu’à la capitale. Sur son parcours,  de vieilles villes dans leurs remparts ( città di Castello, San Sepulcro …) et évidemment Perugia, la capitale de la région et le siège de l’université pour les étrangers qui viennent du monde entier pour apprendre la langue et la culture italienne.  Le centre historique se trouve perché sur un promontoire perugia1.jpgqui domine la vallée et les faubourgs qui s’étagent le long des pentes. La circulation automobile, quasiment impossible, a amené la ville à développer des modes alternatifs de déplacement. On marche beaucoup à pied et lorsque la pente est forte, on trouve des ascenseurs ou des escaliers mécaniques.

 rocca-paolina-perugia.jpgParticulièrement dans la Rocca Paolina, cette forteresse ancrée dans le rocher et qui accueille dans ses couloirs, ses rues souterraines, ses escaliers une foule de piétons en marche. Au-dessus, l’air de rien,  une esplanade, des jardins et la préfecture.

Perugia est une halte apprécié de nos amis Camping-caristes (on dit simplement Camper)  italiens, camper-perugia.jpgprincipalement le parking Bove (on prononce Bové , même si José n’est pas très connu là-bas) qui se trouve plein ce jour-là. De toute façon, les Campers sont nombreux sur les routes italiennes, et en toute saison. Dans la moindre bourgade, on trouve des haltes bien équipées de toutes les commodités.   Cette ville est vraiment intéressante, il faudrait au moins trois jours pour épuiser notre curiosité dans le dédale de ses ruelles et de ses monuments.

Hélas, il faut se rapprocher de notre retour. Un crochet par Corciano, village historique à 10 presepi-2-corciano.jpgkm à l’ouest, commune jumelée avec Civrieux d’Azergues où j’ai longtemps vécu et où les enfants ont leur deuxième maison. Les affiches signalaient dans toute la région la crèche et les santons (i presepi) installés partout dans le village, dans une étable, dans des cours, un atelier, sur la place pour représenter la vie des villageois et des différents métiers dans le temps jadis.   

Nous finissons la journée au bord du Lac Trasimène, le plus grand lac de l’Italie centrale, à Tuoro, sur le site de la terrible bataille où Hannibal défit les légions de Flaminius. tuoro-trasimene.jpg16000 soldats y trouvèrent la mort. On dit que les eaux du lac en furent rougies pendant plusieurs jours. Sur la rive, sont dressées, depuis quelques années, des colonnes, œuvres de divers artistes, taillées dans cette pierre sombre et dure qu’on trouve dans la région.  Le matin du 31 nous reprenons la route jusqu’à Modène. Modène c’est le berceau de Ferrari et la capitale du vinaigre balsamique. modene.jpgIl ne faut cependant pas oublier que  le centre historique est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

 C’est là que nous passerons le réveillon, dans le fourgon de Philippe et Béa avec foie gras, gnocchi au saumon et prosecco à volonté. Mais bien avant minuit les habitants des environs convergent vers le centre. Nous sommes entourés de familles, de bandes de jeunes munis des feux d’artifices les plus sophistiqués – et les plus bruyants. Moins courageux que nos compagnons de route, nous irons finir la nuit sur un parking un peu à l’écart.

Avant de reprendre le tunnel du Fréjus, nous voyons la neige fraîche sur les pentes des contreforts alpins. Ça y est, l’hiver regagne un peu de terrain.  

Retour vers la Dordogne

Suivre la Dordogne de sa source, le Puy Sancy, jusqu’à la Gironde, puis l’océan, telle était notre projet – contrarié par des aléas matériels- en juillet dernier.Un retour sur les lieux s’imposait. Cette semaine de Toussaint, que la Météo annonçait magnifique, était donc toute désignée pour reprendre le fil de l’histoire … et du courant.

Au sortir des grands barrages de l’amont ( Bort les Orgues, Marèges, l’Aigle, Chastang) la Dordogne arrive apaisée vers Argentat, départ de sa partie navigable, lorsque les gabares assuraient jusqu’au siècle dernier le débouché vers l’Aquitaine et l’océan.

Collonges la rouge

Le département de la Corrèze, connu pour la verdure du plateau de Mille Vaches et de ses sombres forêts prend alors des allures méridionales, rehaussées du rouge profond des grès lorsqu’on s’approche de Collonges la Rouge.

Ce village historique attire de nombreux touristes dans la journée. Nous préférons attendre le petit matin pour visiter ses ruelles alors désertes, ses placettes et son église. Le soleil levant peine à dissiper les brouillards de la nuit qui donnent une atmosphère irréelle à cette architecture sortie tout droit de la Renaissance.

Beaulieu baigneur

Nous regagnons ensuite la Dordogne à Beaulieu abbaye du XIIème siècle rattachée à Cluny, et dont l’imposante chapelle des Pénitents se reflète sur le plan d’eau de la Dordogne. Nous y avons même trouvé un baigneur de l’arrière saison. Le courageux nous explique que la Dordogne n’est pas plus chaude en été : 15 ° maintenus par les énormes réservoirs d’eau que constituent les barrages. Les déversoirs situés au pied des ouvrages ne laissent passer que l’eau profonde qui ne se réchauffe jamais. Cet amoureux du pays nous conseille de descendre un peu plus loin vers la Dordogne Quercynoise.

Le Quercy c’est un grand plateau calcaire avec ses falaises, ses gouffres, ses résurgences, ses reculées, ses cirques.

AutoireLe village d’Autoire, dans sa vallée encaissée (une reculée), marque l’accès à un cirque étroit qui se termine par une cascade chutant du haut des falaises. Les petits manoirs, les tourelles gracieuses, la pierre lumineuse nous rappelle ces beaux villages du Périgord que nous avions découverts en juillet dernier.

Nous ne nous sommes pas attardés à Rocamadour, célèbre village accroché à sa falaise, préférant musarder dans la vallée de l’Ouysse, petit affluent de la Dordogne qui présente la particularité de n’être alimenté , le long de son bref parcours ( 13 Km), que par des rivières souterraines surgies de gouffres.

cuvette vauclusienneAinsi, à deux pas de la rive, cette modeste cuvette masque l’accès à un parcours de 2 Km sous terre, selon les informations de deux plongeurs croisés sur le chemin, qui viennent renouveler l’expérience. Cette alimentation souterraine a pour conséquence le débit régulier toute l’année quelle que soit la saison.

Moulin cougnaguetC’est ce qui explique la présence de nombreux moulins sur les rives de l’Ouysse. Notamment celui de Cougnaguet, moulin fortifié du XIV ème siècle, amoureusement entretenu en état de marche par son propriétaire qui le fait visiter à de nombreux curieux. C’est au petit matin que nous quittons les lieux, avant que le soleil ait dissipé les brumes qui flottent sur la surface de la retenue.

Nous allons quitter pour un temps les rives de la Dordogne pour faire un détour dans l’espace et dans le temps. Début des années 1970, les acteurs de mai 68 s’intéressent à la campagne profonde et les échos de la contestation parviennent ainsi dans le hameau de Moncalou. Pierre, l’instituteur est sensible à cette remise en cause. Sa maison accueille alors nombre de mes amis d’alors, dans un joyeux mélange d’idées et d’idylles. Certains ont fait souche dans le Périgord. D’autres, comme moi, n’ont fait que passer.

Le hameau de MoncalouEn 2006 Moncalou est toujours là. Le hameau a évité la désertification qui le guettait. Et pas seulement au profit des résidences secondaires.

Françoise Laval s’est installée comme exploitante agricole. Son mari est de la région et exerce comme conseiller agricole. Quelques hectares de pruniers, de noyers, de fruits rouges et … de safran. Ils sont une poignée d’agriculteurs à renouer ainsi avec cette ancienne culture du safran dans le Quercy .

La maison de PierreLa maison de Pierre, décédé trois ans plus tôt, est maintenant habitée par son fils. Pierre laisse un souvenir vivace auprès de ses voisins, comme instituteur, mais aussi comme militant associatif qui a contribué au développement – notamment agricole- de sa région.

Retour vers la Dordogne : de Groléjac à Sarlat l’ancienne voie de chemin de fer s’est reconvertie en piste cyclable, mieux en véloroute ( le cycliste ne rencontre jamais un autre moyen de transport pendant 12 Km). On peut aussi partir en direction de Souillac, jusqu’à Gazoulès mais le remblai du train s’arrête à Carlux.

en Vélo sur les voies vertes de la dordogne

Facilité pour les petits cyclistes que nous sommes, et bel effort pour le chien qui nous accompagne sur ses quatre pattes. En voilà un qui dormira bien ce soir.

Et un coup de chapeau pour le syndicat intercommunal qui aménage patiemment ces véloroutes. Et quand on voit les vestiges de voies ferrées qui parcourent la région, on se prend à rêver de grands circuits sur plusieurs jours sans voitures ni camions (pour en savoir plus : la France des voies vertes ) .

Le long du canal

« Le calme du canal de Bourgogne,

Canal_arbre

la placidité des troupeaux,

Charolaises

C’est exactement ce qu’il me faut. » me dit Danièle sur le chemin en se rapprochant de Saint-V.

Il faut dire que ce canal de Bourgogne a tout pour inspirer la sérénité :

Le pêcheur, concentré sur le bouchon,

Canal_pecheur

La demeure sous les arbres ( on peut y croiser, parait-il, son propriétaire, Lambert Wilson)

Canal_maison

Le trafic quasi-inexistant en cette période de l’année

Peniche

zéro marchandises,un peu de plaisance aux beaux jours : Voici un cadre totalement zen !

Baptême en Bourgogne

Samedi dernier, nous étions invités au baptême du petit Blaise à Saint-V. en Bourgogne . Le petit Blaise a deux maisons qu’il fréquente alternativement : Maleval, en Ardèche où son papa Nicolas réside avec Bernard etBlaise_dom Saint-V .où vit sa mère Dominique avec Mireille.

C’est donc quatre adultes qui se sont penchés sur ce berceau tant désiré. C’est à quatre que se débattent les questions posées par l’éducation du petit mais aussi toutes les questions pratiques.

Pourquoi ce(s) baptême(s) ? Volonté de reconnaître chacun des parents non-géniteurs à une place officielle (parrain ou marraine) ou souci d’intégrer Blaise, un enfant comme un autre, dans une communauté qui l’accueille. Les deux, m’a t-il semblé.

A un moment où les rites sociaux : mariages, baptêmes, premières communions perdent de leur force et laissent de plus en plus indifférents beaucoup de nos compatriotes, nos amis homosexuels y trouvent un moyen d’affirmer avec force leur droit à une vie de famille, d’époux (ses) et de parents qui leur est, hélas, refusé par les institutions.

Si bien que, question Baptême, Blaise a été soigné : baptême religieux à Maleval le 3 septembre et Baptême civil ( republicain ?) samedi dernier à Saint-V.

Maire Parrainage civil, plus exactement, comme l’a rappelé le maire dans sa présentation qui ne dissimulait rien de la situation particulière des parents. Les parents se sont ensuite exprimés, 41 suivis de la marraine et du parrain, ainsi que deux tantes baptisées « médiatrices» pour l’occasion et deux amis fidèles des parents. Chacun a manifesté son soutien à l’initiative et sa ferme volonté de choyer, soutenir Blaise, et suppléer les parents en cas d’adversité. Ca fait du monde autour de ce petit !

La nuit tombée, le public d’amis, de collègues de travail, cousins et nièces se Niconeveux retrouvait à la Salle de fêtes de Saint-V pour une soirée fort bien préparée : Apéritif, jeux, repas, feux d’artifice et guinche pour les couche-tard.

Pour le héros de la fête, la journée a été longue.Sortie_blaise

Ce fut dodo, la tête pleine des visages connus ou nouveaux et des rires de la journée.

Oisans : de Ferrand en Sarenne

Cela faisait un moment que j’avais promis à Catherine de la retrouver à Clavans (le bas) où elle a reconstruit son minuscule chalet, Chalet_1 détruit par l’avalanche de 1982. Cette catastrophe avait rasé la moitié du petit village, rapidement reconstruit grâce à ténacité des habitants et aux indemnités des assurances. Sauf le chalet en question dont l’autorisation de reconstruction avait traîné pendant plus de 20 ans pour de sombres querelles administratives.

Pour monter à Clavans on remonte l’étroite vallée du Ferrand à partir du barrage du Chambon. Mais ce n’est pas ce chemin que je vais emprunter avec vous.

Commençons par le haut, comme si nous étions parachutés Col_de_sarenne au Col de Sarenne. Au nord, les sommets des grandes Rousses, Le Pic Blanc ( 3327m) en face de nous.

Au Sud, pour peu qu’on marche quelques minutes vers la croix de Cassini, on aperçoit les sommets majestueux des Ecrins, au dessus des Deux Alpes, Hautsarenne_1qui se prolongent vers la Meije ( 3983 m ) plus à l’Est. Autant dire que c’est pas de la montagne à vaches.

Les vaches c’est plutôt à l’Est sur le plateau d’Emparis, dont les amples ondulations se couvrent d’une herbe verte qui fait le Vaches_chemin bonheur des bovins et des ovins venus du sud. La transhumance, pratique pastorale qu’on croyait révolue avec la disparition des drailles, ces chemins qui coupaient à travers la campagne sur des centaines de kilomètres, a repris de la vigueur grâce au transport par route et grâce à la ténacité des groupements pastoraux qui ont rationalisé l’exploitation de Arrive_vaches l’herbe. Mais, attention ! On est à 2000 m, et les bêtes ne s’installent qu’à la mi-juin. Ce jour-là à Besse, c’est la pluie qui les attendait.

Au-dessous des alpages, des falaises sombres, presque verticales, constituées de schistes ardoisiers, plongent dans le Ferrand, en vis-à-vis de Clavans, installé sur une étroite corniche qui surplombe le ruisseau.

Dans cet environnement de rochers et de pentes abruptes, chaque parcelle un peu plane, chaque terrasse reçoit un potager Jardin méticuleusement tenu. Ce n’est cependant plus un village paysan : La majorité des habitants Pelles_ferme sont retraités ou en activité à Grenoble ou à Lyon. Mais il a toutefois gardé son apparence des siècles derniers qui tranche avec beaucoup de villages de l’Oisans devenus des stations à la mode.

Catherine et son ami sont attachés à mettre en valeur ces marques du passé, tel cet Lavoir ancien lavoir dont l’avalanche de 1982 a emporté le toit et une partie de la maçonnerie.

Mais revenons au Col de Sarenne relié à Clavans par une route pastorale praticable (et encore !) seulement aux beaux jours. En hiver, les propriétaires du refuge ne se déplacent qu’en moto-neige jusqu’à l’alpe d’Huez où les routes sont dégagées. Ce magnifique refuge a été reconstruit, à partir de 2003, sur les ruines de l’ancien, détruit 20 ans plus tôt par un incendie.

Le col de Sarenne , c’est aussi une étape mythique pour les cyclistes Huez_velo – après la fameuse montée de l’Alpe d’Huez et pour tous les randonneurs du GR 54 qui fait le tour de l’Oisans.

Moins ambitieux, nous avons choisi une promenade à la journée, à mi-pente en direction du lac de Quirlies au pied du glacier Lac_quirlies du même nom. Mais nous n’avons pas eu le plaisir de contempler sa surface bleu acier au milieu des pentes encore enneigés ; un départ tardif et un orage sérieux nous ont fait rebrousser chemin après les cascades du Ferrand.

Dancatferrand

Reste une découverte, banale pour les habitués, mais exceptionnelle pour les pauvres urbains de la plaine que nous sommes : les marmottes , sorties sur le pas de leur porte, dès que le Marmotte soleil réchauffe les pentes et tellement tranquilles sous l’œil des touristes.

Le jour du départ, sur les conseils de nos hôtes, nous sommes passés par le col de Sarenne, direction plein Ouest vers l’Alpe d’Huez. La Sarenne naît ici au pied du glacier éponyme, elle suit une vallée ouverte à la pente douce avant de s’enfoncer dans les fameuses gorges de Sarenne qui ont offert à la station une des pistes les plus longues du ski alpin : 1830 m de dénivelé depuis le Pic Blanc, 16 Km de long.

Une pause ensoleillée à Pierre Ronde, départ de deux Via Ferrata, Sarenne_huez et nous voici dans le domaine de la station de l’Alpe d’Huez et de son urbanisation explosive. Chaque année de nouvelles remontées ouvrent la Huez_avion voie à de nouveau domaines skiables, qui suscitent à leur tour l’afflux de nouveaux vacanciers qu’il faut bien loger dans de nouvelles constructions.

On imagine que les projets ne manquent pas pour coloniser à leur tour les vallées voisines, dont celle du Ferrand, afin d’offrir encore plus de possibilités dans un domaine skiable connecté à des espaces encore vierges. Le mouvement paraît sans limite.

La seule limite demeure la volonté des habitants et de tous ceux qui sont attachés à préserver une nature intacte et une activité agricole et touristique respectueuse de l’environnement .