Cuisine Libanaise: Sawsan, une experte passionnée

De mon premier voyage au Liban en 1972, j’avais gardé un très bon souvenir des spécialités culinaires:

les mezzés, le hommos, le taboulé, le babaghanouj,  le citron et  l’ail omni-présents, les pains que l’on mange dans la rue….mais j’avais surtout mangé au restaurant ou dans des échoppes de rue.

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On nous avait prévenus : dans les familles vous allez manger très bien, en abondance, diversité et qualité.Tous les libanais sont passionnés de bouffe ; dans toute circonstance chaque Beyrouthin (parmi les femmes , mais les hommes aussi) est capable de  disserter sur le meilleur kebbé, la manière dont on le fait dans son village d’origine et les secrets de sa grand’mère.

sawsan-recettes.1264438089.jpg Mais chez notre hotesse, c’était mieux que ça.  Sawsan excelle dans la cuisine familiale qu’elle peaufine dans les plus petits détails. C’est une vraie expertise, elle tient à joour des classeurs  , est à l’affut de toute recette qu’elle ne connaîtrait pas (elle a noté celle des pancakes d’Andréas) et se fait de la formation continue grâce aux émissions de télé

 

Dans cette cuisine riche en légumes tout commence par le choix des produits. Sawsan (ou sa bonne philipine ) fait ses courses dans le quartier :

  • le boulanger propose divers sortes de pain , mais aussi des préparations : des manouchés ( galettes de froment légèrement levée garnies à la viande , au Zaatar – huile d’olive et thym- ou au fromage) .fruit-legumes.1264438577.jpg

  • Le légumier chez qui on trouve des tomates, des (mini)courgettes, des aubergines, des (mini)concombres, mais aussi beaucoup de salades et d’herbes fraiches : de la roquette, de la coriandre , du persil plat. Et puis les fruits locaux : clémentines, bananes, pommes-canelle .Des fois c’est juste une voiture garée avec sa remorque à l’angle d’une rue

  • Le boucher chez qui on achète la viande d’agneau pour un Kafta (hachis de viande , d’oignons et de persil). Il fait aussi des préparations prêtes à l’emploi, comme le kebbé  Dans les quartiers chrétiens on trouve du porc : La chaîne des charcuteries Aoun est renommée.

A part les professionnels, les Beyrouthins ne fréquentent pas les marchés forains. A noter : un marché bio , le Souk El Tayeb qui a lieu tous les samedi matin dans le centre-ville de Saifi village.

saida-poisson.1264496376.jpg A Saïda, le souk est resté actif ( à la différence de Beyrouth où il a été détruit pendant la guerre) et une rue alimentaire est préservée : fruits et légumes, poissons, et boucherie ( il ne faut pas être regardant sur l’hygiène, l’essentiel c’est que les moutons ou les volailles n’aient pas traîné). Quant aux poissons , ils viennent directement du port, péchés du matin .

taboule.1264497930.jpg Mais revenons dans la cuisine de Sawsan. Le lavage, le tri et la découpe des légumes ne sont délégués à personne ou alors sous le contrôle tatillon de Sawsan.  La taille de chaque élément qui rentre dans la composition d’une fattouche ou d’un taboulé (une salade de persil et de Bourghol ; rien à voir avec le taboulé de semoule du maghreb) est essentiel : cubes de tomates ou d’aubergines crues, persil et menthe ciselés ni trop gros ni trop fin…

Même chose pour les viandes : le chapon du nouvel an est longuement mariné dans un mélange de sel, vinaigre pour l’attendrir et  le débarrasser de mauvaises odeurs…

moh-chapon.1264505476.jpgIl sera ensuite farci avec un mélange de riz, de viande d’agneau et de fruits secs à coques : amandes, noix de cajou, pigons, pistaches, le tout relevé d’une bonne dose de canelle. Compter 4 à 5 h de cuisson à feu doux dans une cocotte qui sera lutée hermétiquement avec une pâte ad hoc.

Cette merveille se retrouve sur notre table de réveillon aux bons soins de Mohamed, le frère de Sawsan, qui va découper avec précision la bête.

 

Et tout se termine par une attention toujours particulière à la présentation : sur la table toujours une coupe garnie d’olives vertes, une autre de navets roses en saumure. Et puis  dans les plats , la touche finale : l’huile d’olive verte sur le labné avec quelques olives, l’huile encore et quelques feuilles de persil plat sur le hommos ou le babaghanouj.

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L’autre secret consiste dans les étapes de préparation d’une recette : bouillons de viandes préparés à l’avance pour cuire les légumes ou le riz, bouchées fourrées aux herbes préparées en nombre et congelées, longues cuissons lentes des pois-chiche et des viandes qui occupent toute une journée…

 

La cuisine libanaise se distingue par la délicatesse des raffinements qu’elle introduit dans les recettes les plus simples :

rizvermicelle.1264514986.jpg le riz de tous les jours est agrémenté de quelques vermicelles revenus dans l’huile, les riz festifs le sont de noix de cajou, pignons, fruits secs ; la soupe de fèves du matin des paysans est enrichie de quelques morceaux de pain libanais frit… ; les cakes sont couverts de graines de sésame ;

Mais aussi par les épices qu’elle emploie : cannelle, tahiné, sumac, mélasse de grenades, curcuma qui restent toujours très discrets et difficiles à identifier pour qui ne les connaît pas.

Sawsan maîtrise toutes les subtilités de cette cuisine mais ne cesse de chercher à s’améliorer en regardant tous les soirs à la télévision Fatafeat, une chaine arabe de cuisines du monde qui émet 24h sur 24h,  dont elle note les recettes dans ses carnets secrets.

             Sahten !*

* Bon appétit en libanais . C’est aussi le nom d’un blog francophone très bien fait sur la cuisine libanaise.

Merci à Mahmoud pour ses photos

Pour en savoir plus : ce livre de recettes , à commander chez l’éditeur la librairie Antoine à Beyrouthcuisine-livre.1264516527.jpg

 

 

 

Baalbek: merveille du proche orient

En direction de la Syrie, à une heure à l’est de beyrouth s’étend la plaine de la Bekaa, vaste espace agricole entre le Mont Liban  et l’anti-liban . Baalbek y occupe au Nord une place centrale qui bénéficie de l’eau , dévalant des montagnes enneigées une bonne partie de l’année et du soleil (300 jours par an). Pour ce premier jour de 2010 nous avons profité des deux : la neige, dans le proche horizon et le soleil, à peine voilé dans la douceur d’une belle journée d’hiver.

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Au plus fort de la période romaine, Baalbek – aujourd’hui une pauvre bourgade de 85 000 habitants – regroupait, parait-il, près de 150 000 ressortissants avec un rayonnement dans tout le proche orient. Les phéniciens , ensuite les romains avaient tout fait pour donner un lustre exceptionnel à cette cité, particulièrement son acropole. Les 6 colonnes du temple de Jupiter en témoignent, du haut de leurs 22m, les plus hautes du monde, jadis composant un péristyle avec 48 autres.

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Le site des temples , sous des mètres de remblais durant des siècles, n’a jamais cessé d’attirer les visiteurs mais c’est seulement en 1898 qu’une mission archéologique allemande entreprit les premiers travaux de prospection et de restauration poursuivis après l’indépendance du pays en 1943 par la Direction Générale des Antiquités du Liban.

peristyle.1264151204.jpg C’est par le monumental escalier  des propylées dominées par 12 colonnes – il n’en reste que 4- supportant un puissant entablement . que nous abordons le site. Construite vers le milieu du IIIème siecle, cette entrée était flanquée à l’origine de deux tours latérales qui furent ensuite transformées en bastion militaire par les arabes, qui utilisèrent l’ensemble de l’aire sacrée comme forteresse.

Nous voici en compagnie d’un guide – francophone- qui s’est proposé, pour quelques dollars, de nous piloter parmi les ruines. Commencé dès le 1er siècle avant Jesus-christ, le chantier s’est étalé sur 4 siècles sans que l’ensemble des monuments  ne soit vraiment terminé, nous explique le guide. 30 000 esclaves ont travaillé continûment sur le site.

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Dans cet espace de temps, les religions qui inspiraient la conception des temples ont évolué : du culte phénicien de Baal, le dieu soleil, à celui de Jupiter d’Héliopolis élaboré par les grecs à partir de diverses divinités solaires inspirées de l’Egypte toute proche, c’est vraiment le culte romain qui fut à l’origine des plus grandioses constructions. Mais dès la conversion de Constantin, empereur romain du IVème siècle, au christianisme, les temples furent abandonnés voire démantelés , les matériaux servant à la construction d’une basilique chrétienne au dessus de la grande cour.

En contrebas des vestiges monumentaux du grand temple de Jupiter, on aperçoit le « petit » temple de Bacchus, remarquablement conservé. « Petit », c’est tout relatif puisqu’il ne mesure « que » 69 m par 36 soit tout de même plus que le Parthénon d’Athènes.

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Irés richement orné, le temple s’élève sur un podium de 5 m de haut. On y accède par un escalier monumental de 33 marches.

Et nous voilà tournant sous les colonnes et leur massifs plafond décorés, le regard en l’air, bouche bée devant ces merveilles.

Sur le chemin du retour, à l’exterieur de l’enceinte de l’acropole,  nous passons devant le petit temple de vénus à la forme circulaire originale, puis un petit crochet nous amène vers l’Odéon, élégant théatre, sans doute dédié aux spectacles lyriques.

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Une construction finalement plus humaine, à la différence des temples qui n’étaient pas ouverts au grand public et qui écrasaient par leur démesure les pauvres mortels venus assister aux sacrifices .

En retraversant cette ville qui ignore largement ces ruines, ce sont surtout les panneaux partout présents dans les rues, les images sanglantes de l’Achoura,  la commémoration chiite de la semaine dernière  qui nous frappent. Décidément le sacrifice n’a pas fini de hanter l’humanité.

Liban : Une journée dans le sud

C’est décidé : aujourd’hui nous irons vers le sud , aussi loin que nous pourrons . Sur l’autoroute qui longe la mer Saïda est à une petite demie-heure de Beyrouth. Vieille cité phéniciene – la célèbre Sidon – et jadis port important de la côte dont l’influence s’tendait jusqu’à Damas, Saïda est maintenant un actif port de pêche et la troisième ville du Liban . Mais il faut chercher les vestiges du passé, nombreux et dignes d’intérêt dans une grosse agglomération moderne  de 165 000 habitants.

Première attraction, face au Souk traditionnel de Saïda : le chateau de la mer.

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Situé sur une île, le chateau de la mer ( Qalat al Bahr en arabe )  fut construit de 1227 à 1228 par les croisés . Cette fortresse , à laquelle on accède par un pont, fut batie à l’aide de matériaux de réemploi provenant des vestiges gréco-romains des environs. Des colonnes furent ainsi insérées dans les murailles du chateau afin d’en consolider les assises.

On parvient au donjon en évitant les paquets d’embruns soulevés par la houle qui forcit. On a du mal à imaginer plus marin , comme situation.

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La visite continue sur terre avec un petit tour dans le souk et ses 14 km de ruelles et un passage intéressant au musée du savon, ouvert depuis 1996 dans une ancienne manufacture de savon devenu la résidence de la famille Audi, proche des Hariri qui en ont financé l’aménagement par le biais de leur fondation .  Rafic Hariri c’est l’enfant de Saïda, son nom est partout et ses portraits géants ornent les bâtiments officiels.

Saïda n’est juste que l’antichambre du sud. Nous reprenons la route en direction de Nabatieh, grosse bourgade un peu misérable sur les collines. Nous abordons l’ancienne zone occupée, au-delà du fleuve Litani. 13000 soldats de la FINUL y sont déployés et il faut faire attention où on met les pieds car de nombreuses zones sont minées.

Aller vers le Sud au Liban n’est pas un acte ordinaire. C’est se rapprocher du voisin guerrier et envahisseur, c’est approcher une zone de tension, c’est fouler au pied une terre qui a longtemps été considérée par Israël comme sa zone de sécurité.

Danièle voulait nous amener à Beaufort,Qala’at ash-Shqif en arabe, une forteresse au-dessus du Litani, un point haut au milieu de nulle part, dont la vue embrasse l’horizon jusqu’en Israël . Comme souvent Danièle était guidée par un livre : « Beaufort », le témoignage d’un jeune officier israélien responsable de cette garnison dans les années 1999-2000, pendant cette sale guerre sans fin, avant le brusque retrait israélien.

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Cette forteresse construite par les croisés pour controler l’accès de la vallée du Litani et un plus loin du haut-Jourdain fut restaurée sous le protectorat français .

litani.1263921091.jpg A partir de 1976, durant la guerre civile libanaise, le château était tenu par l’Organisation de Libération de la Palestine qui s’en est servi pour tirer des obus sur le nord d’Israël. Entre 1976 et 1980 les positions de l’OLP dans la citadelle ont été attaquées de nombreuses fois par l’armée israëlienne.

Dès 1978, Israël envahit le sud-Liban et y installe une milice à sa solde recrutée sur place. Pendant 22ans, près de 100 000 libanais du sud vivront une occupation militaire, les bombardements, les barrages, les descentes dans les villages.

Le 6 juin 1982, au début de l’Opération pour la Paix en Galilée (Invasion du Liban de 1982), les positions de l’OLP dans le château de Beaufort ont été durement bombardées avant d’être prises finalement par les troupes israéliennes. Tsahal renforca alors les fortifications de la zone avec des bunkers et des blocs de béton, ce qui n’empêcha pas que Beaufort ait été attaquée à plusieurs reprises par le Hezbollah.

En mai 2000, l’armée  évacua sa zone de sécurité au Sud-Liban, abandonnant le château et  détruisant la base militaire, ceci afin qu’il ne puisse être utilisé par le Hezbollah.

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Devant ce récit, on est étonné de trouver encore une pierre l’une sur l’autre. Les fortifications courent le long de la pente  en un entrelacs de plate-formes et de souterrains que Mona entreprend d’explorer, suscitant l’inquiétude de notre petit groupe . C’est que la pente est très forte au-dessus de la vallée du Litani . A l’ouest en revanche, la forteresse domine un plateau très civilisé où alternent des cultures soigneusement tenues, des habitations dispersées, et des constructions souvent non achevées. On accède à une plate-forme qui domine ainsi tout le paysage .

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Un peu plus loin vers l’Est, un village israélien au delà de la frontière nous rappelle que la région reste soumise à la menace d’une réplique de ces voisins menaçants, prêts à répondre  à la moindre provocation des troupes du Hezbollah qui sont omni-présentes dans cette partie du Liban. Ce jour-là, quelques kms plus loin, à Kfar Kilavillage-israel.1263923129.jpg , « les portes de Fatima »,  une manifestation du Hezbollah, constituée de femmes et d’enfants pour déjouer le risque d’une riposte, réclamait une modification de la frontière , en application des résolutions de l’ONU.

A coté de nous, une libanaise pilotait un groupe d’étudiants de l’école d’hotellerie de Lausanne. Nous avons engagé la conversation. Après nous avoir décrit l’histoire du site, elle s’inquiétait des conditions de notre déplacement. » Vous n’avez pas de laisser-passer !Vous pouvez être retenus à un check point. »

Ah, ces français, toujours insouciants ! Nous n’avons cependant pas demandé notre reste. Retour immediat et en suivant le chemin de l’aller !

A Saïda, plus tard, le coucher du soleil, nous attendait sur le bord de mer. Quelle sérénité !

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Byblos : 7000 ans d’histoire

A une heure au Nord de Beyrouth, Byblos ( J’Beil en arabe) nous montre ses vestiges, témoins d’une occupation continue depuis le néolithique où elle n’était qu’un village de pêcheurs. Sans doute la première ville dans l’histoire de l’humanité. Depuis, son port n’a cessé d’occuper une place centrale dans l’antiquité méditerranéenne , principalement à l’époque des Pheniciens dont les bateaux reliaient l’Egypte des Pharaons aux cités grecques et dont les comptoirs essaimèrent jusqu’à Carthage. On retrouve près de la falaise les nécropoles des rois phéniciens, immenses fosses creusées dans la roche. Mais l’histoire du site ne s’est pas arrété là:  Elle offre, de plus, dans les mêmes lieux, les vestiges étalés de toutes les époques: Le néolithique, le canaéen, phénicien, égyptien, mésopotamien, greco-romain, byzantin, omeyyade, franque, ottoman et mandat français

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C’est dans ses murs que fut inventé l’alphabet occidental consonantique et que se développa l’art du livre au départ du traitement du papyrus égyptien: Byblos a donné le nom Bible, bibliothèque, bibliophile, bibliographie… .Le premier témoignage de l’écriture alphabétique vient de l’épitaphe du tombeau du roi Ahiram de Byblos (13ème s. av. J.C.).

chateau-fort-franc.1263549277.jpg Comment tenter de déchiffrer ces traces emmélées du passé ? le mieux c’est de commencer la visite par le chateau-fort des Francs construit par les croisés. On peut ainsi avoir une vue d’ensemble du site du haut des remparts. Les murailles ont intégré des vestiges de colonnes romaines qui les stabilisent. La forteresse, batie au début du XIIème siècle, est en effet construite sur une monumentale voie romaine dont quelques colonnes ont été remontées lors des fouilles.

La ville romaine enjambe vers l’ouest les massives fortifications phéniciennes à redents et glacis, datant du 3ème millénaire avant J C. Les romains avaient construit, face à la mer, un magnifique théatre dont il ne reste plus que les étages inférieurs. Il n’en faut pas plus à Raoul et Claire, inspirés par la magie du site,  pour activer une vocation dramatique qui les pousse irrresistiblement à occuper l’espace de la scène.

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Retour au port par la petite route qui longe le site archéologique.

pecheurs-jbail.1263566116.jpg Outre son passé antique, ce port a accueilli avant la guerre civile dans ses restaurants de bord de mer ( notamment chez Pépé Abed aujourd’hui décédé) bien des vedettes du show bizz international, ce qui en faisait le petit Saint-Tropez du Proche-Orient .

Mais les pécheurs sont toujours là, répétant les gestes immémoriaux  de leurs prédécesseurs, créant ou réparant les filets.

La journée s’avance. Un tour dans quelque magasin de souvenirs autour de la mosquée et la nuit s’annonce.C’est le moment de l’adhân, l’appel à la prière. Jbeil est situé dans une zone à dominante  chrétienne , mais les minarets cotoient les clochers. Et chacun profite de ce moment suspendu dans le calme du crépuscule, loin de l’agitation de Beyrouth. Nous sommes bien en Orient !

Liban : Le pays du Cêdre

Andréas, mon fils, et Mona son épouse libanaise avaient prévu de passer les fêtes de fin d’année à Beyrouth, dans la famille de Mona. Et pourquoi pas nous ? L’idée s’est vite imposée ; elle a même contaminé Claire, la fille de Danièle, et Raoul son copain .

Et nous voici donc en cet après-midi du 26 décembre à l’aéroport de Beyrouth, accueillis par Fafi , un des frères de Mona, puis dans leur appartement de Moussaitbeh où nous retrouvons toute la famille. Dès le soir même, notre programme touristique s’élabore. Notre première visite sera, symbole national oblige, pour la forêt des cèdres.

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Le lendemain, nous voici embarqués dans un énorme 4X4, comme les libanais en raffolent, partis sur l’autoroute du Nord, puis sur les petites routes qui grimpent dans la montagne . Le sommet du mont Liban, le  Qornet es Saouda (3085 m ) n’est qu’à 50 Km à vol d’oiseaux de la mer.

cedres.1263146115.jpg A deux heures de Beyrouth , on trouve les fameux cêdres du Liban. Il n’en reste plus que 800 ha dans tout le pays, ici et dans le Chouf, la moyenne montagne plus au Sud.

Ici, au pied des pistes de Ski, nous abordons un gros bosquet de ces vénérables arbres dont certains datent de 6000 ans. C’est une ballade incontournable pour les élèves des écoles et tous les beyrouthins avides de grands espaces et  d’une verdure qui reste rare dans le pays . Le soleil est de la partie, réfléchi sur les pentes neigeuses qui nous font face; nous ne boudons pas notre plaisir.

 

La veille au soir nous avions rencontré la Beyrouth indolente , sur la corniche , le long de la cote sud .

 On vient là en promenade, en famille, toutes classes sociales, toutes communautés confondues – ce qui est bien rare à Beyrouth.

On y trouve des vendeurs de kaak, du maïs à grignoter, de ahwe, du café qu’on vous sert dans des petites tasses, de jus de fruits qu’on presse devant vous, on peut aussi y louer un narguileh prêt à allumer, qu’on va apprécier face à la mer, devant le soleil couchant. (Photo « Groupe d’amis fumant le narg… » ( Beyrouth) par ranakalata sur Vacanceo.com)

Et ce matin , à 5 h, la Beyrouth pieuse et chiite nous reveillait dans le vacarme de la procession de l’Achoura, qui célèbre, pour les chiites, la mort d’Husayn, troisième imam de l’islam, et  fils d’Ali, gendre du prophete , évincé par la force du Califat et assassiné.

achoura.1263202654.jpgCe jour, à Beyrouth, la commémoration a tourné à la démonstration de force du Hezbollah et à la gloire de son chef, le cheikh Hassan Nasrallah . Les cars venus du Sud, les groupes de femmes, les jeunes scouts, les sonos transportées sur des camionettes, crachant à fond des chants religieux ou militants, toute l’organisation rigoureuse de cette manifestation portait la marque du « Parti de Dieu » très implanté dans la banlieue sud de Beyrouth.

blinde.1263204408.jpg Le quartier- sunnite – où nous sommes hébergés, jouxte une zone chiite. L’armée libanaise sécurise la démarcation . Les blindés au coin de l’avenue font partie du paysage et n’attirent l’attention que des touristes que nous sommes.

Mais notre périple ne fait que commencer. Le Liban est petit – un gros département français – mais chaque micro-région a sa singularité qui mérite d’y aller voir de près .

 

La flore des Pyrénées

Juillet sur les sommets en altitude, c’est l’exubérance florale dans les pelouses, au coin des rochers, sur les vires, entre deux falaises, pour des plantes qui passent le reste de l’année à résister au froid, à  la neige, au vent.

Ainsi, le Rhododendron, commun dans nos jardins, se fait rampant et discret  sur les hauteurs;  il se rattrape par la profusion éclatante de ses fleurs.

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Les fleurs d’altitude sont le plus souvent dotées de couleur vives, ce qui constitue un atout majeur dans un milieu où elles sont parfois très espacées.

flore-aconit.1252309580.jpg C’est que la concurrence est rude dans un milieu où toutes les plantes ou presque doivent se reproduire sur un même laps de temps très court. Il s’agit d’attirer les abeilles, les bourdons, les mouches, les papillons pour la pollinisation.

Le bleu est sans doute la couleur la plus remarquable en altitude comme cet aconit  (magnifique mais la plus toxique des plantes dans les alpages) qui dresse sa grappe de corolles d’un bleu intense, à la limite du violet . Les anthocyanes , ces pigments végétaux qui donnent les couleurs du rouge au violet se développent d’autant plus que le rayonnement ultra-violet est intense, ce qui est le cas des zones d’altitude.

Certaines fleurs ne se trouvent que dans les pyrénées .

flore-04p7160071.1252329837.jpgSur les plateaux d’altitude, le genêt hérisson, Echinospartum horridum, s’installe sur les zones exposées au soleil et à la sécheresse. Son développement horizontal en coussinets  plus ou moins bombés, hérissés de pointes acérées, est caractéristique. Il peut ainsi couvrir d’immenses étendues fleuries de juin à août.

flore-05p7220066.1252331593.jpg On l’appelle à tort colchique des pyrénées ou safran des pyrénées. Cette discrète fleur rose, solitaire , acaule (sans tige) est  une mérendera pyrenaica (faux bulbocodium). Les feuilles sorties en rosette au printemps disparaissent avant la floraison au début de l’été.

Mais la vedette des prairies pyrénéennes c’est sans conteste l’iris des pyrénées.

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Des prairies ponctués de ces riches corolles teintées de bleu, jusqu’au jaune d’or en son centre, nous en avons trouvées surtout du coté espagnol, sous le Monte Perdido. Acclimaté dans nos jardins comme plante ornementale, il ne pousse à l’état sauvage que dans les pyrénées. C’est là qu’il prend tout son éclat ! 

Le ciel des pyrénées

Nous sommes convertis, depuis trois étés, à la pratique de l’altitude au plus fort de l’été, seul moyen de trouver la fraîcheur du soir. On se lève avec le soleil, on part en rando dans l’atmosphère légère du matin, on revient avant les heures chaudes de l’après-midi. Les vallées d’altitude (Bious-Artigues), les stations de ski ( Piau-Engaly) , les cols ( tourmalet, Aubisque), les cirques ( Gavarnie, la Pineta) nous ont accueillis pour des bivouacs dans des nuits douces, loin des petites canicules qui ont touché en juillet et en août de cette année 2009 les vallées torrides du Sud-Ouest.

Le ciel, à ces altitudes, a une transparence incomparable, le bleu vire à l’outremer , surtout quand il se réflète dans les eaux froides du Lac de Badet au dessus de Piau-Engaly à 2080m.

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Mais le ciel en montagne, c’est surtout les nuages et leur manège incessant.

En montant au-dessus de Luchon , nous nous sommes enfoncés dans une masse cotonneuse qui arrêtait la vision à quelques mètres, dans une obscurité de crépuscule. Au bout de la route, dans la station de Super-Bagnères, les hôtels vieillots prenaient des allures de fantômes. Danièle se disait perdue dans le brouillard, mais c’est plutôt dans le cœur des nuages que l’on se trouvait. L’épicière du Vival qui n’ouvrait plus qu’à mi-temps, nous expliquait que le phénomène peut durer des jours entiers, faisant ainsi fuir sans hésitation tous les touristes.

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Quelque fois , on voit monter le brouillard, rampant ainsi le long des pentes et se renforçant à mesure qu’il grimpe. C’est le brouillard « orographique » : par soulèvement de l’air le long d’une pente grâce aux vents, l’air se refroidit spontanément lorsque la pression baisse et forme ainsi du brouillard. Ici Danièle au col du Tourmalet avant que nous ne disparaissions dans les nues.

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Il suffit souvent de grimper plus haut pour se retrouver au-dessus d’une mer de nuages. Le Pic du Midi de Bigorre accueille depuis 130 ans un observatoire qui profite d’un ciel exceptionnellement dégagé ( 2188h d’ensoleillement annuel – contre 1849h pour Pau quelques dizaines de km plus loin dans la vallée).

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Mais le plus fréquent dans les pyrénées,  c’est un ciel dynamique où les nuages courent sur un fond bleu d’un bord de l’horizon à l’autre, parfois échevelés, parfois moutonnant, parfois menaçant, toujours changeant – comme ici au-dessus du pic du Midi d’Ossau.

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Rien d’étonnant dans cette abondance de nuages, l’atlantique n’est pas loin avec ses ciels chargés et ses vents humides. Et quand le vent vient de l’est, c’est de la méditerranée que viennent les pluies. Sur ces sommets des pyrénées centrales, c’est près de 2 m d’eau qui tombent. L’été les orages viennent rafraîchir les fins d’après-midi lourdes. Comme ici au col de Marie-Blanque, cet orage qui s’évacue au crépuscule au dessus de la vallée d’Aspe.

 

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Résultat l’eau est partout dans les vallées, elle façonne le paysage par ses cascades innombrables, ses gaves , ses nestes, ses verts , ses nives – autant de mots différents selon le terroir , le relief … et la végétation en profite.

Journal d’un mois de juillet dans les pyrénées

6 juillet :

Enfin , nous sommes prêts à partir, sans avoir eu beaucoup le temps de préparer ces vacances. Juste deux guides touristiques récupérés sur un vague projet de découverte des pyrénées. On aura bien le loisir de construire l’itinéraire.

8 juillet :

On se rapproche de notre objectif. Ce matin après une nuit passée sur un parking tranquille à Saint-Bertrand de Comminges, ballade à la recherche de la Garonne qui nous amène à l’abbaye de saint-Just de Valcabrère. En arrivant nous trouvons un agent municipal en train d’évacuer une branche de noyer sectionnée par mégarde et chargée d’une profusion de noix vertes. La cueillete s’impose et nous voilà repartis avec un sac de belles noix, de quoi confectionner un délicieux vin de noix .

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10 juillet :

Sortirons-nous du brouillard qui nous isole du monde depuis 24 H sur ce sommet de SuperBagnères?

La météo, optimiste, nous promet le grand beau temps pour ce matin

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11 juillet :

24 H plus tard, le brouilard n’est plus qu’un souvenir. Il suffisait d’un peu de patience et surtout de changer de vallée. Ici, au-dessus de la vallée du Louron, magnifique mais un peu trop civilisée pour nous.

Plus loin Saint-Lary nous a paru envahie : une de ces petites villes très touristiques et finalement tristes.. Nous remontons vers la frontière espagnole.

Surtout éviter La Mongie et le Tourmalet : le tour passe à quelques km de notre étape

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13 juillet :

Danièle se consacre à son activité favorite : l’observation de la faune d’altitude : les marmottes qui ne s’inquiètent pas de notre présence dès le moment où le chien reste au Camping-car et les Izards qui restent à distance . Nous ne désespérons pas de les approcher.

Aujourd’hui on gagne l’Espagne. On évite les réserves naturelles ainsi que les parcs nationaux du fait de deux interdictions: les chiens  même tenus en laisse et les Camping-cars. Deux raisons pour nous tenir à distance.

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18 juillet :

Nous sommes en étape à Saint-Jean Pied de Port avant de rejoindre Claire et Raoul à Saint-Jean de Luz. Nous avions disparu en Espagne. Pas de téléphone, pas d’internet, pas de radio.

4 jours dans le Parque Nacional de Ordesa . Au pied du Monte Perdido , un petit paradis sous la verdure : la vallée de Pineta où l’on trouve ces magnifiques iris des pyrénée. Le chien, obligatoirement tenu en laisse, a pu nous accompagner sur les chemins.

A bientôt, la côte basque !

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21 Juillet :

Plongée dans la « civilisation » à Saint-Jean de Luz pour retrouver Claire et Raoul chez leurs amis Maïté et Florian. dans la maison de famille de Maïté, rue d’Agorette au milieu du quartier classé de Ciboure ( Ciboure, ancien quartier des pêcheurs (de baleine reconvertis au thon) et des artisans).On achète quelques produits du terroir sur le marché de producteurs . On fait un tour dans la ville et le long de la plage, délimitée par une immense digue qui protège le vieux Saint-Jean des ravages des tempêtes. La cohue est dense et le soleil cogne fort ce jour-là. On commence à regretter nos alpages.

Aujourd’hui on monte pour échapper à la petite canicule annoncée sur le Sud-Ouest. Direction le col de l’Aubisque, via Gourette.

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23 Juillet :

La fraîcheur et un vent vif nous attendent au col de l’Aubisque, ce qui ne dérange pas les troupeaux de chevaux, ces solides comtois, qui se comptent par centaines sur ces prairies d’altitude.

Nous redescendrons pour reprendre le chemin du Pic du midi d’Ossau.

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24 juillet :

Nous étions hier au pied du Pic du Midi d’Ossau (surnommé « Jean Pierre » par les locaux), toujours assailli de nuages changeants.

Nous étions sur le chemin du lac d’Aule un peu plus haut mais impossible de parvenir jusqu’à notre but : un troupeau sur le sentier avec les redoutables Patous qui regardent de travers notre chien Wiki : Demi-tour !

Et maintenant direction Luz Saint-Sauveur

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25 juillet :

Pas besoin d’aller au Pérou pour voir des lamas. Au col du Tourmalet où nous bivouacons ce soir, ils viennent solliciter les touristes de passage, à la recherche de quelque friandise. Les lamas crachent-ils ? Je dois dire que je n’ai pas eu l’occasion de vérifier cette vérité tintinesque.

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26 juillet :

Non , ce n’est pas Wiki notre chien, mais son lointain cousin, Viper, au travail, à l’occasion d’un concours de Border Collie sur les estives du Tourmalet. Du coup notre étape s’est rallongée de 24 H . Danièle est fascinée par les évolutions des chiens, du berger et des troupeaux .Quant à Wiki il n’a pas l’air de regretter sa retraite très précoce de berger et sa reconversion en chien de compagnie

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27 Juillet :

Voilà ! c’est fait ! Nous avons gravi le pic du midi (2885 m)par la face sud. Pour ceux qui en douteraient voici la photo sur la terrasse de l’observatoire ( l’accès à l’observatoire n’est permis qu’à ceux qui sont montés en téléphérique – à moins d’acquitter le prix correspondant – l’observatoire est maintenant une affaire commerciale).

Trois heures de montée  sur de bons chemins , à part les derniers cents mètres.

A notre retour le col du Tourmalet est plongé dans un brouillard dense et froid. La montagne est bien changeante

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28 juillet :

Finalement, après quelques hésitations ( de crainte de la cohue dans un site très touristique), nous avons fait halte à Gavarnie dans un petit camping très nature  » la bergerie ». Gavarnie et le parc d’Odersa y Monte Perdido sont les deux face de ce somptueux massif calcaire , classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

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30 juillet :

Après une journée passée dans les estives au-dessus de Gavarnie, nous sommes partis vers Cauterets. Notre arrivée a précédé de peu la montée du brouillard . De quoi entrevoir les merveilles de cette vallée abrupte, chaotique, pleine de cascades bondissantes, riche d’une forêt sombre et élevée. Bref des paysages qu’on n’oublie pas et qui auraient pu inspirer Kaspar David Friedrich , le peintre romantique de la nature.

Un petit regret de quitter la vallée avant que les nuages s’effacent. Malgré la surpopulation touristique le site vaut vraiment le coup de s’y attarder.

Ce matin, nous commençons le chemin du retour

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1er août :

Finies, les Pyrénées, les torrents bondissants, les sommets élevés, les pins sombres, les moutons dans les alpages.

Nous voici sous un soleil impitoyable, sans air, dans les plaines agricoles du Sud-Ouest : les moissons sont rentrées, les greniers sont pleins, les boeufs sont gras  et les vendanges murissent sur les ceps de Gaillac.

Mais un peu plus loin, nous avons trouvé, en suivant le circuit des bastides de l’Albigeois, les gorges de l’Aveyron , classées Natura 2000, et ses villages médiévaux Castelnau de Montmirail, Saint-Antonin Noble-Val , et Caylus. Une dernière étape charmante avant de reprendre l’autoroute.

 

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Bergers et Border Collies en concours au Tourmalet

Ce n’est un secret pour personne que nous aimons les Border-Collie depuis l’adoption de Wiki, le chien réformé pour inaptitude au travail…et que nous cherchons toujours à en savoir plus sur ces compétences de berger qui lui ont fait cruellement défaut (ce qui ne l’empêche pas de nous accompagner dans toutes nos ballades – ici sur le chemin des buis à Aragnouet au-dessous de Piau-Engaly)

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Nous avions souvent observé et admiré le travail des bergers et de leurs chiens quand ils rassemblent et conduisent les troupeaux pour les changer de pâturage ou les mettre à l’enclos pour la nuit. Nous avions souvent remarqué la complicité du chien et du berger : il y a toujours une place pour le chien dans la voiture du berger, dans la malle ou juste à la droite du maître sur le siège défoncé. Mais nous avions aussi toujours vu les border collie comme des chiens gais et joueurs, vite dissipés, courant à leurs affaires dès qu’ils le pouvaient, taquinant les moutons sans vergogne hors du regard du berger

Comment ce gai luron, tête en l’air, devient-il soudain attentif et immobile, disparaissant presque dans l’herbe à force de se coller au sol pour démarrer comme une flèche, courir à perdre haleine puis s’arrêter net à nouveau ?

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Le concours international de chiens de bergers organisé le 26 juillet au col du Tourmalet nous a permis d’en savoir plus….

L’organisation est simple : un troupeau de brebis monté le matin de la Mongie, un juge, des bergers et leurs chiens, des panneaux matérialisant des passages obligés pour la troupe, un cercle dans lequel la troupe devra se stabiliser délimité par quelques pierres, un enclos pour enfermer la troupe à la fin de l’épreuve.

Les épreuves sont de trois types et un temps maximum est imparti pour réaliser l’ensemble :

  • aller chercher la troupe au bas du parcours et la conduire jusqu’au berger dans le cercle en la faisant passer dans un parcours obligé (entre les panneaux)

  • partager la troupe en deux (en fonction des marques que portent les brebis), sans que les brebis à garder sortent du cercle

  • faire rentrer la troupe dans l’enclos

 

Le berger s’avance au milieu du cercle et ne bouge plus, il lance le chien qui est à ses côtés pour qu’il aille chercher la troupe en bas du parcours à plus de 500m. Regardez !

Faire passer les brebis, entre les panneaux n’est pas simple : le berger siffle et ordonne :

« à gauche », « à droite », « avance », « ramène »,« couché »,« pas bouger », .

Pour séparer la troupe en deux, le berger intervient beaucoup plus car le chien est éduqué pour ne pas passer à travers le troupeau ; il ne peut le faire que lorsque son maître l’y autorise pour écarter les brebis exclues

Mettre la petite troupe dans l’enclos est sans doute le plus difficile ; une seule brebis récalcitrante et tout est à refaire. Le chien ne doit surtout pas effrayer les bêtes, d’où les « recule » de son maître qui le conduisent à contourner à distance la troupe.

Le chien et le berger arrivent finalement à faire rentrer les bêtes dans l’enclos


Et à la fin du parcours, le chien a droit à un bon bain « va à l’eau »et à un calin de son maître.

 

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Voilà, c’était le travail d’Angie et de son maître qui ont remporté le concours.

Nous avons regardé toute la journée, assis par terre sous le soleil et c’était à chaque fois merveilleusement différent selon le groupe de brebis, le berger et le chien.

Un berger nous a donné quelques conseils pour wiki et le lendemain Norbert s’est mis en tête de reprendre son éducation. Mais heureusement cela n’a duré qu’un jour

 

Le Lot au fil de l’eau

Le Lot n’est pas seulement une belle rivière, née au pied du mont Lozère, et qui rejoint la Garonne au bout de 480 Km de méandres incrustés dans les plateaux calcaires des Causses.

gabarre.1240840613.jpgC’est aussi, depuis le XIIIème siècle, une voie navigable qui permettait à quelques téméraires, embarqués à partir d’Entraygues, de transporter dans des Gabarres, embarcations rudimentaires à usage unique, le charbon de Decazeville, le vin de Cahors et les produits agricoles de ces marges sud du Massif central jusqu’aux quais de Bordeaux. Les mariniers, une fois livré leur marchandise et revendu le bois de leurs bateaux, s’en revenaient ensuite chez eux à pied, nantis d’un précieux pécule.

Au fil du temps, la navigation s’était modernisée, grâce à des aménagements qui permettaient de dompter cette rivière inconstante, parmi les premiers à équiper une rivière sur une telle longueur. Ainsi les barrages, dont les longues chaussées ferment les biefs en biais, ponctuent le cours de la rivière, associés à des écluses à deux portes à guillotine. Mais les beaux jours de la navigation fluviale ont pris  fin avec l’arrivée du train qui remontait la vallée. En 1926, le Lot, dont les installations avaient été abandonnées, était déclassé et désormais non navigable.

roquelongue-2.1240839813.jpg Ce n’est que dans les vingt dernières années  que les départements s’intéressent de nouveau à la navigation, attirant ainsi un tourisme de plaisance, très prisé par les britaniques notamment. Une remise en état des écluses est souvent suffisante.

roquelongue.1240839312.jpg Mais parfois il s’agit de très gros travaux, comme ici  à Roquelongue où l’on a prévu de construire un nouveau barrage à clapets.Quelques verrous demeurent comme à Cajarc, interdisant  un parcours continu. Cela n’a pas empéché  de petites flotilles de bateaux de plaisance de s’implanter le long de la rivière.

Perchés sur les 4 roues de notre Camping-car, nous avons essayé de les pister depuis Cahors (ci-dessous devant le pont Valentré) jusqu’à Entraygues, bivouaquant à proximité des haltes fluviales.

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bateaux-bouzies.1240846545.jpg La vallée alterne cingles (une boucle presque repliée sur elle-même),  larges bassins et défilés vertigineux. Nous nous arrétons à Bouziès, en face de la falaise de calcaire gris, dans une halte fluviale à la rive ombragée. Un peu plus loin, le chemin de halage (toujours à main droite en remontant le courant) n’a plus d’espace pour continuer, il est alors taillé dans la roche.

Nous reprenons la route en direction de Saint-Cirq-Lapopie, en grimpant sur le rebord du plateau qui offre un magnifique point de vue sur la vallée, juste au-dessus du confluant avec le Célé.

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Saint-Cirq domine la rivière de sa falaise claire, installé sur un piton. Les constructions moyennageuses sont serrées sur ses pentes, autour de sa  puissante église duXVème siècle à abside romane, donjon carré et tourelle d’escalier. L’ensemble architectural est exceptionnel, dans la mesure où la totalité du bâti est homogène et parfaitement entretenu.st-cirq-vu-du-lot.1240858973.jpg

Les rues où s’ouvrent des arcades d’échoppes conservent le souvenir des activités
artisanales qui firent la richesse de Saint-Cirq.
Aujourd’hui la moindre impasse est hélas colonisée par un commerce envahissant de souvenirs et d’artisanat. 

La renommée de Saint-Cirq tient aussi au séjour en ses murs de prestigieux artistes et écrivains, dont André Breton qui écrivait : 

« Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement : celui qui fixe à tout jamais.
J’ai cessé de me désirer ailleurs. »

Il y acquiert dans les années 1950 une maison de chevalier, en bordure de la place du Carol, sous les vestiges du château de Lagardette, (ci-dessous à droite en bas, reconnaissable à sa tour carré dominant la toiture),  l »Auberge des mariniers » qui nous rappelle que Saint-Cirq, perché sur une falaise au-dessus du Lot était aussi un port important.

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Tous les chemins de Saint-Cirq descendent évidemment vers la rivière qui s’étale dans une large plaine agricole, où nous trouvons une aire de stationnement pour les camping-cars.

ecluse-saint-cirq.1240922984.jpg En descendant  la rive vers l’aval, au pied du village on découvre l’écluse sous un couvert de verdure et couplée à un moulin en très bon état mais sans doute plus opérationnel.  Ce matin-là la surface du bief est particulièrement lisse et calme, faisant office de miroir où se réflète le bleu du ciel et l’image du village.

Sur le chemin du retour, sur la rive opposée, le petit port de Tour-de-Faure reçoit les premiers rayons du soleil. Les tons gris de la falaise se teintent maintenant d’un ocre léger.

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Mais il est temps pour nous de repartir et d’abandonner un moment le Lot pour explorer la vallée du Célé, un affluent aux eaux si vertes et cristallines qui déroule ses méandres dans un plateau aride et sauvage : le Causse du Quercy.

Le Lot, de sa source au confluent de la Garonne , c’est une longue histoire !